Comment j’ai vécu le tirage au sort du CHAN à Yaoundé

Le CHAN (Championnat d’Afrique des Nations) aura lieu au Cameroun du 4 au 25 avril prochain. Il y aura 4 groupes de 4 équipes chacune réparties dans trois villes, Yaoundé (Groupes A), Douala (Groupes B et C) et Limbe (Groupe C). Au total, 32 matchs sont programmés. Ils seront dirigés par 42 arbitres dont 22 centraux et 20 assistants. Voilà pour ce qui est des statistiques. Ce tirage au sort a eu lieu le lundi 17 février dernier. Longtemps annoncée par les blogueurs du CHAN, la cérémonie qui a eu quelques remous, bien que négligeables, ne m’a pas laissé indifférent. De Douala, j’ai fait le déplacement pour vous. Voici mon carnet de séjour.

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La cérémonie du tirage au sort du CHAN a lieu à 18 heures selon le programme officiel. Depuis 48 ans, le Cameroun n’a plus organisé une compétition internationale de foot. La dernière compétition date de 1972 où Yaoundé et Douala accueillaient la CAN (Coupe d’Afrique des Nations). Je n’étais pas encore né. En dehors de cette compétition internationale de foot, il y a également eu la CAN féminine, du 19 novembre au 3 décembre 2016. Tout comme le CHAN, elle avait été organisée en guise de test avant la CAN programmée pour juin 2019. Le retrait de cette CAN pour des raisons, dit-on, de manque d’infrastructures, n’a pas fait l’objet d’élimination du Cameroun. Elle a été renvoyée pour 2021. Comme si l’histoire se répétait, la CAF a profité du désistement de l’Éthiopie pour mettre le Cameroun un test : l’organisation du CHAN.

De Douala à l’entrée de PAPOSY

La CAN féminine n’avait pas la même envergure sur le plan communicationnel que le CHAN. Le Cocan, par la voix de son président, qui a eu le plaisir de solliciter officiellement les blogueurs à travers l’ABC (Association des Blogueurs du Cameroun) pour la couverture, avait donc un énorme défi à relever.

L’entrée du PAPOSY

Ma soif de vivre un événement international de foot pour la première fois a été mon seul élément de motivation. Chronomètre en main, le bus qui me conduit à Yaoundé quitte le quai à 12h précise. En réalité, il faut environ 4 à 5 heures de voyage pour un tronçon de 265 km. Bien que le voyage fût pénible à cause des tracasseries policières, l’arrivée à Yaoundé était tardive. Le bus aurait fait moins de temps que ça. Il est donc 17h30. Il ne me reste que le temps de prendre une chambre d’hôtel de l’agence de voyage, de me débarbouiller et de prendre un taxi. Chronomètre en main, je monte dans le premier taxi, peu importe le prix, l’essentiel c’est d’arriver au lieu de la cérémonie.

https://twitter.com/cfootcameroun/status/1229698894461915137

Il est 18h50 quand mon taxi se gare devant l’entrée principale du PAPOSY (Palais Polyvalent des Sport de Yaoundé). Je n’ai pas été impressionné par la foule. Mon billet d’invitation est entre de bonnes mains, chez Martine Ndo, ma collègue blogueuse, qui, à cause de sa batterie, est restée injoignable durant toute cette soirée. Comment faire pour accéder au PAPOSY ? J’entends déjà certains dire désespérément « la salle est déjà pleine, ça ne vaut même plus la peine ». Ces paroles ne m’ont point dissuadé. Une idée me vient subitement : j’ai reçu, étant dans le bus, un message du Cocan m’invitant à présenter ce SMS à l’entrée en guise de billet d’invitation. Je suis soulagé, enfin ! Je m’approche de la guérite, de pied ferme, j’insiste dans le rang pour qu’on me cède le passage. Ma situation de handicap me sera bien utile. Un boulevard se crée devant moi subitement grâce à un policier venu à mon secours. Malgré les déceptions que j’observe chez certains spectateurs médusés, je prends place.

L’esplanade du PAPOSY

Les policiers étaient postés dans toutes les entrées du PAPOSY. Je venais de franchir la première entrée et me voici dans la grande cour. Quelque part à gauche, deux grands écrans géants, montrant la cérémonie en direct, sont disposés de part et d’autre pour permettre à ceux qui n’ont pas eu accès à la salle de vivre la cérémonie. Je traverse la cour sans y prêter attention, mais je commence quand même à prendre conscience de la gravité de mon retard : la salle sera pleine à craquer. Je n’abandonne pas pour autant. Je décide de continuer ma marche pour la grande salle où se déroule la cérémonie. Une voix aux entours me signale que le Premier Ministre, Joseph Dion Ngute, vient de faire son entrée. J’entends en fond sonore, au milieu d’une foule de badauds, l’hymne national camerounais retentir.

Mon courage n’a pas pour autant tari. A l’instant, des escaliers aux marches ininterrompues m’attendent. Armé de courage, je réussis à monter jusqu’au sommet. Je me retrouve donc dans le hall du majestueux palais. Je décide de m’arrêter ici pour reprendre du souffle. Vous vous en douter bien, le challenge n’est pas encore terminé. Il me reste à franchir une dernière étape : l’entrée principale de la salle où étaient postés toujours les policiers. Des bousculades, des lamentations, des engueulades, des vociférations à n’en plus finir, se font entendre : « vous empêcher aux Camerounais d’entrer dans leur palais ? », « c’est même quoi ce pays où même s’amuser est interdit ? », « si voulez, mangez même votre pauvre CHAN-là, je retourne chez moi », etc. Je ne pouvais pas prendre le risque de m’approcher de cette foule compacte postée devant la porte vitrée du palais. Une moindre bousculade pouvait être fatale pour moi. C’est ici que j’ai donc décidé de terminer ma soirée.

Quelques minutes dans le hall

Je retrouve mon esprit, enfin ! Je contemple le palais, une œuvre de la coopération chinoise, comme le palais des congrès. Décidément, c’est la Chine qui vient construire des palais chez nous ! Du haut de l’estrade où je suis, je jette un coup d’œil autour de moi. Malheureusement, l’obscurité ne me permet pas d’admirer la superbe bâtisse. Les va-et-vient interminables de personnes présentes m’amènent à faire une remarque : l’habillement était le style du grand jour. Talons au bout pointu et robe majestueuse des soirées de gala pour les femmes. Curieusement, seuls les hommes étaient débraillés. Certains sont en veste et cravate, mais beaucoup, plus de trois quarts d’entre eux, sont en Jean et t-shirt ou chemise, bref tenue ordinaire. Pourquoi cette différence de tenue ? Des hommes, plus nombreux aux événements de foot que les femmes, ont l’air indifférents. Ici celles-ci marquaient tout de même leur présence. Pour mieux comprendre ce phénomène, je me rapproche d’un membre du Cocan qui passait par là. Il avoue lui-même ne rien comprendre car, selon les règles, la cérémonie du tirage au sort est une soirée en tenue de gala. En observant la foule, on se rend bien compte que ce sont les femmes qui ont mieux compris le concept. Heureusement, les organisateurs ne leur en ont pas tenu rigueur.

Une amie que j’avais invitée n’a pas pu accéder au hall où j’étais. Bloquée par la police, elle s’est contentée de regarder la cérémonie sur l’écran géant juste au bas des escaliers. Pendant que je me lamentais pour elle, une collègue blogueuse, Suzanne Mveng, me retrouve. Elle vient également de Douala pour cette cérémonie. Elle est plutôt surprise de me voir dehors. Pendant qu’elle raconte ses mésaventures pour réussir à accéder au PAPOSY, nous mûrissons les stratégies pour accéder dans la salle. Le tirage au sort, proprement dit, n’avait pas encore commencé. Sur la scène, c’étaient des artistes qui prestaient. Sous la direction d’Aladji Touré, les artistes chanteurs tels que Nicole Mara, Lornoar, Locko, Magasco, Taty Eyong ont meublé la soirée. Sans oublier les groupes folkloriques camerounais. L’instant magique a été l’hymne du CHAN composé et joué par Jane Mary Ihims.

La foule compacte qui obstruait l’entrée de la salle n’a pas refroidit la blogueuse qui n’est pas allée de mains morte pour négocier mon entrée. Grâce à Suzanne, mon courage a eu le dessus sur ma résignation. Elle me dit à voix serrée, « viens ». J’ai voulu lui dire de laisser tomber. Non, fallait pas la décevoir avec la peine qu’elle avait de me voir debout, planté là depuis quelques minutes déjà. Je me suis retrouvé à l’intérieur par enchantement grâce à la magnanimité d’un policier qui insistait en disant : « il n’y a plus de places assises. Tu vas rester debout ? ». « Oui », insistais-je en secouant la tête comme pour implorer une clémence au juge. J’étais mort de fatigue. Suzanne venait de me sortir d’un bourbier.

Dans la salle, enfin !            

La salle était comble. Les escaliers des tribunes étaient occupés. Suzanne était restée dehors. Je me sentais seul. J’appelais d’autres collègues blogueurs qui étaient déjà dans la salle en vain. La position de Thierry Didier Kuicheu ne lui permettait pas de venir vers moi, m’avoua-t-il. Je me complais dans ma solitude, mais j’étais convaincu que j’allais avoir une surprise. Mais, ma souffrance n’était pas encore terminée, il fallait maintenant négocier une place assise. Suzanne a finalement réussi à entrer dans la salle grâce à un personnel de la Croix Rouge. Elle est encore surprise de me voir là, debout. Quelques spectateurs, dans l’attente lasse, désistaient. Suzanne réussit à arracher cette place pour moi. Voilà donc une belle occasion de m’assoir.

À peine assis, j’ai donc le temps de contempler la salle, les jeux de lumière, les décors féériques, le public, bref la salle présentait ses plus belles allures. En fait, j’attendais mieux que ça, mais ce que j’ai vu n’était pas mal quand même. Le seul hic de la soirée m’est resté comme un mauvais souvenir ce soir-là : la mauvaise qualité de la sono. De là où je me trouvais, c’était à l’estrade des tribunes. Le PAPOSY est un stade de basket, volley et hand. Il peut également servir de salle de combat de boxe et de tous genre de sport en salle. Conçu comme un amphithéâtre, il a été transformé pour la circonstance en salle de spectacles en prélude cette cérémonie de tirage au sort du CHAN. Du haut de la tribune, je peux voir les personnalités qui accompagnent Dion Ngute. J’aperçois Ahmad Ahmad (président de la CAF), Issa Hayatou (ancien président de la CAF), Mouelle Kombi (ministre des sports et de l’éducation physique), Seidou Mbombo Njoya (président de la Fecafoot), et Samuel Eto’o, pour ne citer que ceux-là.

Quelques minutes ont suffi pour connaître la combinaison des poules avec leurs villes et stades respectifs. La mauvaise sonorisation ne m’a pas permis de suivre le tirage de bout en bout. Finalement, j’ai eu heureusement recours aux tweets de mes collègues blogueurs restés chez eux et qui suivaient la cérémonie en direct à la télé (CRTV) avant d’avoir les combinaisons des 4 groupes.

Cependant, cette cérémonie du tirage au sort a commencé bien avant 18h30, en fait. Le programme a débuté à 14h30 avec ce que le Cocan a appelé « Trophy Tour CHAN 2020 ». Le tour de ville du trophée consistait à faire un tour de la ville de Yaoundé pour présenter le trophée aux population de la capitale. Ainsi, du Boulevard u 20 Mai au PAPOSY, le cortège, qu’accompagnaient les troupes de danse, de fanfare, de majorettes et de ballet de l’Université de Yaoundé 1, de l’Université de Yaoundé 2, de l’Institut Supérieur Siantou et de l’Institut National de la Jeunesse et des Sports, est passé par le Rond Point An 2000 et le collège de la Retraite.

Fin de la cérémonie

Aussitôt le tirage au sort terminé, la salle commença à se vider progressivement. Accompagné de Suzanne, je dois refaire le chemin retour : descendre les escaliers, traverser la grande cour, marcher jusqu’au carrefour pour prendre un taxi pour mon auberge. En chemin, nous scrutons sur les sujets à aborder pour nos prochains billets de blog. Tandis que je comptais raconter mes aventures de la cérémonie du premier tirage au sort, elle promettait de s’indigner du manque de considération qu’on des personnes handicapées dans des circonstances pareilles. Mon amie qui m’attendait au bas des escaliers nous a rejoint. Nous avons cheminé ensemble et la soirée s’est achevée en taxi qui a ramené chacun de nous à sa destination. Une journée bien chargée pour un retour à Douala demain.

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Auteur·e

tkcyves

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