Yves Tchakounte

Distanciation sociale, quarantaine et confinement : de quoi s’agit-il ?

L’actualité sur le coronavirus qui secoue le monde depuis février 2020 est également riche en concepts. Le vocabulaire utilisé par les médias camerounais est particulièrement confus. Cela participe à une incompréhension des mesures prises par l’OMS et le gouvernement camerounais dans la lutte contre le coronavirus. Dans la littérature liée au coronavirus, les Camerounais se sont familiarisés avec de nouveaux mots dans leur langage quotidien. Ils sont tellement nombreux que je me contenterai ici de ceux qui suscite des curiosités et des confusions pour leur caractère synonymique, à savoir : distanciation sociale, quarantaine et confinement.

https://twitter.com/France24_fr/status/1240317866542600194

La distanciation sociale, la mise en quarantaine et le confinement sont des mesures de précautions dont la communauté médicale opte pour éviter la propagation d’une maladie. Le coronavirus étant contagieuse, les nouveaux types de comportements sont prescrits pour limiter sa propagation. En dehors de leurs définitions, ces trois concepts ont des variances contextuelles qui prêtent à confusion.

Ces trois termes s’utilisent confusément par tous les Camerounais y compris les spécialistes de la santé. De prime abord, ils sont considérés comme des synonymes, pourtant l’un ne peut pas être utilisé à la place de l’autre. Chaque mot a ses spécificités. Je vous livre ici, non seulement des définitions, mais surtout une analyse du discours en contexte camerounais.

Ce qu’ils ont en commun

Commençons ici par préciser que la confusion faite par des personnes dans l’utilisation de ces mots peuvent être justifier pour une simple raison : ils signifient tous « être à l’écart les uns des autres ». En d’autres termes, entre deux ou plus plusieurs personnes, l’écart qui vous sépare doit être à une certaine distance qui a été fixée au préalable.

Il ne faut surtout pas penser à l’isolement. Ce terme désigne tout autre chose qui n’a rien à voir avec le contexte de cet article. Même la prison n’est pas un isolement. D’ailleurs, on parle d’isolement dans une prison lorsqu’il est question de sanctionner une personne pour indiscipline grave. Elle est donc placée en isolement qui est une sorte de prison dans une prison où il n’existe aucun contact avec l’extérieur. Parfois les conditions sont de plus en plus rudes selon les prisons.

Ce qui les différencie

La nuance est maintenant visible lorsqu’on met en exergue la notion de distance.

Distanciation sociale

La « distanciation sociale » a pour synonyme « éloignement social ». Ce deuxième terme est plus compréhensible dans la mesure où l’on voit bien la notion de l’éloignement qui renvoie au respect d’une distance physique corporelle l’un à l’autre. Dans le cadre du coronavirus, l’OMS conseille l’éloignement d’un mètre minimum à respecter scrupuleusement. Le respect de cette distance doit se faire surtout dans les lieux publics comme les marchés, les rues, les banques, les hôpitaux, etc.

Vous remarquez ici que dans le cadre de la distanciation sociale, l’accent est surtout mis dans la distance de séparation entre deux ou plusieurs personnes dans les lieux publics. Pour ce qui concerne les lieux privés comme le cadre familial, la distanciation sociale n’a plus de sens, puisqu’il revêt un caractère communautaire. D’où le mot social qui est associé à distanciation.

Mettre en quarantaine

Le terme quarantaine, quant à lui, est plus contraignant que la distanciation sociale. Il signifie mettre à l’écart forcé celui qui est malade. Selon l’OMS, « il consiste à séparer du reste de la population les personnes bien portantes ayant pu être exposées au virus, ou à limiter leurs déplacements, afin de surveiller l’apparition de symptômes et de détecter précocement les cas ». Vous constatez que la mise en quarantaine ici prend un caractère coercitif et restrictif, contrairement au concept de distanciation sociale. La mise en quarantaine est coercitive parce qu’elle peut être imposée. Cette obligation peut donc être volontaire, comme elle peut être forcée.

Comme exemple d’une mise en quarantaine volontaire, nous avons vu la chancelière allemande Angela Merkel qui qui a volontairement choisi de se mettre en quarantaine après avoir été en contact avec un médecin déclaré positif du coronavirus. Heureusement, elle a été déclarée négative après avoir passé 14 jours en quarantaine et subi trois tests ce jour. Au Cameroun, le ministre du travail et de la prévoyance sociale s’est mis en quarantaine volontaire après un soupçon de contact des voyageurs d’un vol d’Air France où quelques passagers ont été détectés positifs au coronavirus. Le deuxième exemple est celui de la mise en quarantaine obligatoire. Ici, on peut citer la mise en quarantaine des passagers des vols d’Air France et de NS Brussels du 17 mars à l’aéroport International de Douala.

Vous convenez donc que la mise en quarantaine est restrictive dans la mesure où elle ne concerne que des personnes infestées, malades ou soupçonnées d’être infestées. Elle concerne également des personnes à risque comme les voyageurs qui viennent d’un pays déjà touchés et des personnes du troisième âge, surtout ceux de 60 à 70 ans et plus. Les personnes âgées particulièrement ont un système immunitaire trop faible qui ne supporterait pas des attaques des virus dont les poumons sont leur cible.

Evidemment, on se pose toujours la question de savoir pourquoi ne faut-il pas faire passer les tests à toutes personnes à risque ou soupçonnées d’être infestées au lieu de les mettre en quarantaine ? La raison est simple : le test n’est pas généralisé. Les kids de test ne sont pas disponibles pour tout le monde. On les réserve uniquement pour des personnes présentant déjà des symptômes de la maladie pour confirmation. Les spécialistes affirment que le coronavirus a 14 jours pour se manifester. D’où la mise en quarantaine de 14 jours à la suite desquels on est «libéré» si les symptômes n’apparaissent pas.

Par ailleurs, certaines personnes peuvent avoir des anticorps suffisamment forts qui réussissent à venir à bout du virus au bout de 14 jours. Voilà l’importance de la mise en quarantaine de 14 jours.

Etre en confinement

Le concept « confinement » ou « être mis en confinement » ou « être en confinement » est plus large que les deux premiers. Le confinement ici n’est pas restrictif, il est plutôt large. Il s’applique donc à tout le monde sans exception. Mais il est également coercitif car il est fondamentalement et exclusivement obligatoire. Cela signifie donc que le confinement se définit comme la mise en quarantaine obligatoire de toute la population d’un territoire bien circonscrit. Le confinement est plus draconien que les deux premiers concepts. Concrètement, chacun reste chez lui, porte verrouillée, durant une période déterminée et fixée par l’autorité médicale d’un pays ou le ministère de la santé.

Selon des pays où il est appliqué, le confinement revêt des dimensions multiples. On parle donc de « confinement total » et de « confinement partiel ». Comme je l’ai dit plus haut, le confinement est fondamentalement obligatoire. Par contre, en prenant des nuances dans certains pays, il devient partiel pour la simple raison que certaines activités sont permises. Par exemple, les personnes peuvent sortir, de leur maison pour aller au marché, au supermarché ou à l’épicerie, faire des courses ou encore aller à la pharmacie. C’est le cas en France et aux Etats-Unis. Pour le confinement total, aucune sortie n’est autorisée. Le ravitaillement en produits de première nécessité se fait en livraison à domicile sur commande par téléphone ou par internet. C’est le cas par exemple en Chine.  

Importances de ces mesures

Ces trois mesures représentent, sur le plan sanitaire, des méthodes ou techniques dans le cadre de la protection contre une maladie infectieuse émergente. Elles sont donc indiquées pour le cas actuel du coronavirus en pleine propagation dans le monde. Avant lui, le monde a connu des cas plus dangereux qui ont fait plus de victimes, du moins pour le moment :  la grippe espagnole, par exemple. Ces mesures ne sont pas des décisions unilatérales. Elles sont préconisées par les spécialistes de la santé, notamment les ministères de la santé et par l’OMS.

Dans chaque pays, le système de santé existant est fait de sorte qu’on puisse mobiliser les ressources dans le cadre d’une éventuelle crise, comme de la lutte contre les maladies infectieuses et émergentes. La mobilisation peut être à des vitesses variables selon l’efficacité du système de santé. C’est la raison pour laquelle il existe des variances entre ces trois concepts qui induisent en erreurs beaucoup d’entre nous sur leur utilisation. Voilà pourquoi dans certains médias français, on peut entendre les journalistes dire qu’il y a « confinement total » en France et en Chine alors qu’il y a des variances. De même, les médias camerounais parlent de « confinement total » alors que ça ne se limite qu’aux écoles et aux endroits de plaisirs (bars et boîtes de nuit). Au Cameroun, on est limité encore à la mise en quarantaine volontaire ou obligatoire.

Beaucoup de personnes ignorent cependant que les mesures de prévention sont également considérées comme des médicaments. Ce sont des mesures qui ne peuvent être appliquées que sur les conseils des médecins. La prescription ici ne concerne que le changement de comportement individuel ou communautaire. C’est ce qui fait leurs particularités avec les médicaments ordinaires. Pour que cela soit effectif, il faut, soit la volonté et la disciple personnelle, soit la force. C’est la raison pour laquelle, pour ce dernier cas, l’intervention de la force publique de l’Etat est nécessaire pour faire appliquer ces mesures à grande échelle sur une population et un territoire donnés. Le Cameroun ne mobilise pas, du moins pour le moment, la force publique pour contraindre les gens au respect du confinement.

Les conséquences immédiates

Au niveau des conséquences liées au changement de comportement dû à la distanciation sociale, à la mise en quarantaine et au confinement, elles varient également selon chaque pays. Mais le plus important ici c’est le fait que ce changement de comportement entraîne inévitablement une limitation ou une restriction totale ou partielle des libertés individuelles. D’où l’intervention du politique. Sans doute que ce sont des mesures draconiennes imposées lorsque le système sanitaire s’est révélé incapable de venir à bout de la maladie par les médicaments. Mais il n’en demeure pas moins vrai que ce sont des prescriptions médicales dont les conséquences sont non seulement sociales, mais surtout économiques.

Les lieux comme les écoles, les lieux de plaisirs et de loisirs, de ports, sont carrément fermés. Pour ce qui concerne les entreprises, seules les plus importantes en temps de crises sanitaires sont ouvertes : supermarchés, pharmacies, ambulanciers, sapeurs-pompiers, etc. Ici également, les variances existent selon les pays. Au Cameroun, par exemple, les écoles et les universités sont fermées, sans oublier les frontières, les lieux de plaisirs comme les bars et les boîtes de nuit. En dehors de ces fermetures, toutes les activités sont en ébullition : marchés, banques, quincailleries, restaurants. Tout se passe normalement. C’est à peine si les gens se rendent même compte que le coronavirus sévit. Ces mesures, en vigueur depuis le 17 mars, suffisent-elles pour faire dire aux journalistes qu’il y a confinement, même partiel, au Cameroun ? Je ne pense pas.

La fermeture de ces lieux commerciaux induit indubitablement des coûts que l’Etat de chaque pays est obligé de supporter. Obliger la population de rester à la maison en fermant toutes ces entreprises et les lieux de commerce comme les marchés, aura pour conséquence de créer un manque de ressources de survie pour les ménages qui ne vivent qu’au quotidien grâce aux activités de l’économie informelle : commerçants, transporteurs, services, etc. Ce type de confinement à la camerounaise est interprété comme une incapacité de l’Etat à prendre en charge le confinement. Sinon, comment expliquer qu’avec 650 cas de coronavirus un confinement total, à l’exemple de la Chine ou de la France, ne soit pas encore décidé ?      


Le Cameroun et le coronavirus, à qui la faute ?

Le coronavirus est bien réel au Cameroun depuis le 6 mars 2020. Les mesures prises par le gouvernement sont-elles efficaces ? Difficile d’être péremptoire à la fin des 30 premiers jours du premier cas. A 509 cas de coronavirus positifs au 3 avril, le Cameroun se rapproche, petit à petit, de l’épicentre de l’Afrique subsaharienne après l’avoir été en Afrique central durant toute cette période. C’est l’évolution est la plus rapide des pays de cette partie du continent. Tout le monde s’accorde donc à dire que cette fulgurante évolution n’est due, pas seulement à un laxisme des autorités en charge de la gestion de cette pandémie, mais aussi et surtout à un manque de civisme des voyageurs et de leurs familles. Il sera donc ici question de passer en revue les responsabilité de chacun dans la progression de cette pandémie.

Les autorités, le gouvernement…  

A travers une mobilisation mitigée des autorités, l’on peut déjà voir une gestion de la pandémie qui ne rassure pas. La légèreté qui entoure cette gestion fait croire à beaucoup d’observateurs que ce gouvernement n’est pas (encore) prêt à prendre des dispositions plus draconiennes qui se manifestent par exemple par des soutiens multiformes aux citoyens frappés par des mesures de confinements rendues publiques le 17 mars dernier par le Premier Ministre, Dion Ngute..

La faute d’abord au gouvernement qui refuse de prendre ses responsabilités. En limitant le nombre de place dans les transports, cela entraîne indubitablement l’augmentation des tarifs supportés par les passagers. L’incapacité à contenir les voyageurs dans un lieu précis pour les mettre en quarantaine est la preuve du manque de poigne et de fermeté. Cette légèreté dans la gestion de la crise est bien également la preuve que la santé de la population n’est pas une priorité pour lui. D’ailleurs, les membres du gouvernement ne bénéficient-ils pas d’une évacuation sanitaire ? Comment s’en plaindraient-ils ?

Beaucoup de choses ont été dites sur cette incapacité caractérisée marquée par le manque d’anticipation, manque d’imagination et surtout d’innovation. Un gouvernement qui agit sur le coup et surtout par surprises, ne rassure pas. Sinon, comment expliquer que le dispositif placé dans les aéroports de Yaoundé et de Douala par le ministre de la santé publique, Manaouda Malachie, n’a pas été utile pour contenir les voyageurs qui provenaient des pays à risque ? La propagation du coronavirus au Cameroun serait en grande partie due à la dispersion de ces passagers des vols d’Air France et SN Brussels dans les deux principales villes. Selon le ministre, le premier cas de coronavirus a été détecté chez un « ressortissants Français » le 6 mars, mais qui est arrivé au Cameroun depuis le 27 février pour assister aux obsèques d’un membre de la famille. Entre le 27 février et le 6 mars, beaucoup de choses se sont passées.

Le 17 mars, le premier ministre, Dion Ngute, rendait public les 13 mesures gouvernementales qui instaurent un confinement partiel de 14 jours (qui vient d’ailleurs d’être renouvelé le 1er avril) pour lutter contre le coronavirus. Parmi elles, il y a évidemment la « fermeture totale des frontières terrestres, maritimes et aériennes » qui figure en première position. Quant à la fermeture des écoles et des universités, elle fait partie de la 3ème mesure. C’est justement ce que l’opinion camerounaise attendait depuis le déclenchement du premier cas de coronavirus le 6 mars.

Cependant, l’on se pose toujours la question de l’efficacité de ce confinement partiel compte tenu de la montée des chiffres des cas positifs. Ne faut-il pas passer au confinement total comme le fait la Chine et l’Italie, ou dans une moindre mesure, la France, l’Italie, les pays les plus touchés ?

Le gouvernement camerounais a les moyens financiers et logistiques d’assurer le confinement total ? Ne fait-il pas la politique en fonction de ses moyens en se limitant seulement au confinement partiel ? Dans ce cas, les interrogations sur la capacité de l’Etat Camerounais à assurer la santé de sa population en tant de crise, de pandémie comme celle de coronavirus, sont légitimes. Plusieurs en profitent pour s’interroger sur la politique ou la logique des choix dans les priorités concernant les dépenses publiques : pourquoi débloquer les gros moyens financiers pour l’organisation de la CAN et du CHAN est plus important que faire autant pour la santé des citoyens Camerounais ?

… et la diaspora venue en séjour au Cameroun 

Depuis l’annonce du premier cas de coronavirus, les vols en provenance des pays à risque (les pays européens, asiatiques et américains) sont scrutés et vilipendés à travers des réseaux sociaux. Les passagers sont pour la majorité des Camerounais d’origine (ayant changé de nationalité, ils sont officiellement considérés comme les étrangers) venus pour un séjour en famille.

https://twitter.com/le1info/status/1240685848233836546

La faute également à ces Camerounais qui ont choisi de voyager, de quitter les pays à risque comme la France et la Belgique, en période de pandémie et de fermeture des frontières. Pour le simple fait de cette situation pas ordinaire, ne pouvaient-ils pas annuler leur voyage et rester en confinement dans leur pays respectif ? Quels intérêts y avait-il à venir absolument au Cameroun qui ne dispose pas de plateau technique médical suffisant pour les prendre en charge au cas où… ?

Un communiqué de l’ambassade de France à Yaoundé invite les ressortissants Français, de passage au Cameroun, et qui veulent retourner en France de s’inscrire pour réserver leur place dans un avion Air-France. En fait, l’ambassadeur a obtenu du gouvernement l’autorisation d’organiser deux voyages pour le retour de ses compatriotes en France. Le premier voyage a eu lieu le 31 mars et le second pour le 4 avril. Selon ce communiqué, l’ambassade a reçu plus de 5.000 appels de réservation ! Plusieurs d’entre eux sont des Camerounais naturalisés Français (comme ceux qui sont venus les 7, 14 et 17 mars à Yaoundé et à Douala).

On peut toutefois deviner les raisons qui poussent ces personnes à quitter le Cameroun. En matière de santé, le Cameroun est moins loti que les pays Européens. Que va-t-il leur arriver en cas de contamination de coronavirus ? Toute personne de bon sens se posera sans doute la question de savoir, que sont venus faire ces Camerounais les 7, 14 et 17 mars derniers au risque de perdre leur vie ?

A l’inverse, l’on s’interroge également sur l’attitude de ceux qui veulent quitter le Cameroun. Comment expliquer que les ressortissants Français de passage au Cameroun veulent quitter un pays qui présente 306 cas positifs de coronavirus, 10 guéris et 8 morts pour se rendre en France où 58.441 personnes sont infestées, 10.935 sont guéries et 5.380 sont mortes (source : www.covidvisualizer.com, chiffres actualisés au 3 avril 2020).

Ce départ des Français du Cameroun qu’on peut assimiler à la fuite est bien compréhensible puisque le Cameroun est un pays où la chance d’être guéris du coronavirus est bien plus maigre que la France. En tenant compte des chiffres ci-dessus, la France réalise un taux de guérison de 18,71%, tandis que le Cameroun est à 3,27%. Paradoxalement, le taux de décès en France est plus élevé qu’au Cameroun en raison de 9,21% et de 2,62% respectivement. Concrètement, ce qui importe beaucoup chez l’opinion, c’est la capacité en infrastructures et en ressources sanitaires que dispose chacun des deux pays. Les évacuations sanitaires des personnalités, comme celle de Cavaye Yeguié dont j’ai fais allusion par ailleurs, en témoigne. En ce sens, la France est donc un meilleur risque.

Les responsabilités sont donc partagées, mais le gouvernement en premier en assume la plus grande partie.


Coronavirus : le camerounais est-il vraiment prêt ?

Depuis le 6 mars 2020, date de l’apparition du premier cas positif, le coronavirus dicte sa loi au Cameroun. La pandémie qui secouait déjà l’Occident depuis janvier et février, était d’abord minorée. Elle est ensuite considérée comme « une maladie comme une autre » avant d’être enfin prise au sérieux. Mais, la gesticulation autour de la gestion de cette pandémie n’est-elle pas une preuve qu’elle n’est pas suffisamment prise au sérieux ? Je répertorie ci-dessous les couacs, rencontrés çà et là, qui plombent la lutte.

Les vols d’Air-France et SN Brussels qui ont remué la plaie

Je me souviens encore de cet avions d’Air France qui a atterri à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen le 14 mars 2020 autour de 20h30. Le vol AF 900 avait à son bord 198 passagers. Curieusement, les passagers ont rejoint leurs familles respectives. Le premier cas positif du coronavirus détecté depuis le 5 mars et annoncé par le ministre de la santé publique, Manaouda Malachie, le 6 mars, tenait déjà l’opinion en alerte. Depuis cette date, tous les voyageurs venant des pays à risque comme la France, devraient être mis en quarantaine. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Voilà le nœud du problème.

Pourquoi les autorités ont choisi de laisser ces passagers partir ? Il est sans doute convenu de constater que ces autorités n’avaient pas encore, à cette date, mesurer l’ampleur du danger à venir. Malgré les dispositifs sanitaires présents dans les aéroports de Yaoundé et de Douala, on ne remarque pas encore un déploiement capable de faire face aux ravages de la pandémie coronavirus.  

Après les élections législatives (et municipales), le 9 février dernier et la proclamation des résultats le 28 février, la session de plein droit à l’Assemblée Nationale a eu le 10 mars. Cavaye Yeguie Djibril, 80 ans, député du Mayo-Sava depuis 1973 et président de l’Assemblée Nationale depuis 1992, arrive à Yaoundé le samedi 14 mars après un séjour en France à la suite d’une évacuation sanitaire. Ce député était donc dans ce fameux vol tant décrié.

Le dimanche 15 mars, c’est un communiqué du ministre de la santé publique qui attire l’attention de tout le monde. Il invite ainsi les passagers du vol Air-France n°AF-900 qui ont débarqué à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen le 14 mars de se signaler. Le communiqué va plus loin en indexant également le vol SN Brussels n°371 qui a atterri aussi à Yaoundé-Nsimalen, une semaine avant, le 7 mars. Pourquoi ce communiqué de ministre a fait paniqué plus d’un ? Parce que trois personnes, qui faisaient partie des passagers du vol d’Air-France, ont été détectés positifs de coronavirus. Tous les passagers des vols provenant des pays à risque après le 6 mars, comme Air-France et SN Brussels, étaient considérés comme des personnes à risque et appelées à se mettre en quarantaine.  

Le lundi 16 mars, Cavaye Yeguié, contre toute attente, se retrouve à l’hémicycle de Ngoa-Ekelle ? La question que toute l’opinion se pose est celle de savoir ce qu’est venu faire Cavaye Yeguié, pratiquement convalescent, alors qu’il devrait être en quarantaine ? Presque tout le monde est surpris de constater que le député a été exempté de cette mesure qui s’apparente ici comme une sorte de « punition » pour lui. La session de plein droit après la proclamation des résultats des législatives devait être consacrée à l’élection des membres du bureau de l’Assemblée nationale. Soucieux de rempiler au poste de président de la chambre basse, Cavaye Yeguié a cru bon de défier les règles élémentaires et primordiales de la lutte contre le coronavirus au risque de perdre son poste.

Et l’on se demande bien pourquoi un voyageur, venant d’un pays à risque, sur qui les soupçons de coronavirus pèsent se retrouve subitement en train de côtoyer ses collègues députés sans craindre de rien ?

La quarantaine bafouée et le coronavirus se porte bien

La presse camerounaise monte au créneau et accuse le gouvernement de laxisme. L’opinion en général se demande pourquoi continuer à faire atterrir au Cameroun les avions à vols commerciaux provenant de la France qui est l’un des pays les plus touchés par le coronavirus ? De l’autre côté, la presse et l’opinion se pose également la question de savoir les raisons qui poussent Air-France et SN Brussels à maintenir ses vols de la France, pays à risque dont les frontières sont fermées, vers le Cameroun, pays qui n’est pas encore durement touché ?

Comme si le scandale des vols Air-France et de SN Brussels du samedi 14 mars ne suffisaient pas, des autres vols, toujours des mêmes compagnies, sont signalés à Douala le 17 mars en début de soirée. L’indignation de l’opinion était à son comble. Ce qui oblige d’ailleurs le gouverneur de la région du Littoral à Douala à se rendre à l’aéroport international de Douala ipso presto. Les vols de Air-France et de SN Brussels atterrissent effectivement à l’aéroport International de Douala respectivement à 19h20 avec 158 passagers et à 21h55 avec 103 passagers. La peur de voir les voyageurs aller dans leurs familles s’installe.

Immédiatement, le gouverneur de la région du littoral à Douala est instruit par le gouvernement d’empêcher les passagers de se disperser dans la ville et de cordonner les opérations de mise en quarantaine. Ce qui a été fait. A grand renfort de publicité, le gouverneur Ivaha Diboua a mené cette opération personnellement. Les 261 passagers sont conduits dans différents hôtels de la ville. Cette opération, menée à l’improviste, sans préparation et sans moyens d’accompagnement, a été violemment critiquée.

Curieusement, les voyageurs mis en quarantaine dans les hôtels de la ville se plaignent d’ailleurs des mauvaises conditions de leur confinement comme l’absence de nutrition, par exemple. Petit à petit, ils désertent leur chambre d’hôtels et se retrouvent dans leurs familles. La presse et l’opinion s’en prennent au gouvernement, mais le gouverneur s’en défend dans une interview en accusant les réseaux sociaux, comme à leur habitude, de mensonges.

L’on se pose la question de savoir si les hôtels sont des endroits appropriés pour contenir des personnes à risque ? Le personnel de ces hôtels n’a pas été préparé à les recevoir. Comment allait se dérouler cette période de mise en quarantaine. Ne fallait-il pas réquisitionné un espace isolé de la ville et bien aménagé, bien gardé par les force de l’ordre pour que ces opérations soient plus efficaces ?

https://actucameroun.com/2020/03/18/coronavirus-refoulement-de-passagers-dans-certains-hotels-a-douala-le-gouverneur-du-littoral-ivaha-diboua-dement-la-rumeur/

Tout ce questionnement montre bien la légèreté avec laquelle le gouvernement camerounais gère cette pandémie. Les chiffres sont effarants et effrayants. Selon la source www.covidvisualizer.com, le Cameroun est classé 6ème pays le plus touché en Afrique avec 306 ca de coronavirus au 3 avril 2020. Le Cameroun devient ainsi l’épicentre du coronavirus en Afrique central. Cela ne fait pas du tout bon et bien de personnes continuent de se poser la question de savoir si ce gouvernement sera capable de faire à cette pandémie du coronavirus.

Qu’à cela ne tienne, il ne nous reste qu’à établir les responsabilités de chacun. A qui la faute ?   


Comment le Coronavirus fait plier le Cocan et la Caf

La journée du 17 mars n’a jamais été aussi intense et chargée de suspenses au Cameroun et dans les milieux du sport. Tous les milieux des médias étaient en alerte. Pourquoi cette journée a-t-elle été particulière ?

Le Cameroun est actuellement dans l’effervescence de la préparation du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) du 4 au 25 avril 2020. La perspective d’un renvoi est imminente. Tout le monde a une oreille attentive, pour ne pas dire deux, du côté du comité local d’organisation (COCAN) pour le CHAN 2020 et pour la CAN 2021 au Cameroun. Il est présidé par le ministre des sports et de l’éducation physiques, Narcisse Mouelle Kombi. La présence du coronavirus donnait des sueurs froides aux organisateurs. Le renvoie du CHAN qui se pointe à l’horizon mettait tout le monde en alerte. Le COCAN n’avait qu’un seul souci : quelle est la meilleure astuce qu’il faut utiliser pour éviter un éventuel report ? Cette journée a été fastidieuse et ennuyeuse en même temps. Je vous raconte dans les lignes qui suivent les moments forts et les péripéties qui ont marqué cette journée rocambolesque chargée de suspenses.    

Les prémisses d’une journée tendue

Les inquiétudes sur la présence du Coronavirus a commencé le 24 février avec des rumeurs. Le Coronavirus a été signalé à Douala, dans la région du Littoral, et à Bangangté, dans la région de l’Ouest, par les rumeurs. C’est un tweet de Manaouda Malachie, ministre de la santé publique, qui informe l’opinion nationale que les deux cas suspectés ont été testés négatifs. Entre-temps, c’est le gouvernement qui annonce les mesures prises pour contrer un éventuel cas. C’est alors que le 6 mars en mi-journée, la nouvelle est tombée : le ministre annonce dans un tweet le premier cas du Coronavirus au Cameroun, dans la ville de Yaoundé.

Le climat est resté tendu depuis cette annonce. Les milieux du sport, et surtout ceux des médias, spéculent déjà sur un éventuel report du CHAN. Mais, il est encore trop tôt pour y penser. Les propositions sur le report sont pour le moment considérées comme des affabulations. Ces avis ne se limitent qu’aux commentaires des uns et des autres dont les motivations sont certainement guidées par d’autres mobiles. Mais n’empêche, les commentaires et les opinions vont dans tous les sens. Les acteurs du blogging engagés pour la circonstance, ne sont pas en reste, mais restent encore sereins.

Une guerre de leadership Fifa et Caf ?

Plus les jours passent, plus la tension monte. De 5 cas de coronavirus le 16 mars, le Cameroun a atteint 10 cas le 17 mars. A ce niveau, l’effervescence qui était morose, commence à se faire ressentir. Les réseaux sociaux s’enflamment, les rumeurs fusent de partout, non plus sur une éventuelle, mais plutôt sur la nécessité de reporter le CHAN à une date ultérieure. Dans le milieu des blogueurs chargés de la communication digitale du CHAN, et même celui des médias et surtout des journalistes sportifs, les avis sont partagés selon les humeurs de chacun et les enjeux que cela engendre.

https://twitter.com/UrgentF24/status/1239922705383567361

Pour les uns, le report du CHAN serait une bonne chose pour la simple raison que la CAF, dans un communiqué, a reporté les compétitions. Il s’agit notamment des 3ème et 4ème journées des qualifications pour la CAN Total 2021, les qualifications pour la coupe du monde féminine U20 de la Fifa, et les qualifications pour la CAN féminine Total 2020. Il serait, selon eux, incohérent de reporter ces compétitions plus lointaines et ne pas le faire pour le CHAN qui s’annonce dans quelques jours.

Les arguments les plus récurrents viennent du fait que l’UEFA a également suspendu les matchs de la Champions League et de l’Europa League pour une date ultérieure et reporté l’Euro pour l’été 2021. Il n’y aurait, a priori, pas de raison que le CHAN ne soit pas renvoyé.

De plus, le coronavirus est plein d’enjeux. Il impose une situation humanitaire qui nécessite des décisions politiques et économiques importantes comme la fermeture des frontières. Comment va ressembler une compétition accueillant des mécènes et des sponsors qui viennent des pays européens où les populations sont mises en confinement, où les compagnies aériennes ont annulé plus de 90% de leurs vols, où l’économie entière est à l’arrêt ? Auront-ils la possibilité de voyager dans ces conditions ? Ou encore, serait-il possible d’organiser un CHAN sans ses sponsors ?  Ces interrogations qui ne manquent pas d’intérêts seront certainement prises en compte, nous allons le voir plus loin, dans la décision de la Caf.  

https://twitter.com/PassionMadridFR/status/1239896237001891847

Des avis opposés n’hésitaient pas à se poser des questions sur cette politique de matraquage communicationnelle qui, depuis janvier, a tendance à transformer cette pandémie en préoccupation mondiale. Même si comparaison n’est pas raison, l’épidémie d’Ebola qui a touché l’Afrique et fait autant de mort, n’a pas fait autant de buzz et immobilisé le monde entier. Elle n’a même pas empêché l’organisation de la CAN 2015 et 2017. Pourquoi le cas de coronavirus est-il si préoccupant ?

Toute l’Europe, à travers l’Eufa et la Fifa, ne profiterait-elle pas de cette pandémie pour imposer son calendrier à la Caf ? Nous sommes là en face d’une guerre de leadership où l’Afrique n’attend pas céder aux caprices de l’eurocentrisme. Le catastrophisme médiatique du coronavirus est une occasion de mettre la Caf aux pas de la Fifa. Ce qui n’est pas de nature à satisfaire les partisans d’une Afrique libre et indépendante.  

Coronavirus et Cocan, une course contre la montre

Le 17 mars est considéré comme une journée marathon.  Dans la matinée, alors que le ministre de la santé publique venait d’annoncer à la veille l’enregistrement de 5 cas de coronavirus, son collègue ministre des sports et de l’éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi, ci-devant président du comité local d’organisation du CHAN 2020 et de la CAN 2021, fait un communiqué pour rassurer la Caf en affirmant mordicus que le Cameroun « est prêt à accueillir toutes les délégations annoncées par la Caf ».

En mi-journée, le ministre de la santé annonce 5 cas supplémentaires. Ce qui porte le nombre de cas de coronavirus à 10. En moins de 24 heures, le nombre a doublé. La panique totale s’empare des observateurs avertis. L’hypothèse de renvoie du CHAN prend le dessus. Un conseil de cabinet est convoqué par Dion Ngute, Premier Ministre. Il en ressort 13 mesures parmi lesquelles la fermeture des frontières aériennes, maritimes et terrestres. Quelques minutes après, le ministre Mouelle Kombi revient sur sa décision et propose à la Caf « un réaménagement du calendrier de la compétition » compte tenu de « toutes les considérations critiques liées à cette urgence de santé publique internationale ».

La Caf n’a justement pas tardé à réagir. Le communiqué du Secrétaire général, Abdel Bah, fait état de ce que la commission médicale de la Caf qui a inspecté les infrastructures en vue d’évaluer le niveau de préparation du CHAN au Cameroun les 14 et 15 mars dernier avait recommandé un report. Même si les conclusions de cette commission médicale n’étaient pas destinées au Cameroun, le ministre Mouelle Kombi était quand même au parfum des observations des médecins de la Caf. Pourquoi n’en avait-il pas tenu compte en rassurant la Caf que le Cameroun est « prêt » ?

L’extase des détracteurs

Ce communiqué de la Caf en fin de journée est venu levé toutes les suspenses. Les esprits se sont calmés. Par contre, il vient surtout mettre un doute sur l’opinion quant à la capacité du gouvernement camerounais à organiser une compétition internationale de football digne de ce nom. Il faut justement avouer, sur ce coup, que le Cameroun n’est pas dans de bonnes grâces de la chance. Après le retrait de la CAN 2019 pour des raisons d’insuffisance d’infrastructures exigées par la Caf, le gouvernement de Paul Biya a subi une humiliation qu’il n’arrive pas à digérer jusqu’ici. Les gouvernants ont subi toutes les critiques où leurs compétences étaient remises en question.

Heureusement, Hamad Hamad, président de la Caf, avait promis au gouvernement de ne pas sanctionner le Cameroun comme c’est souvent le cas pour les pays indélicats qui ne respectent pas leur cahier de charge vis-à-vis de l’organisation faîtière de football africain. La CAN, en territoire camerounais, a été donc reportée pour 2021. Le CHAN devait donc être un test pour le Cameroun avant la CAN. Le coronavirus est venu tout gâché à quelque 19 jours du lancement du CHAN.

https://twitter.com/gabonallsport/status/1240012102070423553

C’est donc dans cette optique que le gouvernement camerounais ne voulait pas lâcher prise. Il souhaitait vraiment laver l’affront pour blanchir son image déjà trop ternie par les critiques en organisant cette compétition à tous les prix au détriment de la santé publique. Mais, le coronavirus a pris le dessus et a eu raison de lui.

Les plus heureux dans tout ce méli-mélo sont certainement les détracteurs pour qui la CAN et même le CHAN constituent des projets budgétivores. Le gouvernement est, depuis l’octroi de l’organisation de la CAN au Cameroun en 2014, accusé de détournement de deniers publics. Le retrait de la CAN de 2017 pour « insuffisance d’infrastructures » en est une preuve suffisante de l’incompétence. Pour le moment, on ne parle pas de retrait, heureusement! Mais rien n’est encore gagné car le défi à relever reste intact et la victoire des détracteurs n’est pas encore actée.      


Comment j’ai vécu le tirage au sort du CHAN à Yaoundé

Le CHAN (Championnat d’Afrique des Nations) aura lieu au Cameroun du 4 au 25 avril prochain. Il y aura 4 groupes de 4 équipes chacune réparties dans trois villes, Yaoundé (Groupes A), Douala (Groupes B et C) et Limbe (Groupe C). Au total, 32 matchs sont programmés. Ils seront dirigés par 42 arbitres dont 22 centraux et 20 assistants. Voilà pour ce qui est des statistiques. Ce tirage au sort a eu lieu le lundi 17 février dernier. Longtemps annoncée par les blogueurs du CHAN, la cérémonie qui a eu quelques remous, bien que négligeables, ne m’a pas laissé indifférent. De Douala, j’ai fait le déplacement pour vous. Voici mon carnet de séjour.

https://twitter.com/Orange_FootClub/status/1231955625715826690

La cérémonie du tirage au sort du CHAN a lieu à 18 heures selon le programme officiel. Depuis 48 ans, le Cameroun n’a plus organisé une compétition internationale de foot. La dernière compétition date de 1972 où Yaoundé et Douala accueillaient la CAN (Coupe d’Afrique des Nations). Je n’étais pas encore né. En dehors de cette compétition internationale de foot, il y a également eu la CAN féminine, du 19 novembre au 3 décembre 2016. Tout comme le CHAN, elle avait été organisée en guise de test avant la CAN programmée pour juin 2019. Le retrait de cette CAN pour des raisons, dit-on, de manque d’infrastructures, n’a pas fait l’objet d’élimination du Cameroun. Elle a été renvoyée pour 2021. Comme si l’histoire se répétait, la CAF a profité du désistement de l’Éthiopie pour mettre le Cameroun un test : l’organisation du CHAN.

De Douala à l’entrée de PAPOSY

La CAN féminine n’avait pas la même envergure sur le plan communicationnel que le CHAN. Le Cocan, par la voix de son président, qui a eu le plaisir de solliciter officiellement les blogueurs à travers l’ABC (Association des Blogueurs du Cameroun) pour la couverture, avait donc un énorme défi à relever.

L’entrée du PAPOSY

Ma soif de vivre un événement international de foot pour la première fois a été mon seul élément de motivation. Chronomètre en main, le bus qui me conduit à Yaoundé quitte le quai à 12h précise. En réalité, il faut environ 4 à 5 heures de voyage pour un tronçon de 265 km. Bien que le voyage fût pénible à cause des tracasseries policières, l’arrivée à Yaoundé était tardive. Le bus aurait fait moins de temps que ça. Il est donc 17h30. Il ne me reste que le temps de prendre une chambre d’hôtel de l’agence de voyage, de me débarbouiller et de prendre un taxi. Chronomètre en main, je monte dans le premier taxi, peu importe le prix, l’essentiel c’est d’arriver au lieu de la cérémonie.

https://twitter.com/cfootcameroun/status/1229698894461915137

Il est 18h50 quand mon taxi se gare devant l’entrée principale du PAPOSY (Palais Polyvalent des Sport de Yaoundé). Je n’ai pas été impressionné par la foule. Mon billet d’invitation est entre de bonnes mains, chez Martine Ndo, ma collègue blogueuse, qui, à cause de sa batterie, est restée injoignable durant toute cette soirée. Comment faire pour accéder au PAPOSY ? J’entends déjà certains dire désespérément « la salle est déjà pleine, ça ne vaut même plus la peine ». Ces paroles ne m’ont point dissuadé. Une idée me vient subitement : j’ai reçu, étant dans le bus, un message du Cocan m’invitant à présenter ce SMS à l’entrée en guise de billet d’invitation. Je suis soulagé, enfin ! Je m’approche de la guérite, de pied ferme, j’insiste dans le rang pour qu’on me cède le passage. Ma situation de handicap me sera bien utile. Un boulevard se crée devant moi subitement grâce à un policier venu à mon secours. Malgré les déceptions que j’observe chez certains spectateurs médusés, je prends place.

L’esplanade du PAPOSY

Les policiers étaient postés dans toutes les entrées du PAPOSY. Je venais de franchir la première entrée et me voici dans la grande cour. Quelque part à gauche, deux grands écrans géants, montrant la cérémonie en direct, sont disposés de part et d’autre pour permettre à ceux qui n’ont pas eu accès à la salle de vivre la cérémonie. Je traverse la cour sans y prêter attention, mais je commence quand même à prendre conscience de la gravité de mon retard : la salle sera pleine à craquer. Je n’abandonne pas pour autant. Je décide de continuer ma marche pour la grande salle où se déroule la cérémonie. Une voix aux entours me signale que le Premier Ministre, Joseph Dion Ngute, vient de faire son entrée. J’entends en fond sonore, au milieu d’une foule de badauds, l’hymne national camerounais retentir.

Mon courage n’a pas pour autant tari. A l’instant, des escaliers aux marches ininterrompues m’attendent. Armé de courage, je réussis à monter jusqu’au sommet. Je me retrouve donc dans le hall du majestueux palais. Je décide de m’arrêter ici pour reprendre du souffle. Vous vous en douter bien, le challenge n’est pas encore terminé. Il me reste à franchir une dernière étape : l’entrée principale de la salle où étaient postés toujours les policiers. Des bousculades, des lamentations, des engueulades, des vociférations à n’en plus finir, se font entendre : « vous empêcher aux Camerounais d’entrer dans leur palais ? », « c’est même quoi ce pays où même s’amuser est interdit ? », « si voulez, mangez même votre pauvre CHAN-là, je retourne chez moi », etc. Je ne pouvais pas prendre le risque de m’approcher de cette foule compacte postée devant la porte vitrée du palais. Une moindre bousculade pouvait être fatale pour moi. C’est ici que j’ai donc décidé de terminer ma soirée.

https://twitter.com/Asitchoma/status/1229485342656471040

Quelques minutes dans le hall

Je retrouve mon esprit, enfin ! Je contemple le palais, une œuvre de la coopération chinoise, comme le palais des congrès. Décidément, c’est la Chine qui vient construire des palais chez nous ! Du haut de l’estrade où je suis, je jette un coup d’œil autour de moi. Malheureusement, l’obscurité ne me permet pas d’admirer la superbe bâtisse. Les va-et-vient interminables de personnes présentes m’amènent à faire une remarque : l’habillement était le style du grand jour. Talons au bout pointu et robe majestueuse des soirées de gala pour les femmes. Curieusement, seuls les hommes étaient débraillés. Certains sont en veste et cravate, mais beaucoup, plus de trois quarts d’entre eux, sont en Jean et t-shirt ou chemise, bref tenue ordinaire. Pourquoi cette différence de tenue ? Des hommes, plus nombreux aux événements de foot que les femmes, ont l’air indifférents. Ici celles-ci marquaient tout de même leur présence. Pour mieux comprendre ce phénomène, je me rapproche d’un membre du Cocan qui passait par là. Il avoue lui-même ne rien comprendre car, selon les règles, la cérémonie du tirage au sort est une soirée en tenue de gala. En observant la foule, on se rend bien compte que ce sont les femmes qui ont mieux compris le concept. Heureusement, les organisateurs ne leur en ont pas tenu rigueur.

Une amie que j’avais invitée n’a pas pu accéder au hall où j’étais. Bloquée par la police, elle s’est contentée de regarder la cérémonie sur l’écran géant juste au bas des escaliers. Pendant que je me lamentais pour elle, une collègue blogueuse, Suzanne Mveng, me retrouve. Elle vient également de Douala pour cette cérémonie. Elle est plutôt surprise de me voir dehors. Pendant qu’elle raconte ses mésaventures pour réussir à accéder au PAPOSY, nous mûrissons les stratégies pour accéder dans la salle. Le tirage au sort, proprement dit, n’avait pas encore commencé. Sur la scène, c’étaient des artistes qui prestaient. Sous la direction d’Aladji Touré, les artistes chanteurs tels que Nicole Mara, Lornoar, Locko, Magasco, Taty Eyong ont meublé la soirée. Sans oublier les groupes folkloriques camerounais. L’instant magique a été l’hymne du CHAN composé et joué par Jane Mary Ihims.

La foule compacte qui obstruait l’entrée de la salle n’a pas refroidit la blogueuse qui n’est pas allée de mains morte pour négocier mon entrée. Grâce à Suzanne, mon courage a eu le dessus sur ma résignation. Elle me dit à voix serrée, « viens ». J’ai voulu lui dire de laisser tomber. Non, fallait pas la décevoir avec la peine qu’elle avait de me voir debout, planté là depuis quelques minutes déjà. Je me suis retrouvé à l’intérieur par enchantement grâce à la magnanimité d’un policier qui insistait en disant : « il n’y a plus de places assises. Tu vas rester debout ? ». « Oui », insistais-je en secouant la tête comme pour implorer une clémence au juge. J’étais mort de fatigue. Suzanne venait de me sortir d’un bourbier. 

Dans la salle, enfin !            

La salle était comble. Les escaliers des tribunes étaient occupés. Suzanne était restée dehors. Je me sentais seul. J’appelais d’autres collègues blogueurs qui étaient déjà dans la salle en vain. La position de Thierry Didier Kuicheu ne lui permettait pas de venir vers moi, m’avoua-t-il. Je me complais dans ma solitude, mais j’étais convaincu que j’allais avoir une surprise. Mais, ma souffrance n’était pas encore terminée, il fallait maintenant négocier une place assise. Suzanne a finalement réussi à entrer dans la salle grâce à un personnel de la Croix Rouge. Elle est encore surprise de me voir là, debout. Quelques spectateurs, dans l’attente lasse, désistaient. Suzanne réussit à arracher cette place pour moi. Voilà donc une belle occasion de m’assoir.

À peine assis, j’ai donc le temps de contempler la salle, les jeux de lumière, les décors féériques, le public, bref la salle présentait ses plus belles allures. En fait, j’attendais mieux que ça, mais ce que j’ai vu n’était pas mal quand même. Le seul hic de la soirée m’est resté comme un mauvais souvenir ce soir-là : la mauvaise qualité de la sono. De là où je me trouvais, c’était à l’estrade des tribunes. Le PAPOSY est un stade de basket, volley et hand. Il peut également servir de salle de combat de boxe et de tous genre de sport en salle. Conçu comme un amphithéâtre, il a été transformé pour la circonstance en salle de spectacles en prélude cette cérémonie de tirage au sort du CHAN. Du haut de la tribune, je peux voir les personnalités qui accompagnent Dion Ngute. J’aperçois Ahmad Ahmad (président de la CAF), Issa Hayatou (ancien président de la CAF), Mouelle Kombi (ministre des sports et de l’éducation physique), Seidou Mbombo Njoya (président de la Fecafoot), et Samuel Eto’o, pour ne citer que ceux-là.

https://twitter.com/manikwelor1/status/1229123132012867588

Quelques minutes ont suffi pour connaître la combinaison des poules avec leurs villes et stades respectifs. La mauvaise sonorisation ne m’a pas permis de suivre le tirage de bout en bout. Finalement, j’ai eu heureusement recours aux tweets de mes collègues blogueurs restés chez eux et qui suivaient la cérémonie en direct à la télé (CRTV) avant d’avoir les combinaisons des 4 groupes.

Cependant, cette cérémonie du tirage au sort a commencé bien avant 18h30, en fait. Le programme a débuté à 14h30 avec ce que le Cocan a appelé « Trophy Tour CHAN 2020 ». Le tour de ville du trophée consistait à faire un tour de la ville de Yaoundé pour présenter le trophée aux population de la capitale. Ainsi, du Boulevard u 20 Mai au PAPOSY, le cortège, qu’accompagnaient les troupes de danse, de fanfare, de majorettes et de ballet de l’Université de Yaoundé 1, de l’Université de Yaoundé 2, de l’Institut Supérieur Siantou et de l’Institut National de la Jeunesse et des Sports, est passé par le Rond Point An 2000 et le collège de la Retraite.

Fin de la cérémonie

Aussitôt le tirage au sort terminé, la salle commença à se vider progressivement. Accompagné de Suzanne, je dois refaire le chemin retour : descendre les escaliers, traverser la grande cour, marcher jusqu’au carrefour pour prendre un taxi pour mon auberge. En chemin, nous scrutons sur les sujets à aborder pour nos prochains billets de blog. Tandis que je comptais raconter mes aventures de la cérémonie du premier tirage au sort, elle promettait de s’indigner du manque de considération qu’on des personnes handicapées dans des circonstances pareilles. Mon amie qui m’attendait au bas des escaliers nous a rejoint. Nous avons cheminé ensemble et la soirée s’est achevée en taxi qui a ramené chacun de nous à sa destination. Une journée bien chargée pour un retour à Douala demain.


Ngarbuh, les enjeux d’un massacre de trop

Beaucoup d’observateurs considèrent ce qui s’est passé à Ngarbuh comme le « massacre de trop ». Pour preuve, les sorties de l’ONU, bien qu’appelant à une enquête et à la responsabilité de la protection des civils par le gouvernement camerounais, ne sont pas de nature à calmer le régime de Yaoundé. Les condamnations qui fusent de partout, et plus particulièrement de celles du président Français, Emmanuel Macron, qui qualifie « d’intolérables » la situation humanitaire dans les régions anglophones, donnent certainement des sueurs froides aux thuriféraires qui ne cessent en perte de légitimité sur le plan international.

Les réactions les plus en vue sont celles des fonctionnaires onusiens. Elles appellent absolument à une analyse minutieuse de la situation qui donnerait peut-être lieu à un aboutissement allant dans le sens de la décrispation. Cependant, la situation socioéconomique en est-elle favorable ? Le pouvoir de Yaoundé joue actuellement sur sa survie face aux accusations de « crimes contre l’humanité » voire de « génocide ». Les diverses réactions qui ont suivies le massacre de Ngarbuh montrent bien comment cette réalité est accablante.

Les premières réactions

Les premières réactions ont évidemment été celles du ministre délégué à la présidence chargée de la défense comme je l’ai dit dans mon billet précédent. Son communiqué tenait, jusque-là, lieu de la version officielle du gouvernement camerounais. Plusieurs réactions ont précédé celles du ministre. Il s’agit surtout des réactions des hommes politiques et de la société civile. En dehors de l’église catholique par la voix de Mgr George Nkuo, il y a les avocats des droits de l’Homme comme Felix Agbor Khongo pour qui « le gouvernement a l’obligation de faire la lumière » sur ce qui s’est passé. Les femmes et hommes politiques Camerounais comme Kah Walla, à travers son ONG Stand Up For Cameroon, les partis politiques comme le SDF et le MRC, n’ont pas été en reste. Parmi les réactions les plus médiatisées, il y a eu celle de Jery Rawlings, ancien président ghanéen.     

https://twitter.com/MediaCameroon/status/1230333270526713856

La première distinction que l’on peut faire entre les premiers témoignages, les différentes réactions et la sortie du ministre Beti Assomo, réside dans le nombre de personnes tuées. Tandis que les uns parlent de 21 à 24 morts, essentiellement des femmes enceintes et des enfants, le ministre délégué, lui, parle de « 7 terroristes » et de « une femme et 04 enfants », pour un total de 12 morts.

Le 17 février, Stéphane Dujarric, le porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU réagit en appelant « le Gouvernement du Cameroun à ouvrir une enquête et à prendre les dispositions nécessaires pour que les coupables répondent de leurs actes ».

Le 18 février, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, donne la version officielle du gouvernement camerounais. Il réagit à son tour en reprenant intégralement la version de son collègue de la défense. Après avoir parler de « d’affabulations et d’allégations mensongères », il signe et persiste sur le nombre de cinq civils tués non sans pointer un doigt accusateur à la société civile, aux activistes et aux organisations internationales : « Le Gouvernement s’inscrit donc en faux contre les accusations fantaisistes et gratuites, portées par des activistes politiques, par les commanditaires des bandes armées sécessionnistes, par des Organisations Non Gouvernementales ainsi que par certains médias nationaux et internationaux, contre nos Forces de Défense et de Sécurité ».

https://twitter.com/dw_francais/status/1230202667441500161

Le 21 février, quatre hauts responsables onusiens ont réagi : la Représentante spéciale du Secrétaire Général pour les enfants et les conflits armés, Virginia Gamba ; la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence sexuelle dans les conflits, Pramila Patten ; la Représentante spéciale du Secrétaire général sur la violence contre les enfants, Najat Maalla M’jid et le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, Adama Dieng.

La sentence de l’ONU à travers la voix de ces autres fonctionnaires est claire : « Nous sommes profondément préoccupés par les informations faisant état de violences, notamment l’attaque du 14 février contre le village de Ngarbuh, dans la région du Nord-Ouest, qui a fait 23 morts, dont 15 enfants », ils appellent à une « meilleure protection des civils au Cameroun dans un contexte d’escalade de la violence dans ce pays d’Afrique centrale ». En conclusion, l’ONU insiste et confirme les sources indépendantes et des témoins relatives au nombre de morts. La question qui reste pendante est celle-ci : c’est quoi la suite ?

https://twitter.com/TV5MONDEINFO/status/1231680765882249217

La réaction la plus intéressante et la plus musclée reste celle de l’ONG Human Right Watch (HRW), par la voix de la chercheuse Ilaria Allegrozzi qui, à la chaîne de télévision TV5, affirme mordicus que la version du gouvernement camerounais est fausse pour trois raisons. Premièrement, le nombre de morts se chiffre à une vingtaine ; deuxièmement, il n’y a pas eu « d’explosion de plusieurs contenants de carburant » ; troisièmement, il n’y a pas eu « combats » entre les hommes de l’armée camerounaise et les groupes armés locaux. Selon elle, les images satellitaires que l’ONG possède confirment ces mensonges.

HRW avait promis publier les résultats d’une enquête à propos de ces massacres. Ces résultats sont donc disponibles ce mardi 25 février où elle demande, néanmoins au gouvernement Camerounais de faire une enquête indépendante. Cela veut donc dire que malgré les chiffres annoncés, les enquêtes continuent d’être menée. D’ailleurs, une autre ONG basée à Yaoundé, Nouveaux Droits de l’Homme, annonce ce jour le chiffre de 35 morts au total dont 3 femmes enceintes et 17 enfants. Les avertissements de l’ONU appuyés par les information de HRW sont suffisamment graves pour mettre en alerte le pouvoir de Yaoundé.

Les enjeux d’un tel drame

Il y a lieu à présent de se poser la question fondamentale : c’est quoi la suite ? L’opinion publique camerounaise, depuis le déclenchement de cette guerre meurtrière, est formelle : le retour à la paix. Ce qui reste facile à dire, mais la mise en place d’une force d’interposition, comme le souhaitent beaucoup, est difficile à mettre en place. Il n’est plus question en ce moment de faire confiance à un gouvernement belligérant. Cependant, les fonctionnaires internationaux onusiens misent encore sur la bonne foi du gouvernement : « Nous demandons au gouvernement de veiller à ce que les forces de sécurité respectent les normes applicables du droit international pendant la conduite de leurs opérations ». Bien entendu, l’ONU n’épargne pas l’autre camp : « Nous rappelons également aux groupes séparatistes armés leurs responsabilités en vertu du droit international et appelons toutes les parties à s’abstenir d’attaques délibérées contre des civils ».

https://twitter.com/ONUinfo/status/1232338202335350785

Si l’intervention de la communauté internationale semble être l’unique solution pour arrêter cette guerre, pourquoi cette communauté tarde-t-elle à réagir et ne se contente que des avertissements ? Pourquoi la diplomatie internationale a-t-elle la réputation d’être lente ? Pour comprendre la portée historique et politique de ce communiqué de l’ONU, l’observation du journaliste camerounais Boris Bertolt me semble pertinente.

Pour la première fois dans un communiqué, les Nations Unies évoquent la responsabilité de protéger. Par les contacts rendus public dans le texte, figure l’un qui est moins connu, celui du représentant spécial du SG des Nations Unies sur le génocide et la responsabilité de protéger.

La responsabilité de protéger est un concept érigé par l’Organisation des Nations unies. Apparue en 2001 au sein de la Communauté internationale sur l’intervention et la souveraineté des États, elle est entérinée en 2005 dans le Document final du Sommet mondial.

Dès lors est reconnue à la communauté internationale une compétence en cas de « défaillance manifeste » d’un État à protéger sa population. Il s’agit d’une responsabilité de protéger les populations civiles victimes de crimes de génocide, crimes contre l’humanité, nettoyage ethnique et crimes de guerre. Cette responsabilité subsidiaire, activée par le Conseil de sécurité, peut prendre la forme d’une intervention coercitive, telle que prévue par le Chapitre VII de la Charte, mais aussi d’une palette d’autres mesures, pacifiques, diplomatiques ou humanitaires. En 2009, le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, précise ainsi que l’« action résolue » attendue ne désigne pas le seul recours à la force.

Il existe en fait une palette de mesures. Le premier pays où ce principe a été appliqué c’est la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi.

Macron tance Biya

Emmanuel Macron était présent au salon de l’agriculture le 22 février en France. Il a été interpellé par un activiste camerounais, Calibri Calibro, de son vrai nom Thiam Abdoulaye. L’activiste demande à Macron la responsabilité de l’intervention de la France pour arrêter le « génocide » qui, selon lui, fait de nombreux morts dans les deux régions anglophones du Cameroun et avance le chiffre de 12.000. A travers les échanges, Emmanuel Macron a fait certaines révélations troublantes concernant les relations entre la France et le Cameroun : « Je vais appeler la semaine prochaine le président [du Cameroun] Paul Biya et on mettra le maximum de pression pour que la situation cesse. Il y a des violations des droits de l’Homme au Cameroun qui sont intolérables, je fais le maximum ».

Un génocide qui est perpétré par le « dictateur » Biya qui tient à rester au pouvoir malgré ses 38 ans de magistrature suprême. Sur la question de la démocratie, Macron répond en précisant que « La France a un rôle compliqué en Afrique. Quand la France dit : ‘tel dirigeant n’a pas été démocratiquement élu’, les Africains nous disent ‘de quoi vous mêlez-vous ?’… Moi, je mets la pression sur chacun ; je travaille avec l’Union africaine pour mettre la pression ».

En réactions à ces propos de Macron, les jeunes, qui se font appeler « Patriotes », descendent dans les rues à Yaoundé, Douala et Garoua depuis hier lundi 24 février. Certains observateurs postulent déjà sur la thèse de « manipulations » organisées par les thuriféraires. Cette perte de légitimité internationale se confirme donc au regard de ce que je peux appeler fébrilité. De quoi aurait peur Biya, qui réagit par embuscade ? Pourquoi les communications du ministre délégué à la présidence chargé de la défense, du ministre de la communication et plus récemment celle du secrétaire général de la présidence ne s’adressent-elles pas au président français, mais condamnent plutôt l’activiste qui l’a interpellé ? On ne perdra certainement rien à attendre.


Ngarbuh : ce qui s’est passé

Depuis le 14 février dernier, la guerre dans le NOSO (les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest) vient de connaitre l’un des plus grands rebondissements. Les images d’une incroyable atrocité circulent à travers les réseaux sociaux. Les corps humains et plus particulièrement de femmes enceintes et d’enfants calcinés ont été découverts dans le village Ngar-buh situé dans l’arrondissement de Ndu, Département de Ndonga-Mendung, Région du Nord-Ouest. Le Cameroun est en émoi. Que s’est-il passé ?

Personne ne sait, jusqu’à présent, ce qui s’est réellement passé. Les photos des corps déchiquetés se sont répandues sur les réseaux sociaux et surtout sur Facebook comme une traînée de poudre. Comme il est coutume depuis 2017 que la guerre a commencée, les activistes ont attribué ces massacres à l’armée camerounaise. À la suite de son chargé de communication, Cyrille Serge Atonfack Guemo, le ministre délégué à la présidence chargé de la défense fait une sortie le 17 février. Dans ce communiqué, le ministre livre sa version des faits.

Un « malheureux accident »

Joseph Beti Assomo conclut « qu’il s’agit tout simplement d’un malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation en cours dans la région ». Il ajoute surtout que cette conclusion est la résultante « des informations méthodiquement et professionnellement recoupées ». Cette conclusion qui figure sur le communiqué du ministre ne guise d’introduction n’a pas suffi à calmer les ardeurs des activistes qui attribuent ces massacres aux hommes de l’armée camerounaise. Le ministre, cependant, ne nie pas l’existence des morts à travers son récit suivant :

Le 14 février 2020, un groupe de six éléments des forces de Défense, dont quatre militaires et deux gendarmes renseigné par des repentis a effectué une approche de reconnaissance nocturne à pieds vers une habitation de Ngarbuh transformé en camp fortifié, véritable base logistique de marchandises illicites, de réception des armements et munition de tous calibres, et de stockage et revente de stupéfiants.

Pris à partie par des tirs nourris depuis le refuge fortifié, la riposte de éléments des forces de l’ordre permettra de mettre hors d’état de nuire sept des terroristes présents sur les lieux. Les combats vont se poursuivre jusqu’à l’explosion de plusieurs contenants de carburant, suivi d’un violent incendie qui va affecter plusieurs habitations voisines. Cet incendie a fait cinq victimes, dont une femme et quatre enfants, bien loin de ce qui est relayé dans les réseaux sociaux.

https://twitter.com/lucienbodo/status/1229380292252749826

Il faut tout de même remarquer que le ministre réagit deux jours après de nombreuses indignations suite à la mort des femmes enceintes et des enfants, surtout ceux âgés de moins de cinq ans. La responsabilité de l’armée était donc engagée à la suite des témoignages recueillis par les activistes, les ONG et les fonctionnaires onusiens présents dans la région.   

Les premiers témoignages

Ce communiqué du ministre délégué datant du 17 février intervient après certains témoignages qui circulaient déjà sur les réseaux sociaux depuis le 15 février. Je vous livre ici en intégralité l’un des plus en vue en ce moment. C’est le témoignage d’un survivant, habitant du village, rapporté par un activiste qui se fait appelé Nzui Manto Yi Sepsep. Celui-ci a été le premier à lancer l’alerte dans la soirée du 14 février aux environs de 21h. grâce à lui, nous pouvons avoir une première version des faits d’un témoin :

Il s’agissait d’une opération conjointe comprenant des militaires, des mbororos et quelques anciens combattants des forces de restauration ambazoniennes. Les soldats étaient au nombre de cinq, trois ex-combattants et de nombreux Mbororos. Je ne sais pas l’heure exacte à laquelle ils sont venus et je ne peux pas dire laquelle des forces armées était présente car il y a toujours ce qu’ils appellent « force conjointe ». J’étais à Ntumbaw et ces gens y sont entrés dans la nuit, c’est pourquoi je ne peux pas dire exactement l’heure à laquelle ils sont venus. Ce qui m’a fait savoir exactement le nombre, c’est qu’ils sont venus à Ntumbaw et se sont adressés à la population, donnant aux habitants de Ngarbuh trois jours pour partir ou ils devraient attendre le pire. Je suis allé à Ngarbuh avec un frère qui était à Ngarr et je sais de quoi je parle.

Quant à la population, il leur était très difficile de fuir car ils venaient la nuit et certains dormaient encore mais quelques-uns ont réussi à s’enfuir.

Ils sont venus à Ngarbuh et en ont tué exactement 23 personnes soit environ trois hommes, six femmes et 14 enfants. Il y avait trois cas à l’hôpital dont un abandonné. Il y avait trois enfants de moins de trois ans. Sur les 14 enfants, 11 étaient en âge d’aller à l’école primaire, trois allaitaient encore. Certains de ces bourreaux ont même dit à quelques survivants qui n’avaient pas été tués que ce n’était que le début. Il y a eu des brûlés et ceux qui n’ont pas pu s’enfuir ont été abattus. Alors que les militaires sont partis, certains villageois aidés par des combattants ont enterré les victimes hier [vendredi 14 février, N.D.L.R.].

Nzui Manto Yi Sepsep
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=201316594571530&set=a.158417618861428&type=3

A partir de ce témoignage, plusieurs informations sont révélées. Ce récit fait tout simplement mention de la présence de cinq soldats de l’armée camerounaise. L’autre information importante est cette présence des indépendantistes armés dits « Amba-boys » au nombre de trois. Une façon de dire expressément la responsabilité des deux acteurs dans les massacres. Cependant, l’information qui fait couler beaucoup d’encre et de salive est certainement les chiffres sur le nombre de morts : 23 au total dont six femmes et 14 enfants.

Pire encore, la version de l’évêque de Kumbo, Monseigneur Georges Nkuo, n’est pas bien éloignée de celle du témoin : « Nous avons été suffisamment informés du malheureux incident qui a eu lieu le 14 février dans le village Ngarbuh-Ntumbaw à la paroisse St Martin de Porrès à Ndu. Le vendredi 14 février 2020, les militaires ont envahi Ngarbuh à 4h et on nous a dit que 24 personnes, dont des femmes enceintes et des petits enfants, avaient été tuées. Certaines victimes ont été brûlées vivantes et plusieurs autres blessées ».

Mais, dans un entretien accordé à une chaîne de télévision locale (Equinoxe TV), l’évêque parle plutôt de 22 morts au total. Comme nous allons le voir dans le billet suivant, les versions sur le nombre de morts sont nombreuses et divergentes. Elles ne sont, cependant, en deçà d’une vingtaine de morts.

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les réactions ne se sont pas faits attendre.


Pourquoi l’alimentation de l’enfant préoccupe tant les pédiatres au Cameroun ?

Assister à un débat sur la santé de l’enfant organisé par les pédiatres était considéré, pour moi, comme une curiosité. Pour la première fois, j’assistais à un débat animé par des femmes et des hommes de sciences. Mais, ce qui est tout de même intéressant, c’est justement le fait d’aborder un thème pour le moins problématique qu’est « la résistance aux antibiotiques » dans un contexte camerounais. A quoi cela renvoi-t-il ? Pourquoi et comment l’enfant serait-il résistant aux antibiotiques ? Bref quel est l’enjeu qui se cache derrière ce discours de médicaments et de résistance chez les enfants ?

Les pédiatres et la SOCAPED

Le 18 février 2020 à 16h s’est tenu à l’Hôtel Hilton de Yaoundé une cérémonie un peu particulière, à laquelle j’assistais pour la première fois, disais-je. La SOCAPED (Société Camerounaise de Pédiatrie), accueillait ce qu’on appelle dans le jargon du milieu les nouveaux « résidents ». Il s’agit de 16 pédiatres nouvellement sortis des facultés de médecine du pays et également nouvelles recrues de cette société savante. Cette cérémonie avait donc pour objectif principal d’accueillir les nouveaux pédiatres admis à faire valoir leurs droits dans cette communauté savante qu’est la SOCAPED.

La Société Camerounaise de Pédiatrie est une sorte de communauté de partage, « du donner et du recevoir », d’expérience sur le développement et la santé de l’enfant. C’est la raison pour laquelle on y trouve toutes les catégories de métiers qui prennent en charge ce bien-être de l’enfant : en dehors des pédiatres, les médecins, les paramédicaux, les psychologues, les sociologues, les anthropologues, etc. sont concernés.

Ce 18 février était donc consacré à ce que je peux appeler « l’intronisation des nouveaux pédiatres » dans cette communauté aujourd’hui vaste de 120 pédiatres qui exercent au Cameroun. Selon l’aveu du Pr David Chelo, Secrétaire Général de la SOCAPED, seuls 90 parmi eux sont actuellement actifs au Cameroun. Bien entendu, plusieurs Camerounais pédiatres exercent actuellement à l’étranger. La SOCAPED avance un chiffre de 50 pédiatres environ.

Cette cérémonie avait comme plat de résistance l’accueil des nouveaux « résidents ». Mais, c’est le menu d’entrée, constitué d’exposés et de débats, qui m’a le plus séduit. Le Cameroun est un pays qui compte, dans les projections statistiques, presque 43% de la population âgée de moins de 15 ans (RGPH 1976, 1987, 2005 et projections ; EDS-MICS 2011). Pour la Banque Mondiale, les statistiques indiquent que le Cameroun comptait 0,08 médecins pour 1000 habitants en 2010.

Les pédiatres et la santé infantile

Au vue de ces statistiques, je vous épargne des détails liés à l’accès à un pédiatre (pauvreté, éloignement des centres de santé, etc.), il devient évident que l’enfant Camerounais est très vulnérable. Dans un tel contexte, comment réussir à assurer efficacement la santé et le bien-être de l’enfant ? Comment contourner ces limites d’accès à la médecine pour ceux qui sont considérés à tort ou à raison comme des êtres très fragiles ?

C’est dans ce contexte que les problématiques sur la prévention deviennent alors intéressantes en Afrique et au Cameroun en particulier. A défaut d’avoir un pédiatre, ce qui représente encore un luxe au Cameroun, il faut développer les moyens de prévention. Le débat du jour concernait « la résistance aux antibiotiques » animé par des biologistes, en particulier. Débat articulé sur trois thématiques : « Profil de résistance aux antibiotiques chez les enfants » (Dr Laure Ngando du Centre Pasteur du Cameroun), « Stratégies du plan mondial OMS dans notre contexte » (Dr Nelly Kamgaing, du CHU de Yaoundé), et « Microbiote et antibiothérapie » (Dr Isabelle Mekone Nkwelle, de l’Hôpital Général de Yaoundé).

Les antibiotiques, selon l’OMS, « sont des médicaments utilisés pour traiter et prévenir les infections bactériennes ». L’aspect de la prévention, pour les pédiatres, est très important dans la mesure où elle permet de contourner les limites. La résistance est donc cette faculté qu’ont les milliards de bactéries du corps, à muter, à contourner l’efficacité des médicaments, et donc, à survivre. Ce sont les bactéries qui résistent aux médicaments, et non l’enfant.

C’est une situation peu confortable à la fois pour le malade et pour le médecin pour la simple raison que l’enfant ne recouvre pas sa santé conformément aux prescriptions médicales. Par conséquent, cela imputera des dépenses supplémentaires. Il va donc se poser plusieurs hypothèses que je formule ici sur la forme de questionnement : est-ce que le diagnostic a été bien fait ? Est-ce que l’analyse en laboratoire a-t-elle été bien menée ? Enfin, la question lancinante, est-ce que le médicament, bien que ce soit le bon choix du pédiatre, est-il de meilleure qualité ?

La résistance vue sous trois angles

Malgré cette capacité des antibiotiques à jouer également le rôle de la prévention, il peut arriver qu’il y ait des défaillances face à cette résistance des bactéries. Le questionnement précédent issu des débats entre les pédiatres et les biologistes a conduit sur quelques pistes de réflexion :

  • Les diagnostics :

Les questions sur les diagnostics sont nettement en rapport avec la qualité des médecins, pour ne pas dire les compétences. La majorité des 16 pédiatres admis au résidanat se sont formés au Cameroun. Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que les facultés de médecines camerounaises, sont reconnues pour la qualité de leurs enseignements. D’ailleurs, quelques enseignants de ces facultés présents ce jour-là sont membres de la COCAPED. Le débats sur la qualité des pédiatres exerçant au Cameroun ne se sont d’ailleurs pas posés.

  • Les analyses :

Les débats les plus fructueux et les plus enrichissants qui préoccupaient plus les pédiatres ont été posés sur les relations entre les médecins/pédiatres et les biologistes. Il a été constaté que ces relations n’étaient généralement pas fructueuses pour deux raisons au moins. La première raison est la non disponibilité des pédiatres. Trop sollicités, ils n’ont pas du tout le temps de s’entretenir avec le laboratoire pour se concerter sur les difficultés éventuelles face à ces résistances. Parfois un simple dialogue entre les deux acteurs peut aboutir à un dénouement heureux. La deuxième raison est le choix de bons laboratoires. Ont-ils les équipements nécessaires pour des analyses efficaces ? La prolifération des aventuriers dans ce domaine n’est pas de nature à garantir de bons résultats des analyses. Il appartient donc aux pédiatres de faire le bon choix qu’il faut.

  • Les médicaments :

Les antibiotiques efficaces et de bonnes qualités ont été également au centre des débats. La résistance des bactéries est due en grande partie à la mauvaise qualité des médicaments. Comme je l’ai dit précédemment pour les biologistes, les relations entre les pédiatres et les délégués médicaux sont extrêmement importantes. Il a été surtout question d’interpeller les nouveaux résidents à se méfier des pressions parfois embarrassantes du marketing médicamenteux pour la simple raison qu’ils sont toujours audacieux. L’appât du gain est souvent le premier défaut. Le pédiatre se laisse facilement prendre au dépourvu de la mauvaise qualité du médicament prescrit à l’enfant.

Ici, on retrouve la question fondamentale du business qui est en fait un très grand enjeu économique. L’industrie du médicament, après celle de l’armement, domine les intérêts, qu’ils soit politiques ou socioéconomiques, dans le monde. Comment va faire le modeste pédiatre face à ce dumping du marché des médicaments ? Va-t-il jouer le jeu des intérêts ou se limiter à la santé de l’enfant ? Dans l’incapacité de trouver une solution efficace, il a été recommandé aux nouvelles recrues de ne faire confiance qu’à leur bonne foi et à leur compétence. Difficile à vivre, mais nécessaire face aux défis de la santé publique dans le contexte camerounais.

La bonne alimentation comme solution efficace

Les résistances aux antibiotiques deviennent de plus en plus fréquentes face à toutes ces limites. En somme, à la fois le bon diagnostic, le bon laboratoire et le bon médicament ne peuvent être à cent pour cent efficaces. Pire encore, malgré l’évolution de la recherche, même les nouveaux antibiotiques ne sont pas du tout rassurants. Ce qui reste le plus conseillé c’est le changement de comportements. Selon Dr Kamgaing Nelly, les recommandations de l’OMS sont les plus efficaces à savoir « la vaccination, le lavage des mains, et une bonne hygiène alimentaire ».

L’alimentation de l’enfant, surtout la bonne, est considérée comme le premier antibiotique le plus efficace. C’est alors à ce niveau qu’intervient la problématique de l’alimentation des enfants où les industries alimentaires jouent un rôle important. Nestlé se positionne, en cette occasion, comme un partenaire efficace des pédiatres. Ce partenaire mesure-t-il les enjeux de ce challenge ?

Depuis 2003 que Nestlé Cameroun soutient la SOCAPED à travers son Institut Nestlé Nutrition, les nouveaux résidents pédiatres reçoivent « l’information et la formation de premier choix en matière de nutrition infantile. C’est dire que les nouveaux résidents pourront bénéficier de l’offre de formation de l’Institut Nestlé Nutrition et, compléter ainsi la qualité des soins et des conseils nutritionnels aux parents et à leurs enfants. Ce qui devrait permettre d’améliorer à moyen et à long terme, les indicateurs de santé publique au Cameroun ».


Handicap et droit de vote au Cameroun

Le 9 février 2020 s’est tenu, au Cameroun, les élections législatives et municipales. Comme d’habitude, c’était l’occasion, pour des associations et des ONG de promotion des droits de l’homme, de participer au processus électoral à travers le déploiement des observateurs sur l’étendue du territoire. Mais, certaines ONG se sont fait remarquer par leur particularité. C’est le cas de l’ONG américaine Sightsavers.

Pour Sightsavers, par le canal de la « Plateforme Nationale des Organisations de Promotion de l’Inclusion des Personnes Handicapées du Cameroun », le moment est venu de miser sur une catégorie sociale presque oubliée : les personnes vivant avec un handicap. Ce qui fait la particularité de cette ONG, c’est qu’elle souhaite faire des personnes handicapées des acteurs de la vie démocratique, et ce à trois niveaux : il s’agit d’impliquer les personnes handicapées à la fois comme observateurs électoraux, comme électeurs, et comme candidats.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Un aveugle se fait aider pendant le vote à Yaoundé. Crédit photo : Sightsavers.

Sightsavers a joué un rôle prépondérant dans l’implication des personnes handicapées dans le processus électoral au Cameroun au cours de l’élection présidentielle (7 octobre 2018), Législatives et Municipales (9 février 2020). Son rôle a consisté à servir de facilitatrice en termes de formation (rôle d’un député, d’un conseiller municipal, et les techniques d’observation électorale). Elle a été d’un apport considérable dans l’organisation des campagnes électorales des candidats handicapés. Même si le bilan est jugé mitigé par beaucoup pour ce qui concerne le soutien des candidats handicapés, cet apport ne peut tout de même pas être oublié. Par contre, son bilan pour l’observation électorale est encourageant. Je vous livre ici quelques images rapportées par les observateurs électoraux handicapés recrutés pour la circonstance.

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Élections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Une électrice et observatrice handicapée (malentendante) en train de voter à dans un bureau de vote à Yaoundé. Crédit photo : Sightsavers.

En tant qu’observateurs électoraux, les personnes handicapées sont allées sur le terrain en sillonnant les villes cibles comme Yaoundé, Douala, Garoua, Figuil, Yagoua, Maroua, Bertoua, Abong-Bang, Dschang, Bafoussam, Ngaoundéré, Meiganga, Ebolowa, Sangmélima, pour constater de leurs propres yeux les conditions environnementales et psychologiques auxquelles les personnes handicapées doivent faire face lors des scrutins au Cameroun. Et en tant qu’électeurs, elles ont, à travers leurs points de vue, exprimé leur ressenti et leur vécu face à ces conditions dont elles viennent de faire l’expérience sur le terrain après avoir accompli leur devoir de vote.

J’ai donc eu ce privilège d’être sélectionné, ainsi d’une quarantaine d’autres, comme observateur électoral pour les élections législatives et municipales du 9 février dernier. Pour la première fois, depuis que je me bats pour la promotion et le respect des droits des minorités, j’ai été confronté à l’immensité de la souffrance de cette catégorie sociale. J’ai moi-même vu et vécu les conditions dans lesquelles les personnes handicapées se battent pour exercer leurs droits de vote. Après avoir vécu cette expérience et reçu également quelques clichés de mes collègues, je ne me ferai pas l’injure de ne pas partager cela à l’attention du monde. Le Cameroun n’étant pas une exception en la matière, elle fait cependant partie de l’exception.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Les urnes dans un bureau de vote à Yaoundé. Crédit photo : Sightsavers.

Les obstacles liés à l’environnement

Les obstacles à l’accessibilité des personnes handicapées dans le cadre de l’expression de leurs droits de vote se présente sous deux formes liées à l’environnement physique et communicationnel d’une part et à leur ressenti d’autre part. Ces types d’obstacles environnementaux concernent généralement les conditions physiques d’accès d’une part au centre de vote, et d’autre part au bureau de vote.

L’entrée des centres de vote 

Certains centres de vote sont particulièrement réputés d’être situés en retrait de la voie routière principale. La conséquence est que ces centres sont généralement difficile d’accès à cause des voies réputées pour leur particularité « accidentogènes ». Les voies d’accès sont parsemés d’embuches et de crevasses qui rendent impossibles la circulation des personnes possédant n’importe quel type de handicap : les fauteuils roulant, les béquilles, les cannes, etc. C’est véritablement un parcours de combattant que ces personnes mènent pour parcourir une distance qui va de la voie principale bitumée jusqu’à l’entrée du centre de vote. Si elles décident d’emprunter un taxi-moto pour ce parcours, cela impliquera inévitablement des frais supplémentaires de transport.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Une électrice et observatrice affrontant la traversée d’un caniveau à Yaoundé. Crédit photo : Sightsavers.

Le prochain obstacle à affronter est la distance qui sépare l’entrée du centre de vote jusqu’au bureau de vote. Généralement les centres de vote sont des établissements scolaires (écoles, collèges, lycées) et les bureaux de vote sont logés dans les salles de classes. La distance entre ces deux périphéries n’est pas une partie de plaisir pour des personnes handicapées moteur qui ne sont pas habituées à faire de longues distances à pieds.

L’entrée des bureaux de vote 

Après avoir parcouru cette longue distance, variable selon les centres de vote, les personnes handicapées, électeurs, doivent affronter un autre obstacle qui est presque régulier dans tous les bureaux de vote : les escaliers. Il n’existe aucune rampe en dehors d’un seul que mes collègues ont heureusement aperçu dans un lycée à Douala. Les escaliers font office de mode d’accès, mais les difficultés rencontrées sont de degré différents. Tandis que pour les uns, on peut rencontrer des escaliers de deux à trois marches, pour les autres c’est plutôt au-delà d’une dizaine, voire d’une vingtaine de marches.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. L’état de l’entrée d’un centre de vote à Douala. Crédit photo : Sightsavers.

Ce qui m’horripile cependant c’est que ces escaliers ne sont pas dotés de garde-fous. Conséquence, les personnes handicapées ne peuvent pas s’y aventurer seules sans avoir besoin d’un soutien quelconque au risque de trébucher au moindre faux-pas. Ce n’est d’ailleurs pas le seul défaut. Les escaliers présentent particulièrement des risques énormes de chutes pour la simple raison qu’ils ont été conçus avec légèreté. Les dimensions des marches et des contremarches sont variables aux normes non conformes. Généralement, ces dimensions sont supérieures aux normes internationales.  

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Une électrice affrontant les escaliers pour se rendre à son bureau de vote à Douala. Crédit photo : Sightsavers.

A l’intérieur des bureaux de vote 

Les bureaux de vote, qui sont généralement les salles de classe, ont la particularité d’être dans un état vétuste. Pour 80 à 90 % pour cas, ce sont des salles sans électricité, et avec des sols dégradés. La conséquence est qu’un isoloir placé en retrait dans un coin reculé de la salle, peut empêcher la lumière du jour d’y arriver et perturber la visibilité des électeurs. Le sol dégradé peut empêcher les fauteuils roulants et les aveugles de pouvoir circuler aisément.

La disposition des urnes est aussi discutable. Elles sont posées sur une table dont la hauteur ne permet pas aux personnes de petites tailles d’y introduire leur enveloppe. Des isoloirs couverts entièrement par un tissu pagne d’ELECAM (organe chargé de l’organisation des élections au Cameroun) du haut vers le bas dans les bureaux de vote est une mesure visant à garantir le secret des votes pour des personnes de petite taille et celles possédant un fauteuil roulant. Un isoloir couvert à moitié, du haut vers le milieu, comme ça a été le cas pour plusieurs bureaux de vote, ne peut pas mettre l’électeur à l’abri des regards.

La disposition des listes des électeurs, affichée à l’entrée de chaque bureau de vote, n’est pas à une hauteur convenable pour des personnes de petite taille et pour des personnes possédant un fauteuil roulant. Dans l’impossibilité de lire pour chercher son nom dans la liste, une personnes de petite taille est toujours obligée de faire venir une tierce personne pour l’aider à retrouver son nom.

Les toilettes et l’accès à l’eau

Tous les centres de vote comportent les toilettes heureusement bien aménagées en termes de propreté. Cependant, non seulement elles ne sont pas adaptées aux normes pour des personnes handicapées moteurs (défaut de pot de cuvette de WC), mais leur accès n’est pas aisé pour la simple raison qu’il y a des escaliers sans rampes et sans garde-fous. L’accès ici n’est d’ailleurs pas différent de ce qui a été décrit plus haut concernant les l’accès dans les bureaux de vote.

Des robinets fonctionnels également sont présents au sein des centres de vote. Comme les toilettes, ils sont situés à un coin du centre inaccessible aux personnes handicapées moteurs par la présence des escaliers sans rampes. Même s’il faut dire que ces lieux sont rarement utilisés par des personnes handicapées qui ne passent que quelques minutes pour voter et repartir sur le champ, il n’en demeure pas moins vrai que les toilettes et les point d’eau potable doivent être accessibles.

Je viens de décrire, dans les moindres détails possibles, ce que mes collègues et moi avons vécu comme expérience dans le cadre de l’exercice du droit de vote des personnes handicapées. Il s’agissait de montrer les conditions exécrables auxquelles nous sommes toujours confrontés.

Le ressenti des personnes handicapées

Le ressenti sur le vécu venant des personnes handicapées ayant participé au vote se mesure en deux phases : le regard de la personne handicapée par les autres et les conditions d’accueil.

Le regard des autres sur la personne handicapée 

Comme d’habitude, le regard des autres sur la personne handicapée est le même que celui observé dans la vie courante : mitigé. On remarque toujours une certaine gêne dans certains visages lorsqu’il faut céder le passage à une personne handicapée. La priorité de passage dévolue aux personnes handicapées pour le vote n’a pas toujours été compréhensible même s’il n’y avait pas eu de riposte. Les explications du personnel d’ELECAM chargé de l’accueil des électeurs en difficulté ont été nécessaires pour amener les autres électeurs à comprendre l’importance de cette priorité.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. L’état du sol dans un bureau de vote à Douala. Crédit photo : Sightsavers.

Le processus de vote concernant les électeurs handicapés prend assez de temps parce que ce sont des personnes qui ont besoin d’une attention particulière. Cette attention rend certains un peu jaloux qui vocifèrent à voix basse. Cette situation peut paraître anodine, mais psychologiquement, elle est, à la longue déstabilisatrice.

Les conditions d’accueil 

Les conditions d’accueil réservées aux personnes handicapées et aux électeurs en général sont particulièrement au-dessus de la moyenne. Dans tous les centres de vote, quelques personnels d’ELECAM étaient chargés de l’accueil, de l’orientation et de l’explication de la procédure de vote. Leur priorité était particulièrement de s’occuper des électeurs ayant des difficultés quelconques : personnes handicapées, personnes de troisième âge, femmes enceintes ou personnes présentant une difficulté spécifique.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Les bulletins de vote dans un bureau de vote à Yaoundé. Crédit photo : Sightsavers.

La présence de ce personnel avait donc pour avantage de combler ce déficit de panneaux signalétiques, de panneaux d’explication du processus de vote, de signes handicap, des notices et des affiches. Les seules affiches présentes étaient des noms des bureaux de vote devant chaque entrée des bureaux de vote. Cette assistance des personnes handicapées était assurée tout au long du processus de vote jusqu’à la fin.

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Elections législatives et municipales au Cameroun le 9 février 2020. Un isoloir non conforme pour les personnes handicapées dans un bureau de vote à Yaoundé. Crédit photo : Sightsavers.

Cependant, ne faut-il pas mettre en place des conditions adéquates pour rendre les personnes handicapées autonomes malgré la présence du personnel d’accueil ? Cette question de l’autonomie des personnes handicapées est justement au centre des problématiques dans l’amélioration des conditions liées à l’intégration socioprofessionnelle de cette couche sociale. Pourquoi les personnes handicapées doivent toujours avoir recours à une aide alors qu’il est possible d’améliorer le cadre afin de le rendre accessible et de faire de ces handicapés des personnes autonomes ? Dans mon rapport d’audit, deux solutions m’ont semblé répondre à ces questions.

Recommandations d’amélioration

Il s’agit ici de donner quelques détails sur les précautions à prendre concernant le respect des droits des personnes handicapées dans le cadre des élections au Cameroun. Ces précautions sont présentées sur la forme de deux recommandations. Chacune d’elle est une solution à part entière. Autrement dit, les deux ne sont pas conciliables :

La première recommandation consiste à identifier les électeurs handicapés à partir de leur carte électorale : cela permettra à ELECAM de connaitre à l’avance les bureaux de vote où sont inscrits les personnes handicapées afin de prévoir leurs conditions d’accès et de vote en fonction du type de handicap précis. Cette recommandation a le défaut d’être trop exigeante et contraignante en matière de logistique et de budget à consacrer pour adapter les différents centres de vote aux normes requises.

A défaut de cela, il est également possible de créer un centre de vote par zone avec un maximum de 50 à 100 électeurs handicapés pour un bureau de vote de 300 à 500 inscrits. Le premier objectif ici est de faciliter l’aménagement d’un centre en le dotant des infrastructures aux normes internationales. Le deuxième objectif est de concentrer les moyens dans quelques centres de vote choisis à cet effet. Le problème posé par cette recommandation sera qu’elle pourrait éloigner le centre de vote choisi des domiciles des personnes handicapées par zone. Cela va nécessiter, pour certaines personnes, des moyens supplémentaires de transport. Mais, une solution de transport urbain gratuit ne peut-elle pas être envisagée ?


Pourquoi je m’engage pour le CHAN ?

J’ai été, avec 24 autres blogueurs de l’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC), sélectionné pour être blogueur officiel du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), qui se déroule du 4 au 25 avril prochain au Cameroun. Cette nouvelle a fait des vagues à mon sujet parmi mes amis qui furent surpris de me voir dans cette cuvée. D’où leur vient cette surprise ? Et si celle-ci est légitime, pourquoi ai-je accepté de faire partie de cette aventure ?

Je dois commencer par préciser que, durant toute ma vie, pour ceux qui ont lu ma biographie, je n’ai cessé de m’approprier moi-même des situations difficiles, c’est-à-dire de me donner la peine d’être un acteur impliqué de près ou de loin dans certains événements qui portent en eux des enjeux socioéconomiques et politiques majeurs. En tant qu’anticonformiste, les erreurs que l’on m’attribue relèvent surtout du fait de la distance que j’ai vis à vis des faits que je critique. Cela a été le cas en politique avec mes engagements dans les activités associatives où j’ai joué et je continue toujours de jouer le rôle d’observateur électoral. Cela m’a permis de toucher du doigt les réalités et d’avoir une lecture assez précise des situations.

Pourquoi dois-je m’intéresser aux sports?

Cependant, cela n’a jamais été le cas dans le sport où je suis toujours resté en retrait dans mes analyses pour la simple raison que je ne maîtrise pas justement les enjeux. Le sport n’a jamais fait partie de mes choix de lectures en termes d’actualité sauf dans les cas où ont lieu des scandales. Ma position de chroniqueur m’oblige à être partie prenante pour vivre les réalités des événements sportifs que je ne connais pas. Donc, un chroniqueur qui est impliqué dans un fait est mieux placé pour en parler. Voilà pourquoi j’avais soif de faire partie, non pas en tant que spectateur, mais en tant que personne impliquée, de quelque manière que ce soit, dans un événement sportif.

Comme en politique dans les années 1990, mon intérêt pour le sport commence véritablement en 2014. En effet, le 14 septembre 2014, la Confédération Africaine de Football (CAF) attribue au Cameroun l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de 2019, après celle de 1972, donc 47 ans après ! L’occasion était donc venue pour moi de vivre la 32ème édition en chair et en os. J’avais toujours l’habitude de rédiger des billets pour des éditions précédentes et même pour la Coupe du Monde pour des appels à contribution à Mondoblog. Cette fois-ci ça allait être différent.

Le rêve de la CAN était permis

Au moment de l’attribution de l’organisation de la CAN au Cameroun, rien ne laissait présager sur la suite malheureuse des événements. La contestation a commencé à se faire ressentir dans l’opinion à travers principalement les réseaux sociaux. Pendant que les uns avaient des doutes sur les capacités du Cameroun à organiser la CAN, les autres s’inquiétaient plutôt sur les sommes faramineuses que le gouvernement avaient mis à la disposition pour la construction des infrastructures sportives en comparaison aux autres stades du même acabit dans d’autres pays africains. En fait, les polémiques en cours étaient simplement liées au fait que le président de la CAF, le Camerounais Issa Ayatou, était accusé de favoritisme dans l’attribution de la 32ème édition de la CAN.

La délégation camerounaise qui avait présenté le dossier du Cameroun à la CAF pour l’attribution de la CAN bénéficiait, non pas seulement des faveurs de Issa Ayatou, mais surtout d’un programme important de développement des infrastructures sportives. Il s’agit justement du programme dénommé PNDIS où figurait en bonne partie un projet de construction de dix stades à travers la république. Programme signé le 7 mai 2008 avec les partenaires Chinois, devrait doter le Cameroun des infrastructures sportives de dernière génération. A cette occasion, la construction du stade Olembé de Yaoundé, baptisé plus tard « Stade Paul Biya » avait été lancé en grand renfort de publicité en 2009. Le rêve était donc permis et rien ne présageait jusque-là quoi que ce soit de scandaleux.

https://twitter.com/vinesfoot/status/1068573224601034752

Les rêves brisés de la CAN

Les doutes émis auparavant ont commencé à s’intensifier avec les crises sociopolitiques qui ont suivies : la guerre civile dans les deux régions anglophones qui a commencé en 2016 et la crise post-électorale de depuis 2018. Des campagnes de sabotages, de dénigrements de cet événement ont eu lieu surtout dans les réseaux sociaux. Pour des fins politiques, certains acteurs étaient engagés dans l’échec de cet événement à travers ne serait-ce que dans la propagande médiatique. Ajouté à cela les polémiques sur les propos du nouveau président de la CAF, Ahmad Amad, qui faisait état de la volonté cachée du nouveau patron du football africain, de retirer l’organisation de la CAN au Cameroun pour des raisons vindicatives ou de conflits d’intérêts avec l’ancien parton Camerounais. Une histoire de règlement de compte ? Je n’en sais trop rien. En tous les cas, tout allait dans tous les sens.

Puis un soir du 30 novembre 2018… Puff ! Ahmad Ahmad annonce le retrait de cette 32ème édition de la CAN au Cameroun pour des raisons, dit-on, d’insuffisance d’infrastructures. Les langues commencent à se délier. Pendant que les uns parlent des sommes colossales d’argent déjà dépensées par le Cameroun, d’autres s’offusquent plutôt sur l’incompétences qui n’est que le reflet de 38 ans de tyrannie. Cette situation m’exaspère et je commençais à déchanter. Du coup je me posais toujours cette lancinante question : comment les stades, surtout celui d’Olembé à Yaoundé, dont la construction a commencé en 2009 et n’a toujours été achevé en 2019, 10 ans après ? Incompréhensible. De quoi me donner mes tournis !

https://twitter.com/AllezLesLions/status/1216306946044841984

Le retour de la CAN

Mais, c’était sans compter la témérité des autorités Camerounaises soucieuses de laver cet honneur jadis vanté. Et du 13 au 15 janvier 2020, le président Ahmad Ahmad est annoncé au Cameroun. C’est donc à l’occasion de cette visite que le président de la CAF annonce finalement l’organisation du CHAN (du 4 au 25 avril 2020) et de la CAN (du 9 janvier au 6 février 2021). L’espoir peut-il renaître ?

Les questions me fusent de toutes parts : serait-il encore possible d’espérer jouer un rôle ne serait-ce que secondaire dans un tel événement ? Que va-t-il rester de ma crédibilité en tant que blogueurs critique pour un événement sabordé par les critiques du régimes de Yaoundé dont je fais partie ? En m’arrêtant à ce niveau, il devient évident que je ne pourrais être impliqué ni de près ni de loin à un tel événement au risque de perdre ma crédibilité d’anticonformiste ou de blogueur critique pour avoir participé à ce qui pourrait être considéré par les pourfendeurs du régime comme l’un des scandales les plus spectaculaires du régime vieillissant.

Puis, une vieille question lancinante me vint à l’esprit, celle que je m’étais toujours posée et qui m’échappait jusqu’alors : pourrais-je être crédible dans mes analyses si je continue à être spectateur, à écouter, regarder et lire ce que les autres chroniqueurs et journalistes surtout de par leur position privilégiée d’accès à l’information, continuent d’assommer mes méninges à coups de caquets sur ce qui se passe à côté de moi ? Dois-je toujours construire mes opinions sur la base des analyses des autres alors que j’ai la possibilité de la bâtir par moi-même ? Pourquoi devrait-on laisser aux seuls journalistes le droits d’avoir à éduquer des masses pour le simple prétexte qu’il est le seul à avoir accès à certaines sources ? Il est temps de changer la donne et d’ouvrir d’autres horizons, je pense.

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Le CHAN, quels enjeux pour le blogging camerounais ?

L’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC) à laquelle j’appartiens a sollicité le président du comité d’organisation du CHAN 2020 et de la CAN 2021 (#CocanCmr2021) en la personne du ministre des Sports et de l’Education Physique Narcisse Mouelle Kombi, pour la couverture digitale du CHAN. L’association a reçu l’avis favorable. Une grande première au Cameroun. Ce succès, je le met au compte du Bureau de l’association conduit par mon compatriote Dania Ebongue.

L’association a donc engagé 25 blogueurs pour la circonstance. Evidemment, comme vous pouvez vous-même l’imaginer, cela représente pour moi une aubaine. Mais cela représente surtout une belle occasion pour les blogueurs de pouvoir démontrer enfin de quoi ils sont capables, car il n’est pas coutume de voir les autorités si réticentes à accorder du crédit aux professionnels de la communication digitale de crise où la frilosité du régime est de mise. Oubliés qu’ils sont des grands événements du pays, ce CHAN sera, pour les blogueurs, une première expérience camerounaise de couverture digitale événementielle après celle qu’ont vécu les blogueurs en Côte d’Ivoire lors des 8ème jeux de la Francophonie en juillet 2017.

Quoi de plus normal pour moi de faire partie de cette première aventure du blogging au Cameroun ! Je ne saurais cracher sur une si belle occasion qui fera partie d’une expérience importante dans le blogging, surtout que rien ne m’a été exigé sur le respect d’une ligne éditoriale quelconque. Je garderai toujours mon ton habituel et je ne changerai outre mesure. En somme, ça sera un événement historique, quoi !

En espérant que ma position ait été comprise, je vous invite à suivre les blogueurs de l’ABC sur leur blog respectif et sur les hashtags de Evènement : #TotalCHAN2020 et #CocanCmr2021 et mon hashtag : #tkcCHAN2020 sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter.