Tchad et RCA : les « anti-Balaka » et les « Balakaa » au centre de la discorde à Bruxelles

Le 29 mars 2014, une embuscade tendue par les miliciens « chrétiens » anti-balaka a causé la mort d’un soldat tchadien. En réponse, un détachement tchadien venu au secours a aussi causé la mort d’au moins 24 Banguissois. Voilà la goutte d’eau qui a débordé la vase. Du coup, Human Rights Watch bondit sur la perche pour dévoiler au grand jour les « dérives » de ses 850 hommes (sur les 6 000 que compte la Misca, la force continentale déployée sur place en RCA pour le rétablissement de la paix). Le courroux de l’homme fort de Ndjamena, Idriss Déby Itno (IDI) et partenaire de la France ne va pas tarder à se faire sentir. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères sur les ondes de RFI, Moussa Faki Mahamat, Ndjamena se plaint du « lynchage ».

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Catherine Samba-Panza et Idriss Déby Itno

Qui lynche qui ? Tenez : en 2003 François Bozizé a déchu Ange Félix Patassé grâce à IDI, tout récemment en 2013, Michel Djotodia, figure de proue de la Seleka a aussi eu la grâce de IDI qui a renversé François Bozizé, devenu enfant têtu, en 2014 Michel Djotodia à son tour fut congédié à Ndjamena et remplacé par sa compatriote Catherine Samba-Panza élue à Bangui, chef d’Etat de transition d’une nation à feu et à sang. Celle-ci a-t-elle dépassé IDI qui voulait aussi lui faire subir le même sort que ses prédécesseurs ? C’est fort probable.  Au fait, de quoi IDI a-t-il peur ? Depuis le coup d’Etat contre Hisseène Habré, son trône reste toujours en danger. Toutes les régions du Tchad comptent pratiquement une rébellion. Après avoir fini de corrompre les gars de son clan des Zaghawas qui l’ont aidé à prendre le pouvoir, il ne réussit pas toujours à mettre la main sur les autres rebelles qui lui donnent, chaque jour, des sueurs froides lorsque l’un des pays voisins, plus ou moins proches, est dans la tourmente. Pour preuve, je me rappelle qu’en février 2008, les rebelles du Commandant militaire unifié (CMU) étaient sur le point de déloger IDI qui a eu l’intelligence d’appeler son ange gardien, le président français qui a réagi tout de suite. C’est donc ce qui peut expliquer l’engagement de IDI au Mali et en RCA. Il est devenu donc le partenaire privilégié de la France pour des interventions militaires.

Par l’entremise de la France, IDI devient donc l’homme fort en Afrique pour le maintien de la paix en lieu et place des Nations unies et de l’Union africaine. Voilà donc pourquoi il peut destituer qui il veut et quand il veut. Il n’est plus le président, c’est l’homme fort désormais. Les actes diplomatiques remarqués ces derniers temps rendent bien compte de ce fait. La destitution de Michel Djotodia à Ndjamena, l’escale au Tchad pour rencontrer IDI de Mme Samantha Power, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, après une visite éclair en Centrafrique. Mais aussi et surtout, les soupçons qui pesaient sur Michel Djotodia et son gouvernement provisoire considérés comme des feudataires, le financement des criminels de la Seleka et armés par Ndjamena, et les Tchadiens soupçonnés d’être la Seleka ou des islamistes imposant la charia en terre bantoue ressortent des tiroirs pour accabler IDI. Peut-on ainsi comprendre la colère et la riposte des chrétiens appelés « anti-Balaka » qui ont décidé de chasser… Oui, je dis bien « chasser » les musulmans appelés « Balaka » en RCA ? C’est la réponse  du  berger à la bergère.

Pour le moment, il est certain que Mme Catherine Samba-Panza n’était pas « manipulable » par l’homme fort qui a trouvé une perche pour sortir du bourbier où son partenaire, la France, l’a plongé. Quel gâchis ! diront certains. La décision du retrait a été suivie d’effet à l’immédiat et les 850 hommes se retireront donc progressivement. Bon débarras, donc !

Tchakounté Kemayou

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