Yves Tchakounte

Le Cameroun singe sa mise au vert

Après un grand tapage médiatique pour l’interdiction des emballages plastiques non-dégradable au Cameroun depuis le 24 avril dernier, le Cameroun signe-t-il définitivement son entrée dans le monde des verts de la protection de la nature avec son Blue Bus? Le premier bus solaire voit le jour en septembre 2010 à Okayama au Japon. Bien que les voitures solaires existent déjà avant, il n’existait pas encore de voitures solaires de transport public. Le Solarve, puisqu’il s’agit de lui, est conçu et équipé des panneaux solaires sur le toit. Ces panneaux solaires peuvent fonctionner en autonomie continuelle et lorsqu’une intempérie survient, les batteries prennent le relais. Voilà pour ce qui est de l’histoire de véhicules solaires.

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Crédit photo: Blue Bus. Le jour de l’inauguration du Blue Bus flambant neuf

Grâce au groupe Bolloré, le 02 mai à Yaoundé, le premier ministre Yang Philémon a inauguré dans la matinée des « Blues Bus ». Ce sont des bus à énergie renouvelable de 20 places maximum. Ils ne sont pas équipés de panneaux solaires comme à Okayama au Japon ou comme dans  la ville de Colonia del Sacramento en Uruguay. Ils sont plutôt équipés de batteries rechargeables de 25 kilowattheures chacune. Les 228 panneaux solaires sont exposés dans un entrepôt situé au lieu-dit « Stade Matéco » de 2000 m² au moins. Après 150 Km de fonctionnement, les véhicules bus sont appelés à rentrer à l’entrepôt se faire changer les batteries qui ont été au préalable rechargées par l’énergie des panneaux solaires afin de couvrir tous les 18 points d’arrêt de Yaoundé qui ont déjà été ciblés. C’est donc une grande première en Afrique centrale. Voilà pour la description sommaire du véhicule.

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Crédit photo: Blue Bus. Un point de stationnement au Campus de Yaoundé 1

Mon séjour à Yaoundé a été d’une grande richesse, quand même. Lorsque j’apprends cette nouvelle de la mise en circulation de ce bus sur toute la ville de Yaoundé, je me dépêche immédiatement au lieu de stationnement unique actuel du bus. De là, j’apprends désespérément que « Blue Bus » n’est réservé que pour les étudiants et les enseignants de l’Université de Yaoundé 1. Mais, ce qui est intéressant, et c’est cela qui me comble de joie, c’est que tout a été prévu pour des étudiants handicapés : pont bascule à l’entrée, espace intérieur réservé aux fauteuils roulants, sièges adaptés et modulables à souhait. Tout y est ! Pour tromper la vigilance des vigiles pour le premier coup d’essai, je me présente comme un « étudiant handicapé ». Une carte d’étudiant m’est exigée. Ce que je n’ai malheureusement pas. J’ai quand même réussi à entrer. J’étais émerveillé et stupéfait. Propre et simple. Pas de luxe. C’est un transport en commun, tout de même !

Il m’est revenu de méditer encore une fois de plus sur les choix de nos gouvernants sur des décisions à prendre concernant l’amélioration des conditions de vie de la population des grandes métropoles. D’abord, pour presque 1 milliard et demi, il est encore préférable d’avoir des bus entièrement autonomes dotés de panneaux sur le toit. Il ne serait donc pas nécessaire de retourner à l’entrepôt pour changer de batteries. Celles-ci ne peuvent fonctionner qu’en cas de défaillance du système photovoltaïque. Ensuite, le fait que le Blue Bus ne soit réservé que pour les étudiants ayant une carte d’étudiants est malheureusement un affront qu’il faudra désormais géré, car l’Association pour la Défense des Droits des Etudiants du Cameroun (ADDEC) ne se laissera pas faire du tout. Surtout qu’elle avait déjà combattu cette gabegie selon laquelle la délivrance d’une carte d’étudiant est subordonnée au paiement de frais subséquents et que cette carte confère au propriétaire le statut d’étudiant. Pourtant, la loi de 1993 sur la réforme universitaire est claire et indique que le paiement des frais de scolarité de 50.000Fcfa donne automatiquement aux propriétaires du reçu de paiement le statut d’étudiant. Aucun autre frais n’est exigé en dehors des frais de scolarité. Enfin, les handicapés vont, pour une fois, profiter d’un système en milieu éducatif qui ne les avait pas donné une place au soleil. Les étudiants handicapés bénéficieront d’un transport gratuit. Mais, le hic est que le Blue Bus a des points d’arrêt qui peuvent être situé loin du domicile de l’étudiant indigent qui ne possède ni fauteuils roulants, ni canne, ni béquilles. Beaucoup d’entre eux vont au campus à quatre pattes sur un support en bois. Dommage !

Tchakounte Kemayou 


Cameroun : CAMRAIL s’invite à la concurrence

De retour de Yaoundé où je me trouvais pour un problème de passeport camerounais que je n’ai pas pu résoudre (J’y reviendrai dans les détails dans un billet), les commentaires fusaient de partout pendant une discussion que j’avais engagée avec mon co-voyageur de siège. Il avait ouvert un site (www.investiraucameroun.com) où l’information selon laquelle l’entreprise de transport interurbain par rail au Cameroun, CAMRAIL (Cameroon Railway) lancera son train Inter-city ce lundi 5 mai 2014 qui va relier pour un premier temps Douala et Yaoundé. J’ai d’abord ri à gorge déployée on aurait cru à un porc sentant sa mort venir. Ce qui a attiré l’attention des autres voyageurs qui se sont demandés s’ils ne se sont pas trompés de car.

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Crédit Photo: TKC_Yves. Le restaurant

« Quelle sauvagerie ! ». S’exclama mon co-voyageur qui n’arrivait toujours pas à comprendre ce cri si indisposant. A dire vrai, rien n’est fait au sérieux dans ce pays. Même les petites études de marchés que les étudiants de BTS appliquent avec modestie échappent toujours aux esprits lucides et clairvoyants que ce Cameroun regorge. C’est cette conclusion tirée à la suite de l’article qui justifie ma sauvagerie, je l’avoue.

En 2013, CAMRAIL, entreprise camerounaise mise en concession au profit du groupe Bolloré Afica Logistic, -voilà-ça ! Encore les Français !-, annonce à grande publicité l’achat et la réception de 40 voitures voyageurs pour un investissement total de 11,2 milliards de francs Cfa. Waouh ! Quel pactole ! Ça doit être des trucs luxueux le genre qui rend aveugle-là. Mais, quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai vu ces wagons manutentionnés au port de Douala. La chinoiserie ancienne. Une technologie déjà démodée à 11,2 milliards ? Non, pas vrai. Mais, l’objet de ce billet n’est pas la chinoiserie. C’est plutôt la stratégie de marketing mise en place par CAMRAIL qui m’intrigue. Tenez : L’entreprise parle de train à grande vitesse avec une distance de 265 Km entre Douala-Yaoundé de 6h00 à 9h40, donc en 3 heures 40 minutes. Quand j’apprends que Paris-Bruxelles c’est 308 km et Le Thalis fait 1 heure entre ces deux villes, je peux pleurer jusqu’au matin, hein. Restons un peu ici au pays : les agences de voyage par route proposent l’option VIP ou PRESTIGE à 3h30mn. Avec un peu de chance, en fonction de l’affluence sur l’axe routier, le voyage peut durer 3h seulement. C’est donc quoi cette histoire de train à grande vitesse avec la chinoiserie de l’autre siècle ? Vous comprenez pourquoi j’ai ri, n’est-ce pas ? C’est la première incongruité.

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Crédit Photo TKC_Yves: Vue intérieur wagon Classe Primium

Une autre incongruité, et pas la moindre : « Selon Camrail, l’Intercity assurera quatre rotations journalières entre les capitales économique et politique du Cameroun, dont deux départs à Douala à 6h et 14h 45 mn, puis deux départs de Yaoundé, à 10h 25 mn et 19h 20 mn ». Les agences de voyage routier les plus populaires proposent un minimum de 5 voyages pour Douala et pareil pour Yaoundé avec une différence de 15 à 30 minutes d’heure de départ pour les 2 villes. La logique voudrait qu’il y ait la même heure de départ pour le premier voyage de la journée pour Douala et pour Yaoundé. Sinon, il faut une analyse sociologique pour connaitre les raisons qui poussent les Camerounais qui les obligent à aller à Yaoundé et à programmer son voyage plus tôt que ceux qui voyagent pour Douala. A ma connaissance, aucune raison particulière ne peut justifier ces différences d’horaire de départ des 2 départs de la journée. L’affluence dans les gares routières et agences de voyage de Yaoundé est un argument suffisant pour voir cette incongruité de CAMRAIL. A moins d’ignorer les objectifs et les motivations réels de l’entreprise, ces horaires sont conçus par élégance, par suffisance.

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Crédit photo: TKC_Yves. Vue intérieur du wagon Première Classe

La troisième incongruité, c’est la tarification. « Les passagers de l’Inter-city, apprend-on, devront respectivement débourser 9000 et 6000 francs Cfa, pour la première classe (voitures climatisées) et la classe prémium (voitures ventilées) ». Voilà où mon rire a failli précipiter ma crise asthmatique. A vrai dire, jusqu’ici, je cherche ce qui me motiver à entrer dans ce « train à grande vitesse » je ne vois pas. Les agences de voyage routier proposent 2000Fcfa à 3000Fcfa pour le même service que propose l’Inter-city à 6000Fcfa et 6000Fcfa à 7000Fcfa pour le même service que propose l’Inter-city à 9000Fcfa. Voilà où CAMRAIL devrait attraper les Camerounais, champions du moins cher dans le piège. En marketing, mes modestes lectures m’enseignent que le prix ou le coût d’une marchandise ou d’un service est le « piège » pour « attraper » les clients comme une lionne attrape sa proie. Pour bien comprendre comment une entreprise peut rendre la vie difficile à une autre concurrente voire précipiter sa mort à travers la politique de ses prix. Un exemple camerounais pour illustrer cette théorie c’est la bataille des prix sur les boissons gazeuses entre les entreprises « Les Brasseries du Cameroun » détenue par les Français et « Union Camerounaise des Brasseries » détenue par les camerounais contre « Source du pays » détenue par les Libanais qui disent venir casser le monopole et l’inertie des Français et des Camerounais sur ces produits. « Casser » le prix c’est « rendre le produit ou le service accessible au grand nombre ». « Source du pays » a joué sur la quantité et non la qualité de ses boissons. L’argument du coût du transport est plus important que celui de du temps du voyage. Plus récemment, le soudan du Sud, pays en guerre, qui vient d’obtenir des trains plus sophistiqués et plus luxueux que ceux du Cameroun a joué sur le prix par rapport aux concurrents : « Le Nile Train dessert Khartoum, la capitale, à Atbara, une ville située à 300 kilomètres au nord. Et le trajet dure 6h40, soit deux fois plus qu’un voyage en bus. Et les populations semblent ravies, d’autant plus que le prix d’un voyage revient à six dollars, deux fois moins qu’un ticket de bus » (www.slateafrique.com).  Pourquoi les Soudanais, pour moderniser leur chemin de fer avec le même métrique que celui du Cameroun, commande des trains rapides chinois différents des nôtres et qui a coûté 13 millions de dollars seulement !

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Crédit photo: TKC_Yves. Le bar. Voilà-ça, la chinoiserie.
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Crédit photo: TKC_Yves. Le bar. Voilà-ça, la chinoiserie

L’entreprise croit dure comme fer que les arguments de sécurité et d’hygiène pourront jouer en leur faveur. En effet, « Le lancement du train rapide entre Yaoundé et Douala participe de la lutte contre les accidents de la circulation sur cet axe routier, en particulier, et au Cameroun, en général ; le train étant un moyen de transport plus sécurisé que les véhicules ». Comme mesures d’hygiène et de confort, dans le train il existe des cabines climatisées (Pour la première classe) ou des cabines ventilées (Pour la classe prémium), toilettes, rafraîchissants à bord, téléviseurs, voitures neuves, salle d’attente climatisée, sièges auto-réglables…) que les cars des agences de voyage de transport interurbains n’ont pas. Ces arguments sont-ils suffisants pour mettre les concurrents à ses pieds ? Non ! D’autant plus que, même si sont des arguments de poids, il est serait illusoire de penser que les concurrents seront dos au mur comme le sont SABC qui a été obligé de s’adapter aux produits du concurrent.

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Crédit photo: Dieudonné Gaïbaï. Le manutentionne-ment et le dédouanement. Voilà ça., en provenance de chez les Chinois

Je termine ce billet par une analyse intéressante d’un internaute sur la question de la stratégie commerciale de CAMRAIL : « Le seul argument de la sécurité ne suffit pas pour changer les habitudes de consommation des Camerounais. Sait-on simplement le nombre de risques que les Camerounais prennent par jour pour survivre? Même pas peur pour le bus surtout qu’il suffit de lancer une fuite d’information selon laquelle le train pourrait dérailler suite à la vétusté des rails. Cette info fera plus peur au Camerounais que les dangers de « l’axe lourd ». Aussi, lorsque les Camerounais penseront que le train pourrait ne jamais arriver à destination à cause des pannes comme c’est fréquemment le cas sur le tronçon Yaoundé-Ngaoundéré, alors personne n’ira monter dans ce truc alors qu’il a le choix de rejoindre Douala ou Yaoundé en 3 h. Je suis très étonné par la stratégie commerciale de Camrail ».

Bon week-end !

Tchakounte Kemayou 


Crise énergétique au Cameroun : Delor Kamgaing, enjeux et leçons d’une grève de la faim

Après l’annonce de son départ du Cameroun en novembre 2013, les consommateurs camerounais croient enfin, dur comme fer, que le secteur d’électricité détenu par AES SONEL depuis 2001 va maintenant connaître un assainissement digne de ce nom car l’Etat va enfin avoir l’occasion de corriger les erreurs commises pendant plusieurs années et qui ont plombé ce secteur dans l’abîme. Que non ! Immédiatement, AES SONEL décide de rétrocéder la totalité de sa participation (56%) dans à Actis, un capital-investisseur spécialisé dans les pays émergents, à un montant de 220 millions de dollars le 7 novembre 2014.

Du coup, le secteur de l’électricité devient un énigme et les langues se délient sur la future augmentation du coût de l’électricité conformément aux clauses entre l’acheteur (AES SIROCCO LIMITED) et le vendeur (Le gouvernement camerounais). Les consommateurs, à travers la Ligue Camerounaise de Consommateurs (LCC) estiment que la médiocrité du service rendu jusqu’ici par AES SONEL ne justifie pas une augmentation du prix de l’électricité. Et son président, Delor Magellan Kamseu Kangaing décide de faire un sit-in devant le siège de l’Agence de Régulateur du Secteur de l’Electricité du Cameroun (ARSEL) et entame une grève de la faim, suscitant ainsi un remous au sein de l’opinion camerounaise qui est divisée sur le choix de la stratégie qu’a fait le citoyen Kamgaing de se révolter contre le système de gestion opaque de l’électricité et même de l’eau potable dans les villes camerounaises.

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Delor Magellan K. Kamgaing en compagnie de sa Bible et la constitution

Les détracteurs de la grève et le discours de l’inertie : « On va faire comment ? »

Beaucoup de voix se lèvent pour condamner cette grève de la faim qui, pour elles, est peine perdu car le gouvernement ne cèdera pas aux caprices d’un individu. Beaucoup encore envisagerait une action collective à la place d’une grève de la faim dans le but de renforcer le rapport de force. D’autres enfin sont tout simplement septiques et ne croient véritablement plus à une action collective au Cameroun. Ils ont fondé leur argument sur l’échec de cette grève par deux faits majeurs. D’un, dans un article de quotidien gouvernemental Cameroon Tribune du 23 avril 2014, le directeur général de l’agence de régulation (ARSEL) Jean Pierre Kedi dont l’organisme semble principalement interpelé par cette action citoyenne pacifique affirme « qu’aucune hausse du tarif de l’électricité n’est prévue ni envisagée au Cameroun » ; de deux, le 25 avril 2014, suite à une forte déshydratation et une exposition excessive au climat peu clément de Yaoundé, Delor Magellan KamseuKamgaing est transporté d’urgence dans un centre hospitalier pour soins. Ces faits seuls ont suffi pour que les détracteurs se livrent à une séance incantatoire de dénigrement de la grève et d’autosatisfaction suite à la confirmation de leur analyse prospective sur l’échec probable de cette grève.

Il est tout de même aberrant de constater que le camerounais sombre dans la peur, le dénigrement et l’autodénigrement. C’est le résultat d’un pays qui est pris en otage par une clique, une dictature, voire un totalitarisme affiné et ayant comme mode de gouvernance la répression et le matraquage psychologique. Même dans des situations qui intéresse le bien commun, qui augurent un lendemain meilleur -ici le refus de la hausse du prix de l’électricité qui touche bien tout le monde-, les camerounais sont toujours enclins à développer un discours permissif de fatalité excessive. Pour reprendre l’écrivain Patrice Nganang : « Il [Parlant du détracteur, donc, de certain camerounais] ne défend pas ses droits, mais profite de quelque chose de grand pour faire son petit truc à côté. Ne t’attaque pas de front, mais s’en va dire à ton patron, à ton frère, à ta femme, que tu es un salaud. Et pourtant, parfois, dans le tunnel de la tyrannie qui a fait de nous des latéraux, il arrive un moment de vérité comme celui-ci ou le Camerounais est face à face avec sa propre Grandeur historique: Delor Magellan KamseuKamgaing ». Ces détracteurs sont donc considérés comme des lâches qui seront les premiers à profiter des fruits de cette grève. Cette tendance au discours de l’immobilisme, de la passivité et de la fatalité qui consiste à dire que la révolte à nos jours appartient à ceux qui lorgnent des prébendes et l’héroïsme au détriment des pauvres est d’une naïveté déconcertante. Ce genre de discours est symbolisé par une rhétorique usuelle et populaire : « On va faire comment ? » qui signifie en réalité qu’il n’y a plus rien à faire dans un pays où la dictature est l’une des plus vielle d’Afrique. Erreur. Voilà comment le régime de Yaoundé a réduit le mode de pensée du citoyen caractérisé par une myopie intellectuelle à nulle autre pareille. Par cette action de courage et de bravoure qui constituent la plus grande leçon de cette grève de la faim, Kamgaing a le mérite de laisser par devers lui plusieurs autres leçons dont nous sommes appeler à méditer tous.

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Delor Magellan K. Kamgaing, en solidaire

Les 5 leçons de Kamgaing au peuple camerounais

1- La première bataille d’une grève de la faim doit d’abord être celle de la communication. Qu’il mange ou qu’il jeûne, qu’il poursuive ou qu’il cesse, la grève de la faim de Kamgaing avait d’abord pour but de sensibiliser l’opinion sur une stratégie qui pourrait être payante désormais : « La marche demandait une autorisation, or la grève de la faim n’a pas besoin d’autorisation. Et c’est une action forte et inédite » déclare Kamgaing lui-même. A travers donc cette grève de la faim, le président de la Ligue Camerounaise de consommateurs (LCC), à lui seul, a réussi à ouvrir au sein de l’opinion publique et médiatique un chapitre crucial concernant le prix du Kilowatt/heure de l’électricité au Cameroun. Il faut aussi avouer que personne n’accordait une moindre importance à ce dossier étant donné que les camerounais ont toujours eu à subir la dictature des prix des produits de consommation. Même le personnage de Kamgaing n’influençait personne dès le départ.

2-La deuxième leçon de cette grève est la démonstration du courage de cet homme de 39 ans, président de la Ligue Camerounaise de Consommateurs. Le Cameroun est sérieusement pris en otage par une clique (comme je l’ai annoncé plus haut) et, sortir de sa bulle d’enfer et oser s’humilier devant le monde entier, risquer sa vie sous la pluie, le soleil, les affres de la nuit, la solitude est tout autant pire que la souffrance humiliante du peuple sous l’effet du coût élevé de la vie. Dans un pays meurtri par une indifférence totale des dirigeants face à une revendication citoyenne plus ou moins légitime, il serait hasardeux de prendre le risque de les interpeller. Toute personne qui serait tenté par une initiative de revendication citoyenne de ses droits peut déjà considérer, dès le départ, qu’il ne sera pas écouter et qu’il perd son temps pour rien à défaut de risquer sa vie. Dans un tel environnement, seuls le courage et la détermination sont le socle d’une révolte réussie. Dans un pays où les gens ne défendent plus leurs droits et vont jusqu’à se moquer sous cape de celui qui tient à défendre les siens, et que ces gens sont prêt à jouir les fruits de la revendication, dans ce pays-là Kamgaing nous montre ce qu’est un citoyen. Le citoyen c’est celui qui a le courage de se lever et de défendre ses droits, rien que ses droits et tous ses droits, et qui au besoin met en jeu son droit ultime – le droit à la vie (Patrice Nganang), comment de pas parler de son courage et de porter son sac, comme on dit chez nous.

3- La troisième leçon est purementphilosophique et juridique. Elle est contenue dans cette idéologie de l’habeas corpus qui est le fondement même de la citoyenneté : « Mon corps m’appartient, à moi et à personne d’autre et j’en fais ce que je veux » (Patrice Nganang). Mon corps, entièrement mon corps m’appartient, c’est-à-dire: ma tête, mes pieds, mes mains, mon estomac, ma gorge, mon sexe, mes doigts, mes yeux, mon anus. Oui, mon corps m’appartient. Le principe de l’habeas corpus est reconnu comme le socle de la citoyenneté, du maître de soi, du contrôle de soi, bref, de la responsabilité. De ce principe découle le fait que tout individu, tout citoyen, en vertu des droits que lui confèrent les lois de son pays peut revendiquer, sans crainte d’être inquiété, tout ce dont il a besoin pour jouir de son corps. Selon donc ce principe, il serait absurde de maudire quiconque revendiquerait le bien-être en exposant son corps aux aléas de l’environnement. Ce serait lui refuser son droit de jouir de ce qui lui appartient. Voilà ! Aussi simple que cela puisse être compréhensible par tous. Hélas, les férus de la critiques acerbes ne se font pas prier pour exposer leur nudité intellectuelle à la recherche de… je ne sais quoi.

4- La leçon de citoyenneté de Kamgaing est un rêve, une prophétie, voir une rédemption. Se battre pour que le prix de l’électricité ne soit pas augmenté n’est pas un leurre. C’est simple comme bonjour et le rêve ici est de constater que Kamgaing n’aurait pas été le seul à bénéficier des fruits de cette grève. Pour y arriver, il a laissé sa famille, ses enfants, son cadre habituel pour se mettre à même le sol devenu sa chaise, son lit, sous la pluie, le soleil et que sais-je encore. Pour avoir aussi vécu une grève de la faim pendant neuf jours, je sais ce que cela signifie ne pas manger, ni boire, ni rien du tout. Bien que ça soit une épreuve ardue et contraignante, il ne faut surtout pas sous-estime le camerounais, quel qu’il soit, car en chacun d’eux somnole cette grandeur qui a un moment ou à un autre peut se réveiller pour nous dire que nous sommes des gens qui avons notre histoire devant nous. Rien, mais alors rien ne nous oblige d’accepter le statu quo qui est devant nous. La citoyenneté est donc ce qui nous distingue du sauvage, de la meute et de la barbarie.

5-La prise de conscience est sans doute la leçon qui aura eu plus d’écho et plus de retentissement : la visite du sous-préfet qui est venu s’enquérir de la situation. Au fait, cette visite était loin d’avoir pour objectif l’information. L’administrateur, comme à leur habitude, formé et formaté pour la répression citoyenne, est juste venu convaincre le gréviste de libérer le plancher de la voie publique et de rejoindre sa famille. Peu importe. L’avantage est qu’il venu lui-même, loin de son cadre douillet. Un groupe de journalistes de deux quotidiens camerounais Le Jour basé à Yaoundé et Le Messager basé à Douala est venu dire au gréviste leur soutien pour ce noble combat. Il n’en fallait moins pour témoigner de l’intérêt que la presse porte au changement, à la révolution des mentalités de revendication des droits du citoyen que certains semblent considérer comme une perte de temps. L’un des succès est aussi et surtout l’ouverture d’un dialogue sur la question ce lundi 28 avril 2014 en vue de donner la position formelle du gouvernement camerounais. Bien entendu, la LCC entend par là maintenir l’option de la non augmentation du prix de l’électricité faute de quoi le citoyen Kamgaingva se « rassoir pour poursuivre la grève ».

TchakounteKemayou


Crise énergétique au Cameroun : état des lieux

Depuis ce lundi 21 mars 2014, la ville de Yaoundé a encore fait parler d’elle. Dans les chaumières et aussi dans la plupart des réseaux sociaux et les médias de masse, la grève de la faim initiée par Delor Magellan Kamseu Kamgaing meuble les conversations. Après une semaine sainte mouvementée et qui a été marquée par la fameuse apparition de l’image de Jésus sur le mur d’un domicile, le président de la Ligue Camerounaise de Consommateurs (LCC) a décidé de faire parler de lui. Une probable (Future) augmentation du coût de l’électricité au Cameroun est à l’origine de la révolte de ce citoyen qui n’entend pas laisser l’entreprise AES SONEL se permettre une telle erreur qui pourrait compromettre la paix et la sécurité des consommateurs déjà fatigués de subir le poids du management opaque du secteur de production de l’énergie. Cette grève de la faim, malgré le bien-fondé de son objectif, suscite tout de même un remous au sein de l’opinion camerounaise qui est divisée sur le choix de la stratégie qu’a fait le citoyen Kamgaing de se révolter contre le système de gestion opaque de l’électricité. Avant d’aborder cette problématique que j’aborderais dans le prochain billet, un bilan rétrospectif sur l’état des lieux est nécessaire.

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Crédit photo: fr.africatime.com.
Les ingénieurs de AES SONEL à l’oeuvre

L’électricité au Cameroun, un bilan moins élogieux pour un fort potentiel hydraulique

Aux lendemains de la grande récession qui a secoué l’économie mondiale en 1995, la plupart des pays africains qui étaient touchés se voient imposer par les bailleurs de fonds multilatéraux une autre stratégie de management pour sauvegarder les intérêts capitalistes. C’est ainsi que les politiques de privatisation ont été menées de bout en bout par le Cameroun et la Société Nationale d’Electricité du Cameroun (SONEL), candidat à la privatisation, a été l’une des grandes entreprises visées par le gouvernement camerounais. Cette option était la solution miracle pour sauver l’entreprise de la mauvaise gestion due au manque de stratégies managériales pour arrimer l’entreprise aux nouvelles exigences des normes internationales exigées par la concurrence. C’est ainsi qu’un appel d’offre a été lancé le 30 novembre 2000 où il sera question de céder plus de 50% du capital à une structure privée. Après une étude des dossiers des six candidats à la reprise, seule AES corporation des Etats unis a rempli les exigences requises par la Commission technique de privatisation et de liquidation des entreprises publiques et parapubliques. Le 19 juillet 2001 a été alors la date historique de la privatisation de la SONEL qui a coûté 23 milliards de francs CFA et l’élu, AES SIROCCO LIMITED, contrôlera donc 56 % du capital de l’entreprise.

Dix (10) ans après cette privatisation, c’est-à-dire en 2011, dans une étude de commerce et marketing à l’Institut de Formation pour le Développement à Yaoundé, Jean- Louis NDZOUDOM dans sa thèse dresse un bilan sur l’état des lieux de la crise énergétique au Cameroun intitulée « EDC (Electricity Developpment Corporation) et la relance du pool énergétique camerounais : enjeux et perspectives ». Dans cette étude, la dure sentence est donnée pour lancer le débat : « Le Cameroun dispose aujourd’hui du troisième potentiel hydroélectrique d’Afrique. Cependant, la crise énergétique qu’il traverse s’explique moins par l’absence d’exploitation de ce potentiel que par la volonté de ses dirigeants ». Le ton est donc lancé et l’on assistera, plus que par le passé, à une déferlante critique de la gestion du reprenant AES SONEL venant de toute part et allant jusqu’à exiger le départ de AES SIROCCO LIMITED. La source de la crise énergétique venant principalement de la « volonté des dirigeants » il serait intéressante de donner ici quelques indices de compréhension sur les raisons de cette incompétence notoire. Dans une autre étude plus ancienne menée par la SONEL et Electricité de France de 1976 à 1983 et intitulée « Atlas du potentiel hydroélectrique du Cameroun », un inventaire général des ressources hydroélectrique du Cameroun nous montre que le Cameroun dispose de « 23 sites signalés dont les caractéristiques principales sont simplement consignés sur une fiche technique, de 30 sites signalés sur plans dont la fiche technique est accompagnée de documents topographiques et de 59 sites étudiés au niveau de l’esquisse d’aménagement, faisant chacune l’objet d’une note accompagnée de plans qui décrit les conditions naturelles du site et le schéma d’aménagement et donne une évaluation de ses caractéristiques énergétiques ainsi que de son coût de réalisation » (Jean- Louis NDZOUDOM).

Une excessive bureaucratisation et une médiocrité en termes de qualité de service   

« Au Cameroun, la principale source de production d’énergie électrique est la centrale hydroélectrique [qui occupe 76% du parc de production énergétique], parce que l’énergie produite est moins coûteuse, bien que la construction d’une centrale électrique soit onéreuse » (Jean- Louis NDZOUDOM). C’est le fait du fort potentiel naturel exploitable dont dispose le Cameroun en matière de ressources énergétique. Mais, des régimes pluviométriques, la variation des débits, la vétusté des installations existantes et des réseaux de transports rendent l’hydrologie capricieuse. Les contraintes liées à la conjoncture de 1986 et aux politiques économiques d’ajustement structurel font que la production de l’énergie soit tributaire d’une bonne santé financière compte tenu du fait que la construction des barrages est trop coûteuse.

La défunte SONEL, avec 100% des parts détenus entièrement par l’Etat du Cameroun, avait comme principale politique la satisfaction de l’intérêt général, donc le social. Par contre, il serait malhonnête de penser que cette SONEL-là ne faisait pas de bénéfices. Cette privatisation intervenue en 2001 est le fait même de la mauvaise gestion de cette plus-value. La privatisation avait alors deux objectifs : elle visait l’augmentation de l’accès à l’électricité en zone urbaine et rurale d’une part, et d’autre part, l’amélioration, en termes de qualité, de la fourniture de l’électricité. Trois ans après la privatisation (2004), le constat amer du bilan avait déjà été confirmé par un rapport de la Banque mondiale. Pour sauver le bateau en plein noyade, par anticipation (Dans la loi N°98/022 du 24/12/98 sur la réforme du secteur de l’énergie) une multitude de plans avait été mis en branle : la création de l’Agence de Régulation du Secteur de l’Electricité (ARSEL), de l’Agence de l’Electrification Rurale (AER) et de la société Electricity Development Corporation (EDC) sans oublier le « plan de développement du secteur de l’électricité à l’horizon 2030 (PDSE 2030) » qui marque clairement la stratégie du Cameroun de sortie de cette crise. Du coup, plusieurs projets de développement du secteur d’électricité sortent des cerveaux : « Le projet d’aménagement hydroélectrique de Memve’ele, le projet d’aménagement hydroélectrique de Mekin sur le Dja, le programme thermique d’urgence, la réhabilitation du barrage réservoir de Lagdo, le projet d’interconnexion Tchad Cameroun et le programme d’électrification rural pour ne citer que ceux-ci. De tous ces projets, Seul Lom Pangar semble avancé avec la finalisation des études techniques et la mise en oeuvre du plan d’indemnisation et de réinstallation (PIR). Néanmoins, la question de son financement reste préoccupante » (Jean- Louis NDZOUDOM).

La demande en énergie électrique qui croit de 5 à 6% par an exige un investissement conséquent. Comme le prévoit le cahier de charge, AES SONEL doit mettre l’accent sur l’investissement pour justement augmenter l’accès à l’électricité. Toujours dans le contrat de concession entre AES-SONEL et le gouvernement camerounais, l’une des clauses sur lesquelles AES SONEL ne cesse de martyriser les consommateurs, stipule que ceux-ci vont subir trois augmentations du prix de l’électricité afin de permettre à l’entreprise de rentabiliser ces investissements. Le taux d’augmentation du coût de l’électricité a été de 5% entre 2001 et 2002, puis de 7,5% par an jusqu’à 2004, une autre augmentation est intervenue entre 2012 et 2013. Il est fort regrettable de penser que cette même société s’apprêterai à faire subir aux consommateurs une autre augmentation en 2014 alors que la qualité de fourniture de l’électricité par cette entreprise est contestable et ne respecte pas les normes internationalement connues et reconnues. Les consommateurs se plaignent chaque jour des coupures intempestives, des délestages et les sous/surtensions qui endommagent les appareils électriques. Mais, au siège social de AES SONEL, tout détracteur est pris au dépourvu des chiffres élogieux que l’entreprise brandit pour se satisfaire des résultats obtenus : « Plus de 630 milliards de F CFA (960 millions d’euros) investis en douze ans, essentiellement dans la construction de centrales thermiques. Plus de 400 000 nouveaux abonnés, soit un doublement du portefeuille existant lorsque l’américain AES Corporation avait repris 56 % de l’entreprise, en 2001. Et, surtout, une capacité de production dépassant l’objectif de 1 000 MW initialement fixé, pour atteindre aujourd’hui 1 238 MW grâce à la création de deux filiales : Dibamba Power Development Corporation, qui gère une centrale thermique en banlieue de Douala, et Kribi Power Development Corporation, chargée de la centrale à gaz de la cité balnéaire du sud du pays » (Jeune Afrique Economie). Si le bilan est si satisfaisant, comment expliquer que AES Corporation, à la date du 7 novembre 2013, signe des accords de la vente de la totalité de sa participation (56%) dans AES Sonel à Actis, un capital-investisseur spécialisé dans les pays émergents, présent en Côte d’Ivoire, au Kenya et en Tanzanie à un montant de 220 millions de dollars (Jeune Afrique Economie) ? Tout ce bilan peut-il donner raison à AES SONEL de titiller l’opinion sur une future augmentation du coût de l’électricité au Cameroun ? « Non », affirme Delor Magellan Kamseu Kamgaing, président de la Ligue Camerounaise de Consommateurs et qui a tenu à se faire entendre sa voix par un sit-in devant l’ARSEL.

Tchakounte Kemayou


Yaoundé : Mystère sur l’image de Jésus

Yaoundé la belle ! La ville des sept collines ne cesse de me surprendre. Je suis dans la capitale depuis ce lundi 14 avril et il est difficile de comprendre comment la ville est en émoi depuis ce mardi 15 avril. Cette histoire d’apparition de Jésus de Nazareth n’arrête pas de me mettre dans tous mes états. C’est devenu un fantasme que de voir les gens courir dans tous les sens pour retrouver ce Jésus dont on dit qu’il est déjà revenu. Oh ! Que dis-je, qu’il est apparu en image dans un domicile situé à Odza, une banlieue de Yaoundé. Une envie folle me vient de faire le déplacement pour vivre en tant qu’observateur, mais le but de ma présence à Yaoundé, compte tenu de l’urgence, et mes convictions de scientifique d’éviter de « faire foule » me retinrent. Je me résolus donc de me contenter des témoignages. De quoi s’agit-il, donc ?

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Crédit Photo Equinoxe Radio et TV. Dame Amougui pendant son témoignage

Le témoignage de dame Amougui

Aux environs de 17 heures (heure locale) ce 15 avril, dame Amougui qui se considérée comme chrétienne catholique et pratiquante raconte, au micro de Radio Equinoxe, une chaîne privée de Douala, une histoire mystérieuse qui reste encore considérée comme une « découverte ». Je vous livre l’économie de son témoignage que voici : « Je m’apprêtais à aller à la réunion à la paroisse de Messamendongo ; la présidente (du groupe) m’a appelé pour me demander de faire le rapport de ce qui s’est dit à la première réunion, et j’ai pris le bic (stylo à bille, NDLA), j’étais assise sur ma table à manger, je réfléchissais et je me demandais ‘’je peux même commencer par quoi‘’. Je ne savais pas sur quoi j’allais commencer. Dès que j’ai dit ça, j’ai vu la lumière frapper l’ombre de quelqu’un qui est entré, mais je n’ai pas vu la personne. Et quand j’ai vu cette lumière, j’ai eu la chair de poule et j’ai sursauté. Après, j’ai regardé et j’ai vu l’image se montrait plus claire. Je n’ai pas d’abord cru. J’ai appelé mon petit neveu qui vit ici, je lui ai demandé est-ce que tu vois quelque chose droit devant toi ? Il me dit qu’il voit Jésus ; je lui ai demandé s’il est sûr que c’est vraiment Jésus, il me dit oui, c’est Jésus. Je me mets à genoux et je me mets à prier. Je lui ai dit, si tu es réellement Jésus, puisque je dois dire que j’ai vu ta face, je ne vais pas le dire sans preuves ; permets qu’on filme avec ce téléphone. On a pris le téléphone et on s’est mis à filmer et l’image devenait plus claire. A un moment, on a commencé à prier, on a appelé la famille et on a prié toute la nuit. Au fur et à mesure qu’on priait, l’image devenait de plus en plus claire. Le matin, les voisins sont venus, ainsi de suites, les gens arrivent et prient», raconte la dame. Précision de taille, je suis à la neuvaine de la face de Jésus et le mardi en était le 5ème jour ». Ce témoignage semble bien loin d’être une farce, puisque la photo donc la dame parle se trouve partout dans les réseaux sociaux. Il faut avoir les yeux bien écarquillés pour voir ce fameux visiteur d’un autre genre venu bouleverser toute une paisible ville. Jésus là est fort, hein !

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Crédit Photo: Equinoxe Radio et TV. Le mur en question où l’image apparaît discrètement;

Les apparitions des Saints

Après avoir écouté ce témoignage et celui de beaucoup d’autres personnes confirmant la réalité de cette image, je me perdis dans une cogitation qui ne dit pas son nom et deux questions qui me viennent à l’esprit à cet instant précis sont celles-ci : pourquoi Jésus de Nazareth choisirait-il d’apparaître en privé dans un domicile ? Quelle est la signification des apparitions des morts, ou mieux, des Saints ? Il faut signaler que les apparitions les plus célèbres dans le monde sont celles des Saints tels Jésus de Nazareth et de sa mère, la Vierge Marie. Jusqu’ici, ma mémoire peut me tromper, les apparitions de Jésus sont révélées dans la Bible. Mes comptes me donnent en tout douze (12) apparitions au total que je me fais le plaisir de mentionner ici : Selon la tradition, Jésus ressuscité apparut premièrement à la Vierge Marie, au sépulcre (Jn XX 11-18) ; Deuxième apparition aux autres femmes (Matthieu XXVIII, 9-10) ; Troisième apparition aux disciples d’Emmaüs (Lc XXIV 13-32) ; Quatrième apparition à Saint Pierre (Lc XXIV 33-35) ; Cinquième apparition aux Onze, sans Thomas (Jn XX, 19-25) ; Sixième apparition aux Onze et Thomas est là (Jn XX 26-31) ; Septième apparition aux Onze sur les bords du lac (Jn XXI 1-17) ; Huitième apparition aux Onze sur la montagne (Mt XXVIII 16-20 ) ; Neuvième apparition à Béthanie (Lc XXIV 50-53) ; Dixième apparition Ascension (Actes I, 4-11) ; Onzième apparition à saint Jacques, le mineur, le cousin de Jésus, 1er évêque de Jérusalem (I Corinthiens 15, 1-7) ; Douzième apparition à saint Paul (I Corinthiens 15, 8). Pour finir avec cette liste des apparitions des Saints les plus célèbres, je vous livre ici le fruit de mes recherches qui m’ont amené à découvrir que la Vierge Marie a été « découverte » dans le monde quatorze (14) fois selon le site dédié à l’histoire de Marie www.mariedenazareth.com. Il faut tout de même rappeler que ce sont des découvertes les plus célèbres qui sont considérés comme des sanctuaires mariaux : La Chapelle de la rue du Bac : La médaille miraculeuse (Paris, 1830); Kibeho : Notre-Dame des douleurs (De 1981 à 1989, à Kibeho, Marie apparut à plusieurs jeunes filles dont l’une prophétisa le génocide rwandais de 1994) ; Sanctuaire marial de Saragosse : El Pilar, le coeur des chrétiens espagnols (Saragosse, 2 janvier 39) ; Notre-Dame de la Guadalupe : Le portrait céleste (Juan Diego , 1531) ; Notre-Dame du Laus : Refuge des pécheurs (Laus, France) ; Sanctuaire marial de Torrecuidad : Par Amour de la Vierge (sanctuaire marial Torreciudad fondé au11è siècle et promu au 20è par Saint Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei) ; N.-D. de Beauraing : La Vierge au coeur d’or (Beauraing en Belgique, 1932) ; N.-D. de La Salette : Sanctuaire de la conversion (Isère) ; Dévotion mariale au Mont Hostyn (13ème siècle) ; Yamoussoukro : La grande basilique africaine ; Notre-Dame de Lorette : La Sainte maison ; N.-D. de l’Annonciation : Ici, le Verbe s’est fait chair ; La tradition mariale du Puy-en-Velay. Cependant, le Cameroun a connu, avant cette apparition de l’image de Jésus, l’apparition de la Vierge Marie. Cette fois-ci c’était le 13 mai 1986 sur un arbre à Nsimalen, non loin de Odza, comme par miracle ! En ce 15 avril 2014, le Cameroun fait donc le plein des apparitions (Jésus et sa mère, Marie). Pays en miniature, donc !

La problématique de la foi (chrétienne)

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Crédit Photo: Equinoxe Radio et TV. Une foule devant le domicile en question

Ma cogitation sur la foi a été quand même suscitée par cette déferlante agitation des camerounais dans leur soif incessante de voir de leurs propres yeux, comme on dit chez nous ici, ce Jésus, cette image de Jésus j’allais dire, afin de confirmer que le miracle est bien possible. Ce peuple-là n’est pas bien différent de Thomas qui n’a pas cru lorsque ses collègues disciples lui ont annoncé que Jésus est bel et bien vivant. Ce même Thomas a d’ailleurs eu une remontrance de Jésus qui lui reproche de lui manquer de confiance. Du coup je m’interroge sur cette foi chrétienne que d’aucun camerounais s’estiment avoir en voulant absolument voir avant de croire comme Thomas, donc ! Voilà donc le résultat de cette misère en la croyance qui hante un peuple meurtri par la peur de son devenir, le manque de confiance en soi. Un ami, Manmut Pem, dont les positions sur la question de la foi me donnent toujours à réfléchir s’offusque donc en ces termes : « Le désespoir est un fonds de commerce dans cette Afrique où la misère semble avoir un avenir très prospère. On appauvri le peuple et après on le met sous le joug des gourous qui se font passer pour des prophètes d’un dieu venu de Nazareth; et du coup on a résolu la question de la mobilisation populaire. Il y a ici une coalition politique des professionnels de la Bible et des voleurs en col blanc des gouvernements africains ». Pour lui, le débat se situerait à partir de 1990 avec la loi sur la liberté d’association (LOI 90/053 DU 19 DÉCEMBRE 1990). C’est elle qui a donné le coup d’envoi à la prolifération de toutes ses Églises dont le but était clairement de remplacer les partis politiques c’est-à-dire de tuer toutes luttes du peuple pour se libérer du joug de la domination oligarchique. Ainsi les religions se sont créées à tout vent et à tous les coups. La balise qui est l’enseignement de la foi a été mise en veille au profit de la fanfaronnade et de l’embrouillamini tout azimut. Du coup, le peuple convertit en chrétien ressemble à ce Thomas qui veut voir avant de croire. Et je ne peux m’empêcher de citer le verset, bouleversant tout de même, de l’évangile selon saint Jean (20, 19-31) où Jésus s’adresse à Thomas et lui disant ceci : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Peut-on, au vue de tout cela, considérer que le christianisme a raté sa mission d’évangile en Afrique ? Bien malin qui répondra à cette question.

Tchakounté Kemayou


Chronique de la situation de la presse écrite camerounaise (suite)

La presse écrite camerounaise est actuellement confrontée à un véritable serpent de mer : le financement de ses activités. Les récents développements des technologies et des techniques dans les domaines de la presse à travers le monde sont venus enfoncer davantage cette presse camerounaise déjà abattue par son incapacité à affronter les défis du monde moderne. Cette presse écrite va donc subir des concurrences surtout déloyales qui lui vaudront beaucoup de déboires. Ces déboires sont de différents ordres, mais ici, je me limiterai exclusivement à l’accès des Camerounais au réseau Internet.

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Crédit Photo: JournalduCamer.org

Le faible développement du réseau camerounais

C’est connu de tout le monde que le Cameroun reste le parent pauvre de la couverture du réseau des télécommunications et plus particulièrement de l’Internet. En 2000, le ministère des Postes et Télécommunication évaluait le taux d’utilisation d’Internet à 3.3 pour 1000. Cinq ans après, dans une thèse de doctorat soutenue à Paris II en 2005 sur l’utilisation d’Internet au Cameroun, Baba Wame fait le triste constat selon lequel les utilisateurs d’Internet au Cameroun se chiffrent à 100.000 personnes seulement. Plus récemment encore, en 2013, les données du cabinet d’analyse internetsociety.org révèlent que le Cameroun a un taux d’utilisation d’internet de 14 %. L’un des plus faible d’Afrique subsaharienne, derrière les pays comme le Burkina Faso (41 %), le Ghana (38 %), le Kenya et l’Ouganda (35 % chacun), le Mali (25 %), le Sénégal (23 %) et surtout ce pays qui sort du génocide, le Rwanda (35 %) ! Pourtant, le Cameroun a une forte potentialité en ressources tant humaines qu’énergétiques capables de hisser le pays parmi les plus fournis et les plus développés en accès Internet haut débit par fibre optique. Si l’on considère que le taux d’accès et d’utilisateur d’Internet est aussi fonction du taux de possession des outils informatiques tels que l’ordinateur ordinaire ou de bureau, le taux d’utilisateur d’Internet, en plus du taux de possession d’un outil informatique sera fonction du PIB (Produit intérieur brut), même avec la suppression de la TVA douanière sur les matériels informatiques importés.

Les différents usages d’Internet chez les Camerounais

Les études menées en 2007 par Carine Laure Koudjou à l’université de Paris-Nanterre révèlent que les matériels informatiques (Ordinateurs) importés au Cameroun sont essentiellement destinés à un usage commercial. Mais ce qui est important pour nous ici, ce sont les usages domestiques ou personnels. Ainsi, le traitement de texte est l’activité dominante pour ces utilisateurs d’ordinateurs. Les activités développées comme DAO et logiciels professionnels, développement de progiciels, montages vidéo sont minoritaires. Cela fait dire à Carine Laure Koudjou que : « Ces résultats montrent une exploitation insuffisante de l’outil informatique et surtout la mauvaise maîtrise des usages qui peuvent en découler. D’autres ne se servent d’un ordinateur que pour avoir accès à internet ». C’est donc dire que, dans la plupart des ménages, Internet est trop loin l’usage le plus répandu. Mais, que cherchent les Camerounais sur Internet, justement ?

En 2005, Baba Wamé affirmait que la principale activité des Camerounais sur le net c’est la recherche des partenaires. « Par exemple, affirme-t-il, les Camerounaises sont les plus présentes sur les sites de rencontres. Sur affection.org, elles battent tous les records. Une femme sur trois (32,17 %) par rapport à l’ensemble des inscrites et une femme sur deux (49,21 %) si l’on ne recense que les Africaines ». Plus curieusement encore, Carine Laure Koudjou affirme, dans son étude, que la principale activité des Camerounais sur Internet c’est « Communiquer » et « Suivre l’actualité » qui ont un score de 80%. Ces statistiques nous montrent bien que la presse écrite, depuis belle lurette, a sa place dans les activités de surf chez les Camerounais. Malgré donc toutes ces insuffisances et ces retards techniques et technologiques, la presse écrite avait les possibilités de se faire une place au soleil. Non seulement elle n’arrive pas à se bâtir une renommée sur le net à cause de sa pauvreté financière, mais elle est peut-être victime d’une concurrence pour le moins curieuse.

La création et la gestion des sites web de la presse écrite camerounaise

Les sites Internet de la presse écrite, j’allais dire les titres de la presse écrite camerounaise ont connu très tardivement leur apparition sur la Toile. Le développement de leur site est à l’image de la pauvreté du réseau Internet. Pourquoi donc les promoteurs de la presse écrite camerounais en particulier et des médias en général sont réticents jusqu’à présent à mettre en place une rédaction spécialisée dans la diffusion de l’information sur le web ? C’est encore une source de dépenses, me dira-t-on ! Car il y aura l’hébergement du site qu’il faut financer, le personnel à y affecter et toutes les charges que cela pourrait coûter aux promoteurs. Mêmes certains titres les plus célèbres comme le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, les quotidiens privés dits « indépendants » comme Le Jour, Mutations, L’Actu, La Nouvelle Expression, etc. ont des sites qui, pour certains, sont mis à jour 24 heures après la publication sur papier journal et pour d’autres comme quotidien comme Ouest-Littoral qui n’en ont même pas ! Le quotidien Le Messager, par contre, a une situation particulière. Elle a traversé une crise pendant longtemps, et depuis le décès de son promoteur Pius Njawé, la famille se bat tant bien que mal pour restructurer le journal qui a mis son site Internet en veille depuis plus de 10 ans maintenant. Cette situation est encore plus catastrophique pour les hebdomadaires, les (bi-) et (tri-) hebdomadaires qui sont réguliers et célèbres comme Le Septentrion, L’œil du Sahel, La Météo, et j’en passe.

La presse écrite camerounaise pêche donc par son absence criante sur la Toile depuis l’avènement des NTIC. Ceci est le reflet de sa mauvaise santé financière et plus particulièrement sa mauvaise structuration en termes d’organisation professionnelle et corporatiste. Le développement des NTIC sera une aubaine pour les Camerounais de la diaspora qui disposera désormais d’un outil efficace pour se rapprocher de plus en plus de la population d’origine. L’information qui est considérée comme ressource efficace pour un retour aux sources sera alors mise en valeur à travers le net. Le faible taux d’accès au net pour les Camerounais de l’intérieur ne pourrait donc pas être une explication plausible pour mettre en exergue l’absence de nos médias sur le net. Cette absence sur la Toile a donc permis la création des sites de partages des informations contenues dans les quotidiens. La plupart de ces sites ont été mis sur pied par quelques Camerounais de la diaspora qui ont vu qu’il y avait un marché à développer grâce au vide laissé par les promoteurs de la presse écrite. Ces sites de partages (Surtout les plus en vue en ce moment: cameroun-info.net et camer.be) vont alors se développer au détriment de ces journaux nationaux et vont offrir donc des informations qui seront même diffusées avant la publication dans les journaux en question. La concurrence devient alors rude entre les sites d’information de partage et les sites des journaux existants sur le net. D’autres parlent même de concurrence déloyale ou pire, de « vol » des articles par ces promoteurs de sites de partage qui raflent la mise en termes de nombre de visites par jour et qui se chiffrent en centaines de milliers. Du coup, le débat est ouvert sur l’autorisation ou le droit de partage que ces promoteurs des sites de partage s’octroient pour la diffusion des articles de presse. Mais, le problème se pose parce que la presse, comme je vais le démontrer dans le prochain billet, n’arrive pas à rentrer dans ses fonds dans la vente des journaux papier. Du coup, il se pose aussi la problématique du financement de cette presse qui se porte de plus en plus mal. Avant d’aborder la problématique du droit d’auteur, le prochain billet sera consacré à la gestion de la vente des journaux papier au Cameroun.

Tchakounté Kemayou  


Cameroun : trois religieux kidnappés, Boko Haram soupçonné

Dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 avril 2014 trois religieux ont disparu subitement. Selon les témoins, aux environs de 23 h45, heure locale, les hommes armés ont débarqué dans leur paroisse appelée « Paroisse de Tchéré ». C’est une bâtisse située à environ 20 km de Maroua (800 km au nord de Yaoundé), capitale de la région de l’extrême-nord du Cameroun. Région voisine du Nigeria. Il s’agit des prêtres italiens Giampaolo Marta, 47 ans, arrivé au Cameroun en 2004 et Gianantonio Allegri, 57 ans,  de nouveau au Cameroun depuis septembre 2014 après avoir passé 10 ans depuis 2002. Les deux sont originaires de Vicence, dans le nord de l’Italie. La sœur canadienne Gilberte Bussière, âgée de 80 ans, vit au Cameroun depuis 1979 et appartient à la Congrégation Notre-Dame de Montréal qui compte une vingtaine de religieuses dans le pays.

Cameroon Kidnapped Missionaries

Pour l’histoire, les kidnappings de ce genre ne datent pas d’aujourd’hui. Rappelons que  dernièrement, le rapt du prêtre français Georges Vandenbeusch, 42 ans, a fait beaucoup de bruit. Il avait été kidnappé un 14 novembre 2013 dans son monastère, la paroisse de Nguetchewe, près de Koza, dans le nord du pays, à 700 kilomètres de la capitale Yaoundé, une zone considérée comme très dangereuse. Avant lui, le 19 février 2013, la famille Moulin-Fournier avait elle aussi été enlevée.

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Le père Gianantonio Allegri

Ces deux derniers kidnapping avaient connu un tapage médiatique international à tel point  que les soupçons qui pesaient sur le groupe islamique Boko Haram ont fini par être confirmés par le chef Abubakar Shekau, leader du groupuscule depuis 2009. C’est donc avec cette certitude que le père Henri Djonyang, vicaire général du diocèse camerounais de Maroua-Mokolo, joint par l’AFP, affirme que les religieux ont été enlevés par des hommes armés de Boko Haram. «Ce sont eux qui l’ont fait », affirme-t-il sans hésitation.  Mais, comment alors comprendre ce kidnapping qui est un de trop?

Tout juste après la libération de la famille Moulin-Fournier, la presse camerounaise et beaucoup d’opinion diverses soupçonnaient le gouvernement camerounais d’avoir donné une rançon au groupe islamique Boko Haram pour la libération des Blancs français. Ces soupçons se sont encore renforcés lorsque la même France a encore eu maille à partir avec le kidnapping du prêtre Georges qui a été libéré quelque semaines après. Ces série de rapts et de libérations à n’en plus finir font penser que c’est devenu un marché tant du côté du Nigeria que du  Cameroun. Quelque leaders d’opinion se demandent au fait, pourquoi cet intérêt et cet empressement à libérer les otages blancs alors que beaucoup de Camerounais qui dans ces régions voisines du Nigeria vivent le calvaire? N’y aurait-il pas des acteurs de l’ombre qui tireraient des ficelles dans ce kidnapping en séries? Il ne fait donc aucun doute qu’il y ait des intérêts en jeu et que l’Etat camerounais gagnerait à se raviser sur sa stratégie. En tous les cas, qui vivra verra!

 Tchakounte Kemayou 


Tchad et RCA : les « anti-Balaka » et les « Balakaa » au centre de la discorde à Bruxelles

Le 29 mars 2014, une embuscade tendue par les miliciens « chrétiens » anti-balaka a causé la mort d’un soldat tchadien. En réponse, un détachement tchadien venu au secours a aussi causé la mort d’au moins 24 Banguissois. Voilà la goutte d’eau qui a débordé la vase. Du coup, Human Rights Watch bondit sur la perche pour dévoiler au grand jour les « dérives » de ses 850 hommes (sur les 6 000 que compte la Misca, la force continentale déployée sur place en RCA pour le rétablissement de la paix). Le courroux de l’homme fort de Ndjamena, Idriss Déby Itno (IDI) et partenaire de la France ne va pas tarder à se faire sentir. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères sur les ondes de RFI, Moussa Faki Mahamat, Ndjamena se plaint du « lynchage ».

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Catherine Samba-Panza et Idriss Déby Itno

Qui lynche qui ? Tenez : en 2003 François Bozizé a déchu Ange Félix Patassé grâce à IDI, tout récemment en 2013, Michel Djotodia, figure de proue de la Seleka a aussi eu la grâce de IDI qui a renversé François Bozizé, devenu enfant têtu, en 2014 Michel Djotodia à son tour fut congédié à Ndjamena et remplacé par sa compatriote Catherine Samba-Panza élue à Bangui, chef d’Etat de transition d’une nation à feu et à sang. Celle-ci a-t-elle dépassé IDI qui voulait aussi lui faire subir le même sort que ses prédécesseurs ? C’est fort probable.  Au fait, de quoi IDI a-t-il peur ? Depuis le coup d’Etat contre Hisseène Habré, son trône reste toujours en danger. Toutes les régions du Tchad comptent pratiquement une rébellion. Après avoir fini de corrompre les gars de son clan des Zaghawas qui l’ont aidé à prendre le pouvoir, il ne réussit pas toujours à mettre la main sur les autres rebelles qui lui donnent, chaque jour, des sueurs froides lorsque l’un des pays voisins, plus ou moins proches, est dans la tourmente. Pour preuve, je me rappelle qu’en février 2008, les rebelles du Commandant militaire unifié (CMU) étaient sur le point de déloger IDI qui a eu l’intelligence d’appeler son ange gardien, le président français qui a réagi tout de suite. C’est donc ce qui peut expliquer l’engagement de IDI au Mali et en RCA. Il est devenu donc le partenaire privilégié de la France pour des interventions militaires.

Par l’entremise de la France, IDI devient donc l’homme fort en Afrique pour le maintien de la paix en lieu et place des Nations unies et de l’Union africaine. Voilà donc pourquoi il peut destituer qui il veut et quand il veut. Il n’est plus le président, c’est l’homme fort désormais. Les actes diplomatiques remarqués ces derniers temps rendent bien compte de ce fait. La destitution de Michel Djotodia à Ndjamena, l’escale au Tchad pour rencontrer IDI de Mme Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, après une visite éclair en Centrafrique. Mais aussi et surtout, les soupçons qui pesaient sur Michel Djotodia et son gouvernement provisoire considérés comme des feudataires, le financement des criminels de la Seleka et armés par Ndjamena, et les Tchadiens soupçonnés d’être la Seleka ou des islamistes imposant la charia en terre bantoue ressortent des tiroirs pour accabler IDI. Peut-on ainsi comprendre la colère et la riposte des chrétiens appelés « anti-Balaka » qui ont décidé de chasser… Oui, je dis bien « chasser » les musulmans appelés « Balaka » en RCA ? C’est la réponse  du  berger à la bergère.

Pour le moment, il est certain que Mme Catherine Samba-Panza n’était pas « manipulable » par l’homme fort qui a trouvé une perche pour sortir du bourbier où son partenaire, la France, l’a plongé. Quel gâchis ! diront certains. La décision du retrait a été suivie d’effet à l’immédiat et les 850 hommes se retireront donc progressivement. Bon débarras, donc !

Tchakounté Kemayou


Cameroun : la désacralisation de la fonction ministérielle

Le 31 mars dernier, les nouvelles sur l’arrestation sous mandat d’arrêt, du ministre camerounais des Enseignements secondaires, Bapes Bapes, a fait la Une des journaux.Vingt-quatre heures après (le 1er avril), ces mêmes journaux annonçaient la libération du ministre. La liesse qui a suivi à son domicile démontrait que le ministre venait de loin. Que s’est-il donc passé exactement ?  S’agissait-il d’un poisson d’avril cousu de toutes pièces par le pouvoir ? Que non !

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La Une du quotidien camerounais « Le Jour » des 31 mars et 1er avril 2014

A situation exceptionnelle, communication exceptionnelle. En 2 min 27 s, Issa Tchiroma, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a donné très tard (22 h45) le même jour après la libération, dans les locaux de son ministère à Yaoundé, un point de presse donc voici en substance la teneur : « Dans la journée du 31 mars 2014, Monsieur Louis Bapès Bapès, ministre des Enseignements secondaires, a été placé en détention provisoire par le juge d’instruction du Tribunal criminel spécial. Dans le cadre d’une procédure suivie contre lui pour détournement de deniers publics. Le 1er avril 2014, en application du pouvoir que lui confère les dispositions de l’article 222 alinéa 1er du code de procédure pénale, ce juge a donné main levée d’office du mandat de détention provisoire décerné à l’encontre du sus nommé. En effet, d’après cet article je cite  : « Le juge d’instruction peut à tout moment, jusqu’à la clôture de l’information judiciaire, d’office, donner main levée de mandat de détention provisoire» fin de citation. En la matière, le juge n’obéit qu’à sa conscience et n’a de comptes à rendre à personne. Il y a lieu de rappeler que d’une part, d’après l’article 1er du code pénal, la loi pénale s’impose à tous. Et que d’autre part, la procédure d’information judiciaire suivie contre lui, suit son cours normalement. Voici la communication que je voulais porter à votre connaissance, en raison du fait que l’affaire se trouve entre les mains de la justice, un pouvoir indépendant, jaloux de son indépendance et de ses prérogatives, il ne m’est pas permis de répondre à une quelconque question qui tarauderait l’esprit des journalistes

Selon le journaliste Grégoire Djarmaïla, Louis Bapès Bapès fait bien l’objet d’une poursuite judiciaire pour détournement de deniers publics et qu’il est très tôt pour les proches du patron des Enseignements secondaires de jubiler, car « la procédure d’information judiciaire suivie contre lui » ne va pas s’arrêter malgré sa remise en liberté. Tout porte donc à croire qu’il pourrait retourner à Kondengui, après le remaniement ministériel qui pointe à l’horizon.

A la suite de cette rocambolesque arrestation, je suis tout de même confus par cette facilité et cette manie que nous avons, dans ce pays, de la désacralisation de la fonction ministérielle, de l’autorité de l’Etat, de la banalisation institutionnelle à défaut de parler de crime. C’est le leader d’un parti politique, Milla Assoute, réfugié en France qui s’insurger contre ces pratiques de banalisation et de désacralisation. Pour lui, explique-t-il mot à mot, un ministre qui est soupçonné de vol ou de prévarication doit rendre sa démission ou être déposé par respect institutionnel avant son arrestation. Arrêter un ministre en fonction sans décret de destitution préalable est une barbarie d’autocrate contre les institutions de la République qu’il confond à sa cuisine et de terreur à l’égard des ministres membres du gouvernement de la République. Il n’y a pas à prendre un acte de régularisation a posteriori, mais un acte a priori.

« ON A TOUT COMPRIS », cette citation a inspiré le journaliste Thierry Ngogang qui nous rappelle le dernier passage de la star ivoirienne au Cameroun :
Commentant le retour triomphal du président Biya à Yaoundé alors qu’on l’avait déclaré mort à Genève en 2003, le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakholy, en concert ce jour-là au cinéma Abbia, avait eu ces mots lourds de sens : « Il y en a qui savent mourir pour mieux ressusciter… ».
Je ne sais pas si le président Biya a ordonné l’arrestation-gag de son ministre avant de le libérer, mais ce que je sais c’est que cette tragique comédie ne me fait pas du tout rire.

Pour rester en symbiose avec notre ami Tiken Jah chantons avec lui :

ALLEZ DIRE AUX HOMMES POLITIQUES,
QU’ILS ENLÈVENT NOS NOMS DANS LEURS BUSINESS,

ON A TOUT COMPRIS

ILS NOUS UTILISENT COMME DES CHAMEAUX,
ILS ALLUMENT LE FEU, ILS L’ATTISENT
ET APRÈS ILS VIENNENT JOUER AUX POMPIERS

ON A TOUT COMPRIS

Si le président Biya voulait nous montrer qu’il est fort,
Nous lui répondons: « ON A TOUT COMPRIS ».

Tchakounte Kemayou 


Chronique de la situation de la presse écrite camerounaise

Je me rappelle ces années de braise (de 1990 à 1992) où les journaux se vendaient comme de petits pains dans tous les coins de rue de Douala et de Yaoundé, et même dans l’arrière-pays. Je me rappelle aussi… Oui, je me rappelle vraiment, et avec nostalgie, ces moments où ma passion pour la lecture s’était révélée lorsque, au lieu de m’acheter des sucreries ou amuse-gueules comme le faisaient les enfants de mon âge (Pendant mes années de lycée), je courais au kiosque à journaux loin de la maison pour acheter mon trihebdomadaire ou magazine préféré (Le Messager et Jeune Afrique Magasine). A mon jeune âge, la lecture pour moi c’était un loisir, un passe-temps. Malheureusement, je ne suis pas né dans une famille de lecteurs. Je n’avais donc pas accès aux livres pour me cultiver à la lecture. Mais, seulement à défaut de lire les livres trop coûteux pour moi, je me rabattais sur les journaux. La presse camerounaise a donc connu une effervescence telle que les tirages avoisinaient les 80.000 à 100.000 exemplaires par titre et par numéro. A l’époque, c’était même considéré comme une banalité. Aujourd’hui, pour tirer 5.000 à 10.000 exemplaires est considéré comme un exploit ! Je suis incapable, comme beaucoup de camerounais aussi, de m’offrir, pardon ne vous moquez pas de moi, un seul titre par mois, voire par an, je voulais plutôt dire que je n’achète plus les journaux. Pour des raisons diverses, la presse écrite camerounaise connait une décrépitude criarde. Comment en est-on arrivé là ?

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Pendant ces années de braise donc, le contexte était donc favorable à cette éclosion de la presse écrite. Le vent des libertés de l’Est a été le facteur majeur que beaucoup d’historiens considèrent comme précurseur des libertés en Afrique noire. Les peuples, restés longtemps sous le joug des dictatures et du totalitarisme depuis les indépendances, ont saisi la balle aux pieds pour faire plier les régimes gérontocrates et barbares. D’où le concept de « Conférence nationales » réclamée à cor et à cri à travers les « Villes mortes » que certaines villes africaines ont connu. Les camerounais plus avisés commencent à comprendre que l’heure est venue de changer complètement des habitudes de consommation car l’information devenait désormais une ressource indispensable à l’épanouissement des citoyens responsables et épris de liberté. Le besoin d’informations se faisait ressentir et, la bourse et le panier de la ménagère aidant, chacun se mit donc à la lecture des papyrus considérés comme outils de vulgarisation et de préparation de ce citoyen qui doit être toujours prêt à choisir les hommes et à assumer ses choix personnels.

Ce besoin grandit de plus en plus avec l’évolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans le monde. Comme le multipartisme en politique, les NTIC ont connu aussi leur multipartisme que j’appellerai ici le « multimédiatisme ». Que je suis prétentieux ! C’est donc grâce la promulgation de la loi sur la communication sociale que le multimédiatisme prend son ampleur. Nous avons notamment les télévisions qui se perfectionnent et se modernisent. La chaîne de télévision nationale (CRTV) est la seule dans l’environnement des médias au Cameroun, mais les câblodistributeurs inondent des ménages d’images des chaînes étrangères. Actuellement, plus d’une vingtaine de télés privées arrosent le pays. Et encore, à cette époque, la CRTV lance les radios FM avec une qualité du son semblable au disque CD. Là aussi, les radios privées se comptent en centaines aujourd’hui, y compris les radios communautaires. Les outils informatiques ne sont pas en reste. Leur implantation dans le paysage des NTIC prend de l’ampleur à tel point que les cybercafés deviennent des lieux les plus fréquentés des jeunes. J’exagère quand même hein… L’entreprise à capitaux public, CAMTEL, principal et seul fournisseur de l’internet (Vente en gros et en détail), connait une concurrence des deux opérateurs de la téléphonie mobile « démocratisent » l’accès à internet à travers le téléphone. Ce qui relevait d’un mythe avant leur arrivée. Ce qui a fait que, CAMTEL, en plus de la vente en gros (Il est le fournisseur de ces deux opérateurs actuels), s’est aussi livré à la vente en détail, comme le font ses clients. Ce n’est qu’au Cameroun que ce genre de concurrence déloyale est possible. Mais, ça se comprend ; puisqu’ils font de la téléphonie filaire. La presse écrite camerounaise, plus florissante à l’apparition de ces outils, se heurte désormais à un challenge qui est celui de s’arrimer à la donne. Certains promoteurs de la presse écrite voient donc le danger venir et se lancent très rapidement à la conquête du marché médiatique radio-télévisé qui restait encore vierge. Les ressources de la radio et de la télé de ces promoteurs pouvaient aussi permettre d’éviter la mort subite de la presse écrite. Il n’y a qu’à voir comment le patron du « Le Messager », le feu Pius Njawé qui n’avait pas réussi à ouvrir sa radio à cause des « coups bas » comme il le disait lui-même, peinait à se maintenir debout.

Pour dire vrai, tout ce que j’ai relevé plus haut : le vent de l’Est, le multipartisme et le multimédiatisme, au lieu de constituer un atout pour son développement, vont finalement jouer de salles tours à la presse écrite camerounaise. Et si je vous parlais encore de la crise économique, de la dévaluation du franc CFA, sans oublier la double diminution des salaires des fonctionnaires qui avaient vu leur revenus réduit de plus de la moitié, vous serez alors prêts à jurer que ces patrons-là sont trop forts. Moi-même je ne croyais plus à leur survie. Que dalle ! Même l’Etat ne leur facilite pas la tâche avec les « Aides à la presse » bidonne donc la maigreur fait plutôt pitié à cette aide qu’à la presse elle-même. Ah ! J’oubliais que j’étais dans une République bananière. Passons. La presse écrite camerounaise est donc confrontée au problème financier qui ne lui donne pas l’opportunité de répondre aux exigences techniques et technologiques liées à son développement. Comment cette presse évolue-t-elle alors dans cet environnement malgré son handicap ? Quel sont les éléments que nous pouvons tirer de la technologie et qui empêchent le développement de cette presse ? Ces questions feront l’objet de mon prochain billet que je me ferai le devoir de publier dans quelques jours.

Tchakounte Kemayou