Comment le Coronavirus fait plier le Cocan et la Caf

La journée du 17 mars n’a jamais été aussi intense et chargée de suspenses au Cameroun et dans les milieux du sport. Tous les milieux des médias étaient en alerte. Pourquoi cette journée a-t-elle été particulière ?

Le Cameroun est actuellement dans l’effervescence de la préparation du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) du 4 au 25 avril 2020. La perspective d’un renvoi est imminente. Tout le monde a une oreille attentive, pour ne pas dire deux, du côté du comité local d’organisation (COCAN) pour le CHAN 2020 et pour la CAN 2021 au Cameroun. Il est présidé par le ministre des sports et de l’éducation physiques, Narcisse Mouelle Kombi. La présence du coronavirus donnait des sueurs froides aux organisateurs. Le renvoie du CHAN qui se pointe à l’horizon mettait tout le monde en alerte. Le COCAN n’avait qu’un seul souci : quelle est la meilleure astuce qu’il faut utiliser pour éviter un éventuel report ? Cette journée a été fastidieuse et ennuyeuse en même temps. Je vous raconte dans les lignes qui suivent les moments forts et les péripéties qui ont marqué cette journée rocambolesque chargée de suspenses.    

Les prémisses d’une journée tendue

Les inquiétudes sur la présence du Coronavirus a commencé le 24 février avec des rumeurs. Le Coronavirus a été signalé à Douala, dans la région du Littoral, et à Bangangté, dans la région de l’Ouest, par les rumeurs. C’est un tweet de Manaouda Malachie, ministre de la santé publique, qui informe l’opinion nationale que les deux cas suspectés ont été testés négatifs. Entre-temps, c’est le gouvernement qui annonce les mesures prises pour contrer un éventuel cas. C’est alors que le 6 mars en mi-journée, la nouvelle est tombée : le ministre annonce dans un tweet le premier cas du Coronavirus au Cameroun, dans la ville de Yaoundé.

Le climat est resté tendu depuis cette annonce. Les milieux du sport, et surtout ceux des médias, spéculent déjà sur un éventuel report du CHAN. Mais, il est encore trop tôt pour y penser. Les propositions sur le report sont pour le moment considérées comme des affabulations. Ces avis ne se limitent qu’aux commentaires des uns et des autres dont les motivations sont certainement guidées par d’autres mobiles. Mais n’empêche, les commentaires et les opinions vont dans tous les sens. Les acteurs du blogging engagés pour la circonstance, ne sont pas en reste, mais restent encore sereins.

Une guerre de leadership Fifa et Caf ?

Plus les jours passent, plus la tension monte. De 5 cas de coronavirus le 16 mars, le Cameroun a atteint 10 cas le 17 mars. A ce niveau, l’effervescence qui était morose, commence à se faire ressentir. Les réseaux sociaux s’enflamment, les rumeurs fusent de partout, non plus sur une éventuelle, mais plutôt sur la nécessité de reporter le CHAN à une date ultérieure. Dans le milieu des blogueurs chargés de la communication digitale du CHAN, et même celui des médias et surtout des journalistes sportifs, les avis sont partagés selon les humeurs de chacun et les enjeux que cela engendre.

Pour les uns, le report du CHAN serait une bonne chose pour la simple raison que la CAF, dans un communiqué, a reporté les compétitions. Il s’agit notamment des 3ème et 4ème journées des qualifications pour la CAN Total 2021, les qualifications pour la coupe du monde féminine U20 de la Fifa, et les qualifications pour la CAN féminine Total 2020. Il serait, selon eux, incohérent de reporter ces compétitions plus lointaines et ne pas le faire pour le CHAN qui s’annonce dans quelques jours.

Les arguments les plus récurrents viennent du fait que l’UEFA a également suspendu les matchs de la Champions League et de l’Europa League pour une date ultérieure et reporté l’Euro pour l’été 2021. Il n’y aurait, a priori, pas de raison que le CHAN ne soit pas renvoyé.

De plus, le coronavirus est plein d’enjeux. Il impose une situation humanitaire qui nécessite des décisions politiques et économiques importantes comme la fermeture des frontières. Comment va ressembler une compétition accueillant des mécènes et des sponsors qui viennent des pays européens où les populations sont mises en confinement, où les compagnies aériennes ont annulé plus de 90% de leurs vols, où l’économie entière est à l’arrêt ? Auront-ils la possibilité de voyager dans ces conditions ? Ou encore, serait-il possible d’organiser un CHAN sans ses sponsors ?  Ces interrogations qui ne manquent pas d’intérêts seront certainement prises en compte, nous allons le voir plus loin, dans la décision de la Caf.  

Des avis opposés n’hésitaient pas à se poser des questions sur cette politique de matraquage communicationnelle qui, depuis janvier, a tendance à transformer cette pandémie en préoccupation mondiale. Même si comparaison n’est pas raison, l’épidémie d’Ebola qui a touché l’Afrique et fait autant de mort, n’a pas fait autant de buzz et immobilisé le monde entier. Elle n’a même pas empêché l’organisation de la CAN 2015 et 2017. Pourquoi le cas de coronavirus est-il si préoccupant ?

Toute l’Europe, à travers l’Eufa et la Fifa, ne profiterait-elle pas de cette pandémie pour imposer son calendrier à la Caf ? Nous sommes là en face d’une guerre de leadership où l’Afrique n’attend pas céder aux caprices de l’eurocentrisme. Le catastrophisme médiatique du coronavirus est une occasion de mettre la Caf aux pas de la Fifa. Ce qui n’est pas de nature à satisfaire les partisans d’une Afrique libre et indépendante.  

Coronavirus et Cocan, une course contre la montre

Le 17 mars est considéré comme une journée marathon.  Dans la matinée, alors que le ministre de la santé publique venait d’annoncer à la veille l’enregistrement de 5 cas de coronavirus, son collègue ministre des sports et de l’éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi, ci-devant président du comité local d’organisation du CHAN 2020 et de la CAN 2021, fait un communiqué pour rassurer la Caf en affirmant mordicus que le Cameroun « est prêt à accueillir toutes les délégations annoncées par la Caf ».

En mi-journée, le ministre de la santé annonce 5 cas supplémentaires. Ce qui porte le nombre de cas de coronavirus à 10. En moins de 24 heures, le nombre a doublé. La panique totale s’empare des observateurs avertis. L’hypothèse de renvoie du CHAN prend le dessus. Un conseil de cabinet est convoqué par Dion Ngute, Premier Ministre. Il en ressort 13 mesures parmi lesquelles la fermeture des frontières aériennes, maritimes et terrestres. Quelques minutes après, le ministre Mouelle Kombi revient sur sa décision et propose à la Caf « un réaménagement du calendrier de la compétition » compte tenu de « toutes les considérations critiques liées à cette urgence de santé publique internationale ».

La Caf n’a justement pas tardé à réagir. Le communiqué du Secrétaire général, Abdel Bah, fait état de ce que la commission médicale de la Caf qui a inspecté les infrastructures en vue d’évaluer le niveau de préparation du CHAN au Cameroun les 14 et 15 mars dernier avait recommandé un report. Même si les conclusions de cette commission médicale n’étaient pas destinées au Cameroun, le ministre Mouelle Kombi était quand même au parfum des observations des médecins de la Caf. Pourquoi n’en avait-il pas tenu compte en rassurant la Caf que le Cameroun est « prêt » ?

L’extase des détracteurs

Ce communiqué de la Caf en fin de journée est venu levé toutes les suspenses. Les esprits se sont calmés. Par contre, il vient surtout mettre un doute sur l’opinion quant à la capacité du gouvernement camerounais à organiser une compétition internationale de football digne de ce nom. Il faut justement avouer, sur ce coup, que le Cameroun n’est pas dans de bonnes grâces de la chance. Après le retrait de la CAN 2019 pour des raisons d’insuffisance d’infrastructures exigées par la Caf, le gouvernement de Paul Biya a subi une humiliation qu’il n’arrive pas à digérer jusqu’ici. Les gouvernants ont subi toutes les critiques où leurs compétences étaient remises en question.

Heureusement, Hamad Hamad, président de la Caf, avait promis au gouvernement de ne pas sanctionner le Cameroun comme c’est souvent le cas pour les pays indélicats qui ne respectent pas leur cahier de charge vis-à-vis de l’organisation faîtière de football africain. La CAN, en territoire camerounais, a été donc reportée pour 2021. Le CHAN devait donc être un test pour le Cameroun avant la CAN. Le coronavirus est venu tout gâché à quelque 19 jours du lancement du CHAN.

C’est donc dans cette optique que le gouvernement camerounais ne voulait pas lâcher prise. Il souhaitait vraiment laver l’affront pour blanchir son image déjà trop ternie par les critiques en organisant cette compétition à tous les prix au détriment de la santé publique. Mais, le coronavirus a pris le dessus et a eu raison de lui.

Les plus heureux dans tout ce méli-mélo sont certainement les détracteurs pour qui la CAN et même le CHAN constituent des projets budgétivores. Le gouvernement est, depuis l’octroi de l’organisation de la CAN au Cameroun en 2014, accusé de détournement de deniers publics. Le retrait de la CAN de 2017 pour « insuffisance d’infrastructures » en est une preuve suffisante de l’incompétence. Pour le moment, on ne parle pas de retrait, heureusement! Mais rien n’est encore gagné car le défi à relever reste intact et la victoire des détracteurs n’est pas encore actée.      

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Auteur·e

tkcyves

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