Yves Tchakounte

Cameroun : chronique des « Marches blanches » du samedi 26 janvier

C’est dans son discours de vœux du 31 décembre 2018 que le leader du MRC annonce l’organisation des « Marches blanches« . En fait, les Marches blanches font partie des stratégies initiées par Maurice Kamto et son parti politique, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avec pour objectif de s’insurger contre ce qu’ils appellent le « Hold Up ». La proclamation de la victoire de Paul Biya (71%) par le Conseil constitutionnel à l’issue du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018 est ce qui a tout déclenché. Maurice Kamto, qui revendique la victoire, réclame le re-comptage des voix à partir des PV.

A la suite de la proclamation des Résultats le 22 octobre 2018 par Clément Atangana, le leader du MRC donne le ton en appelant à la mobilisation populaire. Pour faire plier le pouvoir de Yaoundé, plusieurs activités politiques et citoyennes ont été prévues. C’est ainsi que les Marches blanches commencent donc ce samedi 26 janvier sur toute l’étendue du territoire national et également dans la diaspora camerounais. Pour rappel, les marches blanches ne sont pas les premières activités initiées par le MRC depuis la proclamation des résultats de la présidentielle. Le parti a programmés des marches de Hold Up qui n’ont pas connu le même succès que celles-ci.

Yaoundé, Paris, Berlin, Bruxelles, Londres, Washington, et bien sûr Douala, sont des villes qui ont été les plus mouvementées et les plus médiatisées de cette première journée. Mais beaucoup d’ancre et de salive pour cette journée. Que s’est-il passé réellement ? Je vous fais ici le film de journée telle que je l’ai vécu non seulement comme observateur, mais comme acteur.

Douala donne le ton des Marches blanches

La première journée des Marches blanches commence à Yaoundé par l’occupation du carrefour mythique de la poste central aux premières heures. Les hommes en tenue semblent plus fébriles et n’hésitent pas à passer à l’intimidation à travers le jet de gaz lacrymogène. Mais, les manifestants ne vont pas s’y méprendre et feront montre de sang froid. Le climat se révèle encore plus tendu après des informations, pas du tout agréables, venues de Douala. La police y a été la plus brutale. Tout juste au début des manifestations, l’un des leaders du MRC, Célestin Njamen, qui conduisait l’un des fronts à Douala au quartier Makèpè, a été touché par balles tirées par la police à la cuisse. Au environ de 10h, les Réseaux sociaux (Whatsapp, Facebook, Twitter) sont en émoi.

A l’instant, Me Michèle Ndoki, une autre leader du MRC, à la tête d’un autre front à Akwa, informée, se met en route pour Makèpè pour s’enquérir de la situation. Au cours de la marche, elle est prise au piège et reçoit également des balles de la police à la cuisse. C’était vraiment une histoire de cuisses (?). Sur le champ, Maurice Kamto, chargé de conduire les Marches blanches à Yaoundé, change de programme. Il se rend immédiatement à Douala par voie routière sur la nationale N°3. Entre-temps, au quartier Beedi, au 5ème arrondissement où se trouve l’hôpital général, le climat reste tendu. Les deux leaders y sont conduits pour des soins. Les manifestants, ayant entendu l’arrivée de Maurice Kamto, campent aux environs.

Les réseaux sociaux s’enflamment avec les images (photos et vidéos) des deux blessés qui circulent et font le tour du monde en temps réel. D’autres vidéos circulent avec en prime un policier qui tire une balle à la jambe d’un manifestant aux mains nues et le dos tourné. Du coup, les avis sont partagés sur la Toile. Les partisans du régime de Yaoundé (les Camerounais ont créé un terme pour les désigner : les sardinards) crient à la manipulation du MRC. Pour eux, ces deux leaders n’ont pas reçus de balles, ce ne sont que des simulations pour révolter les Camerounais. Pour d’autres, ils n’ont reçu que des balles blanches. Pire encore, il y en ont qui auraient souhaité les voir touché au cœur ou à la tête.

L’ambassade du Cameroun à Paris, saccagée

Les informations venues de Douala ne laissent personne indifférent. Vers midi, Paris n’est pas en reste et fait parler d’elle. Le mouvement qui se fait appeler Brigade Anti-Sardinard (BAS) est mis en branle. En fait, la BAS est ce mouvement des Camerounais de la diaspora créé après la proclamation des résultats de la présidentielle pour protester contre la réélection frauduleuse de Paul Biya. Son objectif est de contrecarrer toutes actions des « sardinards ». Sardinards est créé à partir de la sardine. Les meeting du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) sont généralement des occasions de réjouissances où les boîtes de sardine et du pain sont offerts en présents aux manifestants. D’où ce vocable.

A la fin de la présidentielle, la BAS s’est principalement illustrée dans la traque des artistes musiciens Camerounais en Europe. Tous les artistes qui avaient accepté le cachet du RDPC lors des meetings de la présidentielle ont vu leurs concerts sabordés, notamment en France. Cette affaire de sabordement a tellement fait couler beaucoup d’ancre et de salive qu’elle s’est même un peu calmée. Curieusement, cette BAS a encore fait parler d’elle ce samedi 26 janvier. Les manifestants ont débarqué à l’ambassade du Cameroun à Paris et ont tout saccagé. Le personnel et l’ambassadeur sont en fuite, laissant les locaux aux fous-furieux. Les effigies et les photos officielles de Paul Biya vandalisées.

 Kamto arrive à Douala et lance les Marches blanches

Maurice Kamto et ses fidèles alliés et « lieutenants », Richard Penda Ekoka et Albert Dzongang, débarquent à l’hôpital général au chevet de Célestin Njamen et de Michèle Ndoki. Une visite de courtoisie et de soutien morale était nécessaire pour leur remonter le moral. Il faut préciser ici que ces deux membres du MRC représentent le leadership en termes de mobilisation sur le terrain très complexe de Douala, ville cosmopolite. Certains sources font état de ce que la police veut neutraliser ces deux leaders pour « tuer » les Marches blanches dans l’œuf. Anéantis par leurs blessures, ils n’ont même pas eu l’occasion de lancer les Marches blanches comme prévu. Tout avait basculer.

Maurice Kamto, après quelques mètres à pieds, donne sa première impression de la première journée des Marches blanches. La principale information est que le MRC ne baissera pas les bras. L’intimidation qui vient du RDPC, dit-il, ne doit jamais décourager les manifestants, les Camerounais qui ont soif du changement. Il est même allé jusqu’à répondre à l’une des reproches qui lui ont été souvent servi par ses détracteurs. En fait, il lui est souvent reproché de mettre ses enfants à l’abri en invitant les enfants des autres de venir manifester dans la rue au risque de leur vie. Sa réponse a été claire :

Que ceux qui me reproche d’envoyer les enfants des autres dans la rue laissent donc leurs enfants à la maison et viennent en tant que parents marcher avec moi, je suis aussi un parent comme eux.

Salve d’applaudissements. Les manifestants se dispersent et les rues de Beedi se calment peu à peu. Cependant, les réseaux sociaux continuent de bouger. Les images des deux blessés et d’autres continuent de circuler, les vidéos de l’ambassade de Paris polluent l’actualité toute la soirée. Pendant ce temps, les informations sur la prise de l’ambassade du Cameroun à Berlin commencent à circuler.

Le gouvernement passe au menaces

Autour de minuit, les nouvelles sur le point de presse du gouvernement surprennent plus d’un. Le ministre de la communication, René Emmanuel Sadi, est annoncé dans quelques minutes. A sa suite, le ministre de l’administration territorial, Paul Atanga Nji, fera également une annonce. Tout le monde est alors surpris par cette curieuse annonce de monsieur Sardine, pardon, Sadi, qui révèle que la police à Douala n’avait pas utilisé les armes à feu. A la suite de cette annonce, les internautes outrés ont fini par lui trouvé un nom comique « René Sardine ».

L’annonce de Paul Atanga Nji n’a pas aussi manqué de susciter le buzz. En fait, le ministre a d’ailleurs menacé de suspendre la parti MRC par qui tout est arrivé. Les manifestants, les militants et les sympathisants du MRC ont considéré cette annonce comme une blague. Atanga Nji subit le même sort que son collègue ministre et est surnommé « Atanga Bandit ». Beaucoup d’analystes ont d’ailleurs estimés que cette suspension fera plus de mal que de bien. Au lieu de calmer les esprits, elle fera plutôt augmenter la tension. Certains d’ailleurs se sont rappelé de la suspension du Consortium anglophone qui a mis de l’huile sur le feu. Aujourd’hui, les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) vivent la guerre civile.

Les manifestants sautent sur l’ambassade à Berlin

Comme si les menaces du ministre Atanga Nji ne suffisaient pas, les Anti-Sardinards d’Allemagne passent à l’étape ultime de la journée. En fait, c’est au petit matin du 27 janvier vers 2h que les manifestants saccagent les locaux. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les esprits sont tendus et les gens se demandent même encore le pourquoi du comment de l’ampleur de ces marches blanches. La situation est presque semblable à Berlin comme cela l’a été à Paris. Les bureaux mis sens dessus-dessous, les documents éparpillés au sol, les frigos vidés de leurs contenus et les champagnes ouverts pour célébrer « la prise de Berlin ».

Les internautes s’échauffent davantage. Mile et une questions se posent chez les partisans du régime de Yaoundé qui se rendent finalement compte de la nuisance des tontinards. Le terme tontinards, à l’inverse de celui de sardinards, désigne les partisans de l’opposition et plus particulièrement des militants et sympathisants du MRC. Ce terme est un vocable issu du mot « Tontine » qui est une organisation financière traditionnelle plus répandue et développée chez les Bamilékés. Le Pr Mathias Eric Owona Nguini, politologue, qui l’a popularisé, plus connu pour ses critiques contre le MRC, est celui qui est à l’origine de ce vocable camerounais « tontinards » pour réduire le MRC au parti des Bamilékés. Parti tribal, donc. Le vocable est devenu célèbre et tous les militants et sympathisants du MRC s’en réclament.

Bruxelles, Londres et Washington échappent aux marasmes

Bruxelles

Dans l’après midi vers 14h, les nouvelles des Marches blanches arrivent de Bruxelles. Elles font état de ce que la police est en train de ceinturer la zone pour empêcher toute intrusion. Cette nouvelle arrive comme un cheveux dans la soupe. C’est comme si l’occupation de l’ambassade du Cameroun à Paris était le déclencheur. C’est juste que Paris a donné le ton et l’idée est venue de séquestrer l’ambassadeur à Bruxelles et d’envahir les locaux. Visiblement, il a eu l’écho et a vite fait d’alerter la police belge. Heureusement pour lui !

Les manifestants à Bruxelles se sont donc uniquement contentés des Marches blanches. Plus d’une centaine de Camerounais se sont alors retrouver devant l’ambassade pour un meeting qui a été très bien suivi. Partout dans les réseaux sociaux, les Sardinards jubilent pour l’héroïsme de l’ambassadeur qui a fait échouer le plan des Anti-Sardinards de Belgique. Pendant ce temps, les Anti-Sardinards de France jubilent à leur tour à l’intérieur de l’ambassade à Paris sous le regards agaçant de la police arrivée tard sur les lieu. Quelques bouteilles de champagne trouvées dans les réfrigérateurs des bureaux sont même vidées en l’honneur de la « victoire ».

Londres

A Londres, la situation est presque identique à celle de Bruxelles. La police londonienne a vite fait de venir empêcher les manifestants d’accéder dans les locaux de l’ambassade du Cameroun. La colère était presque à son comble. Des cris de ralliement se font entendre, le drapeau du Cameroun est visible partout. Au finish, on a seulement eu droit à quelques jets de pierres et d’œufs pourris sur les fenêtres de l’immeuble.

Washington

La situation est quelque peu différente à Washington DC. Cette « victoire » des tontinards ou des anti-sardinards à Paris et à Berlin, irritent les sardinards (commencez à vous familiariser avec ces vocables camerounais que j’utiliserai désormais pour désigner les partisans de l’opposition et ceux du parti au pouvoir). La peur les envahit et, tout de suite, ils décident d’assiéger l’ambassade du Cameroun à Washington DC en bloguant l’entrée principale avec un engin du génie civil. Les sardinards ne se font pas prier pour tenter d’intimider les tontinards. Cinq d’entre eux sont venus pour empêcher les casses comme à Paris et à Berlin.

Les réactions n’ont pas tardé

Trois partis politiques

La longue journée marathon de samedi 26 janvier 2019 s’est achevée donc avec cinq réactions importantes. La première est celle du parti politique SDF dont la réputation ne fait plus débat. Malgré sa perte de vitesse depuis la présidentielle au profit du nouveau poids lourd, le MRC, son secrétaire général, le sénateur Jean Tsomelou, a vite fait de condamner la barbarie policière de Douala. Au total, cinq personnes (selon le communiqué officiel du parti publié ce jour) se trouvent dans les hôpitaux pour avoir reçu des balles au pieds comme le témoignent certaines vidéos. Ce qui reste toutefois intéressant dans ce communiqué du SG, c’est la volonté affichée du parti de John Fru Ndi de mettre au côté du MRC pour les prochaines manifestations.

La deuxième réaction est celle de Me Akere Muna. Il avait retiré sa candidature à la veille du scrutin au profit justement de Maurice Kamto. Il intervient à la suite des manifestations de la journée de samedi 26 janvier en accusant le gouvernement : « Oui notre gouvernement est en train de pousser les citoyens à une véritable insurrection! ». Quant à Mme Alice Sadio, présidente du parti Alliance des Forces Progressistes (AFP), elle interpelle tout simplement le gouvernement d’éviter d’agir avec une « telle méchanceté… d’une telle barbarie ».

La société civile

La quatrième réaction vient du bâtonnier de l’ordre nationale des avocats du Cameroun. Me Charles Tchakounte Patie « dénonce et condamne tout usage disproportionné de la force publique à l’égard de la population civile ». En effet, les avocats Me André Marie Tassa, Me Emmanuel Simth et Me Alphonse Ngaliembou, militants du MRC participants aux marches blanches sont provisoirement privés de leur liberté ». Le bâtonnier, au nom du Barreau, a également fustigé la violence infligée à Me Ndoki.

 

Il y a enfin des partis politiques alliés du MRC qui ont rédigé un communiqué. Ils ont battu en brèche les affirmations du ministre René « Sardine » par ces termes :

Nous avons suivi avec beaucoup d’étonnement les déclarations de monsieur le ministre de la communication à la suite des marches pacifiques qui se sont déroulées dans différentes villes du Cameroun. Nous tenons a souligner avec fermeté que ces déclarations sont infondées et sans rapport avec les faits sur le terrain.

Et maintenant… la suite ?

Pour les ambassades mises à sac par les manifestants, les autorités ont signé deux notes de service : pour Paris et pour celle de Berlin. Chacune d’elle annonce la suspension des services dans ces ambassades jusqu’à nouvel avis.

Selon le président Maurice Kamto, les Marches blanches sont loin de s’achever. Selon lui, « la mobilisation doit continuer » pour montrer la détermination du peuple à découdre avec la cleptomanie.

Au moment où je finalise ce billet (lundi 28 janvier à 23h), les informations qui me parviennent font état de l’arrestation de Alain Fogue (à Yaoundé), Richard Penda Ekoka, de Albert Dzongang et bien sûr, de Maurice Kamto qui se trouvait, au moment de son arrestation, au domicile de ce dernier depuis son arrivée à Douala samedi 26 janvier. Rappelons que les leaders qui conduisaient les marches blanches à Yaoundé, Engelbert Lebon Datchoua, Serval Abe, Paul Eric Kingue (Directeur de campagne de Maurice Kamto à la présidentielle) sont aux arrêts depuis samedi. Pire encore, parmi les cinq manifestants blessés et hospitalisés à l’hôpital général de Douala, l’un d’eux, Célestin Njamen, a été exfiltré par la police malgré l’opposition du médecin. Tous sont conduits à la police judiciaire de Douala en, certainement, de Yaoundé.

Au vue de ces dernières informations, les données ont certainement changé.

D’ici là, je vous reviendrai à coup sûr.


Pourquoi la voix du peuple camerounais n’a jamais porté à l’ONU ?

Depuis le dernier discours de Um Nyobe à l’ONU le 17 décembre 1952, le cri du peuple camerounais n’a jamais été entendu en si haut lieu. En fait, l’ONU a toujours comme interlocuteur, après l’indépendance du Cameroun francophone, des personnes officiellement constituées. Pourtant, les voix alternatives, compte tenue de la situation de crise vécue par le Cameroun durant la période d’indépendance, n’étaient pas entendues. Un black-out depuis 1952 et qui vient de voir son dénouement lors du Conseil de Sécurité de l’ONU du 13 décembre 2018.

Que s’est-il passé pour que, en dehors des présidents de la république (Ahidjo et Biya), les voix alternatives soient mises hors-jeu à l’ONU ? Pourquoi l’ONU ouvre-t-elle le dossier du Cameroun en 2018 ? La particularité du Cameroun, compte tenue de son statut, pays sous le double mandat de la France et de l’Angleterre, ne donnait évidemment pas le droit à l’ONU de laisser ces deux puissances coloniales lui damner le pion. S’est-elle réveillée enfin pour reprendre son autorité ? Pour mieux comprendre la rupture et le retour de l’ONU sur la situation du Cameroun, voici une analyse synthétique qui donne, avec détails, les éléments de compréhension de la situation. Le texte est de l’écrivain Camerounais Patrice Naganag (la titraille est de moi).

 

La rupture avec l’ONU

Le Cameroun est donc retourné en décembre 2018, au Conseil de Sécurité de l’ONU. 1959-2018, ça a pris soixante ans. C’est l’évolution d’une situation extraordinaire que les politistes vont analyser à leur manière, mais ils n’auront pas la perspective qui est celle du peuple camerounais, car la voici : le Cameroun a cessé d’être une colonie en 1919, et est passé sous mandat de la SDN, et puis sous tutelle de l’ONU qui l’a confie d’une part à la France, et d’autre part à l’Angleterre.

La partie française, le Cameroun oriental, a été dirigée par la France avec ses autres colonies, et la partie anglaise a été de même dirigée par l’Angleterre avec ses autres colonies, dont le Nigeria. Quant à la partie française, elle est devenue indépendante le 1er janvier 1960 et a pris pour nom la « république du Cameroun ». La partie anglophone cependant, et c’est là où le problème anglophone commence, n’est pas devenue indépendante formellement comme la partie francophone. La différence de traitement est déjà là, et celle-ci s’est empirée quand, n’étant pas devenue indépendante formellement, elle s’est réunifie avec la partie francophone en l’absence totale de l’ONU qui en avait pourtant la tutelle !

La Conférence de Foumban s’est ainsi faite en l’absence de l’ONU, eh oui ! Deux hiatus qui sont essentiels pour comprendre la Deuxième Guerre civile camerounaise (La première guerre civile au Cameroun a eu lieu pendant la guerre de libération menée par les nationalistes, ndlr). Et qui déjà, pour la partie francophone, avaient pour conséquence, le fait que toutes les forces nationales et nationalistes du Cameroun ne soient jamais allées en France porter leurs revendications, ou en Angleterre pour les Anglophones, mais plutôt a New York, a l’ONU : le plus célèbre étant évidemment Ruben Um Nyobe, dont les voyages a l’ONU en 1952, et en 1955, aura été épique.

La manipulation de la France

La politique officielle de la France, pays qui en 1940 avec de Gaulle, avait fait du territoire sous sa tutelle qu’était alors le Cameroun français, une colonie de fait, sa position aura toujours été de rendre le retour du Cameroun a l’ONU impossible. Sinon, de choisir des gens qui parleraient pour elle : ces gens, c’étaient Okala, Daniel Kemajou, Ahidjo, etc. Jusqu’en 1960, il était encore possible d’écouter des voix alternatives, des voix non-officielles, la voix du peuple camerounais donc, à l’ONU. D’où les voyages des émissaires de l’UPC, et donc de Um Nyobe, mais après 1960, la république du Cameroun ayant été indépendante, cela n’était plus possible.

Seul Ahidjo devenait ainsi le représentant du Cameroun, le porte-voix du Cameroun, et cela jusqu’au discours de Biya en 2017 où, a la tribune de l’ONU, il se disait « mendiant de la paix« . De 1960 a 2017 donc, le Cameroun a eu un seul porte-voix a l’ONU – le président de la république du Cameroun, Ahidjo, et puis Paul Biya. La politique d’empêchement des voix alternatives, de la voix du peuple camerounais, instituée par la France jusqu’en 1960, a cependant continué. Et ainsi, le gouvernement camerounais aura toujours tout fait pour rendre une résolution de l’ONU sur le Cameroun, et spécifiquement sur la crise anglophone, impossible.

La dernière tentative aura été une mission expresse du Minrex (Ministère des relations extérieures, ndlr), après la session du Congres américain de 2017, mission dont le but a l’ONU était spécifiquement de rendre une résolution de l’ONU impossible. Politique de lobbying du gouvernement camerounais donc, qui, dans les faits rendait le travail des Anglophones impossible, eux qui se sont joints en 1961 à un Etat francophone – la République du Cameroun – déjà indépendant. Manière de dire que comme peuple ils étaient plutôt piégés dans un Etat constitué !

Le retour grâce à la crise anglophone

Voila les deux données qui ont changé avec l’ouverture au Conseil de Sécurité du dossier du Cameroun (le 13 décembre 2018) – « pays qui produit le plus de réfugies aujourd’hui en Afrique! » y entend-on. Mais l’arrivée du Cameroun au Conseil de Sécurité aura été précédée par l’arrivée de l’ONU au Cameroun, et celle-ci aura été laborieuse, sinon secrète. En juin, je rencontrais encore a New York une dame – je préfère encore taire son nom -, de qui les hasards de mon arrestation m’avait rapprochée, que l’ONU avait taskee sur le Cameroun, avec mandat de deux ans, pour y constituer un dossier conséquent, dossier dont voici sans doute la conséquence.

Elle me disait alors qu’elle ne pouvait pas travailler ouvertement parce que c’est encore au gouvernement camerounais de demander l’intervention de l’ONU, le Cameroun étant indépendant. Et Biya évidemment ne le voulait pas, se plaçant plutôt comme victime d’une agression des populations anglophones – des populations camerounaises donc -, qu’il disait « terroristes ». Ce que le gouvernement camerounais n’avait et n’a cependant pas encore compris est qu’un Etat qui commet des crimes de guerre, qu’un Etat qui commet un génocide, perd automatiquement sa souveraineté, car la protection des peuples est au-dessus de la souveraineté des Etats. Il en est ainsi de tous les pays, et l’ONU a un devoir d’ingérence dans ces cas-la : pour protéger les peuples. C’est pourquoi d’ailleurs elle a été créé en 1949 ! C’est ça son mandat impératif !

Le Conseil de Sécurité en tablant sur le dossier du Cameroun, malgré la double disposition du gouvernement camerounais, politique et de lobbying que j’ai mentionne plus haut, le signifie. Mais ce qu’il reconstitue aussi, c’est le cercle interrompu avec le peuple camerounais, cercle interrompu depuis exactement 1919, avec le départ des Allemands. C’est ici en effet que l’absence de la France lors de la session du Conseil de Sécurité du 13 décembre 2018 devient significative : car c’est elle, la France donc, qui dès 1940 avait mis en oeuvre la politique d’empêchement de la voix du peuple camerounais a l’ONU qui de facto frappait les Anglophones comme peuple depuis 1961. Et c’est elle qui toujours a porté a l’ONU la voix des Etats francophones.

L’Angleterre a pris sa place comme on voit, membre du même Conseil de Sécurité qu’elle est, elle aussi, elle qui d’ailleurs, a libéré la France coloniale de l’Allemagne en 1940. Le cercle se referme.

Une page de l’histoire de notre peuple a été tournée.

Patrice Nganang, écrivain.


Retrait de la CAN 2019 au Cameroun : les raisons de l’échec

La sentence est tombée vendredi 30 novembre. Le Cameroun ne sera pas le pays organisateur de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019. Cette décision a été prise par le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), réuni à Accra au Ghana.

Le Cameroun n’a pas tenu son pari… Contrairement aux promesses du président de la République, faites au peuple camerounais dans un discours pompeux, le 10 août 2017, où il affirmait mordicus que « le Cameroun sera prêt le jour dit ». Seize mois après, qu’est-ce qui s’est passé pour que l’organisation de la CAN 2019 soit retirée au pays de Roger Milla ? Cette situation est vécue à Yaoundé comme un échec. Toute honte bue, le gouvernement, par la voix de son porte-parole, n’a pas caché sa déception et crie à « l’injustice ».

Les supputations ont circulé, et continuent de circuler, tant sur les réseaux sociaux que sur les médias pour comprendre ce qui s’est réellement passé pour que le Cameroun se retrouve humilié par la CAF. La plupart d’observateurs orientent leurs analyses sur les origines du retrait de l’organisation de cette compétition africaine. Il existe plusieurs tendances pour expliquer cette déculottée. Pour des raisons de commodité, je vous livre ici quatre analyses. Elles sont tirées sur le volet parmi des centaines qui circulent sur Facebook et publiées par des personnes bien connues du public camerounais. Chacune d’elle explique exactement d’où est venue la faille.

Les 4 raisons du retrait de l’organisation de la CAN 2019

1ère raison de l’échec : l’insécurité (Par Serge Aimé Bikoi)

La première raison de l’échec est d’ordre sécuritaire et c’est l’argument présenté par Serge Aimé Bikoï, journaliste à RTS (Radio Télision Siantou). La RTS c’est une chaîne urbaine émettant à Yaoundé et ses environs. Le journaliste fait un double diagnostic, non seulement sur l’insécurité qui règne au Cameroun, mais aussi sur les insuffisance au niveau des délais de livraison des stades en pleine construction :

En passant donc au crible de la raison pratique l’échec du Cameroun à l’organisation de la Can 2019, bien de déterminants socio-politique, infrastructurel, urbain et écotouristique sont déclinés pour tenter, sans coup férir, de décrypter la mauvaise passe du pays de Samuel Eto’o Fils. Au rang des invariants socio-politiques, figure la crise sécuritaire qui ébranle, depuis des années, trois régions camerounaises, en l’occurrence l’Extrême-Nord, le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. Le bilan de la crise socio-politique contemporaine, en termes d’incidences humaine, matérielle et financière, est si éloquent qu’un émissaire du congrès américain a saisi la balle au bond, ces derniers jours, pour requérir, auprès de la Fifa (Fédération internationale de football association), le retrait de la CAN au Cameroun. Cette pression des États-Unis sur la Fifa était, d’ailleurs, un signe avant-coureur et un déterminant prémonitoire à la sentence qui est, in extremis, connue de tous le jour de la commémoration de l’an 29 de la mort de l’ancien premier Président de la République du Cameroun.

2ème raison de l’échec : l’insuffisance d’infrastructures (Par Serge Aimé Bikoi)

Au-delà de la variable socio-politique, il y a le déterminant infrastructurel appréhendé comme le facteur à prendre aussi en considération sur le terrain explicatif du retrait de la CAN au Cameroun. Jusqu’ici, les stades, dont la façade est tout de même visible, ne sont pas encore achevés. A cette incurie se subordonne le déficit d’établissements hôteliers susceptibles de transcender la démographie croissante des touristes étrangers des 24 pays devant participer à cette grande messe du football africain. Aussi faut-il noter, en termes d’imperfections infrastructurelles, le manque criard de routes et d’autoroutes, voies de communications capables de relier les masses populaires locales et étrangères dans différents stades des villes camerounaises. De plus, il est impossible de ne pas constater l’absence des plateaux techniques en bonne et due forme des hôpitaux publics de référence et le giron de la voirie urbaine, qui reste et demeure moins embelli au plan touristico-urbain.

3ème raison de l’échec : la revanche d’Ahmad (Par Mathias Eric Owona Nguini)

L’échec lié au complot de la CAF contre le Cameroun est défendu par le professeur Mathias Eric Owona Nguini. C’est un socio-politologue, enseignant à l’université de Yaoundé II. Selon lui, cette thèse de complot était visible depuis bien longtemps :

La véhémence du leader de la CAF contre l’organisation camerounaise de la CAN 2019 était clairement motivée par deux raisons structurantes : le désir de revanche contre le pays du grand Issa Hayatou dont le comité exécutif lui retira la CAN Juniors et le souci de ménager ses puissants alliés nord-africains et d’Afrique australe en leur permettant de reprendre la main pour l’organisation de la CAN 2019 au détriment du Cameroun.

Malgré les propos lénifiants du président de la CAF lors de son voyage express au Cameroun en compagnie de la star Samuel Eto’o pour une audience avec le président Paul Biya, je n’ai jamais eu confiance au patron du football continental africain. Le jeu de lobbying de l’Afrique du nord et de l’Afrique australe était trop fort. Il est évident que malgré ses retards organisationnels et leurs raisons (luttes d’influence entre coteries administratives, guerres entre lobbies d’affaire, campagnes anti-patriotiques d’intoxication des milieux anti-régimes, lenteurs administratives), le Cameroun allait parvenir tant bien que mal à mettre en place sa CAN.

C’était sans compter sur les « combinaisons » politico-footballistiques confédérales recomposées avec le nouvel actionnariat dominant de pouvoir au sein de la CAF, dominées particulièrement par le souci de faire plaisir au grand parrain marocain frustré d’avoir été battu pour la Coupe du Monde 2026. Conscient des gros efforts du Cameroun, Ahmad et le Comité Exécutif de la CAF, ont usé de l’art de Salomon. Après avoir humilié le Cameroun en le décalant de 2019 à 2021, ils ont donné des gages pour que ce pays prenne le tour de la Côte d’Ivoire qui serait renvoyé en 2023. Le Cameroun semble quand même devoir avoir sa CAN au prix de quelques humiliations qu’il lavera sur le terrain en 2019 s’il se qualifie. Dans ce cas, en 2021, ce sera la 7ème étoile. Qui a dit que le football n’est pas politique ?

4ème raison de l’échec : l’irresponsabilité de Paul Biya (Par Jean-Bruno Tagne)

Le président de la République Paul Biya est considéré comme le principal responsable et doit s’en prendre qu’à lui-même. C’est ce que dit Jean Bruno Tagne, journaliste en service à Canal 2 International, dont le siège se trouve à Douala. Journaliste et présentateur dans cette chaîne, il officie également en tant que directeur général adjoint. Voici en substance son analyse après le retrait :

J’en vois qui s’en prennent à bras raccourcis aux ministres et autres collaborateurs du président de la République comme responsables du retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun par la CAF. « Le Cameroun sera prêt le jour dit. J’en prends l’engagement », avait déclaré Paul Biya devant ses hôtes en extase au palais de l’Unité à Yaoundé.

Comment peut-on prendre un tel engagement urbi et orbi et ne jamais se donner la peine ne serait-ce qu’une seule fois de visiter les chantiers pour s’assurer que les choses vont dans le sens souhaité ? Même pas une petite visite au stade d’Olembe à quelque pas du palais d’Etoudi. Stade du reste baptisé du nom de Paul Biya avant même d’être construit ! Qu’on ne me dise surtout pas que ce n’est pas le rôle du chef de l’État. D’autres le font et ça marche.

Paul Biya est coupable, comme pour d’autres choses, de s’être contenté des rapports, de n’avoir pas du haut de sa fonction donné un coup pied à la bureaucratie qui a freiné considérablement les travaux et surtout d’avoir fermé les yeux devant des gens qui avaient décidé de faire de cette CAN la plus grosse vache à lait de leur vie. Et ce ne sont pas les alertes qui ont manqué.

Vouloir, maintenant que l’échec est consommé et que le Cameroun est humilié, se défausser – comme toujours – sur les collaborateurs ou pointer une pseudo « mafia » qu’il y aurait à la CAF relève de la pure diversion. C’est même de l’irresponsabilité.

Les Camerounais n’ont pas élus des ministres mais bien un chef de l’État qui doit prendre ses responsabilités. Do your homework sir.

Et maintenant, quelles sont les conséquences du retrait de la CAN 2019 ?

Pour le moment, personne ne sait ce qui va se passer. Le président Biya possède encore les manettes pour donner le ton pour la suite. Quelques hypothèses sont cependant scrutées par des uns et des autres pour envisager l’avenir. Que va-t-il se passer maintenant ?

Le remaniement ?

La première conséquence de ce retrait est punitive. En fait, la plupart des Camerounais pensent que l’occasion est venue pour le président de la République de passer très vite au remaniement de son gouvernement, qu’il tarde à faire depuis sa réélection le 7 octobre et sa prestation de serment le 6 novembre 2018. Paul Biya a toujours cette manie d’être maître du temps, de contrôler le calendrier politique sans laisser apparaître la moindre trace des ses actes futurs. Va-t-il dérober à la tradition en procédant au remaniement tant souhaité et qui marquera le début des sanctions à venir ?

La prison ?

Il ne faudra pas seulement s’arrêter aux sanctions avec un remaniement. Le remaniement ministériel tant souhaité entraînera probablement certains responsables de l’échec vers une poursuite judiciaire pour détournement de deniers publics. Dans ce cas, la 2ème raison de l’échec (l’insuffisance d’infrastructures) serait alors la plus probable. Une poursuite judiciaire des responsables impliqués dans la construction des infrastructures de la CAN 2019 sera donc une preuve que les chantiers n’ont pas avancés pour des raisons de mauvaise gouvernance. Et la responsabilité du président de la République serait également impliquée (4ème raison).

D’ailleurs, quelques Une des journaux de lundi 3 novembre annonçait déjà des responsables impliqués dans l’échec : Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République, et Ismaël Bidoung Mpwatt, le ministre des sports et de l’éducation physique, et bien d’autres.

Le TAS ?

D’autres pensent encore que la bataille n’est pas perdue et qu’il faudra passer à la phase juridique par un recours au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). La première personne à l’exiger c’est bien Abdouramane Hamadou qui déclare, sur sa page Facebook, que le Cameroun a la « possibilité de faire reculer la CAF ». Abdouramane Hamadou Babba est président d’une équipe de foot « Etoile Filante de Garoua ». Il est très connu par le public camerounais pour avoir affronté l’équipe dirigeante de la Fecafoot (Fédération Camerounaise de Footbal) pendant deux ans, qui avait été élu illégalement. Il a finalement eu gain de cause et le TAS a débouté le président de la Fecafoot Tombi A Roko.

Le même Abdouramane compte renouveler l’expérience en envisageant une plainte contre la CAF au TAS. Une plainte au niveau du TAS signifierait alors la confirmation de la 3ème raison comme hypothèse de l’échec. La question ici n’est pas de savoir si la CAF a raison ou non, mais c’est celle de savoir si effectivement le Cameroun est prêt a accueillir cette CAN en juin 2019 si jamais la CAF la lui accordait ? Cette question est d’autant plus importante que la sortie du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, bien que parlant d’injustice, sonne comme un aveux en demandant au « peuple camerounais de garder toute sa sérénité ».


Les Beti sont-ils menacés comme « Essingan » veut nous le faire croire ?*

Dans son numéro 138 du 19 novembre 2018, le bi-hebdomadaire camerounais « Essingan » met à sa Une un titre ronflant et fort évocateur : « Assassinat et attaques ciblées contre les Beti ». Beti ici désignant un groupe Ethnique plus large donc les régions du Centre (où se trouve Yaoundé la capitale), du Sud (région d’origine du président Paul Biya), et de l’Est, sont les territoires. Ce groupe ethnique est confrontée à des joutes tribales où les originaires de ces régions sont accusés, à tort ou à raison, de conserver le pouvoir politique au détriment des autres groupes ethniques du pays. Ainsi, les journaux, acquis à la cause beti, profitent de certaines pour manipuler l’opinion pour se donner une bonne conscience dans la victimisation, puisque le contexte s’y prête.

*Serge Aimé Bikoï, journaliste camerounais, nous livre ici une analyse de contenu de la Une du journal, du titre de l’article en question rédigé par Leger Ntiga, et de l’article proprement dit.

Analyse du contenu manifeste et latent du titre à la grande Une du journal « Essingan » de ce lundi, 19 novembre 2018, numéro 138

Dimanche, 18 novembre 2018, il y a eu des joutes engagées et passionnées sur le titre à la grande Une du bi-hebdomadaire « Essingan » paru avant le jour-j à la faveur des atouts marketistes liés à la capacité de conquête du lectorat. Bien d’internautes, sur la toile, ont épinglé et invectivé le Directeur de la publication de ce journal. D’autres, sans lire le contenu, ont battu en brèche la titraille, dont la coloration et la connotation sont, a priori, ethnocentristes.

Des lecteurs ont entrepris, au premier abord, de battre en brèche ce titre formulé comme suit :

« Ré-élection de Paul Biya. 
Assassinat et attaques ciblées contre des Beti
Des journalistes, artistes et le porte-parole de l’archevêque de Yaoundé parmi les victimes »

En contre-bas de ce titre figurent trois images des hommes publics victimes, ces derniers jours, des cas d’agressions à mains armées, en l’occurrence Ernest Obama, Avenir Ava, de regrettée mémoire, et l’abbé Félix Désiré Amougou. Dans le journal en page 3, l’article est rédigé par Léger Ntiga. La première curiosité, dans l’analyse du contenu manifeste de cet article que nous faisons, c’est qu’il y a un distinguo entre le titre qui paraît à la grande Une et celui observé en page 3. En effet, le titre paru à la grande Une mentionne :

« Ré-élection de Paul Biya 
Assassinat et attaques ciblées contre des Beti »

Par contre, le titre répertorié en page 3 est :

« Criminalité. Assassinat d’Avenir Ava et tenative (au lieu de tentative) d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou »

Quiconque a lu le journal « Essingan » de ce lundi, 19 novembre 2018 se rend compte, en page 3, qu’il y a tromperie sur la marchandise. Et pour cause l’auteur de l’article a usé d’une tactique, d’une feinte, mieux d’une stratégie pour muter la titraille. Des théoriciens et praticiens des Sciences de l’information et de la communication viendront, sans doute, faire, ex-cathedra, un cours sur les titres en journalisme. Mais le fait est sacré, voire sacralisé et les commentaires sont libres. En substance, quiconque ayant lu ce journal constate que deux invariants ont changé dans l’architecture de la titraille.

  1. A la grande Une, tout lecteur voit : « Ré-élection de Paul Biya« . Or, à l’intérieur du journal, en page 3, le titre de l’article concerné est « Criminalité« .
  2. A la grande Une, en contre-bas du titre mentionné supra, figure ce groupe de mots : « Assassinat et attaques ciblées contre des Beti. Des journalistes, artistes et le porte-parole de l’archevêque de Yaoundé parmi les victimes« . En page 3, a contrario, il est lu : « Assassinat d’Avenir Ava et tentative d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou« .

Ntiga a, bel et bien, muté cette titraille

Au regard de ces deux invariants du contenu manifeste de l’article et, a fortiori, du titre, chacun(e) constate que l’auteur a altéré la titraille de la grande Une dans le contenu du journal pour la simple raison que « Ré-élection de Paul Biya » remplace « Criminalité » et « Assassinat et attaques ciblées contre des Beti » se substitue à « Assassinat d’Avenir Ava et tentative d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou« . Il s’agit, ici, d’un jeu éditorial, certes, saupoudré d’une subtilité dans le marketing du bi-hebdomadaire « Essingan », qui est en posture de faire vendre le titre à la grande Une alors qu’à l’intérieur, Ntiga a, bel et bien, muté cette titraille. Mais, ce jeu éditorial est pourvu, parlons peu parlons vrai, d’un écueil épistémologique lié à la dangerosité de la titraille de la grande Une.

C’est, d’ailleurs, à ce giron qu’il est impérieux de décrypter alors le contenu latent de cet article ou, du moins, de la titraille, qui est, a priori et a posteriori, empreint d’un péril lié à la provocation diligentée contre un groupe culturel. En parlant des attaques ciblées contre des « Beti », il y a, en toile de fond, une guéguerre, voire une guerre symbolique entre deux groupes culturels, lesquels s’affrontent, depuis ces derniers mois, autant sur les réseaux sociaux que dans l’espace public. Des escarmouches, des quolibets, des sarcasmes, des stéréotypes et des clichés sont collés à tel ou à tel. En traitant des attaques contre les Beti, personne n’imagine pas ce que l’Homme populaire peut nourrir, en terme d’acrimonie et d’animosité, à l’égard du Beti ou de toute autre communauté culturelle. C’est périlleux, insidieux et creux. Faisons attention aux mots dont nous nous servons au quotidien tant ils sont constitués d’une charge symbolique éloquente !

Attaques ciblées contre des Beti ?

En réalité, il faut choisir : soit vous parlez, comme annoncé au niveau de la titraille de la grande Une, des assassinats et attaques ciblées contre Beti, et vous le démontrez clairement, ce que nous n’avons guère vu (d’ailleurs, cette titraille a été modifiée à l’intérieur), soit a contrario, vous décidez de parler, spécifiquement, de la criminalité tel qu’annoncé à la titraille de l’article en page 3. Sur ces entrefaites, vous êtes, sans conteste, sur une ligne crédible et inattaquable puisque nous vivons, ces derniers jours, le phénomène ambiant de la résurgence de l’insécurité urbaine. D’aucuns, en se référant à la figure de style de l’hyperbole, parleront, sans coup férir, de la recrudescence de l’insécurité dans les grandes villes camerounaises, telles que Douala et Yaoundé.

D’ailleurs, l’auteur a mentionné, dans l’article, deux cas d’incendie survenus le samedi, 17 novembre 2018 dans la capitale économique, et dont les fabriques « Biopharma » et « Panzani » ont fait les frais. Mais, ce que je récuse, c’est le fait, pour Léger, d’avoir qualifié ces incendies de « suspects ». Toute chose qui est un jugement de valeur. Alors, une enquête a-t-elle été menée par l’auteur de l’article ou par la police qui a abouti à la constatation, mieux à la qualification de ces incendies de « suspects » ? L’auteur n’y a pas répondu. Peut-être y répondra-t-il dans les prochaines heures. En plus, en parlant des attaques ciblées contre des Beti, les propriétaires de ces succursales sont-ils Beti comme Ava (décédé dimanche, 18 novembre 2018), comme Amougou, comme Obama, K-Tino ou même comme Coco Argentée ?

Qui est même Beti ? Qui se réclame d’être Beti au Cameroun ? Parlez-vous de l’ethnie, de la tribu, du clan, de la généalogie, de l’agrégat ? Parlez-vous de la tribalité, du tribalisme, de l’ethnocentrisme, du mono-fascisme mono Ndjanaien ou de l’ethno-fascisme pokamien ? Parlez-vous des Beti au sens de Philippe Laburthe-Tolra, de Séverin Cécile Abega ou de Luc Mebenga Tamba ? De quel Beti Parlez-vous? Antoine Socpa, Paul Abouna, Mbonji Edjenguelle, etc.qui sont, tous les trois aussi Anthropologues, parleront de quoi lorsque des Hommes de médias manipulent, voire instrumentalisent le mot « Beti » à tort et à travers ? Sachons vraiment ce que parler veut dire pour reprendre Pierre Bourdieu, Sociologue constructiviste ! Cessez d’utiliser, de manière alambiquée et biaisée, le mot « Beti ».

Eviter de manipuler ce type de terminologie

Par ailleurs, j’appréhende, dans le contenu manifeste de cet article, la récurrence du mot « assassinat » corrélé à « tentative d’assassinat ». Dans la galaxie de la Sociologie de la déviance et de la criminalité, il faut éviter de manipuler ce type de terminologie sans avoir les indicateurs qualitatif et quantitatif qui y sont inférés. Sachez-le ! Il y a un distinguo entre le crime, l’assassinat, le meurtre, l’agression, le viol et le braquage. Actuellement, seules les enquêtes de la police ou des forces de maintien de l’ordre peuvent nous permettre de qualifier ce dont ont été victimes Ernest Obama, Félix désiré Amougou et Avenir Ava.

Dans l’imagerie populaire, le bas-peuple a tôt fait de parler de « braquage à mains armées » ou encore « d’agression à mains armées ». D’autres comme l’auteur de l’article concluent à la thèse de l’assassinat de Avenir Ava et de la tentative d’assassinat de l’abbé Amougou. Alors, des investigations ont-elles été faites pour qualifier les déviances ou les frasques vécues par ces hommes publics de « tentative d’assassinat » ou « d’assassinat » ? L’Homme de sciences, à ce giron, reste et demeure minutieux et n’utilise pas, à tort et à travers, ces mots. Le braquage n’est pas le crime ; le crime n’est synonyme d’assassinat ; l’assassinat n’équivaut pas à l’agression.

Cessons , dans la même veine, d’utiliser les concepts de la Sociologie de la criminalité urbaine de manière boursouflée et biaisée ! Nous ne nous érigeons pas en donneur de leçons, mais nous faisons preuve de rigueur épistémologique et de rigidité scientifique à l’aune du respect des critères et des principes méthodologiques enseignés dans les écoles scientifiques. Nous ne sommes pas dans la posture de maître-penseur ou dans la stature de maître-recenseur, mais nous avons préféré donner la lecture relative à l’analyse de contenu manifeste et latent de l’article de l’aîné professionnel Léger Ntiga pour qui nous avons, sans conteste, du respect. Que cela soit clair !

*Serge Aimé Bikoi

Le Don King
Mot à wou à wou!


Ces trois tribus du Cameroun*

Ces derniers temps, le discours politique sur les réseaux sociaux est infesté de mots et formules qui font référence à la concurrence voire à l’opposition entre tribus du Cameroun autour du pouvoir d’État. Les auteurs de ce discours analysent le système de partage de prébendes sous forme de strapontins politico-administratifs effectué par le président de la République ; ils sont impressionnés par la jactance de certains individus, probablement dérangés, dont le discours haineux est la seule expression politique.

À les lire, 1) Paul Biya ne nommerait que les Bétis aux postes de responsabilité, 2) les Bétis et principalement les Bulu auraient tout à craindre après le départ de Biya, 3) les Bamiléké auraient un plan de déstabilisation du Cameroun et de prise de pouvoir en tant que groupe ethnique hégémonique, 4) le Cameroun politique ne serait qu’un conglomérat de partis tribaux dont les dirigeants tirent légitimité au sein de leurs communautés ethniques uniquement. Ce repli communautariste serait ainsi le frein à l’alternance au Cameroun. On parle donc souvent ici et là, de tribalisme au Cameroun : entendez, des tribus qui se détesteraient les unes les autres.

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Monument de la Réunification à Yaoundé, symbole du vivre ensemble des différentes ethnies ou tribus. Image : Flickr

Pour ma part, je n’accrédite pas cette thèse et je peux me permettre de dire qu’elle est totalement fausse. Quand vous allez faire vos courses au marché de n’importe quelle ville du Cameroun, ces lieux où vivent les Camerounais d’en bas, vous constatez que les marchands, d’origine tribale différente, collaborent en toute honnêteté et solidarité. Le bamiléké défend sans calcul le commerce de son voisin béti et vice-versa, et ainsi de suite pour les autres. Je prends cet exemple basé sur l’intérêt individuel (le commerce, la vente, la clientèle) pour démontrer que même lorsque leurs intérêts de survie sont en jeu, les Camerounais – c’est le cas dans beaucoup de pays africains – ne se haïssent pas, ne se rejettent pas,ne se battent pas. Ils se reconnaissent dans la même condition de citoyens d’en bas; ils collaborent, fraternisent et se soutiennent. Pourquoi en est-il autrement lorsqu’advient la politique?

Il n’y a que trois tribus au Cameroun

Les linguistes identifient des centaines de langues et sans doute autant de tribus au Cameroun. C’est le point de vue de leur science. Je n’y adhère pas trop. Il y a deux décennies environ, l’intellectuel camerounais Célestin Monga identifiait seulement deux tribus au Cameroun : celle des « mangeurs » et celle des laissés pour compte. On parlait alors à l’époque, de « la tribu du ventre« , pour désigner tous ceux qui sont à la quête des privilèges ou qui veulent à tout prix conserver leurs privilèges. Il y a quelques temps, grâce à mon ami Mauricien Jooneed Khan, j’ai lu les écrits de la dramaturge et activiste kenyane d’origine indienne, Shaila Patel, qui identifie, elle, trois tribus au Kenya : ceux qui tiennent le pouvoir, ceux qui aspirent au pouvoir et les laissés pour compte. Je n’ai pas eu trop de difficultés à ramener cette réflexion au niveau de notre Cameroun.

On peut donc aisément constater que sur le terrain politique, il n’y a que trois tribus : les Privilégiés, les Aspirants aux privilèges et les Autres. Pour obtenir le changement politique au Cameroun, il faut absolument vaincre les deux premières (à défaut d’obtenir leur adhésion) et convaincre (voire mobiliser) la dernière.

1- Les Privilégiés

Ce sont ceux qui détiennent le pouvoir d’État et le pouvoir économique. Ils sont les patrons de l’administration publique, du parti-État Rdpc, de l’armée, de la police, de la gendarmerie, de la Justice et des médias de service public ; ceux qui dirigent les entreprises publiques et des entreprises privées bénéficiant des combines et prébendes du pouvoir politique ; sont également membres de cette tribu, les chefs du clergé des religions importées et les chefs du pouvoir traditionnel. Peut-on parler de cette tribu sans évoquer les multinationales et leurs protecteurs tapis dans les officines de l’ex pouvoir colonial ? Depuis Paris ou Bruxelles, on peut étouffer (on a souvent étouffé) les aspirations du peuple, parce qu’il fallait protéger les privilèges sur le sol camerounais.

On est membre de cette tribu par cooptation, généralement par le chef supérieur, le président de la République, chef de l’État, patron de l’exécutif, superviseur du législatif et gourou de la justice. Il s’appelle Paul Biya. Lui et sa tribu tueraient tout le Cameroun pour garder leurs privilèges qui sont : la puissance, la gloire et la fortune facile.

2- Les Aspirants aux privilèges

C’est la tribu la plus dangereuse du Cameroun. Elle est composée de toutes sortes d’individus éparpillés dans toutes les catégories sociales. Ils feraient n’importe quoi, y compris vendre leurs parents, pour accéder aux privilèges. Ses membres se retrouvent chez les Privilégiés et chez les citoyens d’en bas qui, toute leur vie, vivent pour accéder aux privilèges.

Ce sont 1) des Privilégiés qui aspirent à encore plus de privilèges (vous pouvez vous-mêmes faire l’illustration), 2) les Hommes de main des Privilégiés, qui gagnent leur pain à servir pour la conservation du pouvoir d’État, 3) des fonctionnaires de tout niveau qui tiennent à leurs postes, 3) les parents et proches de tous ceux qui ont des privilèges ou qui en rêvent, 4) des membres de l’ethnie du président qui supposent que c’est un privilège de parler la même langue que l’illustre dirigeant. Ce sont les plus pathétiques du groupe, car ils attendent un appel, un de ces jours, provenant de l’un des nombreux membres de la tribu des Privilégiés qui parlent la même langue qu’eux et le président. Cette idée est « décentralisée » auprès de tous les notables de cette tribu entretenant une clientèle d’affamés de petits privilèges. Bien souvent, ils finissent leur vie sans atteindre ces privilèges et constatent donc sur le tard que venir de la même aire géographique ou être membre de la même communauté culturelle que le Président ou tout autre notable de la tribu des Privilégiés n’est pas une assurance pour les privilèges

3- Les Autres

Ce sont les citoyens d’en bas. Des Camerounais qui n’ont pas accès aux privilèges, qui n’en cherchent pas, qui ne savent pas comment en chercher ou qui n’en veulent pas. Même lorsqu’ils ont envie d’une bonne qualité de vie, ils ne font pas n’importe quoi pour atteindre la fortune. Ils veulent seulement vivre en paix, accéder aux droits que les lois leur réservent. Ils ne sont pas seulement les sans-emplois, les sans-éducation, les sans-diplômes, etc., ils sont aussi des citoyens bien formés dans des écoles de tout niveau, avec ou sans emploi qui, vis-à-vis de leur pays, ont la même pudeur et le même respect que tous ceux des Autres.

Sur cette tribu, spécialement, s’exerce un matraquage discursif permanent dont le but est de faire peur quant aux lendemains incertains. Alors ils vivent dans la peur de perdre le peu de sécurité qu’ils ont, le peu de pitance quotidienne qu’ils ont, le peu de vie qu’on les laisse vivre. Cette tribu subit au plus haut niveau la zombification dont les agents principaux sont les médias de service public, les agents du système politique, les agents des clergés et des pouvoirs traditionnels, membres de la tribu des Privilégiés. C’est également elle qui subit tous les dégâts des œuvres des Privilégiés : une vie sans eau potable, sans éclairage domestique ou urbain, sans soins de santé adéquat, etc. L’esprit perclus de douleurs des violences des 50 dernières années, les Autres vivent au jour le jour. Ils ne rêvent plus. Ils ne croient plus à rien. Ils ne se mobilisent que pour leur quotidien : un deal avec les gens de cette tribu commence là et finit là là là…

Les ethnies (Tribus) du Cameroun ne sont pas un frein à la démocratie

Je pose donc que seule une transition systémique visant à disloquer les tribus « Privilégiés » et « Aspirants aux privilèges » pourraient apporter un changement systémique au Cameroun. Pour battre Paul Biya et son Rdpc, essentiellement composé de membres de ces deux tribus, il faut les vaincre (ou les disloquer). L’opposition politique, à mon avis, doit cesser de travailler au quotidien pour une supposée prise du pouvoir par les urnes (conçues, organisées, détenues, contrôlées et dont les résultats sont constatés par les myrmidons et notables des deux tribus).

L’opposition a la possibilité de se battre pour 1) le droit de faire de la politique d’abord, 2) la mobilisation des Autres dont le rêve est de vivre dans un pays où règne la justice, un pays qui assure leur sécurité, un pays dont les institutions sont à leur service. Tous les discours sur le tribalisme au Cameroun et dans la plupart des pays africains, ne sont que des activités de manipulation menées par les Privilégiés et les Aspirants aux privilèges, une diversion pour diviser afin de mieux régner éternellement.

© Venant Mboua

*Article publié par le journaliste Camerounais Venant Mboua vivant au Canada, rédigé et publié depuis le 10 février 2018. Il s’indignait sur la montée du tribalisme en cours dans les réseaux sociaux et qui s’est répandu à l’occasion de la présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun.


Que cache l’assassinat du pasteur américain Charles Wesco au Cameroun ?

Un Blanc, Charles Wesco, perd la vie dans sa voiture après avoir reçu une balle en pleine ville à Bamenda. Cette information a tellement fait grand bruit. Les indignations de la presse nationale se sont limitées aux interrogations sur la provenance du tire tandis que la presse américaine et quelques journalistes camerounais accusaient l’armée camerounaise. Maintenant que l’origine du tir est connue de tous, la question qui reste pendante est donc celle de savoir ce qui adviendrait comme conséquences ?

Que s’est-il passé ? (Par Kand Owalski)

Il y’a deux semaines, un Missionnaire américain débarquait avec toute sa famille sur le sol du Cameroun en direction du Nord-ouest. Il avait tout vendu aux USA pour s’installer définitivement ici afin de prêcher la parole. Le 30 octobre 2018 il est assassiné dans son véhicule par une balle « perdue », a d’abord affirmé le gouvernement camerounais avant de déclarer officiellement que le tir provenait d’un fusil des sécessionnistes. Les sécessionnistes, eux, rejettent cette accusation et posent que c’est bien un soldat de l’armée camerounaise qui a abattu l’Américain. Au milieu de ce rejet mutuel de la « faute », l’agence américaine Reuters tranche : c’est bien un soldat de l’armée camerounaise qui a assassiné le missionnaire.

Interpellé, le vice président américain s’indigne et précise, pour le résumer, qu’un fils de l’oncle Sam a perdu la vie au milieu d’une crise due au rejet de la politique du gouvernement actuel et à l’aspiration de ces populations marginalisées à être libre. Interrogée, la femme de Wesco classe la mort de son mari comme le fait d’une volonté divine. Elle prie que ce décès ne soit pas vain ; que son sang ait été versé pour la paix et la stabilité dans ces régions sinistrées. D’autres réactions des citoyens dont celle de l’épouse de Dave Halyman, l’Américain qui conduisait Wesco ce jour là mais qui  »heureusement » ou  »stratégiquement » n’a pas été touché, demandent au gouvernement américain de prendre ses responsabilités.

A quel jeu joue Yaoundé après la mort de Charles Wesco ?

A la suite de l’annonce, par les médias locaux, de la mort d’un pasteur évangéliste américain à Bamenda, on croyait affaire à un Fake-News. Il a fallu, bien évidemment, que les autorités de Yaoundé confirment cette nouvelle qui relèverait, a priori, d’un secret d’Etat (?) pour que l’on se rende compte de la gravité de la situation. L’on se souvient encore de cette fausse-vraie nouvelle qui révélait le kidnapping des touristes dans les deux régions anglophones en proie à guerre d’indépendance. Elle avait tellement défrayer la chronique pendant des heures qu’on a dû comprendre l’intérêt du gouvernement de préserver la vie des étrangers Blancs.

Il devient donc évident que la vie d’un Blanc, dans ces régions en guerre, peut être utilisée comme un outil diplomatique. Du coup, lorsqu’elle est mise en danger, l’empressement de rendre les indépendantistes coupables devient très courant. C’est la raison pour laquelle le 2 février 2018, le ministre de la communication, Issa Tchiroma Bakary, avait annoncé le « Kidnapping » des 12 touristes dans la région du Sud-Ouest par les séparatistes. De même, le décès du pasteur Charles Wesco avait été mis sur le compte des séparatistes par ces mêmes autorités de Yaoundé à travers le ministère délégué à la Présidence chargé de la défense. D’où la question, pourquoi les autorités de Yaoundé renvoient toujours la responsabilité des crimes et des attaques sur les Blancs aux séparatistes anglophones ? Ou alors, que cache l’assassinat du pasteur Charles Truman Wesco ?

La première réponse qu’on tenterait de donner à cette question est que le gouvernement de Yaoundé est à la recherche d’une légitimité. En fait, le régime de Yaoundé attend des puissances occidentales, notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, etc., un soutien intellectuel à travers une prise de position totale et ferme contre les indépendantistes appelés ici « sécessionnistes ». Les nombreux soutiens des indépendantistes de l’Ambazonie sont d’origine américaine à travers la diaspora anglophone. Selon Yaoundé, ces soutiens ne sont pas inconnus de l’Etats américain. Le gouvernement camerounais espère de l’Oncle Sam l’anéantissement et l’éradication de cette diaspora « nuisible » à tout point de vue.

Conséquences d’un tel crime (Par Kand Owalski)

Doit-on y voir un hasard ou une machination ? Pourquoi avoir choisi d’abattre principalement ce fils d’une famille puissante de religieux américain et dont le frère est sénateur ? Pourquoi pas l’autre ? En tout cas, on peut rapidement se souvenir que c’est l’enlèvement puis l’assassinat par la milice de Gbagbo, du français Stéphane Frantz alors directeur de Novotel d’Abidjan, qui provoqua l’intervention officielle de la France et son délogement. On peut rapidement se souvenir que c’est l’attentat à la vie du prince Ferdinand en fin juin 1914 qui provoqua la première guerre mondiale. On peut rapidement se souvenir que le 30 septembre dernier, 07 jour avant l’élection sur sa page Twitter, le président des États-Unis, Donald Trump traitait Paul Biya de brosse à dents en signifiant aux camerounais  »qu’une brosse à dents de 36ans est forcément vieille et inefficace et qu’il fallait s’en débarrasser à tout prix ».

On peut encore se souvenir qu’il y’a quelques mois l’ambassadeur américain demandait à monseigneur Biya de songer à une retraite honorable. La position des USA était donc déjà claire : monsieur Biya doit s’en aller. Mais si malgré ce  »lâchement » le gouvernement tyrannique continue de voler d’arrogance en arrogance, de violation en violation, c’est qu’il croit pouvoir compter sur le soutien de la France. Sauf qu’ils oublient vite que Gbagbo avait le soutien de la France jusqu’à un certain moment, que Kadhafi avait le soutien de la France jusqu’à un certain moment, que Moubutu venait de déjeuner avec l’ambassadeur américain lorsque le malheur frappa à sa porte. La diplomatie est une chose qui ne se voit pas dans les poignées de mains et les sourires des grandes gens.

Charles Wesco sera-t-il le Jésus Christ du peuple camerounais ? A-t-il versé son sang pour nous ? Si telle est le cas nous dirons  »amen ». Et à ceux qui viendront crier à l’ingérence nous dirons  »assiiiiiiaaaaaah ». Pendant deux années on a mendié un dialogue inclusif mais les hommes ont dit qu’ils ne dialoguaient pas avec les chiens, les rats, les terroristes. Ils nous ont demandé ce qu’on allait faire. Pendant deux ans on a supplié monsieur Biya de mettre fin à cette guerre; de multiples propositions de sorties de crises lui été faites mais pourquoi faire? Si ces gens débarquent au Cameroun ce sera pour le bien des populations sinistrées et moi particulièrement je me tairais pour laisser la parole à ceux qui ont fraudé pour Biya!

Kand Owalski


Lettre ouverte aux évêques du Cameroun

Les évêques au Cameroun sont-ils divisés ? Après la proclamation des résultats du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018, les réactions fusent de toutes part. Celles qui continuent de susciter des remous en ce moment proviennent des évêques de l’église catholique. Deux évêques ce sont prononcés. La première est celle de Monseigneur Samuel Kleda, archevêque de Douala qui, le 23 octobre 2018, émettait les doutes sur la sincérité du scrutin. Tandis que Monseigneur Jean Mbarga, archevêque de Yaoundé qui, le 26 octobre 2018, par une réponse du berger à la bergère, estimait qu’il fallait déjà tourner la page sur l’épisode de l’élection pour passer à autre chose.

Ces deux réactions des hauts cadres de l’église catholique est une simple illustration du chiisme qui secoue l’église catholique au Cameroun depuis le déclenchement de la crise anglophone en 2016. Du coup, les chrétiens qui soutiennent Mgr Kleda, plus critique du régime de Yaoundé, accusent Mgr Mbarga de pactiser avec le diable. Les débats sont houleux et les observateurs s’en délectent à cœur joie. Le laïc engagé, remarqué pour ses positions iconoclaste envers l’absence de l’orthodoxie chrétienne, Nyëbë Edoa se lance dans une sorte de diatribe pour exhorter les évêques à une prise de conscience. Pour lui, l’église ne doit pas être du côté de l’oppresseur, mais du côté des faibles.

Je vous propose de lire sa lettre ouverte ci-dessous :

Messeigneurs les Évêques, paix et joie du Christ !

Je vous salue par ces mots « paix » et « joie », qui résument aussi bien le message évangélique, que les aspirations nobles du peuple de Dieu qui vit au Cameroun, dans un contexte socio-politique très inquiétant. En effet, ce peuple a plus que jamais soif de paix. Et quelle paix ? La pax Christi, la seule qui puisse nous donner la vraie joie d’enfants de Dieu.

Notre Mère, l’Église dont vous êtes les Serviteurs et Successeurs des Apôtres, a pour mission régalienne de sanctifier, d’enseigner, et de gouverner. Chacun de nous doit donc s’efforcer d’être saint. Car notre monde souffre principalement des crises de saints, capables d’être sel de la terre et lumière du monde (Cf. Matthieu. 5, 13-14). L’enseignement du Christ et la doctrine de l’Église dont vous êtes garants, chers Pères Évêques, demeure la voie certaine du Salut et de la libération de toutes sortes d’asservissements. Partout où souffre un chrétien, c’est toute l’Église qui souffre également. L’offensive pastorale doit commencer par la dénonciation publique des Hérode et Hérodiade, exactement comme le fit Saint Jean le Baptiste (Cf. Marc 6,18).

Tout ce qui est humain vient de Dieu et l’Église a le devoir de le protéger

Notre Église au Cameroun, ne sautait donc faire fi de sa mission ô combien nécessaire, en ce moment important et décisif de l’Histoire du pays, dans la tourmente de l’oppression despotique. Car « l’ensemble des droits dans l’Église est essentiellement constitué des droits de l’homme. Tout ce qui est humain vient de Dieu et l’Église a le devoir de le protéger. […] les catholiques doivent jouir de tous les droits contenus dans la Déclaration Universelle de Droits de l’Homme » (MAGESA, 2001, p. 47).

À l’instar de l’Apôtre Paul à Athènes (Cf. Actes 17,16), je voudrais, au nom de notre communion fraternelle, que vos tourments devant tant d’idoles, fassent de vous de zélés défenseurs du Droit, de la Justice et de la Vérité. Ces idoles se nomment ici : corruption, tribalisme, favoritisme, infanticide, prêtricide, crimes rituels, détournements de deniers publics, injustices sociales, guerre illégitime…

Comme au temps du prophète Élie marqué par le syncrétisme religieux, de faux-frères (Cf. Galates 2,4) adorent simultanément ces idoles (véritables Baal) et le vrai Dieu (1Rois 18,21). Chez nous, ils occupent les premières places dans nos Cathédrales, et sont aussi membres de nos Conseils paroissiaux. Une telle imposture n’est pas tolérable. N’oubliez pas Messeigneurs, que corriger celui qui est dans l’erreur, est une œuvre de miséricorde spirituelle. Alors, qu’ils sachent qu’il est possible de faire la politique, sans avoir le sang aux mains, tout en espérant les laver le dimanche à l’eau bénite.

Aux États-Unis, pendant les luttes des Noirs pour leur libération et l’égalité entre Blancs et Noirs, ils sont nombreux les baptisés qui ont quitté l’Église

« L’histoire ne pardonne jamais à un homme, à un parti ou à une Église d’être en retard d’une mutation » (EMOG, 2005, p. 7), nous dit en guise d’avertissement Roger GARAUDY cité par EMOG dans son livre LE PORTEUR DE CORNES. Dois-je vous rappeler Messeigneurs, que les mouvements sociaux comme ceux que vit notre pays, ont toujours été propices aux conversions ou à l’éloignement de la Foi ? Par exemple aux États-Unis, pendant les luttes des Noirs pour leur libération et l’égalité entre Blancs et Noirs, ils sont nombreux les baptisés qui ont quitté l’Église. Dénonçant par-là l’hypocrisie des faux-frères Blancs. Ils sont devenus agnostiques, athées ou ont changé de religion.

Au Cameroun également, ce sont des chrétiens qui brûlent les maisons d’autres chrétiens. Ce sont les chrétiens qui pillent, violent et massacrent leurs frères et sœurs dans la Foi. Les appareils répressifs (les forces de l’ordre, la justice de façade, etc.) sont tenus des mains de maîtres par des personnes se réclamant disciples du Christ, qui pervertissent l’usage citoyen de ces appareils, en opprimant froidement leurs coreligionnaires. Le Christ a-t-il donc si peu d’amis dans la chrétienté ?

Cependant, gagner les âmes pour le Christ, c’est aussi améliorer le mieux-vivre des fidèles, lutter pour éloigner, voire faire disparaître les frontières du totalitarisme, exactement comme l’Église combattit jadis le marxisme de toutes ses forces. Vous avez ce pouvoir ! Le peuple de Dieu qui est au Cameroun compte sur vous, Messeigneurs les Évêques.

« Quand la justice n’est pas respectée, il ne faut rien attendre de bon de la part des citoyens »

Veuillez donc utilisez Messeigneurs, tous les moyens dont vous disposez (votre chaire, votre presse, vos relations…) pour l’accomplissement du rêve du Cardinal Christian TUMI, qui est celui de tout un peuple : un Cameroun et un Camerounais nouveaux ; c’est-à-dire juste. Le Cardinal affirmait à cet effet que : « Quand la justice n’est pas respectée, il ne faut rien attendre de bon de la part des citoyens. C’est leur demander l’impossible. C’est ici qu’il faut dire haut et fort certaines choses, au risque de choquer ceux qui ne veulent pas sortir des sentiers battus de toujours » (TUMI, 2006, p. 167) in Les deux régimes politiques d’AHMADOU AHIDJO, de PAUL BIYA et CHRISTIAN TUMI, Prêtre.

Les Évêques ont toujours su, en temps opportun, éveiller la conscience collective. Évêque de Nkongsamba et défenseur des Droits humains à l’époque des « trains de la mort », des génocides Bassa et Bamiléké, Monseigneur Albert NDONGMO disait avec force aux fidèles du Christ : « La religion, le christianisme ne sont pas là pour professer un angélisme béat et naïf, une sainte oisiveté. Le croyant, le chrétien doit faire quelque chose pour la promotion, pour le développement de l’homme, de son pays et du monde. Le chrétien doit donc inscrire son action au sein de l’action nationale pour le développement de tout le pays ; il doit être efficacement présent à tout ce qui se construit, à tout ce qui fait progresser l’homme, le pays et le monde. Et c’est justement dans cette mission qu’est requise la fidélité à Dieu, pour voir si notre vie, notre action, notre mission (politique, sociale, économique ou religieuse) a été accomplie selon le plan de Dieu. Car Dieu a un plan sur notre vie ; Dieu n’est pas indifférent à notre action » (EMOG, 2005, p. 63). C’était le 16 août 1964.

Je ne saurais terminer sans vous confier à la maternelle protection de Notre-Dame du Pilier de la Paix, Patronne du Cameroun, la Vierge Marie.

Fraternellement !
En la mémoire du martyr de Saint Jean-Baptiste 2018.

Nyëbë Edoa, laïc.


La présidentielle camerounaise du 7 octobre et la guerre des chiffres

Après de la déclaration du candidat Maurice Kamto sur sa victoire à la présidentielle du 7 octobre 2018, beaucoup d’eau a coulé sur le pont. En fait, cette déclaration a entraîné des réactions diverses qui ont fusées de toutes parts. Les plus virulents ont été celles des autres candidats comme Joshua Osih, Cabral Libii, Franklin Ndifor et Serge Espoir Matomba. Ils ont, pour la plupart, condamné cette déclaration en la trouvant prématurées et inopportunes. A côté de ces réactions, il y a la guerre des chiffres qui n’arrêter pas polluer la Toile. La communication et la diffusion des tendances étant interdite par la loi, difficile chez les Camerounais, de supporter un délai de 15 jours maximum pour la proclamation des résultats.

La dernière actualité vient d’une supposée fuite d’information en provenance de la Commission nationale de recensement général des votes (CNRGV) qui a remis sa copie ce lundi 15 octobre. C’est l’avant dernière étape d’un long processus post-électoral qui va prendre sa chute au Conseil constitutionnel habilité à proclamer les résultats définitifs. Le conseil dispose d’un délai de 5 jours maximum pour étudier les recours et proclamer les résultats. Entre-temps, les états-majors des candidats, les forums des réseaux sociaux et toute l’opinion nationales spéculent sur les chiffres qui comporteraient même des erreurs flagrantes d’arithmétique.

Nous vous livrons ici deux analyses de deux journalistes sur la guerre des chiffres. En attendant la proclamation des résultats, que va-t-il se passer ?

Biya largement en tête suivi de loin par Kamto (Alex Gustave Azebaze)

Selon des sources concordantes à la Commission nationale de recensement général des votes (CNRGV) qui a achevé ses travaux hier nuit, le président Biya arriverait largement en tête des 9 candidats avec plus de 70% de voix. Bien qu’un peu moins des 78% de 2011, il est suivi par Maurice Kamto. Avec légèrement moins de 15% des suffrages valablement exprimés, le candidat du Mrc réaliserait néanmoins un meilleur résultat que le candidat du SDF John Fru Ndi, qui avec un peu plus de 10% était arrivé 2e en 2011.

Avec chacun moins de 10%, les autres candidats suivraient dans l’ordre ci-après : Cabral Libii de Univers avec un peu plus de 6% ; Joshua Osih du Sdf avec moins de 4% ; Adamou Ndam Njoya de l’Udc avec un peu plus de 1%. Les autres notamment Garga Haman Adji (ADD), Ndifor Frankline Afamwi (MCNC), Serges Espoir MATOMBA (PURS) ferment le banc avec moins de 1% chacun. Malgré son désistement l’avant veille du scrutin en faveur du Pr KAMTO, l’ancien bâtonnier Akere Muna dont ELECAM a refusé de retirer les bulletins de vote, est classé, naturellement en dernière position.

18 requêtes au total ont été introduites. 17 demandant l’annulation totale de l’élection et une souhaite l’annulation partielle

Ces résultats quasi officiels ne sont néanmoins pas définitifs. Ils ne le seraient qu’après l’examen et les décisions sur les différents recours enregistrés depuis jeudi au greffe du Conseil constitutionnel dans le cadre du contentieux électoral qui s’ouvre incessamment, en principe au plus tard demain lundi 15 octobre 2018.

À ce sujet, 18 requêtes au total ont été introduites. 17 demandant l’annulation totale de l’élection et une, celle du Pr Maurice Kamto, souhaite l’annulation partielle dans quelques dizaines de localités situées dans 7 régions du pays.

En attendant le Conseil Constitutionnel pour les résultats officiels et définitifs

Parmi ceux qui demandent l’annulation totale, il y a deux introduits par les candidats Cabral Libii et Joshua Osih. Les 15 autres recours sont ceux de sieur Bertin Kisob, actuellement détenu à la prison de Kondengui dans le cadre de la crise anglophone. Il avait déjà tenté en vain de voir sa candidature être acceptée pour cette présidentielle. À l’époque son dossier – qui ne contenait pas le certificat de versement du montant exigé de la caution ni la preuve qu’il est investi par un parti ayant des élus encore moins les 300 signatures requises pour les candidatures indépendantes – avait été recalé. « Une candidature pour la farce » avaient alors soutenu certains analystes.

Le Conseil Constitutionnel devrait rendre son verdict dans les 72h suivantes. Probablement entre mardi 16 octobre et jeudi 18 octobre 2018. Ainsi les résultats définitifs de la présidentielle pourraient être proclamés plusieurs jours avant le 22 octobre 2018

Dans un entretien avec la presse jeudi dernier, le directeur général de ELECAM, Eric Essousse avait déclaré qu’aucun recours n’avait de chance de prospérer. Faut-il donc à la lumière de cette déclaration considérer comme définitives ces données sur les résultats compilés et obtenus par nos soins auprès de personnes ayant pris part aux travaux de la CNRGV ?

Selon un de ses membres ayant requis l’anonymat, le Conseil Constitutionnel devrait rendre son verdict dans les 72h suivantes. Probablement entre mardi 16 octobre et jeudi 18 octobre 2018. Ainsi les résultats définitifs de la présidentielle pourraient être proclamés plusieurs jours avant le 22 octobre 2018, date butoir, selon le code électoral qui donne 15 jours maximum à cette institution pour proclamer les résultats. Précision importante : les décisions de cet organe juridico-politique national sont définitives donc non susceptibles de recours. Du moins au plan du droit interne camerounais.

Le temps de la guerre des chiffres (Serge Aimé Bikoï)

Certes, les travaux de la commission nationale de recensement général des votes étaient publics, mais, prendre la décision de publier, ex-cathedra, les résultats de l’élection présidentielle, travail qui est dévolu au conseil constitutionnel, instance ayant le rôle de la publication des résultats, il y a, sans conteste, anguille sous roche.

En effet, lorsque le candidat à la présidentielle du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) s’est autoproclamé vainqueur le 8 octobre 2018 sans, toutefois, faire évocation de pourcentage qu’il a obtenu et de ceux de chaque prétendant à la magistrature suprême, il y a eu une levée de boucliers du kaléidoscope gouvernemental et de certaines catégories sociales et politiques tant Maurice Kamto a été châtié, stigmatisé, invectivé et roué de coups au sens du registre de la violence symbolique connu de tous dans le champ politique.

ces chiffres confortent les partisans du parti au pouvoir

Maintenant que certains acteurs politiques et des journalistes rendent publiques les statistiques électorales de la commission nationale de recensement général des votes, l’on n’observe guère cette contestation générale tant ces chiffres confortent les partisans du parti au pouvoir, qui souhaitent, de surcroît, l’éternisation au pouvoir du fils de Mvomeka’a.

Certains directeurs de publication des journaux dont nous sommes, d’ailleurs, en train de lire, in extenso, l’édition de ce jour, ont fait cas de ces résultats au mépris de la violation du secret du travail de cette instance et au mépris de la violation des principes, préceptes et règles du Code électoral.

Incontestablement, nous nous acheminons quasiment vers le même scénario, dont le point de chute est la proclamation de Paul Biya vainqueur de la présidentielle 2018

La publication des travaux de la CNRGV n’est pas, en réalité, une nouveauté puisque, lors de l’élection présidentielle de 2011, Ernest Peukeho, à l’époque mandataire du Bric (Bloc pour la reconstruction indépendante du Cameroun) était le premier à publier les chiffres de la commission nationale de recensement général des votes. Chiffres qui donnaient l’homme du 6 novembre 1982 vainqueur. Toute chose qui avait, en effet, été corroborée lorsque la cour suprême, faisant office de conseil constitutionnel, avait rendu publics les résultats au demeurant.

Incontestablement, nous nous acheminons quasiment vers le même scénario qu’en 2011

Incontestablement, nous nous acheminons quasiment vers le même scénario, dont le point de chute est la proclamation de Paul Biya vainqueur de la présidentielle 2018. En décidant donc de publier, comme cela est fait depuis samedi, 13 avril 2018, les chiffres de la commission nationale de recensement général des votes, l’enjeu consiste, ipso facto, à engager le débat autour de la validation ou non desdits chiffres que certains mandataires ayant participé aux travaux battent en brèche. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle d’aucuns récusent et contestent ces résultats en attendant le déroulement du contentieux post-électoral ce mardi, 16 octobre 2018.

Quelle est donc l’opportunité de la publication des chiffres de la commission nationale de recensement général des votes à quelques jours du verdict du conseil constitutionnel ? Sans préjuger de la connaissance de l’opinion des uns et des autres dans l’agora, il s’agit de jeter un ballon d’essai sur le terrain, le dessein étant de savoir si ces chiffres rencontrent l’assentiment du bas-peuple. Pourtant, ces statistiques sont fort contestées par plus d’un. Si Clément Atangana et ses pairs légitiment ces résultats in fine, la démographie électorale l’accréditera-t-elle?

Wait and see !


Comment, au Cameroun, les candidats à la présidentielle 2018 abordent-ils la problématique du handicap ?

Quelle importance accorder à la personne en situation de handicap au Cameroun ? Quels types de prises en charge faut-il leur accorder pour le prochain septennat ? C’est depuis le 22 septembre 2018 que les neuf candidats à la présidentielle du 07 octobre prochain se sont lancés dans la bataille de conquête de l’électorat. Curieusement, sur les cinq candidats dont les programmes sont disponibles sur internet, seul deux abordent de manière claire, la question du handicap. Il ne sera donc pas question ici de soulever des polémiques sur cette absence, ou mieux cette négligence. Nous n’abordons ici que ce que deux candidats proposent pour des personnes en situation de handicap. Mais, avant, il serait toutefois important de décrire sommairement l’état des lieux sous le plan législatif.

Les lois sur le handicap sous Paul Biya (1983 et 2010)

La loi N°2010/002 dite « protection et promotion des personnes handicapées » a été adoptée par l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la république le 13 avril 2010. Cette loi est le résultat des critiques formulées à la loi N°83/013 du 21 juillet 1983 dite « relative à la protection des personnes handicapées ».

Rappelons ici quelques détails non moins importants concernant les décret d’application pour dire que les deux lois citées ci-dessus ont des dispositions qui nécessitent des prises en charge sectorielles. Il appartient donc à chacune de ces secteurs institutionnels (ministères, organismes de prise en charge) de prendre des décisions qui conviennent pour l’application efficiente de la loi. D’où la nécessité de la signature des décrets d’application pour mettre à exécution les dispositions des lois suscitées.

Ainsi, pour la loi de 1983, le texte d’application est intervenu 7 ans plus tard, confère le décret N° 90/1516 du 26 novembre 1990 fixant les modalités d’application de la loi n° 83/13 du 21 juillet 1983 relative à la protection des personnes handicapées. Pour ce qui concerne la loi de 2010, c’est 8 ans après que le premier ministre signe le décret N°2018/6233 du 26 juillet 2018 fixant les modalités d’application de la loi portant protection et promotion des personnes handicapées.

Remarquez d’emblée que les textes d’application sont signés 7 ans après pour la loi de 1983 et 8 ans après pour la loi de 2010. Pour cette dernière, le décret d’application intervient le 26 juillet, tandis que le corps électoral a été convoqué le 9 juillet, à quelques semaines de la date fixée pour l’élection présidentielle. La période n’est pas anodine. C’est de bonne guerre, dira-t-on ! Nous ferons donc l’économie des critiques pour aborder directement le contenu de la loi de 2010. Dans l’impossibilité d’avoir le programme de Paul Biya, cette description se limitera à la présentation sommaire considéré à la fois comme son bilan et son programme.

Que dit la loi de 2010 sur la question du handicap ?

Nous limitons notre présentation de la loi de 2010 sur la santé, l’éducation et l’emploi. Ce sont les les trois domaines essentiels de la prise en charge des personnes en situation de handicap. La prise en charge signifie une assistance psychologique, financière et/ou matérielle du gouvernement dans ces trois secteurs à travers, soit la réduction, soit la gratuité dans le payement des frais exigés pour l’accès à ces services. Les personnes handicapées sont considérées, selon la loi, comme ceux qui possèdent une carte nationale d’invalidité (Article 41). Pour l’avoir, il faut respecter les critères de taux d’Incapacité Potentielle Permanente (IPP) de 50% qui est l’aboutissement d’une enquête sociale.

Santé

Les personnes en situation de handicap sont prises en charges médicalement pour des pathologies directement liées à leur handicap : la réadaptation médicale et la rééducation fonctionnelle. Ici, l’article 22 est claire là-dessus : « Les personnes handicapées reconnues indigentes et titulaires d’une carte nationale d’invalidité…bénéficient d’une prise en charge totale ou partielle par l’Etat, dans les institutions spécialisées et les formations sanitaires, publiques ou privées en ce qui concerne leur réadaptation médicale et leur rééducation fonctionnelle ».

Cette prise en charge s’étend jusqu’à la l’éducation spéciale qui concerne les personnes handicapées qui ont besoin d’une phase d’adaptation à l’environnement éducatif et professionnel (Article 24, 25 et 26). Cette phase est une nécessité avant de mettre les personnes handicapées concernées dans le circuit normal de la socialisation.

In fine, les personnes handicapées seront prises en charge uniquement sur des pathologies qui ont un rapport direct avec leur handicap. Par exemple, la prise en charge de l’appareillage pour les handicapés moteurs est gratuite.

Education

La prise en charge dans le domaine de l’éducation n’est pas restrictive comme dans la santé. Elle s’étend à toutes personnes handicapées jusqu’à leurs progénitures. Ce sont les articles 28 et 29 qui stipulent que les personnes handicapées ont droit à la prise en charge matérielle, financière et pédagogique qui consiste en l’exemption totale ou partielle des frais scolaires et universitaires et à l’octroi des bourses.

Emploi

Pour ce qui concerne l’accès à l’emploi, cette loi de 2010 est plus ambiguë concernant les recrutements. Les personnes handicapées bénéficient d’une dispense d’âge de recrutement aux emplois publics et privés. Mais l’article 38 alinéa (2) précise toutefois que : « A qualification égale, la priorité de recrutement est accordée à la personne handicapée ». En définitive, il appartient au recruteur de juger s’il y a qualification égale parmi les postulants entre personnes valides et personnes handicapées. La loi laisse à l’employeur le soin de juger lui-même la « qualification égale » dans l’étude des dossiers de recrutement. Il y a beaucoup de subjectivité qui recouvre cette disposition.

L’autre pan important dans l’accès à l’emploi concerne les personnes handicapées qui veulent s’installer à leur propre compte. Elles bénéficient notamment de l’octroi d’aide pour le matériel et la production, ainsi que « des facilités fiscales et douanières, accordées proportionnellement au degré du handicap » (Article 17 du décret d’application).

Cependant, le décret d’application de 2018, article 27 alinéa (1), vient préciser qu’une pension appelée « allocation d’invalidité » est accordée aux « personnes handicapées indigentes dont le taux d’Incapacité Potentielle Permanente est au moins égal à quatre-vingt-quinze (95) pour-cent et dont l’état de santé nécessite une surveillance médicale et des soins constants établis ». En d’autres termes, l’allocation d’invalidité est une pension régulière (la périodicité n’a pas été précisée) accordée aux personnes dont le handicap les empêche définitivement d’exercer une activité quelconque.

Que propose les candidats à la présidentielle du 7 octobre 2018 ?

Il faut rappeler ici que parmi les 9 candidats en lice, nous nous sommes contentés de ceux de consulter les programmes disponibles et accessibles par téléchargement sur la Toile. Ainsi, 5 candidats ont fait l’objet de lecture du programme sur la prise en charge du handicap. Deux candidats seulement ont indiqué formellement dans leur programme la prise en charge des personnes en situation de handicap. Il s’agit bien de Maurice Kamto (candidat du parti MRC) et de Cabral Libii (candidat du parti Univers).

Maurice Kamto (MRC)

Le Professeur d’Université met plutôt l’accent sur l’institutionnalisation de la solidarité. En d’autres termes, la prise en charge des personnes handicapées sera assurée par le Fonds Social de Solidarité (FSS) qu’il va créer pour la circonstance. Le FSS fonctionnera à partir des 2/3 de la redevance audiovisuelle actuelle et de 50% de la Grande Taxe de Solidarité (GTS) qui sera également créer.

Maurice Kamto, en introduisant dans la gouvernance, le concept de solidarité, mise sur la participation collective de tous les Camerounais à la cause sociale. Celle-ci concerne la prise en charge des « personnes vulnérables » selon Maurice Kamto. Les personnes vulnérables représentent précisément des « personnes vivant avec un handicap, personnes âgées, orphelins sans aucun soutien, enfants abandonnés ou en délicatesse avec la loi, personnes à la retraite ». Pour le MRC, il faut élargir le champ de la prise en charge à travers le concept de solidarité. Le domaine d’invention de la solidarité concerne particulièrement la santé qui sera financée par la Grande Taxe de Solidarité à travers l’Assurance Maladie Universelle Minimum (AMUM).

Le candidat de MRC n’a pas oublié d’apporter justement son soutien dans les domaines phares comme l’éducation et l’emploi. Les personnes vivant avec un handicap bénéficieront de la bourse pour financer leur éducation du primaire au supérieur. Quant à l’emploi, « 5% des places seront réservées aux personnes vivant avec un handicap dans les concours administratifs ». Rien n’a été dit sur la forme et les critères de la prise en charge. Mais, le texte précise bien que cette prise en charge ne sera effective qu’après une enquête sociale. Celle-ci déterminera à la fois si une personne est handicapée et indigente.

Cabral Libii (Univers)

Cabral Libii, le candidat du parti Univers, ne fait pas un mystère sur la prise en charge. Il limite ses domaines d’intervention dans l’éducation et l’emploi. Les personnes en situation de handicap vont bénéficier de « la gratuité de la formation professionnelle ». C’est une précision qui doit être mise en exergue : il ne s’agit pas de la prise en charge de l’ensemble de l’éducation des personnes handicapées, comme c’est le cas avec la loi de 2010 et le programme de Maurice Kamto. En matière d’emploi, 2% de places obligatoires leur sont réservées dans le public comme dans le privé.

Petite comparaison à titre de conclusion

La loi de 2010 tenant ici lieu de programme du candidat sortant Paul Biya, n’a vu son décret d’application qu’en juillet 2018. Cela signifie que théoriquement, aucune disposition n’a été appliquée jusqu’ici ne serait-ce que pour ce qui concerne celle qui nécessite un décret d’application. Cependant, il faut dire que les associations des personnes en situation de handicap, en attendant ce décret d’application, ont exercé trop de pression sur les autorités pour faire appliquer les prises en charges dans le domaine de l’éducation. Ce sont des actions sporadiques qui n’avaient aucunement une portée assez grande pour impacter sur toute la couche sociale.

Maurice Kamto, par contre, vient marquer une différence en introduisant le concept de solidarité. Ici, ce sont les Camerounais qui participent à la prise en charge à travers une caisse de solidarité et non le gouvernement. Ce système peut avoir pour avantage d’avoir comme prétexte que le gouvernement n’a pas assez de budget pour couvrir la prise en charge des personnes vivant avec un handicap, comme c’est le cas actuellement avec la défaillance de la loi de 2010.

Cependant, en termes d’opportunité de prise en charge, Paul Biya offre plus d’avantages en matière d’éducation : une bourse et une gratuité de l’éducation et d’insertion professionnelle (création d’emploi). Par contre, Maurice Kamto offre plus d’avantages en matière de santé et d’insertion professionnelle (recrutement dans la fonction publique). Le programme de Cabral Libii reste le moins convaincant en la matière d’éducation (limité à la formation professionnelle) et emploi (recrutement limité à 2% au lieu de 5% chez Maurice Kamto).


Pourquoi la sécurité des médias est-elle un enjeu au Cameroun à la veille de la présidentielle ?

Pourquoi la sécurité des médias est-elle si préoccupante aujourd’hui ? Pourquoi s’en préoccuper en ce moment où les Camerounais s’apprêtent à élire leur président de la République ? Les journalistes et les professionnels de l’information se sont retrouvés à Douala du 05 au 07 septembre 2018 pour échanger avec les officiers supérieurs de la police et de la gendarmerie. À la veille des échéances électorales, l’occasion était propice pour parler de l’accès à l’information.

Pourquoi la sécurité des médias est-elle si préoccupante ?

Au Cameroun, les contestations à la suite d’un scrutin controversé sont légions. Elles sont la suite logique d’un processus électoral non consensuel entre les autorités et le parti au pouvoir d’une part, et les leaders des partis politiques de l’opposition et ceux de la société civile d’autre part. Ainsi, les périodes électorales présentent des risques de troubles qui peuvent aboutir à des débordements. On penserait que ces situations sont le propre des tyrannies.

C’est dans pareil contexte que les médias jouent un rôle important. D’où la nécessité d’associer les forces de maintien de l’ordre (FMO) à son combat. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) y a donc pensé en organisant un séminaire à propos.

En période électorale, les médias sont les principaux canaux de manipulation des infos. Les médias ont donc leur partition à jouer dans la bonne marche du processus électoral à travers la formation et l’information du public. Ainsi, les nouvelles sur les campagnes des candidats, les infos sur tout ce qui a un lien avec l’élection sont mises à disposition.

À travers les activités des journalistes, on peut avoir une idée de la capacité d’un pays à gérer son système électoral en temps de crise. Les périodes électorales ont toujours été considérées comme « potentiellement dangereuses » et propices à l’insécurité. La moindre faille dans le rendu de l’info peut s’avérer fatale.

Ces périodes sont potentiellement risquées pour la simple raison que les acteurs en présence peuvent aller au-delà des combats idéologiques. La force des mots et des idées ne suffisent plus et cède la place à la force physique. Les médias classiques (presse, radio et télévision) et ce qu’on appelle « nouveaux médias » (site internet ou médias en ligne, blog), étant des supports et des véhicules pour la propagande des programmes et idées politiques des leaders candidats aux élections, deviennent des lieux à haut risque d’insécurité. C’est donc à ce niveau justement que les médias sont interpellés pour jouer leur rôle de neutralité dans le traitement de l’informations. Le PNUD a donc axé ses ateliers de formation sur six piliers.

Les hommes et les femmes de médias sont-ils exposés à l’insécurité ?

En fait, il ne s’agit pas de la sécurité des hommes et des femmes de médias en tant que telle. Il s’agit tout simplement de garantir les droits des citoyens à la bonne information. La bonne information est garantie par sa fiabilité et sa crédibilité. En temps de crise, cette garantie peut être menacée si la sécurité des journalistes n’est pas assurée. Cette sécurité passe par l’accès à la source et à leur protection. C’est ici qu’interviennent les Forces et Maintien de l’Ordre (FMO).

Les médias et les FMO sont des acteurs importants du processus électoral. On ne pourrait donc se limiter aux institutions chargées d’organiser les élections (Elecam et Conseil constitutionnel) et aux autorités publiques.

En temps de crise, les hommes et les femmes de médias courent le risque d’être interpellés et emprisonnés. Les risques que courent les médias de voir ses installations scellées ou tout simplement saccagées sont grands. Pire encore, le risque d’être blessés ou même tués lors de la couverture d’une des nombreuses manifestations publiques ou assassiné lâchement dans le cadre de l’exercice de leur métier sont suffisamment graves en période électorale. Les arrestations abusives, des règlements de compte, des intimidations, des menaces de mort, etc. sont le lot quotidien des professionnels de l’information.

 

Quelles sont les mesures que disposent les FMO pour la sécurité des médias en temps de crise ?

Le point d’achoppement de l’atelier de formation mettait en exergue des recommandations. Il était question de mettre à la disposition des hommes et femmes de médias des mesures sécuritaires prises par les FMO en leur faveur. Il ressort de cet échange que les FMO sont confrontées à deux difficultés majeures : faciliter l’accès aux sources d’une part et garantir la sécurité des journalistes d’autre part.

L’accès aux sources officielles est une nécessité en temps de crise pour garantir l’équilibre et l’équité. La société civile (organisations non gouvernementales-ONG) et les partis politiques, les acteurs les plus connus de la scène politique, représentent des maillons essentiels de la chaîne des propagandes politiques. Les médias, souvent friands d’informations à chaud (Scoop, Breaking News, etc.), deviennent la cible des acteurs qui recherchent de canaux faciles de diffusion. Les autorités, à leur tour, ont aussi besoin des médias pour la diffusion des informations sur la santé, l’éducation et la sécurité publique, par exemple. À ce titre, les FMO doivent faciliter l’accès à ces ressources.

Quant aux mesures prises pour la sécurité des hommes et des femmes de médias, ça va de soi. La diffusion des infos susceptibles de discréditer un des acteurs en confrontation lors d’une crise est un grand risque. Ce risque est souvent plus grand en tyrannie lorsque l’info à diffuser met en cause l’action de l’autorité ou du gouvernement. La police et la gendarmerie seront-elles alors disposées à protéger les hommes et les femmes de médias gage de respect du droit à l’information ? Situation complexe quand on sait tout de même que les FMO doivent respecter les ordres des autorités. La confusion qui règne entre l’Etat et le parti au pouvoir (RDPC) ne facilite pas le travail des FMO qui sont parfois accusés d’être au service du système et non de l’État.

L’une des mesures fortes révélées par les FMO pour assurer cette mission est d’« établir une plateforme permanente entre les deux parties ». Concrètement cela signifie que les deux acteurs doivent travailler en synergie. Cette recommandation témoigne de ce que les forces de maintien de l’ordre et les hommes et femmes de médias ont généralement des relations conflictuelles. Celles-ci peuvent être liées à la méfiance des uns et des autres. Cette confiance doit être rétablie pour que le droit à l’information selon les principes la la résolution S/RES/2222 des Nations-unis  sur la sécurité des journalistes et obligations des États soit définitivement un acquis.