Distanciation sociale, quarantaine et confinement : de quoi s’agit-il ?

L’actualité sur le coronavirus qui secoue le monde depuis février 2020 est également riche en concepts. Le vocabulaire utilisé par les médias camerounais est particulièrement confus. Cela participe à une incompréhension des mesures prises par l’OMS et le gouvernement camerounais dans la lutte contre le coronavirus. Dans la littérature liée au coronavirus, les Camerounais se sont familiarisés avec de nouveaux mots dans leur langage quotidien. Ils sont tellement nombreux que je me contenterai ici de ceux qui suscite des curiosités et des confusions pour leur caractère synonymique, à savoir : distanciation sociale, quarantaine et confinement.

La distanciation sociale, la mise en quarantaine et le confinement sont des mesures de précautions dont la communauté médicale opte pour éviter la propagation d’une maladie. Le coronavirus étant contagieuse, les nouveaux types de comportements sont prescrits pour limiter sa propagation. En dehors de leurs définitions, ces trois concepts ont des variances contextuelles qui prêtent à confusion.

Ces trois termes s’utilisent confusément par tous les Camerounais y compris les spécialistes de la santé. De prime abord, ils sont considérés comme des synonymes, pourtant l’un ne peut pas être utilisé à la place de l’autre. Chaque mot a ses spécificités. Je vous livre ici, non seulement des définitions, mais surtout une analyse du discours en contexte camerounais.

Ce qu’ils ont en commun

Commençons ici par préciser que la confusion faite par des personnes dans l’utilisation de ces mots peuvent être justifier pour une simple raison : ils signifient tous « être à l’écart les uns des autres ». En d’autres termes, entre deux ou plus plusieurs personnes, l’écart qui vous sépare doit être à une certaine distance qui a été fixée au préalable.

Il ne faut surtout pas penser à l’isolement. Ce terme désigne tout autre chose qui n’a rien à voir avec le contexte de cet article. Même la prison n’est pas un isolement. D’ailleurs, on parle d’isolement dans une prison lorsqu’il est question de sanctionner une personne pour indiscipline grave. Elle est donc placée en isolement qui est une sorte de prison dans une prison où il n’existe aucun contact avec l’extérieur. Parfois les conditions sont de plus en plus rudes selon les prisons.

Ce qui les différencie

La nuance est maintenant visible lorsqu’on met en exergue la notion de distance.

Distanciation sociale

La « distanciation sociale » a pour synonyme « éloignement social ». Ce deuxième terme est plus compréhensible dans la mesure où l’on voit bien la notion de l’éloignement qui renvoie au respect d’une distance physique corporelle l’un à l’autre. Dans le cadre du coronavirus, l’OMS conseille l’éloignement d’un mètre minimum à respecter scrupuleusement. Le respect de cette distance doit se faire surtout dans les lieux publics comme les marchés, les rues, les banques, les hôpitaux, etc.

Vous remarquez ici que dans le cadre de la distanciation sociale, l’accent est surtout mis dans la distance de séparation entre deux ou plusieurs personnes dans les lieux publics. Pour ce qui concerne les lieux privés comme le cadre familial, la distanciation sociale n’a plus de sens, puisqu’il revêt un caractère communautaire. D’où le mot social qui est associé à distanciation.

Mettre en quarantaine

Le terme quarantaine, quant à lui, est plus contraignant que la distanciation sociale. Il signifie mettre à l’écart forcé celui qui est malade. Selon l’OMS, « il consiste à séparer du reste de la population les personnes bien portantes ayant pu être exposées au virus, ou à limiter leurs déplacements, afin de surveiller l’apparition de symptômes et de détecter précocement les cas ». Vous constatez que la mise en quarantaine ici prend un caractère coercitif et restrictif, contrairement au concept de distanciation sociale. La mise en quarantaine est coercitive parce qu’elle peut être imposée. Cette obligation peut donc être volontaire, comme elle peut être forcée.

Comme exemple d’une mise en quarantaine volontaire, nous avons vu la chancelière allemande Angela Merkel qui qui a volontairement choisi de se mettre en quarantaine après avoir été en contact avec un médecin déclaré positif du coronavirus. Heureusement, elle a été déclarée négative après avoir passé 14 jours en quarantaine et subi trois tests ce jour. Au Cameroun, le ministre du travail et de la prévoyance sociale s’est mis en quarantaine volontaire après un soupçon de contact des voyageurs d’un vol d’Air France où quelques passagers ont été détectés positifs au coronavirus. Le deuxième exemple est celui de la mise en quarantaine obligatoire. Ici, on peut citer la mise en quarantaine des passagers des vols d’Air France et de NS Brussels du 17 mars à l’aéroport International de Douala.

Vous convenez donc que la mise en quarantaine est restrictive dans la mesure où elle ne concerne que des personnes infestées, malades ou soupçonnées d’être infestées. Elle concerne également des personnes à risque comme les voyageurs qui viennent d’un pays déjà touchés et des personnes du troisième âge, surtout ceux de 60 à 70 ans et plus. Les personnes âgées particulièrement ont un système immunitaire trop faible qui ne supporterait pas des attaques des virus dont les poumons sont leur cible.

Evidemment, on se pose toujours la question de savoir pourquoi ne faut-il pas faire passer les tests à toutes personnes à risque ou soupçonnées d’être infestées au lieu de les mettre en quarantaine ? La raison est simple : le test n’est pas généralisé. Les kids de test ne sont pas disponibles pour tout le monde. On les réserve uniquement pour des personnes présentant déjà des symptômes de la maladie pour confirmation. Les spécialistes affirment que le coronavirus a 14 jours pour se manifester. D’où la mise en quarantaine de 14 jours à la suite desquels on est «libéré» si les symptômes n’apparaissent pas.

Par ailleurs, certaines personnes peuvent avoir des anticorps suffisamment forts qui réussissent à venir à bout du virus au bout de 14 jours. Voilà l’importance de la mise en quarantaine de 14 jours.

Etre en confinement

Le concept « confinement » ou « être mis en confinement » ou « être en confinement » est plus large que les deux premiers. Le confinement ici n’est pas restrictif, il est plutôt large. Il s’applique donc à tout le monde sans exception. Mais il est également coercitif car il est fondamentalement et exclusivement obligatoire. Cela signifie donc que le confinement se définit comme la mise en quarantaine obligatoire de toute la population d’un territoire bien circonscrit. Le confinement est plus draconien que les deux premiers concepts. Concrètement, chacun reste chez lui, porte verrouillée, durant une période déterminée et fixée par l’autorité médicale d’un pays ou le ministère de la santé.

Selon des pays où il est appliqué, le confinement revêt des dimensions multiples. On parle donc de « confinement total » et de « confinement partiel ». Comme je l’ai dit plus haut, le confinement est fondamentalement obligatoire. Par contre, en prenant des nuances dans certains pays, il devient partiel pour la simple raison que certaines activités sont permises. Par exemple, les personnes peuvent sortir, de leur maison pour aller au marché, au supermarché ou à l’épicerie, faire des courses ou encore aller à la pharmacie. C’est le cas en France et aux Etats-Unis. Pour le confinement total, aucune sortie n’est autorisée. Le ravitaillement en produits de première nécessité se fait en livraison à domicile sur commande par téléphone ou par internet. C’est le cas par exemple en Chine.  

Importances de ces mesures

Ces trois mesures représentent, sur le plan sanitaire, des méthodes ou techniques dans le cadre de la protection contre une maladie infectieuse émergente. Elles sont donc indiquées pour le cas actuel du coronavirus en pleine propagation dans le monde. Avant lui, le monde a connu des cas plus dangereux qui ont fait plus de victimes, du moins pour le moment :  la grippe espagnole, par exemple. Ces mesures ne sont pas des décisions unilatérales. Elles sont préconisées par les spécialistes de la santé, notamment les ministères de la santé et par l’OMS.

Dans chaque pays, le système de santé existant est fait de sorte qu’on puisse mobiliser les ressources dans le cadre d’une éventuelle crise, comme de la lutte contre les maladies infectieuses et émergentes. La mobilisation peut être à des vitesses variables selon l’efficacité du système de santé. C’est la raison pour laquelle il existe des variances entre ces trois concepts qui induisent en erreurs beaucoup d’entre nous sur leur utilisation. Voilà pourquoi dans certains médias français, on peut entendre les journalistes dire qu’il y a « confinement total » en France et en Chine alors qu’il y a des variances. De même, les médias camerounais parlent de « confinement total » alors que ça ne se limite qu’aux écoles et aux endroits de plaisirs (bars et boîtes de nuit). Au Cameroun, on est limité encore à la mise en quarantaine volontaire ou obligatoire.

Beaucoup de personnes ignorent cependant que les mesures de prévention sont également considérées comme des médicaments. Ce sont des mesures qui ne peuvent être appliquées que sur les conseils des médecins. La prescription ici ne concerne que le changement de comportement individuel ou communautaire. C’est ce qui fait leurs particularités avec les médicaments ordinaires. Pour que cela soit effectif, il faut, soit la volonté et la disciple personnelle, soit la force. C’est la raison pour laquelle, pour ce dernier cas, l’intervention de la force publique de l’Etat est nécessaire pour faire appliquer ces mesures à grande échelle sur une population et un territoire donnés. Le Cameroun ne mobilise pas, du moins pour le moment, la force publique pour contraindre les gens au respect du confinement.

Les conséquences immédiates

Au niveau des conséquences liées au changement de comportement dû à la distanciation sociale, à la mise en quarantaine et au confinement, elles varient également selon chaque pays. Mais le plus important ici c’est le fait que ce changement de comportement entraîne inévitablement une limitation ou une restriction totale ou partielle des libertés individuelles. D’où l’intervention du politique. Sans doute que ce sont des mesures draconiennes imposées lorsque le système sanitaire s’est révélé incapable de venir à bout de la maladie par les médicaments. Mais il n’en demeure pas moins vrai que ce sont des prescriptions médicales dont les conséquences sont non seulement sociales, mais surtout économiques.

Les lieux comme les écoles, les lieux de plaisirs et de loisirs, de ports, sont carrément fermés. Pour ce qui concerne les entreprises, seules les plus importantes en temps de crises sanitaires sont ouvertes : supermarchés, pharmacies, ambulanciers, sapeurs-pompiers, etc. Ici également, les variances existent selon les pays. Au Cameroun, par exemple, les écoles et les universités sont fermées, sans oublier les frontières, les lieux de plaisirs comme les bars et les boîtes de nuit. En dehors de ces fermetures, toutes les activités sont en ébullition : marchés, banques, quincailleries, restaurants. Tout se passe normalement. C’est à peine si les gens se rendent même compte que le coronavirus sévit. Ces mesures, en vigueur depuis le 17 mars, suffisent-elles pour faire dire aux journalistes qu’il y a confinement, même partiel, au Cameroun ? Je ne pense pas.

La fermeture de ces lieux commerciaux induit indubitablement des coûts que l’Etat de chaque pays est obligé de supporter. Obliger la population de rester à la maison en fermant toutes ces entreprises et les lieux de commerce comme les marchés, aura pour conséquence de créer un manque de ressources de survie pour les ménages qui ne vivent qu’au quotidien grâce aux activités de l’économie informelle : commerçants, transporteurs, services, etc. Ce type de confinement à la camerounaise est interprété comme une incapacité de l’Etat à prendre en charge le confinement. Sinon, comment expliquer qu’avec 650 cas de coronavirus un confinement total, à l’exemple de la Chine ou de la France, ne soit pas encore décidé ?      

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Auteur·e

tkcyves

Commentaires

Alphonse Seke
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Les autorités camerounaises une fois de plus sont dans l'échec total
Confiné un pays où 80% de la population vivent du jour au jour sans mesure d'accompagnement c'est provoqué une émeute