Yves Tchakounte

Vaccination contre la polio : à la rencontre des personnes en situation de handicap

La campagne de vaccination contre la polio dans laquelle je me suis engagé depuis plus de vingt ans est tout simplement fascinante. J’ai toujours eu l’habitude de choisir pour cible, dans ma sensibilisation, les personnes considérées comme potentielles victimes. L’objectif ici est de leur donner les arguments pour comprendre la dangerosité de leur refus ou de leur scepticisme face la nécessité de vacciner les enfants. Cet acte était déjà devenu une routine. Imaginons un peu une cible comme les personnes vivant en situation de handicap. Pouvez-vous, à priori, prévoir leurs réactions ? Je suis sûr que vous êtes vraiment curieux de savoir un peu plus…

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Lancement de la vaccination locale contre la polio dans la Région du Centre.

Sensibilisation pour la vaccination contre la polio : quelle est la cible ?

Une campagne de sensibilisation pour la vaccination contre la poliomyélite est considérée comme une forme de communication ciblée. D’emblée, la cible ici est généralement les personnes valides. En termes général, on les retrouve dans la catégorie des personnes indécises. Selon les statistiques, 13% seulement de la population sont convaincues et sont d’ailleurs prêtes à convaincre les autres, et de plaider en faveur de la vaccination. En deuxième lieu, 87% par contre sont convaincues des biens-faits de la vaccination.

La nuance qu’il faut apporter à cette deuxième catégorie est qu’elle se trouve surtout dans une situation de contrainte sociale. Autrement dit, elle vaccine leurs enfants parce qu’elles sont obligées. En dernier lieu, 3% de la population sont considérées comme « rebelle ». Pour ces dernières, les vaccins sont des produits dangereux (KAP, 3 pays Cameroun, Mauritanie, Kenya – Source UNICEF).

Comme vous pouvez vous-même le constater, la cible est évidemment les 3%. Il ne faut surtout pas oublier la deuxième catégorie. Ce sont les indécis. Ils sont les plus nombreux. Leur décision peut basculer d’un moment à l’autre selon les circonstances. C’est surtout à elle que s’adresse les campagnes de sensibilisation. Je ne vais pas revenir ici sur les raisons de leur position. Ce qui fait la particularité de l’Afrique, c’est la prépondérance de la position des partisans du panafricanisme qui sont toujours versés dans la victimisation et la théorie du complot.

Les personnes handicapées peuvent-elles être la cible ?   

Dans cette deuxième catégorie, il m’a été donné de constater qu’il y a également des personnes en situation de handicap. Pour être plus précis, j’ai rencontré des handicapés moteurs tant de la deuxième que de la troisième catégorie. C’est assez surprenant, n’est-ce pas ? Toutes personnes handicapées au niveau des membres inférieurs, conséquence d’une poliomyélite, ne sont pas toujours des victimes de cette maladie. La plupart des handicaps sont dues à un accident (surtout de circulation). C’est d’ailleurs une fausse illusion de penser que toute personne handicapée moteur est une victime de la polio. Cette conclusion permet de comprendre la position de ces personnes. En effet, beaucoup parmi eux ne croit plus à la rationalité de leur situation. Il faut donc faire appel à la métaphysique pour comprendre parfaitement le pourquoi et le comment de leur position sur la question de la vaccination contre la polio.

Mais, tenez-vous tranquille, ma rencontre avec une personne handicapée victime d’une polio se passe de tout commentaire. Elle n’est d’ailleurs pas la seule. Je me suis toujours posé la question de savoir comment une personnes handicapée motrice, victime de la polio comme moi peut-elle considérer le vaccin contre la polio comme « dangereux » ? Pour moi, habitué à rencontrer des personnes valides, c’était comme une curiosité et j’ai voulu sérieusement en savoir plus. Parmi plusieurs cas rencontrés, celui de Rebecca m’a paru curieux.

Le cas de Rebecca, handicapée motrice

Rebecca (c’est le nom par lequel je vais l’appeler), une paraplégique, croit sincèrement que son handicap n’est pas dû à la polio. Victime d’un handicap à la suite d’une longue maladie, sa famille, et particulier sa mère, mettait la cause du handicap sur le dos de la métaphysique, d’aucuns diraient « la sorcellerie », « une main tapie dans l’ombre ». Habitant Bépanda Yong-Yong, elle en est convaincue par la mauvaise réputation que porterait ce quartier populeux et populaire de Douala. C’est un environnement qui peut influencer tout le monde qui traverserait ce qu’elle a eu à subir comme déboires au niveau de sa santé. Tous ceux qui ont vécu dans son coin, selon ses révélations, ont traversé la même galère. Les maladies difficiles à guérir ont été, à une certaine époque de sa jeunesse, le lot quotidien de plusieurs familles. Plusieurs voisins victimes, comme elle, ont vaincu la maladie grâce aux biens meilleurs soins des guérisseurs traditionnels. Mais, d’autres, par contre, qui n’ont pas pu résister, sont passé de vie à trépas.

Rebecca n’a pas été guérie, mais n’a eu que son handicap qui, affirme-t-elle, est resté comme une séquelle. Elle a donc eu la vie sauve grâce à un guérisseur traditionnel, me dit-elle. La décision qu’a pris ses parents d’opter pour cette médecine traditionnelle est fondée sur l’incurabilité de sa maladie. Le diagnostic fait par les médecins était formel : « Rebecca est victime de la poliomyélite », disent-ils. Les parents, cherchant une solution, constatent, en vain, que la polio n’a pas de traitement. La conclusion des parents est également sans appel : « c’est une maladie bizarre, un mauvais sort lancé par les sorciers du quartier, jaloux de la belle Rebecca ». Comment les blancs, les « grands scientifiques » de ce monde sont-ils incapables d’avoir un traitement efficace pour la polio ? Ce constat « incompréhensible » semble relever de l’irrationnel, selon la famille de Rebecca. Pour elle, les sorciers ont pour réputation de rendre une maladie incurable.

Dans ces circonstances, il serait difficile d’imaginer une campagne de sensibilisation menée par une personne handicapée qui a vécue pareil épisode de sa vie. Ce qui ne semblait pourtant pas évident au départ.

Pourquoi les personnes handicapées doivent également être la cible ?

Parce qu’ils ne sont pas tous victimes, comme moi, de la polio. Parce que même les victimes de la polio ne croient pas toujours au diagnostique des médecins. Parce qu’ils sont également appelés à servir leurs communautés respectives dans la sensibilisation pour la vaccination contre la polio. Cette position qu’elles occupent leur donne le pouvoir et leur confère cette légitimité que les autres n’ont pas pour pouvoir passer le message très rapidement.

Une personne handicapée qui condamne la vaccination contre la polio peut représenter une réelle menace. Son influence dans le refus de la vaccination possède une grande influence sur le plan psychologique des indécis. Cette personne handicapée peut être prise en exemple pour mener une contre-campagne. Heureusement, à ma connaissance, cela n’a pas encore été le cas. Mais, faudrait-il s’en prévenir.


La polio, le handicap, les enfants et moi

Le handicap est une situation difficile à vivre. Parfois, je pense avoir réussi à me dominer, à surmonter mon complexe, qu’une situation réussie toujours à me rendre malheureux. Je me suis toujours interrogé sur les raisons du manque d’informations sur la situation de handicap. Pourquoi les autres, surtout les enfants et quelques fois les grandes personnes, voient en la personne handicapée un être « bizarre », un être différent ? La perception des autres sur ma situation de handicap a toujours été une préoccupation personnelle. La réponse à cette préoccupation est pourtant toute simple : parce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils ont grandi dans l’ignorance. Et, par expérience, j’ai cette impression que les informations sur les risques, comme la polio, y est pour beaucoup, car ce n’est pas encore ancré dans la cervelle cette maxime selon laquelle toute personne est considérée comme un potentiel handicapé.

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Moi-même, tchakounte kemayou, himself. Crédit photo : Matango

Personne en situation de handicap, j’ai toujours été confronté aux questions du genre : « qu’est-ce qui t’a rendu comme ça ? », « As-tu eu un accident ? », « Étais-tu malade ? ». Mais, ce qui m’étonne justement, c’est que ces questions ne viennent pas des adultes, mais des enfants. Je dis bien des enfants, même pas des adolescents, mais des enfants, des tout-petits, j’insiste. Oui, les enfants sont trop curieux. Il y en qui, pour la première fois qu’ils voient une personne marcher à l’aide d’une canne ou d’une béquille, ils prennent peur et fuient pour se réfugier dans les bras de leurs protégés. Ce sont surtout les enfants de moins de 2 ans. Par contre, il y en a qui me regardent longuement, me fixent sans dire mot au point de perdre le contrôle et ne me quittent pas des yeux. Il y a parmi eux les plus courageux qui s’approchent quand même et me disent sans se soucier de ma réaction : « ça va? », « Tu as mal ? ». Ce sont des enfants de 3 à 5 ans. Ce n’est pas tout. Il y en a encore qui, étant sur ses gardes, se méfient, me regardent, m’approchent avec prudence, me touchent, me tâtent pour se rassurer de je ne sais quoi. J’imagine sûrement qu’ils se posent beaucoup de questions et veulent justement savoir pourquoi je suis si différent des autres. Ici, ce sont des enfants de 6 ou 7 ans, voire 8 ans. Je suis convaincu que tous ces gamins aimeraient savoir une seule chose : « Qui est cette personne devant moi ?« , « Comment et pourquoi est-elle dans une telle situation ?« , « Que lui est-il arrivé ?« .

Rassurez-vous, moi-même, je n’étais pas différent de ces enfants qui ont pleine d’interrogations dans la tête. Pour la petite histoire, je me souviens de ma première conversation avec un médecin, prêtre canadien, au Centre de réhabilitation des personnes handicapées à Etoug-Ebe à Yaoundé. Mes premières questions à ce médecin qui a signé mon premier certificat d’invalidité lorsque j’avais 6 ans était : « Docteur, pourquoi suis-je handicapé ?« , « Pourquoi suis-je différent des autres ?« , « Pourquoi je ne peux pas marcher, courir et jouer comme mes amis au quartier ?« . C’était la première fois que je parlais avec un Blanc. En me fixant d’un regard rassurant, sa réponse laconique était simple et sans équivoque en un seul mot : « Polio« .

J’ai fouillé dans ma tête de gamin pour savoir ce que ce gros mot que j’entendais pour la première fois voulait dire. Comme s’il s’y attendait, il anticipe en disant : « Ne t’en fais pas mon garçon. Tu le sauras quand tu seras grand. Et le jour où tu le sauras n’hésite pas à informer les autres enfants, surtout les parents qui ne le savent pas. L’ignorance est un péché. » Sur ce, je me suis rappelé de cette boutade de ma feu mère lorsque je la harcelait chaque fois avec ces mêmes interrogations : « Tu ne peux pas encore comprendre« .

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Lancement de la vaccination locale contre la polio dans la Région du Centre.

Quel que soit les circonstances, ces paroles restent encore et toujours gravées dans ma mémoire comme si je les avais entendues hier. Tout simplement parce que je me rappelle toujours de cette scène lorsque j’observe les réactions d’un enfant qui me regarde en me fixant longuement. Je peux, en ce moment là, savoir si cet enfant voit une personne handicapée pour la première fois ou non. Il faut néanmoins le préciser, l’enfant qui est habitué à la présence d’une personne handicapée ne craint plus rien, ne la fuit pas. Du coup, je me pose la question de savoir comment peut-on apprendre à un enfant de moins de deux ans qu’il ne faut pas fuir une personne handicapée ? Quelle est la méthode didactique qui sied à un enfant de cet âge ? La seule solution, à mon sens, c’est de les mettre toujours en contact avec une personne handicapée. Mais, là n’est pas mon souci. Ma préoccupation la plus importante est celle de l’ignorance des adultes. Cette situation est plus pathétique parce que c’est elle qui affecte les enfants et commande ces types de réactions que je vois chaque jour et qui me sidèrent. C’est une situation perplexe et difficile à comprendre, mais telle est la réalité. Malheureusement.  

Savoir que tout être humain est un potentiel handicapé n’est pas un signe de fatalité, mais plutôt un instinct de survie qui suscite des attitudes de prévention, est si difficile à comprendre que ça ? Je n’en sais rien, je m’interroge juste. Et qui dit prévention, dit également éducation, information. Combien d’adultes ont ce credo, ce principe comme maxime ? Rare. Malheureusement ! Si un tel constat est alarmant, imaginons un seul instant la calamité, si c’en est une, du nombre d’enfants victimes de l’ignorance de leurs parents à la vue d’une personne handicapée ? Est-ce que c’est de leur faute s’ils fuient ou restent prudents ? Je ne le pense pas non plus. La diffusion de l’information aux adultes, pas seulement aux parents, la sensibilisation sur les risques de devenir un handicapé, reste pour moi comme un sacerdoce.

La polio, en dehors des accidents de tout genre et autres, est donc curieusement ce seul risque que les adultes ignorent. Pour le moment, leur seul argument a toujours été « mes ancêtres, mes grands-parents, mes parents n’ont jamais été vaccinés. Et ils n’ont jamais été malades. Pourquoi je dois vacciner mes enfants ?« . Les plus ingénieux vont même jusqu’à dire « Pourquoi vous venez nous imposer les choses des Blancs ?« . Pire encore : « Pourquoi vous voulez tuer les Africains, les Noires ?« , « Foutez-nous le camp avec vos vaccins des Blancs« .

Ma seule réponse a été des questions qui, jusqu’ici, n’ont toujours pas trouvé de réponses : « Tes ancêtres, tes grands-parents et tes parents ont connu le lait de vache que tu achètes pour nourrir tes enfants ? Tes parents t’ont-ils nourri avec le lait de vache ? N’est-ce pas ce sont les Blancs qui te conseillent tous les jours de nourrir tes enfants avec le lait maternel ? Pourquoi, pour la nutrition de tes enfants, tu choisis volontairement d’aller payer à prix d’or le lait de vache, qui est fabriqué dans les industries par les Blancs que tu accuses, qui peut comporter des risques pour la santé de tes enfants, alors que le lait maternel est gratuit, de bonne qualité, ne comporte aucun risque ? Si les Blancs décident de tuer tes enfants ils peuvent passer par le lait pour bébé qu’ils fabriquent dans leurs industries. Ne le sais-tu pas ? »

Tenez-vous tranquille, ce type de parents ne manquent pas du répondant. La réponse à toutes ces questions a toujours été : « Nous sommes occupés. Est-ce qu’on a alors le choix ?« . La réplique que je leur sers est également toute simple : « N’accuse donc pas le Blanc pour ta paresse au lieu de sauver tes enfants contre les risques qu’ils courent à cause de toi, de ton ignorance, de ton refus volontaire de sauver la vie  »

A défaut de nourrir l’opinion des infos de nature à affecter la santé de la population, il y a surtout la nécessité d’expliquer aux adultes ce que polio veut dire. Cette nécessité d’information, j’allais dire d’éducation, passe obligatoirement par l’importance qu’il y a pour chaque individu d’écouter, non pas le cœur, mais le raisonnement qui doit être fondé sur des bonnes informations. C’est dans cette logique que se base la campagne de vaccination contre la polio à laquelle j’associe mon expertise de blogueur.

Depuis que je suis blogueur, j’ai toujours été sensible aux campagnes de vaccination contre la polio. Toujours. Seul le malade, seule la personne en situation de handicap, seule la victime d’une polio connaît la souffrance qu’il endure au quotidien à cause d’un refus volontaire nourri par l’ignorance. C’est la raison pour laquelle je me joins toujours aux campagnes de vaccination sans hésitation.

La délégation régionale de la santé publique du Centre lance du 18 au 20 septembre et du 9 au 11 octobre 2020, une campagne de vaccination pour les enfants de cette région. Je reviendrais avec un article pour donner les détails de cette maladie qu’est la polio qui a fait de moi une personne handicapée. Sans complexe.

Mon leitmotiv : vacciner toujours vos enfants contre la Polio.


Rencontres avec les leaders ambazoniens : le silence (suspect ?) de Yaoundé

Après des discussions avec les indépendantistes Ambazoniens, pourquoi le gouvernement camerounais ne communique-t-il pas ? Des sources diverses confirment que Sisiku Ayuk Tabe et compagnie ont rencontré un émissaire du gouvernement camerounais le 2 juillet 2020. Ces infos circulaient sur la Toile depuis le 3 juillet, au lendemain de la rencontre, notamment sur les réseaux à la suite d’un tweet de Sisiku Ayuk Tabe lui-même. Curieusement, le peuple camerounais n’a eu droit à aucune communication gouvernementale donnant des précisions sur cette rencontre. Au-delà de l’explication de ce mutisme total, nous essayerons de comprendre ses enjeux politiques ?

Sisiku Ayuk Tabe, le leader autoproclamé de l’Ambazonie, territoire anglophone du Cameroun, fait un tweet le 3 juillet annonçant une discussion qu’il appelle « rencontre » avec le gouvernement de la République du Cameroun. A la suite du même tweet, le leader Ambazonien précise toutefois que cette rencontre est un prélude à une éventuelle discussion. Quelle en était le but ? Et qui en était l’initiateur ? Les réponses à ces deux questions sont visibles à l’œil nu : rencontre à l’initiative du Conseil de sécurité de l’ONU en vue d’une négociation pour un cessez-le-feu entre l’armée de la République du Cameroun et les groupes armées ambazoniens. Cette info a particulièrement fait le tour des médias internationaux à l’instar de Jeune Afrique. Selon ce média panafricain, Sisiku Ayuk Tabe avait été prévenu le 1er juillet par le régisseur de la Prison Centrale de Yaoundé où il est incarcéré avec plusieurs de ses compatriotes.

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Communiqué du vice-président de « The Fédéral Republic of Ambazonia », Dahney Yerima

Plus les heures passent, plus les précisions sur la rencontre deviennent plus claires. Selon un communiqué officiel de l’Ambazonie, signé du vice-président de la Federal Republic of Ambazonia, Dahney Yerima, il n’est plus de doute que, non seulement cette rencontre a eu, mais surtout elle a eu sur la table de discussion, deux parties. La première, c’est celle du leaders Ambazonien Sisiku Ayuk Tabe et son équipe composée de Me. Blaise Shufai, Me. Eyambe, Prof. Awasun, Mancho Bibixy, Conrad Tsi, Terence Penn, Richard Ngome et Bush Hunter. La deuxième, est celle des émissaires du gouvernement de la République du Cameroun composée du Commissaire Léopold Maxime Eko Eko, Directeur des renseignements généraux (DGRE), du Lieutenant-colonel Boudoin Misse Njone et du Colonel Michel Mem.

L’une des curiosités de ce communiqué de Dahney Yerima est qu’il précise qu’il y avait un facilitateur, non moins que Monseigneur Jean Mbarga (Archeveque de Yaounde, Église catholique de Mvolye). C’est une curiosité dans la mesure où cet archevêque métropolitain de Yaoundé ne s’est jamais illustré par un acte quelconque en faveur de la paix dans le NOSO.

Il était une fois l’initiative suisse en juin 2019

Il nous souvient qu’un 28 juin 2019, la Confédération Suisse a rendu public un communiqué dans lequel elle informait l’opinion de ce qu’il y avait eu une rencontre entre les leaders Ambazoniens de la diaspora et quelques émissaires de la République du Cameroun. A la suite de ce communiqué, l’un des leaderships de la délégation ambazonienne, à savoir « Southern Cameroons/Ambazonia », publie également un communiqué pour annoncer à l’opinion l’effectivité de cette rencontre Suisse. C’est ce dernier communiqué qui donne plus de précision sur la rencontre. Mais, Jeune Afrique a été un peu plus claire. Dans un article consacré à la question, j’avais formulé la version du journal panafricain résumée ainsi qu’elle suit :

C’est le journal panafricain Jeune Afrique, version magazine et paru ce mois, qui va plus loin. Le journal précise d’ailleurs que c’était une « discrète réunion préparatoire » tenue à « Saint-Luc, un petit village du canton de Valais ». Le journal donne quelques détails sur les noms des personnes qui représentaient la partie Ambazonienne. Il y avait notamment Ebenezer Akwanga, chef du Socadef, Marc Njoh Chebs, leader du RoAN, Elvis Kometa, leader du SCNC. Par contre, le charismatique Gorji Dinga était représenté par son fils. Jeune Afrique précise également que, bien que ce soient des travaux préparatoires, les discussions se sont achevées généralement très tard dans la nuit. Cerise sur le gâteau : Paul Biya et l’Etat Camerounais désignés par la Republic of Cameroon n’étaient pas représentés à ces discussions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette partie n’a pas fait de communiqué.

matango.mondoblog.org

Que cache le silence de Yaoundé depuis 2019 ?

En effet, depuis ces rencontres, qu’on pourrait appeler d’informelles, le gouvernement camerounais n’a publié aucune information officielle. On se poserait donc la question de savoir les raisons de ce silence suspect ? Pourquoi les Ambazoniens sont-ils les seuls à communiquer sur ces rencontres quoiqu’officieuses ? La réponse évidente, pour tout observateur de la scène politique camerounaise depuis le déclenchement de cette guerre, est que les autorités camerounaises sont sous la contrainte de négociations. Au-delà de cette contrainte, il y a surtout le souci de ne pas mettre leur faiblesse qu’elles essaient de cacher tant bien que mal. Pour le gouvernement camerounais, communiquer sur la rencontre avec les Ambazoniens consisterait à avouer leur échec dans la guerre contre les Ambazoniens qu’elles ont longtemps considéré comme des « terroristes » et continuent d’ailleurs de les appeler ainsi. C’est donc un problème d’orgueil.

Le 6 juillet 2020, le communiqué du ministre de la communication du Cameroun, René Sadi, par ailleurs porte-parole du gouvernement, ne fait pas office de communication officielle du gouvernement. Elle vient tout simplement mettre un terme à ce qu’elle appelle « une information diffusée dans les réseaux sociaux » qui fait allusion à une négociation qui n’en est pas une, selon elle, entre le gouvernement camerounais et les leaders Ambazoniens. Même si le communiqué de René Sadi avoue qu’il n’y a pas eu « négociation », elle ne nie pas expressément l’effectivité de la rencontre, elle fait par contre croire à l’opinion qu’il n’y a rien eu, pourtant, toutes les sources médiatiques avouent mordicus qu’il y a d’ailleurs eu plusieurs « rencontres » en précisant que ce sont des « rencontres » en vue d’une éventuelle « négociation ».

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Communiqué du ministre de la communication, porte-parole du gouvernement camerounais, René Sadi.

Les parties posent-elles des conditions de négociation ?

Pour l’instant, seule la partie ambazonienne a mis ses conditions d’une éventuelle négociation sur la table, puisqu’elle est pour le moment la seule à communiquer. Le communiqué du vice-président, Dahney Yerima, est allé plus loin en précisant que la délégation ambazonienne a posé quatre conditions. Les voici par ordre de priorité :

  1. L’appel à un cessez-le-feu et la démilitarisation complète du Cameroun anglophone
  2. La libération inconditionnelle de chaque prisonnier arrêté en raison de la guerre d’indépendance ambazonienne (AWI)
  3. L’octroi d’une amnistie générale à tous les Ambazoniens du monde entier à rentrer chez eux sans crainte de harcèlement policier
  4. Négociations inclusives en présence d’un tiers dans un pays neutre.

La question est maintenant de savoir si le gouvernement camerounais est capable de remplir une, deux, ou trois conditions seulement aux négociations cumulativement. Si c’est une, laquelle, sinon, lesquelles des conditions ne peut-il pas remplir, et pourquoi ?

Je pense que vu son arrogance, le point 2 me semblerait la condition difficile à remplir par Paul Biya. Je constate tout de même que le président de la « Federal Republic of Ambazonie » Ayuk Tabe aimerait que Paul Biya utilise la même méthode, le même canal pour le cessez-le-feu comme pour la déclaration de guerre en novembre 2017. Si les Ambazoniens étaient défaits, Sisiku Ayuk Tabe aurait-il eu assez d’audace ? Never ! Ça me fait penser aux négociations entre Laurent Kabila et le Marechal Mobutu.

Réaction d’un internaute, Adrien de Chelsea, sur Facebook

La pression viendrait-elle de la France ?

Cette piste n’est pas à négliger bien que les Nations unies, sous le couvert de la Suisse en 2019 et les Etats-Unis aujourd’hui, soient vus au premier plan. Mais ce qui ne saute pas à l’œil nu, c’est la mains (cachée ?) de la France.

Le 15 avril 2020, l’ambassadeur Français à Yaoundé, Christophe Guilhou, a été reçu en audience au palais de l’Unité par le président Paul Biya. Rencontre devenue désormais traditionnelle entre ces deux personnalités, elle est pourtant vue comme celle qui oriente la politique camerounaise sous les auspices de la France. Ce qui est intéressant ici, c’est surtout le passage de Christophe Guilhou à la télévision nationale camerounaise (Crtv) après cette audience, le 19 avril 2020. Au cours d’une émission à laquelle l’ambassadeur était invité, il déclare notamment que la France reste disposée à reconstruire le NOSO mais à une seule condition : la signature d’un accord de paix entre le gouvernement camerounais et les bandes armés.

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Propos de l’ambassadeur Christophe Guilhou publié par la CRTV après son entretien à l’émission Actualité Hebdo. Crédit photo : Crtv

Même s’il reste prématuré de dire avec certitude que la pression des négociations viendrait de la France, il ne faut également pas oublier que ce pays des Gaulois est pour beaucoup dans la perpétuation de la guerre. Depuis le déclenchement de ce qu’on avait appelé la « crise anglophone », la France, par la voix d’Emmanuel Macron et par la suite de son ministre des affaires étrangère Le Drian, est restée ferme dans l’option de la décentralisation, donc au statu-quo, contrairement aux vœux des Camerounais qui, pour la grande majorité, sont favorables pour le changement. Cette position de la France n’a pas surtout permis à la communauté internationale sous les auspice du Conseil de sécurité d’agir pour stopper le massacre des civils dans les régions en guerre. Ce qui faisait d’ailleurs l’affaire de Paul Biya et de son gouvernement.

Ce changement de cap de la France en faveur des négociations marque sans aucun doute celui du gouvernement camerounais. Mais au vu des événements, Yaoundé, obnubilé par l’orgueil et la honte d’une déculottée militaire, ne semble pas encore avoir compris, du moins, avoir été convaincu par la nécessité de l’option des négociations compte tenu de sa nonchalance dans la communication.

Yaoundé croit toujours, dur comme fer, à la victoire de l’armée camerounais sur les Ambazoniens, mais curieusement avec l’aide de la France qui, visiblement, montre déjà visiblement sa volonté pour un changement de cap. C’est, pour le moment, l’une des explications qu’on peut avoir sur la nonchalance dans la stratégie de communication du gouvernement camerounais.


Les activités commerciales des enfants en période de vacances à Douala

L’année 2020 est particulière. La crise sanitaire avec la Covid-19 a secoué plusieurs domaines et l’éducation en a subi l’un des plus grands coups. Depuis le 17 mars 2020 que le gouvernement camerounais a pris des mesures de restriction, les écoles subissent les frais de la fermeture. Après la reprise des cours le 1er juin pour les classes d’examen, les autres élèves connaissent le bonheur de vacances prématurées. Les vacances de cette année se révèlent être les plus fastes mais ô combien les plus pénibles aussi. La rentrée scolaire étant programmée au 1er octobre 2020, les enfants se retrouvent en train de purger de longues vacances de 7 mois au lieu de 3 comme ils en avaient d’habitude. Que font-ils durant tout ce temps ? Evidemment, ils ne sont pas oisifs. Vous pouvez bien vous en douter, même si les jeux font partie de leur quotidien, il faut aussi compter avec le travail pour meubler leur temps. Ils mènent, comme les adultes, les activités lucratives. Leurs domaines privilégiés, c’est bien le petit commerce de la rue.

Nous sommes allés les rencontrer pour savoir un peu plus d’eux.

Douala 5ème (N’oublions pas que les autres villes du Cameroun vivent les mêmes réalités du commerce de la rue) dans les marchés de Bonamoussadi, YongYong, Logpom, dans les rues, les quartiers populaires de Bépanda et les quartiers résidentiels de Bonamoussadi, Kotto, Maképè, ils sont nombreux à proposer des produits de petites quincailleries, des fruits, friandises et consorts. Ils marchent, crient à tue-tête « Foléré bien glacé« , « Ananas bien sucré« , « Arachides du village » à qui veut les entendre. Oui, vous avez bien lu, leur particularité c’est la marche. Ils sont donc mobiles, vont de quartiers en quartiers, rue après rue, de banlieues en banlieues, à la recherche de la clientèle.

Du retour à la maison, après une journée rude bien remplie, à peine reposés, ces enfants sont prêts pour repartir. Curieusement, les mêmes ou encore quelques-uns, du moins pour ceux qui le peuvent encore, ressortent à la conquête de la clientèle noctambule. Toujours présents, mais surtout prêts à remonter les bretelles aux importunés. Oui, même la nuit, ils savent se défendre. Être en groupe de deux ou trois est leur arme, même si ce n’est pas toujours efficace.

Mais, l’image qu’on retient et qu’on garde de ces enfants est très réductrice. Elle est généralement basée sur préjugées et de fausses illusions sur ce qu’ils sont. Les enfants délinquants, c’est toujours ce qui les colle à la peau. Beaucoup, dans l’opinion, pensent que ces enfants n’ont même pas de parents, pire encore, disent que ces parents sont irresponsables. Cette image s’estompe peu à peu avec le temps. Mais l’opinion la plus partagée reste inflexibles sur l’état de pauvreté de la famille de ces enfants. Ce qui est pourtant le cas pour la majorité des adultes parents. D’ailleurs, beaucoup de littératures scientifiques sur la question confirment l’hypothèse selon laquelle la pauvreté et le travail des enfants sont étroitement liés. D’autres encore parlent même de lien indirect d’autant plus que derrière la pauvreté se cachent des détails importants comme la mauvaise qualité de l’éducation qui ne prend pas en compte les réalités environnementales et contemporaines. Une éducation non adaptée est bien l’une des causes de la déperdition scolaire qui pousse ainsi les enfants dans le monde du travail.

Cette image négative renvoyée aux travail des enfants est répandue par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) dans ses discours dans une perspective abolitionniste. C’est un discours calqué sur le modèle de répression où le travail effectué par les enfants est vu comme une activité répréhensible. Pourtant, cette organisation, sans oublier ses partenaires, comme UNESCO ou UNICEF ont bien dans leur escarcelle les Conventions où le droit à la liberté de choix des enfants est déjà considéré comme un acquis. Il ne s’agit pas d’une faveur voire d’un simple droit, mais de l’esprit de la loi calqué sur la réalité socioéconomique de cette activité commerciale où les enfants font déjà preuve d’une certaine maturité.

Précautions méthodologique

Pour le démontrer, nous sommes allé rencontrer 320 enfants dans la rue. Nous les avons posé une série de 10 questions que nous avons synthétisé en quelques graphiques. Elles sont principalement orientées sur ces activités commerciales effectuées par les enfants en ce qui concerne leur mode de fonctionnement. Voici les 10 questions posées à chaque enfants rencontrés :

  1. Quel âge as-tu ? (Le sexe est constaté par l’enquêteur, sinon, il lui demande en cas de doute)
  2. Quelle classe fais-tu ?
  3. Que vends-tu régulièrement ? (Etant entendu que certains enfants peuvent vendre différent produit selon des cas. Par exemple, s’il se rend compte que les arachides ne passent pas bien le marché, il peut décider de changer ou de varier selon le marché)
  4. Qui a initié le projet ?
  5. Qui a financé le projet ?
  6. Qui gère le fonds de commerce ?
  7. Qui est chargé de gérer l’épargne ?
  8. Qui décide du décaissement ?
  9. Quel est ton péché mignon ?
  10. Quel est le projet que tu aimerais réaliser ?

Notre objectif est de montrer leur capacité d’autonomie dans la gestion d’un petit commerce. Comment construisent-ils cette autonomie à travers leurs activités économiques dans un contexte où même les adultes n’arrivent pas à trouver des revenus suffisants pour leur ménage ?

Sur un territoire couvrant Douala 5ème, à travers un échantillon au hasard, les enfants ont été choisis au gré des rencontres. Cela signifie que l’interrogation a été adressée au premier venu à chaque croisement d’enfant dans la rue. L’âge ici n’a pas été considéré selon la loi n°1992-07 du 14 août 1992 portant Code du travail où il est stipulé que l’accès au travail est légal à partir de 14 ans au Cameroun. Ce sont les élèves du primaire et du secondaire qui étaient la cible principale.

Il faut rappeler ici que selon la Convention internationale relative aux droits de l’enfant adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989, signée et ratifié le 27 octobre 1990 et le 11 janvier 1993 respectivement par le parlement Camerounais, « un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ». Au total 320 enfants ont été interrogés du 20 au 30 avril 2020 dans la période du confinement des élèves qui ont repris le chemin de l’école le 1er juin pour ceux qui sont en classe d’examen. Le ministère des affaires sociales (MINAS) évalue à 1000 enfants faisant le commerce de la rue. Ici, il ne s’agit pas d’élèves, mais de ceux qui vivent de ce commerce et en ont fait un métier (Cf : MINAS, « Projet de lutte contre le phénomène des enfants de la rue et de la délinquance juvénile au Cameroun », Yaoundé, août 2007, p.83).

Les caractéristiques sociobiologiques des enfants

Les caractéristiques socio-biologiques ou socio-démographiques concernent les éléments de distinction des enfants à partir des données biologiques ou physiologiques comme l’âge, le sexe et le niveau d’étude. Ce sont les trois principales données qui nous intéresse pour la circonstance. L’importance de ces types de caractéristiques n’est plus à démontrer dans une enquête sociologique relative à la connaissance des comportements.

Source : Moi-même

La tendance révèle donc la prédominance des garons sur les filles dans la répartition selon le sexe, et la prédominance des aînés sur les cadets dans la répartition selon l’âge. L’histogramme, comme vous pouvez le voir vous-même, est montante. En conclusion, c’est une progression normale d’autant plus que la règle voudrait que la priorité soit donnée aux enfants plus âgés dans le cadre du travail. Par contre, cette tendance est bien plus particulière dans certaines contrées, comme le Tchad par exemple. La tendance du digramme est croissante pour ce qui concerne . Par contre, en termes d’effectif, les garçons sont plus nombreux que les filles pour la simple raison que le commerce ambulant n’est pas leur spécialité. Quelle est la tendance selon leur niveau d’étude ?

Source : Moi-même

En observant bien l’histogramme, on remarque sans doute qu’il est également montant si l’on part du principe de la croissance en commençant par le « Primaire ». Cette tendance n’est d’ailleurs pas surprenante si l’on se réfère à celle de l’âge du graphique plus haut. On va donc conclure que : les enfants qui font le commerce ambulant sont en majorité les garçons plus âgés et ayant le niveau secondaire. Curieusement, ça va de soi.

Les caractéristiques sociobiologiques des enfants ainsi établies, il ne nous reste qu’à savoir les types de commerce exercé par ces enfants. Il n’y a pas de nomenclatures construites à partir des types d’activités. La répartition est faite selon un ordre aléatoire. Nous avons donc l’histogramme suivant :

Source : Moi-même

La répartition selon les types de commerce montre la prédominance de la vente du pain chargé (œuf, sardine, viande, etc.). Curieusement, c’est une activité dominée par les filles qui surpassent les garçons à presque le double de leur effectif alors que le commerce ambulant est leur spécialité. Pourquoi ce type de commerce est-il dominant ? La vente de l’œuf accompagné du piment est généralement très sollicitée des noctambules et buveurs de bière qui ont toujours besoin d’un aliment bien pimenté. Il semblerait que le piment possède cette vertu de calmer la violence de l’alcool.

Les enfants qui s’adonnent à ce type de commerce ont cette capacité de résister jusqu’aux heures tardives de la nuit. Pourquoi les filles sont-elles les plus nombreuses ici ? Cela signifierait-il qu’elles sont réputées être plus résistantes que les garçons en travaillant en même temps dans la journée et dans la soirée ? Pas nécessairement si l’on tient compte du fait que les filles commencent généralement dans l’après-midi aux alentours de 17h parce qu’elles font le ménage et la cuisine à la maison dans la journée, se reposent avant de prendre le relais dans la soirée, tandis que les garçons achèvent leur journée de travail. Il faut préciser ici que ce n’est pas toujours le cas, mais c’est une tendance générale. La journée de travail dans la soirée s’achève autour de 20h à 21h pour respecter les consignes parentales.

Les enfants ont toujours donné l’impression d’être stigmatisés par leurs familles. Le travail qu’ils exercent est toujours vu comme appartenant aux enfants qui ont échappé au contrôle de leurs parents. Les confusions sont fréquentes sur la distinction entre les enfants dans la rue et les enfants de la rue. Même si la distinction est déjà perceptible chez certains, beaucoup continuent de faire ce mélange de genre par inattention, parfois par paresse intellectuelle. Considéré l’enfant comme une personne qui peut penser par lui-même n’a jamais été aussi simple qu’évident. Même s’ils sont encore limités dans la gestion de leurs activités commerciales, ils ne sont pas loin, pour la plupart d’entre les aînés sociaux, qui pense qu’ils sont capables de tenir la barre haute en résistant ne serait-ce qu’aux marches et au soleil accablant.

Les enfants et leurs capacité d’autonomie

Comme nous l’avons mentionné bien au début de ce billet, les enfants ne sont jamais pris au sérieux même lorsqu’ils exercent une activité qui exige beaucoup de rigueur. Ils sont généralement considérés comme des colis encombrant pendant les vacances et il serait mieux de les occuper faute de leur offrir des vacances douillettes. Au lieu de rester à la maison et passer le temps à jouer inutilement avec ses copains de quartier, il est devenu une habitude de les occuper. Ils se retrouvent dans la rue pour faire le petit commerce. Il s’en donne à cœur joie et ne laisse pas l’impression d’être opprimés même si c’est souvent le cas.

La particularité du petit commerce est qu’il n’est pas trop exigeant : pas d’espace ou de boutique pour la vente, capital réduit à sa portion congrue, absence de paiement au fisc, etc. quoi de mieux que de faire le tour des quartiers de la ville pour écouler sa marchandise en se baladant accompagnés parfois de ses frères, copains, voisins ?

Nous abordons à présent la partie charnière de notre enquête. Il s’agit maintenant de démonter la fausse illusion que l’opinion, et même des institutions publiques se font de l’entrant travailleur. Contrairement à ce qu’on pense, ce sont des individus rationnels (acteurs rationnels). C’est-à-dire qu’ils ne font pas le commerce pour plaire à leurs parents ou tuteurs. Ce sont des acteurs engagés qui sont motivés par l’envie de réussir.  

Source : Moi-même

Il ne faut pas se perdre d’illusion. Les enfants ont toujours tendance à dire qu’ils sont eux-mêmes initiateurs du projet, c’est-à-dire la décision de faire le commerce vient d’eux et non des parents. Les enfants savent que « le travail des enfants » est interdit, ou à tout le moins stigmatisant. A la vue d’un enquêteur, il est facile de fournir une réponse qui n’indexe pas leurs parents pour les « protéger » et en affirmant que c’est eux qui ont décidé de se lancer dans le commerce.

Source : Moi-même

Il suffit d’aller plus dans le questionnement en lui demandant par exemple « comment as-tu fait pour avoir ton capital ? ». Ainsi, sur plus de 67% d’enfant qui ont initié le projet, il ne sont que 29% qui ont financé eux-mêmes leurs activités en puisant dans leurs propres économies. On peut bien comprendre que même si c’est celui qui envoie l’enfant faire le commerce qui doit financer, il n’en demeure pas moins vrai que celui qui finance peut bien être motivé par l’enfant.

Si par contre, c’est l’enfant qui finance, d’où et comment a-t-il eu cet argent ? D’où proviennent ses économies ? Ses économies proviennent soit d’une autre activité antérieure où il était rémunéré par un employeur, soit d’une activité qui n’avait pas besoin de capital, comme le « porteur » au marché Mboppi, le plus célèbre marché de vente en gros au Cameroun. Il ne faut pas cependant perdre de vue que certains enfants sont capables de se constituer une petite épargne grâce à leur argent de poche. Pour un commerce d’arachides bouillies par exemple, un capital de 1000 à 5000FCFA suffit.

Source : Moi-même

La gestion du fonds de commerce, la comptabilité journalière, les ventes, les bénéfices, etc. sont généralement un domaine réservé. L’enfant tient le gouvernail, mais pas de bout en bout. Il se fait aider. Par qui ? Certainement par les aînés sociaux, ses parents ou tuteurs. Evidemment, on peut dire ici que si l’enfant est considéré comme l’actionnaire unique, il est de toute évidence qu’il soit également le seul gestionnaire. Il est seul responsable de ce qui adviendra. A-t-il des comptes à rendre ? Cette question a révélé une toute autre réalité. Même s’il est le principal actionnaire, et le seul gestionnaire, il est limité par un obstacle. Lequel ?

Source : Moi-même

La gestion de l’épargne est ici définie comme le mode de « conservation » des bénéfices du travail de la journée. La gestion financière ici est apparentée à une chaîne qui a, à son bout, un contrôle qui lui échappe. L’enfant qui a investi, et au cours d’une journée de travail, a engrangé des bénéfices, se retrouve finalement en train de solliciter une tierce personne pour l’aider à « stocker » ses bénéfices. La problématique d’accès au marché financier par la population pauvre se pose ici avec acuité. Comment est-il possible aux enfants d’y avoir un accès alors que même les parents en sont exclus ? Si la Mère/Tutrice (70%) rafle la vedette de « contrôleur des bénéfices » de l’enfant, où met-elle cet argent alors qu’elle n’a pas accès aux marchés financiers ? Elle place ces bénéfices dans une tontine.

Source : Moi-même

Un autre détail qui ne manque pas d’intérêt est celui qui prend la décision en premier de « toucher » à l’épargne. Evidemment, cela paraît surprenant que la décision viendrait de l’enfant dans un contexte dominé par des urgences comme la rentrée scolaire, la santé et autres comme les repas quotidiens. Mais, il n’en est rien même si c’est justement et encore la Mère/Tutrice qui est toujours à la manette dans les 52% des cas. Il ne faut cependant pas oublier que l’enfant peut avoir des besoins personnels. Et les parents sont toujours tentés de céder à ces caprices d’enfants. Il s’agit généralement des besoins immédiats. Les réponses ont été aussi sans surprise. Les chiffres nous en disent long.

Source : Moi-même

Le péché pignon de ces enfants, comme on pouvait s’en douter, est évidemment l’achat des vêtements et jouets. Etre à la mode, être bien dans sa peau, se vanter auprès de ses copains et copines, telles sont les fantasmes les plus vifs et les plus marqués. Il ne s’agit pas de vêtements comme éléments de première nécessité qu’on aurait offert à un orphelinat. Il s’agit bien du luxe, vêtements et jouets, de ces plaisirs qu’ils aimeraient s’offrir. Ce sont des plaisirs que les parents ne se donneront jamais la peine de leur offrir.

Il serait injuste de s’arrêter là pour conclure. Les enfants ont bien plus que besoin du luxe pour s’épanouir. Ils ne rêvent pas seulement de beaux vêtements, de jolis baskets et de Playstations. Ils sont aussi habités par des rêves et des projets pour leur avenir.

Source : Moi-même

Il est plus que surprenant de constater que les enfants ont des projets d’avenir à travers leur épargne. Leurs réponses à cette question a semblé un peu intrigante. Oui, ils ont des projets, ils sont ambitieux, ils savent pertinemment qu’ils ont leur avenir devant eux et qu’il faut le sauvegarder. C’est justement la raison pour laquelle ils misent pour une formation professionnelle (62%) à acquérir. Nous disions tantôt plus haut être intrigué. Il s’agit justement de cette réponse qui donne à réfléchir. Ici, la qualité de l’école est questionnée. La non satisfaction des contenus scolaires qu’ils reçoivent est en cause. Ils sont conscients du fait que cette école n’est plus adaptée à leurs besoins de réussir, de conquête du monde, dans cet environnement qu’ils côtoient tous les jours.

Ne peut-on pas initié des programmes politiques et législatifs dans le sens de donner la chance à ces enfants à travers la création des centres spécialisés dans les communes ? C’est une problématique qui constitue un enjeux socio-économique important.


La Maggi des recettes culinaires africaines prend le pouvoir sur le digital

L’une des casse-têtes chinois que j’affronte quotidiennement, c’est nulle doute ma recette nutritionnelle de la journée. Il ne m’arrive pas, du moins difficilement, d’avoir une idée de recette toute faite. Je fais le plus souvent recours aux petites astuces d’amis. Les recettes disponibles sur internet ont le défaut d’être plus spécifiques et plus limitées dans les sites de spécialité. Il faut de temps en temps un courage de titan pour chercher un autre site avant d’avoir d’autres recettes qui relève d’un autre genre. Nestlé, à travers sa marque Maggi, innove.

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Capture vidéo du Point de presse en Télé conférence de Nestlé avec sa marque Maggi où Dominique Allier et Akua Kwakwa de Maggi d’une part, les stars de Yelo Pèppè d’autre part, répondaient aux questions des journalistes et blogueurs invités. Crédit photo : TDK

Le 3 juin 2020, un point de presse par Téléconférence, à laquelle j’étais convié, est organisé par Maggi. A la commande, Dominique Allier, directeur général de la division Culinaire de Nestlé Central and West Africa, fait deux annonces : le lancement d’un site internet dédié à l’éducation nutritionnelle et le début de la saison 2 de la web série populaire Yelo Pèppè à partir du 8 juin 2020. Au-delà de l’aspect publicitaire que peut avoir ces annonces, j’ai eu du plaisir à découvrir ce que je ne savais pas en matière de nutrition et que je souhaiterais partager ici.

Les « incroyables recettes de… »

Je viens de découvrir un site internet de cuisine d’un autre genre. En fait, il s’agit de trois site de cuisine référencés pour des spécificités différentes : maggi.sn, maggi.cm et maggi.ci. Un site dont la première particularité est qu’il n’appartient pas à un maître cuisinier, ni à un cordon bleu que j’ai l’habitude de voir sur la Toile. Le maggi.cm est bien un site de la multinationale Nestlé de la filiale camerounaise, spécialisée dans l’agro-alimentaire. C’est la première précision à faire, parce que je n’en ai pas encore trouvé un du genre appartenant à un groupe. Cette position de leadership dans l’industrie agro-alimentaire lui donne cette capacité et cette force que ne peuvent avoir des sites spécialisés : faire la synthèse des recettes africaines en mettant dans un même moule les différents « grands chefs africains, des nutritionnistes et des influenceurs dans le domaine de l’alimentation locale ».

Pour un début, rassembler 40 recettes de cuisines en un même espace est déjà quelque chose d’original. En plus de la quantité de recettes proposées, la qualité est également non négligeable. Elles viennent de contrées diverses, plus particulièrement d’Afrique centrale et occidentale. C’est dire la richesse de la diversité que peuvent avoir ces recettes. J’ai parfois été bluffé par des jolis plats de cuisine d’Afrique de l’Ouest et d’ailleurs que je regarde souvent sur des réseaux sociaux. L’admiration que j’ai en les regardant me rend stupéfait et me fais penser souvent à essayer des aventures en guise de tourisme. Parfois l’envie de m’initier à un voyage astral irrite ma curiosité juste pour découvrir ces épices d’un autre genre. Oui, sur les réseaux sociaux c’est toujours fréquent de tomber par hasard sur ce genre de publication où l’illumination d’un plat de Jollof de riz ou de ragoût de tomate bien assaisonné m’exalte au plus haut point. Il n’y a qu’à voir le profil de mon ami Togolais Roger Nawulolo qui vit à Dakar pour comprendre la satisfaction d’avoir toute l’Afrique centrale et occidentale à ma portée. Il se plaît d’ailleurs à se vanter de ses découverte culinaires africaines lors de ses voyages.

Vraiment Corona aura changé trop de choses quoi. Moi qui "koritait" chaque année chez ma multitude d'ami-e-s et de…

Publiée par Roger Comlanvi Mawulolo Las sur Dimanche 24 mai 2020

L’une des innovations les plus importantes du site et je recommande vivement à ceux qui font attention à la qualité de leur alimentation (oui, il faut l’avouer tout de même, certaines personnes ne sont pas loufoques comme moi) c’est de jeter un œil dans la rubrique dénommée « MyMenu IQ™️ ». C’est particulièrement intéressant de savoir la teneur en calories et l’apport énergétique de chaque menu proposé en respectant « les standards de bonne alimentation internationaux tels que USDA SR28, BLS32 ». En matière de teneur en calories, chaque recette proposée est notée de 0 à 100. Les plus riches en calories sont notées de 70 à 100. Les valeurs inférieures à 70 signifient la recette doit être complétée par un autre aliment. Pour ce qui concerne l’apport en énergétique, le site propose « la proportion des macronutriments (ex glucides, protéines et matière grasse) contenus dans chaque recette et leur contributions (en %) ». En guise d’exemple, la Sauce Ngombo, à la manière des Sénégalais, est sur l’échelle de 70-100 de teneur en calories, tandis qu’il contient 65% de graisse, 14% de protéines et 21% de glucides. En matière d’innovation dans les recettes de cuisine africaines, c’en est une.

Le divertissement accompagne la bouffe

La deuxième innovation, je l’ai précisé au début, c’est bel et bien la sortie imminente de la saison 2 de la web série très populaire appelée Yelo Pèppè. J’avoue quand même mon ignorance ici à savoir que c’est ma première fois de découvrir cette web série. Je suis pourtant un abonné des séries camerounaise du YouTube. Mais, j’ai été surpris d’apprendre que j’étais l’une des rares personnes à ne pas être au courant d’une série de ce genre.

Je ne vais pas épiloguer sur le nom de cette série à connotation typiquement africain. « Pèppè » est un mot populaire qui existe également au Cameroun et qui signifie « piment ». « Yelo », par contre, est l’africanisation ou le diminutif du mot anglais « Yellow » qui signifie « Jaune ». « Yelo Pèppè » en traduction en français signifie donc « Piment jaune ». Cela me rappelle bien mes souvenir d’enfance où le piment jaune avait la réputation d’être le plus piquant des autres à savoir le piment rouge et le piment vert. J’ai beaucoup d’histoires drôles et intrigantes sur le piment jaune qui nous faisaient rigoler dans mon enfance à New-Bell, le quartier populaire de Douala. En fait, loin d’être drôles, ce sont des histoires à pleurer quand j’imagine encore que cet ingrédient de cuisine était utilisé par certains parents pour punir les enfants. Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Mais pour Yelo Pèppè, rassurez-vous, il n’en est rien.

Yelo Pèppè c’est plusieurs aventures d’intrigues délirantes avec les acteurs aussi attirants les uns les autres. En vrai, c’est Maggi la star de cette web série. A chaque épisode, c’est l’occasion de découvrir quelques astuces autour d’une recette de cuisine. Si vous avez aimé cette web série de la première saison ou encore vous ne l’avez encore connu, prenez donc rendez-vous pour le 8 juin, jour de la sortie de la saison 2. Un petit tour à la découverte de quelques épisodes de la saison 1 me fait languir d’impatience. Ces épisodes de maxi 10 minutes chacun sont d’une extrême simplicité avec des acteurs de diverses nationalités comme Ade Laoye (Mina), Anita Erskine (Anna), Céline Victoria Fotso (Marie), Aurelie Eliam (Aïda), Fatou Jupiter Touré (Fatima),.     


Le coronavirus et ses multiples couacs au Cameroun

Il m’arrive rarement d’être alerté des mouvements d’humeurs aussi réguliers comme ces jours où le coronavirus fait l’actualité. Des cas suspects refoulés des hôpitaux par-ci, des médecins passés à tabac par les familles des malades par-là, des soins payants pourtant gratuits par-ci, l’absence des matériels de protection des personnels soignants par-là… Des malades ou des suspects abandonnés, des plaintes sur des prises en charge sont des principaux griefs adressés au ministère de la santé publique. Et le pire dans tout ça, c’est le personnel des volontaires de l’institution chargée de l’organisation des urgences sanitaires qui manifeste pour décrier le non-respect des clauses contractuelles financières pour le bon fonctionnement des prises en charge des malades.

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Les volontaires engagés par le ministère de la santé publique manifestent dans la cour du COUSP à Yaoundé pour revendiquer leur prise en charge salariale. Ici, la police et la gendarmerie tentent d’accéder dans la cour par force sans succès. Crédit photo : Hemes Nkwa

En ces moments où le coronavirus fait l’actualité en mettant tout le monde au pas, il devient imprudent de se livrer à une quelconque activité qui susciterait la curiosité et détournerait l’opinion de la préoccupation majeure. Malheureusement, le Centre National des Opérations des Urgences Sanitaires (COUSP) a été le théâtre des manifestations d’humeur dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 mai 2020.

Le COUSP en un mot

Depuis le déclenchement du premier cas du coronavirus le 5 mars 2020 à Yaoundé, c’est le ministère de la Santé publique qui fait l’actualité. En coordination avec le Premier Ministre Dion Ngute, le ministre Manaouda Malachie et son équipe ont mis en place des opérations d’urgence pour venir à bout des malades du coronavirus. La gestion de la pandémie au Cameroun est coordonnée par le Centre National des Opérations des Urgences Sanitaires (COUSP) de Yaoundé.

Le COUSP est un service détaché du ministère de la Santé publique conçu pour gérer les urgences et les catastrophes sanitaires comme des épidémies, les pandémies ou des catastrophes naturelles. Il est logé dans des infrastructures construite par l’ambassade des États-Unis et rétrocédée au ministère de la Santé publique le 21 juin 2019. Concrètement, il cordonne, oriente, gère toutes les ressources (humaines, matérielles, financières, etc.) nécessaires pour venir à bout de toutes les crises sanitaires. Comment ce centre procède-t-il pour au niveau des interventions rapides en cas d’épidémie ou de pandémie ?

Il est mis en place un système d’intervention lorsqu’un incident est signalé. Pour ce qui concerne le coronavirus, la chaîne commence par le call center qui reçoit les appels au 1510, numéro vert. Il a pour rôle de soumettre un questionnaire à l’appelant. Lorsque c’est un cas suspect ou qui fait déjà la maladie, le service des opérations se déploie. Celui-ci s’occupe de la prise en charge immédiate pré-hospitalière et hospitalière. Il existe également plusieurs services tels que la logistique, l’administration et la finance. C’est ici que l’organisation se déploie véritablement en mobilisation du matériel et du personnel divers : la sureté, la santé, l’information, le laboratoire, l’hygiène, etc. Ce déploiement du personnel n’a été possible que grâce au volontariat.

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Les volontaires engagés par le ministère de la santé publique manifestent dans la cour du COUSP à Yaoundé pour revendiquer leur prise en charge salariale. Ici, les grévistes ont passé la nuit dans la cour du COUSP à la belle étoile. Crédit photo : Hemes Nkwa

Mobilisation des volontaires

Combien de personnes volontaires le centre a-t-il mobilisé pour la prise en charge des personnes atteintes du Covid-19 ? Depuis le déclenchement du premier cas confirmé du Covid-19 au Cameroun, le centre a commencé à recevoir et à accueillir de nombreux volontaires dans le déploiement des ressources humaines, particulièrement dans la ville de Yaoundé, la première ville touchée. L’arrivée et les départs des volontaires se faisaient tous les jours à la volée. Conséquence, la liste des volontaires n’était pas définitive. Seules les listes de présence déchargées par chacun d’eux restent la preuve matérielle de leur présence. Certaines sources parlent de 200 voire 300 volontaires venus soutenir le gouvernement dans la prise en charge des cas positifs du Covid-19. Malgré tout, cela ne peut pas justifier cette cacophonie. Pour comprendre réellement ce qui se passe, il faut se référer à la gestion du personnel du centre dans la prise en charge des malades du Covid-19 confiée au Dr Etoundi Mballa.

Avec les départs et les arrivées, les effectifs n’étaient pas stables. Les départs ou la démission de certains volontaires avait pour seule motif le manque du matériel de protection dans la prise en charge des malades. Parmi ces volontaires, une dizaine d’eux ont d’ailleurs été déclarés positifs après avoir présenté des symptômes. C’est dire comment cette activité présente bien de très gros risques et que leur protection demeure une préoccupation pour eux et leurs familles.

La prise en charge des volontaires

Comme leur nom l’indique, les volontaires sont des personnes qui sont venues soutenir le ministère de la Santé publique dans la lutte contre le coronavirus. Pour ces efforts fournis sans oublier les risques qu’elles prennent, elles bénéficient en échange, des repas gratuits et un bon pour prendre les transports quotidiens. Ce dernier, fixé au départ à hauteur de 10 000 FCFA la journée, était versé à chaque volontaire tous les samedis, à la fin de chaque semaine.

Curieusement, le paiement des frais de transport a été stoppée vers la deuxième semaine d’avril. Les raisons de ces retards échappent malheureusement à toute bonne logique lorsque la raison évoquée est généralement l’augmentation de la prise en charge du transport due à l’augmentation du nombre de volontaires qui affluait tous les jours. Dès lors, au nom d’une prévision budgétaire, pourquoi ne pas stopper l’arrivée des volontaires ?, pourrait-on se demander.

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Les volontaires engagés par le ministère de la santé publique manifestent dans la cour du COUSP à Yaoundé pour revendiquer leur prise en charge salariale. Ici les grévistes persistent et signent malgré la nuit tombée. Crédit photo : Hemes Nkwa

Le sit-in et la grogne des volontaires

Ce samedi 2 mai, la tension est montée d’un cran et les volontaires, las d’écouter les promesses, ont décidé de faire un sit-in dans la cour principale du centre en fermant et bloquant le portail principal. Le grabuge a fait le tour des réseaux sociaux. La police, la gendarmerie, les autorités administratives descendues sur les lieux n’ont pas réussi à entrer en contact avec les « grévistes ». Ceux-ci exigeait la présence impérative du ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie.

Face à la témérité des grévistes, l’administration financière du centre propose une avance de 75 000 FCFA par volontaire pour calmer la grogne en attendant les négociations. Elle a reçu un cinglant « non » des grévistes. Puis, elle est passée à la somme de 100 000 FCFA par volontaire, sans succès.   

Dimanche, le jour du dénouement        

Les grévistes ont décidé d’y passer la passer la nuit. Comme dit l’adage, la nuit porte conseil. Empêché d’accéder au centre, le gouverneur de la région du centre, Nasiri Paul Béas, utilise la force et y accède grâce au concours de la police. Personne ne lui a prêté une oreille attentive malgré ses conciliabules. Heureusement, sa honte a été sauvée de justesse avec l’arrivée d’un émissaire du ministre autour de 8h00-8h30 pour annoncer la « bonne nouvelle » : l’arrivée du ministre et le paiement intégral des frais de transport fixé à 10.000FCFA par jour. L’espoir a commencé à renaitre.

À 9h30, les caisses ont été effectivement ouvertes, comme annoncé, pour régler les frais de transport. Malheureusement, les frais de transport ne sont qu’une partie des revendications qui comportent particulièrement des frais de risques et de la qualité des repas servis.

Manaouda fait son entrée au centre vers 12h10 suivi d’un valse d’applaudissements des volontaires. Certains scandent même dans la cour en le qualifiant de « Messie ». Même si c’est une exagération, on peut quand même leur concéder cela compte tenu du contexte camerounais où il est généralement impossible d’avoir gain de cause en pareilles circonstances.

Il faut néanmoins signaler ici que le gouvernement a décidé, compte tenu de la progression de la maladie, de démobiliser le personnel en les envoyant dans les autres régions également atteintes du Covid-19. Juste-là, Yaoundé est restée et reste encore l’épicentre de la maladie au Cameroun, et le Cameroun l’épicentre en Afrique subsaharienne, à l’exception de l’Afrique du Sud. C’est dire le sérieux que l’on doit accorder à la lutte contre le coronavirus dans ce pays.

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Les volontaires engagés par le ministère de la santé publique manifestent dans la cour du COUSP à Yaoundé pour revendiquer leur prise en charge salariale. Ici les grévistes perçoivent déjà leur frais de transport après moult négociations en attendant d’autres paiements comme les primes de risque. Crédit photo : Hemes Nkwa

Même mécontentement du côté des malades et de leurs familles

C’est l’occasion de dire ici la particularité d’un tel ministre du gouvernement de Biya. Une tyrannie qui a toujours eu profil bas, s’est toujours distinguée par des actions sinistrement populaires ou impopulaires, produit difficilement des résultats probants.

Les couacs observés dans la gestion du personnel volontaires du COUSP ne sont malheureusement pas isolés. Les malades, à travers des différents coins de la république, interpellent à longueur de journée le ministre sur son compte Twitter après avoir été rejetés dans un hôpital de la place. Ils sont nombreux à crier au secours face aux traitements inhumains infligés par le personnel d’un hôpital public.

La nature du traitement, de la déshumanisation, est diverse : l’isolement de la personne qui développe des symptômes et qui finit par s’en aller, l’exigence des frais pour le scanner à cause de l’absence de tests gratuits, l’exigence du paiement des médicaments pour certains cas, la nutrition des malades à la charge des familles pour d’autres, etc. Les cas sont nombreux et divers selon les hôpitaux, les symptômes, etc. D’autres malades font d’ailleurs témoignages d’une négligence médicale. Les médecins à leur tout se plaignent de matériels de protection insuffisants voire absents. C’est d’ailleurs ces motifs avancés qui sont allégués pour imputer ces charges aux personnes arrivées à l’hôpital et présentant des symptômes dans le but de leur faire payer certaines prestations.

La gratuité des soins des personnes malades du Covid-19 ne se limite qu’aux discours et au tweet du ministre à longueur de journée. Comme cela avait été le cas au centre, l’intervention du ministre Manaouda Malachie a toujours été considérée comme une main du Messie. Les instructions sont données par le ministre aux personnels de l’hôpital incriminé de contacter tel ou tel autre patient qui se plaindrait et qui soupçonnait d’être atteint du Covid-19 de n’avoir pas été reçu. Des cas de ce type de plainte sont légions sur les réseaux sociaux.

L’actualité du coronavirus est particulièrement dominée par ces multiples couacs où les prises en charge gratuites sont devenues payantes, où le personnel n’est pas protégé, où certains corps enterrés sont déterrés par leurs familles qui accusent le corps médical de mauvais diagnostic après un soupçon de Covid-19, les médecins et tout le personnels sont accusés à tort ou raison d’arnaques, etc. Les cas sont divers et multiples. Cette mauvaise organisation fait désespérer beaucoup de sceptiques qui croient malheureusement dur comme fer que le coronavirus c’est du pipeau, c’est l’affaire des autres. D’autres encore brandissent l’incapacité et l’incompétence des gouvernants à mener une véritable et efficace lutte contre le coronavirus. C’est donc la gouvernance qui est particulièrement mise en cause.            


Distanciation sociale, quarantaine et confinement : de quoi s’agit-il ?

L’actualité sur le coronavirus qui secoue le monde depuis février 2020 est également riche en concepts. Le vocabulaire utilisé par les médias camerounais est particulièrement confus. Cela participe à une incompréhension des mesures prises par l’OMS et le gouvernement camerounais dans la lutte contre le coronavirus. Dans la littérature liée au coronavirus, les Camerounais se sont familiarisés avec de nouveaux mots dans leur langage quotidien. Ils sont tellement nombreux que je me contenterai ici de ceux qui suscite des curiosités et des confusions pour leur caractère synonymique, à savoir : distanciation sociale, quarantaine et confinement.

La distanciation sociale, la mise en quarantaine et le confinement sont des mesures de précautions dont la communauté médicale opte pour éviter la propagation d’une maladie. Le coronavirus étant contagieuse, les nouveaux types de comportements sont prescrits pour limiter sa propagation. En dehors de leurs définitions, ces trois concepts ont des variances contextuelles qui prêtent à confusion.

Ces trois termes s’utilisent confusément par tous les Camerounais y compris les spécialistes de la santé. De prime abord, ils sont considérés comme des synonymes, pourtant l’un ne peut pas être utilisé à la place de l’autre. Chaque mot a ses spécificités. Je vous livre ici, non seulement des définitions, mais surtout une analyse du discours en contexte camerounais.

Ce qu’ils ont en commun

Commençons ici par préciser que la confusion faite par des personnes dans l’utilisation de ces mots peuvent être justifier pour une simple raison : ils signifient tous « être à l’écart les uns des autres ». En d’autres termes, entre deux ou plus plusieurs personnes, l’écart qui vous sépare doit être à une certaine distance qui a été fixée au préalable.

Il ne faut surtout pas penser à l’isolement. Ce terme désigne tout autre chose qui n’a rien à voir avec le contexte de cet article. Même la prison n’est pas un isolement. D’ailleurs, on parle d’isolement dans une prison lorsqu’il est question de sanctionner une personne pour indiscipline grave. Elle est donc placée en isolement qui est une sorte de prison dans une prison où il n’existe aucun contact avec l’extérieur. Parfois les conditions sont de plus en plus rudes selon les prisons.

Ce qui les différencie

La nuance est maintenant visible lorsqu’on met en exergue la notion de distance.

Distanciation sociale

La « distanciation sociale » a pour synonyme « éloignement social ». Ce deuxième terme est plus compréhensible dans la mesure où l’on voit bien la notion de l’éloignement qui renvoie au respect d’une distance physique corporelle l’un à l’autre. Dans le cadre du coronavirus, l’OMS conseille l’éloignement d’un mètre minimum à respecter scrupuleusement. Le respect de cette distance doit se faire surtout dans les lieux publics comme les marchés, les rues, les banques, les hôpitaux, etc.

Vous remarquez ici que dans le cadre de la distanciation sociale, l’accent est surtout mis dans la distance de séparation entre deux ou plusieurs personnes dans les lieux publics. Pour ce qui concerne les lieux privés comme le cadre familial, la distanciation sociale n’a plus de sens, puisqu’il revêt un caractère communautaire. D’où le mot social qui est associé à distanciation.

Mettre en quarantaine

Le terme quarantaine, quant à lui, est plus contraignant que la distanciation sociale. Il signifie mettre à l’écart forcé celui qui est malade. Selon l’OMS, « il consiste à séparer du reste de la population les personnes bien portantes ayant pu être exposées au virus, ou à limiter leurs déplacements, afin de surveiller l’apparition de symptômes et de détecter précocement les cas ». Vous constatez que la mise en quarantaine ici prend un caractère coercitif et restrictif, contrairement au concept de distanciation sociale. La mise en quarantaine est coercitive parce qu’elle peut être imposée. Cette obligation peut donc être volontaire, comme elle peut être forcée.

Comme exemple d’une mise en quarantaine volontaire, nous avons vu la chancelière allemande Angela Merkel qui qui a volontairement choisi de se mettre en quarantaine après avoir été en contact avec un médecin déclaré positif du coronavirus. Heureusement, elle a été déclarée négative après avoir passé 14 jours en quarantaine et subi trois tests ce jour. Au Cameroun, le ministre du travail et de la prévoyance sociale s’est mis en quarantaine volontaire après un soupçon de contact des voyageurs d’un vol d’Air France où quelques passagers ont été détectés positifs au coronavirus. Le deuxième exemple est celui de la mise en quarantaine obligatoire. Ici, on peut citer la mise en quarantaine des passagers des vols d’Air France et de NS Brussels du 17 mars à l’aéroport International de Douala.

Vous convenez donc que la mise en quarantaine est restrictive dans la mesure où elle ne concerne que des personnes infestées, malades ou soupçonnées d’être infestées. Elle concerne également des personnes à risque comme les voyageurs qui viennent d’un pays déjà touchés et des personnes du troisième âge, surtout ceux de 60 à 70 ans et plus. Les personnes âgées particulièrement ont un système immunitaire trop faible qui ne supporterait pas des attaques des virus dont les poumons sont leur cible.

Evidemment, on se pose toujours la question de savoir pourquoi ne faut-il pas faire passer les tests à toutes personnes à risque ou soupçonnées d’être infestées au lieu de les mettre en quarantaine ? La raison est simple : le test n’est pas généralisé. Les kids de test ne sont pas disponibles pour tout le monde. On les réserve uniquement pour des personnes présentant déjà des symptômes de la maladie pour confirmation. Les spécialistes affirment que le coronavirus a 14 jours pour se manifester. D’où la mise en quarantaine de 14 jours à la suite desquels on est «libéré» si les symptômes n’apparaissent pas.

Par ailleurs, certaines personnes peuvent avoir des anticorps suffisamment forts qui réussissent à venir à bout du virus au bout de 14 jours. Voilà l’importance de la mise en quarantaine de 14 jours.

Etre en confinement

Le concept « confinement » ou « être mis en confinement » ou « être en confinement » est plus large que les deux premiers. Le confinement ici n’est pas restrictif, il est plutôt large. Il s’applique donc à tout le monde sans exception. Mais il est également coercitif car il est fondamentalement et exclusivement obligatoire. Cela signifie donc que le confinement se définit comme la mise en quarantaine obligatoire de toute la population d’un territoire bien circonscrit. Le confinement est plus draconien que les deux premiers concepts. Concrètement, chacun reste chez lui, porte verrouillée, durant une période déterminée et fixée par l’autorité médicale d’un pays ou le ministère de la santé.

Selon des pays où il est appliqué, le confinement revêt des dimensions multiples. On parle donc de « confinement total » et de « confinement partiel ». Comme je l’ai dit plus haut, le confinement est fondamentalement obligatoire. Par contre, en prenant des nuances dans certains pays, il devient partiel pour la simple raison que certaines activités sont permises. Par exemple, les personnes peuvent sortir, de leur maison pour aller au marché, au supermarché ou à l’épicerie, faire des courses ou encore aller à la pharmacie. C’est le cas en France et aux Etats-Unis. Pour le confinement total, aucune sortie n’est autorisée. Le ravitaillement en produits de première nécessité se fait en livraison à domicile sur commande par téléphone ou par internet. C’est le cas par exemple en Chine.  

Importances de ces mesures

Ces trois mesures représentent, sur le plan sanitaire, des méthodes ou techniques dans le cadre de la protection contre une maladie infectieuse émergente. Elles sont donc indiquées pour le cas actuel du coronavirus en pleine propagation dans le monde. Avant lui, le monde a connu des cas plus dangereux qui ont fait plus de victimes, du moins pour le moment :  la grippe espagnole, par exemple. Ces mesures ne sont pas des décisions unilatérales. Elles sont préconisées par les spécialistes de la santé, notamment les ministères de la santé et par l’OMS.

Dans chaque pays, le système de santé existant est fait de sorte qu’on puisse mobiliser les ressources dans le cadre d’une éventuelle crise, comme de la lutte contre les maladies infectieuses et émergentes. La mobilisation peut être à des vitesses variables selon l’efficacité du système de santé. C’est la raison pour laquelle il existe des variances entre ces trois concepts qui induisent en erreurs beaucoup d’entre nous sur leur utilisation. Voilà pourquoi dans certains médias français, on peut entendre les journalistes dire qu’il y a « confinement total » en France et en Chine alors qu’il y a des variances. De même, les médias camerounais parlent de « confinement total » alors que ça ne se limite qu’aux écoles et aux endroits de plaisirs (bars et boîtes de nuit). Au Cameroun, on est limité encore à la mise en quarantaine volontaire ou obligatoire.

Beaucoup de personnes ignorent cependant que les mesures de prévention sont également considérées comme des médicaments. Ce sont des mesures qui ne peuvent être appliquées que sur les conseils des médecins. La prescription ici ne concerne que le changement de comportement individuel ou communautaire. C’est ce qui fait leurs particularités avec les médicaments ordinaires. Pour que cela soit effectif, il faut, soit la volonté et la disciple personnelle, soit la force. C’est la raison pour laquelle, pour ce dernier cas, l’intervention de la force publique de l’Etat est nécessaire pour faire appliquer ces mesures à grande échelle sur une population et un territoire donnés. Le Cameroun ne mobilise pas, du moins pour le moment, la force publique pour contraindre les gens au respect du confinement.

Les conséquences immédiates

Au niveau des conséquences liées au changement de comportement dû à la distanciation sociale, à la mise en quarantaine et au confinement, elles varient également selon chaque pays. Mais le plus important ici c’est le fait que ce changement de comportement entraîne inévitablement une limitation ou une restriction totale ou partielle des libertés individuelles. D’où l’intervention du politique. Sans doute que ce sont des mesures draconiennes imposées lorsque le système sanitaire s’est révélé incapable de venir à bout de la maladie par les médicaments. Mais il n’en demeure pas moins vrai que ce sont des prescriptions médicales dont les conséquences sont non seulement sociales, mais surtout économiques.

Les lieux comme les écoles, les lieux de plaisirs et de loisirs, de ports, sont carrément fermés. Pour ce qui concerne les entreprises, seules les plus importantes en temps de crises sanitaires sont ouvertes : supermarchés, pharmacies, ambulanciers, sapeurs-pompiers, etc. Ici également, les variances existent selon les pays. Au Cameroun, par exemple, les écoles et les universités sont fermées, sans oublier les frontières, les lieux de plaisirs comme les bars et les boîtes de nuit. En dehors de ces fermetures, toutes les activités sont en ébullition : marchés, banques, quincailleries, restaurants. Tout se passe normalement. C’est à peine si les gens se rendent même compte que le coronavirus sévit. Ces mesures, en vigueur depuis le 17 mars, suffisent-elles pour faire dire aux journalistes qu’il y a confinement, même partiel, au Cameroun ? Je ne pense pas.

La fermeture de ces lieux commerciaux induit indubitablement des coûts que l’Etat de chaque pays est obligé de supporter. Obliger la population de rester à la maison en fermant toutes ces entreprises et les lieux de commerce comme les marchés, aura pour conséquence de créer un manque de ressources de survie pour les ménages qui ne vivent qu’au quotidien grâce aux activités de l’économie informelle : commerçants, transporteurs, services, etc. Ce type de confinement à la camerounaise est interprété comme une incapacité de l’Etat à prendre en charge le confinement. Sinon, comment expliquer qu’avec 650 cas de coronavirus un confinement total, à l’exemple de la Chine ou de la France, ne soit pas encore décidé ?      


Le Cameroun et le coronavirus, à qui la faute ?

Le coronavirus est bien réel au Cameroun depuis le 6 mars 2020. Les mesures prises par le gouvernement sont-elles efficaces ? Difficile d’être péremptoire à la fin des 30 premiers jours du premier cas. A 509 cas de coronavirus positifs au 3 avril, le Cameroun se rapproche, petit à petit, de l’épicentre de l’Afrique subsaharienne après l’avoir été en Afrique central durant toute cette période. C’est l’évolution est la plus rapide des pays de cette partie du continent. Tout le monde s’accorde donc à dire que cette fulgurante évolution n’est due, pas seulement à un laxisme des autorités en charge de la gestion de cette pandémie, mais aussi et surtout à un manque de civisme des voyageurs et de leurs familles. Il sera donc ici question de passer en revue les responsabilité de chacun dans la progression de cette pandémie.

Les autorités, le gouvernement…  

A travers une mobilisation mitigée des autorités, l’on peut déjà voir une gestion de la pandémie qui ne rassure pas. La légèreté qui entoure cette gestion fait croire à beaucoup d’observateurs que ce gouvernement n’est pas (encore) prêt à prendre des dispositions plus draconiennes qui se manifestent par exemple par des soutiens multiformes aux citoyens frappés par des mesures de confinements rendues publiques le 17 mars dernier par le Premier Ministre, Dion Ngute..

La faute d’abord au gouvernement qui refuse de prendre ses responsabilités. En limitant le nombre de place dans les transports, cela entraîne indubitablement l’augmentation des tarifs supportés par les passagers. L’incapacité à contenir les voyageurs dans un lieu précis pour les mettre en quarantaine est la preuve du manque de poigne et de fermeté. Cette légèreté dans la gestion de la crise est bien également la preuve que la santé de la population n’est pas une priorité pour lui. D’ailleurs, les membres du gouvernement ne bénéficient-ils pas d’une évacuation sanitaire ? Comment s’en plaindraient-ils ?

Beaucoup de choses ont été dites sur cette incapacité caractérisée marquée par le manque d’anticipation, manque d’imagination et surtout d’innovation. Un gouvernement qui agit sur le coup et surtout par surprises, ne rassure pas. Sinon, comment expliquer que le dispositif placé dans les aéroports de Yaoundé et de Douala par le ministre de la santé publique, Manaouda Malachie, n’a pas été utile pour contenir les voyageurs qui provenaient des pays à risque ? La propagation du coronavirus au Cameroun serait en grande partie due à la dispersion de ces passagers des vols d’Air France et SN Brussels dans les deux principales villes. Selon le ministre, le premier cas de coronavirus a été détecté chez un « ressortissants Français » le 6 mars, mais qui est arrivé au Cameroun depuis le 27 février pour assister aux obsèques d’un membre de la famille. Entre le 27 février et le 6 mars, beaucoup de choses se sont passées.

Le 17 mars, le premier ministre, Dion Ngute, rendait public les 13 mesures gouvernementales qui instaurent un confinement partiel de 14 jours (qui vient d’ailleurs d’être renouvelé le 1er avril) pour lutter contre le coronavirus. Parmi elles, il y a évidemment la « fermeture totale des frontières terrestres, maritimes et aériennes » qui figure en première position. Quant à la fermeture des écoles et des universités, elle fait partie de la 3ème mesure. C’est justement ce que l’opinion camerounaise attendait depuis le déclenchement du premier cas de coronavirus le 6 mars.

Cependant, l’on se pose toujours la question de l’efficacité de ce confinement partiel compte tenu de la montée des chiffres des cas positifs. Ne faut-il pas passer au confinement total comme le fait la Chine et l’Italie, ou dans une moindre mesure, la France, l’Italie, les pays les plus touchés ?

Le gouvernement camerounais a les moyens financiers et logistiques d’assurer le confinement total ? Ne fait-il pas la politique en fonction de ses moyens en se limitant seulement au confinement partiel ? Dans ce cas, les interrogations sur la capacité de l’Etat Camerounais à assurer la santé de sa population en tant de crise, de pandémie comme celle de coronavirus, sont légitimes. Plusieurs en profitent pour s’interroger sur la politique ou la logique des choix dans les priorités concernant les dépenses publiques : pourquoi débloquer les gros moyens financiers pour l’organisation de la CAN et du CHAN est plus important que faire autant pour la santé des citoyens Camerounais ?

… et la diaspora venue en séjour au Cameroun 

Depuis l’annonce du premier cas de coronavirus, les vols en provenance des pays à risque (les pays européens, asiatiques et américains) sont scrutés et vilipendés à travers des réseaux sociaux. Les passagers sont pour la majorité des Camerounais d’origine (ayant changé de nationalité, ils sont officiellement considérés comme les étrangers) venus pour un séjour en famille.

La faute également à ces Camerounais qui ont choisi de voyager, de quitter les pays à risque comme la France et la Belgique, en période de pandémie et de fermeture des frontières. Pour le simple fait de cette situation pas ordinaire, ne pouvaient-ils pas annuler leur voyage et rester en confinement dans leur pays respectif ? Quels intérêts y avait-il à venir absolument au Cameroun qui ne dispose pas de plateau technique médical suffisant pour les prendre en charge au cas où… ?

Un communiqué de l’ambassade de France à Yaoundé invite les ressortissants Français, de passage au Cameroun, et qui veulent retourner en France de s’inscrire pour réserver leur place dans un avion Air-France. En fait, l’ambassadeur a obtenu du gouvernement l’autorisation d’organiser deux voyages pour le retour de ses compatriotes en France. Le premier voyage a eu lieu le 31 mars et le second pour le 4 avril. Selon ce communiqué, l’ambassade a reçu plus de 5.000 appels de réservation ! Plusieurs d’entre eux sont des Camerounais naturalisés Français (comme ceux qui sont venus les 7, 14 et 17 mars à Yaoundé et à Douala).

On peut toutefois deviner les raisons qui poussent ces personnes à quitter le Cameroun. En matière de santé, le Cameroun est moins loti que les pays Européens. Que va-t-il leur arriver en cas de contamination de coronavirus ? Toute personne de bon sens se posera sans doute la question de savoir, que sont venus faire ces Camerounais les 7, 14 et 17 mars derniers au risque de perdre leur vie ?

A l’inverse, l’on s’interroge également sur l’attitude de ceux qui veulent quitter le Cameroun. Comment expliquer que les ressortissants Français de passage au Cameroun veulent quitter un pays qui présente 306 cas positifs de coronavirus, 10 guéris et 8 morts pour se rendre en France où 58.441 personnes sont infestées, 10.935 sont guéries et 5.380 sont mortes (source : www.covidvisualizer.com, chiffres actualisés au 3 avril 2020).

Ce départ des Français du Cameroun qu’on peut assimiler à la fuite est bien compréhensible puisque le Cameroun est un pays où la chance d’être guéris du coronavirus est bien plus maigre que la France. En tenant compte des chiffres ci-dessus, la France réalise un taux de guérison de 18,71%, tandis que le Cameroun est à 3,27%. Paradoxalement, le taux de décès en France est plus élevé qu’au Cameroun en raison de 9,21% et de 2,62% respectivement. Concrètement, ce qui importe beaucoup chez l’opinion, c’est la capacité en infrastructures et en ressources sanitaires que dispose chacun des deux pays. Les évacuations sanitaires des personnalités, comme celle de Cavaye Yeguié dont j’ai fais allusion par ailleurs, en témoigne. En ce sens, la France est donc un meilleur risque.

Les responsabilités sont donc partagées, mais le gouvernement en premier en assume la plus grande partie.


Coronavirus : le camerounais est-il vraiment prêt ?

Depuis le 6 mars 2020, date de l’apparition du premier cas positif, le coronavirus dicte sa loi au Cameroun. La pandémie qui secouait déjà l’Occident depuis janvier et février, était d’abord minorée. Elle est ensuite considérée comme « une maladie comme une autre » avant d’être enfin prise au sérieux. Mais, la gesticulation autour de la gestion de cette pandémie n’est-elle pas une preuve qu’elle n’est pas suffisamment prise au sérieux ? Je répertorie ci-dessous les couacs, rencontrés çà et là, qui plombent la lutte.

Les vols d’Air-France et SN Brussels qui ont remué la plaie

Je me souviens encore de cet avions d’Air France qui a atterri à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen le 14 mars 2020 autour de 20h30. Le vol AF 900 avait à son bord 198 passagers. Curieusement, les passagers ont rejoint leurs familles respectives. Le premier cas positif du coronavirus détecté depuis le 5 mars et annoncé par le ministre de la santé publique, Manaouda Malachie, le 6 mars, tenait déjà l’opinion en alerte. Depuis cette date, tous les voyageurs venant des pays à risque comme la France, devraient être mis en quarantaine. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Voilà le nœud du problème.

Pourquoi les autorités ont choisi de laisser ces passagers partir ? Il est sans doute convenu de constater que ces autorités n’avaient pas encore, à cette date, mesurer l’ampleur du danger à venir. Malgré les dispositifs sanitaires présents dans les aéroports de Yaoundé et de Douala, on ne remarque pas encore un déploiement capable de faire face aux ravages de la pandémie coronavirus.  

Après les élections législatives (et municipales), le 9 février dernier et la proclamation des résultats le 28 février, la session de plein droit à l’Assemblée Nationale a eu le 10 mars. Cavaye Yeguie Djibril, 80 ans, député du Mayo-Sava depuis 1973 et président de l’Assemblée Nationale depuis 1992, arrive à Yaoundé le samedi 14 mars après un séjour en France à la suite d’une évacuation sanitaire. Ce député était donc dans ce fameux vol tant décrié.

Le dimanche 15 mars, c’est un communiqué du ministre de la santé publique qui attire l’attention de tout le monde. Il invite ainsi les passagers du vol Air-France n°AF-900 qui ont débarqué à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen le 14 mars de se signaler. Le communiqué va plus loin en indexant également le vol SN Brussels n°371 qui a atterri aussi à Yaoundé-Nsimalen, une semaine avant, le 7 mars. Pourquoi ce communiqué de ministre a fait paniqué plus d’un ? Parce que trois personnes, qui faisaient partie des passagers du vol d’Air-France, ont été détectés positifs de coronavirus. Tous les passagers des vols provenant des pays à risque après le 6 mars, comme Air-France et SN Brussels, étaient considérés comme des personnes à risque et appelées à se mettre en quarantaine.  

Le lundi 16 mars, Cavaye Yeguié, contre toute attente, se retrouve à l’hémicycle de Ngoa-Ekelle ? La question que toute l’opinion se pose est celle de savoir ce qu’est venu faire Cavaye Yeguié, pratiquement convalescent, alors qu’il devrait être en quarantaine ? Presque tout le monde est surpris de constater que le député a été exempté de cette mesure qui s’apparente ici comme une sorte de « punition » pour lui. La session de plein droit après la proclamation des résultats des législatives devait être consacrée à l’élection des membres du bureau de l’Assemblée nationale. Soucieux de rempiler au poste de président de la chambre basse, Cavaye Yeguié a cru bon de défier les règles élémentaires et primordiales de la lutte contre le coronavirus au risque de perdre son poste.

Et l’on se demande bien pourquoi un voyageur, venant d’un pays à risque, sur qui les soupçons de coronavirus pèsent se retrouve subitement en train de côtoyer ses collègues députés sans craindre de rien ?

La quarantaine bafouée et le coronavirus se porte bien

La presse camerounaise monte au créneau et accuse le gouvernement de laxisme. L’opinion en général se demande pourquoi continuer à faire atterrir au Cameroun les avions à vols commerciaux provenant de la France qui est l’un des pays les plus touchés par le coronavirus ? De l’autre côté, la presse et l’opinion se pose également la question de savoir les raisons qui poussent Air-France et SN Brussels à maintenir ses vols de la France, pays à risque dont les frontières sont fermées, vers le Cameroun, pays qui n’est pas encore durement touché ?

https://www.le1.ma/un-vol-paris-douala-dair-france-transportant-des-cas-averes-de-coronavirus-fait-scandale-au-cameroun

Comme si le scandale des vols Air-France et de SN Brussels du samedi 14 mars ne suffisaient pas, des autres vols, toujours des mêmes compagnies, sont signalés à Douala le 17 mars en début de soirée. L’indignation de l’opinion était à son comble. Ce qui oblige d’ailleurs le gouverneur de la région du Littoral à Douala à se rendre à l’aéroport international de Douala ipso presto. Les vols de Air-France et de SN Brussels atterrissent effectivement à l’aéroport International de Douala respectivement à 19h20 avec 158 passagers et à 21h55 avec 103 passagers. La peur de voir les voyageurs aller dans leurs familles s’installe.

Immédiatement, le gouverneur de la région du littoral à Douala est instruit par le gouvernement d’empêcher les passagers de se disperser dans la ville et de cordonner les opérations de mise en quarantaine. Ce qui a été fait. A grand renfort de publicité, le gouverneur Ivaha Diboua a mené cette opération personnellement. Les 261 passagers sont conduits dans différents hôtels de la ville. Cette opération, menée à l’improviste, sans préparation et sans moyens d’accompagnement, a été violemment critiquée.

Curieusement, les voyageurs mis en quarantaine dans les hôtels de la ville se plaignent d’ailleurs des mauvaises conditions de leur confinement comme l’absence de nutrition, par exemple. Petit à petit, ils désertent leur chambre d’hôtels et se retrouvent dans leurs familles. La presse et l’opinion s’en prennent au gouvernement, mais le gouverneur s’en défend dans une interview en accusant les réseaux sociaux, comme à leur habitude, de mensonges.

L’on se pose la question de savoir si les hôtels sont des endroits appropriés pour contenir des personnes à risque ? Le personnel de ces hôtels n’a pas été préparé à les recevoir. Comment allait se dérouler cette période de mise en quarantaine. Ne fallait-il pas réquisitionné un espace isolé de la ville et bien aménagé, bien gardé par les force de l’ordre pour que ces opérations soient plus efficaces ?

Tout ce questionnement montre bien la légèreté avec laquelle le gouvernement camerounais gère cette pandémie. Les chiffres sont effarants et effrayants. Selon la source www.covidvisualizer.com, le Cameroun est classé 6ème pays le plus touché en Afrique avec 306 ca de coronavirus au 3 avril 2020. Le Cameroun devient ainsi l’épicentre du coronavirus en Afrique central. Cela ne fait pas du tout bon et bien de personnes continuent de se poser la question de savoir si ce gouvernement sera capable de faire à cette pandémie du coronavirus.

Qu’à cela ne tienne, il ne nous reste qu’à établir les responsabilités de chacun. A qui la faute ?   


Comment le Coronavirus fait plier le Cocan et la Caf

La journée du 17 mars n’a jamais été aussi intense et chargée de suspenses au Cameroun et dans les milieux du sport. Tous les milieux des médias étaient en alerte. Pourquoi cette journée a-t-elle été particulière ?

Le Cameroun est actuellement dans l’effervescence de la préparation du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) du 4 au 25 avril 2020. La perspective d’un renvoi est imminente. Tout le monde a une oreille attentive, pour ne pas dire deux, du côté du comité local d’organisation (COCAN) pour le CHAN 2020 et pour la CAN 2021 au Cameroun. Il est présidé par le ministre des sports et de l’éducation physiques, Narcisse Mouelle Kombi. La présence du coronavirus donnait des sueurs froides aux organisateurs. Le renvoie du CHAN qui se pointe à l’horizon mettait tout le monde en alerte. Le COCAN n’avait qu’un seul souci : quelle est la meilleure astuce qu’il faut utiliser pour éviter un éventuel report ? Cette journée a été fastidieuse et ennuyeuse en même temps. Je vous raconte dans les lignes qui suivent les moments forts et les péripéties qui ont marqué cette journée rocambolesque chargée de suspenses.    

Les prémisses d’une journée tendue

Les inquiétudes sur la présence du Coronavirus a commencé le 24 février avec des rumeurs. Le Coronavirus a été signalé à Douala, dans la région du Littoral, et à Bangangté, dans la région de l’Ouest, par les rumeurs. C’est un tweet de Manaouda Malachie, ministre de la santé publique, qui informe l’opinion nationale que les deux cas suspectés ont été testés négatifs. Entre-temps, c’est le gouvernement qui annonce les mesures prises pour contrer un éventuel cas. C’est alors que le 6 mars en mi-journée, la nouvelle est tombée : le ministre annonce dans un tweet le premier cas du Coronavirus au Cameroun, dans la ville de Yaoundé.

Le climat est resté tendu depuis cette annonce. Les milieux du sport, et surtout ceux des médias, spéculent déjà sur un éventuel report du CHAN. Mais, il est encore trop tôt pour y penser. Les propositions sur le report sont pour le moment considérées comme des affabulations. Ces avis ne se limitent qu’aux commentaires des uns et des autres dont les motivations sont certainement guidées par d’autres mobiles. Mais n’empêche, les commentaires et les opinions vont dans tous les sens. Les acteurs du blogging engagés pour la circonstance, ne sont pas en reste, mais restent encore sereins.

Une guerre de leadership Fifa et Caf ?

Plus les jours passent, plus la tension monte. De 5 cas de coronavirus le 16 mars, le Cameroun a atteint 10 cas le 17 mars. A ce niveau, l’effervescence qui était morose, commence à se faire ressentir. Les réseaux sociaux s’enflamment, les rumeurs fusent de partout, non plus sur une éventuelle, mais plutôt sur la nécessité de reporter le CHAN à une date ultérieure. Dans le milieu des blogueurs chargés de la communication digitale du CHAN, et même celui des médias et surtout des journalistes sportifs, les avis sont partagés selon les humeurs de chacun et les enjeux que cela engendre.

Pour les uns, le report du CHAN serait une bonne chose pour la simple raison que la CAF, dans un communiqué, a reporté les compétitions. Il s’agit notamment des 3ème et 4ème journées des qualifications pour la CAN Total 2021, les qualifications pour la coupe du monde féminine U20 de la Fifa, et les qualifications pour la CAN féminine Total 2020. Il serait, selon eux, incohérent de reporter ces compétitions plus lointaines et ne pas le faire pour le CHAN qui s’annonce dans quelques jours.

Les arguments les plus récurrents viennent du fait que l’UEFA a également suspendu les matchs de la Champions League et de l’Europa League pour une date ultérieure et reporté l’Euro pour l’été 2021. Il n’y aurait, a priori, pas de raison que le CHAN ne soit pas renvoyé.

De plus, le coronavirus est plein d’enjeux. Il impose une situation humanitaire qui nécessite des décisions politiques et économiques importantes comme la fermeture des frontières. Comment va ressembler une compétition accueillant des mécènes et des sponsors qui viennent des pays européens où les populations sont mises en confinement, où les compagnies aériennes ont annulé plus de 90% de leurs vols, où l’économie entière est à l’arrêt ? Auront-ils la possibilité de voyager dans ces conditions ? Ou encore, serait-il possible d’organiser un CHAN sans ses sponsors ?  Ces interrogations qui ne manquent pas d’intérêts seront certainement prises en compte, nous allons le voir plus loin, dans la décision de la Caf.  

Des avis opposés n’hésitaient pas à se poser des questions sur cette politique de matraquage communicationnelle qui, depuis janvier, a tendance à transformer cette pandémie en préoccupation mondiale. Même si comparaison n’est pas raison, l’épidémie d’Ebola qui a touché l’Afrique et fait autant de mort, n’a pas fait autant de buzz et immobilisé le monde entier. Elle n’a même pas empêché l’organisation de la CAN 2015 et 2017. Pourquoi le cas de coronavirus est-il si préoccupant ?

Toute l’Europe, à travers l’Eufa et la Fifa, ne profiterait-elle pas de cette pandémie pour imposer son calendrier à la Caf ? Nous sommes là en face d’une guerre de leadership où l’Afrique n’attend pas céder aux caprices de l’eurocentrisme. Le catastrophisme médiatique du coronavirus est une occasion de mettre la Caf aux pas de la Fifa. Ce qui n’est pas de nature à satisfaire les partisans d’une Afrique libre et indépendante.  

Coronavirus et Cocan, une course contre la montre

Le 17 mars est considéré comme une journée marathon.  Dans la matinée, alors que le ministre de la santé publique venait d’annoncer à la veille l’enregistrement de 5 cas de coronavirus, son collègue ministre des sports et de l’éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi, ci-devant président du comité local d’organisation du CHAN 2020 et de la CAN 2021, fait un communiqué pour rassurer la Caf en affirmant mordicus que le Cameroun « est prêt à accueillir toutes les délégations annoncées par la Caf ».

En mi-journée, le ministre de la santé annonce 5 cas supplémentaires. Ce qui porte le nombre de cas de coronavirus à 10. En moins de 24 heures, le nombre a doublé. La panique totale s’empare des observateurs avertis. L’hypothèse de renvoie du CHAN prend le dessus. Un conseil de cabinet est convoqué par Dion Ngute, Premier Ministre. Il en ressort 13 mesures parmi lesquelles la fermeture des frontières aériennes, maritimes et terrestres. Quelques minutes après, le ministre Mouelle Kombi revient sur sa décision et propose à la Caf « un réaménagement du calendrier de la compétition » compte tenu de « toutes les considérations critiques liées à cette urgence de santé publique internationale ».

La Caf n’a justement pas tardé à réagir. Le communiqué du Secrétaire général, Abdel Bah, fait état de ce que la commission médicale de la Caf qui a inspecté les infrastructures en vue d’évaluer le niveau de préparation du CHAN au Cameroun les 14 et 15 mars dernier avait recommandé un report. Même si les conclusions de cette commission médicale n’étaient pas destinées au Cameroun, le ministre Mouelle Kombi était quand même au parfum des observations des médecins de la Caf. Pourquoi n’en avait-il pas tenu compte en rassurant la Caf que le Cameroun est « prêt » ?

L’extase des détracteurs

Ce communiqué de la Caf en fin de journée est venu levé toutes les suspenses. Les esprits se sont calmés. Par contre, il vient surtout mettre un doute sur l’opinion quant à la capacité du gouvernement camerounais à organiser une compétition internationale de football digne de ce nom. Il faut justement avouer, sur ce coup, que le Cameroun n’est pas dans de bonnes grâces de la chance. Après le retrait de la CAN 2019 pour des raisons d’insuffisance d’infrastructures exigées par la Caf, le gouvernement de Paul Biya a subi une humiliation qu’il n’arrive pas à digérer jusqu’ici. Les gouvernants ont subi toutes les critiques où leurs compétences étaient remises en question.

Heureusement, Hamad Hamad, président de la Caf, avait promis au gouvernement de ne pas sanctionner le Cameroun comme c’est souvent le cas pour les pays indélicats qui ne respectent pas leur cahier de charge vis-à-vis de l’organisation faîtière de football africain. La CAN, en territoire camerounais, a été donc reportée pour 2021. Le CHAN devait donc être un test pour le Cameroun avant la CAN. Le coronavirus est venu tout gâché à quelque 19 jours du lancement du CHAN.

C’est donc dans cette optique que le gouvernement camerounais ne voulait pas lâcher prise. Il souhaitait vraiment laver l’affront pour blanchir son image déjà trop ternie par les critiques en organisant cette compétition à tous les prix au détriment de la santé publique. Mais, le coronavirus a pris le dessus et a eu raison de lui.

Les plus heureux dans tout ce méli-mélo sont certainement les détracteurs pour qui la CAN et même le CHAN constituent des projets budgétivores. Le gouvernement est, depuis l’octroi de l’organisation de la CAN au Cameroun en 2014, accusé de détournement de deniers publics. Le retrait de la CAN de 2017 pour « insuffisance d’infrastructures » en est une preuve suffisante de l’incompétence. Pour le moment, on ne parle pas de retrait, heureusement! Mais rien n’est encore gagné car le défi à relever reste intact et la victoire des détracteurs n’est pas encore actée.