Le Cameroun face au désastre économique de la guerre d'indépendance de l'Ambazonie

Avec la guerre d’indépendance de l’Ambazonie, la situation économique du Cameroun ne peut pas être reluisante. La situation catastrophique d’économie camerounaise semble donc évidente. Ce qui relève encore d’une évidence, c’est la volonté de Paul Biya de ne pas lâcher prise un pouvoir qu’il tient des mains de maître depuis novembre 1982. La pressions diplomatique et de celle des bailleurs de fonds ne semblent pas du tout l’ébranler. Tout observateur sérieux est curieux de savoir comment la tyrannie la plus vielle d’Afrique va procéder pour se maintenir malgré tout ? Avant de répondre à cette question très importante qui fera l’objet de notre prochain billet dans une série que nous avons entamée au début du mois de juillet sur la sortie de crise au Cameroun, je vous invite, pour le présent billet, à jeter un œil sur un bilan non exhaustif et très simplifié de la situation de l’économie camerounaise.

L’Ambazonie au cœur du désastre

Depuis le début de la crise anglophone devenue aujourd’hui une guerre civile, le Cameroun ne cesse de traverser des périodes difficiles. Les pans de l’économie qui subissent des affres de cette guerre concernent nécessairement les start-up installés dans le Silicon Mountain. En 2015, le PIB que contribuaient ces deux régions au niveau national était estimé à 16,3%. Cette richesse provient essentiellement de l’industrie agro-alimentaire dominée par les entreprises CDC et Pamol qui, à elles seules, étaient classées deuxième employeur du pays après l’Etat.

L’un des fleurons de l’économie camerounaise, la Sonara, société de raffinage, vient de subir un coup qui la met hors de fonctionnement. Certains économistes affirment d’ailleurs, sans coup férir, que le laxisme gouvernemental entraînera la mort de cette entreprise.

En général, les secteurs les plus touchés sont l’agriculture, l’industrie et l’exploitation, sans oublier les équipement des télécommunications qui ont déjà été victimes du sabotage de près de 62% de ses installations dans les deux régions. En 2018, la BAD (Banque Africaine de Développement) avertissait le Cameroun sur le niveau de dépenses qui vont s’accroître énormément en 2019 si la guerre ne prenne pas fin.

La diplomatie suisse en branle

Le 22 mai 2019, Paul Biya a reçu au palais de l’Unité, Pietro Lazzeri, l’ambassadeur de Suisse au Cameroun. Celui-ci était accompagné de Antoine de Saint-Afrique, PDG du groupe Barry Gallebaut, leader mondial des produits fabriqués à base de cacao et de chocolat, dont la filiale locale est l’entreprise Sic-Cacao située à Douala. Loin d’être anodine, cet entretien avec Paul Biya avait comme centre d’intérêt la situation d’insécurité dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

La Sic-Cacao venait d’acquérir un équipement de broyage de fèves de plus de 5 milliards de Fcfa. Cet équipement possède une capacité de transformation de 70.000 tonnes en moyenne par an, équivalent à presque 30% de la production nationale.

Le chocolat suisse pointé du doigt

La région du Sud-Ouest, classée 4ème producteur mondial de fèves, représente à elle seule 45% de la production cacaoyère nationale pour la saison 2016-2017. La guerre sévit en décembre 2017 au moment où les agriculteurs s’apprêtaient à entamer la campagne de récolte 2017-2018. Par mesure de sécurité, ils ont abandonné leur récolte. Et le plus grand entrepôt appartenant à l’entreprise Telcar, a été incendié, dit-on. « Le chocolat suisse est l’un des symboles de la Suisse qui détient la première place du classement mondial pour la consommation de chocolat devant l’Allemagne et le Royaume-Uni avec une consommation annuelle moyenne de 11,9 kilogrammes par habitant en 2011 ».

Trois Traders suisses contrôlent 50% de la vente du pétrole Camerounais. Le trader Glencore détient 70% du pétrole du Rio Del Rey dans le Sud-Ouest Cameroun, zone qui borde la péninsule de Bakassi, exploitable pendant 20 ans. Contrat signé en Janvier 2019. Ce Glencore vient de revendre ses parts,75% qu’il détenait dans le gaz de Matanda.

La crise des devises s’invite

Cette situation de dégradation de l’économie était prévisible. Les groupes armés (Amba-Boys) ont un seul objectif : asphyxier l’économie camerounaise à travers la technique du pourrissement. Aujourd’hui, la balance commerciale est totalement déséquilibrée (déficitaire) à cause de la baisse des exportations du cacao et la banane. Pendant ce temps, les importantes stagnent, voire s’accroissent au fur et à mesure. Le riz et le poisson à eux seuls avoisinent déjà plus de 300 milliards par an. Conséquence, la recette en devise provenant des exportations des produits de rente a baissé. Le média en ligne Journalducameroun.com rapporte également que :

« Pour 71 % des patrons membres du Gicam, l’accès aux devises est une préoccupation majeure », avait déjà indiqué Célestin Tawamba, le président du Gicam, au cours d’une rencontre avec les banquiers, le 4 avril 2019 dans la capitale économique camerounaise.

Pour résoudre cette crise particulièrement préoccupante pour le patronat camerounais, le président propose notamment la suspension temporaire de certaines importations. Et cela inquiète la France qui, depuis plusieurs années, à travers la BEAC, conserve nos devises.

Un communiqué rendu public par le président du Gicam, le principal groupement patronal au Cameroun, le 29 juin 2019, vient enfoncer le clou dans la plaie. Célestin Tawamba annonce en substance qu’il est préoccupé par une « situation d’extrême gravité de pénurie des devises dont souffre notre économie depuis plusieurs mois ».

Déséquilibre commercial ou financier ?

Cependant, les économistes ne s’accordent toujours pas sur les causes de cette crise. Pendant que les uns parlent de déséquilibre commercial en terme d’exportation et d’importation, les autres insistent plutôt sur le déséquilibre financier. Ce dernier argument fait quant à lui allusion à au paiement de la dette qui se fait essentiellement en devise étrangère. Ces deux arguments se rejoignent pratiquement dans la mesure où ils font allusion à la sortie massive des devises. Le déficit ici, dans les deux cas, est causé par l’absence de tout ce qui peut rapporter au Cameroun comme entrée de devises.

Ces éléments sur la situation économique du Cameroun ne sont pas très favorable dans un contexte sociopolitique délétère dominé par la guerre en régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest). Même s’il est prématuré de dire que le gouvernement de Paul Biya est déjà dos au mur, il faut tout de même avouer que le climat sociopolitique au Cameroun n’est pas serein.

Paul Biya reste cependant dans sa logique de conserver le pouvoir à tous les prix. Ce n’est d’ailleurs qu’un secret de polichinelle. Comment va donc s’y prendre face au pourrissement que lui impose la guerre en régions anglophone ? Comment va-t-il s’y prendre avec à la fois la pression diplomatique de la Suisse et une économie qui prend de l’eau ?

Les enjeux politiques de la crise

Cette situation économique désastreuse est lourde de conséquences. La première c’est qu’elle entraîne déjà dans l’opinion des rumeurs sur la dévaluation du FCFA, la solde salariale des fonctionnaires soutenue par le trésor français, etc. Un pays en crise ne pourrait nullement échapper aux rumeurs qui ne laissent personne indifférente. C’est d’ailleurs une situation normale dans un contexte où l’angoisse envahit tout le monde. En période de guerre, tout peut arriver et il faut s’y attendre et se préparer en conséquence.

Comme toujours, c’est la sérénité qui reste le maître mot pour le gouvernement de Paul Biya. C’est de bonne guerre puisqu’il ne faut pas alarmer la population qui est malheureusement en train de ressentir les secousses au niveau de l’actualité politique. Les informations dignes d’un Etat secoué par la guerre augurent des lendemains pas du tout serein. Un contentieux sur la contestation des résultats de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 reste toujours pendant à la Commission des droits de l’homme et des peuples de l’Union Africaine.

Après le communiqué du parlement européen (avril 2019) condamnant les tueries dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’une part, l’arrestation du leader Maurice Kamto, candidat contestateur des résultats de la présidentielle d’autre part, c’est au tour du parlement américain (juillet 2019) de réagir. Celui-ci non seulement réitère les condamnations du parlement européenne mais surtout propose au Cameroun une république fédérale. Cette solution vise particulièrement à répondre aux revendications des Anglophones qui réclament leur droit à l’autonomie totale.

Que va faire Paul Biya face à ces pressions ? La réponse au prochain billet.

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