Yves Tchakounte

Stade Omnisports de Bépanda new-look : ma première visite

La 6ème édition du Championnat d’Afrique des nations de football (CHAN) baptisée TOTAL CHAN 2020 se jouera au Cameroun du 4 au 25 avril 2020. Pendant trois semaines, le pays va vibrer au rythme du ballon rond des joueurs locaux. La ville de Douala a été choisie comme le lieux du stage bloqué de l’équipe A’ des Lions Indomptables. L’opinion s’indigne depuis le retrait de l’organisation de la CAN au Cameroun pour défaut d’infrastructures. Qu’en est-il exactement ? A l’occasion de leur match amical contre une équipe locale, j’en ai profité pour franchir, pour la première fois, le portail du Stade Omnisports de Bépanda relooké, l’un des stades retenu pour les deux compétions.

Ce qui est prévu pour la CHAN 2020

Avant de décrire ma première visite du Stade Omnisport de Bépanda new-look, je présente ici un résumé du potentiel d’accueil et de capacité des stades camerounais prévu pour l’organisation de la CHAN 2020 et de la CAN 2021.

Pour l’organisation des deux compétitions, (la CHAN, 16 équipes et la CAN, 24 équipes) la CAF a formulé ses exigences ainsi qu’il suit : 6 stades -2 stades de 15.000 places, 2 stades de 20.000 places, 2 stades de 40.000 places ou plus), et 18 stades d’entraînement au minimum.

Le Cameroun a, quant à lui, mis à la disposition de la CAF ses capacité d’accueil ainsi qu’il suit : 7 stades (3 stades de 20.000 places (Stade de Kouekong à Bafoussam, Stade de Roundé Adja à Garoua et Stade de Limbé) ; 1 stade de 38.000 places (Stade Omnisport de Bépanda à Douala) ; 1 stade de 42.000 places (Stade Amadou Ahidjo de Mfandéna à Yaoundé) ; 1 stade de 50.000 places (Stade de Japoma à Douala) ; 1 stade de 60.000 places (Stade Paul Biya de Olembé à Yaoundé)), et 32 stades d’entrainement.

Ce mardi 21 janvier, les Lions Indomptables A’, en stage bloqué à Douala depuis le 19 novembre 2019, ont livré un match amical contre une équipe de 1ère Divison Bamboutos FC de Mbouda à 16h, heure locale. J’étais au Stade Omnisport de Bépanda pour deux raisons : admirer de près le joyeux architectural choisi pour la rencontre du CHAN 2020 et suivre le match.

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A 15h30 environ avant le match amical des Lions A’ contre Bamboutos Fc. Les supporters se voient refuser l’accès au Stade Omnisport de Bépanda. Crédit Photo : Tchakounte Kemayou

Les vigiles et les supporters à couteaux tirés

Avant de me rendre au Stade, je fais un tour au Stade Mbappe Lepe à Akwa, l’un des stades prévus pour les entraînements. Il est 14h30. Malheureusement, l’accès est interdit au public, comme tous les stades, d’ailleurs. Impossible de visiter, encore moins de prendre des photos. Après quelques minutes de répits, je prends une moto en direction de Bépanda, quartier situé à quelques 20km.

J’arrive à 15h30. Le conducteur de moto-taxi se dirige du côté de Bépanda Omnisport pour me déposer. Malheureusement, la longue clôture en béton nous fait penser que nous nous sommes trompé de la porte d’accès. Les riverains nous informent que la nouvelle entrée du stade a été transférée vers le carrefour « Trois morts ».

Le match se joue dans quelques minutes. À l’entrée du grand portail, quelques badauds et supporters camerounais attendent l’ouverture. En m’adressant aux vigiles, je suis refoulé manu militari pour la simple raison que le match amical se jouera à guichet fermé. Conséquence, il ne sera pas autorisé au public. Entre temps, le nombre de supporters ne cesse de s’agrandir et de s’agglutiner à l’entrée. La foule devient de plus en plus compacte. Les uns tentent de négocier leur entrée en vain, tandis les autres attendent, convaincus qu’il se présentera une occasion en or pour les laisser entrer. Les plus frustrés grondent, se fâchent, vocifèrent : « c’est quoi même ce pays ? Nous voulons voir les Lions jouer » ; « On ne peut pas organiser un match des Lions et empêcher aux Camerounais, aux ayants droit de voir ». Les véhiculent sortent et entre sans résistance.

Le ministre des Sports et de l’Éducation physique qui visitera les installations, arrive en trombe précédé par un motard qui faisait retentir sa sirène au loin. Dans le cortège de quelques vingtaines de véhicules, on peut voir les véhicules aux logos des médias invités : CRTV, Vision 4, Equinoxe TV, Nyanga, etc. Au passage du ministre, les supporters scandent à tue-tête et en cadence : « On veut entrer ! On veut entrer ! On veut entrer ! ». Mais rien n’y fait. Quelques minutes après, les supporters qui suivent le match en live sur Facebook à travers le compte d’un joueur dont j’oublie le nom, publient le score de la rencontre : Lions Indomptables A’, 1 et Bamboutos FC, 0.

Lassés d’attendre, des échauffourées entre les supporters et les vigiles à n’en plus finir manquent de créer un incident malgré la présence de la police et de la gendarmerie arrivées entre temps. La tension monte de plus en plus. Subitement, un véhicule qui entrait est une manne tombée du Ciel. La bousculade qui s’ensuit permet à quelques centaines de supporters de se retrouver à l’intérieur. Les vigiles, aidés par quelques bidasses, réussissent à refermer le portail en laissant encore une grande partie à l’extérieur. Les supporters n’en démordent pas et croient toujours dur comme fer qu’une autre occasion se présentera.

Cette fois-ci, ce n’est plus la bousculade. C’est un commissaire de police qui, arrivé au pas de course sur les lieux, il a l’air d’être surpris de voir une foule dehors. Il ordonne aux vigiles d’ouvrir le portail et de laisser le public entrer. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le grand soulagement se lisait sur les visages. Curieusement, tout le monde est discipliné et entre en silence et à pas pressés. Vous imaginez justement que j’en ai profité moi aussi pour y accéder pour la première fois. Il est presque 17h10.

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Entrée du Stade Omnisports de Bépanda-Douala. Les supporters agglutinés veulent entrer et persistent après le premier but des Lions.. Quelques échauffourées.

Ma première visite au stade relooké

Le Stade Omnisport de Bépanda n’est pas jeune. Il a été constuit en 1970 et mis en service en 1972 à l’occasion de la CAN que le Cameroun avait abritée. Il est donc vieux de 48 ans. Pour l’organisation de la CAN 2021, il a été métamorphosé complètement par une entreprise canadienne. Ce match amical était pour moi l’occasion de voir, pour la première fois, cette sorte de joyau architectural.

Malheureusement pour moi, le match amical je joue dans un terrain secondaire servant de terrain d’entraînement. Il porte le nom de « Stade annexe de Bépanda ». Le stade principal est complètement achevé, en fait, je veux dire la plus grande œuvre est achevée. Ce qui manque justement, ce sont les « détails », me dit-on. Mais, de loin, je peux apercevoir des encombrements de matériaux au niveau des chemins d’accès vers les tribunes. Je ne m’y suis donc pas rendu pour des raisons évidentes.

Le Stade Annexe de Bépanda enfin prêt !

Tout à côté stade principal se trouve le Stade Annexe. Mais, avant d’y arriver, à partir du portail principal, il faut parcourir au minimum 2 ou 3 km de marche à pieds pour ceux qui n’ont pas d’autorisation à y accéder avec leur véhicule. Les parkings, il y en a. Contrairement au Stade principal, ce stade annexe est complétement achevé. Le seul bâtiment qui sert de tribune et de vestiaires des joueurs comporte, au bas mot, 1000 places assises.

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Match amical entre l’équipe A’ des Lions Indomptables et Bamboutos de Bouda au Stade Annexe de Bépanda. La tribune. Crédit photo : Rodrigue Djengoue

Au premier regard, le stade annexe ne semble pas approprié aux personnes à mobilité réduite. La seule entrée réservée au public pour accéder à la seule tribune est munie des escaliers. Perplexe, je me retourne vers un employé du chantier de rénovation du stade. Il me conduit vers l’entrée et la sortie des secours où était d’ailleurs garé un véhicule flambant neuf des ambulances. Ici, il n’existe pas de difficultés ou d’obstacles d’accès à la tribune pour personnes handicapées. Aux deux extrémités se trouvent les toilettes. Elles étaient fermées et impossible de les visiter pour apprécier leur commodité. Tout droit en face de la tribune, sur l’autre longueur de l’aire de jeu se trouve l’écran géant où l’on peut voir les noms des deux équipes, la durée en temps réel du match en minutes et le score de la rencontre. L’aire de jeu est entourée des grilles sécuritaires.

Au lieu de 90mn, temps réglementaires des compétitions, le staff technique de l’équipe A’ des Lions Indomptable conduit par Yves Clément Arroga a décidé de jouer en 100mn à raison de 50mn par mi-temps. J’arrive donc pour assister à la dernière mi-temps avec un score d’un but à zéro en faveur des Lions A’. Une pelouse comme on en trouve jamais au Cameroun. C’est une grande première. Une tribune avec des sièges jaunes et entièrement couverte. Je m’assois en contemplant toujours autour de moi. Tout est neuf et scintille de propreté. Mais, mon attention se fixe sur la pelouse bien tondue. En observant bien, les joueurs, habitués aux aires de jeu en terre battue, se frottent nonchalamment aux réalités de la pelouse verte.

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Matche amical Lions Indomptable A’ contre Bamboutos Fc. Score à la fin du match (2-0). Crédit photo : Rodrigue Djengoue

A la 94e minute, les Lions Indomptables marquent un deuxième but, score qui reste inchangé jusqu’à la fin de la partie.

A 18h52, à la fin du match, on peut déjà admirer à quoi ressemblera le stade à la tombée de la nuit. Les lampadaires brillent de mille feux. Une voix de speaker résonne au loin et donne les conseils de sécurité au public qui s’apprête à quitter les lieux. Les installations et les équipements sont encore neufs. Il faut donc en prendre soin. Je reste encore pour contempler les merveilles pendant que les lampions s’éteignent…


« Tchakou, tu gagnes quoi à être un subversif ? »

Je suis chaque jour confronté à cette interrogation des amis et personnes qui me connaissent : pourquoi es-tu contre le régime de Yaoundé ? Pourquoi aimes-tu t’exposer ? Ce ne sont pas des questions naïves. L’intention n’est pas qu’ils n’aiment pas ce que j’écris ou ce que je fais. Au contraire. Ceux qui me posent pareilles questions savent pertinemment que le Cameroun est un pays à risques pour des personnes qui s’expriment librement.

Il ne s’agit pas simplement de ceux qui donnent leur opinion sur l’actualité, mais surtout de ceux qui expriment leurs courroux contre le régime de Yaoundé. Les journalistes et les professionnels de la communication, par exemple, sont les premiers concernés. Le Cameroun est d’ailleurs le pays où les journalistes, selon RSF, sont le plus en danger. Les dernières actualités nous font part de ce que subit un web influenceur, Paul Chouta actuellement en prison et d’une journaliste, Mimi Mefo, en exil. Mes sorties virulentes sur Facebook et mon blog amènent chaque fois mes amis et mes lecteurs à voir en moi une personne bavarde qui risque sa vie « pour rien », car disent-ils « tu risques ta vie pour si peu ». Pourquoi dois-je « risquer ma vie pour si peu » au lieu de faire comme les autres en se taisant ? Pour bien comprendre ma posture, il devient important pour moi de décrire en quelques, en un long récit, ce qui a construit ma personnalité, mon identité depuis ma naissance jusqu’à ce jour.

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Tchakounte Kemayou à Bali, Douala. Crédit photo : Tchakounte Kemayou

Surpasser mon handicap

Je suis un enfant de New-Bell, quartier populaire et populeux de Douala, pour ne pas dire quartier chaud. Trois ans après ma naissance à l’Hôpital de District de Deido, situé dans un autre quartier plus proche, j’ai été victime d’une polio qui m’a rendu paraplégique. Je suis encore handicapé aujourd’hui Nous sommes en 1979. Le premier challenge de ma vie commence : surpasser mon handicap. En 1980, je suis interné au Centre National de Réhabilitation des personnes handicapées d’Etoug Ebe à Yaoundé où je fais 5 ans, élevé par les sœurs Canadiennes qui gèrent le Centre. J’ai vu passer Germaine Ahidjo et la feue Jeanne Irène Biya chaque décembre pour recevoir les cadeaux de Noël.

J’ai donc vécu le coup d’État d’avril 1984 à Yaoundé. Pour la première fois, j’entendais les coups de feu à l’extérieur du centre. Il me souvient encore que certains compatriotes handicapés originaires des régions septentrionales pleuraient leurs parents perdus. Pourquoi avaient-ils été tué ? Originaires de la même région que l’ex-chef d’Etat Amadou Ahidjo, ils étaient soupçonnés d’être impliqués dans le coup d’État manqué. J’avais à peine 8 ans, ces images des pleurs à n’en plus finir m’avaient bouleversé et continuent d’ailleurs de me hanter aujourd’hui. Ces compatriotes ont quitté le centre quelques jours après sans crier gare. Pourquoi ? Pour quelle destination ? Difficile de le savoir.

Ayant déjà appris à être autonome, c’est-à-dire à marcher tout seul avec mes béquilles, je quitte le Centre en 1985 en laissant beaucoup d’autres compatriotes que je ne reverrai plus jamais. Je ne me souviens même plus de leurs noms. Quelle tristesse !

Oui, vous avez bien lu, je suis un gros gaillard de 10 ans qui ne sais pas encore tenir un stylo à bille.

De retour à New-Bell, je passe un an à la maison. Ma famille réfléchit encore pour trouver une solution adéquate pour ce « colis encombrant » que j’étais. C’est comme ça que les personnes possédant un handicap sont considérées parce que les familles ne savaient pas quoi en faire. Je pense d’ailleurs que cette situation existe encore dans certaines familles même si elle a un peu changé. C’est finalement en 1986 que la décision est prise de m’inscrire dans une école catholique pas loin de la maison. J’ai alors 10 ans.

Je ne sais ni lire ni écrire. Oui, vous avez bien lu, je suis un gros gaillard de 10 ans qui ne sais pas encore tenir un stylo à bille. Mais je parle couramment et correctement français. Je suis inscrit, non pas en maternelle, mais en CE1, une classe tenue par ma première Maîtresse Brigitte Yvanna Ngomos qui m’a retrouvée sur facebook. Je n’étais pas seulement le seul vieillard de la classe, mais j’étais surtout le plus idiot. Pour tenir, je devais tout faire pour rattraper le temps perdu et être au même niveau que mes camarades qui ont commencé l’école à la maternelle. Ce challenge était important à surmonter pour prouver à ma famille que je n’étais pas un « colis encombrant ». Ici commence mon deuxième challenge : ne pas me laisser abattre et rattraper mon retard en un laps de temps. Il a fallu que je fasse tout mon possible pour respecter un des conseils de feue ma mère : « tu sais, Taba Nkui ? Utilise ton cerveau pour remplacer tes pieds qui ne te servent plus ».

J’ai fait le CM1 en début d’année scolaire 1987-1988 et j’ai achevé l’année au CM2 ans plus tard, en 1988, je fais un concours d’entrée en 6ème au Lycée de New-Bell où je réussi avec mention et bénéficie d’une bourse d’à peu près 26.000 Fcfa (je ne me rappelle plus du montant exact).

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Tchakounte Kemayou à Dakar, Sénégal. Crédit photo : Mondoblog

Mon divorce avec la Cameroon Radio-Television (CRTV)

En classe de 5ème, en mai 1990, j’ai également vécu dans la presse la naissance du Front Social-Démocrate (SDF) à Bamenda avec à la clé 6 manifestants tués par balles. Curieusement, c’est par la voix de Zachari Ngniman, au journal de 20h30 à la CRTV que les Camerounais apprennent que les 6 manifestants avaient été piétinés par la foule. Mon désamour avec la CRTV commence ce jour-là.

J’étais déjà un subversif avec le désir d’en découdre avec Florent Eli Etoga et Gervais Mendo Ze, les ex directeurs Généraux de la CRTV que j’ai connus. Du coup, mes émissions phares, Minutes By Minutes (animée par Joe Ndifor), Actualité Hebdo (animée par Didier Oti), Regard sur le Monde (animée par Dieudonné Tine Piguy), Tam-Tam Week-end (animée par Claire Ndingué et Remy Minko), Sport Parade (animée par Jean Lambert Nang), même si je regardais de temps en temps, ne m’enchantaient plus. Je mettais seulement la télé pour voir les téléfilms ou feuilletons camerounais célèbres de l’époque : « Le Retraité » et « L’Orphelin » et quelques feuilletons étrangers comme « Dallas », « Dynastie », « Catherine », « Racine ».

Ma passion pour la lecture, l’écriture et la politique

Déçu par la CRTV, mon amour pour la presse écrite naît. Et j’ai donc commencé à acheter les journaux privés (Le Messager, La Nouvelle Expression, Le Quotidien, Jeune Afrique Economie, Jeune Afrique Magazine, etc.) avec mon argent de poche. Oui, vous avez bien lu, c’est à partir de la classe de 5ème que j’ai commencé à acheter les journaux avec mon argent de poche. C’est donc à partir de là qu’est né ma passion pour l’écriture, car je lisais beaucoup. C’était comme une obsession. On dirait que j’avais soif de quelque chose.

En dehors des jouets de Germaine et de feue Jeanne Irène, je n’ai jamais connu d’autres distractions depuis 1985. A New-Bell, mes jouets étaient des journaux malgré les pianos que papa achetait. D’où mon petit nom d’enfance : « Capo ». Si vous venez dans mon quartier ou en famille, c’est comme ça que tout le monde m’appelle. J’étais un ado qui lisait les journaux, qui parlait de la politique, des choses des grands, des choses dont tout le monde avait peur de parler, mêmes les adultes. C’était donc là mon troisième challenge : parler des sujets qui font trembler, qui font fuir tout le monde, des sujets qui embêtent, quoi !

En 1991, je suis en classe de 4ème, et commence une crise sociopolitique dans le pays. C’est la période surnommée « période des années de braise ». En avril 1991, j’ai vécu les « villes mortes » en plein cœur de New-Bell, le centre névralgique de la crise. Je me rappelle un de ces jours mouvementés à la sortie des classes à avoir échappé à une balle perdue. A l’aide de mon tricycle, en fuyant, j’avais croisé un monsieur sur mon chemin qui fuyait aussi. C’est quelques années plus tard, en discutant avec Me Momo Jean de Dieu, aujourd’hui ministre délégué, qu’il m’a révélé que c’était lui et qu’il me reconnaissait. Pour désamorcer la crise, un dialogue fût convoqué par Paul Biya en octobre-novembre 1991 appelé « Tripartite ».

Mon engagement en politique commence véritablement à cette période avec ma passion des lectures des chroniques et reportages de l’actualité politique de mes journalistes préférés.

En 1992, le Cameroun traverse une période électorale intense (Présidentielle, Législatives et Municipales). En mars, les résultats des Législatives donnent 88 sièges sur 180 pour le parti au pouvoir, le RDPC. L’opposition a donc la majorité et une lueur d’espoir se dessine pour mener la vie difficile au RDPC à l’Assemblée nationale. Curieusement, un parti politique de l’opposition, le MRD de Dakolé Daïssala, réussit l’exploit machiavélique de s’associer au RDPC pour lui donner la majorité avec ses six députés. La Présidentielle d’octobre est assez douloureuse. Les 36% obtenus par le leader charismatique de l’opposition John Fru Ndi sont considérés comme les résultats de la fraude. La contestation des résultats a valu au leader d’être immobilisé en résidence surveillée pendant plusieurs jours.

C’était une période tumultueuse qui m’a presque rendu accro des journaux écrits que je ne quittais pas, même pour un instant. À 16 ans, j’apprenais à lire et à comprendre l’actualité politique même si je n’avais pas encore le droit de vote. Mon engagement en politique commence véritablement à cette période avec ma passion des lectures des chroniques et reportages de l’actualité politique de mes journalistes préférés Pius N. Njawé, Thomas Eyoum à Ntoh, Henriette Ekwé, Séverin Tchounkeu, Benjamin Zebaze, j’en oublie beaucoup. Ils m’ont formé dans l’écriture de la contestation, de l’anticonformisme, de la subversion. Curieusement, le métier de journalisme ne m’avait jamais fasciné.

Après avoir eu mon BEPC en juin 1992, j’interromps ma scolarité pour un problème de santé au niveau de ma colonne vertébrale. Je reste pendant un an à la maison parce qu’il m’était impossible de rester droit assis pendant longtemps. Voilà pourquoi j’ai un dos arrondi sur le côté droit. Ce mal n’est pas encore complètement fini. Cette pause sabbatique a donc renforcé mes lectures pendant la période électorale pour la présidentielle. En reprenant le chemin de l’école, je fais un an en 2nde, deux ans en Première et deux ans en Terminale et je décroche mon Bac après 13 ans, la durée d’études pour un élève qui a fait normalement les cycles primaire et secondaire. Mon deuxième challenge a donc réussi. Mes deux matières de prédilection au lycée c’était la philo et l’histoire. C’est elles qui me guideront dans mon choix pour une filière en fac.  

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Tchakounte Kemayou à Kribi, Cameroun. Crédit photo : Tchakounte Kemayou

De la lecture assidue à l’action citoyenne  

J’entre donc à l’Université de Douala en 1998 avec cette rage de faire de la politique mon cheval de bataille. Curieusement, je n’ai pas choisi la science politique, ni la science juridique qui me fascinaient pourtant. J’ai plutôt opté pour la sociologie qui répondait bien à mes convictions : chercher à comprendre pourquoi les gens se comportent comme ceci plutôt que comme cela. C’est la condition sine qua none pour les aider à changer et créer une société plus juste et plus humaine.

Ici, je n’étais plus un lecteur assidu des journaux, j’étais devenu un acteur de la contestation.

Dès ma première année, je suis approché par Innocent Sielahe, l’un de mes paires dans le leadership des personnes en situation de handicap. C’est grâce à lui que je fais la connaissance des autres étudiants en situation de handicap comme lui et inscrits à l’Université de Douala. Pendant tout mon cycle primaire et secondaire, je n’avais rencontré que deux ou trois, mais à l’université, nous étions une centaine. C’est donc ici que je me frotte à la revendication citoyenne : l’amélioration des condition d’étude des étudiants vivant avec un handicap dans les campus au Cameroun. Ici, je n’étais plus un lecteur assidu des journaux, j’étais devenu un acteur de la contestation. L’une des revendications les plus importantes chez tous les étudiants handicapés en particulier, c’était la suppression des frais de 50.000Fcfa imposés à chaque étudiant des universités d’Etat au Cameroun. La surdité des autorités universitaires face à cette revendication a abouti à une grève des étudiants en 2005

Après l’obtention de ma Maîtrise en 2002, mon parcours ne sera plus rectiligne. J’ai dû arrêter pour des raisons de financement de mes études. Malgré tout, après trois ans de villégiature au quartier, je reviens et je m’inscris en DEA en 2005, l’année de la grève. C’est en 2009, lors d’un discours à la nation que Paul Biya institue une « prime à l’excellence » de 50.000Fcfa pour les meilleurs étudiants et les personnes handicapées. Elle a pris effet à partir de 2010. En plus des entorses contenues dans cette mesure, il faut préciser que cette prime n’est pas systématique et que chaque année elle doit toujours faire l’objet des revendications bruyantes des étudiants.

Ma passion pour le blog

Les années 2000 marque l’avènement d’internet au Cameroun. Mais le coût exorbitant ne fait pas de lui un outil de communication de masse. Mais c’est à partir de 2005 que je m’y familiarise. Je commence à prendre mes habitudes dans un cybercafé où, je me rappelle bien, la connexion à l’heure me coûtait environ 2000Fcfa. Pour avoir accès à internet à moindre coût il fallait venir au cybercafé entre minuit et 5h. Je découvre à cette occasion, en ligne, une agence de communication qui recherche des rédacteurs web pour des articles destinés aux magasines de ventes sur internet. Ces revenus m’ont permis de financer mon DEA et de soutenir en 2011. La soutenance fut programmée un lundi 5 septembre après l’inhumation de ma feue mère le samedi 3 septembre.

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Tchakounte Kemayou à Kribi, Cameroun. Crédit photo : Tchakounte Kemayou

Mon contrat avec l’agence de communication se poursuit et me motive à continuer mes études. En 2012-2013, je m’inscris en Doctorat PhD de l’Université de Douala avec comme directrice de thèse la Professeure Margareth Savage Njikam.  

Il ne faut pas oublier que mes passions de la lecture de l’actualité politique demeurent. Mais, ce qui me manque cependant, c’est une tribune pour m’exprimer, moi aussi. Je dois me trouver un canal et une niche pour faire passer mes idées et mes combats. Je décide ainsi de me consacrer aux minorités (physiques, sexuelles, linguistiques, raciales, ethniques, etc.). Je choisis de m’engager dans les actions associatives des droits de l’Homme pour la défense des intérêts des minorités quelles qu’elles soient. Ici, mon premier challenge est donc réussi. Pour défendre les droits de la communauté à laquelle on appartient, il faut réussir à prendre conscience soi-même de la force et des capacités qu’on a.

Dans un pays où la tyrannie sévit depuis 60 ans, un pays qui a connu les guerres civiles, les Camerounais ne peuvent être habités que par la peur.

En lecteur assidu de RFI, je découvre, dans la newsletter, un projet éditorial qui parle d’une communauté de blogueurs francophones. Ça parait plus intéressant. Dur la plateforme, je découvre des billets de styles bizarres qui racontent des histoires d’amour, la beauté des pays, des paysages, etc. Je découvre des blogueurs qui me content comment la vie est sucrée et patati et patata… Je ne suis pas un fan des textes lyriques et poétiques sans ancrage sociopolitique, c’est-à-dire une sorte de l’art pour l’art à la manière de Birago Diop ou de Sedar Senghor. Je n’ai pas de temps à perdre pour des envolées littéraires et des belles lettres. J’ai choisi d’écrire au service d’une cause. Et mes modèles d’écriture, en dehors des journalistes politiques que j’ai connus, sont Mongo Beti et Wole Soyinka. Et mon livre de chevet, celui qui me sert de posture théorique, c’est The Origins of Totalitarianism de Hannah Arendt. Parmi toute la communauté Mondoblog, heureusement, un seul blogueur attire mon attention : David Kpelly. C’est comme ça que j’intègre la communauté en 2013 à travers un concours. Mon aventure avec l’écriture commence donc véritablement avec mon blog.

Le respect de la minorité est mon seul crédo. À Mondoblog, je suis inscris dans ce registre parce que j’en ai fait ma priorité. Mes activités professionnelles (en dehors de la rédaction web que je fais pour des sites de commerce en ligne) sont essentiellement orientées dans l’action associative en faveur des droits de l’homme. Comme à Mondoblog, je balance également mes coups de gueule, mes diatribes anticonformistes sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter, notamment. C’est d’ailleurs de là que les avertissements me sont transmis pour me rappeler à l’ordre. Dans un pays où la tyrannie sévit depuis 60 ans, un pays qui a connu la guerre civile entre 1948-1960 sur le territoire Bassa, et entre 1960-1970 sur le territoire Bamiléké, les Camerounais ne peuvent être habités que par la peur. Heureusement que les Anglophones, 25% de la population du Cameroun, à travers les Ambazoniens, ont vaincu cette peur. En prenant les armes contre l’ordre établi, ils ont réussi à déconstruire le mythe selon lequel seul l’État a le monopole de la violence légitime. En oubliant que l’autodéfense est aussi un droit.

Je ne désespère pas pour autant pour ce peuple camerounais. Je préfère croire au député anglophone Joseph Wirba en exil après ce discours à l’Assemblée Nationale en 2016 qu’il adressait au régime de Yaoundé, à Paul Biya soutenu par France : « Quand le peuple va se lever, même si vous avez pris l’ensemble de l’armée française et que vous l’avez ajoutée à vous-même, vous ne pourrez pas les abattre ».

Si après ce long récit de mon parcours, vous n’avez toujours pas compris pourquoi mon destin se trouve dans ce pourquoi je me bats, je ne peux plus rien pour vous.

Merci de m’avoir lu !


Le « Génocide » au Cameroun et le « silence » complice de la France : Le coup de semonce qui vient des Etats-Unis (2/4)

A la faveur du droit humanitaire, la communauté internationale se met en branle pour se mêler de la guerre. Les ravages humains et matériels de la guérilla en est la cause. Compte tenu du bilan assez lourd de cette guerre civile qui a lieu en ce moment au Cameroun, peut-on parlé du génocide ? En quoi la France, et le gouvernement camerounais avec, serait-elle responsable du génocide qui semble être le chemin vers lequel nous menons tous ? Quelques éléments factuels d’appréciation nous permettront de tirer cette conclusion. Je vous en propose quelques-uns.

Deuxième partie : Le coup de semonce qui vient des Etats-Unis

C’est à partir du 7 février 2018 que Cathérine Ray, le Spokesperson for Foreign Affairs and Security Policy, fait un communiqué au nom de l’Union Européenne (UE) pour attirer l’opinion et les autorité camerounaise sur « les nouveaux actes de violences au Nord-Ouest et Sud-Ouest ». Ce communiqué de l’UE fait partie de l’une des premiers alertes de la communauté internationale face aux multiples actes de violences déjà enregistrés.

La Démocrate Karen Bass à la manœuvre

Mais, l’alerte la plus sérieuse est celle des Etats-Unis qui date du 11 juillet 2019. Elle est celle qui déclenche en fait les hostilités américaines. C’est la congress-woman Karen Bass qui lance justement ces hostilités dans un discours en ces termes : « There is serious work to be done to determine whether or not genocide is taking place ». Traduction : « un travail sérieux doit être fait pour déterminer si oui ou non un génocide a lieu » au Cameroun. Quelques jours avant, les 2 et 3 juillet, ce parlementaire Américaine, qu’accompagnaient sept collègues, étaient au Cameroun pour s’enquérir de la situation. Curieusement, le gouvernement Camerounais a refusé, à sa délégation et elle, l’accès dans la zone du conflit, au NOSO.

Ce refus du gouvernement Camerounais de permettre à Karen Bass et son équipe d’aller dans les régions en guerre a irrité les parlementaires Américains. Incapables de déterminer avec exactitude ce qui s’y passe réellement, ils sont restés sur leur faim. Y a-t-il oui ou non génocide au NOSO. C’est l’interrogation qui hante les esprits actuellement chez les parlementaires Américains, Démocrates surtout.

Il faut, bien entendu, préciser que les parlementaires Américains n’ont pas été les seuls à avoir été interdits par le gouvernement camerounais d’accéder au NOSO. Avant, c’était Michelle Bachelet, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme. En visite du 1er au 4 mai 2019 au Cameroun, elle avait été empêchée de visiter la zone.

Et pourtant, le Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean Baptiste Lemoyne en visite au Cameroun les 28 et 29 juin 2019, a fait justement un tour à Buea, capitale de la région du Sud-Ouest, région en guerre. Alors, question : pourquoi seul une autorité Française peut visiter une zone en guerre et pas Karen Bass et Michelle Bachelet, pour ne citer que ces deux personnalités parmi tant d’autres ?

Un septembre plein de surprises

Dans la foulée, l’Assemblée Générale des Nations Unies se prépare et par la pression des Etats-Unis, le Cameroun risque d’être l’objet des curiosités. Le 7 septembre 2019, des rumeurs, sur une communication présidentielle, circulent. Les réseaux sociaux s’enflamment. Et c’est finalement un communiqué qui, le 9 septembre, annonce un discours de Paul Biya à la nation. Le 10 septembre, Paul Biya prononce le fameux discours tant attendu. Discours au cours duquel il convoque un « Grand dialogue national » (GDN) dont l’objectif principal sera de trouver des solutions pour mettre fin à la guerre dans le NOSO. Le GDN a lieu du 30 septembre au 4 octobre 2019.

Trois éléments majeurs présument déjà l’échec programmé du GDN. Premièrement, les acteurs majeurs de la crise, notamment les chefs commandos des Amba-Boys qui sont réfugiés dans la brousse n’y étaient pas, encore moins représentés. Deuxièmement, les membres de la société civile et la classe politique invités trouvent une occasion idoine de calmer la tension au NOSO. Paradoxalement, le leader du parti politique, le MRC, officiellement deuxième à la présidentielle d’octobre 2018 est incarcéré à la Prison de Kondengui à Yaoundé avec plus de 200 de ses partisans. Conséquence logique : il n’y participe pas. Troisièmement, le sujet central à l’ordre du jour qui fait d’ailleurs l’objet de ce GDN n’aborde pas la forme de l’Etat, le fédéralisme. Les vieilles revendications fédéralistes sont restées lettres mortes. Certains observateurs sont d’ailleurs persuadés que ce GDN était une esbroufe de Paul Biya pour tromper la vigilance des Nations Unies et montrer ainsi sa bonne volonté de la résolution de la crise.

La France tient-elle les manettes ?

Le 5 octobre 2019, un curieux communiqué de la Présidence de la République annonce la libération de Maurice Kamto, le leader du MRC et quelques-uns de ses partisans. C’est la liesse dans la capitale, Yaoundé ! Curieusement, cette libération intervient juste avant le départ de Paul Biya pour la France le 8 octobre 2019 à Lyon où il assiste à la sixième conférence de reconstruction des ressources du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme les 9 et 10 octobre 2019.

Huit semaines après, le 4 décembre 2019, il retournera en France, cette fois-ci à Paris, pour participer au sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique prévu les 6 et 7 décembre 2019. Cette libération du leader Maurice Kamto et de ses partisans avait donc un objectif : répondre aux doléances d’Emmanuel Macron qui sollicitait, par la voix de Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, cette libération.

Tout le monde s’accorde à croire que, pour un vieil homme de la trempe de Biya, faire deux voyages en Europe avec un écart d’un mois, est une prouesse difficilement inimaginable. Pour les Camerounais qui connaissent les habitudes de voyages présidentiels, le coupe Paul et Chantal Biya n’a jamais été tenu à la culotte à ce rythme. Logiquement, pour un bon observateur, il se prépare quelque chose. De quoi s’agit-il ? C’est au retour de Biya à Yaoundé que les Camerounais vont être finalement fixés.  


Le « Génocide » au Cameroun et le « silence » complice de la France : de la décentralisation à la guerre d’indépendance (1/4)

Y a-t-il génocide au Cameroun ? Pourquoi la France choisit-elle la position de la stabilité, du statu-quo en faisant la sourde oreille depuis le début de le début de la guerre civile en région anglophone ? En octobre/novembre 2016, de ce qu’on avait appelé au départ « crise anglophone », est finalement devenue une guerre civile, une guérilla. De son côté, le gouvernement camerounais, après trois ans de guerre atroce avec au compteur plus de 12.000 morts, selon Tibor Nagy, n’a pas changé de position d’un iota. Il continue de tourner l’opinion nationale et internationale en bourrique malgré ce bilan lourd. Aujourd’hui, la pression internationale, et surtout américaine, ébranlée par les scandales humanitaires, oblige Paul Biya à sortir de sa réserve. Il a fini par brandir aux yeux du monde une solution qui n’est pas loin de celle de la France : la décentralisation.

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Cet article fait partie d’une série qui traite du « silence » (dixit Sébastien Nadot) complice de la France face au « génocide » (dixit Karen Bass) qui a lieu au Cameroun. Vous vous posez sûrement la question en quoi la France serait-elle impliquée dans ce génocide ? Elle y est impliquée parce que c’est elle qui impose sa solution de la « décentralisation » au gouvernement de Yaoundé à la place d’une solution de consensus à l’issue d’un dialogue ou d’une discussion entre les parties. C’est elle qui dit connaitre ce que veulent les Camerounais en parlant de « stabilité » alors que ce même peuple, qui ne s’est jamais prononcé et qui, au regard des tendances de l’opinion, du moins la majorité, souhaitent plutôt un « changement ». Stabilité et changement sont bien deux visions différentes, voire opposées, qui mettent en conflit le peuple Camerounais, du moins la majorité, et ses gouvernants qui sont soutenus par la France. Il ne fait plus l’ombre d’aucun doute que, depuis le déclenchement de la guerre, c’est qui tient la manivelle.

Cet article a donc pour objectif de démontrer, point par point, les stratégies de la France pour faire passer ses idées à la place de celles du peuple Camerounais. Cette posture de la France suscite quand même des interrogations : pourquoi la France agit-elle ainsi contre la volonté des Camerounais ? Quel est l’intérêt de la France de soutenir la décentralisation ? Pourquoi soutient-elle une solution qui n’est qui n’est pas de nature à mettre fin à la guerre ? Bien malin qui s’aurait répondre efficacement à ces questions. Elles sont bien embarrassantes ! Des débats enflent sur un éventuel soutient apporté par la France à un tyran qui, visiblement, les Camerounais n’en veulent plus depuis qu’ils l’ont exprimé à la présidentielle d’octobre 2018. Je me contenterai tout simplement ici de relater les faits qui, pour moi, sont largement suffisants pour incriminer la France et qui la positionnent comme co-responsable de ce que les Etats-Unis considèrent déjà a priori comme un génocide.

Première partie : de la décentralisation à la guerre d’indépendance

La guerre dans les régions anglophones du Cameroun, Nord-Ouest et Sud-Ouest (NOSO), commence véritablement le 30 novembre 2017. Ce jour-là, c’est Paul Biya qui, après la mort de 4 soldats, accuse les indépendantistes, les « groupes armés », les « terroristes », de vouloir semer la terreur. Mais avant d’en arriver là, les deux régions étaient en proie à une crise terrible qui a secoué le pays à partir d’octobre/novembre 2016. Les enseignants et les avocats s’étaient mis en grève pour se plaindre de la stigmatisation dont ils sont victimes.

Décentralisation à la place du fédéralisme

Pendant leurs discussions avec quelques membres du gouvernement venus de Yaoundé, les leaders grévistes insistent sur la nécessité de passer à une République fédérale comme solution à la crise. Ce qui n’a pas été du goût du gouvernement qui, furieux, a mis fin au dialogue déjà amorcé et caractérisé par des coups fourrés. Le gouvernement a immédiatement senti une menace et a opté pour la force : les leaders grévistes sont interpellés et traduits devant le tribunal militaire de Yaoundé pour « acte de terrorisme ». Leur Consortium des organisations de la société civile anglophone a été interdit d’activité.Tout ça se déroule le 17 janvier 2017.

La libération de ces leaders n’interviendra que le 30 août 2017 par un communiqué du Secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, qui parle de « l’arrêt des poursuites pendantes devant le tribunal militaire de Yaoundé ».

La posture des leaders Anglophones était compréhensible. Ils exigeaient donc un changement de la forme de l’Etat qui leur permettrait de se rapprocher le plus près de leurs gouvernants. Pour eux, les autorités des Etats fédérés ayant les pouvoirs que leur conférait la Constitution, la République fédérale est mieux que la République décentralisée que proposait le gouvernement. Nous sommes en janvier 2017.

La déclaration de guerre de Paul Biya le 30 novembre 2017 intervenu douze mois plus tard est donc une confirmation de la position du gouvernement camerounais à ne pas lâcher du lest et à maintenir le statu-quo, du moins à s’engager sur cette forme de gouvernance qu’est la décentralisation. Cette position, contenue dans la constitution de 1996 issue de la Tripartite (du 30 octobre au 15 novembre 1991) à la suite d’une crise sociopolitique des années de braise (1990-1991) n’a jamais été appliquée jusqu’ici.

A cette Tripartite, il avait été décidé de revoir la Constitution du 2 juin 1972 qui instituait la République unie du Cameroun dominée par le mode de gouvernance jacobin à la française. Ce mode de gouvernance est caractérisé par une centralisation du pouvoir politico-administratif. La nouvelle démarche, revendiquée par la majorité des Camerounais, est de changement qui consiste à désengorger Yaoundé, la capital. Elle, par la force des choses, devenue une ville qui concentre tous les pouvoirs de décisions et de gestion des cités aux mains des fonctionnaires, de la présidence de la République et des ministères au détriment des élus locaux. Même pour la construction des points d’eau potable, les maires, élus par la population, doivent se référer à Yaoundé qui a le dernier mot pour le financement.

Pour la rédaction d’une nouvelle constitution qui répond à ces aspirations, une équipe est constituée et le Pr Joseph Owona, universitaire, en est le responsable. Il est notamment chargé de recueillir toutes les propositions des différentes corps socio-politiques et socio-professionnels qui le désire. C’est alors dans ces circonstances que les Anglophones, sous le label de « All Anglophone Conference » se réunissent à Buea les 2 et 3 avril 1993. Une Déclaration est publiée à l’issue de la rencontre. Et il est bel et bien mentionné que les Anglophones sont favorables pour une République Fédérale. Certains partis politiques de l’opposition issus de la partie Francophone du pays (les 8 régions sur les 10 que compte le Cameroun) en étaient également favorables.

Curieusement, la décentralisation a été adoptée comme une poire coupée en deux pour départager les tenants du jacobinisme, c’est-à-dire du statuquo et les tenants du fédéralisme, c’est-à-dire du changement radical. 

Échec de la décentralisation

Depuis la promulgation de la loi le 18 janvier 1996 sur l’adoption de la nouvelle Constitution, la fameuse décentralisation n’a jamais été mise en œuvre. Le gouvernement n’a jamais déposé à l’Assemblée nationale un projet de loi concernant ce mode de gouvernance. C’est bien en décembre 2019 qu’un texte sur la décentralisation est sorti de l’ornière ! Donc, 23 ans après !

Qu’a donc fait le gouvernement pendant ces 23 ans ? Effectivement, Paul Biya et son gouvernement ont promulgué des lois et signé des décrets sur la décentralisation appelés « Collectivités Territoriales Décentralisées » (CTD). Ces textes concernent la gestion des collectivités locales sans pouvoir de décision sur la réalisation et le financement des projets de développement local. Ils n’ont manifestement rien apporté en matières de réformes quant à la décentralisation effective des pouvoirs du centre vers les périphéries que sont les les mairies.

Je fais partie de ces observateurs qui constatent avec amertume que les fonctionnaires et tous les personnels au service de la République, à la présidence comme dans les ministères, détenteurs d’une quelconque parcelle de pouvoirs s’obstinent à s’en départir pour des raisons personnelles contre-productives. La corruption et les détournements en sont le Rempart. Ainsi, les statuts des collectivités territoriales que sont les régions, les mairies, etc., bien qu’ayant changés, ne donnent malheureusement aucuns pouvoirs aux élus locaux de disposer des ressources financières leurs permettant de prendre eux-mêmes en charge les besoins de leurs populations. Yaoundé reste durant 23 ans, le maître-chanteur qui décide, contre vent et marée, du sort de la population dont il ignore justement les besoins.   

Le déclenchement de la crise anglophone en octobre/novembre 2016 n’est qu’une suite logique de la demande anglophone depuis les années de braise qui a vu naître la All Anglophone Conference. L’échec de la décentralisation, il faut plutôt dire la non application de la décentralisation, conforte les anglophones sur le fédéralisme comme solution.

Pourquoi alors la sécession aujourd’hui

La sécession comme solution existe depuis la nuit des temps. En fait, c’est depuis 1993, à la création du groupe sécessionniste SCNC à Buea que cette idée fait des émules.

Pendant la All Anglophone Conference, deux camps se sont formés : le premier camp est celui des Anglophones favorables au fédéralisme, tandis que le deuxième était celui des Anglophones favorables à l’indépendance du NOSO. Celui-ci était restée jusqu’ici minoritaire. Le camp des fédéralistes, majoritaire, remporte la partie et rédige une Déclaration : All Anglophone Conference Declaration.

Mais, l’idée indépendantiste, bien que mise en minorité, grandissait au fur et à mesure des frustrations nourrie dans cette population anglophone qui en avait marre de subir des humiliations du fait de leur langue (l’anglais). Des frustrations qui ont mûri pour enfin s’éclorent en octobre/novembre 2016. Jusque-là, elle était en coude à coude avec le fédéralisme qui leur damait toujours le pion auprès de l’opinion nationale Anglophone, et même chez certains Francophones du pays. Malheureusement, c’est après la dissolution du Consortium syndicaliste anglophone et l’arrestation de ses leaders que l’idée de l’indépendance du NOSO a commencé à embraser l’opinion. Mais la cerise sur le gâteau est que, depuis en décembre 2017, les rumeurs couraient sur l’arrestation de Sissiku Ayuk Tabe, le président de la Federal Republic of Ambazonia, et ses camarades. C’est finalement le 1er novembre 2018 que ces leaders font leur première apparition publique après un long silence voulu par les autorités de Yaoundé. Ces leaders sont toujours en prison jusqu’à nos jours.

C’est donc à partir de 2018 que, subitement, les emblèmes comme l’hymne national, le drapeau et le nom de baptême du territoire (Ambazonia) commencent à envahir les espaces médiatiques à grande échelle comme les réseaux sociaux. C’est donc depuis le 30 novembre 2017 et surtout depuis l’arrestation des leaders anglophones favorables au fédéralisme, que les indépendantistes ont pris le dessus sur l’opinion nationale. Les groupes armées (les Amba-Boys) s’organisent et mènent une guérilla contre l’armée camerounaise que les indépendantistes appellent « l’armée de Biya » ou encore « l’armée de de la République » . Pourquoi la terminologie « armée de Biya » ? Parce que, pour les Amba-Boys que Paul Biya appelle « terroristes » ou « groupes armés », il n’existe pas de guerre entre Anglophones et Francophones. Les Amba-Boys se battent contre Biya et son gouvernement composé en majorité par les Francophones sous la houlette d’une tribu, celle de Paul Biya, les Bulu.   

Un bilan lourd de conséquen

A ce jour, des sources diverses nous indique un bilan de plus de 12.000 morts, plus de 50.000 réfugiés au Nigéria voisin, plus de 500.000 déplacés internes et quelques 400.000 maisons détruites et brûlées. Du côté de l’éducation, 855.000 enfants ne vont plus à l’école, 70 écoles détruites ou brûlées, 4.100 établissements primaires (90%), et 744 établissements secondaires (77%) sont déjà fermés.

A partir de ce lourd bilan et des exactions de part et d’autre rapportées par les ONG, de lourds soupçons pèsent sur l’hypothèse du génocide. Ce lourd bilan n’est pas de nature à rendre la communauté internationale indifférente malgré le retour annoncé en grande pompe de certains réfugiés par le Ministre Atanga Nji.

Au nom du droit humanitaire, les pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Angleterre et notamment l’Union Européenne, ont déjà discuté de cette question en séance plénière de l’assemblée nationale tandis que France ne s’est contenté que d’une question d’un député au ministre des affaires étrangères. Ces pays sont favorables au fédéralisme comme solution à la crise. Pourquoi la France adopte-t-elle une position solitaire et une solution non consensuelle face à une escouade de tueries que se livre « l’armée de Biya » et les Amba-Boys au NOSO ?


Les raisons du boycott des Législatives et Municipales au Cameroun

Le boycott des élections est-il une option efficace en politique en temps de guerre ? Ou encore, quelles sont véritablement les raisons d’un boycott des élections locales alors qu’on a, auparavant, participé à la présidentielle ? Voilà des questions qui soulèvent beaucoup de polémiques et de débats après la décision qu’a prise le parti de Maurice Kamto, le 25 novembre 2019, de boycotter les législatives et les municipales du 9 février 2020 prochain au Cameroun.

Depuis la présidentielle du 7 octobre 2018 où Maurice Kamto, officiellement arrivé en deuxième position après Paul Biya, le boycott des élections locales, longtemps discuté dans l’opinion, est annoncé au moment où celle-ci s’y attendait le moins. Pourquoi cette effervescence autour du boycott du challenger de Paul Biya à la présidentielle de 2018 ? Pourquoi cette décision qui a pourtant surpris désagréablement tous les adversaires du MRC, semble finalement être suivie à travers des subterfuges ?

Le calendrier électoral de l’année 2018 était bien chargé avec trois élections en vue : une présidentielle, des législatives et les municipales. Tous ces rendez-vous se pointaient à l’horizon. Mais la question que tout le monde se posait était celle de savoir comment et pourquoi organiser les élections dans un contexte de guerre civile ? Plusieurs observateurs et des partis politiques pensaient à juste titre qu’il ne saurait y avoir des élections crédibles dans un contexte de guerre où deux régions sont devenues presque invivables.

La marginalisation comme origine de la guerre

Pour rappel, régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO), parties anglophones du pays, sont dans une situation d’insécurité grave. Les groupes armés y mènent une guerre de sécession contre l’armée camerounaise pour se retirer de la République du Cameroun, partie francophone. Cette guerre d’indépendance, prise dans le tourbillon de la guérilla, a commencé depuis le 30 novembre 2017, jour où Paul Biya, dans une brève déclaration à la presse, annonce l’existence d’une « bande de terroristes se réclamant d’un mouvement sécessionnistes ». Cette déclaration intervient surtout après la mort de quatre militaires et de deux policiers. Cette déclaration de Paul Biya avait pour objectif d’annoncer à tous les Camerounais qu’il s’engage à « mettre hors d’état de nuire ces criminels ». Ce qui est considéré comme une déclaration de guerre de Paul Biya aux indépendantistes.

Mais, avant cette déclaration, les deux régions étaient dans une sorte d’insécurité totale à la suite des mouvements de revendications des avocats et des enseignants qui avaient commencé en octobre-novembre 2016. Cette partie anglophone, minoritaire (20% de la population), justifiait son mécontentement en arguant de la marginalisation dont elle serait victime depuis au moins 1961.

Paul Biya choisit l’option de report de ces élections locales

Nous sommes début décembre 2019, donc à la veille d’une année électorale bien chargée. Il est donc incontestable que cette situation de guerre mettra à mal l’organisation des trois scrutins cumulés. Cependant, l’opinion nationale était donc divisée sur l’organisation des élections dans un contexte de guerre civile. Pire encore, il ne s’agit pas seulement d’une guerre de révolution, de contestation du pouvoir établi, mais d’une guerre d’indépendance des deux régions anglophones du Cameroun. Concrètement, cela signifie qu’une quelconque consultation électorale organisée dans cette situation de guerre exclurait automatiquement les régions anglophones. Autrement dit, les populations des deux régions anglophones et minoritaires ne voteront pas contrairement aux populations des huit régions francophones qui iront voter.   

Cependant, du côté du pouvoir, on pense à faire autrement. Organiser les trois élections dans ce contexte sera lourd en termes de contraintes budgétaires où l’Etat camerounais fait face, non seulement à cette guérilla, mais surtout à la lutte contre le terrorisme de Boko Haram qui met la région de l’Extrême-Nord dans une insécurité grandissante depuis 2014. Paul Biya, malgré le jusqu’auboutisme de plusieurs militants de son parti, le RDPC, choisit la solution de la prudence en prorogeant le mandat des députés et des conseillers municipaux. Cela lui a donc permis d’organiser la présidentielle d’octobre 2018 en renvoyant les Législatives et les Municipales pour février 2020.

Conformément à l’article 15 (4) de la Constitution, « en cas de crise grave » le mandat des députés peut être prorogé une infinité de fois… Le juge de la gravité de la crise est le Président de la République…

En revanche, même « en cas de nécessité » (article 170 du Code Electoral), la prorogation du mandat des Conseillers municipaux ne peut excéder 18 mois. Cependant, ce mandat des Conseillers a déjà été prorogé 2 fois : une première fois en 2018 (de 12 mois à compter du 15 octobre 2018) et une deuxième fois en 2019 jusqu’au 29 février 2019 (soit 4 mois et 14 jours), pour un total de 16 mois et demi.

Cabral Libii, Président du parti PCRN

Et le boycott alors ? En quoi est-il justifié pour les élections locales ?

Le 25 novembre 2019, Maurice Kamto appelle au boycott des Municipales et Législatives du 9 février 2020. Cette annonce de boycott intervient surtout après le communiqué du 10 novembre de Paul Biya convoquant le corps électoral pour le 9 février 2020, et surtout à la veille de la clôture des dépôts des dossiers des candidatures. Qu’est-ce qui peut motiver le MRC à prendre une telle décision ? Comme le dit son président national, le MRC obéit à sa fidélité de respect de certains principes au regard du contexte :

En prenant cette décision politique grave, le MRC reste fidèle à lui-même au regard de l’actualité et de la situation générale du pays :

– Fidélité d’abord, à l’idée qu’organiser des élections au Cameroun aujourd’hui, qui plus est des élections locales, sans avoir rétabli la paix dans les régions du NOSO et créé les conditions d’une participation effective des populations des deux régions au libre choix de leurs représentants à l’Assemblée nationale et dans les conseils municipaux, c’est donner le message selon lequel ces populations ne sont pas des Camerounais et, ce faisant, consacrer la partition de fait du pays.

– Fidélité ensuite, à notre exigence constante d’une réforme consensuelle du système électoral avant toutes nouvelles élections au Cameroun, après notre expérience amère du double scrutin de septembre 2013 et de l’élection Présidentielle d’octobre 2018, car avec le système électoral actuel, les mêmes causes produiront inévitablement les mêmes effets, à savoir : fraudes massives, vol des résultats et nouvelle crise post-électorale.

Maurice Kamto, Président du MRC

Curieusement, l’on se rappelle que trois semaines avant, le 30 octobre 2019 précisément, le leader du MRC annonçait en grande pompe la participation de son parti aux élections Législatives et Municipales prochaines.

Cette annonce de boycott est, jusqu’aujourd’hui, interprétée par tous les détracteurs comme une contradiction. Une contradiction liée d’abord au fait que le leader du MRC a été candidat à la présidentielle d’octobre 2018 au moment où la guerre se déroulait au Nord-Ouest et Sud-Ouest. Mieux encore, Maurice Kamto et le MRC avaient conscience que le système électoral, qui fait l’objet des récriminations après la présidentielle d’octobre 2018, n’avait pas changé. Que s’est-il passé entre-temps pour que le MRC change subitement de position et adopte le boycott ?

Le boycott est un acte politique

Quelles peuvent être les mobiles qui fondent l’acte politique ? Ou alors, quelles sont les mobiles qui fondent la décision de Maurice Kamto ? Par le fait que Maurice Kamto ait annoncé au départ sa participation aux élections de février 2020, et s’est rebiffé à la fin, montre bien l’énigme qualifiant cet acte. L’énigme est encore plus grand à partir du moment où on se rend compte que cette décision est lourde de conséquence pour le leader lui-même et son parti le MRC. En effet, la loi électorale en vigueur exige « que tout candidat à une telle élection soit présenté par une formation politique ayant au moins un élu, ou, à défaut, qu’il rassemble au moins 300 signatures de personnalités » pour reprendre Kamto lui-même. Quand on sait que réunir autant de signatures des personnes en majorité des caciques du RDPC, parti au pouvoir, relèverait d’une sinécure. Donc, choisir le boycott comme stratégie n’est rien d’autre qu’un « suicide », comme le disent ses adversaires.

Pour répondre donc à cette question, il faut réussir à dénicher l’énigme cachée derrière cet acte. Au-delà des raisons évoquées par Maurice Kamto lui-même, il est important de savoir que le leader du MRC est un homme politique. Il a, à coup sûr, des mobiles que personne ne saurait maîtriser à part lui-même.

Comprendre absolument la décision ou la démarche d’un acteur politique en jeu ou sur scène nécessite d’être au même niveau d’information que ce dernier. Ce qui n’est pas notre cas ici. Tous, nous ne faisons que supputer. Mais, là où l’analyste politique que je suis, trouve des passerelles d’analyse, c’est dans l’observation de l’attitude des adversaires de Kamto. C’est clair que le candidat RDPC à la Mairie de Douala 4ème peut boire du petit lait avec cette décision, mais les vrais adversaires (du changement) de M. Kamto qui comprennent mieux que nous « sa » décision sont presque tous monter au créneau pour dire que le MRC/Kamto s’est suicidé, il aurait dû rester en course etc. C’est à ce niveau que je relève toute l’intrigue, à savoir, depuis quand le sort politique du MRC/Kamto inquiète tant le régime ? C’est quand on voit cette réaction qu’on comprend que Maurice Kamto sait ce qu’il fait, et le régime aussi d’ailleurs le sait ou tout au moins le soupçonne, d’où sa réaction.

Brice Stéphan Ondigui Avele, politologue

C’est presque un secret de polichinelle de dire que la décision du boycott du MRC et annoncée par Maurice Kamto en a surpris plus d’un, notamment les militants et les sympathisants du parti. La frustration a vraiment été grande quand on sait que beaucoup s’étaient énormément investis dans le dépôt de leurs dossiers. Pendant ce temps et de l’autre côté, je veux dire, chez les adversaires, les militants et les partisans du RDPC, la joie qui semble se dessiner.

L’exemple des Législatives de 1992 où le RDPC, parti au pouvoir, a été mis en minorité après le boycott du SDF, principal parti de l’opposition, est fort révélateur. L’opposition perdait ainsi un contrepoids solide susceptible d’inquiéter le régime. Le MDR, avec ses 6 sièges, a fait alliance avec le RDPC qui n’avait que 88 sièges sur les 180, afin d’avoir une majorité confortable pour gouverner. Il reste fort à parier que le SDF qui avait opté pour le boycott à cette époque aurait fait l’affaire. Aujourd’hui, « les absents ont toujours tort » semble être la maxime, ou plutôt l’épé de Damoclès qui plâne sur les partis politiques à chaque élection. Ainsi, le boycott est considéré comme un acte de suicide, voire de folie.

Quelques spéculations sur les raisons du boycott

En dehors des raisons que le leader du MRC a donné pour justifier le boycott, à savoir la résolution de la crise anglophone et la révision du système électoral, des idées plus ou moins incongrues ont été évoquées et propagées dans l’opinion. Évoquons-en ici quelques-unes.

L’une des raisons évoquées par les détracteurs pour justifier le boycott du MRC est l’incapacité du parti de l’opposition à pouvoir trouver les 10 626 candidatures de conseillers municipaux et les 180 candidatures de députés sur toute l’étendue du territoire. D’autres arguments font prévaloir l’intention du MRC de tenter une insurrection en choisissant la voie de la rue et non celle des urnes. Il y en a même qui, à travers une certaine presse, affirment mordicus que Maurice Kamto a reçu un milliard de FCFA des dignitaires de la région de l’Ouest Bamiléké, région d’origine du leader, en échange du boycott.

Cependant, l’argument qui ne manque pas d’intérêts, c’est le fait de la pression de la communauté internationale sur le régime de Yaoundé pour la résolution de la crise anglophone. La visite des trois missionnaires de l’UA, de la Francophonie et du Commonwealth, vingt-quatre heures après l’annonce du boycott en disent long. Malgré la coïncidence de calendrier, toujours est-il que ces raisons ne restent que de soupçons.

Une vague de boycott s’en est suivie

Ce qui est cependant intéressant dans ce boycott, de Maurice Kamto et du MRC, est qu’à la suite de la déclaration, d’autres partis politiques ont, comme une trainée de poudre, suivi la vague. Contrairement au MRC, ces partis politiques n’ont pas exprimé explicitement le boycott, mais ont formulé un certain nombre de préalables qui restent pour le moins surréalistes et font dire à certains observateurs que leur attitude cache mal une campagne de séduction des électeurs et cela n’a rien à voir avec le boycott. Le boycott du MRC est lourd de signification et plus symbolique pour la simple raison qu’il a été annoncé à la veille de la clôture des dépôts de candidatures. Conséquence de quoi les candidats du MRC n’ont pas fait acte de candidature. Ce qui n’est pas le cas des autres partis politiques dont les candidats ont quand même déposer leurs dossiers.

Le premier parti de l’opposition, après le MRC, à entrer dans l’arène, c’est le PCRN de Cabral Libii. Pour ce parti politique, il y a une nécessité d’accorder un autre sursis de 15 jours supplémentaires aux différents candidats pour leur permettre de compléter leurs dossiers. Les raisons évoquées pour justifier leur demande est le fait des blocages volontaires et involontaires que les candidats ont subis lors de la composition de leurs dossiers de candidatures auprès des sous-préfectures et des mairies acquises à la cause du parti au pouvoir. Dans cette même lancée, le MPCN du bruyant Paul Éric Kingué n’est pas allé des mains mortes pour réclamer également cette rallonge supplémentaire.

Le SDF, par contre, par la voix de son Premier vice-Président, Joshua Osih, exige plutôt un règlement de la crise anglophone avec la fin de la guerre avant sa participation aux élections du 9 février 2020. L’UDC, d’Adamou Ndam Njoya, vient clôturer la liste des menaces de boycott en exigeant plutôt le renvoie des élections à une date ultérieure.

Peut-on comprendre, par cette vague de boycott que le MRC avait raison ? Ou alors les autres partis politiques profiteraient-ils du pavée dans la marre lancée par le MRC ? Pour le dire autrement, ces vagues de menaces de boycott auraient-elles eu lieu si le MRC avait choisi de participer aux élections ? La réponse est sans ambiguïté : NON.


Paul Biya a-t-il été jeté en pâture dans les griffes de Mo Ibrahim ?

Quelques jours après la fin du sommet du Forum de Paris pour la paix, je reviens ici pour relancer le débat sur la vidéo devenue virale à laquelle assistait Paul Biya. Du 12 au 13 novembre dernier, s’est tenu, à Paris, le sommet mondial sur la paix. Le président Camerounais Paul Biya, l’un des chefs d’Etat invité, a été appelé à faire partie d’un panel de discussion dirigé par le richissime Mo Ibrahim. La prestation du président Biya a été tournée en bourrique par les internautes Camerounais. Pourquoi ?

https://www.youtube.com/watch?v=6aFlUcu4AH8&feature=youtu.be

Dans une vidéo d’environ 20 minutes, Paul Biya dit être « embarrassé » par le modèle choisi dans l’organisation des discussions. Balbutiant dans son expression approximative en anglais, lui qui est président depuis 1982 d’un pays bilingue (français et anglais), il avait visiblement l’air d’être étranger à tout ce qui se passait. D’aucun lui colle non seulement cette longévité au pouvoir, mais surtout son âge et sa santé précaire qui lui font certainement de salles tours.

Les réseaux sociaux ont été inondés de la vidéo montrant la prestation de Paul Biya devant Mo Ibrahim qui ne lui a pas fait de cadeau. Les internautes Camerounais s’en sont bien marrés, au point de comparer Paul Biya au fameux « Guignols de l’Info ». Cependant, les positions des internautes sur la prestation de Paul Biya sont plutôt divergentes.

D’un côté, les uns sont convaincus que Paul Biya a été « piégé » par les organisateurs du Forum de Paris sur la paix en le mettant face à Mo Ibrihim. L’objectif était, disent-ils, d’étaler à la face du monde l’incompétence de Paul Biya et son régime en le mettant dans un environnement auquel il n’était pas habitué jusqu’ici. De l’autre côté, certains sont plutôt convaincus que Paul Biya, malgré son âge, reste l’homme le plus rusé.

Parmi ces nombreuses critiques sur la prestation de Pual Biya, j’ai choisi ici de vous présenter deux d’entre elles que je trouve intéressantes pour la simple raison qu’elles sont des analyses dénuées d’émotions.

La première est celle d’un internaute, De Gaulle Christophe, spécialiste en communication institutionnelle. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres Camerounais, Paul Biya a été, je pourrais dire, piégé. Ce spécialiste en communication décortique les failles qui relèvent de l’amateurisme dans la profession. Il s’adresse ainsi au service de la communication de la présidence de la république :

Bilan d’une « communication ratée« 

Maintenant que vous avez réussi votre coup, communicateurs de la Présidence de la république, voici des avenues possibles qu’il aurait fallu explorer. Soyons sincères, ce qui s’est passé à Paris est indigne d’une communication de débutant. Adossons-nous à nos vieux cours. Analysons les séquences de cette communication qui fait depuis deux jours les gorges chaudes sur Facebook.

https://twitter.com/AFRICA24TV/status/1194218325854867456

1- La visite des lieux et la montée des marches

Selon la méthodologie, le chargé de communication doit visiter les lieux où son « patron » prendra la parole. Cette visite ressemble à une inspection. Elle lui permet de recenser tous les détails qui pourraient avoir un impact négatif ou positif sur le message. Or, à scruter de près le président monter les marches, il appert que le communicateur de la Présidence n’a pas visité ce lieu avant.

2- La connaissance de l’interviewer

Par courtoisie, le chargé de communication doit avant toute chose connaître l’interviewer. Il doit organiser avec lui les modalités pratiques de la prise de parole. Les moindres détails doivent être passés au peigne fin. Car la communication s’accommode mal de l’improvisation. Voilà pourquoi il doit demander en partie ou en totalité les questions qui seront posées à son « patron ». Si l’interviewer refuse de les lui donner, le communicateur rend compte à son porte-parole. Ce dernier, suite au refus de collaborer de l’interviewer peut annuler l’entrevue. Car le chargé de communication comme conseiller attire son attention sur le piège de sa participation à ce type d’entrevue.

3- La prise de parole

Le chargé de communication doit s’assurer de l’unicité du code, c’est-à-dire la langue utilisée par son porte-parole et l’interviewer doit être connue à l’avance. Or, dans le cas d’espèce, ceci n’a pas été fait. La preuve, le Président s’est retrouvé face à un interviewer qui en plein Paris parlait anglais. Oui, le Cameroun est bilingue, mais il n’y a pas honte à reconnaître que le Président est unilingue comme la plupart des Camerounais.

4- Le temps de la prise de parole

Cette donnée fait partie des préalables à discuter lors de la rencontre entre le chargé de communication et l’interviewer. C’est un protocole d’entente qui lie les deux parties afin d’éviter des surprises désagréables. Une fois de plus en communication, il n’y a pas d’improvisation.

5- La familiarité ou appropriation des outils

Avant l’entrevue, le Président aurait gagné à connaître le micro qu’il allait utiliser. Il devait savoir quand le micro est ouvert ou bien fermé (voyant rouge et vert). En outre, il aurait fallu lui dire à l’avance à quel moment il allait parler. Ce détail, c’est le communicateur qui le négocie avec le journaliste. Le chargé de communication n’ayant pas certainement visité les lieux n’a certainement pas habitué le président au maniement d’un micro sans fil. Cela a produit un effet contraire à celui qu’on attendait.

6- Les 2 minutes

La communication se règle comme du papier à musique. Or, à Paris le Président ne savait pas que le temps qui lui était imparti était de 2 minutes. Si le travail avait été bien fait en amont, le Président aurait été informé avant son déplacement et il serait exercé à rentrer son texte dans le 1’45 secondes ou bien dans les 2 minutes.

En définitive, toutes ces choses mises bout à bout ont nui au message du Président lors de ce forum. Vingt –quatre heures après cet épisode communicationnel si on organise un sondage auprès des internautes très peu diraient quel a été le message que le Président a voulu passer lors de ce sommet…

Paul Biya, « l’homme rusé »

La deuxième analyse est complètement en déphasage avec la première qui postule la thèse de la « communication ratée ». Ici, Paul Biya est plutôt vu comme un homme qui faisait semblant de jouer à l’ignorant. Un Paul Biya imperturbable qui a encore tous ses sens, contrairement à ce que la majorité veut le faire voir. L’analyse a été rédigée par la Camerounaise Horty Ouimet vivant au Canada et activiste de la diaspora. Fervente militante de l’opposition camerounaise, elle démontre dans les lignes qui suivent que Paul Biya est un homme rusé :    

Si vous croyez que votre papy est fou, alors il vous aura bien bernés. À ceux qui pensent que son entourage n’a pas su gérer sa communication, je vous dis donc que vous ne savez pas bien à qui vous avez affaire. Cet homme (Paul Biya, ndlr) a toujours été diaboliquement rusé. Si seulement je pouvais savoir qui l’a invité sur ce panel. Mais puisque je ne puis avoir cette certitude qu’il a été invité. Il m’apparaît néanmoins qu’il aurait insisté pour prendre place à ce débat et voici pourquoi.

Dès que Mo Ibrahim lui adresse la parole, il vire directement sur ses bords arguant qu’il a préparé un mot à dire. Voyant qu’il déroule tout un document à lire, Mo Ibrahim lui rappelle qu’il n’a que 2 minutes. Je vous en épargne le reste. Écoutez bien le discours qui ressort de son papier : il s’adresse à Macron et tralalalala.

Que peut-on y retenir ?

On voit clairement qu’il n’a pas été admis à s’exprimer dans la tribune du sommet. Par conséquent son discours qu’il avait préparé pour la circonstance est demeuré dans sa pioche et pour finir il est ressorti avec. Remarquez qu’il refuse d’enfiler ses écouteurs. Ne soyons pas bête, sinon il nous mettrait ça bien profond (excusez le terme). Le satrape n’est pas arrivé sur ce plateau pour répondre aux questions mais pour lire ce qu’il avait préparé pour le sommet au cas où on lui permettrait de monter sur la tribune.

  • Voilà pourquoi il vous fait croire qu’il ne sait pas à quoi sert ses écouteurs
  • Qu’il ne comprend pas l’anglais
  • Il a refusé justement d’enfiler son micro pour vous donner de croire qu’il n’entend rien de cette langue. Faux ! Il n’en avait rien à cirer.

Si sa sénilité l’assomme physiquement, cela n’entame en rien sa ruse diabolique. Il a aussi la corruption dans son ADN. Pourquoi ? Parce que notez que dans le préliminaire de son allocution il fait un clin d’œil à Mo Ibrahim en l’appelant parmi les « Excellences, Mesdames Messieurs ». C’était une façon de lui faire la cour. Mais le modérateur, connaissant ses tentatives de corruption morale qu’il sème à tout vent, l’interpelle fermement : « Nous savons déjà que tu es président de la République, mais ici c’est un panel de la société civile. Tout le monde ici est égal ».

Mais le satrape a fait semblant de ne rien comprendre, je dis bien semblant. Ainsi vous le prenez pour un con alors que c’est lui qui vous prends pour des bêtes de somme. Vous me diriez « et ce qu’il a dit sur la Chine alors ? ». Allez savoir si la Chine ne l’a pas zappé. « Et sur l’histoire du Cameroun alors ? ». Il a le macabo* des ambazoniens qui ont réussi à déstabiliser son pouvoir et faire de lui un des chefs d’Etats dans la ligne de mire des Américains. Vous vouliez qu’il jette des roses à nos compatriotes ? C’était l’unique façon pour lui de leur dire sa colère rouge.

Il est vieux et physiquement amoindri. Mais croyez-moi cet homme a encore toute sa tête. Et personne ne le force de faire quoique ce soit. Il le fait de lui-même, comme ça lui chante. C’est vous qui êtes fous pas lui.

*« Avaoir le macabo de quelqu’un » est une expression camerounaise qui signifie « avoir dent contre quelqu’un ». Ici, Paul Biya estime que la guerre dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO) lui a coûté ses bonnes relations avec l’Oncle Sam. Et pour cela, il en veut aux Ambazoniens dont les soldats, les Amba-Boys, affrontent depuis trois ans l’armée Camerounaise qui n’arrive pas à démanteler la guérilla.  


Au Cameroun, on parle du blogging dans un sommet

Le blogging à l’honneur le temps d’un week-end. Du 25 au 27 octobre 2019 s’est tenu à ActivSpaces Douala la première édition du sommet des blogueurs baptisé #237BloggersSummit. L’occasion était donnée aux blogueurs camerounais de se retrouver dans le cadre de séances de réflexion sur la définition du blogging et sur ses perspectives.

Le contexte

La montée en puissance, quoiqu’encore trop faible, des abonnés du téléphones portable et d’internet au Cameroun, fait du digital un enjeu très important dans le pouvoir de la communication et de l’information. Les médias classiques (presse, radio et télé) tentent de saisir ce phénomène en créant en leur sein des rédactions exclusivement consacrées à l’information digitale. Il ne faut cependant pas oublier qu’il existe des médias exclusivement diffusés sur internet. Curieusement, au Cameroun, la situation est pour le moins désastreuse avec des médias classiques rares voire absents sur la Toile.

Les utilisateurs des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, YouTube, etc.) appelés micro-blogueurs ont pratiquement investis la Toile au détriment des journalistes des médias classiques. Que font les blogueurs pendant ce temps ? Ils se retrouvent mêlés aux dérives des réseaux sociaux.

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Le blogging et le développement durable à l’honneur lors du premier sommet des blogueurs au Cameroun à Douala, #237BloggersSummit. Crédit Photo : ABC

La suspicion sur son rôle voire sa définition commence à naître et à prendre de l’ampleur et suscite quelques questions : qu’est-ce qu’un blogueur ? À quoi sert-il ? Qu’apporte-t-il dans l’évolution, le développement de la société ? Est-ce que le blogging nourrit son homme ? Ces questions se posent justement pour ceux qui ont au moins une fois entendu parler du blogging. Mais cette activité est malheureusement méconnue du grand public, même jusqu’aux autorités. La communauté des blogueurs se sent interpelée par la société entière sur son rôle. La nécessité de discipliner une activité pourtant vouée, dans sa philosophie-même, à être totalement libre, se fait de plus en plus ressentir.  

C’est donc dans ce contexte de méconnaissance du blogging qu’il devient important, voire nécessaire que les blogueurs commencent à penser véritablement sur leur activité. Pour lui donner du sens, il faut la démystifier, la sortir de l’ombre de l’ignorance. Seuls les blogueurs savent mieux le faire que quiconque.

Les objectifs

Les questionnements qui fusent et qui démontrent la méconnaissance de l’activité du blogging par beaucoup, témoignent de la nécessité d’œuvrer pour sa vulgarisation d’une part, et pour son organisation d’autre part. Cela signifie qu’en même temps qu’il est nécessaire aux blogueurs de se faire connaitre, il est également nécessaire de se mettre à l’école de l’éthique et de la professionnalisation.

Réunis à l’occasion d’un sommet, les blogueurs étaient donc appelés à plancher sur un thème central : « Le blogging, un outil de développement ? ». Celui a un double avantage : non seulement il permet aux blogueurs d’expliciter sa définition et son rôle dans la société, mais surtout il remet sur la table le concept de développement qui a fini par être l’apanage des milieux intellectuels et académiques. Tout comme les scientifiques, le développement doit être pensé par toutes les couches sociales. Comment les blogueurs conçoivent-ils le développement d’un pays à travers le blogging ?

Il était notamment question d’aborder les problématiques sur l’avenir du blogging en tant qu’acteur du développement dans une perspective des Objectifs du Développement durable (ODD) des Nations Unies. La mise en exergue du rôle du blogging dans un contexte de développement durable devrait permettre d’envisager un réel positionnement de cette activité au niveau de la Toile. Ce positionnement est d’autant plus important que le rôle du blogging devient compréhensif par ce public d’internautes. Quoi de plus normal pour les entreprises de toucher cette tranche de population difficilement acquise par les médias classiques.  

https://twitter.com/BloggersCM/status/1187685239155494912

Les résultats

Les résultats des réflexions de ces trois journées sont édifiants. Les sept groupes de travail formés pour cogiter sur les sept thèmes secondaires ont laissés présagés des lueurs d’espoir. Cette certitude d’optimisme se lit dans l’enthousiasme des blogueurs présents.

De cette rencontre, 18 recommandations ont été retenues sur 72 proposées. Des recommandations qui attestent d’une prise de conscience de la part des blogueurs. Il est temps que le blogging soit soumis à des règlementations, c’est le constat qui a émergé au cours de ce sommet.

Les perspectives du blogging camerounais

Ces recommandations cherchent à atteindre reconnaissance de cette activité qu’est le blogging. Elles prônent notamment l’ « initiation de la jeune génération au numérique » (recommandation n°1), l’ « impulsion de la notion d’éthique dans le blogging » (recommandation n°3), ou bien le fait de « communiquer, éduquer et sensibiliser sur l’activité du blogging » (recommandation n°10).

Voilà en quelques mots ce que les blogueurs ont décidé comme leur ligne de conduite pour inspirer le respect de la société entière vis-à-vis de leur activité. Mais, la difficulté reposera ici sur l’implémentation et la vulgarisation de ces recommandations. Il reviendra donc aux 33 participants du premier sommet des blogueurs de la vulgarisation à travers leurs différentes communautés de blogueurs.

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Premier sommet des blogueurs (Blogging) au Cameroun, Douala. Photo de famille après l’introduction d’ouverture. Crédit Photo : ABC

L’autre difficulté sera celui du suivi de ces recommandations. A défaut de mettre un cabinet d’expertises statistiques à contribution, les membres de l’ABC à travers son bureau exécutif sera appelé à mettre sur pieds une équipe de suivi et d’évaluation qui rendra sa copie lors du deuxième sommet.

Ce travail de suivi et d’évaluation devra à terme être régulier (annuel, semestriel, trimestriel, mensuel) afin de fournir les statistiques sur le niveau d’évolution des blogs Camerounais, voire Africains, à travers ses caractéristiques dans le forme et le fond, l’écosystème et l’ergonomie de la blogosphère camerounaise et africaine. Le sommet des blogueurs au Cameroun a l’ambition de devenir un cabinet de ressources en termes de statistiques des blogs et servir de source d’informations pour les plans marketing d’organisations ou d’institutions, pour le positionnement de leurs idées ou de leurs marques.


Le Cameroun, un pays, deux peuples : la conciliation est-elle possible ?

Après avoir bien observé les images du 1er octobre sur la célébration de l’indépendance du Southern Cameroons et celles du 5 octobre sur la libération de Maurice Kamto et de ses alliés, au total 101 personnes, je constate avec amertume que le Cameroun est un pays constitué de deux peuples fondamentalement différents. Deux peuples qui ont chacun une histoire différente. Deux peuples qui ont chacun une éducation politique différente et même divergente. Bref, deux peuples qui n’ont pas les mêmes destins politiques.

A la vue de ces dizaines d’images qui circulent sur les réseaux sociaux, cela donne l’impression d’être dans deux pays différent. Tellement elles sont contradictoires à tous points de vue.

Deux peuples, deux crises antagonistes

Le Cameroun est traversé depuis novembre 2016 et octobre 2018 deux crises majeures qui le paralysent.

La première est une guerre d’indépendance menée par les Amba-Boys, les partisans de la République fédérale séparatiste autoproclamée d’Ambazonie. Cette guerre est justement le fait d’une crise d’identité dont la manifestation est la marginalisation de la population anglophone. Celle-ci occupe les deux régions (Nord-Ouest et du Sud-Ouest) sur les dix que compte le pays et comptabilisent presque 25% de la population totale. La particularité avec cette guerre civile réside dans le fait que la population, d’expression anglaise, donc anglophone, s’oppose au régime de Yaoundé, composé en majorité de francophones.

L’autre crise, dite crise post-électorale, est liée au fait que le leader du parti d’opposition MRC, arrivé en deuxième position à la présidentielle selon les résultats proclamés par le Conseil Constitutionnel, revendique sa victoire à cette élection. La particularité de cette deuxième crise est qu’elle oppose une partie de l’opposition en majorité francophone au régime de Yaoundé, en majorité francophones également. Le détail important qu’il faut retenir ici est que les deux régions anglophones, en pleine guerre civile, ont été exclues à 90% du processus électoral d’octobre 2018. Autrement dit, la présidentielle s’est déroulée dans huit régions francophones à l’exception des deux régions anglophones.

Paradoxalement, les deux crises ont un seul objectif, ou, si l’on veut, un seul adversaire : le régime de Yaoundé avec un président de 87 ans et à son actif 38 ans de pouvoir sans partage.

Ce contexte est particulier dans la mesure où c’est la première fois, depuis la période d’avant la signature des accords de Foumban, que le monde entier se rend compte que les deux Cameroun – le Cameroun anglophone appelé encore Southern Cameroons, et le Cameroun francophone appelé encore Cameroun Oriental – censés être unis ne le sont pas tant, et même pas du tout. Pour la première fois depuis 1961, les populations anglophones et francophones non seulement se démarquent par leurs spécificités mais l’affichent ouvertement. Cela a permis de constater la très grande différence en les deux parties du Cameroun en terme de niveau d’éducation politique.

Deux événements majeurs nous ont permis d’observer cette dichotomie abyssale entre les populations d’un même pays.

Le 1er octobre 2019 et les anglophones

Le 1er octobre de chaque année est consacré à la fête d’indépendance du Southern Cameroons (Cameroun du sud, auparavant une partie du Cameroun Occidental, sous domination britannique). C’est un territoire qui, en faveur d’un référendum en février 1961, a choisi de rejoindre la République du Cameroun indépendante depuis le 1er janvier 1960. Cette région, baptisée depuis peu, par les séparatistes les plus vigoureux, par le terme Ambazonie, revendique ce retour au statut d’avant 1961, date de la réunification avec la République du Cameroun (francophone), ou a minima le retour aux accords de Foumban depuis le discours de John Ngu Foncha aux Nations Unies en 1990.

Cette tension entre la République du Cameroun, dirigée par les francophones depuis l’indépendance le 1er janvier 1960, et l’Ambazonie, traîne depuis 1990 sans solution. Face au refus du régime de Yaoundé de reconsidérer ce « mariage », une crise corporatiste (grève des avocats et enseignants) a ouvert la vanne aux leaders indépendantistes qui ont vite occupé le terrain de la revendication pour transformer cette crise en question politique.

C’est depuis 2017 que les leaders indépendantistes ont décidé de former des groupes armés appelés les « Amba-Boys ». Le 1er octobre 2019 a permis à ces groupes de démontrer leur implantation sur le terrain. Les démonstrations de force initiées par les « généraux » de ces groupes armés montrent à suffisance non seulement qu’ils sont bien armés mais surtout comment ils sont soutenus par la population repliée dans la brousse pour fuir les exactions d’une faction de l’armée Camerounaise, le BIR, déjà considérée comme la milice armée au service de Biya.

Les images d’un leader militaire ancien du BIR du nom de Field Marshall, qui contrôle la localité de Lebialem, ont fait le tour des réseaux sociaux au Cameroun. Curieusement, ce 1er octobre a coïncidé avec la période où se déroule le Grand Dialogue National initié par Paul Biya lui-même.

Le 5 octobre 2019 et les Francophones

Le 5 octobre dernier, le leader du parti politique MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun), arrêté avec les leaders des partis et associations alliés pour la présidentielle du 7 octobre 2018, a été libéré. Si Maurice Kamto a été arrêté le 28 janvier 2019, certains, par contre, sont en prison depuis le 26 janvier pour les uns et le 1er, le 8 juillet pour les autres. 103 personnes ont été libérées.

L’image la plus saisissante de cette journée mémorable de la libération du 5 octobre, est justement la déferlante de symboles emblématiques de la République du Cameroun. Les drapeaux vert-rouge-jaune et l’hymne national du pays ont dominé les clichés de ce jour.

Ces images peu ordinaires ne laissent personne indifférent après avoir observé celles qui ont également dominées les cérémonies de la fête de l’indépendance du Southern Cameroons avec les Ambazoniens. Evidemment, les symboles marquants de cette journée chez les Anglophones ont été dominées par les drapeaux et l’hymne national de l’Ambazonie.

Nous avons, d’un côté, un peuple qui célèbre l’indépendance de leur territoire, l’Ambazonie, et de l’autre, nous avons un peuple qui célèbre la libération de leur leader. Le premier a pour spécificité l’anglais comme langue officielle et le second, le français. Les deux peuples sont en quête d’une révolution, mais le premier mène une révolution armée tandis que le second souhaite mener une révolution « dans la paix », comme le dit lui-même Maurice Kamto.

Que dit l’Histoire de ces oppositions ?

La question que l’on se poserait à présent est celle de savoir les raisons pour lesquelles le peuple d’un même pays est divisé pour un même objectif, à savoir renverser le régime de Yaoundé, et donc chasser le dictateur Biya au pouvoir depuis 6 novembre 1982.

La réponse à cette question se trouve évidemment dans l’Histoire. Le Cameroun est formé de deux territoires administrés par deux puissances coloniales sous le mandat des Nations Unies en 1919 jusqu’en 1960 pour la partie francophone et en 1922 jusqu’en 1961 pour la partie anglophone. Le territoire camerounais administré par la puissance britannique était composé du Southern Cameroons et du Northern Cameroons. Ce dernier s’est rallié au Nigéria (indépendant le 1er octobre 1960) après un référendum du 31 mai 1961. Le Southern Cameroons a quant à lui décidé de rester camerounais.

C’est fort de ce référendum que les leaders du Southern Cameroons, conduit par John Ngu Fontcha, ont accepté de se réunir à Foumban avec la délégation de la République du Cameroun conduite par son nouveau président Amadou Ahidjo en juillet 1961.

Le 1er octobre 1960, les leaders Anglophones acceptent une réunification avec la République du Cameroun, qui devient alors une République fédérale. C’est un système qui, malgré ses imperfections, permettait quand même à cet ancien territoire britannique de garder les acquis de l’administration coloniale et plus particulièrement ce qu’on a appelé « indirect rule » (principe selon lequel les Britanniques gouvernent la région du Southern Cameroons en se conformant aux traditions des populations). De son côté, l’ancien territoire administré par la puissance française croupissait sur le système jacobin. Un nivellement par le bas par rapport au système britannique qui faisait des jaloux.

Un référendum de 1972 est venu mettre fin à ce fédéralisme encore chancelant. Le Cameroun devient alors une République Unie et c’est par un décret de 1984 qu’il devient finalement une République du Cameroun. Un retour malicieux à la république dominée par les francophones.

Cela a eu comme conséquence l’écrasement du système britannique minoritaire sous le poids du système jacobin français majoritaire. Fontcha a commencé à subir la foudre de colère de ses compatriotes anglophones qui le considéraient déjà comme un traître pour les avoir conduit dans la « République ». C’est la raison pour laquelle il court au Nations unies en 1990 plaider le retour à la fédération qui lui a été refusé jusqu’à sa mort en 1999.

L’espoir d’un renversement de la situation avait d’ailleurs été au cœur de l’actualité lors de la présidentielle de 1992 où John Fru Ndi, le leader le plus charismatique de l’opposition, un anglophone, était le challenger de Paul Biya. La victoire contestée de Paul Biya et la reddition du leader de l’opposition a finalement désillusionné ce peuple qui croyait fermement à un retour au fédéralisme avec un anglophone au pouvoir.

Depuis lors, à défaut d’un retour à la fédération, les plus radicaux sont pour un retour à la situation d’avant le 1er octobre 1961 : l’autonomie. C’est justement à ce niveau que la césure, entre les peuples, anglophones et francophones, a lieu. D’où les différences observées entre les deux peuples dans l’adoption des symboles de leurs révolutions respectives.

La conciliation de ces deux peuples devient évidemment complexe. Elle est tout de même nécessaire si les deux peuples tiennent à leur objectif : chasser Biya du pouvoir.

Comment concilier donc la révolution armée et la révolution pacifique ?

Soyons précis : puisque tous les anglophones ne militent pas pour la révolution armée et qu’en même temps tous les francophones ne militent pas pour la révolution pacifique, mais militent plutôt pour le statu quo, il faut préférer à ‘anglophone’ le terme « Ambazoniens » et à « francophones radicaux » un terme camerounais qui s’est popularisé : Tontinards.

Cette alliance dite « Alliance Amba-Franco », développée par l’écrivain Patrice Nganang, est plus que nécessaire dans un contexte comme celui-ci.

Le régime de Yaoundé sait pertinemment qu’une telle alliance pourrait compromettre sa survie. Il a donc tout intérêt à pointer les Ambazoniens du doigt en les qualifiant dans un premier temps de « bandits », et plus tard de « terroristes ». Cette propagande de diabolisation a surtout lieu chez les francophones qui, malheureusement, n’arrivent pas encore à croire et à comprendre qu’un peuple puisse prendre les armes pour revendiquer une cause, bonne qu’elle puisse être.

La non-adhésion de la majorité du peuple francophone à la cause et à la posture du peuple Anglophone le rend insensible aux exactions commises sur lui par l’armée camerounaise. Un peuple victime de génocide qui est curieusement considéré par les francophones comme le bourreau qui veut mettre l’intégrité territoriale en danger. Et pourtant, le génocide est parfaitement suffisant comme argument moral pour renverser ce système colonial.

Le challenge qu’il y a à relever ici est celui de travailler sur la désintoxication du peuple francophone qui croit dur comme fer que les Ambazoniens sont des terroristes et que l’armée camerounaise doit les « éradiquer ». Il faut donc démystifier cette théorie de la terreur qui fait des Ambazoniens des monstres et des partisans de la terreur. L’intolérance des francophones face au droit d’autodéfense des anglophones frise même le ridicule. L’autodéfense étant un principe universel, la solidarité est plus qu’un acte d’humanisme.

Le leader actuel, celui qui possède une carrure de conciliation de ces deux tendances, c’est Maurice Kamto. Sa sortie de prison et de tous les leaders de sa coalition viendra peut-être résoudre cette équation. J’en veux pour preuve cette sortie d’Albert Dzongang, l’un des membres de la coalition de retour à Douala après sa sortie de prison à Yaoundé et qui déclarait à la population venue nombreuse pour l’accueillir : « Ce que nous avons gagné dans ce combat c’est le rapprochement avec les Ambazoniens ».

Faut-il le préciser, Julieu Ayuk Tabe, le président des Ambazoniens, et son équipe, sont en prison depuis des mois.

Il devient donc évident que Maurice Kamto et Ayuk Tabe se sont rencontrés à plusieurs reprises. Ces rencontres peuvent-elles augurer des rapprochements futurs entre les deux peuples ? Les francophones, pour la majorité, qui supporteraient mal ce rapprochement avec les Ambazoniens qui tuent et décapitent les soldats du BIR, vont-ils finir par lâcher Kamto ? Ou alors Kamto ne franchira jamais ce pas au risque de perdre cette sympathie qui fait toujours monter sa côte de popularité ? Les prochaines sorties de principal leader de l’opposition camerounaise nous en diront plus…


Dialogue national : pourquoi Biya est le problème ?

Dans un discours de 30 minutes à la nation, le 10 septembre 2019, Paul Biya annonce la tenue d’un « Grand dialogue national » prévu du 30 septembre au 4 octobre 2019. Le dialogue est désormais considéré comme solution à la guerre d’indépendance qui paralyse les deux régions Anglophones, Nord-Ouest et Sud-Ouest. Mais, le 30 novembre 2017, dans un bref discours de quelques secondes. Paul Biya avait fait le choix de la répression armée pour « mettre hors d’état de nuire ces criminels » malgré des appels au dialogue proposé par la communauté nationale et internationale. 22 mois après, ce qui était considéré comme une simple crise Anglophone est aujourd’hui devenue une guérilla. Les groupes armés, constitués des « Amba-Boys », que Biya appelle « criminels », imposent le respect à une faction de l’armée camerounaise, le BIR, que Médiaprt considère comme une « milice tribale » à la solde de Biya. En mai 2019, une ONG faisait le bilan de 1850 morts, sans oublier les 530.000 déplacés internes du côté des régions Francophones du pays et les 40.000 réfugiés du côté du Nigéria. Aucun chiffre sur les déplacés internes qui ont plutôt choisi le chemin de la forêt où ils mènent une vie difficile.

Paul Biya, à travers ce discours, vient d’avouer implicitement l’échec de la guerre comme solution. Et les débats, qui ont lieu au Cameroun à la suite de ce discours, tournent autour de la sincérité du dialogue compte tenue de certains éléments sociopolitiques et juridiques liés au contexte : premièrement, l’arrestation au Nigéria et la condamnation à la peine capitale par le Tribunal militaire de Yaoundé du leader Anglophone Sissiku Ayuk Tabe (et son équipe), président de la république fédérale d’Ambazonie ; deuxièmement, l’arrestation et l’emprisonnement de Maurice Kamto (et ses militants) à la suite des manifestations où il revendiquait sa victoire volée à la présidentielle d’octobre 2018 ; enfin troisièmement, il ne faut pas oublier que les dialogues avec Biya sont jonchés d’antécédents historiques pleins d’échecs.

La question reste donc celle de savoir si ce dialogue dont l’objectif est de mettre fin à la guerre sera possible dans un tel contexte ? La réponse fatidique est NON. Pourquoi ? Parce que le problème camerounais c’est Biya lui-même.

Pour vous le démontrer, je vous invite à la lecture d’une conversation (discussion) tenue entre un ami et moi dans un lieu privé. Henry, c’est de lui qu’il s’agit, est un biyaïste, fervent défenseur du régime. Ici au Cameroun, les biyaïstes ont un néologisme évocateur : Sardinards. Ceux-ci sont opposés aux Tontinards qui s’illustrent, quant à eux, par leur opposition au régime. Ce qui va suivre est une discussion qui refait l’histoire et démontre justement les multiples contradictions qui entourent ce dialogue et qui démontrent également que le Cameroun ne sortira pas de cette avec Biya : c’est lui le problème.

Henry – Je dis hein Tchak (c’est mon petit nom d’enfance), pourquoi les opposants, et plus particulièrement les Tontinards, se plaignent toujours alors que Biya a annoncé l’organisation du dialogue qu’ils exigeaient depuis longtemps ?

Moi – Parce que le temps du dialogue est déjà dépassé.

Henry – Non. 22 mois après c’est long, je l’avoue. Mais, mieux vaut tard que jamais.

Moi – Cette maxime n’a plus de place ici, parce que les rapports de force ne sont plus les mêmes. Elles ont changé. Elles ne sont plus comme il y a 22 mois.

Henry – Comment ? Tu oublies que c’est le BIR qui contrôle la situation ? Tu ignores qu’aucun groupe armé ne peut défier l’Etat ?

Moi – Tu rêves. Lorsque Biya, de retour d’Abidjan le 31 novembre 2017, avait choisi l’option de la force dans un bref discours à l’aéroport de Nsimalen, les Tontinards lui avaient bien dit que la guerre n’est pas la solution. Il croyait neutraliser les Amba-Boys en une semaine avec son BIR. En ce moment-là, il était en position de force. Vrai ou faux ?

Henry – Vrai. Mais, la situation n’a pas changé. Il est toujours en position de force.

Moi – Ne joue pas au malin. Lorsque ce même Biya revient 22 mois après, exactement le 10 septembre 2019 annoncer, non plus dans un bref discours, mais dans un long discours de 30 minutes l’organisation d’un « grand dialogue national« , cela veut dire donc qu’il n’est plus en position de force. En français facile, cela veut dire qu’il a échoué.

Henry – Non, toi-même tu sais que l’armée camerounaise envoyée en région anglophone est celle de seconde zone. L’armée camerounaise est capable d’écraser ces groupes armés en quelques jours si elle veut. Elle peut même utiliser l’artillerie lourde si elle veut.

Moi – Et pourquoi ne franchit-elle pas le pas ?

Henry – Parce qu’elle ne veut pas faire trop de dégâts.

Moi – Non, c’est parce qu’elle est hantée par la défaite morale. Le BIR commence à avoir mauvaise presse au niveau de l’opinion nationale et internationale à cause de ses multiples exactions sur le terrain. La défaite d’une armée est d’abord morale.

Henry – Faux. C’est parce que Biya a la pression de la communauté internationale qui exige le dialogue. Sinon il continuerait la guerre et massacrer les Amba-Boys. Biya accepte le dialogue pour montrer sa sincérité et pour montrer à cette communauté internationale que les Ambazoniens sont de mauvaise foi et ne viendront pas à ce dialogue.

Moi – Comme c’est malin ! Et il croit savoir s’y prendre !

Henry – Ok, comme vous ne voulez plus le dialogue, que voulez-vous finalement ?

Moi – Soit un peu intelligent. Lorsque quelqu’un, du haut de ses responsabilités de chef de l’État, qui, à cause d’une mauvaise décision prise par lui-même, a essuyé une défaite face à la résolution d’une crise, la seule solution qui reste sur la table, c’est la démission. Les grands hommes d’État sont des hommes d’honneur. La démission est un acte de courage et non de faiblesse ou de lâcheté. S’il ne démissionne pas, ça veut dire qu’il nous cache quelque chose, un plan machiavélique.

Henry – Et quel est donc ce plan machiavélique ?

Moi – Le génocide.

Henry – Le génocide ? Comment ça ?

Moi – Il veut mourir au pouvoir pour échapper à la CPI.

Henry – Vraiment, Tchak, donc c’est là tu voulais en venir ? Tu es décidément incorrigible. Arrête tes jérémiades. Le Cameroun n’a pas signé le Traité des statuts de Rome.

Moi – Tu ne sais pas que Omar El-Béchir a de sérieux soucis à se faire en ce moment ? Il suffit que Biya ne soit plus au pouvoir pour que la CPI lance la chasse aux génocidaires. Tu verras.

Henry – Fermons ce chapitre du génocide nonsense. Mais, je vais vous donner un conseil, à vous les Tontinards là : Allez au dialogue et profitez pour faire votre révolution.

Moi – Zéro dialogue. Ça va sauf qu’échouer. Dans une situation de guerre où deux camps s’affrontent à armes égales, le dialogue doit au moins respecter deux conditions : le choix d’un médiateur et le choix d’un lieu qui doivent faire l’objet de consensus entre les deux parties. Une partie en conflit et qui, paradoxalement est en position de faiblesse, ne peut annoncer le dialogue et imposer les participants, les thèmes, l’arbitre, bref les termes de référence. Souviens-toi du dialogue entre le Consortium et le gouvernement. A l’époque, les Anglophones n’avaient pas encore pris les armes et les Amba-Boys n’existaient pas encore. Ce dialogue de Dion Ngute ne sera donc pas différent de celui-là. Ça ressemble à un piège. Les Amba-Boys qui sont maintenant en position de force vont désormais dicter leur loi et obliger le tyran à négocier à défaut de démissionner.

Henry – Et comment vont-ils y parvenir s’ils ne viennent pas au dialogue pour s’imposer et contraindre Biya à la démission ?

Moi – Ils n’ont pas besoin d’aller au dialogue pour imposer une démission ou une négociation à Biya. Il suffit que le dialogue échoue et ne mette pas fin à la guerre pour laquelle il a été convoqué, à la suite de laquelle, même la communauté internationale se fera l’obligation d’intervenir. Biya va continuer de jouer  au dilatoire. Mais, il semble oublier que ce dialogue risque d’être sa propre tombe qu’il est en train de creuser lui-même.

Henry – Ne fatiguez pas les gens. Biya ne négociera avec personne. Il a gagné l’élection présidentielle. Un point un trait. Ne cherchez pas le pouvoir par la force. C’est à travers les urnes et non les armes ou la communauté internationale qu’on devient président. Maintenant vous compter sur les Amba-Boys et les Blancs pour prendre le pouvoir comme Ouattara l’a fait en Côte d’Ivoire ? Halte à l’ingérence. Le Cameroun n’est pas la Côte d’Ivoire.

Moi – Avant le 10 septembre 2019, c’était la même ritournelle chez vous les Sardinards : « On ne dialogue pas avec les sécessionnistes » ou encore « On va dialoguer avec qui ? ». La fin du mois n’est plus loin. C’est dans quelques jours. La seule curiosité que j’attends, c’est de voir qui seront les participants. L’histoire va leur demander des comptes en cas d’échec de ce dialogue si celui-ci ne met pas fin à la guerre. L’enjeu qui se joue dans ce dialogue c’est qu’un éventuel échec ne sera pas seulement attribué à Biya. Tous ceux qui vont y participer vont aussi porter la responsabilité de cet échec. Quand on connait la fourberie de Biya, il est fort probable que ce dialogue soit un copier-coller du dialogue avec le Consortium de décembre 2016.

Henry – Pourquoi tu insistes toujours sur ce fameux dialogue avec le Consortium Anglophone ?

Moi – Je savais que ce dialogue t’avait échappé. Beaucoup de Camerounais l’ont même déjà oublié. La crise Anglophone avait commencé avec des revendications corporatistes des avocats et les enseignants. Dans le cadre des discussions avec le gouvernement pour trouver une solution à la crise, ils se sont constitués en Consortium. Le dialogue a tourné au fiasco parce que les leaders Anglophones du Consortium, principalement l’avocat Felix Agbor Balla et l’enseignant Fondem Neba, restaient camper sur leur position. L’une de leurs revendications majeures c’était le retour au fédéralisme. Le gouvernement qui refusait de céder à cette pression estimait que le Consortium est allé plus loin en empiétant le champ du politique au lieu de s’en tenir aux revendications corporatistes. Le durcissement du ton des deux camps a eu comme conséquences, la dissolution du Consortium et l’emprisonnement des leaders Anglophones.

Henry – ça va. Je connais toute cette histoire. Tu as même oublié qu’ils ont été libérés. Mais ce que je ne comprends justement pas, c’est leur insistance sur le retour au fédéralisme alors que le gouvernement avait cédé à toutes leurs caprices.

Moi – Les leaders Anglophones, plus particulièrement les enseignants, en avaient marre puisqu’ils n’étaient pas à leur première expérience avec le ministre de l’enseignement supérieur, Fame Ndongo. Ils ont donc estimé que le fédéralisme les détacherait du pouvoir central, du jacobinisme, qui est un grand mal pour ce pays. Avec le fédéralisme, les problèmes des enseignants seront gérés par les élus locaux.

Henry – Il ne faut pas comparer ce « Grand dialogue national » à celui qui avait eu lieu avec le Consortium. Souviens-toi de la Tripartite. C’est elle qui a accouché la Constitution actuelle qui est une vraie révolution. Ne l’ignore pas.

Moi – La Tripartite dont tu parles a comme résultat la constitution qui a institué la décentralisation et la limitation du mandat présidentiel. Ces deux innovations étaient les principales révolutions constitutionnelles. Elles sont aujourd’hui des contes de fées. Et pourtant, Biya ne serait plus là aujourd’hui si ces deux résolutions de la Tripartite avaient été respectées.

Henry – Non, n’exagère pas. Pour la levée de la limitation de mandat, c’était par un vote à l’Assemblée nationale en janvier 2008. Biya n’y est pour rien. C’est le peuple, à travers les députés, qui avait décidé. Ne commence pas à m’énerver en mentant sur l’histoire. Restitue la vérité, sinon cette discussion ne vaudrait plus la peine.

Moi – Tu oublies certainement que ce même peuple à qui tu attribues la volonté et l’initiative de la levée de la limitation du mandat présidentiel était dans la rue en février 2008 ? Tu oublies certainement que le BIR, cette faction de l’armée, a tué en trois jours plus de 100 jeunes qui, mains nues, manifestaient à Douala contre la levée de la limitation de mandat présidentiel ?

Henry – Faux. Encore un mensonge. C’était des jeunes qui manifestaient contre la vie chère. Et il n’y avait que 40 morts de sources officielle. L’armée a tiré parce que les jeunes vandalisaient les boutiques et magasins. Décidément, ça ne vaut même plus la peine de discuter avec toi. Tu es un malhonnête, Tchak. Voilà pourquoi je vous déteste, vous les Tontinards. Vous voulez gouverner avec le mensonge. Vraiment, je suis déçu.

Moi – « Il n’y avait que 40 morts » ! Dis-tu ? Pour toi c’est minable, n’est-ce pas ? En plus l’armée tue les Camerounais qui cassent les boutiques au lieu de les appréhender ?

Henry – Je n’ai pas dit ça. Ne déforme pas ma pensée. Je restitue seulement la vérité, bien que je regrette les morts, parce que ce sont nos frères Camerounais. Apprend à être sérieux pour une fois.

Moi – Je comprends ta gêne. Une armée qui tire à bout portant sur une population qui manifeste à mains nues est une « milice tribale » au service d’un homme qui veut conserver le pouvoir. Je ne discute même pas sur cette vérité-là.

Henry – C’est vrai. Mais les Anglophones n’avaient pas besoin de prendre les armes pour faire des revendications.

Moi – C’est la légitime défense ! Tu veux qu’ils se fassent massacrer comme en 2008 ? En plus, les Anglophones ont juste compris et ont tiré les leçons des villes mortes, de la Tripartite de 1991, des manifestations de février 2008 et du dialogue avec le Consortium. La leçon c’est celle-ci : Biya ne comprend que le langage de la force. Si les Francophones étaient des gens politiquement prêts, les manifestations de février 2008 auraient pris une autre allure que celle que nous avons connue là. Le non-respect des résolutions de la Tripartite de 1991 a entraîné les morts de février 2008 et continue d’entraîner les morts dans les deux régions anglophones aujourd’hui. Si on avait respecté les résolutions de cette Tripartite, Biya ne serait plus président de la république depuis la présidentielle de 2011 puisqu’il avait déjà fait deux mandats de sept ans chacun après la promulgation de la constitution en 1996 issue de la Tripartite de 1991. Il a fallu qu’il utilise l’assemblée nationale où son parti politique (RDPC) était majoritaire, et continue de l’être d’ailleurs, pour lever la limitation de mandat afin de se représenter une fois de plus à la présidentielle de 2011. Voilà pourquoi Biya est le problème.

Henry – Je suis d’accord avec toi que 23 ans après la constitution de 1996, qui limitait le mandat présidentiel à 7 ans renouvelable une fois et qui instaurait la décentralisation, c’est exagéré. Ce non-respect de ces deux résolutions de la Tripartite est la cause immédiate de la guerre au NOSO. Mais je reste formel, les Anglophones n’avaient à prendre les armes pour leurs revendications. Voici donc une chance qui vous est donnée de rectifier les erreurs de la Tripartite. Allez au dialogue pour déloger Biya comme gagner par les urnes vous dépasse. C’est plus simple noon ?

Moi – Ce que tu viens de dire confirme que tu as bien compris le problème. Mais ta dernière phrase confirme également que tu es de mauvaise foi. Je peux maintenant prendre congé de toi pour aller au club Guigui habituelle.

Henry – Donc tu m’abandonnes comme ça et tu pars boire seul ? Chez les Tontinards on ne partage pas ? C’est quelle tontine ça ?

Moi – Non. Chez les Tontinards on ne « partage » pas comme si c’était la sardine. On tontine, c’est à dire qu’on cotise avant de partager. Chacun mange et boit à la sueur de son front. Je bois avec toi que tu as cotisé combien ? Va au Biyalogue, pardon, au Dialogue de Biya. Il y aura le partage de sardine là-bas. CHOUAGNE.


Le Cameroun face au désastre économique de la guerre d’indépendance de l’Ambazonie

Avec la guerre d’indépendance de l’Ambazonie, la situation économique du Cameroun ne peut pas être reluisante. La situation catastrophique d’économie camerounaise semble donc évidente. Ce qui relève encore d’une évidence, c’est la volonté de Paul Biya de ne pas lâcher prise un pouvoir qu’il tient des mains de maître depuis novembre 1982. La pressions diplomatique et de celle des bailleurs de fonds ne semblent pas du tout l’ébranler. Tout observateur sérieux est curieux de savoir comment la tyrannie la plus vielle d’Afrique va procéder pour se maintenir malgré tout ? Avant de répondre à cette question très importante qui fera l’objet de notre prochain billet dans une série que nous avons entamée au début du mois de juillet sur la sortie de crise au Cameroun, je vous invite, pour le présent billet, à jeter un œil sur un bilan non exhaustif et très simplifié de la situation de l’économie camerounaise.

L’Ambazonie au cœur du désastre

Depuis le début de la crise anglophone devenue aujourd’hui une guerre civile, le Cameroun ne cesse de traverser des périodes difficiles. Les pans de l’économie qui subissent des affres de cette guerre concernent nécessairement les start-up installés dans le Silicon Mountain. En 2015, le PIB que contribuaient ces deux régions au niveau national était estimé à 16,3%. Cette richesse provient essentiellement de l’industrie agro-alimentaire dominée par les entreprises CDC et Pamol qui, à elles seules, étaient classées deuxième employeur du pays après l’Etat.

L’un des fleurons de l’économie camerounaise, la Sonara, société de raffinage, vient de subir un coup qui la met hors de fonctionnement. Certains économistes affirment d’ailleurs, sans coup férir, que le laxisme gouvernemental entraînera la mort de cette entreprise.

En général, les secteurs les plus touchés sont l’agriculture, l’industrie et l’exploitation, sans oublier les équipement des télécommunications qui ont déjà été victimes du sabotage de près de 62% de ses installations dans les deux régions. En 2018, la BAD (Banque Africaine de Développement) avertissait le Cameroun sur le niveau de dépenses qui vont s’accroître énormément en 2019 si la guerre ne prenne pas fin.

La diplomatie suisse en branle

Le 22 mai 2019, Paul Biya a reçu au palais de l’Unité, Pietro Lazzeri, l’ambassadeur de Suisse au Cameroun. Celui-ci était accompagné de Antoine de Saint-Afrique, PDG du groupe Barry Gallebaut, leader mondial des produits fabriqués à base de cacao et de chocolat, dont la filiale locale est l’entreprise Sic-Cacao située à Douala. Loin d’être anodine, cet entretien avec Paul Biya avait comme centre d’intérêt la situation d’insécurité dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

La Sic-Cacao venait d’acquérir un équipement de broyage de fèves de plus de 5 milliards de Fcfa. Cet équipement possède une capacité de transformation de 70.000 tonnes en moyenne par an, équivalent à presque 30% de la production nationale.

Le chocolat suisse pointé du doigt

La région du Sud-Ouest, classée 4ème producteur mondial de fèves, représente à elle seule 45% de la production cacaoyère nationale pour la saison 2016-2017. La guerre sévit en décembre 2017 au moment où les agriculteurs s’apprêtaient à entamer la campagne de récolte 2017-2018. Par mesure de sécurité, ils ont abandonné leur récolte. Et le plus grand entrepôt appartenant à l’entreprise Telcar, a été incendié, dit-on. « Le chocolat suisse est l’un des symboles de la Suisse qui détient la première place du classement mondial pour la consommation de chocolat devant l’Allemagne et le Royaume-Uni avec une consommation annuelle moyenne de 11,9 kilogrammes par habitant en 2011 ».

Trois Traders suisses contrôlent 50% de la vente du pétrole Camerounais. Le trader Glencore détient 70% du pétrole du Rio Del Rey dans le Sud-Ouest Cameroun, zone qui borde la péninsule de Bakassi, exploitable pendant 20 ans. Contrat signé en Janvier 2019. Ce Glencore vient de revendre ses parts,75% qu’il détenait dans le gaz de Matanda.

La crise des devises s’invite

Cette situation de dégradation de l’économie était prévisible. Les groupes armés (Amba-Boys) ont un seul objectif : asphyxier l’économie camerounaise à travers la technique du pourrissement. Aujourd’hui, la balance commerciale est totalement déséquilibrée (déficitaire) à cause de la baisse des exportations du cacao et la banane. Pendant ce temps, les importantes stagnent, voire s’accroissent au fur et à mesure. Le riz et le poisson à eux seuls avoisinent déjà plus de 300 milliards par an. Conséquence, la recette en devise provenant des exportations des produits de rente a baissé. Le média en ligne Journalducameroun.com rapporte également que :

« Pour 71 % des patrons membres du Gicam, l’accès aux devises est une préoccupation majeure », avait déjà indiqué Célestin Tawamba, le président du Gicam, au cours d’une rencontre avec les banquiers, le 4 avril 2019 dans la capitale économique camerounaise.

Pour résoudre cette crise particulièrement préoccupante pour le patronat camerounais, le président propose notamment la suspension temporaire de certaines importations. Et cela inquiète la France qui, depuis plusieurs années, à travers la BEAC, conserve nos devises.

Un communiqué rendu public par le président du Gicam, le principal groupement patronal au Cameroun, le 29 juin 2019, vient enfoncer le clou dans la plaie. Célestin Tawamba annonce en substance qu’il est préoccupé par une « situation d’extrême gravité de pénurie des devises dont souffre notre économie depuis plusieurs mois ».

Déséquilibre commercial ou financier ?

Cependant, les économistes ne s’accordent toujours pas sur les causes de cette crise. Pendant que les uns parlent de déséquilibre commercial en terme d’exportation et d’importation, les autres insistent plutôt sur le déséquilibre financier. Ce dernier argument fait quant à lui allusion à au paiement de la dette qui se fait essentiellement en devise étrangère. Ces deux arguments se rejoignent pratiquement dans la mesure où ils font allusion à la sortie massive des devises. Le déficit ici, dans les deux cas, est causé par l’absence de tout ce qui peut rapporter au Cameroun comme entrée de devises.

Ces éléments sur la situation économique du Cameroun ne sont pas très favorable dans un contexte sociopolitique délétère dominé par la guerre en régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest). Même s’il est prématuré de dire que le gouvernement de Paul Biya est déjà dos au mur, il faut tout de même avouer que le climat sociopolitique au Cameroun n’est pas serein.

Paul Biya reste cependant dans sa logique de conserver le pouvoir à tous les prix. Ce n’est d’ailleurs qu’un secret de polichinelle. Comment va donc s’y prendre face au pourrissement que lui impose la guerre en régions anglophone ? Comment va-t-il s’y prendre avec à la fois la pression diplomatique de la Suisse et une économie qui prend de l’eau ?

Les enjeux politiques de la crise

Cette situation économique désastreuse est lourde de conséquences. La première c’est qu’elle entraîne déjà dans l’opinion des rumeurs sur la dévaluation du FCFA, la solde salariale des fonctionnaires soutenue par le trésor français, etc. Un pays en crise ne pourrait nullement échapper aux rumeurs qui ne laissent personne indifférente. C’est d’ailleurs une situation normale dans un contexte où l’angoisse envahit tout le monde. En période de guerre, tout peut arriver et il faut s’y attendre et se préparer en conséquence.

Comme toujours, c’est la sérénité qui reste le maître mot pour le gouvernement de Paul Biya. C’est de bonne guerre puisqu’il ne faut pas alarmer la population qui est malheureusement en train de ressentir les secousses au niveau de l’actualité politique. Les informations dignes d’un Etat secoué par la guerre augurent des lendemains pas du tout serein. Un contentieux sur la contestation des résultats de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 reste toujours pendant à la Commission des droits de l’homme et des peuples de l’Union Africaine.

Après le communiqué du parlement européen (avril 2019) condamnant les tueries dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’une part, l’arrestation du leader Maurice Kamto, candidat contestateur des résultats de la présidentielle d’autre part, c’est au tour du parlement américain (juillet 2019) de réagir. Celui-ci non seulement réitère les condamnations du parlement européenne mais surtout propose au Cameroun une république fédérale. Cette solution vise particulièrement à répondre aux revendications des Anglophones qui réclament leur droit à l’autonomie totale.

Que va faire Paul Biya face à ces pressions ? La réponse au prochain billet.