Yves Tchakounte

L’eau potable à Douala : de la borne fontaine au forage

Pour comprendre le comment et le pourquoi de la pénurie en eau potable au Cameroun et plus particulièrement à Douala, il est nécessaire de revenir sur l’historique. Il s’agit ici de montrer le processus de ravitaillement des habitants des zones urbaines et rurales en eau potable. Cette histoire est le début de la connaissance des mécanismes de fonctionnement dans l’alimentation en eau potable. Le cas de Douala me semble être le plus intéressant en ceci que c’est une ville économique avec de grands enjeux démographiques.

L’eau c’est la vie. Ce slogan devenu un rituel est maintenant loin d’être un slogan, c’est une lapalissade. Mais c’est loin d’être un vain mot. Au Cameroun, on aurait pu dire que c’est un slogan creux. Non, il ne l’est pas. C’est juste qu’au lieu d’être une expression de vitalité et d’acquis dans la politique d’approvisionnement en eau potable, elle témoigne plutôt cette soif de vitalité d’antan où les bornes-fontaines étaient une réalité. Aujourd’hui, face à la dégradation du système d’approvisionnement en eau potable en zones urbaines et rurales, les forages jouent-ils bien l’affaire ? L’historique sur l’approvisionnement en eau potable à Douala nous permettra-t-elle de comprendre la défaillance et l’échec d’une politique?

Les bornes-fontaines sont un lointain souvenir au Cameroun. Les habitants de Douala d’un certain âge, 40 ans minimum aujourd’hui, l’ont vécu. Les bornes fontaines sont des espaces publics destinés au ravitaillement de la population en eau potable. Ces espaces étaient ouverts 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Bien qu’étant dotées des robinets, les bornes fontaines coulaient à flot et sans arrêts. Malgré la disciplines des habitants, le gaspillage était généralement dû à l’absence ou le manque de la régularité de la maintenance.

Elles étaient toutes construites sur des lieux stratégiques des quartiers les plus populeux et les plus populaires de Douala. Je peux par exemple citer New-Bell, Bassa, Ndogbong, Bépanda, Nylon, Dakar, Ndokotti, Bonabérie, etc. Bien que situées à quelques kilomètres plus loin, la particularité de ces bornes fontaines était leur gratuité et leur permanence. Les quartiers les plus huppés, Bonanjo, Bonapriso, zones commerciales d’Akwa, zones industrielles de Bassa et de Bonabérie, étaient dotées d’un ravitaillement individuel sur la base d’un contrat avec l’entreprise de production et de distribution : la défunte Snec (Société Nationale des eaux du Cameroun), devenue Camwater (Cameroon Water Utilities Corporation).

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Réseaux et infrastructures de distribution d’eau à Douala. Source : L’action publique urbaine à l’épreuve des réformes du service d’eau à Douala (Cameroun),
Virginie Laure Nantchop Tenkap 2005 – journals.openedition.org

Pour satisfaire la population, Camwater installait des branchements en fonction de plusieurs critères. Les quartiers les moins couverts par les installations domestiques étaient privilégiés et dotés de bornes-fontaines. C’est ainsi qu’on a facilement pu faire la distinction entre les quartiers selon le niveau de vie. Par exemple, il serait plus difficile de trouver des bornes fontaines dans un quartier comme Bonapriso où plus de 60 à 70% des habitants avaient un branchement de la Snec à domicile (Source : INS, ECAM 2, 3). Et ces domiciles, par solidarité nationale, devenaient la source de ravitaillement des autres, particulièrement des voisins, des autres 30% qui n’avaient pas de branchement Snec.

Dans les quartiers populaires c’était l’inverse, 60 à 70% se ravitaillaient dans les bornes fontaines (Source : INS, ECAM 2, 3). Les autres 30% avaient, soit un branchement Snec, soit un puit d’eau dans la cour de la maison (pour ceux qui avaient les moyens d’en creuser). L’eau de puit servait uniquement aux travaux de ménage. Pour l’alimentation, il fallait aller se ravitailler à la borne fontaine la plus proche. Le ravitaillement de la ville en eau potable était ainsi régulé avant l’indépendance en 1960 par les collectivités locales. Ce mode de fonctionnement a été conçu par les collectivités locales avant et après l’indépendance en 1960. A la création de la Snec en 1967, ce mode de fonctionnement n’a pas changé.

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Evolution du principal mode d’approvisionnement en eau de boisson entre 2001 et 2007. Source : INS, ECAM 2, 3

Ce système a résisté jusqu’à la fin des années 1990 avec l’avènement des crises sociopolitiques après le discours de La Baule. Cette période charnière de l’histoire du Cameroun est dénommée par les spécialistes des sciences politiques de « années de braises ». De 1990 à 1991, le Cameroun a été secoué par une crise sociopolitique marquée par les « villes mortes » (Cf Flambeau Ngayap dans son ouvrage intitulé « L’opposition au Cameroun. Les années de braise »). Ces phénomènes, caractérisés par la vandalisassions des édifices publics, voire privés, ont mis le système de protection sociale à mal.

De 1990 à 2000, Douala n’a véritablement pas connu de problèmes d’eau avec la gestion de Clément Obouh Fegue à la Snec mort en 2014 à 75 ans. De 1975 à 2002, ce natif de Ekok Bekoe a dirigé de main de maître cette société en sabordant ce système social jusqu’à sa disgrâce en 2002. Cette gestion calamiteuse aura pour conséquence la mise sous administration provisoire de l’entreprise jusqu’en 2005, date à laquelle l’entreprise a connu une restructuration qui a abouti à la création de Camwater. C’est donc à cette période que commence le calvaire des Camerounais en ravitaillement en eau potable.

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Forage fermé d’un domicile privé. Douala-PK11

L’entreprise n’avait plus la même politique. Le capital devait désormais axer son objectif dans le retour sur investissement. Deux problèmes se sont posés : la vétusté des installations et la mobilisation des investissements. La conséquence est inévitablement la mauvaise gestion de la distribution de l’eau potable. L’organisation du fonctionnement de répartition en zones populaires et zones huppées disparaît, et les bornes fontaines avec. Les populations des quartiers populeux frappées par ce changement de système sont désemparées et abandonnées à elles-mêmes désormais.

Les 60 à 70% des habitants qui n’avaient accès qu’à la borne fontaine, se retrouvent en train de se voir priver d’eau potable. Ils seront obligés, soit de solliciter un branchement, soit d’acheter de l’eau potable chez ceux qui avaient eu un branchement. C’est ainsi qu’on a connu le phénomène de vente d’eau : un seau d’eau de 10L minimum à 25Fcfa. Le phénomène vente de sachet d’eau glacée est également apparu : un sachet de 50cl ou 500ml minimum à 25Fcfa, puis à 50Fcfa. Ce commerce demeure jusqu’à ce jour.

Les forages sont apparus essentiellement avec l’avènement de nouveaux quartiers comme Bonamoussadi, Makèpè, Kotto, Logpom, les quartiers PK 11 en allant vers Yabassi et Bonepupa, les quartiers situés dans la zone appelée « village » et Yassa, etc. L’accroissement de la ville de Douala avec l’augmentation de la population crée également l’augmentation des besoins en distribution d’eau potable que la Camwater est incapable d’assurer. Des coupures intempestives, régulières, de longues durées, et particulièrement la mauvaise qualité de l’eau a poussé les plus nantis de ces nouveaux quartiers à se doter d’un forage.

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CES FONTAINES PUBLIQUES QUI ONT DISPARU DE LA VILLE DE DOUALA Ce tableau est issu d’un travail d’enquête sur le terrain réalisé en février 2020, il ne reflète pas de manière exhaustive l’ensemble des fontaines publiques qui ont disparues à Douala. Source : Association OnEstEnsemble

De 10 à 7 millions de Fcfa dans les 2000, il faut aujourd’hui environ 3 à 5 millions en fonction de la qualité du sol pour avoir un forage. Même les quartiers des zones huppées n’y échappent pas. C’est malheureusement devenu la mode. La construction d’un forage est décidée en fonction de plusieurs critères :

  • Immeuble en construction avec exploitation commerciale (boutiques, appartements à louer ou appartements meublés où l’eau est disponible gratuitement et constitue un avantage commerciale face à la rareté de l’eau)
  • Habitation individuelle décidant de mettre un robinet d’eau à la disposition des voisins
  • Communautés d’habitants se cotisant pour l’acquisition d’un forage (voisins les plus proches)

Plus de 70% des habitants de Douala se ravitaillent en eau de forage. C’est particulièrement intéressant d’observer leurs nouvelles façons de fonctionner. Comment le voisinage va-t-il s’organiser pour se ravitailler vers un point d’eau appartenant à une personne qui peut décider de le mettre à disposition quand il veut et comme il veut ? Dans chacune de ces situations, et bien d’autres encore, les habitants qui n’ont pas les moyens de se construire un forage, doivent au moins faire le sacrifice de se plier aux caprices des propriétaires :

  • Respecter les heures d’ouverture et de fermeture des robinets mis à l’extérieur
  • Faire le rang et respecter son tour
  •  Prendre soin des robinets pour ne pas les endommager
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Immeuble conçu pour aménagement des appartements meublés. Un robinet de forage se trouve à l’extérieur. Actuellement fermé pour des raisons indépendantes du propriétaire ou du gérant de l’immeuble (Douala-Kotto). Crédit photo : tchakounte kemayou

Certains propriétaires de forage sont déjà devenus des distributeurs d’eau au détriment de Camwater devenu défaillant. Même si cette activité est devenue rentable financièrement, elle n’est pas encore bien organisée pour être considérée comme une niche dans l’élargissement de l’assiette fiscale.

Généralement, cette eau de forage n’est pas conseillée à l’alimentation même si certains ne respectent pas cette consigne. Par contre, il est conseillé, si on veut la boire, de la passer au filtre avant. Par contre, l’eau la plus prisée et la plus convoitée par les habitants de Douala, c’est celle mise à leur disposition par les entreprises industrielles comme la Guinness, les Brasseries du Cameroun (SABC), pour ne citer que celles-là. Cette eau de forage est la plus prisée pour la simple raison qu’elle est propice à l’alimentation.

Du coup, certains (venant même des quartiers huppés) accourent de loin, de plus de 5 à 10Km pour se ravitailler de l’eau de la Guinness située à quelques mètres du célèbre carrefour Ndokotti. Certains ont même osé comparer cette eau à l’eau minérale. C’est ainsi que l’on peut voir plusieurs d’entre eux, même avec des sommes d’argent supplémentaires, dépenser en transport pour se ravitailler. Curieux !

L’histoire de ravitaillement de l’eau potable à Douala est assez longue et édifiante. Pourrait-on, avec le temps, assister à la mort de Camwater et revenir au fonctionnement qui existait avant l’indépendance ? Avec l’avènement de la décentralisation, et peut-être du fédéralisme, Camwater pourrait perdre ce monopole au profit des communautés locales qui pourraient reprendre leurs pouvoirs.

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Sources :

Association OnEstEnsemble (2020), Rapport d’enquête sur l’accès à l’eau potable dans les quartiers de Douala, Cameroun

Programme Eau et Assainissement (2011), Approvisionnement en eau potable et assainissement au Cameroun

KAMGHO TEZANOU Bruno Magloire, « L’accès à l’eau potable et à l’assainissement au Cameroun : situation actuelle, contraintes, enjeux et défis pour l’atteinte de l’OMD 7»

Hilaire Nkengfack, Edmond Noubissi Domguia, François Kamajou (2017), Analyse des déterminants de l’offre de l’eau potable au Cameroun


Internet : Blue, l’option la plus fiable de la connexion à la fibre optique

Au Cameroun, avoir une connexion internet illimitée est devenu un parcours ue combattant. Ce qui était considéré jadis comme du pain bénit ressemble désormais à une mer à boire. Les Camerounais ont soif d’avoir internet à la maison. Une connexion à domicile ne suffit plus. Il faut désormais être connecté 24 heures sur 24. Les difficultés liées à l’acquisition de cette manne ont amené Camtel, l’entreprise publique de télécommunication à penser à une option efficace : Blue.

La difficile expérience de connexion internet au Cameroun

Internet au Cameroun a conquis les consommateurs de la téléphonie. Les facilités offertes par la connexion internet pour la communication facile a fortement modifié les habitudes. Désormais, il est possible de communiquer à travers non seulement des écrits, mais surtout de faire des appels voice ou vidéo. Mieux encore, il est possible de faire du streaming et de jouer. Ce qui n’était pas possible une décennie avant. C’est ainsi que la communication classique a perdu sa notoriété.

Le paradoxe dans toutes ces panoplies de possibilités qu’offre internet, est l’impossibilité qu’ont beaucoup de Camerounais à s’offrir ce luxe. Oui, internet est encore considéré au Cameroun comme un luxe même si cela ne paraît pas évident. Le luxe ici est lié aux coût qu’il faut mettre en jeu pour avoir une meilleure qualité de connexion internet.

https://twitter.com/BwamouFabrice/status/1456534043034542080

Le coût et la qualité de la connexion sont liés. Cela signifie que plus on dépense, plus on a une connexion de meilleure qualité. Curieusement, cela n’est pas toujours le cas. La qualité de la connexion internet est surtout liée aux coûts des charges que cela incombe aux opérateurs de la téléphonie. Parfois, malgré le coût élevé d’un forfait quelconque, les soucis techniques ne manquent pas d’interrompre la connexion ou de baisser le débit. Ces soucis ont surtout été remarqués dans les cas de la connexion avec la carte SIM GSM.

La téléphonie filaire ADSL redevient incontournable

Dans les années 2000, l’apparition des téléphones portables et la vulgarisation d’internet quelques années après marquent un tournant décisif dans la téléphonie. Au Cameroun, le téléphone filaire qui était considéré comme un lingot d’or était devenu désuet. Il n’attirait plus les consommateurs du fait, non seulement de son coût d’entretien mais surtout des formalités administratives exigées pour y avoir accès.

Au fur et à mesure que les consommateurs devenaient exigeants sur la qualité de la connexion, les techniques offertes par la connexion avec la carte SIM GSM présentaient déjà des failles. De l’autre côté, la connexion internet par téléphone filaire ADSL présentait moins de failles. L’attraction de la téléphonie filaire devenait donc évidente par l’afflux de la clientèle chez Camtel, la seulement entreprise à pouvoir disposer d’une telle offre.

Pour avoir accès à la connexion internet, cette affluence à la téléphonie filaire ADSL présente des avantages et des inconvénients. Le premier avantage, et l’un des meilleurs d’ailleurs, est sa permanence et la stabilité. On assiste rarement à des interruptions ou à des intermittences. Le second avantage est son caractère illimité et son taux forfaitaire. Camtel est le seul opérateur qui présente de type d’offre jugé attrayante. Pourquoi n’attire-t-il pas beaucoup de monde ? Son principal inconvénient reste toujours une absence totale de son Service Après-Vente (SAV) et son accès très difficile du fait des lenteurs administratifs pour son installation. Curieusement, ces deux inconvénients n’ont pas découragés les plus téméraires.

L’option Blue à la suite de la fibre optique attire déjà des curieux

La connexion internet à la téléphonie filaire à travers la technologie ADSL devenait déjà obsolète. La saturation et ses défaillances techniques étaient d’ailleurs évidentes. Sur ces entrefaites, les SIM CDMA virent le jour. Camtel, avec cette nouvelle technologie, voulait faire concurrence à la SIM GMA détenue par les autres opérateurs privés. Curieusement, ce type de SIM n’a pas eu le succès qu’on attendait de lui. Heureusement, l’avènement de la fibre optique a permis de corriger le tir.

La fibre optique est plus que convoitée pour avoir internet

La fibre optique est déjà dans l’opinion devenue la manne rare. Les qualité de la connexion internet avec la fibre optique sont vantées à travers le monde. Avec une capacité de « 20.000km de fibre optique ; 4 câbles sous-marins d’une capacité de 32TB ; des boucles optiques urbaine ; deux points d’échanges internet …« , la connexion internet à la fibre optique fait déjà des émules. Chacun veut en avoir à domicile et au bureau, voire sur son phone.

La demande est montée en flèche et l’offre ne suit malheureusement pas. La déception est perceptible chez les consommateurs qui en ont fait la demande depuis belle lurette. Pourquoi un produit si convoité devient-il plus rare sur le marché ? La fibre optique présente les avantages et les inconvénients de la téléphonie filaire ADSL que j’ai listé plus haut. En plus de cela, elle a également l’avantage d’avoir un débit plus élevé et une fluidité plus aisée.

Téléphonie filaire à fibre optique

L’option Blue de Camtel vient justement résoudre les problèmes posés par ces inconvénients. Blue possède les mêmes caractéristiques que la téléphonie filaire à base de la fibre optique sur le plan technique. En plus du même débit que la fibre optique, Blue possède les mêmes coûts. Sa valeur ajoutée est celle de ne pas avoir besoin de se soumettre aux modalités d’installation technique. Ainsi, pour l’obtenir, il suffit d’acheter tout simplement son modem d’un coût de 60.000 FCFA et bénéficier d’un accès à 30 jours de connexion gratuite au forfait L.

Avec Blue, les habitués d’internet vont remarquer que les forfaits proposés sont identiques au FAKO Home qui sera progressivement remplacés par l’option Blue. Ainsi, ils n’auront plus besoin d’attendre l’installation de la fibre optique pour avoir leur connexion internet illimité comme c’est le cas avec l’option de la téléphonie filaire. Le forfait L, le plus convoité, est idéal pour les jeux en ligne, les streaming HD 4K, les IPTV, et bien sûr les téléchargements ultra rapides. Je l’ai testé et c’est bien.


Abolir le travail des enfants en Afrique : les défis de l’Unicef et l’Oit

En juin 2021, un rapport conjoint sur le travail des enfants, du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et de l’Organisation Internationale du Travail (Oit) sur la situation du travail des enfants dans le monde de 2016 à 2020 est publié. L’abolition du travail des enfants dans le monde et plus particulièrement en Afrique constitue l’un des objectifs principaux de l’Unicef depuis 75 ans.

Le travail des enfants est un thème central dans les missions onusiennes. Dans leurs missions respectives de lutte contre le travail des enfants, chacune de ces organisations menait leurs batailles séparément. Curieusement, ce dernier rapport coïncide avec les 75 ans de l’Unicef. Pour cet anniversaire mémorable, un coup d’œil sur les tendances mondiales du travail des enfants de 2000 à 2020 est important pour deux raisons.

https://twitter.com/UNICEF_FR/status/1402977541896482823

La première est que c’est le premier rapport conjoint entre les deux organisations depuis la première publication des statistiques en 2000 par l’Oit. La deuxième est que les tendances globales qui étaient à la baisse de 2000 à 2016, sont remontées de 2016 à 2020. Mais la curiosité est que l’augmentation de ces statistiques n’a pratiquement jamais baissé en Afrique depuis 2000 contrairement aux autres régions du monde. Réinventer le futur pour chaque enfant en ces 75 ans de l’Unicef, c’est montrer à cette organisation l’urgence d’agir en faveur de l’Afrique pour baisser les tendances sur le travail des enfants. C’est l’objet de cet article placé sous le signe d’interpellation.

Dans le rapport de l’OIT de 2017, le nombre d’enfants astreints au travail des enfants de 2000 à 2016 a baissé de 85.500.000, donc 34,83 % (BIT, 2017). Malgré ces résultats, les campagnes sur l’abolition du travail des enfants continuent de susciter beaucoup d’intérêts à la fois du monde scientifique que des associations des droits de l’enfant.

Figure 1 : Pourcentage et nombre d’enfants âgés de 5 à 17 ans astreints au travail des enfants et à des travaux dangereux

nombre d’enfants âgés de 5 à 17 ans astreints au travail des enfants et à des travaux dange-reux
Pourcentage et nombre d’enfants âgés de 5 à 17 ans astreints au travail des enfants et à des travaux dangereux (Graphique conçu par moi-même, et les chiffres figurent dans le rapport : BIT & UNICEF, 2021)

Que révèlent les dernières tendances sur le travail des enfants publiées en juin 2021 ?

Le rapport de 2021[1] fait surtout le constat selon lequel, depuis le rapport de 2000, le nombre d’enfants astreints au travail des enfants baisse, mais pas au rythme souhaité et par conséquent, les objectifs et les perspectives attendus risquent d’être hypothéqués. Pire encore, le plus embêtant c’est la particularité des statistiques du rapport de 2021 à savoir que la lutte mondiale contre le travail des enfants est au point mort depuis 2016 avec une augmentation du nombre d’enfants travailleurs :

Le pourcentage d’enfants astreints au travail des enfants est demeuré inchangé au cours des quatre dernières années, tandis que le nombre absolu d’enfants astreints au travail des enfants a augmenté de plus de 8 millions. De même, le pourcentage d’enfants effectuant des travaux dangereux est resté presque inchangé mais, en chiffres absolus, il a augmenté de 6,5 millions d’enfants.

BIT ; UNICEF, 2021, p. 5
https://twitter.com/ONUinfo/status/1350163344129482753

La satisfaction qui était le comble de la communauté internationale depuis 2000 s’est estompée en 2021. Ce qui fait donc dire aux rédacteurs qu’au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la date butoir de 2025 fixée par les ODD ou celle de l’Agenda 2030, les statistiques présentent un bilan mitigé. Globalement le rapport sur la situation du travail des enfants dans le monde édition 2021 dresse un tableau récapitulatif 2016-2020 selon diverses variables explicatives. Présentons ici trois d’entre elles à savoir : la répartition selon les régions, le statut dans l’emploi et enfin le type d’activité.

Tableau : Répartition des enfants travailleurs selon les régions, le statut dans l’emploi et le type d’activité

enfants travailleurs selon les régions, le statut dans l’emploi et le type d’activité
Répartition des enfants travailleurs selon les régions, le statut dans l’emploi et le type d’activité (Tableau conçu par moi-même, et les chiffres sont contenus dans le rapport : BIT & UNICEF, 2021)

Particularités de l’Afrique subsaharienne par rapport aux autres régions

Après une description globale des statistiques, changeons à présent l’angle d’observation en scrutant les résultats de plus près en fonction des régions du monde[2]. Dans le rapport de 2017 de l’OIT concernant la période de 2012-2016, des estimations mondiales sur l’état du travail des enfants dans le monde présentent les tendances à propos de l’Afrique subsaharienne de la manière suivante :

Un cinquième de tous les enfants africains sont astreints au travail des enfants, un pourcentage plus du double de celui de toutes les régions du monde. Ainsi, 9 % des enfants africains effectuent les travaux dangereux, ce qui est une fois encore le pourcentage le plus élevé de toutes les régions du monde […]. Les estimations révèlent encore que les progrès dans la lutte contre le travail des enfants semblent avoir stagnés en Afrique. Le travail des enfants a augmenté en Afrique subsaharienne pendant la période de 2012 à 2016, contrairement au progrès continu enregistré ailleurs dans le monde et en dépit des politiques ciblées de lutte contre le travail des enfants mises en œuvre par les gouvernements africains. La région d’Afrique a aussi été parmi les plus touchées par des situations de fragilité des États et de crises, ce qui augmente à son tour le risque de travail des enfants.

BIT, 2017, p. 3
https://twitter.com/ONUGeneve/status/1402919972142305281

Le rapport de 2021, par contre, concernant la période 2016-2020 fait également le même constat concernant le continent africain sur la situation des enfants travailleurs dans le monde. Le continent est toujours considéré comme le parent pauvre de la lutte contre le travail des enfants :

La situation à l’échelle mondiale occulte les progrès réels accomplis pour éliminer le travail des enfants dans les régions d’Asie et Pacifique, et d’Amérique latine et Caraïbes. Dans ces deux régions, la baisse du travail des enfants s’est poursuivie au cours des quatre dernières années, en pourcentage et en chiffres absolus. De tels progrès se sont révélés impossibles à réaliser en Afrique subsaharienne : depuis 2012, on constate une augmentation, en nombre et en pourcentage, du travail des enfants dans cette région. Il y a aujourd’hui plus d’enfants astreints au travail des enfants en Afrique subsaharienne que dans tout le reste du monde. Sans une avancée décisive dans cette région, les objectifs mondiaux relatifs au travail des enfants ne seront pas atteints.

BIT ; UNICEF, 2021, pp. 5-6

Le tableau ci-dessus montre un bref aperçu de cette conclusion de l’OIT sur la situation bien particulière de l’Afrique subsaharienne. À l’observation, les statistiques sur le travail des enfants en Afrique subsaharienne sont bien particulières du fait des considérations diverses.

Pour les illustrer de manière schématique, une courbe statistique visible dans la Figure 2 ci-dessous a été conçue sur la base des chiffres du rapport 2021 de l’Unicef et de l’OIT. Les trois courbes (une série représente une courbe) représentent respectivement les données statistiques des trois régions que sont : « Asie et Pacifique », « Amérique latine et Caraïbes » et « Afrique subsaharienne » pour la période de 2008 à 2020. N’ont été prises en compte que les trois régions sur les six pour la simple raison que les nomenclatures[3] créées par l’OIT ne sont pas les mêmes pour chaque rapport périodique (publié chaque quatre ans).

Les trois séries nous donnent un aperçu général de l’ensemble des trois régions. La troisième série (Afrique subsaharienne), se distingue par une ligne descendante de 9 à 10 et une ligne montante de 10 à 12. Tandis que les deux autres séries présentent des lignes descendantes de 1 à 4 pour la première (Asie et Pacifique) et de 5 à 8 pour la deuxième (Amérique latine et Caraïbes).

Figure 2 : Estimations/Tendances sur le nombre d’enfants de 5 à 17 ans astreints au travail des enfants dans le monde réparties par région

Estimations/Tendances sur le nombre d'enfants de 5 à 17 ans astreints au travail des enfants
Estimations/Tendances sur le nombre d’enfants de 5 à 17 ans astreints au travail des enfants dans le monde réparties par région (graphique conçu par moi-même, et les chiffres viennent du rapport : BIT & UNICEF, 2021)

La première série, « Asie et Pacifique », représente la courbe des effectifs d’enfants astreints au travail des enfants contenus dans les rapports des années 2008, 2012, 2016 et 2020. La courbe ici est descendante ou décroissante. Ce qui signifie que, pendant cette période (de 2008 à 2020), donc 12 ans, les chiffres sur le nombre d’enfants astreints au travail des enfants sont considérablement en baisse. Ainsi, de 113 607 000 en 2008, le nombre d’enfants astreints au travail des enfants est passé à 48 700 000 en 2020. Ce qui représente un taux annuel moyen de réduction de 4% pour la période 2008-2016 (BIT, 2021, p. 25).

Pour ce qui concerne la région « Amérique latine et Caraïbes », la série 2 illustre bien les tendances de 2008 à 2020. L’analyse de la courbe se rapproche presque identiquement à celle de la région « Asie et Pacifique ». La courbe ici est également décroissante. Ainsi, de 14 125 000 en 2008, nous nous retrouvons avec un chiffre en baisse en 2020 évalué à 8 200 000 enfants astreints au travail des enfants. Par contre, le taux annuel moyen de réduction est plus élevé avec 7,3%. Cette région, par rapport à la précédente, présente un taux de réduction plus satisfaisant.

https://twitter.com/NdaoKals/status/1448304743583993856

Enfin, quant à la région « Afrique subsaharienne », la situation n’est guère reluisante. De 2008 à 2012, la courbe est descendante, tandis que de 2012 à 2020, la courbe est ascendante. De 65 064 000 enfants astreints au travail des enfants en 2008, nous en sommes à 89 600 000 en 2020 avec un taux de réduction de 1,5%. Le taux de réduction annuel moyen du travail des enfants en Afrique est plus bas que ceux des autres régions. Par extrapolation, l’Unicef et l’Oit estiment que c’est le taux de prévalence le plus élevé au monde. Tandis que les autres régions ont connu leur pic en 2008, l’Afrique subsaharienne ne semble ne pas encore atteint le sien, sinon, il demeure pour le moment, celui de 2020.

Pourquoi l’Afrique est-elle l’enfant pauvre de l’abolition ?

Aucune autre région au monde, ne présente de telles particularités. Autrement dit, toutes les représentations graphiques en courbe pour chacune de ces régions sont décroissantes de 2008 à 2016, sauf celle de l’Afrique. Ce qui signifie, selon les conclusions des auteurs du rapport de l’Unicef et de l’Oit, que le phénomène n’est pas encore contrôlable ni maîtrisable en Afrique subsaharienne, contrairement aux autres régions. C’est dire comment l’Afrique, qui a encore la peau dure, malgré les discours sur l’abolition du travail des enfants, reste un terrain totalement vierge.

Pourquoi, depuis 2012, les statistiques sur les tendances de la situation du travail des enfants en Afrique subsaharienne sont en hausse alors que celles des autres régions du monde sont progressivement en baisse ? Comme pour dire en filigrane qu’il y a quelque chose (un événement inconnu) qui s’est passé ou est en train de se passer. La réponse concernant les différences au niveau de la démographie entre ces régions ne suffit pas pour satisfaire toute curiosité scientifique.

Elle est fondée par des réalités internes continentales contingentes qui n’ont rien à voir avec le reste du monde. On pourrait donc aller plus loin en regardant au niveau d’autres variables socioéconomiques ou encore des campagnes elles-mêmes concernant les propagandes sur la lutte contre le travail des enfants. C’est donc à ce niveau que l’analyse des discours prend tout son sens. L’Unicef doit donc améliorer son discours et sa technique sur l’abolition particulièrement en Afrique. Cela doit être l’un de ses missions prioritaire dans ce continent où les statistiques n’ont cessé d’augmenter.


[1] Depuis 2004, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) publie des rapports quinquennaux sur la situation statistique du travail des enfants dans le monde.

[2] Selon la nomenclature de l’OIT : Afrique subsaharienne, Afrique du Nord et Asie de l’Ouest, Asie du Centre et du Sud, Asie de l’Est et du Sud-Est, Amérique latine et Caraïbes, Europe et Amérique du Nord.

[3] Regroupements, classes statistiques par groupes géographiques pour faciliter les analyses. Les trois régions mentionnées ici sont restées identiques depuis le rapport de 2008.

BIT, Estimations mondiales du travail des enfants : résultats et tendances 2012-2016, Bureau International (BIT), Genève, 2017

BIT & UNICEF (International Labour Office and United Nations Children’s Fund), Child Labour : Global estimates 2020, trends and the road forward, ILO and UNICEF, New York, 2021. License: CC BY 4.0


ABC Blog Awards à la dimension des enjeux

Le 15 octobre 2021 s’est tenue à Yaoundé la première édition de l’ABC Blog Awards. Cérémonie de récompenses des blogueurs Camerounais qui se sont distingués au cours de l’année. Elle n’a pas été trop courue, mais sa symbolique marque le début d’une nouvelle ère de l’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC) dirigée par Dania Ebonguè depuis 2019. Que représente l’ABC Blog Awards pour les blogueurs ? Peut-on compter sur un tel projet pour des challenges à relever sur le blogging camerounais ?

La cérémonie de ABC Blog Awards du 15 octobre se déroulait dans le prestigieux auditorium de la Fondation Salomon Tandeng Muna. Elle a été non seulement une innovation, mais surtout un succès. Loin d’être un simple divertissement, c’est un challenge qui représente un défi dans le monde du blogging pour plusieurs raisons. J’analyse ici le bilan de cette première édition et ses perspectives à court et à long terme.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes

Les préparatifs, commencés le 1er octobre, ont pris 15 jours. Jours d’intense activités pour peaufiner les articulations de l’événement. L’objectif de cette première édition n’était visiblement pas de faire un coup d’éclat. L’ABC a donné le ton d’une nouvelle aventure après celle du Sommet des Blogueurs. Celui-ci sera à sa troisième édition en novembre prochain.

Deux semaines ont donc suffi, en termes de ressources humaines, pour mobiliser :

  • Une marraine : Habsatou Nadia est ingénieure avec une expérience de 17 ans dans le secteur des télécommunications au Cameroun. Elle est titulaire d’un master en science de gestion des projets (MSc). Sans oublier sa licence en génie informatique et plusieurs certifications professionnelles (PMP, ITILv3).
  • un président du Jury, le Professeur Nta A Bitang, Directeur Adjoint de l’ESSTIC (École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication). Il était accompagné par 6 autres membres. Il s’agit de : les Professeurs Thomas Atenga et Georges Madiba de l’Université de Douala, Valentin Zinga, journaliste et ancien Chef de Département Communication Institutionnelle et Relations Publiques chez Orange Cameroun ; Céline Victoria Fotso, fondatrice du célèbre site en ligne « Je Wanda » ; la journaliste culturelle et blogueuse mode Laurentine Assiga ; Laure Nganlay, Social Media Manager, et officiant à « Defyhatenow », projet de lutte contre les discours haineux au Cameroun, soutenu par l’UNESCO.
  • Huit partenaires : ACMS, Camrail, Canal Plus, Fondation Belinga, UNICEF, Terrefic Café, Cali Calyte.
  • 50 invités en salle et 30 techniciens pour une production TV
  • 22 blogueurs sélectionnés pour 7 récompenses au final
  • Sans oublier les artistes et humoristes qui ont accepté de venir agrémenter l’événement pour donner un peu de la couleur festive.
Crédit : Iwaria

Ces préparatifs étaient soumis aux conditions si ardues du temps et des imprévus. C’est généralement l’objet des renvois de certains événements. Heureusement, la témérité de Dania Ebonguè a eu raison d’eux. La situation sanitaire est toujours dominée par la pandémie de la Covid-19. À plusieurs occasions, elle a été l’objet des coups foireux. Elle n’a, heureusement, pas compromis ce rendez-vous tant attendu par les blogueurs. D’où provient cet engouement à avoir absolument un événement de récompenses des meilleurs blogueurs Camerounais ?

ABC Blog Awards, un défi pour booster et motiver

C’est justement à la création de l’ABC depuis 2017 à Yaoundé que la nécessité de booster la qualité des productions des blogueurs à commencer à prendre corps. L’association mijotait une sorte de projets susceptibles d’améliorer le rendu des publications. C’est la raison pour laquelle les formations ont été mises en première ligne. Cependant, un événement festif pour célébrer et récompenser les efforts des blogueurs qui se distinguent par la qualité de leur production manquait encore dans les activités de l’ABC. Mais c’est en 2021 que l’idée a pris corps. Pourquoi le projet représente-t-il un enjeu ?

Et les défis?

Le défi appartient aux blogueurs, désormais sous le label d’une association légalisée, de donner eux-mêmes du crédit à l’activité du blogging. Il appartient désormais aux blogueurs de donner de la visibilité au blogging camerounais, de faire connaître cette activité encore méconnue par le grand public qui confond encore le blogueur avec les lanceurs d’alerte ou les influenceurs. Cette ignorance induit ce public profane en erreur et fait attribuer aux blogueurs les dérives rencontrées souvent sur la toile à travers les réseaux sociaux. Il faut sortir le blogging camerounais de l’ombre où il est en le mettant au-devant de la scène face aux critiques.

Plusieurs cérémonies de récompenses des blogueurs existent déjà au Cameroun depuis quelques années. Mais elles sont organisées par des entités dont l’activité et les faits marquants sur le blogging sont questionnables. ABC Blog Awards est un produit 100 pour 100 conçu et réalisé par les blogueurs eux-mêmes. C’est une preuve que l’activité du blogging au Cameroun doit se réorganiser avant d’acquérir une certaine notoriété qu’elle recherche tant depuis belle lurette. Une cérémonie de récompense est un stimulus pour l’amélioration des productions et des contenus.

Saitarg / Iwaria

Les nommés de l’ABC Blog Awards de 2021

À la création de l’ABC, l’idée était de faire du blogging une activité débarrassée de la villégiature afin de la rendre plus professionnelle. Pour compléter ces formations, des récompenses pour les meilleurs venaient donc à point nommé.

Cette première édition a connu la récompense de sept blogueurs. Pour un début, le prix est constitué uniquement et symboliquement d’un trophée aux estampilles de l’ABC. Dans chaque catégorie, il y a eu quatre sélectionnés.

Les nommés :

Catégorie FEMME :

Catégorie SOCIÉTÉ :

Catégorie SANTÉ :

Catégorie TOURISME & LOISIRS :

Catégorie SPORT & CULTURE :

Catégorie POLITIQUE & ÉCONOMIE :

Catégorie MEILLEUR BILLET DE BLOG :

Le meilleur billet de blog 2021 est désigné parmi les nommés des six catégories précédentes. Les billets en compétition sont ceux qui ont été édités au cours de l’année 2021.

Comme bilan de participation, la première édition a enregistré 22 blogueurs, dont 10 femmes, qui ont été sélectionnés pour les 7 catégories en compétition. Il y a eu 15 blogueurs membres de l’ABC et 7 non membres, 16 blogueurs francophones et 6 blogueurs anglophones, et 2 blogueurs ont postulé sur 2 catégories en raison de 4 blogueurs par catégorie.

Qui sont les vainqueurs ?

Un jury présidé par le Directeur Adjoint de la plus prestigieuse école de journalisme au Cameroun a été l’une des surprises de cette édition de l’ABC Blog Awards de 2021. Même si la composition du jury a donné quelques sueurs froides à beaucoup de critiques, la présence du Professeur Nta A Bitang a fait taire des remous. Heureusement, la critique s’est moins acharnée sur la qualité des productions des vainqueurs après la proclamation des résultats.

Les lauréats :

Parmi les 7 lauréats ci-dessus, 3 d’entre eux ne sont pas membres de l’ABC, 2 sont des blogueurs anglophones, 4 sont les femmes, 2 sont de Mondoblog, la plus grande communauté de blogueurs francophones dans le monde (Atome et Thierry Didier Kuicheu), mais qui ont choisi de postuler avec leur propre plateforme de blog créée eux-mêmes.

ABC Blog Awards, c’est quoi la suite ?

La suite des ABC Blog Awards est certainement prometteuse. Les choses sont allées plus vite et trop vite même pour cette première édition. En fait, 15 jours de préparation, c’est un peu exagéré dans la mesure où plusieurs choses ont été peaufinées avant la sortie du projet du tiroir pour le dévoiler aux membres de l’ABC qui ne s’y attendaient d’ailleurs pas. Ce qui explique les critiques qui fusaient sur la discrétion et la spontanéité. Cela n’a toutefois pas permis d’arrondir les angles sur les ratés qui n’ont heureusement pas été visibles grâce au succès retentissant.  

Les critiques les plus acerbes sont venues des catégories proposées pour la compétition. L’exemple de la catégorie « Sport et Culture » a beaucoup fait grincer des dents les blogueurs spécialisés dans le sport qui étaient associés aux blogueurs spécialisés dans la culture. Pareil également pour la catégorie « Politique et Economie ». D’autres critiques ont suggéré, d’ailleurs comme ça se fait dans tous les concours de meilleurs blogs, un vote des internautes pour ne pas seulement se limiter à la notation des membres du jury.

En attendant le coup de grâce, souhait de beaucoup de haineux qui se profilent à l’horizon, cette première édition augure des coups de maître à long terme pour les ABC Blog Awards.


« Tchakou, tu veux manger le bangala ? »

A la découverte du bangala, par un concours de circonstance, l’ABC vient de faire une expérience merveilleuse : initier un article collectif. L’idée est venue du président Dania Ebongue qui souhaitait avoir un groupe de blogueurs réunis autour d’un terme presque tabou : le bangala. Terme populaire devenu choquant, il devient intéressant quand il est analysé sous divers angles. C’est donc à ce jeu que les sept blogueurs se sont lancés dans l’objectif de fixer l’attention sur un mot qui suscite encore beaucoup de curiosité lorsqu’on l’aborde sur la forme d’un récit à la suite d’une expérience vécue. L’article publié sur le site de l’association est la synthèse des contributions reçues. Il a fait l’objet d’une campagne avant sa publication, le 5 juin 2021.

https://twitter.com/BloggersCM/status/1401115040623759364

Dans les lignes qui suivent, je vous propose de jeter un œil sur l’expérience vécue du bangala que j’avais proposée.

A la découverte du bangala

C’est à Bafoussam que j’ai entendu quelqu’un me poser cette question pour la première fois : « Tchakou, tu veux manger le bangala ? ». J’étais terrifié t’entendre ça de la bouche d’une femme. C’était un vendredi du 28 mai dernier, quelques minutes après avoir terminé la couverture d’une campagne pour laquelle nous, blogueurs de l’ABC, étions en mission dans la ville, le temps était venu de retourner à l’hôtel. Mais, le chauffeur chargé de nous y conduire arrive dans quelques minutes.

Nous sommes au stade de foot de la chefferie de Bafoussam, lieu de la campagne « Qui sera l’Etoile MAGGI 2021 » pour la zone de l’Ouest. Juste à la sortie, à la droite, se trouve un barbecue. En attendant le chauffeur, mes collègues Dirane Kenfack, Borrin Kamguia, et Romuald Nguemkap alias Rihanno Mars, se sont laissés convaincre par Ghislaine Digona pour aller déguster quelques morceaux de viande de bœuf. Quant à moi, je me démerdais tant bien que mal, par mes pas lents, à les rejoindre. Arrivé à bonne distance, la fatigue qui m’envahissait m’empêchait de me rapprocher d’eux. Je préférais plutôt attendre le chauffeur à quelques mètres de là.

Un refus pas apprécié

Visiblement, cela n’a pas plu à Ghislaine qui ne semblait pas apprécier de me voir isoler. Elle a fini par trouver une astuce pour me convaincre de faire encore quelques efforts de marches supplémentaires pour les rejoindre. L’ambiance du barbecue semblait naturel. Situé au bord de la chaussée en pleine ville, il ne faisait pourtant pas grand monde. J’étais plutôt concentré à regarder ce paysage de la rue de Bafoussam que je vois pour la énième fois en toute vitesse.

Cette fois, je la contemplais vraiment. Lasse de m’attendre, Ghislaine balance sans coup férir, dans une voix chancelante qui, de loin, seule une oreille douce et attentionnée pouvait entendre : « Tchakou, tu veux manger le bangala ? ». Je croyais avoir mal entendu. Puis elle répète avec la même tonalité : « Tchakou, vient manger le bangala ».

Elle avait fini par me comprendre en lisant mon regard éberlué : « Ne me regarde pas comme ça. C’est le pénis du bœuf. C’est bon hein ! Vient alors manger ». Cette précision a réveillé un lointain souvenir lorsque j’allais à l’Extrême-Nord visiter le camp des réfugiés de Minawao en juin 2015. Les pénis de bœuf, découpé en lamelles, et non en rondelle comme j’ai vu à Bafoussam, j’en ai beaucoup consommé pour la première fois à Maroua. Quelle délectation lorsque je l’accompagnais avec une bouteille de Guinness !

Cette histoire de bangala au barbecue que Ghislaine consommait avec autant de plaisir m’a tout simplement fait sourire. Je n’étais pas surpris de la voir aussi joyeuse et en extase devant un plat rempli de morceaux pénis de bœuf découpé en rondelles.

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Affiche de l’Association des Blogueurs du Cameroun annonçant la publication

Bonne expérience, malgré tout

Les garçons qui l’entouraient avaient déjà disparu tout d’un coup. En avaient-ils consommé ? Je n’en sais rien. Ghislaine était apparemment à son aise. Elle en raffolait de plus belle. Qu’avait-elle trouvé de si spécial à cette chaire de bangala ? Je n’en sais pas grand-chose. Aux dernières nouvelles, ce sont les femmes qui adorent manger le bangala du bœuf, excitée sûrement et par curiosité.

L’arrivée du chauffeur a mis feu à la séance de délectation. En revenant me rejoindre dans la voiture où j’étais déjà à bord, Ghislaine s’écrit, comme pour me narguer de n’avoir pas goûter à une merveille de la nature : « Wéééé, Tchakou, c’était bon hein ! tu as raté quelque chose ». A ma question, « Tu as gardé ma part ? », elle répond sans hésiter, « Aka va là-bas. Tu n’es pas venu pourquoi ? En tout cas, le wadjo là m’a servi petit comme ça là ». Pourtant, j’ai bien vu Ghislaine emballer le reste et le dissimuler dans son sac à main ! Je ne le lui ai pas dit pour éviter de la contrarier et attirer l’attention du chauffeur qui ne savait même pas de quoi on parlait.

Les femmes et le bangala hein… !!!


Que signifie le concept « Qui sera l’Etoile MAGGI 2021 » ?

Maggi étais à Bafoussam. Invité par Nestlé à travers sa marque de cube Maggi, pour la nième fois, j’ai participé à une campagne Maggi, comme j’en ai l’habitude, mais cette fois c’était exceptionnelle. Exceptionnelle parce que le blogueur que je suis ne s’est pas seulement limité sur internet. J’étais, avec quelques collègues, appelé à effectuer une mission de trois jours hors de Douala, ma ville de résidence. Du 27 au 29 mai 2021 à Bafoussam, j’ai appris à connaitre et à redécouvrir la marque internationale Maggi sous une autre facette.

Avec la marque Maggi, J’ai déjà participé à plusieurs campagnes organisées par la multinationale Nestlé et surtout avec son label Maggi. C’est un cube qui continue de susciter des controverses sur les supposés effets secondaires que l’opinion populaire lui attribue. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les réactions sur internet ont toujours été mitigées pour ne pas dire négatives. Pour cette campagne de Bafoussam, je ne devais plus me limiter à internet. Le travail consistait, cette fois-ci, à aller sur le terrain, observer la campagne en blogueur sous une casquette de journaliste-reporter avant de faire un rapport d’observateur. C’est ce qui constitue l’une des particularités importantes de la mission.

Le concours de cuisine Etoile Maggi organisé à Douala, mais destiné aux écoles de formation de la ville. J’y étais également.

Le concept de la marque Maggi®

Nestlé, à travers son label de cube Maggi, s’est donné pour ambition de communiquer, d’échanger avec ses consommateurs. Les femmes sont en priorité sa cible principale. Pourquoi ce choix sur la cible ? Les raisons qui fondent ce choix montrent à suffisance également le contenu du concept.

La culture

La première raison est culturelle. La femme est considérée, en Afrique, comme la gardienne de la famille. Elle est chargée de prendre soin de son mari et de ses enfants. C’est encore elle qui s’occupe du ménage et de la cuisine. Elle est à la maison quand monsieur est sorti pour le boulot et quand les enfants sont partis à l’école. Ces charges lui confèrent une certaine responsabilité qu’elle doit assumer. L’une d’elle est inévitablement la cuisine. Elle est appelée à faire des choix difficiles comme le menu du jour.

Mais le plus difficile n’est pas seulement ça. Elle doit connaitre ce qui doit constituer les menus en terme de qualité et de quantité. Et le plus important des menus est la possibilité de pouvoir faire la différence entre le sel et le cube Maggi. C’est justement à ce niveau que réside le véritable casse-tête chinois. La question qui taraude évidemment les esprits n’est pas seulement celle de savoir la différence entre les deux ingrédients, mais surtout celle de savoir si les deux sont compatibles ou non.

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Les associations de femmes à Bafoussam étaient invitées à la campagne Etoile Maggi.

Par les voix de celle qui se fait appelée « Maman Mado », la complice des mamies (c’est ainsi que Maggi appelle affectueusement ses consommatrices) et de celle M. Fotso, le nutritionniste, que la réponse est dévoilée.

L’éducation

En effet, les deux ingrédients ne doivent pas être utilisé à la fois. C’est soit l’un, soit l’autre. Mais les mauvaises habitudes alimentaires associent les deux dans un même repas et cela a inévitablement des conséquences néfastes. Le corps humain a besoin de plus ou moins 5g de sel par jour. Un morceau de cube Maggi contient 2g. A trois repas par jour, la dose est déjà supérieure à 5g.

A quoi servira donc le sel dans un repas où le cube Maggi a déjà été ajouté comme ingrédient ? Evidemment, à rien, sinon à provoquer des maladies dues à l’excès de sel. Parmi les plus courant ici au Cameroun, il y a les maladies cardiovasculaires et l’hypertension artérielle voire même les risques d’œdèmes. De même, pourquoi est-il nécessaire d’utiliser le sel dans nos repas ? La carence en sel dans le corps humain a pour conséquence la déshydratation ou la chute de la tension artérielle.

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Les groupes de danse et les fans club des candidates mettaient beaucoup d’ambiance ce samedi 29 mai, jour du concours L’Etoile Maggi 2021 à Bafoussam

En conclusion, l’excès et la carence en sel sont à éviter. Il faut tout simplement une dose juste et conseillée par la médecine. Le choix du cube Maggi est donc double : restreinte et contrôler l’utilisation du sel dans notre alimentation (puisque le cube Maggi en a déjà) et donner un goût appétissant à nos repas.

Si cette dose n’est pas respectée, ou encore si les deux ingrédients sont utilisés en même temps, il est fort plausible d’être exposé. Le nutritionniste fait donc remarquer que l’apparition de ces maladies est faussement attribuée à l’utilisation du cube Maggi, pourtant c’est notre mauvaise habitude alimentaire qu’il faut interroger.  

La mobilisation et la sensibilisation

Cette éducation sur nos habitudes alimentaires constitue 75% du programme de la campagne. Elle était au centre de la communication entre les responsables de vente Maggi et les mamies pendant deux jours : jeudi 27 et vendredi 28 mai. Pour la journée de jeudi, les mamies invitées étaient des commerçants des différents marchés de Bafoussam. Et le vendredi 29 mai, la cible était les associations de femmes ayant leurs activités dans la ville.

Les vedettes de la campagne : les mamies

De 13h à 17h, les femmes ont eu non seulement droits à des conseils, mais surtout à des gadgets aux couleurs jaune et rouge de Maggi constitués d’ustensiles de cuisines en plastique non polluant.

Mobiliser les femmes et leur transmettre les messages sur les bonnes habitudes alimentaires n’est pas une sinécure. Pour y parvenir, deux sites ont été retenus pour la campagne. Le premier est celui du stade de la chefferie de Bafoussam et le second est celui du marché B de la ville. Pour les deux sites, l’interaction avec les mamies par le biais des questions-réponses a été les moments les plus palpitants.

Les questions sur la marque Maggi et surtout sur les différends ingrédients, 14 au total, que constitue le cube Maggi ont été les plus captivantes. Mais, il serait tout de même poli ici de préciser que trois ingrédients me paraissent importants ici. Je le dis parce qu’ils font partie des fausses affirmations dans le sabordement de la marque.

Les 3 ingrédients majeurs

Le premier est évidemment le sel. Le cube Maggi contient, comme je l’ai dit plus haut, 2g de sel. Cette précision est importante pour la simple raison que l’opinion populaire ne le sait pas. Ce qui entraine comme conséquent l’ajout, même d’une pincée, dans un repas. Cela est donc considéré comme superflu. Le deuxième est l’amidon. C’est l’ingrédient qui donne la forme cubique au cube Maggi. Curieusement, ce qui circule dans l’opinion est que cette forme n’est possible que sur l’effet du formol. Et le troisième est le sucre granulé qui est responsable de la couleur marronne. Contrairement à ce que pense l’opinion qui accuse Maggi d’utiliser les colorants.

Les Etoile Maggi 2021 de Bafoussam

Le clou de la campagne était justement le concours de la meilleure cuisine. La journée de samedi 29 mai était donc réservée aux valeureuses femmes et jeunes filles. Elles étaient dix belles femmes sélectionnées parmi une centaine des régions du Nord-Ouest et de l’Ouest. L’objectif du concours était plus simple : montrer leurs talents culinaires en concoctant un menu au choix pour une personne. Mais, avant cette journée de samedi, il y a eu plusieurs activités. Le plus captivant était l’investissement humain avec le concours des agents de la société d’hygiène et salubrité publique. Cette activité est bien pensée dans la mesure où Nestlé, comme plusieurs industries au Cameroun, et productrice de déchets industriels, doit veiller à l’assainissement de l’environnement.

Le concours de cuisine

Le concours, proprement dit, a marqué l’apothéose de la campagne, troisième étape des cinq après celle de Maroua et de Bertoua. Les prochains tours seront réservés aux villes de Douala et de Yaoundé.

Le concours est l’étape de la campagne où les femmes mettent en pratique les conseils reçus sur les bonnes habitudes alimentaires. L’un des conseils prodigués est naturellement la composition des menus. Ceux-ci doivent être complets, c’est-à-dire contenir les trois nutriments alimentaires (glucides, lipides et protéines) et les trois groupes alimentaires (les aliments énergétiques, constructeurs et protecteurs). D’autres critères, bien évidemment, entrent également en jeu. Il y a la communication, la technicité, le dressage du produit dans l’assiette et la qualité du plat. Le tout sur 100 points pour chaque candidate.

Agées de 18 à 35 ans, elles devaient se rivaliser d’adresse et d’ingéniosité en appliquant tout simplement les conseils. Elles avaient chacune droit à 90mn pour achever avec les trois étapes : choix des ingrédients, préparation et cuisson. Ensuite il y a eu des dégustations des menus des candidats par les membres du jury. Au nombre de trois, M. Fotso (président), Mme Mounjouenpou et M. Pierre Loti ont, chacun à leur tour, déguster tous les plats. Enfin, la proclamation des résultats s’est faite une heure après.

Les 3 Etoiles Maggi

L’Etoile Maggi 2021 de Bafoussam se nomme Matsinkou Edith, 24 ans, étudiante à Dschang. Elle remporte un chèque de 500.000Fcfa accompagné d’un trophée. Le deuxième prix revient à Nanfack Carine Rosie, 28 ans, commerçante à Bafoussam. Elle gagne un réfrigérateur. Enfin, le troisième prix est remporté par Batomen Lolita, 19 ans, étudiante à Bafoussam. Elle emporte une cuisinière.

Que dire de plus avec Maggi ?

Le concept « Qui sera l’Etoile Maggi 2021 » est donc un tout comprenant des activités éducatives, récréatives et compétitives autour des comportements alimentaires. Il ne fait donc l’ombre d’aucun doute qu’on en sort édifier et rassurer même si on n’est pas fan de cube Maggi. Même s’il est vrai que derrière cette campagne se cache une publicité outrageuse, mais il est également de bon ton de savoir faire le bon choix entre d’une part le cube Maggi et le sel, et d’autre part entre le cube Maggi et les autres cube qui sont présents sur le marché camerounais.


Pourquoi le choléra existe encore à Douala ?

Le choléra existe bel et bien à Douala, dans la région du Littoral. Une deuxième phase de vaccination contre le choléra vient de s’y achever, où je réside. Après la première phase de la campagne de vaccination du 1er au 14 août 2020, la seconde s’est déroulée du 25 au 30 mars 2021. Deux autres régions étaient ciblées : le Sud et le Sud-Ouest. Les équipes de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour le Cameroun et le personnel de la santé de la région du Littoral basé à Douala étaient sur le terrain.

Pour mener à bien cette campagne contre le choléra, ils étaient appelés à administrer une ou deux doses de vaccin anticholérique à 366.320 personnes âgées d’un an et plus. Ce sont les populations dont les zones cibles sont réparties dans quatre districts de santé et dans dix aires de santé.

Districts de Santé (DS)Aires de Santé (AS)
New-Belle, Japoma, Bonassama et NylonNew-bell Bamiléké, Youpwe, Mbam Ewondo, Nkolouloun, Sebenjongo, Makéa, Bwang, Soboum, Mabanda et Bonassama
Tableau n°1 : populations cibles pour la vaccination anticholérique dans la région du Littoral.
Source : DRSPL (Douala)

J’en ai profité pour mesurer l’état de la situation du choléra dans la ville de Douala. Cela m’a permis de constater l’ampleur des dégâts, dans cette ville économique, et cosmopolite.

https://twitter.com/joelpro12/status/1375379567012110337

Ces types de questions sur l’existence du choléra à Douala semblent anodines. Elles témoignent pourtant de l’ampleur des dégâts. Ce qui est généralement mis en cause, c’est justement l’indiscipline urbaine. De quoi cette indiscipline est-elle l’origine ? D’aucuns diront qu’elle est le fait de la méconnaissance ou de l’ignorance. Et d’autres feront allusion à de l’inconscience ou à de la négligence, tout simplement. Les exemples sont légions sur l’un et l’autre cas. En plus d’un bilan sur cette deuxième phase de la vaccination à Douala, je vais vous présenter quelques-uns de ces exemples.

Le vaccin anticholérique (contre le choléra) à la place du vaccin anti-covid19 ?

Douala fait face au danger du choléra, en pleine période de la deuxième vague de la pandémie de Covid-19, apparue depuis janvier 2021. L’urgence d’une campagne de vaccination anticholérique s’est imposée avec la résurgence de « dix cas suspects de choléra qui ont été enregistrés dans la ville de Douala dont un décès communautaire ». C’est ce qu’annonce la Délégation Régional de la Santé Publique pour le Littoral (DRSPL) dans son bulletin d’information pour la circonstance du 22 mars 2021.

Pourquoi la priorité sur la vaccination contre le choléra ?

Cette campagne (vaccination anticholérique) arrive juste au moment où le monde entier est mobilisé pour la vaccination anti-Covid-19. A cet effet, le Cameroun attend, par la voix du ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, l’arrivée de sa cargaison de vaccins contre la Covid-19. La commande de ce vaccin anti-Covid-19 suscite d’ailleurs des polémiques au Cameroun. La pandémie de la Covid-19 n’a pas encore fini de mettre l’opinion africaine et camerounaise en émoi, et le vaccin ne facilitera pas la tâche non plus.

C’est donc dans un contexte difficile et tendu dans l’opinion publique que cette campagne de vaccination anticholérique interviendra. Ce chevauchement entre les deux campagnes laissera encore persister le doute sur la « théorie du complot » et poussera l’opinion à insister sur les illusions qu’elle se fait sur l’existence de ce virus. Ce climat entraîne donc la méfiance et la prudence, bien que justifiée, des populations vis-à-vis de tous les vaccins.

Différence entre vaccin anti-Covid-19 et vaccin anticholérique

Cela fait partie d’un contexte que l’administration publique et le personnel de la santé ont eu l’occasion d’affronter. Face à ce climat de résistance, les populations ont donc perçu l’arrivée du vaccin anticholérique comme une manière déguisée de leur administrer le vaccin anti-Covid-19. La communication communautaire, qui semblait d’ailleurs complexe voire impossible au départ, s’est avérée souple malgré la persistance des résistances.

Pour le fin mot de l’histoire, il a suffi d’expliquer, à ceux qui ont bien voulu prêté une oreille attentive aux équipes de sensibilisation sur le terrain, que le vaccin anticholérique est une prise orale, contrairement au vaccin anti-Covid-19 qui se fait par injection. C’est probablement cette astuce qui a permis de sauver cette campagne.

« Nous sommes habitués à la saleté »

C’est une révélation et un aveu fracassant d’échec dans leur quête de bien-être. Pour éviter d’être jugé par leur conscience, les populations se considèrent comme déjà immunisées contre les maladies, à cause de la saleté dans laquelle ils doivent vivre. Douala est une ville cosmopolite et obscurcie par la mauvaise organisation de ses habitations. Ainsi, les zones marécageuses à ciel ouvert sont encore le lot quotidien des habitants de Douala. La promiscuité règne toujours, malgré l’évolution des normes en matière de construction. Il suffit d’ailleurs d’une simple pluie diluvienne pour mettre à nu la gangrène de ce désordre urbain.

Les habitudes ont la peau dure

Le comble est que les populations ont fini par s’y habituer, au point de croire que le vaccin ne leur servirait à rien. Les marécages, les mangroves, la drainée des eaux usées de ménages et des eaux de pluie, polluent l’eau des puits. Ces quartiers utilisent cette eau pour divers usages : toilettes, ménages, cuisine et alimentation. Ainsi, la consommation de ces eaux et des aliments souillés exposent aux risques de choléra.

Parler de choléra dans une ville comme Douala, considérée comme le poumon de l’économie du Cameroun, c’est avouer qu’elle est la ville la plus sale du pays. En tant que capitale économique, ces clichés montrant le visage hideux et moyenâgeux de Douala ne font pas seulement frémir : ils laissent les observateurs pantois. Comment le choléra peut-il apparaître à Douala, une si belle ville avec de si beaux immeubles ? Les belles maisons qu’on voit tous les jours ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

Douala est véritablement une ville sale où ses habitants prennent le risque de s’y plaire. Pire encore, elle s’illustre par une indiscipline qui ne dit pas son nom en obstruant les passages des eaux sales par leurs constructions hasardeuses.

Faut-il désespérer pour autant ?

Peut-on, à la fois, s’exposer par l’indiscipline en mettant également sa vie en danger ? Est-ce que la survie mérite-t-elle qu’on prenne des risques, au prix de la mort ? Quant à moi, je me risquerai à poser la question suivante : cette insouciance vaut-elle vraiment la chandelle ? Autrement dit, peut-on prendre le risque de sensibiliser des gens qui semblent n’être pas du tout prêts à remédier à la situation sanitaire ? Ce sont des questions qui ne manquent pas d’intérêts. Comme dirait un adage, « on ne perd rien à essayer ».

Pour reformuler la question plus simplement, faut-il abandonner la lutte contre le choléra parce qu’on aurait à affronter des résistances ? Peut-on risquer sa vie (oui, puisqu’il s’agit de ça aussi) pour sauver celles des autres ? Ces questions n’ont plus de sens si l’on considère sa mission comme relevant de l’humanitaire. Ceux qui ont besoin d’aide peuvent ne pas toujours avoir conscience des risques de l’environnement, malgré leur bonne santé apparente. C’est justement ce à quoi les équipes de vaccination devraient s’attendre au cours de cette campagne. Les chiffres sont les seuls à témoigner de son efficacité.

Le bilan de la 2ème phase de la campagne contre le choléra

Cette deuxième phase se termine à la fin de la journée du 30 mars par un regain d’espoir. En analysant les statistiques fournies par le Bulletin d’informations de la Délégation Régionale de la Santé publique du Littoral, la campagne de sensibilisation à mi-chemin a-t-elle reçu un écho favorable ? Je dirais qu’il est difficile de répondre à cette question pour le moment. Cependant, il est cependant possible de faire des estimations et de mener une analyse de la portée de la campagne en terme de communication à Douala.

DistrictsMénages visitésPersonnes sensibilisées
Bonassama14.65730.628
Japoma1.2572.123
New-Bell26.79250.367
Nylon8.51317.373
TOTAL51.219100.491
Moyenne10.24420.098
Tableau n°2 : Distributions des fréquences sur le ménages visités et les personnes sensibilisées.
Source : DRSPL (Douala).

La complétude journalière de la campagne est de 75%. Ce qui lui donne une note positive au-dessus de la moyenne. En termes de statistiques cumulées des ménages visités et de personnes sensibilisées, le tableau suivant, montrant des fréquences cumulées, donne l’ampleur général de la sensibilisation dans les quatre zones cibles.

Grâce à tableau bilan sur la deuxième phase de la campagne de vaccination contre le choléra à Douala, on peut voir les moyennes des ménages visités (10.244) et des personnes sensibilisées (20.098). Tout cela nous donne un ratio de 1,96.

Pour ce qui concerne la gestion des refus, le taux se situe autour de 33,22%. Il est en hausse par rapport à la première phase. Quant à la vaccination proprement dite, la progression moyenne affiche 6,49%. Mais prise individuellement, les quatre zones cibles sont au-dessus de la moyenne, et celle de Japoma bat le peloton. En termes de couverture, les statistiques affichent un taux de 29,32%.


Mesures barrières : la démystification des stéréotypes

Il existe dans l’opinion populaire au Cameroun, tout un discours développé autour des mesures barrières (masques de protection ou cache-nez, lavage des mains, distanciation sociale) contre la Covid-19. Les mesures gouvernementales pour la lutte contre le coronavirus sont mises en branle depuis le 17 mars 2020. Le masque, par exemple, est devenu l’objet quotidien le plus fréquemment utilisé. Au fil du temps, les stéréotypes se sont accrus et répandus quant à la nécessité du port de ce masque. Je suis allé à la recherche de tous ces discours les plus courants développés depuis un certain temps. Il est question ici de les démystifier afin de proposer des contre exemples sur le covid-19 ou coronavirus et ses mesures barrières.

J’ai déjà entendu tout un lot de discours sur les masques qui sont aujourd’hui devenus populaires. Il faut par ailleurs préciser que ces discours sont le reflet d’un contexte où la Covid-19 est toujours et encore considérée comme une fiction, malgré la réalité du désastre sanitaire. Pour se donner bonne conscience, les Camerounais trouvent des raisons pour ne pas respecter l’une des mesures barrières la plus importante : le port du masque ou cache-nez.

Mesures barrières n°1 : Le port du masque

Pourquoi les Camerounais ne font-ils plus attention à leur santé depuis l’apparition du coronavirus, en n’appliquant pas les mesures barrières ? Parce qu’ils étaient convaincus que le gouvernement avait levé les treize mesures instituées le 17 mars 2020. Nous venons donc d’apprendre, par la voix du Premier Ministre Dion Ngute, le 5 mars 2021, que ces mesures barrières n’ont jamais été levées. Il s’agissait plutôt d’un « assouplissement progressif », compte tenu de la « maîtrise de la pandémie ».

Les raisons culturelles

Pourquoi les camerounais ne portent-ils plus de masque (cache-nez) ? Les raisons sont multiples et diverses. Les plus récurrentes et répandues sont évidemment culturelles : « c’est l’affaire des blancs, ça ne nous concerne pas ». C’est un vieux discours que les gens tiennent depuis l’apparition d’un cas de la Covid-19 en mars 2020. Depuis cette date, il n’y a eu que des morts et le non-respect des mesures barrières en est la principale cause. Cette pandémie tue encore de nos jours. J’ai été à l’hôpital général de Douala pour une visite médicale me concernant. À mon arrivée, j’ai été surpris de voir les femmes en larmes, à l’entrée principale. Le coronavirus continue de faire des dégâts au Cameroun.

https://twitter.com/doualanow/status/1369234384633671685

L’un des discours culturellement forts est celui attribué à l’immunité des noirs au coronavirus. Certains sont même allés jusqu’à affirmer que « la saleté ne tue pas l’homme noir ». Ce genre de stéréotypes culturels sont légions. Ils sont construits sur de fausses informations, ou sur des illusions que les gens construisent. Ces illusions trompeuses peuvent induire les populations en erreur face à une réalité inébranlable.

Ces mesures barrières n’ont jamais été levées. Il s’agissait plutôt d’un « assouplissement progressif » compte tenu de la « maîtrise de la pandémie ».

Dion Ngute, Premier Ministre Camerounais, le 05 mars 2021

Ce type de discours est surtout l’apanage des thèses du panafricanisme, qui soutiennent mordicus que le coronavirus a été créé pour décimer l’Afrique. Comment peut-on insinuer à la fois que le virus a été créé pour décimer l’Afrique et en même temps affirmer que le coronavirus ne nous concerne pas ? S’il a été créé pour décimer le continent, c’est justement une raison suffisante pour que les Africains eux-mêmes prennent des dispositions pour s’en préserver. Ils restent tout de même accrochés à la thèse de l’immunité du noir, alors que les Africains et les Camerounais en meurent.  

Le manque de leadership 

J’ai demandé à un voisin les raisons qui le pousse à ne pas ou à ne plus porter son masque. C’est un voisin qui avait l’habitude de porter son masque chaque fois qu’il mettait le nez dehors. Mais, depuis un certain temps, il a baissé la garde et cela a attiré mon attention.

https://twitter.com/stevemoukam/status/1368634405678366729

Voici sa réponse : « Mais, mon type, on a les remèdes de Kleda, pourquoi le gouvernement ne lui donne pas les moyens ? Pourquoi le gouvernement ne vulgarise pas ce traitement ? Ces mêmes membres du gouvernement ne portent pas de masques. Tu as même vu les vidéos qui circulent sur Facebook ? Ils (les membres du gouvernement, ndlr) organisent les fêtes chez eux, ils assistent aux concerts. Il y a même des manifestations organisées partout dans le pays, pourquoi le gouvernement ne les interdit pas ? Pardon, je ne suis plus là ».

Il faut le déplorer tout de même : c’est un citoyen en colère contre son gouvernement et celle-ci est légitime. Cependant, en guise de réponse, il a été surpris que je n’entre pas dans son jeu. Bref, ma réponse a été toute simple : « En attendant de trouver des réponses à toutes ces préoccupations et ces manquements, tu fais donc comment pour te protéger toi-même en respectant les mesures barrières ? Si un ministre ne se protège pas, cela t’empêche-t-il de te protéger, toi ? ».

Je me livre assurément à une forme de communication difficile, face à une population qui manque de leaders. Celui-ci aurait un rôle primordial : celui de servir de guide. Comment faut-il donc faire en cas d’urgence pour sauver un tel peuple d’une pandémie qui sévit ? La seule chose qui reste à faire, c’est de dire à chacun qu’on ne se protège pas pour quelqu’un d’autre que soi-même. C’est un discours porteur et ça marche si on est sincère. Le respect des mesures barrières n’est quand même pas une chimère.

Mesures barrières n°2 : Le lavage des mains

Pourquoi les camerounais ne se lavent-ils pas régulièrement les mains ? Pourquoi ont-ils perdus cette bonne habitude qui était pourtant répandue depuis mars 2020 ? Le nouveau coronavirus ne les convainc pas de reprendre ce lavage des mains pour la seule et simple raison que, disent-ils, « l’eau et le savon disponibles dans les lieux publics ont subitement disparu ». Il faut néanmoins le décrier, ce dispositif de lavage des mains à l’entrée des espaces publics est devenu rare. Cependant, il existe une possibilité d’échapper à ce manquement : toujours avoir sur soi son tube de gel-hydroalcoolique.

https://twitter.com/AthemRovanol/status/1370438446024626176

Avoir un gel-hydroalcoolique toujours à sa disposition est vivement conseillé pour plusieurs raisons. La principale est qu’il devient très récurrent de toucher aux surfaces régulièrement fréquentées par le public. Je pense surtout aux poignées des portes (maisons, voitures ou taxi, etc.), aux pièces et billets de banque, aux téléphones portables, etc. Ce sont des surfaces que l’on est habitué à toucher quotidiennement. Et il faut donc penser à se laver les mains plusieurs fois par jour.

Le dispositif composé d’eau et du savon n’est pas toujours à portée de main. Le gel-hydroalcoolique présente donc comme une solution efficace pour pallier à ce manquement. Il existe des flacons de 25 à 100ml facilement dissimulables dans un sac à main, ou une poche de pantalon.

Mesures barrières n°3 : La distanciation sociale

Pourquoi les Camerounais ne respectent-ils pas la distanciation sociale ? Dans les files d’attente des rangs et sur les bancs, un écart d’un mètre au moins doit être respecté entre une personne et son suivant. Ça doit être la règle dans tous les espaces publics : commerce, hôpitaux, banques, guichets de paiement, etc.

C’est une discipline franchement difficile à respecter. Les marques qui étaient tracées au sol et sur les sièges depuis mars 2020 ont aujourd’hui disparu par l’usure du temps. Vivement que cette mesure soit respectée pour le bonheur de tous. Du coup, il devient pénible d’imaginer la distance d’un mètre, par exemple, pour éviter de se toucher les uns les autres.

La solution la plus efficace est de demander poliment à celui qui vous suit de reculer à une certaine distance. À ce niveau, on ne rencontre pas toujours de la riposte. Les gens s’exécutent gentiment. C’est toujours important de prendre les précautions personnelles au lieu de faire une fixation sur les marques de distanciation sociale qui n’ont pas été renouvelées depuis un an à peu près.

Dans cette histoire de distanciation sociale, la stratégie voudrait qu’on mette sa politesse à l’épreuve en faisant baisser la colère et l’affront pour dissuader l’autre. Cette stratégie d’affront n’est pas toujours gage du succès. Il faut plutôt privilégier la persuasion et la politesse.

La santé est individuelle

Pourquoi les taximen Camerounais conduisent toujours sans masque, et font toujours le « bêchement » (la surcharge), sans craintes ? Réponse : ils disent que le masque n’est pas nécessaire pour la simple raison qu’il n’y a plus de contrôles, comme ça se passait au début de la pandémie Covid-19 en mars 2020. J’ai toujours dit, à tous ceux qui me lisent et m’écoutent, que la santé est d’abord personnelle avent d’être publique. Si tu ne te protège pas, c’est toi qui vas en pâtir et non les gendarmes ou les policiers.

Pourquoi les Africains, les camerounais refusent de se protéger contre une pandémie parce qu’il n’y a plus de contrôle ?

C’est généralement le fait de la naïveté qui pousse à ce genre de comportements. À la moindre crise, les gens sont toujours surpris de constater que les hôpitaux n’ont plus de lits disposant d’un respirateur en bon état de fonctionnement. Pourquoi n’y a-t-il plus de place dans les hôpitaux alors que le coronavirus n’existe pas ? Le constat amer nous remet face à la réalité.

Nous ne devons pas perdre de vue que c’est chacun qui individuellement se protège et protège les autres

Dion Ngute, Premier Ministre Camerounais, le 05 mars 2021

C’est pour ça que chaque jour nous recevons les voices WhatsApp où des personnes qui ont perdu un membre de leur famille, pleurent.

J’ai passé toute mes journées de jeudi 11 et de vendredi 12 mars à subir le regard des autres. Pour quelles raisons, me demanderez-vous ? Pour la seule et simple raison que, figurez-vous bien, j’avais un masque ! Oui, une personne avec un masque au milieu d’une foule de personnes sans masques, ça devient, à la limite, bizarre. Mais, quand je sais, dans mon for intérieur, pourquoi je le mets, rien ne peut m’ébranler.

Il devient très difficile de supporter le regard des autres, je le sais. Je sais aussi ce qu’on ressent psychologiquement et moralement en tant que personne en situation de handicap. En plus de ces regards, j’ai même subi des moqueries du genre : « ah kah dit donc salut moi bien comme un bon Africain » ; « enlève ta chinoiserie que tu as mis sur la bouche là » ; « je dis qu’hein Tchak’s, tu n’es pas au courant que les masques bleus que tu portes-là contiennent des bactéries introduites par les Chinois ? ».

Quand je pense que dans tous les hôpitaux au Cameroun, c’est le masque bleu que le personnel hospitalier porte. Imaginons donc que tous les médecins Camerounais venaient à être exterminés à cause de ces types de masque. Les camerounais ont des raisonnements vraiment ridicules.

Et le Premier Ministre Dion Ngute l’a explicitement martelé le 5 mars 2021, pour rappeler les Camerounais à l’ordre en ces termes : « Nous ne devons pas perdre de vue que c’est chacun qui individuellement se protège et protège les autres ».


Un concours de cuisine au goût Maggi

Douala a vibré ce samedi 6 mars 2021 lors d’un concours de cuisine organisé par Nestlé Cameroun sous le label Maggi. La première curiosité pour un tel événement n’est pas seulement le mode de sélection. Elle est surtout celle de savoir comment la sélection de la meilleure recette de cuisine se fait… Comment fait-on pour connaître le meilleur plat proposé par tous les candidats en matière de goût ? Pour la première fois, j’ai assisté à un concours de cuisine, moi qui suis un profane du domaine. Ce concours a été une belle expérience. J’en ai profité pour avoir enfin les réponses à ces questions.

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Le centre de formation CAFRAD déclaré « futur chef Maggi Fomaric 2021 »

C’est quoi, le concours de cuisine Maggi ?

Le « concours culinaire futur chef » est un jeu organisé par Nestlé Cameroun avec sa marque Maggi. Il met en compétition les lycées, écoles ou centres de formation des jeunes de l’art culinaire. Il s’agit donc de jeunes et non de professionnels, contrairement à ce que je pensais. Ils viennent s’illustrer devant le public et leurs encadreurs pour faire valoir leurs compétences en matière de cuisine. Cependant, plusieurs catégories de concours de cuisine existent : pour les professionnels, les femmes de ménage, etc. Celui-ci concerne les plus jeunes en apprentissage optionnel dans un lycée, ou en formation professionnelle. Les trois (3) premiers sont désignés et récompensés : cadeaux, gadgets et chèque.

Chacune des écoles de formation propose deux (2) cuisiniers qui seront aux fourneaux pour la compétition. Comme critère de menu, les compétiteurs doivent proposer un plat complet pour une personne. Naturellement, le plat complet est toujours composé des trois (3) éléments principaux (glucides, protéines et lipides). Ce plat principal, appelé « résistance », doit être accompagné par deux (2) autres appelés « entrée » et « sortie ». Un plat ainsi composé contient 100 % d’énergie. Pour ce qui concerne les menus, le choix est laissé aux candidats. Comment le concours proprement dit se déroule-t-il concrètement ?

Pour cette compétition de 2021, huit équipes ont répondu présentes : KGS Cefoprah, CAFRAD Bonabéri, CEFOR Hôtellerie Deido, Lycée Technique Akwa, Centre de Promotion de la Femme et de la Famille de Douala 5 (CPFF), Lycée Bilingue de Deido (option ESF), l’École Bilingue du Tourisme. Un seul recevra le prix dénommé « futur chef de Fomaric 2021 ». Fomaric est une « fête annuelle qui est un mélange original de fête foraine, de foire d’exposition et festival musical » organisé chaque année par Fomaric Foundation.

Le passage aux fourneaux

Le concours comporte cinq (5) étapes : le marché, la cuisson, l’examinassions, la proclamation et le couronnement sur le podium avec le titre de « l’Étoile Maggi ».

Le marché

La compétition se déroulement exactement comme dans une télé réalité. Pour commencer, les deux (2) candidats de chaque équipe doivent aller faire le marché. Pour faciliter la tâche aux candidats, les organisateurs mettent à leur disposition des ingrédients variés. Le marché est une sorte d’étalage créé au milieu de la cour. Selon le menu choisi, les candidats viennent se ravitailler gratuitement en produits alimentaires de leur choix. Je ne peux pas vous garantir que tout y était. Mais, tout ce qu’une personne, surtout un professionnel, a besoin pour un menu complet y était.

La préparation et la cuisson

La deuxième étape est celle de la cuisson. Les « futurs chefs » sont déjà à la préparation. Entre temps, leurs camarades, appelés « fans club », s’exhibent dans l’animation au gré de leur force. Un tour près des fourneaux ? J’en ai eu l’occasion. Comme plat principal, j’ai pu découvrir les légumes présents dans tous les menus, l’une des exigences du jury. Le menu qui a attiré le plus mon attention est celui du CAFRAD Bonabéri. Les candidates ont choisi de faire des légumes pistaches accompagnés du couscous maïs. C’est un plat d’origine Bamoun appelé localement le « Ndjap-cheu ». Chaque équipe a au total une (1) heure pour terminer la préparation et la cuisson.

L’examinassions ou la dégustation

C’est le moment de vérité. Les menus sont présentés aux trois (3) membres du jury dont le nutritionniste Samuel Fotso assure la coordination. C’est justement à ce niveau que ma curiosité devient féroce. En fait, j’avais une certaine appréhension de ces concours de cuisine organisés en télé réalité. Je me posais toujours la question de savoir comment font les membres du jury pour savourer les différents mets proposés par différents candidats afin d’en saisir le meilleur. Comment faire pour distinguer au même moment tous ces plats aux goûts différents ?

Ces trois (3) membres du jury sont donc conviés à cet exercice peu ordinaire de dégustation. Évidemment, il leur faut une (1) heure de temps pour y arriver. Chaque équipe présente son menu en expliquant le rôle et l’importance de ses éléments nutritifs pour le corps humain. Pour cet exercice, plusieurs critères étaient en jeu : le goût, l’odeur, la couleur, la saveur, la composition alimentaire (plat équilibré), etc. Presque cinq (5) minutes ont suffi aux membres du jury d’apprécier la proposition de chaque équipe.

La dégustation de chaque plat est le moment le plus important. Il faut d’abord tester la flagrance en humectant dans la bouche et avaler. Il suffit d’observer la mine de chaque candidat pour être au courant de la qualité du repas. Pour passer à un autre menu proposé par une autre équipe, un certain est nécessaire. Ce laps de temps permet à la gorge de s’assécher. On oublie ce qu’on vient d’humer, d’humecter et d’avaler. Une nourriture plus épicée ou ayant une odeur plus forte peut influencer la dégustation suivante. Ce temps d’attente est meublé par des causeries avec les candidats avant la dégustation de leur plat. Les questions tournent autour de la manière dont on procède pour réaliser le plat proposé.

La proclamation et le couronnement

Une (1) heure après les différentes dégustations, les membres du jury se retirent pour une longue concertation. A l’issue de celle-ci, Samuel Fotso proclame les résultats qui sont mis à la disposition de l’organisateur. Comme je l’ai dit plus haut, trois écoles sont primées. La troisième position est occupée par le Centre de Promotion de la femme et de la famille de Douala 5 (CPFF), qui empoche un cachet de 200.000FCFA. La deuxième, quant à elle, est occupée par le CEFOR Hôtellerie. Un cachet de 300.000FCFA a été offert à l’équipe.

Pour la couronne dénommée « Futur chef de Fomaric 2021 », le CEF CAFRAD de Bonabéri remporte la mise et empoche un chèque de 500.000FCFA. Cette école s’est particulièrement illustrée par la capacité de communication de ses candidates. Eh ! oui. L’un des critères qui pourrait échapper à plusieurs, c’est la capacité des candidats à mieux vendre les qualités de leur menu, de leur plat proposé en terme d’apports et de richesses nutritionnelle des aliments. Rendez-vous est pris pour 2022 !


Africanwits et les femmes à la conquête du numérique

L’avenir du monde est-il dans le numérique ? Cette question renvoie à une autre : celle de savoir si le numérique a un avenir. Andrew Keen, analyste et auteur anglo-américain, mais surtout considéré comme un techno et futurologue, affirme que l’avenir du monde c’est le numérique. Mais il va plus loin et milite pour la thèse de l’avilissement du monde par le numérique. Le numérique est donc un domaine plein d’enjeux, tant sur le plan économique que culturel. C’est la raison pour laquelle tous les acteurs doivent se mobiliser afin de l’approprier et ne pas rater le train de l’histoire. Africanwits l’a bien compris et s’engage depuis plusieurs années à susciter des débats sur les problématiques du genre et du numérique.
https://twitter.com/AfricanWITS/status/1359527511550525445

Africanwits, qu’est-ce que c’est ?

African Women In Tech StartUp (AfricanWITS) est un Tech Hub né en 2016. Il a pour vocation l’autonomisation de la femme à travers la maîtrise de la technologie numérique. Les femmes doivent saisir l’occasion qu’offre le développement exponentiel du numérique. Pour y parvenir, elles doivent se préparer. Comment l’être, avec cette fracture sociale du genre, où sa représentativité est toujours décriée ? On voit ici le travail qu’il y a à faire dans l’opinion public sur les femmes et leurs capacités. Les technologies de pointe étant un domaine réservé, Africanwits s’est donné pour mission d’aller à la conquête de celles qui peuvent changer l’avenir du monde. Vaste programme !

C’est donc une initiative qui crée des opportunités, en ouvrant la voie vers l’avenir. Elle ne se limite pas seulement à susciter des vocations, mais aussi à empêcher l’avilissement culturel du monde à travers le numérique. Elle reste donc le porte flambeau de la préservation d’une culture authentique. Le numérique ne doit donc pas être le berceau de la déshumanisation. C’est justement ce que Africanwits s’évertue à inculquer comme éducation numérique à travers les activités : les formations, les débats et conférences depuis son existence. Et Africanwits fait déjà parler de lui à travers les prix, notamment celui du Grand Prix CEMAC de l’hackathon Teg Campus 2020. Mais, ce qui est cependant intéressant dans ses multiples activités, c’est son festival dénommé « Festival Femme Numérique (FFNUM) ».

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Festival Femme Numérique (FFNUM) de AfricanWits

Festival Femme Numérique (FFNUM)

Africanwits, pour atteindre son objectif concernant la réduction des fractures numériques entre les hommes et les femmes, doit susciter des conditions d’incitation à l’investissement des femmes dans le domaine. Pour ce faire, il crée des initiatives où les autorités politiques, administratives, des organisations publiques et privées se plient à l’écoute des femmes. C’est justement à ce niveau que le challenge devient galvanisant. C’est la raison d’être du Festival Femme Numérique (FFNUM).

Le FFNUM est un espace de rassemblement des femmes autour des activités diverses comme les débats, les formations, les ateliers, et même les concours avec des récompenses. C’est l’une des activités phares de Africanwits à travers sa quête du leadership au féminin dans les domaines du numérique. Un défi que ce Tech Hub doit relever cette année dans un contexte où la Covid-19 bat son plein. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce Tech Hub oriente son thème : « Numérique et Leadership Féminin : parvenir à un avenir égal dans un monde covid-19 ». Cette troisième édition est organisée sous le haut parrainage du Ministère des Postes et Télécommunications et du Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille au Cameroun.

Au programme

Le contexte actuel dominé par la crise sanitaire de la Covid-19 impose à Africanwits un programme très restreint à la participation en ligne. Ainsi, les femmes concernées par les FFNUM, de tous horizons, seront conviées à suivre les activités en ligne.

Du 4 au 8 mars prochain, une série de webinaires et exposés d’experts aura lieu, autour de la Covid-19 pour la majorité. Ils aborderont les opportunités et les défis sur la finance, le e-Trade, le e-learning, la cybersécurité de fond en comble. Une vingtaine d »experts animeront les webinaires.

Des thèmes articuleront les ateliers, comme Facebook, la cybersécurité, les ChatBots, Orange digital center, le community management, et bien d’autres encore. Ces ateliers sont par contre réservés aux entrepreneures confirmées ou non. Il suffira d’être juste une jeune femme ambitieuse et souhaitant faire carrière dans le numérique.

Ces ateliers seront l’une des activités majeures qui va susciter sûrement des curiosités. Ce sera sur la forme de ce que Africanwits a appelé « la caravane numérique ». Pendant deux jours en présentiel, plus de 1000 jeunes filles auront là une occasion de découvrir sur le tard les opportunités qu’offre les technologies du numérique.

Les caravanes vont s’étendre sur plusieurs villes, notamment Yaoundé, Douala, Buea et Ngaoundéré. Cependant, ce sont les lycées, les grandes écoles et les universités qui seront les lieux de prédilection de ces caravanes.