Yves Tchakounte

Visite officielle de Guillaume Soro : Quelle leçon pour le Cameroun ?

Le président de l’Assemblée Nationale de la Côte d’Ivoire, Guillaume Kigbafori SORO, en visite de travail au Cameroun, a presque partagé l’actualité avec la sortie manquée des Lions Indomptables à la coupe du monde au Brésil. Il a été invité sur le pupitre de la chambre basse de l’Assemblée Nationale pour s’adresser aux Camerounais. Fidèles à leur habitude de boycott, les députés du principal parti de l’opposition (SDF) sont sortis de la salle. Les députés du parti au pouvoir (RDPC) les ont accompagnés par de acclamations. Mais, ce que j’ai remarqué dans ce discours de Soro, c’est l’utilisation du mot « panafricanisme » plus de 10 fois dans son discours. Depuis une décennie que la crise ivoirienne a déclenchée, le concept de panafricanisme, cher à Kwame Nkrumah, et le celui très couru de « nationalisme » ont de plus en plus pris de l’ampleur dans l’opinion. Ces concepts sont la manifestation, ces derniers temps, d’une certaine volonté de changement dans l’approche et la vision du développement du continent Africain que les leaders se donnent pour les objectifs de l’Unité Africaine. Les crises qui ont successivement suivies celles de la Côte d’Ivoire, la Libye, le Mali et la Centrafrique ont consolidée ce durcissement dans le ton et le discours. Au fait, de quoi s’agit-il ?

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Guillaume Soro au perchoir pendant son speech.
Crédit Photo: Cameroon_Politics

La France au box des accusés

C’est devenu presqu’une ritournelle et un secret de polichinelle : « Ce sont les Français qui sont derrières ». Voilà la sentence que beaucoup lance à tort ou à raison lorsqu’une crise survient dans un pays où les rebelles armés déclenchent l’insurrection pour lutter contre ce qu’ils appellent eux-mêmes « l’injustice ». D’ailleurs, selon le droit international, ne dit-on pas que tout peuple qui se sent écarté de la gestion du gâteau national, peut prendre les armes pour revendiquer leur droit lorsqu’il est dos au mur ? Et comment les Français se retrouvent-ils dans ce pétrin ? « Ils sont des complices des rebelles », arquent certains. Ils profitent d’une situation de crise interne pour attiser le feu et viennent jouer au pompier. D’autres critiques vont même plus loin en avouant avec certitude que les rebelles sont une fabrication de la France. La stratégie est toute simple, disent les tenants de cette thèse : les régions les plus riches en ressources du sol et du sous-sol sont les plus convoitées. Lorsqu’un régime ne convient pas aux attentes, la France et ses alliés créent une situation d’insécurité pour déstabiliser la région et compromettre la paix. C’est la conséquence d’une France qui se voit réduit économiquement si l’Afrique se libérait du joug colonial qui est encore considéré comme une chaîne dont il faut se départir. Donc, une France sans ses ex-colonies est une France finie, sans envergure mondiale. Une France dépourvue de ses sources de richesses et appelée à disparaître de la carte du monde. Cette thèse confirme par ailleurs que l’esclavage est toujours d’actualité mais sous une autre forme : le néo-colonialisme. En fait, le colonialisme a été la nouvelle trouvaille après l’esclavage. Toutes ces stratégies des Occidentaux avaient pour but de ne pas lâcher l’Afrique considérée comme la mamelle nourricière. Il existe dans l’histoire les faits institutionnellement établis qui avaient pour but de maîtriser toutes les richesses du monde afin de s’en accaparer au détriment des peuples. Ce sont des raisons suffisantes qui montrent la nécessité pour chaque dirigeant de considérer que l’amitié entre les Etats n’existe pas, il n’y a que des intérêts. Au lieu de lutter pour sauvegarder les intérêts de leur pays respectifs, les dirigeants Africains construisaient autour d’eux des réseaux d’amis et cercles du pouvoir pour assurer la longévité de leur gouvernance. Pourquoi les dirigeants africains considèrent-ils alors les Occidentaux comme leurs amis ?

La pseudo-indépendance des pays africains : Le cas du Cameroun

Les mouvements d’indépendance vécus en Afrique dans les années 1960 étaient le fait des leaders qui considéraient que les peuples avaient soif de sa liberté et souhaitaient une indépendance totale de toutes les colonies sans exception. A côté d’eux, il y en a qui n’en voulaient surtout pas et considéraient, par contre, que les Africains n’étaient prêts pour l’indépendance. Ce qui est pourtant curieux, c’est que ces derniers se sont retrouvés à la tête des jeunes Etats indépendants. Ils ont donc eu le privilège d’être appelé aux affaires et à proclamer l’indépendance dans leur pays respectif. Pour le cas particulier du Cameroun, ces derniers ont pris le pseudonyme d’ « aujoulatiste » du colon Français et maçonnique Louis Paul Aujoulat (1910-1973) qui était le faiseur de personnalités politiques. Ministre et secrétaire d’Etat de la France d’Outre-mer sous plusieurs gouvernements français de 1950 à 1955, c’est sur son auspice que l’Etat du Cameroun a été créé et beaucoup n’hésitent pas à penser que son système de gouvernance continue de régner, malgré tout, jusqu’à présent. Il a été au four et au moulin dans la mise en place des deux Assemblées nationales constituantes (ARCAM et ATCAM) et de l’Assemblée nationale du Cameroun. C’est donc à lui, selon les historiens, qu’on doit cette pseudo-indépendance. Il a œuvré pour le changement du statut du Cameroun du « Territoire sous tutelle de la SDN » au « Territoire associé » pour intégrer le pays dans l’Union Française en décembre 1946 et l’Assemblée de l’Union était composée, « Par moitié, de membres représentant la France métropolitaine et, par moitié, de membres représentant les départements et territoires d’outre-mer et les États associés »[1]. En conséquence, le Cameroun a été un territoire privé de l’Allemagne (le 12 juillet 1884), de la France et de l’Angleterre sous mandat de la SDN (le 28 juin 1919) et sous tutelle (le 13 décembre 1946) après la seconde guerre mondiale. C’est cette politique d’assimilation qui a créé deux tendance dans le paysage politique camerounais : la tendance évolutionniste et celle révolutionnaire.

Les Camerounais de la première tendance n’étaient pas satisfaits du bilan de la politique d’assimilation de la France. Mais, curieusement voulait travailler dans son accomplissement. Le deuxième front appelé la tendance révolutionnaire, comprenait ceux qui voulaient changer la politique française pour évoluer vers l’autonomie interne ou l’indépendance totale. La première tendance a remporté les élections législatives de 1945 pour être des représentants du Cameroun à l’Assemblée Nationale Française. Au total, sur les 624 députés que compte l’Assemblée nationale de Paris, 4 députés sont élus pour le Cameroun : 1 par les Français (Louis Paul Aujoulat) et 3 par les autochtones (Alexandre Douala Manga Bell, Georges Mo Linati et Jules Ninine). Ces élections ont réveillé les consciences et beaucoup de partis politiques qui voient le jour ont eu comme débat idéologique le droit à l’autonomie ou l’assimilation des peuples « indigènes » ou « autochtones » comme les colons aimaient si bien appeler les Africains à l’époque. Les leaders comme les Ruben Um Nyobe de l’UPC (1948) ; les Aujoulat avec Ahmadou Ahidjo, André Marie Mbida et André Fouda du BDC (1951) initialement opposé au programme politique de l’UPC ; les André-Marie Mbida  des Démocrates Camerounais (1954) où le leader claqua la porte du BDC après avoir été accusé de trahison par le leader du mouvement ; les Paul Soppo Priso du Mouvement D’Action Nationale du Cameroun (1956) fondé après avoir quitté le BDC ; les Ahmadou Ahidjo de l’Union Camerounaise (UC); les Mathias Djoumessi du Mouvement des Indépendants et Paysans Camerounais, etc.

Le front révolutionnaire qui avait à sa tête les Um Nyobe de l’UPC avait tellement durcit le ton, à tel enseigne que de 1955 en 1970, lui et ses paires sont entrés dans le maquis sous les menaces d’extermination de l’armée française. La région de l’Ouest du Cameroun, qui n’était pas la seule, mais était la cible principale des Français puisque les « maquisards » s’y sont réfugiés pour des raisons de son relief pittoresque, a connu des affres horribles considérés pour beaucoup comme un génocide.  Au plus fort de cette guerre civile, la France lâche du lest en 1958 et consentit à octroyer l’indépendance au Cameroun le 1er janvier 1960. Comme je l’ai dit tout au début de ce paragraphe, ce qui est paradoxal c’est que la gestion du pays a été confié au camp opposé à l’indépendance : au camp des Aujoulat et compagnies. Question à mille inconnus : comment peut-on octroyer la gestion d’un pays après l’indépendance entre les mains de ceux qui étaient pourtant contre cette indépendance ? Voilà où viendrait l’origine de la haine des Camerounais pour la France : l’indépendance du Camerounais est ainsi symbolisée par l’image de la chèvre qu’on libère sans détacher la corde qui la lie à son propriétaire. Pour les upécistes, il serait donc malhonnête de parler d’indépendance du Cameroun. Pour ceux qui s’entêtent à reconnaitre, malgré tout, cette indépendance, sont, tout de suite, taxés d’aujoulatistes, donc ennemis du Cameroun. Du coup, le débat sur la nécessité d’acquérir cette fameuse indépendance du Cameroun est remise sur la table. Ce débat s’est accentué, avec le temps, par la nécessité de l’appropriation du concept de panafricanisme de Henry Sylvester Williams (1869-1911)[2] et cher à Kwamé Nkrumah. La remise en cause perpétuelle de la gestion postcoloniale ou postindépendance a réactivé les débats sur le panafricanisme et certains sont même allé plus loin et prônent le nationalisme ou la préférence nationale, idéologie proche des concepts de l’extrême-droite.

La leçon de Guillaume Soro au Camerounais

Ce qui m’intéresse dans la visite du président de l’Assemblée Nationale (AN) de la Côte-d’Ivoire, c’est le fait qu’il est l’une des rares personnes à monter sur le pupitre de l’Hémicycle du palais des verres de Ngoa-Ekélé (Palais de l’Assemblée Nationale Camerounaise). A ma connaissance, aucun leaders de l’opposition n’a jamais, oui au grand jamais, eu ce privilège. Même le leader du principal parti de l’opposition camerounaise (SDF), Ni John Fru Ndi, tout comme les partis qui ont comme idéologie politique le panafricanisme, n’ont pas réussi ce challenge. Voilà donc le président Soro qui vient au Cameroun, sous une vaste contestation de ces partis-là, prononcer à plusieurs reprises le concept de panafricanisme sur le pupitre d’une AN d’un régime aujoulatiste. Que c’est intéressant ! Cela peut sembler, pour beaucoup de détracteurs de la France comme un épiphénomène, car pour eux, Alassane Ouattara et Guillaume Soro ont été installés par la France, ce sont donc des aujoulatistes. Il n’y a donc rien à cirer avec un homme, de surcroit,  deuxième personnalité de la Côte d’Ivoire. Sa faute ? C’est qu’il a pris des armes pour accéder au pouvoir. Les leaders camerounais l’accusent donc d’être un rebelle. Et à Guillaume Soro de répondre aux journalistes : « Oui, je suis rebelle comme Um Nyobe, comme Felix Moumie, comme Manga Bell. Je suis rebelle, mais surtout pas comme les petits rebelles du SDF, incapables de supporter la contradiction et l’adversité »[3]. Ouf ! Quelle gifle ! Cette réponse a vexé plus d’un et qui estimaient, à juste titre, que ces propos de Guillaume Soro sont une injure aux nationalistes et au peuple camerounais tout entier en ce sens que les leaders comme les Um Nyobe et compagnies avaient pris les armes contre la France coloniale et non contre le peuple comme Alassane Ouattara, Guillaume Soro et compagnies l’ont fait. Au fait, que signifie même ce concept du panafricanisme ? Je me suis livré à un exercice de cogitation intellectuelle qui m’a amené à comprendre une chose : je ne dirais pas que les leaders camerounais manque d’éducation politique, mais je dirais plutôt qu’il y a une déviation dans la vision qui ressemblerait à un manque de politesse, de culture et de lucidité politique. Mon rôle n’est pas de donner les leçons politiques aux camerounais. Il me semble plutôt que les camerounais sont assez intelligents, mais il règne dans ce pays une sorte de mesquinerie et de malhonnêteté intellectuelles qui ne disent pas leur nom.

Le panafricanisme ne se fait pas dans la rue

Le challenge de Guillaume Soro a été celui d’introduire le débat sur l’idéologie d’Um Nyobe dans un milieu où elle était presque bannie. Ce milieu, ce régime ou cet Etat aujoulatiste que l’écrivain Patrice Nganang appelle à juste titre l’« Etat tribal » est considéré comme la chasse gardée du dépositaire du totalitarisme. C’est le lieu par excellence de la fabrication du contrôle du pouvoir. C’est une sorte de lieu sacré où il est possible de bouleverser le destin national. C’est le lieu où Soro a choisi de s’adresser aux Camerounais pour leur dire ceci, en posant la question suivante : la conférence de Brazzaville de 1944 a-t-elle été un « acte fondateur d’une décolonisation réussie, ou simple signe annonciateur d’un long et difficile processus d’émancipation de notre continent ? ». Au vu de cette analyse, la deuxième thèse pourrait être la réponse la plus adaptée. C’est donc la preuve que la lutte engagée par les leaders de l’UPC reste encore d’actualité. Que signifie alors ce concept de « panafricanisme » si cher à beaucoup de camerounais ?

Le terme « panafricanisme » recouvre les courants divers : Garveyiste, Négritude, Afrocentricité, Consciencisme philosophique, Panafricanisme révolutionnaire, etc. Et même Guillaume Soro a donné, dans son discours, les différentes tendances en parlant de « nuances de l’idéologie panafricaniste » et il cite : « Les mouvances capitalistes et socialistes, pragmatistes et traditionnalistes ». Malgré tout, ces divergences de vue sont loin d’être un problème en soi. Ce qu’il faut cependant retenir, c’est que toutes ces composantes ont un dénominateur commun qui peut se résumer en deux idées majeures à savoir : primo, la question de l’Unité africaine et secundo, la question de la libération, avec comme substratum la désaliénation. Ce dénominateur commun nous autorise la définition suivante : « Le panafricanisme est à la fois une vision sociale, politique et culturelle de résistance et un mouvement qui cherche à unifier les Africains d’Afrique et de la diaspora africaine en une communauté africaine globale, et qui appelle à l’unité politique de l’Afrique au sein de l’Etat Fédéral d’Afrique Noire (EFAN), à travers le processus de la Renaissance Africaine »(2012)[4]. Si nous voulons rester dans l’esprit du fondateur de cette idéologie, et même de Kwamé Nkrumah dans son ouvrage « L’Afrique doit s’unir » publié en 1994, il est convenu que les concepts de nationalisme, de tribalisme, d’autochtonie, etc. ne doivent plus faire partie du vocabulaire de nos leaders et même des citoyens ordinaires. Mais, que remarquons-nous actuellement ? Une tendance très poussé à la négation de l’autre considéré comme un étranger parce que venant d’ailleurs. Si le problème s’est posé en Côte d’Ivoire sous le prisme de l’ivoirité, ici au Cameroun, c’est le tribalisme vu d’une part sous l’angle d’« autochtone » et d’« allogène » que la loi fondamentale (Constitution) a institué comme valeur, et d’autre part sous le système d’équilibre régional qui a pour fondement la sélection sur la base tribale des candidats des concours administratifs. C’est donc cet « Etat tribal » d’Aujoulat que Soro est venu vilipender en ces termes : « Tout au long de mon enfance et de mon adolescence, je m’étais familiarisé avec l’idée qu’être Ivoirien et être fier d’être Ivoirien, c’était la même chose, qu’il y avait au cœur de chacun de mes concitoyens cet indéfectible attachement à une Côte d’Ivoire unie, qui vit en parfaite harmonie avec tous ses voisins et amis. J’ai fait mes classes avec des camarades dont je ne me suis jamais soucié ni de l’origine ethnique, ni de l’appartenance religieuse, car, pendant longtemps, ces données sectaires n’ont jamais habité, ni la façon de penser, ni la façon de faire des ivoiriens. Imaginez donc ma stupéfaction, quand je m’aperçus peu à peu qu’il y avait désormais en Côte d’Ivoire, des ivoiriens à part entière et des Ivoiriens entièrement à part, et que rentraient dans cette catégorie de l’infamie, toutes celles et tous ceux dont on pouvait supposer qu’ils n’étaient pas de chez nous et qu’ils venaient d’ailleurs, de l’un de ces pays dont il était dit qu’ils ne pouvaient être que nos ennemis ». Et il conclue en martelant : « Je vous le dis: je me suis rebellé contre l’ivoirité qui catégorisait les Ivoiriens ».

Il faudrait bien qu’on me dise si le discours ou la vision du panafricanisme est bel et bien celle du nationalisme prônée par certains. Il me semble aussi que la tendance révolutionnaire avec comme tête de file Um Nyobe était des panafricanistes et non des nationalistes. Pourquoi cette doctrine de la préférence nationale prônée par les partis de l’extrême-droite en Occident et que les Africains condamnent pourtant est-elle tolérée en Afrique ? Il n’y a qu’à imaginer comment les Africains vont crier au racisme si un Français d’origine Africaine venait à voir ses droits remises en question. Pourquoi accepter donc cette discrimination entre les Africains ? Entre les Camerounais ?

Et à propos de la haine que les leaders du panafricanisme ont contre les ex-colonies (Les puissances occidentales en général), il faut l’avouer sans langue de bois, après avoir lu L’Afrique doit s’unir  (1194) de Kwamé Nkrumah, De la post-colonie. Essai sur l’imaginaire politique dans l’Afrique actuelle (2000) d’Achille Mbembe, La France contre l’Afrique (1999) de Mongo Béti, La philosophie négro-africaine (1995) de J.G. Bidima, Manifeste pour une nouvelle littérature africaine(2007) de Patrice Nganang, Négritude et Condition africaine (2009) de Francis Abiola sans oublier les Livrets d’informations publiés par la Ligue Panafricaine UMOJA et bien d’autres encore, je ne vois nulle part, comme le stipule Guillaume Soro lui-même : une idéologie de la « haine contre l’Occident ». je retrouve plutôt partout les concepts de « Union » et « Fédération » qui se propose comme modèle politique le dépassement le cadre des frontières hérités de la colonisation sans nier l’existence des groupes ethniques. Le contentieux historique, revendiqué par les upécistes, reviendrait ici à remettre néanmoins sur la table le projet aujoulatiste afin d’établir les responsabilités de la trahison. Mais l’essentiel, il me semble, reste et restera la mise en place d’une Assemblée Constitutive ou constituante pour la création d’un nouvel Etat du Cameroun comme le stipule la politologue et féministe engagée Marie-Louise Otabela.

Vivement les Etats Unis d’Afrique !

Tchakounté Kemayou



[1] Alinéa 1er de l’article 65 de la Constitution française du 27 octobre 1946

[2] La paternité du terme « Panafricanisme » est généralement attribuée à Henry Sylvester Williams ; un africain caribéen né à Trinidad, de parents originaires de la Barbade. En 1898, futur avocat de profession, Henry Sylvester Williams crée à Londres l’«African Association » destinée à défendre les droits civils et politiques des personnes d’origine africaine. C’est cette association qui organisa, en juillet 1900, la première « Conférence panafricaine » consacrant ainsi d’une manière institutionnelle les préoccupations panafricanistes et les termes visant à les spécifier.

[3] Tous les extraits de Guillaume Soro sont tirés de son discours du 11 juin 2014 au perchoir de l’Assemblée Nationale du Cameroun

[4] Livret d’information N°3 : « Le panafricanisme en quelques questions », publié par la Ligue Panafricaine UMOJA (LP-U)


Samuel Eto’o : « Tirez sur moi. Laissez mes jeunes frères tranquille »

Décidément, l’épisode Eto’o au sein de l’équipe nationale du Cameroun, Lions Domptables Indomptables du Cameroun, ne finit pas d’attiser les polémiques, des commentaires tendancieux autour de sa personne. Oui, je dis bien de sa personne, car les critiques n’ont pour la plupart rien à voir avec le jeu. La coupe du monde qui aura lieu dans quelques heures au Brésil est une occasion, une fois encore de plus, pour les médias camerounais de réveiller chez le public ce qui est considéré comme un égo surdimensionnée de la star mondiale victime de sa gloire. Comme il est de coutume donc, beaucoup d’informations susceptibles de saper le moral de la star ont circulé et circulent encore. Sans doute que ces informations viendraient des détracteurs. Même si elles s’avèrent être vraies, la question qui se posent est celle de savoir l’opportunité de la diffusion. Je suis mal placé ici pour faire un démenti et laver l’honneur d’Eto’o qui est capable lui-même d’affronter ses détracteurs. D’ailleurs, il le réitère à chaque fois qu’il se trouve devant les critiques : « Tirez sur moi. Laissez mes jeunes frères tranquilles ».

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Eto’o souriant, lors du match Cameroun-Allemagne.
Crédit photo: www.goal.com

Oui, Eto’o fait le buzz en ce moment dans les médias et les réseaux sociaux qui cherchent éperdument les boucs émissaires à qui on va attribuer une probable défaite des Lions Indomptables. Puisque lui-même accepte les flèches, il est bien servi depuis un certain temps, du moins, depuis que l’équipe nationale est entrée en phase préparatoire du mondial brésilien.

Le drapeau camerounais remis à qui de droit

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L’entraîneur allemand Finke tenant le drapeau camerounais.
Crédit photo: Thierry Ngogang

Cette image honteuse qui alimente les causeries en ce moment est à toute de même révélatrice de milles choses longtemps mises à nues et que personne n’en avait la moindre idée de ce que cela représentait. Un étranger, de surcroit, un Blanc, un « Moukala » comme on dit au matango, a bien tenu le drapeau, oui notre drapeau ; et c’est Eto’o, le capitaine des Lions Indomptables qui est en cause. Il se dit donc que les gars ont décidé, la veille du match amicale Cameroun-Moldavie du 08 juin dernier, de boycotter le match si leurs primes n’étaient pas payées. En fin de compte, sans avoir l’assurance que la situation sera décantée, les gars ont quand même convenus de jouer la rencontre en espérant que tout sera réglé d’ici avant le départ pour Brésil prévu pour le lendemain. Samuel Eto’o, en tant que porte étendard, qui était donc chargé de prendre le drapeau des mains du premier ministre a décidé de déclencher le mouvement de grève qui ne disait pas son nom. Lui et ses coéquipiers étaient restés au vestiaire et manifestaient donc, par ce geste, leur refus de tenir le drapeau national. Du coup, le vieux Finke, l’entraîneur en chef, puisque les Lions indomptables ont collège d’entraîneurs pour le Brésil, s’est emparé du symbole national, j’allais dire, de l’emblème national, signe que lui aussi est camerounais ! Comme l’a si bien dit mon compatriote Florian Gimbis dans son récent billet, ce n’est pas une surprise. Cette image démontre bien que tout ce qui appartient aux Camerounais est entre les mains des étrangers. A quelque chose, malheur est bon. Cette image ne peut surprendre que ceux qui sont naïfs : le Cameroun n’appartient pas aux camerounais. Cette image restera dans l’histoire et sera bien exploitée par les nationalistes camerounais qui accusent l’Etat camerounais d’être « néocolonial ». Preuve suffisante et parlante. Eto’o nous a donc aidé à ouvrir les yeux. C’est bien de cela qu’il s’agit au lieu de s’en prendre au pauvre « Pitchitchi ».

Confusion dans le protocole d’Etat ?

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Dans le parking présidentiel, la voiture du PM à droite et celle de Eto’o à gauche.
Crédit photo: Thierry Ngogang

Eto’o n’a pas joué le match Cameroun-Moldavie, mais il était là, présent en chair et en os. Il n’est pas non plus venu en bus, transport commun comme ses coéquipiers. Il est arrivé en voiture de sport personnelle. Mais, le hic c’est d’avoir le culot de garer sa bagnole près de celle du premier ministre chef du gouvernement Yang Philémon. Erreur du protocole, diront certains. Mais non, il ne s’agit pas de ça ! Les camerounais les plus futés en matière d’analyse le disent haut et fort : c’est une preuve que le « Pitchitchi » se croit tout permis. Comment le protocole d’Etat peut-il permettre qu’un joueur, même si c’est Eto’o, vienne se garer près de la Mercedes immatriculée PM ? Conclusion, cet Eto’o a les bras long et est bien placé, comme on dit chez nous ici. Est-ce que le « Pitchitchi » c’est n’importe qui ? Il se prend pour le vice-roi. Après le roi du Cameroun, c’est lui. Y a quoi ? Y a rien, c’est l’homme qui a peur. Même les vigiles, les gardes de corps, la sécurité d’Etat sont incapables de lui adresser la moindre parole. D’ailleurs, malheur à celui qui oserait lui intimer l’ordre d’aller garer loin. Aïe ! Il sait combien ça coûte, cette voiture sport ? Je vous jure que ce Eto’o là me dépasse seulement. Il a lui-même dit qu’il est habitué à recevoir des flèches empoisonnées des camerounais. Toutes les critiques de l’équipe nationale doivent lui être adressées, martèle-t-il à tout vent. Comme pour dire : « Le chien aboie, et la caravane passe ».

Ces histoires de primes

Souvenez-vous de la grève que l’équipe nationale a « organisée » le dimanche 8 juin dernier, jour du départ pour Victoria au Brésil. Le vol prévu à 9 heures du matin n’a plus décollé. Pour cause. Le capitaine et ses coéquipiers réclament leurs primes avant le décollage pour le Brésil. Ils sont donc, pour la plupart, restés dans leur hôtel en signe de protestation. Les négociations ont duré plus de 24 heures d’horloge, entraînant ainsi le retard du vol qui a coûté au contribuable, dit-on, plus de 200 millions de nos pauvres francs CFA que les contribuables que nous sommes allons payer. Voilà où nous en sommes avec la mauvaise gouvernance. Mais, ce qui m’intéresse ici, c’est l’impasse dans laquelle les discussions et les négociations se sont menées. Face à la réticence des autorités de se plier aux exigences des joueurs, et pour faire l’économie en temps et en argent, notre « Pitchitchi » fidèle à son arrogance, sort de sa réserve et propose une solution de sortie de crise en disant : « Je vais payer les primes des joueurs et on embarque à condition d’en discuter avec le chef de l’Etat ». C’est comme ça que ceux qui l’ont suivi rapportent les paroles du capitaine qui sont visibles dans de nombreux réseaux sociaux. Du coup, des commentaires fusent encore de partout : « Comme il est riche, il veut montrer même quoi aux camerounais ? » ; « Le chef de l’Etat c’est son ami ? » ; « Ce gamin se prend même pour qui ? ». Les détracteurs en profitent donc pour dire tout haut tout ce qu’ils pensaient tout bas. Inutile de rapporter les propos des uns et des autres ici, parce qu’il y a de tout et de rien, des verts et des jaunes, des murs et des pas murs. Bref, c’est chacun qui vide son sac sur Eto’o qui n’est que prêt à encaisser seul des flèches. En tous les cas, le « capi » est blindé, hein. Pour lui quoi ?

Le « big eyes » et le déballage d’Hélène Nathalie Séraphine Koah

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Séraphine Koah, à la fleur de l’âge. Belle!
Crédit photo: www.koaci.com
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Séraphine Koah, après sept de « menaces », dit-elle.
Crédit photo: www.koaci.com

La dernière flèche et pas la moindre, c’est le journal en ligne Koaci.com qui a publié ce lundi 09 juin l’information selon laquelle la star a menacé son ex-copine la nommé Hélène Nathalie Séraphine Koah d’emprisonnement. Ordre a été donné par la star de l’arrêter, dit-elle au journaliste qui l’a interviewé pour sa version des faits : « Il m’a fait passer trois jours au commissariat, dans une cellule infecte. Il a franchi le rubicond. Au petit matin, du jeudi 29 mai, je sortais de la boite, on m’a interpellé ». L’interview de la jeune fille qui a, dit-elle, passé sept ans à subir les menaces de la star qui a décidé de retirer à la belle Séraphine tous les cadeaux à lui offerts par le « Pitchitchi » national : « Bijoux, montres, véhicules, sous vêtement et vêtements, sacs et chaussures », etc. Mon Dieu ! Même les sous-vêtements ?! Ce qu’il y a lieu de dire ici c’est l’acharnement avec lequel tous les camerounais et plus particulièrement la gente féminine s’y est pris pour condamner la star. Toutes les femmes se sont pris à Eto’o en le traitant d’homme « violent ». Il n’y a qu’à voir comment cette Séraphine le qualifie maintenant : « Il a un côté possessif, manipulateur et dominateur. […]. C’est un homme très violent. Une fois, il parlait avec ma mère au téléphone pendant qu’il avait son pied sur mon cou ». Ces révélations sont assez graves pour une personne qui se trouve être Eto’o et surtout en cette période justement de la coupe du monde.  Cet homme qu’on qualifie maintenant de « violent » ne le devient-il que lorsqu’une femme décide de le quitter ? Je veux bien comprendre. Le temps que Séraphine a passé avec lui, lui était-il impossible de savoir que son mec était un homme violent ? Toutes ces révélations de Séraphine ont pour but d’obtenir quoi de ses compatriotes ? Bien, j’oubliais. Elle dit qu’elle est en danger parce que la star lui en veut beaucoup pour son arrogance après qu’elle ait trouvé du boulot. Conséquence, elle n’aura donc plus besoin des « cadeaux » de notre « Pitchitchi » national. Et du coup, elle décide de faire de sa vie ce qu’elle veut, pourtant son mec lui avait prévenu : « C’est moi qui t’ai faite, c’est moi qui vais te défaire ». Les filles adorent être amoureuses d’une star en oubliant ce que ça pourrait leur coûter plus tard. Voilà où peut mener l’arrogance. Comme les deux partenaires sont arrogants, le crash est donc inévitable. Au quartier, ce genre de fille, on les appelle vulgairement « The Big eyes » (« Les longs yeux », « Le gros cœur »), car elles veulent tout : la gloire, l’argent, la beauté. Elles ne rêvent que du glamour, quoi. Généralement, les conséquences sont désastreuses et la belle Séraphine vit donc ce martyr depuis sept ans. Faut-il en rire ou pleurer ? Franchement, je suis catégorique : si vous n’appartenez pas au monde de la star-mania, il faut éviter de penser qu’une relation amoureuse fera long feu, surtout pour le cas d’Eto’o qui est un homme marié avec des enfants. La séparation, il faut la préparer en conséquence surtout lorsqu’on a en face un milliardaire arrogant. D’ailleurs, Séraphine finit son interview en donnant les conseils à ses compatriotes « Big eyes » comme elle, à toutes ces filles qui font des rêves en couleur au lieu d’avoir les pieds sur terre : «  Aux filles, je dis les stars ça fait rêver. Il y a ce côté glamour, paillettes, l’envers du décor est parfois très noir. Je leur conseille d’être méfiantes ». Voilà qui est bien dit ! Si elle l’avait su et pensé elle-même avant, elle ne serait pas là aujourd’hui. Je vous assure, en homme d’expérience, les filles ne sont prêtes à suivre ce conseil. Elles sont toujours en train de sermonner : « ça ne pourra jamais m’arriver, car je suis très prudente ». Elles sont toutes comme ça ! Toujours prêtes à bondir devant les frics comme le diable. Je me souviens d’un conseil d’un oncle, paix à son âme, qui me disait toujours : « Mon fils, met ton énergie à chercher d’abord l’argent, les femmes vont te suivre et tu choisiras celle que tu veux. Si tu mets ton énergie à chercher d’abord la femme, tu perdras tout, ton énergie, ton argent et la femme ». C’est tout dire ! Pardon, Séraphine, rembourse seulement les cadeaux-là, même les strings, hein.

Pardon les filles chéries, faut pas fâcher hein ! C’est la vie.

Tchakounté Kemayou 


Comprendre l’immigration clandestine

Le week-end du 31 mai au 02 juin 2014 n’a pas été de tout repos pour les navires marchands et ceux de la marine italienne qui se sont battus comme de beaux diables pour sortir des bateaux surchargés d’immigrés clandestins en difficulté qui tentaient pourtant la dangereuse traversée. Ce vendredi, 2500 migrants ont été sauvés de la noyade au large de l’Italie, au moins 60 morts à proximité des côtes du Yémen. Les navires marchands et ceux de l’armée marine italienne sont habitués à ces scénarios presque toutes les semaines. Depuis janvier 2014, les statistiques révèlent que plus de 43.000 immigrés clandestins venant des pays du sud et surtout d’Afrique ont été repêchés en plein océan sur des bateaux de fortune en partance pour Sicile et Lampedusa. Décidemment, les populations pauvres n’ont encore rien compris après les deux drames d’octobres 2013 au large des côtes de Lampedusa où, malheureusement, des centaines d’africains ont perdus la vie après le naufrage du bateau qui les avait embarqué pour l’eldorado, « la terre promise » donc !

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Bateau intercepté sur les côtes du Yémen et s’apprêtant à la traversée dangereuse de l’Atlantique.
Crédit photo: https://www.lanouvellerepublique.fr/

 

Des catastrophes, des naufrages enregistrés toutes les semaines, devenus récurrents et réguliers et qui ne font même plus la une des médias parce que devenus des faits banals resteront à jamais des blessures béantes et puantes dans l’histoire de l’humanité de l’immigration clandestine. La nécessité de cogiter sur ce phénomène m’amène à revisiter les problématiques de l’immigration clandestine qui ont été mises en jeu pour extirper la graine microbienne de l’origine et de ce fléau. La sentence scientifique trouvée tout de go pour justifier, en termes d’analyse, les drames qui, en 6 mois seulement ont déjà fait plus des centaines et des milliers de naufragés au large de la Méditerranée est que la pauvreté est la cause de l’immigration clandestine. J’ai de la peine à croire que depuis plus de deux décennies les analyses pour diagnostiquer ces drames ont des résultats mitigés. La préoccupation qu’il importe de mettre sur la table actuellement est celle de s’interroger sur la persistance  des pauvres à devenir des candidats à l’immigration clandestine, à affronter l’inconnu malgré les dangers. Les avertissements, les contraintes réglementaires, naturelles et environnementales pour les dissuader restent vains. Les problématiques du risque ont été jusqu’ici été utilisée dans l’économie, la politique, à la théorie des jeux, et surtout dans la pratique du sport et même au tourisme. Les théories du risque que je transpose ici sur l’immigration clandestine m’ont donc permis de comprendre comment le concept du risque n’est pas seulement l’apanage des sociétés industrielles ; mêmes les populations les plus pauvres de la planète développent des logiques rationnelles telles que des stratégies de survie en faisant simplement recours à leur bon sens et à leur subjectivité. Pour comprendre l’immigration clandestine, la réponse à la question suivante donnera, à mon humble avis, une ébauche de réponse à ceux qui voient en ces clandestins des personnes incapables d’avoir la lucidité de mesurer les risques avant la prise de décision : « Pourquoi immigrer est-il le meilleur risque pour les jeunes africains en quête d’un mieux vivre ? ».

La société de la peur

Il faut d’ailleurs dire que la culture du risque zéro n’est pas si vieille que ça. Elle ne date seulement qu’à partir des années 1990 où l’espérance de vie a commencé à croitre grâce aux progrès de la médecine. Malgré l’évolution de la science, les individus sont toujours confrontés aux risques non maîtrisés. Le risque est donc considéré comme les obstacles de toute nature qui sont susceptibles de nous empêcher d’atteindre les objectifs souhaités dans les actions collectives ou individuelles. Dans la vie, il n’y a donc pas de risque zéro.

Dans son ouvrage « La société du risque » (2001), Ulrich Beck estime que notre société est fondée sur la peur. Toutes les actions que l’homme pose ne peuvent avoir de risque zéro. Par exemple, pour l’homme qui emprunte un avion pour ses déplacements, ses voyages, sa psychologie de la peur dépendra du niveau de développement des informations véhiculées par les médias en quête de sensationnels sur les catastrophes des vols. C’est pour dire que ce sont des faits relatés par les médias et l’entourage qui nourrissent la perception que les hommes peuvent avoir de l’idée du danger. La déferlante, dans les médians, des informations de drames et de crashs, la proximité (familiale, amicale, etc.) avec les victimes d’un crash, l’implication des gouvernements à travers l’instauration des journées nationales de deuils, sont des effets qui génèrent et suscitent la peur et de l’angoisse. Nul doute que le voyage en tant que tel, en lui-même, visiblement malgré les dangers, ne constitue en rien dans le développement de la peur (Cf. D. Heiderich dans « Crise, risque & tourisme », 2005). Ce sont les hommes et l’environnement qui développent cette angoisse. Les voyages par avions ou par bateaux suscitent plus d’émotions alors qu’ils sont moins familiers que les voyages par voiture et autobus dont les accidents sont plus légion sur nos autoroutes. Mais, les médias font plus de tapages pour des crashs d’avions alors que nos axes routiers font des dizaines de mort tous les jours. La prise de risques non familiers est donc plus propice à provoquer la peur. D’où la persistance de la peur dans les voyage par avions et/ou par bateaux. Comme l’homme ne peut se passer de l’avion pour faire des déplacements de longues distances, avec la persistance de l’effet des médias et de l’environnement, cette peur va continuellement hanter son esprit au point de devenir une obsession. Chez l’homme voyageur, l’analyse rationnelle et subjective de la situation mobilisera sa vision sur la perception du risque (L’avion est le mode de transport le plus sûr). Voilà où cette subjectivité ici l’emportera sur le sensationnel et l’émotionnel.

En somme, la peur est un facteur émotionnel qui est transmise, non seulement par les médias, mais surtout grâce à la proximité que les individus ont avec les victimes. La peur a une telle puissance psychologique et sociale telle que la plupart des régimes politiques peu crédibles et peu scrupuleux en profitent pour abuser de leur peuple. Ils utilisent cette situation de désespérance du peuple pour susciter la peur en eux sous l’effet de la manipulation de la communication de masse. Cette problématique de la peur de Heiderich, telle que nous l’avons exposée plus haut pourrait être ainsi perçue pour comprendre des phénomènes de l’immigration clandestine à travers des voyages par bateau par la traversée des mers et océans en direction de l’Occident. Mais ici, le sensationnisme sur les événements des noyades fait par les médias pourrait être moins considéré comme étant un développement du découragement, de la peur. La subjectivité, la vision du futur ici viendrait sous l’emprise de lendemain incertain face aux difficultés de la vie, alimentée consciemment par les pouvoirs publics.

La construction des risques en situation de pauvreté

Il s’avère que depuis les indépendances des pays Africains les gouvernements les moins populaires par leur dictature n’ont eu que dalle dans la gestion du développement. Les conséquences de cette mauvaise gestion ont été pour la plupart une situation de pauvreté et même d’extrême pauvreté des populations qui s’efforcent de sortir de l’ornière. Le constat amer sur le fait que l’Afrique de par sa richesse reste le continent le plus mal famé à cause de l’exploitation sans scrupule de ses richesses par les autres avec la complicité des élites gouvernantes, est une preuve suffisante pour que les pauvres, dans leur subjectivité pensent toujours que le bonheur se trouve là où vont leurs richesses. La façon donc les affaires publiques sont gérées en Afrique, l’on a l’impression que la pauvreté est une logique du pouvoir pour amener les jeunes à se lasser et à opter pour l’exil. Car, il serait dans l’intérêt du pouvoir de se débarrasser de cette gangrène, de cette jeunesse encombrante qui pourrait être prête à mettre le régime en péril. C’est cette logique qui justifierait la recrudescence de l’exil des jeunes vers l’Occident. C’est donc un système de dictature fort bien organisé pour maintenir la population dans cette situation car, disent les critiques et certains analystes, la logique du développement ne sauraient être dans l’agenda des régimes de dictature. Pour se développer et exister par-dessus tout, ce système a besoin de maintenir la majorité dans la précarité et la clochardisation les plus criardes. La population jeune, se sentant en insécurité dans son propre pays, développent le sentiment de peur du lendemain, face à un régime qui n’est pas prêt à lâcher du lest. L’exil volontaire devient donc un impératif pour sauver sa génération.

Dans la théorie de « l’irresponsabilité organisée », tous les acteurs concernés ont une part de responsabilité dans la situation de pauvreté et de cacophonie actuelle. En d’autres termes, si l’on considère que les risques sont involontaires et les responsabilités du danger se dissolvant dans la bureaucratie, il serait difficile de localiser et de préciser la responsabilité de chaque individu dans un contexte de crise. Si l’on veut donc impliquer chaque individu dans la situation de dépravation, on parlera de « coresponsabilité organisée ».  Celle-ci fait référence à la responsabilité partagée de chaque individu et de chaque institution impliqués dans la gestion d’une situation donnée. Il est cependant important de distinguer ceux qui sont la cause du problème et ceux qui sont des victimes d’une part et ceux qui ont trouvés des solutions et sont prêts à prendre le risque, d’autre part. Cette théorie fait apparaître la part de responsabilité partagée dans la construction des risques. Appliquée au contexte de pauvreté où immigrer est un risque, il est tout à fait logique d’avoir à faire à l’irresponsabilité, non pas partagée et issue d’un accroissement des risques involontaires, mais d’une irresponsabilité non partagée et volontaire. C’est l’effet de la conscience qui est en cause ici. Les pouvoirs publics donnent comme l’impression que les pays africains ne constituent pas une terre de rêve. Le comportement des élites en dit long : elles sont les premières à se faire soigner en Occident pour une simple migraine ; l’Occident est aussi le lieu privilégié pour la scolarisation de leurs progénitures et aussi et surtout le lieu par excellence de leurs vacances. Au Cameroun, certaines personnalités sont citées dans de nombreux quotidiens comme des détenteurs de la double nationalité et occupent des fonctions de pouvoirs régaliens alors que les lois de la République les considèrent comme les étrangers, donc non Camerounais. La subjectivité (Voyager par bateau, partir où se trouve la richesse est le meilleur risque pour fuir en échappant au contrôle) est plus forte que l’émotionnel orchestré par les médias par le fait des risques à haute mer.

La légitimation du pouvoir politique en question

Il ressort donc de cette démonstration que la coresponsabilité organisée doit être repositionnée au centre des préoccupations citoyennes. Le processus de responsabilité passera donc par l’implication des gouvernants dans leur gestion saine de la chose publique d’une part et d’autre part, par la prise de conscience des citoyens de leur rôle dans l’accès à leurs droits. Car l’objectif primordial des perspectives démocratiques vise en premier l’accès aux droits dans la mesure où si « quelqu’un n’est responsable de rien, ce sera exclusivement parce qu’il ne détient aucun pouvoir (la loi, en déclarant une personne incapable, lui ôte la responsabilité). Le développement d’une démocratie locale participative est un élément clé pour l’appréhension, la compréhension et la résolution du risque, du point de vue de la coresponsabilité des différents acteurs sociaux interférent dans les problèmes posés, et en définitive, pour le contrôle social du risque » (Mercedes Pardo, 2002). La gestion du risque est donc perçue comme l’implication de tous dans la gestion de la cité pour que la responsabilité des dégâts soit partagée. Dans un pays où le citoyen ne se sent pas concerné dans la gestion de la cité, il a peur d’être le seul à subir les dégâts et les affres de la gestion calamiteuse des affaires politiques, à être seul à supporter les responsabilités. Il fuit donc parce que, dans sa subjectivité, le pays en lui-même est plus un risque que celui de la traversée du désert ou de l’océan. Il vaut mieux souffrir ailleurs que de mourir dans son pays natal.

L’exil volontaire ou si on veut, l’émigration doit être considérée comme une situation de crise. Pourquoi les drames de Lampedusa et de Sicile n’indignent outre mesure les gouvernements africains ? Pourquoi les drames, jusqu’ici, n’ont-ils donc pas provoqués de stress émotionnels ? Il n’y a même pas eu des pays qui ont réclamé, à la suite des naufrages, les corps de leurs ressortissants pour les obsèques dus en leur honneur. L’angoisse et la peur de vieillir, de ne pas profiter de la vie sont considérées comme des stress terriblement harassants. Le constat selon lequel les pays dont la courbe de la pyramide d’âge est descendante se trouvent en Afrique est plus que terrifiant vue le sort que les gouvernants réservent à cette couche sociale. Les enjeux fondamentaux, pour les jeunes Etats Africains, à économie balbutiante, devraient être le sort que l’on réservé à cette force de travail extraordinaire et en hyperactivités. Les pays occidentaux sont en train, du fait du vieillissement de leur population, de profiter de cette hyperactivité en misant sur la fameuse « immigration choisie ». Cela me rappelle encore la période de l’esclavage où les millions de nos braves bras étaient embarqués de force. A la seule différence qu’aujourd’hui les négriers sont plutôt nos dirigeants supposés nous protéger et qui maintiennent la pauvreté volontairement pour faire fuir la jeunesse. L’immigration en général (clandestine ou non) a donc fabriqué une élite puissance appelée « diaspora ». Au Cameroun, cette diaspora est jusqu’ici considérée comme le parent pauvre de la citoyenneté à qui la loi d 11 juin 1968 refuse les droits de porter la double nationalité. C’était donc ça, la volonté masquée du régime de dictature : contraindre la jeunesse à l’exil, à l’immigration pour après leur refuser la nationalité !

Pathétique !

*Ce billet a été rédigé le 12 octobre 2013 et qui a été publié à la suite du drame de Lampeduza dans un magazine Pont Culturel édité en Allemagne. Compte tenu de la persistance du phénomène sur les côtes Siliciennes, j’ai repris et actualisé le billet qui me semble reste d’actualité.

Tchakounte Kemayou


Boko Haram : la déclaration (maladroite) de guerre de Paul Biya suffit-elle ?

Dans la nuit du 25 au 26 mai 2014, autour de 20 h, un arsenal de guerre camerounais se déploie à Ngaoundéré en se livrant à une démonstration spectaculaire dans les rues de la ville chef-lieu de la capitale régionale de l’Adamaoua surnommée « Château d’eau du Cameroun ». Ce menu spectacle a vite fait de réveiller les habitants qui étaient déjà presque endormis. Les souvenirs à peine oubliés des soldats de l’armée française sous l’opération Sangaris hantaient encore les esprits. De quoi s’agit-il ?

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Air Force One
Crédit photo: LeTchadhantrophus Tribune

 

Le 17 mai 2014, lors de sa convocation invitation à Paris, le président de la République Paul Biya a déclaré la guerre au groupe islamique Boko Haram. La lenteur ou même l’absence de réaction de l’Union africaine ou encore des pays concernés par la crise a poussé Français Hollande à initier, bien que maladroitement, cette rencontre entre les présidents voisins. Même si cette rencontre était nécessaire, il faut l’avouer tout de même, le président français a fait preuve de manque de considération envers ses pairs africains. Conséquence, le président Paul Biya, fidèle à lui-même dans sa posture d’extraverti, fait une déclaration d’aveux d’échec de l’armée camerounaise en avouant publiquement, en parlant de Boko Haram, que : « Ce sont des gens qui attaquent à partir de minuit et pas le jour, or la nuit nos éléments de défense se reposent ». Pauvre président ! Ainsi, une milice de bandits et de sectaires maîtrise toute une armée camerounaise au point de la surprendre ? Une armée se repose-t-elle ? Et pourquoi, surtout en temps de crise ?!

Pour montrer donc aux yeux de son maître Hollande du monde qu’il respecte les consignes sa parole, tout un arsenal de guerre comprenant les semi-remorques portant des chars, des blindés et autres avions de guerre (chasseurs-bombardiers) et de 1 000 à 3 000 hommes bien baraqués appelés « blindés » entrent en trompe dans la ville de Ngaoundéré. Le moins qu’on puisse dire est que ce déploiement des milices est bel et bien organisé dans tout le territoire national, pas seulement dans les villes des régions du Grand Nord frontalières avec le Nigeria : Makari, Banyo, Darak, Waza ou Fotokol, etc. Les villes intérieures aussi en sont concernées. Les habitués des voyages Douala-Yaoundé-Bafoussam-Dschang-Ngaoundéré et bien d’autres trajets sont soumis aux fouilles systématiques et draconiennes. Il en découle que les Camerounais sont mus par un sentiment de revanche envers ce groupe islamique. Ils sont à la fois contents de ce déploiement et inquiets pour les désagréments qu’ils subissent au quotidien. Cette démonstration de force à travers des parades dans la ville de Ngaoundéré a rassuré certains habitants de la ville qui étaient encore septiques sur la volonté de l’Etat camerounais de prendre à bras le corps cette affaire de Boko Haram qui ne cessait de dicter sa loi de jour comme de nuit.

« une guerre contre l’inconnu »

Pas plus tard qu’hier, le 27 mai, dans le quartier de Gada Mabanga, sept jeunes gens en partance pour Yaoundé ont été interpellés par les éléments de la légion de gendarmerie de l’Adamaoua à Ngaoundéré. Il existe donc une hantise dans presque toutes les villes du septentrion où la population qui jubilait au départ en arrive à se demander ce qui se passe au juste. Comme ce jeune homme Abatchoua Abdou, l’un des cousins des sept jeunes gens arrêtés s’offusque en ces termes dans le quotidien camerounais Le Jour  : « Nous avons des petits frères qui ont été arrêtés par la gendarmerie.  Je ne sais pas pour quel motif, mais ils sont à la légion de gendarmerie ». Ce jour même, le journal  LeTchadhantrophus Tribune donne l’information selon laquelle cinq  gros porteurs militaires de type Galaxy américains (le plus gros avion de transport militaire au monde) se sont posés sur l’aéroport Hassan Djamous de Ndjamena le dimanche soir 25 mai. Plusieurs matériels et des véhicules ont été débarqués en plus des hommes en uniforme . Ce déploiement a lieu après une visite de 48 heures du président tchadien Idriss Déby Itno en premier  et du ministre tchadien de la Défense en second, à Yaoundé au cours de laquelle les deux hommes, Biya et Déby, se sont sûrement mis d’accord sur les stratégies de « guerre » qui seront adoptées pour venir à bout de cette secte qualifiée de « nébuleuse ». Toute cette armada et ce déploiement de force pour lutter contre ce que d’aucuns appellent désormais « une guerre contre l’inconnu ». Et pourtant…

Boko Haram, pourrait-on le dire, n’est rien d’autre qu’un groupe de gens hantés par leur soif et leur volonté d’imposer une loi permissive. D’où peut même venir leur force à tel point qu’ils puissent tenir tête aux Etats ? Il serait difficile, pour les habitués de discours populistes du pouvoir régnant, de penser que cette nébuleuse est la résurgence de laxisme dans la gestion d’un Etat. Comme le soulignait le Professeur Touda Ebode, géostratège et enseignant à l’Université de Yaoundé II, l’illettrisme de la population est une porte ouverte à la délinquance. Voilà donc qui est bien dit ! Il ne faut surtout pas l’oublier, la lutte contre le groupe islamiste Boko Haram est essentiellement une guerre de renseignements. Plusieurs spécialistes à l’instar du Pr Shanda Tonme, du droit international, affirment que ce groupe est une résurgence de braqueurs à main armée que l’on appelle « Coupeurs de routes ». Cette activité ne faisait plus recette et ces bandits se sont donc convertis en kidnappeurs des Occidentaux (Français, Italiens et Canadiens) et des Asiatiques, plus particulièrement des Chinois qui ont été pris le jour du sommet de Paris.

La posture du président Biya frise le ridicule

Selon le professeur Touda Ebode, des personnes illettrées sont susceptibles, par leur ignorance criarde, d’être manipulées par les bandits prompts à leur promettre ciel et terre pour changer leur vie. Ces régions septentrionales ont la sinistre réputation d’être la partie du Cameroun la plus analphabète selon les sources de l’Unesco. Pour aller plus loin, ne peut-on pas plutôt penser à la situation de pauvreté matérielle qu’à l’analphabétisme ? Autrement dit, la couche de la population la plus susceptible d’être entraînée dans les gangs, puisqu’il faut appeler Boko Haram ainsi, n’est-elle pas celle qui a un niveau de scolarisation acceptable et qui est frustrée de ne pas pouvoir bénéficier d’une reconnaissance de la nation pour les efforts qu’elle a fournis ? L’enseignant ne se tromperait-il pas d’analyse en indexant les illettrés et/ou les analphabètes ? De toutes les façons, ces différentes tares sont, à savoir l’illettrisme et la pauvreté sont loin d’échapper à la vigilance de l’armée camerounaise qui s’évertuera, je l’espère, à mettre le paquet pour réussir à démystifier les secrets de toutes les infos en circulation au sein de la population qui, à n’en point douter, dissimule ces infos de première nécessité. Il ne serait pas méchant de dire à l’Etat camerounais qu’il doit maintenant assumer ses responsabilités, car c’est trop facile de prendre la population à témoin en réclamant leur collaboration. Ces bandits sont donc parmi nous, camouflés dans la populace insoupçonnable. Il est donc  difficile de les appréhender par un quelconque arsenal de guerre. Ces milliers d’hommes seront-ils appelés à être stationnés sur la frontière de plus de 2 000 km en vue de ne plus être surpris par les assauts de ce gang la nuit tombée ?

Au-delà du fait que cette déclaration de « guerre totale » à Boko Haram a été faite à Paris, chez le maître, devant ses pairs, le président Paul Biya ne faisait-il pas son show pour tester « sa » milice (Le BIR) contre celle de Aboubakar Shekaoui ? Cette déclaration maladroite avait l’air de faire du bien à la population camerounaise bien qu’étant empreinte de tant d’incongruités. Des incongruités que l’écrivain Patrice Nganang a bien fait de relever en affirmant que la meilleure posture du président aurait été de 1 : faire sa déclaration au palais d’Etoudi, à la nation camerounaise; 2 : prendre la parole à l’Assemblée nationale et au Sénat, sinon aux deux en même temps; 3 : aller dans une mosquée rassurer les musulmans qu’ils ne sont pas les ennemis ; 4  : aller en France « stratégiser » avec les voisins et autres Français…

Voilà comment aurait été la posture la plus honorable du président. Cette attitude du président Biya me fait penser à la violence avec laquelle l’armée camerounaise avait massacré les jeunes dans les rues en février 2008 et  pendant les années de braise. Il est tout à fait légitime de se poser la question de savoir, au-delà de l’esprit patriotique que peut avoir toute personne de bon sens, le peuple camerounais est-il en harmonie avec « son » armée ? Si oui, comment comprendre donc la posture du président Biya qui frise le ridicule ?

Tchakounté Kemayou 


20 mai au Cameroun : Le discours biaisé de l’unité nationale

Chaque 20 mai le Cameroun célèbre sa fête nationale. Une fête nationale qui, loin de représenter une épopée, est une fête qui suscite plus d’interrogations qu’un rappel mémoire. Baptisée à souhait et à contre sens « Fête de l’Etat unitaire » ou « Fête de l’unité nationale », la fête nationale du 20 mai instituée depuis 1972 est donc à sa 42ème édition et est depuis lors considérée par l’opinion nationale comme une escroquerie politique dont le but est de servir les intérêts politiciens inavoués. Revenons dans un premier temps sur l’historique et la signification de cette fête.

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République du Cameroun
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République fédérale du Cameroun

 

Quelques petits rappels historiques

En référence au référendum du 20 mai 1972, le président de la République Fédérale du Cameroun, le feu Amadou Ahidjo a institué une République sous la dénomination « République unie du Cameroun ». C’est donc un référendum marquant la fin du système fédéral. C’est cet acte qui a mis fin à la « République fédérale du Cameroun » consacrée le 1er octobre 1961. Ce système fédéral était aussi l’œuvre d’un référendum où la population de la partie anglophone (Les régions du sud-ouest et du nord-ouest) était appelée à faire le choix entre le Cameroun et le Nigéria. Le « Oui » qui l’avait emporté faisait donc du Cameroun une république de deux Etats fédérés (Un Etat anglophone et un Etat francophone). En février 1984, par un acte unilatéral, le président Paul Biya décide de supprimer le terme « unie » et donne naissance à la « République du Cameroun ». Si cette décision est condamnable, le référendum du 20 mai 1972 l’est plus. Quelques leaders politiques anglophones considérés comme des radicaux soutiennent que ce référendum de 1972 est un « coup d’Etat » car l’alinéa 1 de l’article 47 de la constitution du 1er septembre 1961, consacrant le fédéralisme, déclarait irrecevable toute proposition de révision de ladite constitution, portant atteinte à l’unité et à l’intégrité de la Fédération. En réponse, le parti au pouvoir (RDPC, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) soutient une « Nécessité politique » d’unir les camerounais. D’ailleurs, son argument se fonde sur le fait que le référendum de 1972 a connu une forte participation.

Depuis cette date, des débats autour de la nécessité du retour au fédéralisme sont toujours en vogue. C’est la conséquence de la mauvaise gestion des ressources naturelles et humaines dont dispose le pays. Les débats les plus récurrents et qui ravivent les esprits sur les velléités de troubles sont ceux relatifs à la « Question anglophone » que j’avais présenté dans un billet, et la « Question Bamiléké » que j’ai eu le plaisir de présenter à travers un entretien de l’écrivain Patrice Nganang et Bing Burley. Il ne s’agit donc pas pour moi de revenir ici sur ces débats qui ont cours depuis longtemps chez de nombreux intellectuels. Il est plutôt question ici de montrer la contradiction entre le discours sur « L’unité nationale » prônée par le régime dirigeant et les actes posés par ce même régime.

Quel sens donner à « L’unité nationale » ?

Chaque 20 mai, le Cameroun célèbre son « unité nationale » à travers une « fête nationale ». La curiosité ici et qui n’échapperait à personnage, c’est le choix de cette date qui me semble très important à signaler. Pour reprendre le linguiste Jean Takougang « Une fête nationale commémore un événement qui a marqué de façon profonde, indélébile et irréversible le destin d’un peuple ; un événement dont l’impact et la charge émotionnelle sont tels que plus personne de sensé ne puisse jamais  remettre en cause sa pertinence, sa signification et son importance ; un événement fondateur, capable de résister aux morsures du temps, aux humeurs des politiciens les plus torves, aux régimes et aux alternances politiques de tous bords. Une fête nationale commémore un événement révolutionnaire, qui a apporté des changements radicaux marquant une rupture qualitative nette entre le passé et l’avenir, qui émeut chaque citoyen au tréfonds de lui-même et qui chatouille son patriotisme. Un tel événement ne peut être imposé, ni par un décret, une loi ou toute autre force extérieure ».

Pourquoi le Cameroun fait le choix de célébrer sa « fête nationale » le 20 mai au lieu du 1er janvier, jour de son indépendance, comme le font la plupart des pays ? Tout part de la nécessité du régime politique, du parti unique au pouvoir d’agir dans la conscience collective par une sorte de « Lavage de cerveau » à travers des discours pompeux sur « L’unité nationale ». Des concepts comme « La paix », « L’unité », « L’équilibre régional » et bien d’autres sont balancés depuis des années et surtout à partir des années de braise (à partir de 1990) à tout détracteurs qui oseraient mettre sous la table la question du fédéralisme. C’est cet endoctrinement que le Cameroun subit depuis 42 ans déjà. Ainsi, remettre la théorie de « l’équilibre régional » en cause c’est remettre en cause « l’unité nationale ». Tout est donc fait pour noyer les problèmes sérieux dont souffre le pays afin de légitimer ce « coup d’Etat » comme le disent mes compatriotes des parties anglophones du pays. Même les thèmes de chaque édition de cette fête nationale traduisent cette volonté de musellement du peuple pour les éviter de dire ce qui fâche. Cette année par exemple, le thème communiqué par la Présidence de la République est : « Armée et Nation, en synergie pour la préservation de la paix et de la sécurité, gage de l’intégration, de la stabilité et du développement socio-économique ». Ce discours est plus une propagande qu’une volonté de développement, car le constat simple est qu’il y a dans ce discours redondant un non-dit de menace probable de la « paix et de la sécurité » nécessaires pour « l’intégration, […] la stabilité et du développement socio-économique ». Pourtant, les faits et les actes posés les démontrent moins.

Le musellement des leaders d’opinion

A côté des violences physiques à travers des assassinats des leaders historiques, des manifestations réprimandées, il existe une violence psychologique que nous rencontrons à travers la volonté qu’ont les gestionnaires de l’Etat camerounais d’effacer toutes les traces de l’histoire du Cameroun. D’ailleurs, Yves Mintoogue le dit bien en ces termes : « Dans son souci de purger le pays d’une part importante de son passé, le pouvoir n’a pas hésité à s’investir dans la production d’une histoire officielle expurgée des souvenirs jugés « dangereux ». dans les discours officiels et les manuels d’histoire, l’indépendance et la réunification des deux Cameroun furent présentés comme des trophées du régime postcolonial et le chef de l’Etat, dans l’optique de son projet hégémonique, en accapara l’avènement par des images telles que « Père de l’indépendance », « Père de la nation » ou encore « premier camerounais »… le discours et l’ouvre des nationalistes furent falsifiés et confinés dans le lexique du terrorisme, lorsqu’ils n’étaient pas tout simplement passés sous silence ».

De quelle unité parlons-nous lorsqu’une menace à la paix et la cohésion est brandie lorsqu’une partie de la population, par la bouche de certains leaders d’opinion ou intellectuels, met sur la table un problème préoccupant qui pourrait menacer cette paix si rien n’est fait ? Avant de dire que « la paix et […] la sécurité » sont le « gage de l’intégration, de la stabilité et du développement socio-économique », il faut aussi dire, sans langue de bois, que « la paix et […] la sécurité » ont aussi des gages. Et le seul gage véritable ce n’est pas de museler  le peuple dont les revendications ont pour but principal de mettre l’Etat camerounais face à ses responsabilités. Donc, le discours qui consiste à traiter de tribaliste le Bamiléké qui oserait s’interroger sur la question de l’équilibre régional est malsain. Car, dans cette question justement, se pose le problème fondamental d’accès et de partage des ressources du pays. Il se développe un discours qui vise à présenter le peuple Bamiléké comme des « envahisseurs », comme un peuple de la « bourgeoisie ». Comme le peuple Bamiléké, dans la conscience collective, est réputé pour son dynamisme économique, la crainte de voir les enfants d’origine Bamiléké aux affaires donne des frissons au régime de Yaoundé. Les discours qui consistent à montrer comment les enfants d’origine Bamilékés sont les plus intelligents de tous sont de mauvaise foi. Car, ces discours visent justement à écarter ces enfants des concours administratifs sous le sceau de « L’équilibre régional ». Comme pour dire qu’il faut que toutes les ethnies soient représentées dans l’administration camerounaise pour éviter que ce peuple Bamiléké victime de son soit-disant dynamisme d’envahir cette administration. Mais, ce qu’on évite de dire c’est que l’équilibre régional, pratiquée depuis la nuit des temps, est une loi, non écrite bien sûr et qui date de l’époque du colon français Lamberton, est antérieure au système éducatif camerounais. Quand est-ce que le régime de Yaoundé a-t-il constaté que les Bamilékés sont « les plus intelligents » pour justifier cette loi ? Il serait aussi utile de dire ici que toute ethnie, à la place des Bamilékés, serait dans la même situation, car les enfants Bamilékés qui sont les premiers de leur classe, comme le montre les résultats du baccalauréat série C session 2013 publiés par l’Office du Baccalauréat du Cameroun (OBC), ont toujours été poussé à l’effort personnel par leurs parents qui estiment qu’il ne faut pas compter sur l’équilibre régional. C’est aussi un faux débat de dire que l’équilibre régional vise à donner la chance aux enfants, originaires d’autres ethnies, qui n’ont pas eu la moyenne qu’il fallait pour passer un concours. C’est même une insulte à ces peuples à qui on veut faire croire que leurs enfants sont tous des idiots et que seul cet équilibre régional pourrait les sauver pour accéder au gâteau national, à la mangeoire, donc.

Le débat est donc loin d’être clos sur cette question de l’unité nationale.

Tchakounté Kemayou


La question Bamiléké au Cameroun : Le point de vue de l’écrivain Patrice Nganang

« L’Etat camerounais doit aux Bamiléké une excuse formelle pour les crimes qu’il a commis entre 1960-1970. Cela, c’est le minimal, je répète le minimal, car cela n’exclue pas d’autres revendications. Ça a pris cent ans pour l’Etat turc pour s’excuser du génocide arménien, mais il y est arrivé parce que des citoyens l’ont mis devant ses responsabilités historiques. L’Etat camerounais va y arriver aussi ». Voilà l’une des révélations fortes qui n’est pas nouveau mais qui a retenu mon attention dans cet entretien tenu des mains de maître par King Burley sur le mur facebook de l’écrivain. Non seulement cet entretien est riche d’enseignement, il pourrait aussi être considéré comme une « boussole » à ceux qui considèrent que le « problème Bamiléké » est une vue de l’esprit pour une certaine caste d’élite à la recherche d’un positionnement politique. Lisez plutôt…

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Patrice Nganang
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King Burley

Voilà, Patrice… J’aimerais savoir pour te comprendre: Qu’attends-tu des non-bamiléké pour que ton esprit soit enfin en paix?

Rien du tout. J’ai un problème avec l’Etat camerounais, et ceux qui l’incarnent.

Qu’attends tu donc du gouvernent Camerounais sur le « Problème » Bamiléké? Je dis problème car à te lire, on a l’impression qu’il y’en a.

La, tu vois donc que nous élevons le débat, comme on dit au pays, mais tu n’as pas encore suffisamment élevé, car je parle-moi de l’Etat, je répète, de l’Etat, je répète encore, de l’Etat camerounais qui est tribal. Changeons d’Etat, et nous aurons de nouveaux réflexes citoyens.

Qu’attends-tu, Patrice, de l’Etat Camerounais sur le « problème » Bamiléké?

Tu vois donc que ça vient pas-à-pas. Ce que j’attends de l’Etat camerounais qui est tribal, c’est: 1) son auto-sabordement (donc l’interdiction du RDPC) et son remplacement, le remplacement de l’Etat tribal donc, par un autre Etat, partisan celui-là; 2) l’introduction de lois anti discrimination fermes, c’est-à-dire au moins vingt (20!) ans de prison pour tout acte tribaliste; 3) la pratique de la démocratie comme respect des minorités, et ici le parlementarisme est idéal car il est fondé sur la balance des pouvoirs institutionnels, en lieu de chambres de papier comme le Sénat et l’Assemblée chez nous; 4) l’instauration du fédéralisme comme forme administrative de l’Etat. Comme tu vois, les Béti, comme les Moundang, ou les Bakoko, etc. m’indiffèrent complément.

Maintenant, parce que le problème Bamiléké est historique et moral, j’attends de l’Etat camerounais au minimal des excuses formelles aux victimes du génocide perpétré entre 1960-1970, car le 1er janvier 1960, l’Etat camerounais était devenu indépendant, et doit donc répondre de ses actes, surtout quand ceux-ci sont criminels. Voilà.

Sous quelle base le Cameroun deviendrait-il Fédéral? Appartenance tribale ou tu as autre chose à proposer?

Les régions que nous avons peuvent sans problème, pour moi, devenir des Etats, car le fédéralisme veut dire ceci : les gouverneurs, les préfets, les sous-préfets et les juges sont élus, et répondent de leurs actes, 1) devant leurs électeurs, et 2) devant le gouvernement fédéré. Il y a donc une culture de la responsabilité qui vient de la base, des électeurs donc. Le fédéralisme est donc une remise de la responsabilité de l’Etat aux mains des citoyens. Il va de soi que dans cette constellation, les villes Yaoundé et Douala auront un statut particulier, seront donc des villes-Etat, dont le responsable ne sera plus nommé sur des bases tribales (comme l’est le délégué du gouvernement actuellement), mais élu par les populations de ces villes-là, comme c’est le cas pour Washington, DC, Berlin, etc. Voilà ce que le fédéralisme veut dire pour moi. Il y aurait donc au total 12 Etats fédérés.

Seuls les bamiléké auraient-ils un « problèmes » avec « l’Etat tribal » du Cameroun ?

Moi je suis Bamiléké, je pose le problème à partir de ce que je connais – c’est-à-dire de mon identité choisie. Ici, Bamiléké. Cela s’appelle avoir un point de vue. Le mien est Bamiléké. Je n’empêche pas à quiconque d’autre de poser son problème selon son point de vue. Il y a des points de vue de femmes, d’homosexuels, de handicapés, etc., qui doivent à tout prix être pris en compte dans la composition de l’Etat. Celui que j’ai choisi, ce n’est pas le point de vue des Béti, ou des Moundang, ou alors des femmes, ou des handicapés, mais le point de vue Bamiléké.

Et donc avec ton Etat fédérale, ne crains tu pas le détachement de certains « Etats fédérés » pour se rattacher à d’autres pays? Genre Crimée – Russie? Qu’est-ce que le Cameroun aura à gagner à être fédéral? Ne vois-tu pas que ça le fragiliserait?

Les Etats fédérés n’ont pas le droit d’avoir une armée, ni d’ailleurs les citoyens d’appartenir à une milice. Le pouvoir militaire et la diplomatie sont aux mains du chef de l’Etat fédéral qui seul peut déclarer la guerre. Dans cette constellation, le détachement d’un Etat fédéré est impossible. Il n’aura pas d’armée.

Ce ne serait-il pas là le tribalisme que vous condamnez ? En tant qu’intellectuel, ne devriez-vous pas poser le problème du tribalisme d’une façon globale ?

Notez ce détail : je pose mon problème à partir de mon point de vue – j’ai dit Bamiléké -, et c’est le problème de la responsabilité historique de l’Etat du Cameroun devant les crimes qu’il a commis depuis le 1er janvier 1960, date de son indépendance, mais je défends, je dis bien, je défends quiconque veut poser son problème à partir de son point de vue et n’est pas écouté par l’Etat: ici, les femmes, les handicapés, des Bétis, les homosexuels, etc. Je les défends, je répète encore, je les défends, mais moi je pose mon problème à moi à partir de mon point de vue. Je sais que c’est difficile à entendre, mais je n’ai pas l’habitude que l’on pense à ma place. Voilà en bref, comment je pense: il y a une différence essentielle dans l’action entre poser son problème, et au besoin défendre des gens pour leur permettre de poser le leur. Je pense que faire ces deux choses-là, c’est faire un travail intellectuel. C’est faire le travail d’un intellectuel au Cameroun, car on est ancré dans son pays, et ouvert aux problèmes des autres.

Parce que je pose mon problème, celui de la responsabilité historique de l’Etat camerounais devant le génocide perpétré entre 1960-1970, et en même temps aide tout le monde (Teyou, Enoh, Marafa, etc., etc., etc.) à poser son problème à lui, j’agis donc de manière globale. Comme intellectuel, je pose donc le problème camerounais de manière globale, en étant vraiment spécifique, c’est-à-dire, en évitant les généralités et les phrases passe-partout. C’est cela agir.

« 2) L’introduction de lois anti discrimination fermes, c’est-à-dire au moins vingt (20!) ans de prison pour tout acte tribaliste; ». C’est quoi le tribalisme Patrice? Es-tu tribaliste?

Es-tu tribaliste? Es-tu pédé? Es-tu rosicrucien? Es-tu un fou? Es-tu… etc.? Ce sont toutes des questions d’identité. J’y ai déjà répondu plus haut : je suis Bamiléké. J’adopte le point de vue Bamiléké, bref, je choisis de m’identifier comme Bamiléké, pour poser le problème de la responsabilité historique du Cameroun par rapport aux milliers des morts à immense majorité et exception Bamiléké, morts qui ont été causés par l’Etat camerounais entre 1960-1970. Il en découle les problèmes de discrimination, etc., mais le problème de fond est historique. Cette question de responsabilité historique de l’Etat camerounais donc, n’a rien à voir avec le niveau d’étude des Bamiléké, leur fortune financière, ou quoi que ce soit, car c’est tout simplement une question de sang versé, et une question de conscience. La conscience, comme nous savons tous, ne s’achète pas, du moins pas la mienne, et le sang dépasse toujours l’argent comme nous savons. La question de la responsabilité de l’Etat camerounais n’est donc pas négociable selon moi, et tant que je vis et écris, elle sera sur la table, quel que soit celui qui est président de ce pays.

Le génocide qui commença en 1955 (car tout part de là) et finit à 1970 n’a pas fait que des victimes Bamilékés. Les Bassa (tête de file), Douala, Béti, Bamum et certainement beaucoup d’autres y sont morts. Oui, comme tu dis, tu ne réponds qu’en Bamiléké. Pas de problème.

Si chaque Camerounais pratique le même repli tribal que toi, cela ferait moins du Cameroun un Etat tribal? Je repose la question en d’autres termes: Moi je t’aime bien et je t’admire. Voulant t’imiter (vu que tu es un leader d’opinion), je pratique le même repli tribale que toi et disons, comme moi, nous sommes plus de 10.000 Intellos de tribus différentes. A ton avis, cela aiderait-il le pays? Cela serait-il moins tribal que ce qui se vit aujourd’hui?

Ce qu’au Cameroun, suivant le langage de la Droite française sous Sarkozy, c’est-à-dire de l’extrême-droite, on appelle « repli identitaire », c’est le geste simple que pose chaque citoyen de se choisir une identité. Chacun de nous en a plusieurs. Je suis professeur d’université, écrivain, père de famille, Bamiléké, etc. Maintenant, si je choisis mon identité Bamiléké pour poser le problème de la responsabilité historique de l’Etat camerounais, c’est un choix. Si les Camerounais choisissent de se fixer sur « Bamiléké », ils ont un problème. Le mien est très simple au fond : tout Etat indépendant doit répondre de ses actes, parce que l’indépendance veut dire l’acquisition du monopole de la violence. Ce que le Cameroun a acquis le 1 janvier 1960, en se constituant une armée mise alors sous la direction de Pierre Semengue (https://www.youtube.com/watch?v=hBkqXwTs6ns). Voilà ce que l’indépendance veut dire dans les faits. Je commence en 1960, parce que c’est à cette date-là que l’Etat camerounais devient responsable de moi. Je suis citoyen camerounais. Je porte plainte contre l’Etat camerounais. Maintenant, quiconque peut s’attaquer à ce qu’a fait le Cameroun entre 1955-1960, là c’est son choix. Moi, je suis citoyen, et cela veut dire que je commence juridiquement, je répète encore, juridiquement, je répète bien, juridiquement, à compter le 1 janvier 1960. Là, l’Etat camerounais avait un problème avec les… Bamilékés.

Détail : j’encourage tout camerounais à mettre l’Etat camerounais devant ses responsabilité, et cela en tant que Béti, Haoussa, femme, handicapé, syndicaliste, Musulman, rosicrucien, homosexuels, etc. Chacun doit fondamentalement toujours choisir son point de vue, et demander à l’Etat camerounais : « que fais-tu des homosexuels dans ce pays? », « Que fais-tu des femmes dans ce pays? »; « Que fais-tu des Bétis dans ce pays? »; « Que fais-tu des Musulmans dans ce pays? ». Le faire c’est agir en citoyen. Aucun citoyen ne pouvant assumer tous les points de vue d’une République, chacun doit en choisir quelques-uns selon ses moyens, sa force, son intelligence, sa capacité d’organisation. Mais mettre l’Etat camerounais devant ses responsabilités à partir d’un point de vue bien précis, c’est cela être un citoyen camerounais.

Mettre l’Etat camerounais devant ses responsabilités, c’est faire à ce que des Camerounais qui ont été déclarés héros nationaux en 1991, ne soient plus traites comme ça par celui qui leur a coupé la tête : https://www.dailymotion.com/…/xgfd4j_tetes-coupees-le…

Nous sommes Camerounais, Patrice. Ce n’est un secret pour personne que « repli identitaire » chez nous veut dire « repli tribal ». Refuser de le reconnaitre ne serait pas très honnête. Gauche, droite, extrême-gauche, extrême-droite : Ces notions n’existent pas dans le paysage politico-culturel de notre pays. Je repose ma question: Si tes admirateurs non-Bamiléké connaissent le même repli que toi, est-ce un pas en avant pour notre pays? Est-ce bénéfique? Autrement : est-ce que ce ne sont pas ceux qui ont ce « repli identitaire » non-Bamiléké que ceux-ci (les Bamiléké) traitent de tribalistes?

Cette phrase « nous sommes camerounais » n’a aucun sens pour moi, parce que justement j’agis pour un Cameroun meilleur, mais pas pour accepter les injustices de ce pays, injustices qui incluent le lynchage des homosexuels, le génocide contre les Bamiléké entre 1960-1970, etc. Mettre l’Etat camerounais devant ses responsabilités, comme je le fais et comme j’espère chaque citoyen camerounais le fera (en tant que homosexuel, en tant que femme, en tant que Musulman, en tant que Béti, etc.) c’est en d’autres termes faire que Pierre Semengue qui est devenu responsable de l’armée camerounaise le 1 janvier 1960, n’éclate pas de rire quand il parle de citoyens camerounais dont il a coupé la tête, à moins évidemment qu’il ne soit déclaré cliniquement fou. Voilà, pour être bien concret, et pourquoi je crois que partant du point de vue Bamiléké, l’Etat camerounais doit aux Bamiléké une excuse formelle pour les crimes qu’il a commis entre 1960-1970. Cela, c’est le minimal, je répète le minimal, car cela n’exclue pas d’autres revendications. Ça a pris cent ans pour l’Etat turc pour s’excuser du génocide arménien, mais il y est arrivé parce que des citoyens l’ont mis devant ses responsabilités historiques. L’Etat camerounais va y arriver aussi. https://www.lemonde.fr/…/la-turquie-presente-ses…

Manifestement tu évites ma question. Pas grave.

Je lis ceci: ‘gauche, Droite, extrême-gauche, extrême-droite: Ces notions n’existent pas dans le paysage Politico-culturel de notre pays.’ Ça ne veut pas dire que ça n’existera pas, vu que ça existe par exemple au Sénégal. Les termes ‘partis politiques’, etc., n’existaient pas non plus dans ce qui est le Cameroun au 19eme siècle. Aujourd’hui, ces termes existent, parce que les Camerounais l’ont voulu. Eh bien, ces Camerounais-là, c’est nous. Si nous voulons organiser notre scène politique d’une manière particulière après l’Etat tribal, eh bien, nous le ferons.

Pour la question ‘qui est le tribaliste?’, je crois que dans tout Etat fonctionnel, il y a des tribunaux qui y répondent, et des lois qui aident a circonscrire le crime, car alors sinon c’est la chasse aux sorcières. La formulation de lois définit qui est tribaliste, et lie cela a une sanction claire, et là j’ai dit 20 ans de prison. Pour le reste, c’est une perte de temps comme ce qui se fait au Cameroun aujourd’hui ou au tout venant on accuse tout le monde, y compris son chien d’être tribaliste. On le fait parce que ça n’a aucune conséquence.

Larousse dit: Tribalisme .Organisation sociale fondée sur la tribu. Hum! Au vu de ce que tu as dit plus haut Patrice, Larousse lui dit que tu es Tribaliste deh!

J’ai une ‘Organisation sociale’ fondée sur la Tribu? Voici mon organisation sociale, sorry : www.tribunalarticle53.com

Tchakounté Kemauou


La situation de la presse écrite camerounaise (suite)

Les problèmes de financement de la presse écrite camerounaise ne sont pas le fait du hasard. Depuis les années 2000, cette presse a du mal à s’arrimer aux nouvelles technologies qui auraient eu un impact sur son développement ne serait-ce qu’au niveau de son image marketing. Il serait tout de même malhonnête de mettre sur le dos des nouvelles technologies cette décadence qui ne dit pas son nom. Les deux premiers billets consacrés à ce dossier sur la situation de la presse écrite camerounaise évoquaient : 1-Les débuts de la décadence due en grande partie au changement des habitudes des lecteurs camerounais avec l’arrivée de l’Internet ; 2-La création et la gestion des sitesInternet des journaux et l’état de la connexion Internet au Cameroun qui freine le développement des sites Internet. J’ai choisi de vous entretenir ici sur le mode de fonctionnement de la presse écrite à travers son système de production et de distribution de son produit de consommation : le journal papier. Pour comprendre en général les problèmes de financement de la presse écrite au Cameroun, il est indéniable de mettre en exergue ce système où tous les contours de sa mort subite y sont développés.

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Un aperçu de la diversité des journaux publiés au Cameroun
Crédit phot: blogitude.mondoblog.org

La chaîne des intervenants

Il sera question ici de démontrer la chaîne de production, d’une part, du journal papier, et d’autre part du journal en ligne pour montrer comment le journal papier reste très coûteux et exigeant en matière d’intervenants qui ont pour rôle de mettre le journal papier à la disposition des consommateurs ou lecteurs. L’identification à la fois des difficultés et des pistes de collaboration probable entre les différents acteurs impliqués dans la production et la publication des journaux et livres au Cameroun sont décrites ici de manière sommaire afin de mieux saisir le nœud du problème qui fait l’objet de notre présent billet.

Le journaliste qui est considéré ici comme un « auteur » est, comme pour le cas d’un livre, l’auteur de l’article qu’il rédige. En tant qu’auteur, il est aussi considéré, en terme juridique, comme « Le droit d’auteur » de l’ensemble des articles qui sont signés en son nom, puisqu’il en est la matière grise. Le journal ou l’organe de presse qui l’emploi est son « Editeur » ou « Le diffuseur ». C’est celui-ci qui assure le montage, c’est-à-dire la mise en forme, la mise en page et la mise à jour de l’article du journaliste par les soins de son secrétaire de rédaction. C’est après avoir eu le « OK » du rédacteur en chef que l’article de presse, ou mieux le journal final est envoyé chez « l’imprimeur ». Au Cameroun, il existe deux grands imprimeurs de journaux : MACACOS et SOPECAM. Le produit ainsi fini qui sort de l’imprimerie (le journal en papier) sera immédiatement et par la suite confié à un transporteur ou un distributeur. Ici au Cameroun, l’entreprise MESSAPRESS, détenue par les Français, est le plus important distributeur des journaux et livres sur toute l’étendue du territoire. Il est considéré comme « Le transporteur » ou « Le grand distributeur ». C’est elle qui sollicite les autres distributeurs de la chaîne que j’appelle ici « Les vendeurs à la crié ». Chez ce type de vendeurs, il y a des « vendeurs aux kiosques verts » agréés par MESSAPRESSE et des « colporteurs » qui assurent la vente et la livraison à domicile ou dans les bureaux.

La répartition des charges de publication

C’est justement à ce niveau où les difficultés de financement de la presse écrite camerounaise sont décelées. L’éditeur qui est l’organe de presse et qui emploie le journaliste auteur de l’article est celui qui choisit le distributeur responsable de la vente. Cet éditeur sollicite donc le distributeur chez qui le produit (journal) est déposé. Généralement, le transporteur ou le grand distributeur comme MESSAPRESSE se taille un pourcentage de 35 à 40 % du prix de vente. C’est donc en fonction de la quantité de journaux vendus que ce pourcentage va jouer. Mais le maximum est de 40%. Ensuite vient la part de petits distributeurs ou les vendeurs aux kiosques qui se taillent 25% du prix de vente. Les kiosques qui emploient des revendeurs laissent à leur tour un pourcentage de 10 à 15% de leur part au profit des vendeurs à la crié. L’éditeur, ou le diffuseur ne reste donc théoriquement qu’avec 15%.

Avant d’en arriver là, l’éditeur est d’abord passé voir l’imprimeur pour payer sa note directement et au comptant avant la sortie des journaux de la chaîne d’imprimerie. Sur les 60% qui restent, l’éditeur (l’organe de presse) a donc déjà dépensé 23 à 30 % chez cet imprimeur pour le tirage du produit. Curieusement, il serait trop risquant de s’hasarder tout de go sur les comptes puisque le transporteur ou le grand distributeur ne les dispose pas à la fin des ventes. MESSAPRESSE prend son temps et ne met les comptes à la disposition de l’éditeur qu’après 3 à 6 mois. Le temps pour elle de faire des récapitulations des exemplaires de journaux vendus et non vendus. Ce temps est trop long pour permettre à l’éditeur de mettre sa comptabilité à jour. Et ce n’est qu’après ces comptes que les invendus sont retournés chez le grand distributeur.

Au vue de tous ces détails très sommaires et non exhaustifs, il apparaît que, si l’entreprise d’édition (l’organe de presse) n’a pas reçu de publicité et que le tirage n’excède pas 5.000 exemplaires, il ne lui restera que 30 à 37% du prix de vente d’un exemplaire de journal tirés et effectivement vendus qui coûte 400 FCFA au Cameroun. Ce qui reste à l’éditeur est donc reparti entre les charges de fonctionnement de l’entreprise : Le personnel permanent, le fonctionnement de la structure (Biens matériels et immobiliers), la pige, les courses diverses, etc. L’une des bêtes noires de la presse écrite dite indépendante (La presse privée en l’occurrence), c’est la fiscalité qui ne fait surtout pas de cadeau aux éditeurs. Il me souvient que le quotidien « Le Messager » et bien d’autres avaient eu de sérieux soucis avec le fisc camerounais qui considérait que les journaux exagéraient déjà avec ses rendez-vous manqués qu’ils n’honoraient pas pour solder leurs comptes.

Voici, pour résumer, ce qui reviendrait à la fin à l’éditeur ou au diffuseur en termes de bilan financier des ventes d’un exemplaire de journal au Cameroun :

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Pour une édition de journal

Responsable

Pourcentage

Coût CM/FCFA

1

Imprimerie L’Imprimeur

25 %

100

2

Transporteur distributeur Le Distributeur

40%

160

3

Edition/Assemblage Montage/Taxes/Droit Invendus/Imprévus Le Promoteur du Journal (L’éditeur Le diffuseur)

35%

140

4

L’exemplaire Lecteur

100%

400

1-Tableau des ressources financières d’un journal écrit au Cameroun (Source: Théodore Tatsitsa)

S’il m’était permis de faire une comparaison avec la production sur le net, bien que cela ait un coût, il ne serait pas exagéré de dire que la presse écrite profiterait à mettre l’accent sur la mise en place d’une rédaction strictement réservée au site internet du journal comme le préconise depuis un certain temps le doyen Jean Vincent Tchiénéhom. Ce journaliste avait une très grande ambition lorsqu’il avait été appelé à présider aux destinées de la direction du quotidien « Le Message » qui avait besoin d’un souffle nouveau. Hélas ! Cette nomination avait accouché d’une souris. Il avait donc pour ambition, à l’époque, de doter le journal d’une rédaction réservée uniquement aux publications internet. Dans ce cas, le journal aurait donc eu en son sein au minimum deux rédactions : celui du papier et celui de son site web. Innovation dans la mesure où aucun organe de presse ne possède jusqu’aujourd’hui une rédaction internet au Cameroun. Ce qui est inconcevable au 21ème siècle et à l’heure de la révolution des nouvelles technologies. Même au-delà de la presse écrite, aucune chaîne de radio et de télé ne dispose de cette importante structure. Il faut tout de même signaler qu’il existe des titres publiant uniquement sur le net : www.goducamer.com. En général, ici, le fournisseur d’accès est considéré comme l’imprimeur comparé à la production du journal papier. A lui seul, il s’empare de 60% des revenus du site, puisque c’est lui qui héberge le site du journal. Les 40% qui restent reviendraient donc à l’éditeur du site internet qu’est le promoteur du journal. Ce taux reste à prendre avec des pincettes, car un site web peut produire beaucoup plus que ce qu’on aurait dû penser : à travers ses publicités, l’accès payant de ses publications, etc. Les promoteurs de journaux au Cameroun n’osent pas y penser pour des raisons que j’avais déjà évoquées dans les précédents billets de cette série sur la presse écrite camerounaise : la prise en charge des frais supplémentaires comme le recrutement des journalistes spécialisés dans le domaines, les webmasters qui seront chargés de mettre à jour les infos et les scoops à la minute près, les community managers qui seront chargés d’assurer les interactivités avec le public internaute, et sans oublier les informaticiens chargés de gérer la maintenance du site, surtout contre le hacking. Donc, disposer d’une rédaction internet reste un challenge pour les éditeurs de presse au Cameroun.

Voici, comme pour la presse écrite, un tableau récapitulatif très sommaire des prises en charges et de la gestion d’un site internet de journal écrite :

0

Pour une édition

de journal

Responsable

Pourcentage

Coût/ Online Multidevise

1

Imprimerie/Diffuseur : Hébergement de site de publication et d’affichage d’articles, gestion des comptes d’abonnements Site Web/Fournisseur d’accès/Le Promoteur du Site

60 %

V1

3

Edition/Auteur : fournisseur des donnée/ Droits Le Promoteur du Journal

40%

V2

4

L’exemplaire Lecteur

100%

PPP/PPV, Dlw or Abon*

2-Tableau des ressources financières d’un site web de journal écrit au Cameroun (Source: Théodore Tatsitsa)

En somme, la presse écrite au Cameroun reste handicapée par son incapacité à s’arrimer et à s’adapter à son environnement, à un contexte mondial dominé par l’innovation incessante dans le domaine des nouvelles technologies sur qui elle pouvait compter pour se faire une meilleure santé financière dont elle souffre. Ce vide, ou alors ce manquement technologique laisse une partie des camerounais dans l’embarra. La diaspora camerounaise, puisqu’il s’agit d’elle, se sent couper du pays car les journaux camerounais ne sont pas distribués à l’extérieur. Ce besoin inspire quelques camerounais qui conçoivent des sites de partages des articles publiés dans les journaux de la presse écrite camerounaise. Cette ingénieuse idée donne à ces sites une renommée internationale qui frustre et rend jaloux les journalistes et les patrons de presse. Du coup, la problématique sur les droits d’auteur est mise sur la table. Une rixe verbale à travers les réseaux sociaux oppose l’ingénieur Guy Ngassa H. Lewe, administrateur du site www.aeud.fr, le journaliste Hugues Seumo, administrateur du site www.camer.be, vivant tous les deux en Europe contre le journaliste Gony Waday qui accuse les deux compatriotes de « voleurs d’articles », selon ses propres termes. Je vous donne rendez-vous pour analyser cette question des droits d’auteurs dans le prochain billet.

Peut-on fonder un espoir de voir la presse se relever un jour à la suite de la mise sur pieds de la Fédération des Editeurs de Presse (Fédipresse) qui a vue le jour le 03 mai dernier à l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse? En tous les cas, wait and see!

Tchakounté Kemayou 


Cameroun: 11 mai 2014, une fête des mères amère pour Josépha Kileba

Josépha Kileba ne connaît pas la fête des mères cette année. Depuis plus de 17 ans, elle a le cœur meurtri. Le monde entier s’agite sur le sort des 223 enfants enlevées au Nigéria par Boko Haram. C’est un groupe d’islamistes et criminels qui a kidnappé les enfant pour une destination inconnue. Pendant ce temps, le Cameroun, ce pays de l’Afrique centrale qu’on dit en miniature, s’illustre dans la bêtise humaine. Depuis 1997, Madame Josépha Kileba se voit retirer ses deux enfants mineurs. Ils ont été enlevés pour une destination inconnue. Tout ça avec la complicité des hauts responsables du ministère des affaires sociales (MINAS).

Josèpha Kileba
Josépha Kileba à la recherche de ses deux enfants/Matango Club/Crédit photo : Collectif SOS Enfants Volés

Les débuts de l’affaire Kileba

L’affaire Kileba commence donc en 1997. Il s’agit maintenant d’une affaire pendante au tribunal de première instance du Mfoundi à Yaoundé. La pauvreté et l’indigence obligent dame Kileba à solliciter l’aide du MINAS. Le ministère place son garçon de 2 ans et sa fille de 5 mois dans sa crèche. Celle-ci est dénommée « Centre d’Accueil des Enfants en Détresse » (CAED). Kileba, lasse des démarches vaines, adressée une lettre aux Camerounais ce week-end. Elle écrit comme suit : « Humble camerounaise, malmenée par la vie, j’avais en dernier ressort, eu recours à la protection de cet Etat ». Voilà ! Un pays qui ne peut plus protéger les pauvres citoyens n’est même un « Etat », c’est une palmeraie.

Madame la directrice du CAED propose à la mère de vendre ou de faire adopter les enfants. « Vendre » ? Quelle audace ! Un refus catégorique de Mme Kileba courrouça la directrice. Face à l’affront, la directrice opta pour la force. C’est donc en 1998 qu’une interdiction catégorique d’accéder au CAED fut signifiée à la mère. Celle-ci n’avait plus alors la possibilité de voir ses enfants. Le début de la galère, quoi. Le vrai malheur commence en 1999. Date où l’information selon laquelle les enfants ont été mis en adoption est parvenue à dame Kileba.

Madame Kileba entame les démarches

En 2000 elle prend l’initiative de mener des démarches auprès de la Délégation Régionale du MINAS pour le centre. Sans oublier le ministère. Mais ces démarches se sont soldés par des échecs. Lasse et déçue par l’attitude irresponsable du MINAS, dame Kileba change alors de stratégie. Elle décide de récupérer ses enfants coûte que vaille. Par la suite, elle adresse donc à cet effet une demande de récupération des enfants le 1er août 2007. Cette demande qui se solde par une fin de non-recevoir du MINAS.

En 2009, plusieurs démarches judiciaires ont été entreprises par la mère sans suite favorable. Le problème c’est que, faute de moyens financier pour engager les procédures, tout bloque. Le 06 janvier, une plainte est faite contre Madame NANA Yvonne, Directrice du centre d’accueil des enfants en détresse. Le 23 juin, une requête aux fins d’intervention a été faite à la Ministre des affaires sociales par Me MBOGMBOG. Le 18 juillet, une requête aux fins d’intervention a été faite à Monsieur le Procureur de la république près du Tribunal de Grande Instance (TGI) du Mfoundi.

La réaction du ministère des affaires sociales (MINAS)

Ce n’est qu’à partir de 2012 que le MINAS, dans sa correspondance du 30 juillet, va enfin sortir de sa réserve pour répondre à une ultime requête de la mère qui veut récupérer ses enfants en ces termes. Les termes de la ministre sont sans appels : « Les enfants sont en bonne santé et sont élevés dans deux familles différentes ». Cette correspondance indique également que « Le ministère se penche sur la situation pour une rencontre entre la famille héréditaire et la famille d’accueil ».

Cette réponse est loin de satisfaire dame Kileba qui veut à tous les prix que ses enfants lui soient remis. Tout de suite, dame Kileba sollicite le concours des associations de défense des droits comme « Cameroun Ô Bosso » (CÔB) et la « Commission Indépendante Contre la Corruption et la Discrimination » (Comicodi) qui se mobilisent autour de ce qui est désormais convenu d’appeler « Affaire Kilèba ». Un avocat spécialiste des droits de l’homme, Me Meli Hyppolite, est sollicité pour défendre les droits à la maternité de dame Kileba.

Les démarches de Me Meli Hyppolite

Depuis 2013, les démarches légales de Me Meli Hyppolite ont consisté à la rédaction d’une lettre adressée au MINAS en vue de récupérer les enfants de dame Kileba. Elle avait d’abord comme objectif « Ouverture d’un droit de visite à la mère, communication des documents administratifs de placement des enfants dans les familles d’accueil ainsi que les frais exposés pour leur éducation ». Ensuite et surtout, à une « Requête aux fins de dessaisissement et de dédommagement du MINAS de l’affaire ». Et enfin à une « Requête aux fins de reconnaissance des droits constitutionnels en représentation d’enfants sous placement provisoire, contrôle en révision judiciaire des mesures administratives des deux enfants recherchés  près le tribunal de grande instance du MFOUNDI ».

Les réactions de la ministre n’ont été que des confirmations des bêtisassions diaboliques qui gangrènent les couloirs de ce ministère qui n’a d’yeux que pour le « non-social ». La réponse du MINAS aux démarches de Me Meli Hyppolite sonne comme un coup de poignard : « Les enfants sont la propriété exclusive des familles d’accueil » d’une part, et d’autre part, « Les enfants vont bien et que les mesures sont en train d’être prises pour une rencontre entre les deux familles ». Voilà donc ça !

Et la suite ?

En ce 11 mai 2014, jour de la fête des mères, pendant que tout un « Etat », le Nigéria, se bat au nom de la dignité humaine, pour retrouver ses enfants kidnappés par Boko Haram, un autre, celui dont je suis originaire, le Cameroun, cet « Etat » voyou se bat pour vendre les enfants au nom de la cupidité et la méchanceté. Quelle est cette fête des mères si amère que je viens de passer-là ?

Voilà que ma Tata adorée, Christiane Oto, mère d’enfants elle aussi et présidente de l’association de droit français La Perche, s’est fâchée et elle n’est pas du tout tendre dans cet état et les mots qu’elle crache sont aussi amers « Au nom de quoi ? De qui ? Pour quoi ? Pour qui ? ». Quand je dis que ce pays me dérange, je le pense sincèrement. Un coup de fil à cette dame me le confirme lorsqu’elle avoue avoir été tentée par la corruption pour la réduire au silence à jamais. Un ami à qui je raconte souvent les bêtises de ce pays a toujours la mauvaise habitude de me répondre en reprenant cette citation « L’Etat est un monstre froid ». Et à moi de toujours lui rétorquer : « Le Cameroun est-il un Etat ? ». Vraiment, le pays-ci !

Tchakounté Kemayou 


Cameroun : Les 10 curiosités des Jeux Universitaires

L’Université de Douala, pour la troisième fois de son histoire, abrite depuis samedi 03 mai 2014 la 17ème édition des Jeux Universitaires du Cameroun (J.U) placé sous le thème « Les jeux de la concorde nationale » et organisé par la Fenasu (Fédération Nationale des Sports Universitaires). Ce samedi 10 mai, les 22 universités d’Etat et instituts privés d’enseignements supérieur composées de 4075 participants dont 3143 athlètes, membres des Fans clubs, clubs olympiques, 668 encadreurs et officiels techniques qui ont répondu présents vont se dire au-revoir au cours d’une cérémonie d’apothéose.

Le bilan provisoire des compétitions a dévoilé le classement final qui confirme l’INJS (Institut National de la Jeunesse et des Sport) à la 1ère place avec 16 médailles en or, suivit de l’Université de Douala très applaudie avec ses 11 médailles en or et de l’Université de Yaoundé 1 avec 10 médailles en or respectivement à la 2ème et à la 3ème place.

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L’animation était au rendez-vous. L’Université de Dschang, champion des « Fans Club »
Crédit photo: TKC_Yves

Je vous invite plutôt à jeter un coup d’œil sur des attractions diverses proposées à tous les visiteurs. Aux campus 1 et 2 de l’Université de Douala, les J.U ne sont pas seulement un rendez-vous du sport et de l’olympisme. C’est aussi et surtout l’occasion pour les étudiants camerounais, les cop’s (en langage populaire), de se déstresser à fond.Les deux campus de l’Université de Douala ont été aménagés pour la circonstance. Les attractions diverses sont proposées dès que le visiteur franchit les entrées principales. Ces attractions sont considérées, pour moi, comme des curiosités à pareils circonstance. Un grand rendez-vous annuel sportif et national des universités camerounaises, les J.U ont toujours été des occasions de défoulements récréatifs très courues par les jeunes.

1. L’exposition et l’orientation universitaire : Ce qui attire d’abord le visiteur qui franchit l’entrée du village des J.U ce sont des expositions réservées aux universités elles-mêmes. Ici, même les universités qui ne participent pas aux jeux sont invitées à se présenter au public. Les universités ne manquent pas de stratégies pour se faire connaitre. L’accent est d’abord mis sur la beauté des stands. C’est l’université la plus belle et la plus attirante qui va susciter l’envie du visiteur à venir. Voilà l’orientation marketing que ces universités ont choisi de mettre en exergue. De la beauté du stand à la beauté des hôtesses. Tout y est mis pour créer l’envie des étudiants. Les filières de plus en plus diverses et variées sont proposées : de l’informatique 2D, 3D et 4D à l’expertise maritime, du journalisme classique au web journalisme, de la gestion financière et comptable à la gestion administrative. Le visiteur a donc l’embarras du choix des filières proposées. Le seul regret ici est l’absence criarde des universités d’Etat qui estiment, peut-être à raison, qu’en dehors des journées portes-ouvertes, qu’elles n’ont pas de pub à se faire à pareille circonstance. les universités privées ont donc saisi la perche et se donnent à cœur pour se vendre.

2. La présence du Gabon : Parmi les universités présentes à cette exposition, le Gabon à travers BBS, établissement privé d’enseignement supérieur situé à Libreville, est bel et bien là et se positionne comme une université en pôle d’excellence. C’est une curiosité dans la mesure où personne n’aurait imaginé une université non camerounaise venir dans un campus camerounais se faire une publicité. Curiosité aussi parce que c’est la première fois qu’une université étrangère vienne aux J.U. Une certaine opinion est même allée jusqu’à imaginer les J.U de la Cemac, donc les universités de l’Afrique centrale. En tous les cas, pas mal comme idée ! Mais alors, une université de la sous-région invitant les camerounais à s’y inscrire… C’est quand même osé. Surtout qu’il faut avoir des filières introuvables sur place au Cameroun. En dehors de la « Gestion des risques » qui peut susciter la curiosité du visiteur, toutes les autres filières comme la finance, la comptabilité, le marketing, le management et le droit sont aussi des filières habituelles chez les jeunes camerounais qui n’ont d’yeux que les universités occidentales. Après tout, ce sont des ambitions légitimes sur lesquelles il m’est difficile d’étudier les contours dans ce billet.

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Le déploiement de YooMee au campus 1
Crédit photo : www.camer.be

3. La publicité des produits et services adaptés aux étudiants : Les entreprises qui proposent des produits et services et qui sont susceptibles de se bousculer pour proposer tout ce qui est adapté à la clientèle estudiantine n’existent malheureusement pas. Toutes les entreprises n’ont pas leur place ici. Elles sont donc inexistantes ces entreprises qui ont des options réservées aux cop’s. On aurait dû penser que la clientèle estudiantine n’est pas une option efficace pour nos entreprises. La banque UBS se démarque de toutes de par sa présence et son produit d’épargne spécifique pour les étudiants. Ainsi, il est possible de solder sa pension universitaire à temps en demandant un crédit scolaire et/ou universitaire avec un taux d’intérêt presque nul. C’est la seule différence qui existe entre UBS et les autres banques qui proposent le même produit. Les autres entreprises comme YooMe Cameroon et MTN Cameroon ne sont présentes qu’en tant que sponsors officiels. YooMee Cameroun partenaire traditionnel de l’Université de Douala a des offres spéciales internet (sur le wifi et le résidentiel).  Pendant toute la durée de la compétition les étudiants sont appelés à surfer à haut débit et à téléphoner à un coup très réduit grâce à une couverture wifi sur toute l’étendue des deux campus 1 et 2 de l’université de Douala, sans oublier qu’une réduction des prix sur les équipements des téléphones Smartphones est aussi prisés par les cop’s. MTN Cameroon, c’est le grand sponsor de la Fenasu depuis 12 ans maintenant. Dans un communiqué rendu public le leader de la téléphonie mobile au Cameroun, MTN Cameroon a pris une part active dans : « La participation au réaménagement des infrastructures sportives ; la prise en charge des primes, médailles et trophées des meilleurs équipes et athlète ; l’organisation d’animations culturelles sur le site des jeux ; la fourniture d’équipements sportifs aux athlètes et officiels… ». En plus du fait que tous les sites abritant les jeux portent les couleurs de Mtn Cameroon, le podium où les artistes camerounais viennent se produire chaque soir à partir de 20 heures jusqu’à minuit est offert gratuitement et qui attire davantage le public. Une autre curiosité offerte par ce sponsor officiel c’est la formation gratuite à l’utilisation des technologies innovantes. Les tentes installées sur le site du Campus 1 servent de salles de cours et d’expérimentation. Les étudiants qui sont acteurs des jeux et visiteurs ont l’opportunité de flirter avec le nouveau monde digital de MTN Cameroon.

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Le « Fan Club » de l’Université de Ngaoundéré
Crédit photo: TKC_Yves

4. la diversité culturelle représentée par les « Fans clubs » : C’est l’une des attractions les plus remarquables de cette 17ème édition des J.U. Toutes les universités présentes aux jeux n’ont pas de « Fans Club ». C’est un luxe qu’il faut se payer, car il faut aussi se donner les moyens de l’avoir comme on le fait pour constituer une équipe de football ou hand ou encore de volley. Les « Fans Club » c’est une aussi une équipe constituée d’étudiant-e-s et avec pour objectif principal de booster leurs collègues sportifs pour les amener à la victoire. Ce qui frappe le visiteur qui débarque au campus, c’est d’abord un grand bruit assourdissant provenant de mélodies endiablées de différents « Fans Clubs » qui se rivalisent d’adresse en termes de cadences et d’intensités vibratoires des tambours et de percussion sonores. Il n’y a pas que les équipes en compétition qui les intéresse. C’est à qui va proposer la plus belle mélodie, la plus belle chorégraphie au public pour maintenir celui-ci en alerte. C’est un régal fou de voir comment toute cette jeunesse camerounaise réussit manier la diversité musicale du terroir. Mêmes les costumes ont été conçus pour la circonstance. « C’est les modèles que vous voulez voir ?! » : voilà comment on pourrait traduire cette exclamation à la façon camerounaise face à la richesse vestimentaire que ces jeunes étudiants donnent à voir. Les mots ne suffisent pas pour les décrire en fond et en comble. Les images parlent d’elles-mêmes. A la fin des jeux, le « Fan Club » qui aura eu une meilleure prestation sera promu. Comme quoi, il n’y a pas que les équipes sportives qui auront les médailles. C’est donc l’Université de Dschang (Université publique) et L’Université St Gérôme de Douala (Université privée) remporte chacune la palme d’or, trophée réservé aux « Fans Club ».

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La bouffe à l’honneur
Crédit photo: TKC_Yves

5. La diversité culturelle représentée par les stands de la restauration : On ne le dira jamais assez : les camerounais aiment, pardon, adorent la bouffe. Pas une cérémonie sans réserver un espace spécialement pour la restauration. Peu importe qu’elle soit payant, pourvu que qu’elle soit prévue. Bien que ce soit une habitude dans toutes les cérémonies, les manifestations festives, la bouffe a toujours été une curiosité dans la mesure où chaque cérémonie a son originalité. Partout où il y a la bouffe et la beuverie, il y a aussi les bouches et les panses prêtes et à bonne condition pour une consommation à grande échelle. Du Ndolè de crevettes ou de poissons fumés au Mbongo-tchobi de carpe, du poisson braisé au barbecue, du bouillon aux pattes de porc au Condrè à la viande de chèvre, les restaurateurs se rivalisent aussi pour se faire de la clientèle. Il ne s’agit pas de professionnels aguerris, mais ce sont en majorité des étudiantes qui ont souscrit à cette offre pour se faire un peu de sous pendant ces jeux. A l’occasion donc, elles ne tarissent pas de stratégies pour inviter les camarades étudiants à venir déguster les plats du terroir qu’elles savent le mieux faire. Par curiosité donc, les fins limiers de la cuisine sans être cordons bleus comme moi y vont pour se faire une idée de l’habileté gastronomique de nos séduisantes cuisinières.

6. Handisport : Cette discipline fait partie de ce que la Fenasu appelle « Disciplines para-olympiques ». Les étudiants handicapés, comme d’habitude, ne sont pas en reste pour cette 17ème édition de la Fenasu. Après une rude revendication, ils ont été admis à présenter des disciplines sportives de leur catégorie. Une seule discipline était en lice au départ et avec le temps, une deuxième a été introduite : La course à tricycle et/ou fauteuil roulant et la dynamophilie. Cette année, la curiosité a été le record de la discipline de l’haltérophilie Homme 88 Kg et Femme 65Kg remportée respectivement par l’Université de Yaoundé 1 et l’Université de Ngaoundéré. En attendant que les autres discipline prennent place dans le handisport dans nos universités, le handisport reste la discipline avec laquelle il faudra désormais compter comme des curiosités qui attirent toujours du monde. Cette curiosité est due au fait que la conscience collective a toujours pensé que la personne handicapée n’avait pas voix au chapitre en matière de sport qui exigent de l’athlète une certaine capacité physique avérée. Seul regret par contre, le handisport dans nos universités camerounaise n’est pratiqué que par les handicapés moteurs. Les personnes aveugles réclament aussi une discipline qui leur conviendrait. Pour cette 17 ème édition, c’est une fois encore l’Université de Douala qui remporte la palme d’or de ces J.U. En attendant que les choses vont mieux, je dis bravo à mes chers amis les handicapés.

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La beuverie à l’honneur
Crédit photo: TKC_Yves

7. La vente de la boisson alcoolisée : Il me souvient que tous les bars et espaces marchands commercialisant les boissons alcoolisées avaient été récemment interdits et déguerpis tout autours de l’Université de Douala. Ce respect de la discipline aurait pu persister même pendant les J.U. Bien que semblable à une foire, les J.U se déroulant dans un campus universitaire seraient de loin perçus comme le dit l’adage « Un esprit saint dans un corps saint ». Que non. Ici règne la « folie », cette ambiance féérique chère aux cérémonies festives. C’est la détente, la distraction qui prime. Rien à voir avec ces maximes qui « déroutent » la jeunesse pendant le temps d’une petite récréation d’une semaine par an réservée aux étudiants de toutes les universités camerounaises. Le visiteur n’aperçoit pas les boissons alcoolisées à première vue. Normal, puisqu’elles doivent être discrètes. Elles ne sont visibles que dans les stands de restauration. Le visiteur bien averti et habitué du campus est donc frappé par la présence de ce type de boisson dans un lieu universitaire. Une débauche tout de même ne ferait pas de mal en une semaine, n’est-ce pas ?!

8. la distribution des préservatifs : Depuis le 03 mai, pas un pas sans qu’une étudiante qui sillonne le campus aborde un homme pour lui parler des méthodes de lutte et de prévention contre les MST ou le SIDA. Habitué que je suis à les écouter, j’ai toujours eu, comme beaucoup d’autres camerounais d’ailleurs, du mal à leur prêter ne serait-ce qu’une seule oreille. Mais, ces vaillantes femmes sont toujours là vous tirer les oreilles et à vous dire sans cesse : « La répétition est la meilleur de la science de l’apprentissage ». Comme pour vous rappeler qu’une sensibilisation de plus pour préserver la santé n’est pas de trop pour une jeunesse qui reste l’avenir, la prospérité d’une jeune nation appelée à se construire. Il y va donc de l’intérêt de cette jeunesse d’être toujours en santé pour relever le défi du développement. Lorsque, malgré tout ce beau discours, elle se rend compte que le vaillant gars turbulent que je suis est indifférent, elle évoque alors le cas des préservatifs que les équipes d’hygiène et de propreté ramassent au sol chaque matin dans le campus même en plein cours. Je tends alors une oreille et dis : « Hein ? ». Elle renchérit en disant : « Imagine que les préservatifs n’avaient été distribués aux jeunes étudiants pendant ces J.U, quel aurait été les risques d’infection ? Les jeunes sont vraiment irresponsables !». Heu Yeu !!! M’écriais-je. Tout de suite j’ai eu envie : « Donc les étudiantes libèrent facilement comma ça ici ? Pardon chérie, je veux 10 ». Et à elle de sourire convaincue de m’avoir eu pour de vrai : « Non, grand frère. Comme tu es ma personne je te donne 5, car chacun a droit à 2 seulement par jour ». Même après les J.U ça peut toujours servir cher amis.

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Un environnement propre
Crédit photo: TKC_Yves

9. La campagne de sensibilisation pour l’hygiène et la propreté : Comme je l’ai signalé plus haut, la curiosité la plus marquante pour moi c’est l’innovation que l’Université de Bamenda a instaurée cette année. L’Université de Bamenda est une jeune institution universitaire d’Etat qui n’a que trois ans d’existence. Avec l’Université de Buea, l’Université de Bamenda fait partie des deux universités anglo-saxonnes actuelles que compte le Cameroun. Pour leur troisième participation, cette université va quand même fait parler d’elle. Elle est venue aux J.U de Douala avec cette ambition, non seulement de sensibiliser le monde estudiantin à la notion de propreté, mais surtout de prêcher par l’exemple. Ainsi, son « Fan Club » n’est pas seulement venu pour se défouler les hanches, mais aussi pour ramasser tous les déchets traînant au sol : papiers, nylons, objets dangereux comme les objets pointus et tranchants, sans oublier les préservatifs jonchant le sol dans la broussaille. Vous voyez ?! Les belles occasions comme celles-ci il faut en profiter au max, même en plein air. Les gars ne donnent pas le lait. Expression bien d’ici comme pour dire « No piti in Business » à la manière de l’humoriste ivoirien Gohou.

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Même le « Djambo » était à l’honneur
Crédit photo: TKC_Yves

10. La présence des jeux de hasard : Qui l’aurait cru ? Oui, même ici au campus, les J.U aidant, les jeux du hasard ont accès ici ? Je crois savoir que c’est une erreur des organisateurs ou même une infiltration inaperçue par les vigiles qui sont à l’entrée du village des jeux. En tous les cas, parlons-en tout de même. Le gars dispose d’une machine de fabrication locale. Elle est constituée de bois d’environ 0.25m de hauteur, de 35 cm de largeur et de 60cm de largeur. Sur un écran blanc est inscrit les montant de 0 à 5.000Fcfa ou 10.000Fcfa, c’est selon. Une pièce de 100Fcfa introduit dans la machine vous donne droit un essai pour tourner la manivelle qui va faire pivoter une aiguille qui va s’immobiliser sur un des montants classés en désordre sur le cadran. Exactement comme le loto qui fait ressortir les boules numérotées. Ici, c’est plutôt une aiguille qui vous indique votre gain qui vous est remis à l’immédiat. Le langage populaire appelle ce jeu « Djambo ». Ça désigne aussi ce genre de jeu de jonglerie de cartes où vous êtes appelé à choisir la bonne pour avoir votre gain. En tous les cas, j’ai aimé ça. Beaucoup d’étudiants ont été marqué par cette ingéniosité camerounaise à concevoir aussi des jeux. Tout prêt de là, un autre style de jeux aussi attrayant que le premier. Un grand tableau de presque un mètre carré où figurent les chiffres est à même le sol. Le jeu ici consiste à jeter une pièce de monnaie sur un chiffre qui correspond à un objet (Un seau, des verres, une casquette, un panier, une bassine, etc.) que vous emporté. Attention à ne pas tomber sur un numéro foiré qui ne correspond à rien du tout.

Il m’a fallu tenter à ce jeu de « Djambo » avec une pièce de 100Fcfa pour avoir ce qu’il me fallait pour le taxi du retour. Vous comprenez donc qu’il est toujours nécessaire de bien se préparer aux J.U qui se déroulent chaque année dans une université choisie par la Fenasu. Toutes les attractions sont aussi fascinantes les uns comme les autres. Les tentations sont donc grandes et il est aussi important d’éviter de mauvaises surprises. C’est un conseil pour des hommes qui savent ce que être gallant veut dire. L’année prochaine, l’Université de Yaoundé 1 est pressentie pour accueillir les J.U de 2015.

Tchakounté Kemayou


Pour une histoire de passeport biométrique…

Mon mariage avec la famille Mondoblog de RFI commence le 9 septembre 2013, date à laquelle je reçois une fiche de candidature que je remplis et envoie immédiatement. Il serait peut-être prétentieux de dire ici que j’attachais beaucoup d’importance à ce « concours ». J’étais loin d’imaginer ce que cela pouvait représenter pour moi d’appartenir à cette grande famille des blogueurs francophones. Même un tour dans la file d’actualité du site de Mondoblog ne changeait rien à cette posture, en quelque sorte, naïve. C’est le 7 octobre 2013 que le message de l’équipe Mondoblog RFI m’annonce que j’ai été admis à faire partie de la famille. Du coup, un réel enthousiasme dont je n’arrive pas toujours à percevoir l’origine m’envahit tout d’un coup. Il faut aussi dire que, manifestement, je suis hanté par l’écriture depuis fort longtemps, mais une occasion me manquait pour avoir une tribune où la libre pensée était de rigueur.

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Passeport biométrique CEMAC
Crédit photo: https://ditengou.over-blog.com/

Mondoblog a donc été un déclic qui a réveillé en moi cet esprit. Petit à petit, je me construis mon monde, je partage mes convictions sous divers aspects de l’actualité nationale et internationale à travers les billets si médiocres soient-ils. En 7 mois (d’octobre 2013 à avril 2014) d’existence, je comptabilise plus de 40 billets environ. Ce qui me vaut l’honneur d’être invité via un message de l’équipe Mondoblog le 6 mars 2014 pour être parmi les bénéficiaires d’une formation en « Journalisme et en technique du web » qui aura lieu à Abidjan du 2 au 12 mai 2014. Subitement, je me rends compte que je n’ai même pas de passeport. J’étais en convalescence et j’estimais avoir le temps devant moi. Le 16 mars 2014, je reçois une lettre d’invitation pour la circonstance et je me résous, malgré ma convalescence, de me faire établir ce fameux sésame le plus tôt possible. Je contacte quelques aînés qui me donnent des conseils et des directives. Parmi eux, le Dr Shanda Tonme, président de l’ONG Comicodi (Commission indépendance contre la corruption et la discrimination) qui me fait sonner les cloches avec raison dans un courriel en ces termes : « Tu es encore derrière comme les fesses et j’ai peur que ton émergence n’arrive qu’en 2099. Bon, tout ce constat parce que personne ne comprendrait qu’un Charlot TK connu pour être un intello alerté et un citoyen avisé et moderne, ne dispose pas en permanence d’un passeport ». Non seulement ce message m’avait anéanti, mais c’était aussi et surtout une prémisse de ce qui allait m’arriver.

Le lundi 17 mars, habitant Douala, je suis en route pour la capitale Yaoundé après avoir pris rendez-vous avec Emile, un ami à mon frère aîné, qui est commandant à la Garde Présidentielle (GP) et qui accepte de me donner un coup de main pour accélérer le processus. Nous prenons la direction de l’Emi-Immigration où je reçois le soutien du commissaire. N’ayant pas les frais de timbre de passeport qui s’élèvent à 50 000 F fCa, j’avais pris le soin de contacter un ami une semaine avant qui me l’a promis pour la fin du mois. Comprenez donc qu’il ne pouvait compter que sur son salaire pour me sauver de la « fessée » mémorable de celui que je considère comme mon oncle, Shanda Tonme. J’ai fini de constituer tout mon dossier ce 17 mars et j’ai pris la route vers midi et demi pour Douala, ma ville de résidence avec la ferme conviction de revenir à la fin du mois.

Le 3 avril donc, je retourne à Yaoundé pour payer les frais de timbre pour ce fameux passeport. Mon invitation de RFI en main, je ne manque pas de faire un crochet dans le bureau du commissaire et ensuite de celui de son adjointe qui me donnent la certitude que mon passeport sera tout fin prêt dans deux semaines au plus tard. Je reste à Yaoundé pour attendre le 15 avril et retirer mon passeport. C’est avec cette sérénité que je répondais aux interpellations incessantes de Raphaëlle Constant et surtout de Manon Mella sur la situation de mon passeport en leur disant que tout sera fin prêt le 15 mars 2014. Connaissant assez bien ce pays, je ne doutais pas un seul instant que les paroles d’un commissaire pouvaient être mises en doute surtout pour une situation comme la mienne. Vraiment, j’étais loin de ne pas le croire. A la date du 15 avril 2014, rien ne pointe à l’horizon et je retourne à Douala puisque j’avais un rendez-vous avec mon médecin le lendemain, 16 avril 2014. Je suis resté stressé dans l’attente de ce passeport jusqu’au jour fatidique où le commandant Emile de la GP, à qui j’ai pris soin de laisser le reçu qui permet de retirer le passeport, m’appelle et me dit qu’il a envoyé mon passeport via l’agence de voyages « Buca Vouyage ». Nous sommes le 23 avril 2014, après 3 semaines d’attente. Très content de pouvoir enfin voyager, je cours rapidement à l’agence retirer le passeport. Après l’avoir retiré, j’ouvre l’enveloppe pour contempler le fameux sésame, je soupire après et j’arrête de respirer. Première page et hop, je constate que la photo n’est pas la mienne bien que toutes les autres infos sont exactes. Je reste immobilisé sur place pendant plus d’une heure me demandant ce qui m’arrivait compte tenu du temps qui me restait pour respecter le rendez-vous du 2 mai 2014 à Abidjan. Tout de suite, je renvoie le passeport au commandant Emile qui ne s’était pas rendu compte de l’erreur. Normal, puisqu’il me voyait pour la première fois le 17 mars dernier. Difficile donc pour lui de s’en rendre compte.

Le commandant Emile reconstitue un dossier pour rectification en joignant encore une fois de plus la lettre d’invitation de Mondoblog RFI pour accélérer le processus. Le lendemain, il revient pour prendre connaissance de l’avancement de mon dossier et patatras… Il se fait dire que la Sarcel entreprise chargée de confectionner les cartes nationales d’identité et les passeports camerounais, est en rupture de connexion internet provenant de Camtel (Cameroon Telecommunications). Du coup, la Sarcel ne pouvant plus avoir accès à mon fichier logé dans son serveur pour modifier ma photo, se trouve en arrêt total d’activité. Malchance ! Juste au moment où il faut me servir ? Ainsi, tout le week-end du 24 au 28 avril 2014, moi-même j’ai été victime de cette perturbation d’internet qui a été ressentie dans tout le territoire national. Je suis encore resté stressé jusqu’au 1er mai 2014. J’écris à l’équipe Mondoblog RFI pour annoncer mon échec. En réponse, Raphaëlle Constant m’encourage en me réconfortant et en me donnant une dernière chance. J’appelle mes collègues mondoblogueurs Ulrich Tadajeu Kenfack et Josiane Kouagheu qui expriment leur surprise. Normal ! On ne peut être que surpris. Ils m’encouragent sur mon initiative de me rendre sur place pour m’enquérir de la situation. Grâce à eux, je reprends mon courage à deux mains.

Je repars à Yaoundé dans la nuit du 1er mai 2014 et j’arrive dans la capitale autour de 4 heures le 02 mai 2014. Je vadrouille à la gare routière de Mvan pour attendre 7 h30, heure d’ouverture des bureaux. Le commandant Emile vient me rejoindre et me conduit partout : à l’Emi-Immigration, à la police des frontières, à l’ambassade de la Côte-d’Ivoire, à la Sarcel. Tout ceci pour trouver une issue qui pourrait me permettre de rejoindre mes collègues mondoblogueurs. J’ai même bénéficié des apports des amis, frère et sœur, Bergéline Domou et Mathieu Youbi qui ont essayé de dénouer l’écheveau de cette administration pour trouver une astuce qui pourrait me sortir de la galère. Face à cet échec, je retourne alors sur Douala où j’arrive autour de 23 h 30 le 2 mai et je découvre le message de Josiane qui s’inquiète et veut savoir ce qui se passe. Presque, en larmes, je lui réponds que je ne pourrai pas aller à Abidjan. Le lundi 5 mai 2014, une nouvelle me vient du commandant Emile selon laquelle l’entreprise Sarcel ne pourrait reprendre du service que vers le 15 mai 2014 ! Tout est bloqué. Tout est en panne. Dans quel pays ! Pour l’histoire, le passeport biométrique qui est en cours a été lancé le 19 août 2013 date de la cérémonie d’inauguration de la machine de fabrication capable de produire 1300 passeports par jour. Deux semaines après son lancement, cette machine était tombée en panne. Les techniciens avaient été dépêchés du Canada pour sa remise en service. La panne actuelle est donc la deuxième qui survient après 8 mois de sa mise en service.

A vrai dire ce n’est pas la formation qui m’intéressait. J’avais soif de cette chaleur humaine d’une diversité et d’une densité culturelles certainement humaniste et fraternelle. Sociologue de formation, je voulais vivre cette expérience qui n’est pas unique dans ma vie (je suis un habitué des rencontres initiées par les réseaux sociaux), mais qui est exceptionnelle par sa particularité : les francophones partageant l’amour pour l’écriture, le partage des idées, de la pensée, bref une rencontre de blogueurs, de libres penseurs se réunissant pour échanger. Voilà le challenge que je voulais relever. Hélas ! Les dieux de la technique ont décidé autrement, ajouté à cela de la désinvolture administrative, de l’incompétence notoire.

A travers donc ce billet, je transmets tous mes remerciements à l’équipe mondoblog RFI qui n’a pas cessé de booster mon moral pour avoir ce passeport. A mes collègues Ulrich et Josiane pour leurs encouragements. Mes salutations vont enfin à tous ces mondoblogueurs francophones présents à Abidjan pour qui je dois beaucoup d’admiration à travers la lecture de leur blog respectif. Beaucoup de blog m’ont enchanté et j’ai espoir qu’un jour, un jour nos plumes changeront quelque chose dans ces bêtises humaines que sont la désinvolture et l’incompétence qui tuent et annihilent le génie dont fait preuve la jeunesse africaine.

Complétez vous-même cette phrase : « Pour une histoire de passeport biométrique,… (…J’ai loupé Abidjan ; …Josiane n’a pas eu son chocolat ; …j’ai échappé aux fessées de Ziad sur mes fautes de grammaire et d’orthographe ; …j’ai raté le bisou de Manon ; etc.)

Tchakounte Kemayou