Pourquoi l’alimentation de l’enfant préoccupe tant les pédiatres au Cameroun ?

Assister à un débat sur la santé de l’enfant organisé par les pédiatres était considéré, pour moi, comme une curiosité. Pour la première fois, j’assistais à un débat animé par des femmes et des hommes de sciences. Mais, ce qui est tout de même intéressant, c’est justement le fait d’aborder un thème pour le moins problématique qu’est « la résistance aux antibiotiques » dans un contexte camerounais. A quoi cela renvoi-t-il ? Pourquoi et comment l’enfant serait-il résistant aux antibiotiques ? Bref quel est l’enjeu qui se cache derrière ce discours de médicaments et de résistance chez les enfants ?

Les pédiatres et la SOCAPED

Le 18 février 2020 à 16h s’est tenu à l’Hôtel Hilton de Yaoundé une cérémonie un peu particulière, à laquelle j’assistais pour la première fois, disais-je. La SOCAPED (Société Camerounaise de Pédiatrie), accueillait ce qu’on appelle dans le jargon du milieu les nouveaux « résidents ». Il s’agit de 16 pédiatres nouvellement sortis des facultés de médecine du pays et également nouvelles recrues de cette société savante. Cette cérémonie avait donc pour objectif principal d’accueillir les nouveaux pédiatres admis à faire valoir leurs droits dans cette communauté savante qu’est la SOCAPED.

La Société Camerounaise de Pédiatrie est une sorte de communauté de partage, « du donner et du recevoir », d’expérience sur le développement et la santé de l’enfant. C’est la raison pour laquelle on y trouve toutes les catégories de métiers qui prennent en charge ce bien-être de l’enfant : en dehors des pédiatres, les médecins, les paramédicaux, les psychologues, les sociologues, les anthropologues, etc. sont concernés.

Ce 18 février était donc consacré à ce que je peux appeler « l’intronisation des nouveaux pédiatres » dans cette communauté aujourd’hui vaste de 120 pédiatres qui exercent au Cameroun. Selon l’aveu du Pr David Chelo, Secrétaire Général de la SOCAPED, seuls 90 parmi eux sont actuellement actifs au Cameroun. Bien entendu, plusieurs Camerounais pédiatres exercent actuellement à l’étranger. La SOCAPED avance un chiffre de 50 pédiatres environ.

Cette cérémonie avait comme plat de résistance l’accueil des nouveaux « résidents ». Mais, c’est le menu d’entrée, constitué d’exposés et de débats, qui m’a le plus séduit. Le Cameroun est un pays qui compte, dans les projections statistiques, presque 43% de la population âgée de moins de 15 ans (RGPH 1976, 1987, 2005 et projections ; EDS-MICS 2011). Pour la Banque Mondiale, les statistiques indiquent que le Cameroun comptait 0,08 médecins pour 1000 habitants en 2010.

Les pédiatres et la santé infantile

Au vue de ces statistiques, je vous épargne des détails liés à l’accès à un pédiatre (pauvreté, éloignement des centres de santé, etc.), il devient évident que l’enfant Camerounais est très vulnérable. Dans un tel contexte, comment réussir à assurer efficacement la santé et le bien-être de l’enfant ? Comment contourner ces limites d’accès à la médecine pour ceux qui sont considérés à tort ou à raison comme des êtres très fragiles ?

C’est dans ce contexte que les problématiques sur la prévention deviennent alors intéressantes en Afrique et au Cameroun en particulier. A défaut d’avoir un pédiatre, ce qui représente encore un luxe au Cameroun, il faut développer les moyens de prévention. Le débat du jour concernait « la résistance aux antibiotiques » animé par des biologistes, en particulier. Débat articulé sur trois thématiques : « Profil de résistance aux antibiotiques chez les enfants » (Dr Laure Ngando du Centre Pasteur du Cameroun), « Stratégies du plan mondial OMS dans notre contexte » (Dr Nelly Kamgaing, du CHU de Yaoundé), et « Microbiote et antibiothérapie » (Dr Isabelle Mekone Nkwelle, de l’Hôpital Général de Yaoundé).

Les antibiotiques, selon l’OMS, « sont des médicaments utilisés pour traiter et prévenir les infections bactériennes ». L’aspect de la prévention, pour les pédiatres, est très important dans la mesure où elle permet de contourner les limites. La résistance est donc cette faculté qu’ont les milliards de bactéries du corps, à muter, à contourner l’efficacité des médicaments, et donc, à survivre. Ce sont les bactéries qui résistent aux médicaments, et non l’enfant.

C’est une situation peu confortable à la fois pour le malade et pour le médecin pour la simple raison que l’enfant ne recouvre pas sa santé conformément aux prescriptions médicales. Par conséquent, cela imputera des dépenses supplémentaires. Il va donc se poser plusieurs hypothèses que je formule ici sur la forme de questionnement : est-ce que le diagnostic a été bien fait ? Est-ce que l’analyse en laboratoire a-t-elle été bien menée ? Enfin, la question lancinante, est-ce que le médicament, bien que ce soit le bon choix du pédiatre, est-il de meilleure qualité ?

La résistance vue sous trois angles

Malgré cette capacité des antibiotiques à jouer également le rôle de la prévention, il peut arriver qu’il y ait des défaillances face à cette résistance des bactéries. Le questionnement précédent issu des débats entre les pédiatres et les biologistes a conduit sur quelques pistes de réflexion :

  • Les diagnostics :

Les questions sur les diagnostics sont nettement en rapport avec la qualité des médecins, pour ne pas dire les compétences. La majorité des 16 pédiatres admis au résidanat se sont formés au Cameroun. Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute que les facultés de médecines camerounaises, sont reconnues pour la qualité de leurs enseignements. D’ailleurs, quelques enseignants de ces facultés présents ce jour-là sont membres de la COCAPED. Le débats sur la qualité des pédiatres exerçant au Cameroun ne se sont d’ailleurs pas posés.

  • Les analyses :

Les débats les plus fructueux et les plus enrichissants qui préoccupaient plus les pédiatres ont été posés sur les relations entre les médecins/pédiatres et les biologistes. Il a été constaté que ces relations n’étaient généralement pas fructueuses pour deux raisons au moins. La première raison est la non disponibilité des pédiatres. Trop sollicités, ils n’ont pas du tout le temps de s’entretenir avec le laboratoire pour se concerter sur les difficultés éventuelles face à ces résistances. Parfois un simple dialogue entre les deux acteurs peut aboutir à un dénouement heureux. La deuxième raison est le choix de bons laboratoires. Ont-ils les équipements nécessaires pour des analyses efficaces ? La prolifération des aventuriers dans ce domaine n’est pas de nature à garantir de bons résultats des analyses. Il appartient donc aux pédiatres de faire le bon choix qu’il faut.

  • Les médicaments :

Les antibiotiques efficaces et de bonnes qualités ont été également au centre des débats. La résistance des bactéries est due en grande partie à la mauvaise qualité des médicaments. Comme je l’ai dit précédemment pour les biologistes, les relations entre les pédiatres et les délégués médicaux sont extrêmement importantes. Il a été surtout question d’interpeller les nouveaux résidents à se méfier des pressions parfois embarrassantes du marketing médicamenteux pour la simple raison qu’ils sont toujours audacieux. L’appât du gain est souvent le premier défaut. Le pédiatre se laisse facilement prendre au dépourvu de la mauvaise qualité du médicament prescrit à l’enfant.

Ici, on retrouve la question fondamentale du business qui est en fait un très grand enjeu économique. L’industrie du médicament, après celle de l’armement, domine les intérêts, qu’ils soit politiques ou socioéconomiques, dans le monde. Comment va faire le modeste pédiatre face à ce dumping du marché des médicaments ? Va-t-il jouer le jeu des intérêts ou se limiter à la santé de l’enfant ? Dans l’incapacité de trouver une solution efficace, il a été recommandé aux nouvelles recrues de ne faire confiance qu’à leur bonne foi et à leur compétence. Difficile à vivre, mais nécessaire face aux défis de la santé publique dans le contexte camerounais.

La bonne alimentation comme solution efficace

Les résistances aux antibiotiques deviennent de plus en plus fréquentes face à toutes ces limites. En somme, à la fois le bon diagnostic, le bon laboratoire et le bon médicament ne peuvent être à cent pour cent efficaces. Pire encore, malgré l’évolution de la recherche, même les nouveaux antibiotiques ne sont pas du tout rassurants. Ce qui reste le plus conseillé c’est le changement de comportements. Selon Dr Kamgaing Nelly, les recommandations de l’OMS sont les plus efficaces à savoir « la vaccination, le lavage des mains, et une bonne hygiène alimentaire ».

L’alimentation de l’enfant, surtout la bonne, est considérée comme le premier antibiotique le plus efficace. C’est alors à ce niveau qu’intervient la problématique de l’alimentation des enfants où les industries alimentaires jouent un rôle important. Nestlé se positionne, en cette occasion, comme un partenaire efficace des pédiatres. Ce partenaire mesure-t-il les enjeux de ce challenge ?

Depuis 2003 que Nestlé Cameroun soutient la SOCAPED à travers son Institut Nestlé Nutrition, les nouveaux résidents pédiatres reçoivent « l’information et la formation de premier choix en matière de nutrition infantile. C’est dire que les nouveaux résidents pourront bénéficier de l’offre de formation de l’Institut Nestlé Nutrition et, compléter ainsi la qualité des soins et des conseils nutritionnels aux parents et à leurs enfants. Ce qui devrait permettre d’améliorer à moyen et à long terme, les indicateurs de santé publique au Cameroun ».

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Auteur·e

tkcyves

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