Yves Tchakounte

La longue marche de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025 (5/5)

L’année 2025 est la plus tumultueuse de l’opposition comme chaque année électorale. Mais, elle est considérée curieusement comme celle qui augure la recherche d’une coalition incertaine ou qui tarde à arriver. Ayant déjà connu des échecs après sept élections présidentielles, l’opposition ne semble pas trouver la solution magique pour sa huitième participation depuis la présidentielle d’octobre 1992 malgré l’apparition de l’APC et l’ATP. L’année va donc commencer par l’apparition d’une concertation nommée « Le groupe de Douala ». L’actualité politique a été ainsi dominée par Le Groupe de Douala.

L’année 2025 commence avec l’espoir que deux plateformes de l’opposition vont meubler l’actualité politique. Cette actualité sera limitée à la recherche d’un homme providentiel pour l’ATP et d’un renforcement de ses rangs pour l’APC. Celle-ci ayant déjà fait le choix de son candidat, celle-là doit œuvrer pour en trouver un malgré ses batailles internes. Cela reste tout de même le signe que l’ATP n’a pas encore consolidé son leadership au sein des mouvances politiques qui se nouent au fur et à mesure que la pression se faisait sentir.

La naissance du « Le Groupe de Douala »

Jusqu’ici, l’APC était la seule coalition de l’opposition qui faisait la une de l’actualité politique. Fin janvier 2025, plus précisément le vendredi 31 au soir, quatre leaders donc Anicet Ekane, Sam Mbaka, Henriette Ekwe et Abel Elimbi Lobe convoquent la presse et annoncent la création du « Le Groupe de Douala ». C’est à travers un communiqué publié sur les réseaux sociaux que le public a eu connaissance. La première remarque qu’on peut faire d’emblée c’est que son leadership ne regroupe pas des personnes inconnues des Camerounais. Ces quatre leaders font partie des générations qui ont commencé l’Union pour le changement (UPC) depuis la présidentielle de 1992, tout comme Jean Michel Nintcheu et Maurice Kamto.

Comme c’est désormais la coutume, la coalition de l’opposition se basait sur une stratégie de négociation pour la désignation d’un candidat. Cette négociation se fait entre les principaux leaders des partis politiques et de la société civile. En dehors du choix du candidat qui était le point d’achoppement, les discussions tournaient également autour des programmes de gouvernance. Au sein des différentes coalitions créées depuis 1992, les membres étaient considérés comme des potentiels candidats. Mais, Le Groupe de Douala est venu avec une autre stratégie : celle d’aller chercher un candidat ailleurs. Cependant, la légitimité de celui-ci devrait passer par l’acceptation des autres candidats avec qui les discussions ont eu lieu avant.

Le Groupe de Douala s’inscrit ainsi dans la stratégie de médiation entre les potentiels candidats à la présidentielle 2025. L’un des leaders, Anicet Ekane, affirme que cette coalition est la continuité de l’Union pour le changement de la présidentielle d’octobre 1992. A cette époque, Ni John Fru Ndi avait été désigné à l’unanimité comme candidat de l’UPC. Le Groupe de Douala s’inscrit donc dans cette logique. Le 2 mai 2025, dans le premier compte rendu, Le groupe de Douala affirme avoir rencontré les potentiels candidats. On peut citer entre autres Akéré Muna, Maurice Kamto, Cabral Libii, Joshua Osih, Patricia Tomaino Ndam Njoya. Le communiqué qui donne un bilan à mi-parcours ne fait pas ressortir le candidat potentiel. Malgré ces avancées, Le Groupe de Douala continue son bonhomme de chemin.

Le Groupe de Douala sur une corde raide

Une conférence de presse est organisée le 9 mai 2025 au siège du Manidem situé au quartier Deido à Douala par les leaders du Le Groupe de Douala. Ils affirment leur volonté de maintenir la flamme et l’héritage de l’UPC. Comme autre nouveauté, le Pr Aba Oyono, enseignant d’université, fait son entrée dans le groupe. Ces deux sorties du Le Groupe de Douala amènent le public à faire le constat de l’absence de Abel Elimbi Lobe. Deux absences de fait suffisaient pour faire ce constat. Par contre, l’exclusion de Aba’a Oyono à son tour intervient le 4 juin 2025 par un communiqué signé par Anicet Ekané. Cette exclusion a courroucé Sam Mbaka qui a protesté avant de remettre tout en ordre.

Il convient cependant de relever ce qui a causé la pomme de discorde. Les récentes prises de position médiatique de Elimbi Lobe concernant les actions du nationaliste Ernest Ouandié ont obligé ses paires à l’exclure. Il accuse Ouandié d’avoir commis des exactions de pillage et d’extorsions foncières contre les autochtones dans le Moungo pendant les années de luttes indépendantistes de 1945 à 1971. Son exclusion a été constatée seulement lors de ces deux dernières sorties du Le Groupe de Douala. Quant à Aba’a Oyono, on lui reproche d’avoir fait des déclarations de soutien à la candidature de Maurice Kamto, candidat déclaré à la présidentielle. C’était lors du meeting de Paris le samedi 31 mai 2025.

Les candidatures des leaders de l’opposition

Le 11 juillet 2025, le chef de l’État Paul Biya convoque le corps électoral pour le 12 octobre. C’est en ce moment que l’effervescence des candidatures se dépolit au siège national d’Elecam à Yaoundé. Sont également concernés les sièges régionaux où les leaders politiques sont appelés à déposer leur dossier de candidature. Jusqu’à date, aucune coalition de l’opposition n’a encore choisi son candidat sauf l’APC. Pourtant, les candidats à la candidature n’ont que dix jours avant la clôture des enregistrements. Au soir du lundi 21 juillet, Elecam a enregistré 83 dossiers de candidatures au total. Il est maintenant question que le Conseil électoral, organe délibératif, fasse une sélection selon les critères des articles 120 à 125.

Cette flambée de candidatures jamais connue au Cameroun a été la première surprise de cette présidentielle. On pourrait donc conclure que la coalition de l’opposition n’a été qu’un échec. Tous les leaders de l’opposition sont allés en rang dispersé. Mais la particularité est la candidature de Maurice Kamto portée par la coalition APC. Il a été investi par le Manidem après avoir démissionné du MRC. Les raisons de sa démission du MRC et de son adhésion au Manidem sont évidentes : échapper au piège de la nullité du mandat impératif dont l’interprétation est confuse entre le pouvoir RDPC, Elecam et Conseil constitutionnel et une partie de l’opposition (conf article 15 de la Constitution de 1996 et l’article 121 de la loi de 2012 relatif au Code électoral).

Les 26 juillet 2026, Elecam publie la liste provisoire des candidats à la présidentielle du 12 octobre. En conclusion, sur les 83 dossiers de candidatures enregistrées, 70 ont été rejetées. Une autre curiosité de cette présidentielle, c’est l’absence du nom de Maurice Kamto, le principal leader de l’opposition. Les candidatures rejetées ont 48 heures après la publication de la liste provisoire pour déposer leur requête de rejet ou d’acceptation des candidatures. Au total, 35 requêtes ont été enregistrées. Curieusement, l’actualité est dominée par le rejet de la candidature de Maurice Kamto. Le Conseil constitutionnel est donc appelé à dire le droit. Comme un coup de tonnerre, les 4 et 5 août 2025, lors des examens des requêtes de Maurice Kamto, le président du Conseil électoral, Clément Atangana, prononce la sentence irrévocable : « requête infondée ». Maurice Kamto, principale leader de l’opposition et le seul désigné par une coalition, est définitivement écarté de la course. Commence ainsi un autre épisode des alliances qui vont voir le jour comme celle de Le Groupe de Foumban.


La longue marche de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025 (4/5)

Après une coalition ratée pour la présidentielle de 2018, l’opposition tente une plateforme sur la révision du Code électorale. Beaucoup d’observateurs et d’analystes auraient misé sur sa pérennité. Que non. L’actualité politique camerounaise est dominée, après 2018, par le MRC à travers les arrestations et les procès des prisonniers politiques, les campagnes d’inscriptions sur les listes électorales, les requêtes au Conseil électoral et au Conseil constitutionnel pour la publication de la liste électorale et la violation du Code électoral, etc. l’actualité sur la coalition de l’opposition n’apparaît en fin décembre 2023. 

Le décret convoquant le corps électoral pour le 12 octobre 2025 a été signé et rendu public le vendredi 11 juillet 2025 par Paul Biya. Jusqu’à ce jour, plus d’une vingtaine de candidatures des leaders des partis d’opposition ont été déclarées de part et d’autre. La déclaration de la candidature de Paul Biya est intervenue dans la nuit du dimanche 13 juillet. Ces leaders de l’opposition auront donc en face d’eux un homme de 92 ans amoindri par l’âge dont ses thuriféraires ne jurent que par lui.

L’APC veut jouer le match retour de la présidentielle de 2018

La première coalition des leaders des partis politiques de l’opposition est lancée publiquement par le député Jean Michel Nintcheu. Exclut du SDF, il lance sa propre formation politique le Front pour Changement du Cameroun (FCC). C’est lors de la Convention du MRC tenue à Yaoundé les 9 et 10 décembre 2023 que le député annonce la création de l’Alliance Politique pour le Changement (APC). C’est une coalition des leaders des partis politiques de l’opposition de la société civile. Son objectif est de challenger le candidat du RDPC et ainsi renverser la plus vieille dictature du monde. Dans son discours, le candidat de l’APC est déjà connu : Maurice Kamto.

Beaucoup de leaders invités et présents sont désagréablement surpris par cette stratégie. Dans les coulisses, ils n’adhèrent pas à cette stratégie. La raison évoquée est que le choix du candidat d’une coalition ne doit pas se faire sans consulter tous les autres leaders. Pour eux, c’est une grosse surprise et un manque de respect à leur égard. Pourquoi Jean Michel Nintcheu, président par intérim de l’APC, a-t-il choisit cette stratégie ? Pour le député, il est question de prendre le contrepied en devançant tout le monde pour éviter des débats longues et inutiles. Ce choix est fondé sur une raison simple. Son expérience en tant qu’ancien haut cadre du SDF lors des discussions sur le choix du candidat de la coalition des présidentielles précédentes a guidé cette décision. L’égo surdimensionné des leaders et la présence évidente de pseudo-leaders pour le compte du RDPC plombaient les débats et perturbaient la sérénité.

Pourquoi son choix a été portée particulièrement sur Maurice Kamto ? Deux raisons justifient cet adoubement. Premièrement, en dehors de deux qui sont décédés, les huit candidats en lice en octobre 2018 sont encore candidats en octobre 2025. Même si d’autres leaders postuleront, le 12 octobre sera comme le deuxième tour de la présidentielle de 2018. Le candidat de l’opposition, principal challenger de Paul Biya en 2018, c’est bien Maurice Kamto. Il n’y a donc pas meilleur choix que lui pour représenter la coalition. Deuxièmement, Kamto est le leader qui représente la coalition du peuple. Ses sorties publiques sont les plus courues. Sa popularité fait de lui le choix le plus rationnel.

D’autres coalitions, à l’instar de l’ATP, naissent en début 2024

En 2022, deux ans après la défaite aux législatives et municipales du 9 février 2020, une trentaine de partis politiques de l’opposition décident de se réunir. On peut citer entre autres UPA, CFA, JOUVENCE, AFP, MCPSD, MOCI et UFP. L’objectif est de mettre en place une nouvelle stratégie politique de lutte pour la conquête du pouvoir. Cette nouvelle plateforme politique est dénommée « Opposition Unies et Solidaire » (OPUS). A l’intérieur de cette plateforme, plusieurs sous-ensembles ou projet traitant spécifiquement d’un domaine particulier de la vie publique vont naître. Mais ce qui nous intéresse ici c’est le projet dénommé « Alternative Politique ».

Les membres se réunissent pour penser et débattre du mode d’alternance ou d’alternative du pouvoir politique. C’est ainsi que le mode de changement politique est théorisé par le concept de « transition politique ». C’est dans cette lancée que les concertations entre les leaders de partis politiques et de la société civile sont en cours. Les discussions se font dans la discrétion. Le leader de l’Alliance des Force Progressistes (AFP), Cyrille Sam Mbaka, est d’ailleurs pressenti pour diriger l’OPUS. La surprise est apparue juste après la Convention du MRC en décembre 2023 au cours de laquelle l’APC a été lancée. En effet, en réaction à l’appel de Jean Michel Nintcheu, le leader de l’UFP, Olivier Bilé, membre de l’OPUS, réveille le projet de l’Alternative politique et lance l’Alliance pour la Transition Pacifique (ATP).

Cette nouvelle est tombée comme un couperet et ainsi crée le débat sur la problématique de la coalition des leaders des partis politiques au Cameroun. Malgré tout, Olivier Bilé lance des consultations pour rassembler le maximum de leaders politiques et de la société civile autour de l’ATP. L’ATP s’agrandit petit à petit. Evidemment, il y a des leaders qui s’y opposent parce qu’ils ne s’y retrouvent pas. Les raisons avancées est la précipitation avec laquelle Olivier Bilé s’est lancée. L’argument évoqué est que l’ATP est apparue comme une forme de réaction à l’APC. Cette apparition est comme un échec programmé. Il remet au goût du jour ces éternels échecs de l’opposition dans l’unicité des forces pour le changement.

Des rencontres infructueuses d’Olivier Bilé malgré sa détermination

La deuxième sortie d’Olivier Bilé fut le 7 mars 2024 où il dresse son rapport d’étape en publiant la liste des membres de l’ATP. Après des rencontres avec quelques leaders des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile, c’est le moment de dévoiler quelques figures de poids. Il s’agit de la liste des leaders qu’il a rencontré et qui ont accepté de cheminer avec l’ATP. L’objectif de cette sortie est de montrer l’engouement populaire que prend l’ATP. Beaucoup de leaders s’opinion et politique ont affirmé avoir décliné l’invitation. On peut citer entre autres Hilaire Kamga, Henriette Ekwe, Anicet Ekané, Elimbi Lobe. Olivier Bilé déclare également avoir reçu Joshua Osih, leader du SDF et Cabral Libii, leader du PCRN.

La surprise vient de l’évocation du nom du leader séparatiste anglophone Ayuk Tabe, qui purge une peine de prison à vie à Kondengui pour sécession. Les grands absents des rencontres d’Olivier Bilé sont Maurice Kamto, leader du MRC et Jean Michel Nintcheu, leader du FCC, par ailleurs président par intérim de la plateforme APC. On peut remarquer cette volonté d’Olivier Bilé de nouer des relations avec l’APC. Mais cela va s’avérer infructueux pour des raisons d’incompatibilité idéologique et de stratégie politique. C’est justement pour cette raison que plusieurs leaders avaient d’ailleurs décliné cette offre de l’ATP.

Pomme de discorde autour du projet « Alternative Politique »

Pendant plus d’un an, la posture de l’ATP a été vertement mise en cause. Le principal reproche que les uns et les autres font à cette plateforme, c’est le fait d’évoquer la transition. Au fait, comment peut-on postuler pour la thèse de la transition dans un pays où il n’existe pas de crises institutionnelles. Nkou Mvondo, le leader du parti UNIVERS, a d’ailleurs mis au goût du jour cette incohérence qui a milité pour son refus à y adhérer. Nkou Mvondo révélait d’ailleurs dans un entretien sur CAM10 TV avoir eu une discussion avec Olivier Bilé qui avait affirmé que la transition devrait se faire avec Paul Biya.

Autrement dit, les leaders des partis politiques de l’opposition doivent imposer une transition à Paul Biya, déjà épuisé par l’âge. Il faut donc penser à entrer dans le gouvernement de transition avec Paul Biya au soir de sa vie et préparer ainsi l’alternance tant revendiquée. Pour Olivier Bilé la seule stratégie de renverser cette dictature est de la combattre de l’intérieur. Malgré la persistance de cette stratégie qui démontre ses limites, Nkou Mvondo affirme avoir fait changer d’avis à Olivier Bilé. Ces critiques ont valu la modification de cette stratégie pour passer à un gouvernement de transition sans Paul Biya.

La véritable décrépitude de l’ATP est la pomme de discorde qui marque le divorce entre deux leaders. Célestin Djamen à Djeukam Tchameni, se crêpent le chignon. Dans un communiqué signé le 22 novembre 2024, Djeukam Tchameni, Porte-parole de l’ATP, annonce un point de presse en sa qualité de « Porte-parole » de l’ATP. Le communiqué annonce par ailleurs la tenue des primaires dans les jours qui viennent. L’objectif est d’élire le leader candidat à la présidentielle pour le compte de l’ATP. Ce que Célestin Djamen conteste à son tour dans un communiqué le 27 novembre. Cet épisode de tirs groupés marque malheureusement la fin et la mort de l’ATP. Elle ne fera plus aucune sortie jusqu’à la convocation du corps électoral le 11 juillet 2025. Entre temps, l’APC et le Groupe de Douala nouvellement créé ont meublé l’actualité en 2025.


Péripéties de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025 (3/5)

La coalition de l’opposition de 1992 à 2011 n’a toujours pas donné satisfaction malgré la popularité de John Fru Ndi. Son remplaçant, Joshua Osih n’a pas jusqu’ici relevé le défi. La plateforme créée par sept partis politiques de l’opposition n’a été qu’éphémère. Malgré cette défaillance, quelques leaders, bien que connu auparavant, ont émergé. Ce nouveau leaderchip va-t-il tenir la promesse des fleurs ?

Le leaderchip politique en 2018 est dominé par quatre personnes

La majorité des leaders en compétition lors des présidentielles de 2004 et 2011 ont décidé de se mettre en retrait. A défaut d’une coalition, l’opposition compte quand même des têtes fortes qui se démarquent depuis quelques mois. Quatre leaders en particulier sortent du lot. Nous pouvons citer le plus célèbre d’entre eux, Maurice Kamto du MRC. Il construit sa personnalité autour d’un programme à la fois social et libéral. C’est le résultat d’un séjour au sein du gouvernement où il a passé sept ans. Il démissionne en fin 2011 et devient président de son parti légalisé et lancé en 2012. Homme de droit et avocat au barreau de Paris, il développe une proximité avec son peuple en se familiarisant avec ses souffrances.

Après une campagne rude sur les inscriptions sur la listes électorales, Cabral Libii Li Ngue Ngue est connu grâce au mouvement « 11 millions d’inscrits » qu’il crée en 2017. Son objectif c’est de booster les inscriptions sur les listes électorales après le constat d’un électoral assez morose. Il commence sa carrière politique sur les chapeaux de roue. Il sera investit sur la bannière du parti politique UNIVERS dont Nkou Mvondo en est le président.

Mais un troisième leader se démarque également : Akere Muna. Avocat au barreau du Cameroun et ancien président de l’ONG Transparency International, il construit sa popularité autour de la lutte contre la corruption et l’amélioration de la santé financière. Deux jours avant le scrutin, Akere Muna annule sa candidature au profit d’une coalition avec Kamto. Comme quatrième leader, Joshua Osih qui se positionnait comme le challenger de Paul Biya après la mort de John Fru Ndi, a appris à ses dépens.

Une tentative de coalition désespérée à la présidentielle de 2018

L’opposition n’a particulièrement pas eu un bouleversement en 2018. Bien que l’actualité concernant la coalition des leaders des partis politiques de l’opposition ait retenu l’attention de l’opinion, aucune lueur d’espoir n’a été aperçu. La mobilisation la plus remarquable fut celle du leader du MRC, Maurice Kamto. Dans une prise de parole à la question de savoir si l’on peut espérer une coalition pour la présidentielle du 7 octobre 2018, il donne une réponse qui fait apparaître une lueur d’espoir. Il avoue alors avoir fait la démarche en allant rencontrer individuellement et personnellement chacun de ses paires leaders de l’opposition. Malheureusement, ces rencontres n’ont été que des déceptions.

Les résultats de la présidentielle viendront mettre chacun à sa place. Malgré la victoire revendiquée par Kamto après une rude bataille au Conseil constitutionnel dans un contentieux postélectoral, Paul Biya est déclaré vainqueur avec 71,28%. Maurice Kamto arrive en deuxième position avec 14,23% et Cabral Libii vient en troisième position avec 6,23%. Pour la première fois depuis la retraite programmée de Fru Ndi, le SDF se retrouve au bas des scores avec Joshua Osih, candidat. Il est quatrième avec 3,35%. C’est le score le plus médiocre de l’histoire du parti à la présidentielle.

Le contexte politique postélectoral de la présidentielle de 2018

Après la présidentielle de 2018, Maurice a appelé les Camerounais à des manifestations de contestation des résultats en janvier 2019. Les villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Dschang et Bangangté ont été particulièrement touchées. Ces manifestations ont coûté un emprisonnement de neuf mois au leader du MRC et plus d’un demi-millier de manifestants. D’autres manifestations sont organisées par le vice-président Mamadou Mota le 1er juin 2019 au cours desquelles les manifestant sont encore arrêtés. Après une mutinerie à la prison de Kondengui le 22 juillet 2019, Mota et une centaine de prisonniers ont été condamnés me 9 septembre 2019 à 18 mois d’emprisonnement.

Maurice Kamto et plusieurs manifestants, en cours de procès kafkaïen, sont libérés le 5 octobre 2019 par ordre de la présidence de la République. Sont exclus de la liste des prisonniers à libérer, ceux déjà condamnés comme Mamadou Mota. Le 9 février 2020, les élections législatives et municipales ont eu lieu. Le MRC a choisi de les boycotter. A cet effet, on a frolé une abstention record de 56,21% jamais réalisée au Cameroun. D’autres manifestations organisées par le MRC ont lieu le 21 septembre 2020 pour protester contre la mise à résidence surveillée de Kamto. Quelques leaders du parti, Bibou Nissack Alain Fogué (pour la deuxième fois) et une trentaine de manifestants sont arrêtés. Le 27 décembre 2021, ils ont été condamnés pour 2, 5 et 7 ans d’emprisonnement

La Plateforme des partis politiques pour la révision du code électoral

La bataille de l’opposition ne se limite pas seulement aux manisfestations du MRC. C’est dans un tel contexte d’intimidations et de répression des leaders, militants et sympathisants du MRC que quelques leaders de l’opposition décident de se réunir. Comme son nom l’indique, une coalition de 7 leaders des partis politiques appelée Plateforme est mise en place au siège de l’UDC le 31 mars 2021. L’objectif de cette réunion tenue secrète pour des raisons sécuritaires, porte sur une proposition de loi relative à la révision du code électorale de 2012.

Il s’agit ici pour les 4 partis politiques présents à l’Assemblée nationale, d’adopter une proposition de loi à soumettre à l’Assemblée nationale après avoir fait par au président de la République. Pendant plusieurs mois, le secrétariat de la plateforme reçoit des suggestions sur les différentes modifications du code électoral. Tous les Camerounais qui le désirent, en dehors des partis politiques de la plateforme, étaient appelés à envoyer leurs propositions. A priori il ne s’agit donc pas d’une coalition en vue de désigner un candidat de l’opposition. Mais, c’était quand même des prémisses.

Les prémisses d’une coalition pour la présidentielle de 2025

Beaucoup d’observateurs avaient parié sur la pérennité de ce projet de plateforme, hélas ! c’est justement au cours de la publication du document final qu’on a observé quelques désistements. Le 24 novembre 2021, l’hôtel Hilton de Yaoundé avait été réquisitionné pour accueillir la conférence de presse sur la publication officielle de ce document final. Parmi les 7 leaders appartenant à la plateforme, certains avaient manqué à l’appel malgré l’interdiction de la conférence de presse par le sous-préfet de Yaoundé 1. Parmi les leaders absents, Cabral Libii a été longuement cité et critiqué.

Depuis ce rendez-vous manqué, on n’a plus parlé de cette plateforme. C’est après un échange de quelques minutes entre et Paul Biya et la présidente de l’UDC, lors de la présentation des vœux le 10 janvier 2025, que l’opinion s’est enflammée. Patricia Tomainou Ndam Njoya a, dans un communiqué du 14 janvier 2025, révélé la teneur de cet échange. Il était donc question de rappelé à Paul Biya qu’une proposition de loi relative à la modification du code électoral avait été soumise à son attention, pas plus que ça. À ce jour, aucune suite.


Péripéties de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025 (2/5)

Après la coalition forte de la présidentielle de 1992, l’opposition n’en a pas connu en 1997. Celle-ci a renoué avec sa volonté de faire une coalition pour la présidentielle de 2004 et 2011. L’opposition a toujours connu des difficultés à pouvoir trouver un consensus dans le choix d’un leader idéal. Notons ici que John Fru Ndi, président du SDF, reste toujours le leader le plus populaire. Pourquoi ne réussit-il plus, après 1992, à faire l’unanimité ?

La mise en place d’une coalition de l’opposition en 2004

La présidentielle du 11 octobre 2004 a connu beaucoup de déboires. Le Cameroun reste toujours à la recherche d’un consensus de l’opposition favorable à une candidature unique. Après le jeu trouble de Bello Bouba en 1997, les leaders de l’opposition se méfient désormais de lui. D’ailleurs, après la signature de l’alliance RDPC/UNDP, le président national de l’UNDP opte désormais pour la mise en berne de sa candidature au profit de Paul Biya. Avec le RDPC, l’UNDP est dans une coalition appelée « majorité présidentielle ». Il rejoint ainsi le MDR qui est là depuis 1992 après les législatives de mars de la même année.

Le leader du SDF, John Fru Ndi compte rééditer l’exploit de 1992 et ne lâche rien. Après le boycott de 1997, le SDF et quelques partis de l’opposition rêvent encore d’une coalition de l’envergure de l’UPC de 1992. Ainsi, une coalition des leaders des partis politiques de l’opposition naît en 2003 : Coalition Nationale pour la Réconciliation et la Reconstruction (CNRR). Les leaders les plus connus de la scène politiques en sont membres. On peut citer entre autres John Fru Ndi, Adamou Ndam Njoya, Issa Tchiroma Bakari.

Ayant en son sein plusieurs partis politiques, la coalition adopte une « plateforme commune de gouvernement ». Ils semblent être en accord parfait. Des comités de travail sont créés. Des stratégies sont aussi élaborées au cours des réunions. Après plusieurs meetings et rencontres, le 18 août 2004, cinq membres de la commission stratégie de la CNRR se réunissent et adoptent quinze critères à remplir en cas de mésentente pour être le challenger de Paul Biya.

Akame Nfoumou surpris par sa candidature de la coalition

Le 11 septembre 2004, John Fru Ndi reçoit, lors d’un congrès extraordinaire, l’investiture de son parti. Cette investiture lui permet ainsi de représenter le SDF au CNRR pour la candidature de la coalition. Des tractations ont commencé et des noms circulent comme candidat de la coalition. Curieusement, même des personnes ne faisant pas partie de la coalition sont évoquées. Comme une traînée de poudre, une folle rumeur balança le nom de Edourd Akame Nfoumou comme proposition pour une candidature de la coalition.

Ancien ministre de la défense et ministre de l’économie et des finances, Akame Nfoumou quitte le gouvernement en 2001 et se retire dans ses plantations dans son village à Ndonko dans son Sud natal. Membre du parti au pouvoir et présenté à l’époque comme dauphin potentiel de Paul Biya, il est choisi par les leaders de la coalition pour des raisons un peu floues. Devant les arguments peu convaincants de Sindjou Pokam, membre de la coalition et appartenant à la société civile, ce choix a été rejeté par la majorité. Akame Nfoumou avait d’ailleurs démenti avoir sollicité une quelconque candidature de la coalition.

La dislocation de la CNRR et la victoire en solitaire de Fru Ndi

Après des rudes discussions les 13, 14 et 15 septembre 2004, les dix membres composant le panel de la coalition pour la désignation du candidat posent leur choix sur Adamou Ndam Njoya. Il obtient la note de 15 sur les 15 critères convenus. Il devance ainsi Sanda Oumarou (12/15), John Fru Ndi (11/15) et Marcel Yondo (10/15). Devant ce choix qui lui est défavorable, Fru Ndi, rage de colère, claque la porte de la coalition. Le 15 septembre John Fru Ndi, Ndam Njoya et Paul Biya déclarent chacun leur candidature. Ainsi prend fin une candidature de coalition de l’opposition tant attendue.

Les résultats de la présidentielle de 2004 classent Paul Biya vainqueur avec 70,72% et son suivant John Fru Ndi obtient 17,4%. En troisième position vient alors Ndam Njoya qui obtient 4,48%. On peut déjà conclure à un échec de la coalition. Ces résultats ont donc l’avantage de nous apprendre deux leçons. Premièrement, il n’appartient pas à la coalition de choisir le candidat qui le représentera. Deuxièmement, la coalition doit se faire autour du leader le plus populaire. Autrement dit, c’est le peuple qui choisit son leader ou son candidat. C’est ce qu’on appelle la coalition du peuple.

La révision constitutionnelle de 2008 sur fond de crise

La présidentielle du 9 octobre 2011 a eu un record de 23 candidats, un nombre impressionnant que le Cameroun n’avait pas encore enregistré jusqu’ici. Malheureusement comme en 1997, il n’y a pas eu aucune coalition. Il faut faire un retour en arrière pour comprendre les véritables raisons de ce qui apparaissait comme une décrépitude de l’opposition. Il est nécessaire de préciser d’entrer de jeu que les échecs des coalitions de 1992, de 1997, de 2004 n’ont pas facilité les choses. Et plus, l’opposition semble ne pas avoir retenu les leçons de 2004.

La coalition des leaders des partis politiques de l’opposition n’a même pas été d’actualité. On a ressenti un certain découragement et une déception. Cette déception est liée au mouvement de la « vie chère » de février 2008. En effet, une rumeur sur la modification de la constitution de 1996 issue du consensus appelé « Tripartite » (dialogue entre trois parties : parti politique au Pouvoir, partis politiques de l’opposition et société civile) a parcouru toute la république. Selon ce consensus, le mandat présidentiel est de 5 ans renouvelable une fois. Cette disposition est entrée en vigueur en 1997.

La démotivation de l’opposition à la présidentielle de 2011

Après avoir été élu le 12 octobre 1997, le dernier mandat de Paul Biya commençait après sa réélection à la présidentielle du 11 octobre 2004. Le peuple camerounais avait donc fondé son espoir en croyant à une alternance en 2011. Malheureusement, cette révision constitutionnelle d’avril 2008 viendra changer la donne. Elle stipule, en son article 6 (2) que « Le président de la République est élu pour un mandat de sept (7) ans. Il est rééligible ».

La démotivation de l’opposition n’a même pas permis à une coalition de jeunes appelée Nouvelle Opposition Camerounaise (NOC) de perdurer. À peine elle a fait une sortie le 23 février 2011 en commémoration des émeutes de février 2008. La victoire de Paul Biya avec 77,99% est sans surprise. L’opposition, incarnée par son leader charismatique John Fru Ndi s’en sort avec 10,71%. Cette constance de la deuxième place qu’a John Fru Ndi est la preuve qu’il est et reste, depuis 1992, le leader le plus populaire de l’opposition. Qu’en sera-t-il pour la suite ?


Péripéties de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025 (1/5)

La coalition des leaders des partis politiques de l’opposition refait surface au Cameroun. Depuis la démission du gouvernement et la déclaration de candidature de deux ministres de l’opposition, cette option est remise sur la table. Ce qui choque le plus l’opinion c’est justement ce sentiment d’inachevé. Depuis 1992, ce sont les mêmes scénarios avec pratiquement les mêmes acteurs. Les leaders politiques semblent s’entendre pour répéter les mêmes scénarios chaque année électorale. Mais que dit le peuple dans tout ça ?

Cette série comprend cinq articles qui font le tour de la question concernant les difficultés que rencontre l’opposition pour renverser la dictature depuis le discours de La Baule. Nous diffuserons un article au fur et à mesure. Cette série va donc s’achever au cours du mois d’août prochain.

Malgré les échecs, pourquoi l’idée de la coalition resurgit-elle ?

L’actualité camerounaise est dominée depuis le début de l’année par l’élection présidentielle d’octobre prochain. Mais ce qui défraie le plus la chronique c’est la démission du gouvernement des ministres de l’emploi et de la formation professionnelle Issa Tchiroma Bakary le 23 juin 2025 et de Bello Bouba Maigari, qui a souhaité garder le silence sur la date. Après sa démission, dans une longue lettre de profession de foi au Camerounais le 25 juin 2025, Issa Tchiroma a déclaré sa candidature à la présidentielle du 12 octobre 2025. De son côté, Bello Bouba Maigari, ministre d’État chargé du tourisme et des loisirs, a reçu l’investiture après une rencontre du comité central de son parti le 28 juin 2025.

Tous les deux candidats sont présidents de leur politique respectif à savoir, le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) et l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP). Issa Tchiroma commence sa carrière politique en 1992 comme ministre du transport. Quant à Bello Bouba, il commence en 1982 comme premier ministre. Avant que ces deux hommes politiques démissionnaires du gouvernement ne fassent la une des journaux, les rumeurs couraient déjà sur leur probable démission et/ou candidature à la présidentielle. Leur démission, suivit de l’annonce de leurs candidatures, marque leur entrée dans l’opposition. Ils ont commencé à nouer des discussions avec des autres leaders de l’opposition. L’idée d’une probable coalition commence à germer avec ces anciens dinosaures de la politique camerounaise.

Cette série d’articles est une sorte de rétrospective de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025. C’est une sorte d’anthologie qui revient sur des bribes ou des points saillants de la longue marche de la coalition des leaders des partis politiques de l’opposition. L’intérêt ici est de juger le bien-fondé d’une coalition à partir des démarches et des stratégies mises en place par des acteurs. C’est le passage obligatoire pour parvenir à avoir un candidat idéal. Ce candidat doit donc être issu d’un consensus et porteur d’aspiration commune dont la légitimité populaire ne souffre d’aucune contestation. Depuis le retour au multipartisme en 1990, Paul Biya a toujours remporté la présidentielle. Le 12 octobre 2025, il sera à sa 8e mandature après 43 ans de pouvoir absolu. Pourquoi tant d’échecs de l’opposition et que peut-on espérer d’elle le 12 octobre prochain ?

Le retour au multipartisme après 24 ans d’interdiction

Pour comprendre l’histoire de la coalition des leaders des partis politiques de l’opposition, il est nécessaire de donner un aperçu des événements des années 1990-1991. En effet, le Cameroun traverse une période de crise sociopolitique marquée par des mouvements de contestations généralisées à la suite du discours de la Baule-Escoublac du 20 juin 1990. Des velléités de liberté prennent corps et obligent un retour au multipartisme tant redouté depuis la gouvernance de l’ancien régime d’Ahmadou Ahidjo depuis 1960. Depuis le retour au multipartisme et l’organisation des élections pluralistes, l’opposition institutionnelle est à la recherche des voix et moyens pour renverser la dictature néocoloniale héritée par Paul Biya depuis 1982.

L’une des expériences de la coalition des leaders des partis politiques de l’opposition la plus réussie est celle d’octobre 1992. L’instauration du régime du parti unique intervient en 1966 par Ahmadou Ahidjo, ancien président de la République. Et l’Union Nationale Camerounaise (UNC) devient ainsi le parti unique. Dans un contexte nourri par le discours de La Baule, Paul Biya promulgue la loi 90/056 du 19 décembre 1990 et réinstaure le multipartisme. Comme une trainée de poudre, plusieurs partis politiques naissent à la volée.

En dehors de l’UNC créé en 1958 qui est par ailleurs devenu le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) en 1985, d’autres voient le jour. Nous pouvons citer entre autres l’Union des Populations du Cameroun (UPC) créé en 1948 et qui reviens et légalisé en 1991 ; le Social Democratic Front (SDF) en 1990 ; l’Union Démocratique du Cameroun (UDC) créé en 1991 ; l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP) créé en 1991 et le Mouvement pour la Défense de la République (MDR) créé en 1991.

La trahison du MDR après les législatives de 1992

Ce retour au multipartisme a entraîné la création de plus de 300 partis politique à ce jour. Au-delà de la multiplicité de ces formations politiques, il se pose quand même la question de leur légitimité ou de leur ancrage territorial et populaire. A peine créés, ces partis politiques sont appelés à affronter le choix des électeurs à partir de 1992. Depuis 1990, le SDF s’illustre particulièrement par ses sorties très courues à travers tout le territoire national. Son leader John Fru Ndi, charismatique, construit sa popularité grâce à sa proximité humaine et son programme de rupture.

Malgré cette jeunesse, les partis politiques doivent affronter le poids lourd qu’est le RDPC. A cette époque, le Cameroun vient de traverser une période de crise sociopolitique avec les manifestations de villes mortes. Le Cameroun est ainsi paralysé par les mouvements sociopolitiques évoqués plus haut. Le SDF exige une certaine clarification du jeu démocratique avant la tenue des élections pluralistes. Face au refus du pouvoir, le SDF boycotte les premières consultations électorales qui ont eu lieu le 1er mars 1992. C’était alors des législatives et municipales.

A l’Assemblée nationale, sur les 180 sièges, le RDPC, parti au pouvoir n’a obtenu que 88. Ce qui fait des partis politiques de l’opposition la majorité avec ses 92 sièges (UNDP 68, UPC 18 et MDR 6). Pour éviter de perdre l’affront, le RDPC sollicite le MDR pour former un groupe parlementaire. L’opposition perd ainsi les 6 sièges du MDR se retrouve donc minoritaire avec 86 sièges.

La victoire revendiquée de l’Union Pour le Changement de 1992

Lors de la présidentielle du 11 octobre 1992, le SDF décide néanmoins de revenir sur sa décision. La nécessité de former un bloc populaire pour affronter le candidat du RDPC se fait sentir. Les manifestations des villes mortes qui ont endeuillé plusieurs familles ont tout de même permis de découvrir le charismatique John Fru Ndi qui faisait presque l’unanimité dans l’opinion. Un mouvement de coalition des forces de l’opposition appelé Union pour le Changement (UPC) est créé. Il est composé des partis politiques et de la société civile.

De par sa popularité légendaire, John Fru Ndi fut donc le choix consensuel de tous pour conduire la candidature de l’UPC en octobre 1992. Les principaux poids lourds qui n’ont pas adhéré au mouvement furent les leaders de l’UNDP, Bello Bouba et de l’UDC, Adamou Ndam Njoya. Il faut préciser que le choix de Fru Ndi était unanime pour une simple raison : il est le leader politique le plus populaire, le choix du peuple, le leader de l’opposition dont la cote de popularité était en pole position compte tenu de l’opinion qui lui était nettement favorable.

Les résultats de cette présidentielle du 11 octobre 1992, sont contestés par l’ensemble de la classe politique camerounaise. Ils ont confirmé cette position du leadership de John Fru Ndi. Le candidat du SDF, candidat de l’UPC, qui a obtenu 35,97% contre 39,98% pour Paul Biya. Les analystes postulent par hypothèse que si les autres candidats de l’opposition tels que Bello Bouba et Adamou Ndam Njoya avaient renoncé à leur candidature en faveur de Fru Ndi pour affronter Paul Biya, le score obtenu par Fru Ndi aurait été meilleur et aurait également garanti certainement la victoire de l’opposition. D’autres hypothèses, révélées par certains acteurs (Albert Dzongang, par exemple) qui étaient au cœur du système, postulent la thèse de la machinerie politique pour la défaite de Fru Ndi.

Le jeu trouble de Bello Bouba dans le boycott de 1997

Les présidentielles du 12 octobre 1997 se passeront sans la participation du SDF qui a choisi une fois de plus de boycotter les élections. On note également l’absence de la candidature de Bello Bouba, l’autre poids lourd de l’opposition. En fait, Bello Bouba a choisi une coalition avec le RDPC, parti au pouvoir. Entre les deux partis, il existe une alliance appelée « Plateforme gouvernementale » signée après le scrutin en novembre 1997. On comprend donc aisément l’absence de Bello Bouba à cette présidentielle de 1997. L’opinion sera donc fixée sur le sort de l’UNDP pour les prochaines échéances électorales.

Le boycott du SDF à cette élection se fait ressentir. Avec un score de 92,57% des voix, Paul Biya est largement réélu pour la quatrième fois. La curiosité ici reste de savoir les raisons du boycott du SDF à cette élection. Tout porte à croire que John Fru Ndi a joué le jeu de Bello Bouba. Le leader de l’UNDP s’insurge contre l’organisation approximative des élections. Bello Bouba et Fru Ndi acceptent de boycotter la présidentielle.

La coalition qui devrait en principe avoir lieu a été ainsi vouée à l’échec. Bello Bouba en fin limier avait conçu son plan de boycott avec la complicité de Paul Biya. Le pouvoir avait peur de revivre l’épisode du 11 octobre 1992 où l’écart qui le séparait de l’opposant était de 4 points seulement. Bello Bouba a ainsi joué un jeu important dans la consolidation de la victoire du Paul Biya en incitant Fru Ndi à commettre l’erreur fatale. La signature de l’alliance entre le RDPC et l’UNDP est donc la conséquence de cette éclatante victoire de Paul Biya et la récompense à son ami Bello Bouba qui bénéficie de l’entrée au gouvernement jusqu’à sa démission de 2025.

Après cette montée fulgurante des années 1990, les années 2000 ont également connu des partis de poids louds. Nous pouvons citer entre autres le Parti Camerounais pour la Réconciliations Nationale (PCRN) créé en 2003 ; le Front du Salut National Camerounais (FSNC) créé en 2007 ; le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) créé en 2012. À suivre dans le prochain Article.


Que cache le projet ONU-Elecam ?

Une polémique envenime l’opinion camerounaise sur le partenariat signé entre le système des Nations Unies au Cameroun (ONU) et Elections Cameroon (Elecam).  Elle naît à la suite du silence ou de l’absence de communication sur la nature et le contenu du partenariat signé dans le secret le plus absolu entre les deux organismes. Dans un contexte électoral tendu, c’est un silence qui interroge les acteurs du processus électoral tels que les partis politiques et la société civile. Les échanges épistolaires entre les deux organismes se déroulent respectivement sur leur compte Facebook officiel.

Le 10 mai 2025, sur la page Facebook d’Elecam, on peut lire l’information en exclusivité selon laquelle Elecam et l’ONU sont désormais en relation dans un projet d’assistance. La publication est formulée de la manière suivante : « En vue de l’organisation des élections inclusives, crédibles et apaisées au Cameroun, Elections Cameroon et les Nations Unies ont procédé à la signature du projet d’assistance technique des Nations unies au cycle électoral 2025-2027 au Cameroun. C’était hier, 09 mai 2025 à l’Hôtel Mont Fébé ». Elecam informe donc les Camerounais avoir, signé le 9 mai 2025 ; un « projet d’assistance technique des Nations unies au cycle électoral 2025-2027. » Aucun détail n’est précisé en dehors de cette information sommaire.

Première publication du MRC

Le 14 mai 2025, Maurice Kamto, le président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), réagit également sur sa page Facebook. Cette réaction est plus une surprise qu’un satisfecit. Il dénonce la mise à l’écart des partis politiques dans la mise en place d’un tel projet. Les partis politiques étant des acteurs du processus électoral, il est important que tout accord d’association d’une tierce personne dans le but d’intervenir dans tout processus électoral ne doit pas se faire en marge de la collaboration de tous les acteurs impliqués. « Est-il besoin de rappeler que si ELECAM a compétence pour organiser les élections, il ne peut y avoir d’élection sans les partis politiques qui présentent les candidats ? » s’interroge le Secrétaire général du MRC.

Dans cette sortie du Secrétaire général, on apprend que deux rencontres ont eu lieu avec le système des Nations unies et les partis politiques. La première s’est tenue le 10 juillet 2024 avec une mission du PNUD (organe onusien) et le 7 août 2024 avec le Haut-commissaire des Droits de l’Homme à Yaoundé. Au cours de ces rencontres, l’Onu a pris connaissance, à travers les représentants du MRC, des « actes de répression et autres entraves à la démocratie ». Deux acteurs majeurs coupables de ces exactions ont été indexés : le gouvernement camerounais et Elecam.

A travers cette signature, il apparaît clairement que l’Onu a pris fait et cause les responsables de ces exactions. Ainsi, le MRC considère que « l’ONU apporte sa caution à l’un des régimes les plus répressifs et antidémocratiques du continent, qui a pris les populations camerounaises en otage. En faisant un tel choix, l’ONU engage son entière responsabilité dans les fraudes préélectorales, électorales et post-électorales qui pourraient travestir les résultats de la prochaine élection présidentielle au Cameroun ».

L’existence d’une coopération à contenus mystérieux

Le 15 mai 2025, Elecam fait une autre sortie et confirme l’information diffusée le 10 mai par un communiqué publié également sur sa page Facebook. Il apporte plus de précisions sur la signature de ce projet d’assistance technique dans un « communiqué radio presse ». On apprend que c’est un projet qui s’inscrit dans le cadre de la « coopération entre le Cameroun et le système des Nations unies… en vue de l’organisation d’élections démocratiques ». C’est tout un cycle qui va couvrir les élections au Cameroun, de 2025 à 2027 notamment la présidentielle, les législatives, les municipales et les élections des conseillers régionaux. On découvre également que c’est un « projet d’assistance technique électorale destinée à promouvoir un environnement paisible avant, pendant et après les élections ».

Plus loin, le communiqué radio presse confirme les révélations du MRC. Cette signature est donc l’aboutissement d’un long processus de consultations au cours d’une mission d’évaluation dépêchée au Cameroun par le Secrétaire général des Nations unies du 1er au 12 juillet 2024. A la fin de cette mission des Nations unies, des recommandations à la suite des consultations avec les institutions étatiques clés, les partis politiques et les parties prenantes impliquées dans le processus électoral au Cameroun ont été émises. L’objectif de l’assistance technique électorale est donc clairement défini comme « mettre son expertise électorale avérée au service des États membres ». Le communiqué radio presse nous apprend également qu’une autre mission, celle de l’Union africaine séjourne au Cameroun du 12 au 17 mai. Ici, l’objectif n’a pas été clairement spécifié malgré la précision sur une « possibilité de coopération électorale ».

Deuxième publication du MRC

Le 22 mai 2025, le MRC revient à la charge et accuse Elecam et le système des Nations unies au Cameroun de garder le mystère sur le contenu de ce projet. Il s’indigne d’ « un Communiqué qui reste volontairement silencieux sur les termes de la Convention entre ELECAM et l’ONU. Autrement dit, malgré ce Communiqué, nous ne sommes toujours pas informés du contenu de la Convention signée le 9 mai 2025. » Pour le moment, il est impossible de savoir le contenu de ce projet, même par des sources informelles. Cette inquiétude du MRC se fonde sur l’intention désormais manifeste d’écarter les parties prenantes d’un projet dans un processus électoral.

S’il a pour objectif de garantir une élection démocratique, pour quels intérêts ce projet doit-il être un secret au point de cacher son contenu ? Il y a lieu ici de faire preuve de prudence d’autant plus que l’intervention de l’Onu en Afrique n’a pas toujours été signe de garantir la paix. La guerre civile de 2010 en Côte d’Ivoire est l’exemple le plus significatif de cette coopération foireuse. Concernant l’Union africaine, la dernière saisine de la Commission des droits de l’homme et des peuples par le MRC, une institution de l’Union africaine, date du 19 janvier 2019 à la suite d’un contentieux électoral né de la contestation des résultats de la présidentielle du 7 octobre 2018. Cette plainte est restée lettre morte. Le président du MRC aura-t-il des raisons de donner sa caution à une institution panafricaine qui reste incapable de résoudre un conflit politique dans un pays ?

Les conséquences de cette coopération onusienne

Le 24 mai 2025, Maurice Kamto se pose la question de l’opportunité du système onusien de s’intéresser particulièrement aux élections de la période 2025-2027. En effet, son absence de la présidentielle d’octobre 2018 et les élections couplées des législatives et municipales de février 2020 intrigue. Si cette période de 2025-2027 est considérée comme cruciale pour l’Onu, celle de 2018-2020 l’était encore plus. La raison de son absence est bien connue.

Il nous souvient qu’en 2018 le système des Nations unies et l’Union européenne avaient souhaité envoyer les observateurs au Cameroun dans le cadre de la présidentielle. C’est justement le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) qui s’était opposé. Curieusement, dans un reportage de la chaîne de télévision national (CRTV) on a assisté à une conférence de presse des observateurs électoraux de Transparency International. L’ONG, mise au courant, a démenti avoir envoyé les observateurs au Cameroun. Il s’est donc avéré que le parti au pouvoir a fait venir des individus étrangers pour les faire passer pour les observateurs envoyés par l’ONG. L’objectif, on peut s’en douter, était de légitimer, par une organisation internationalement reconnue, des forfaitures électorales.

Quatrième publication du MRC

Le 28 mai 2025, le dernier communiqué du principal parti de l’opposition vient clôturer cet échange épistolaire. En effet, le président Kamto conclut que « la Convention signée le 9 mai 2025 entre l’Organisation des Nations Unies (ONU) et ELECTIONS CAMEROON (ELECAM) engage la responsabilité de l’ONU auprès du Peuple Camerounais au cours du cycle électoral 2025-2027 ». Le MRC considère que le projet d’assistance entre le système des Nations unies et Elecam a été scellé par une « signature en catimini ». Comme pour rappeler à l’instance onusienne que sa responsabilité dans les dérives et les manquements constatés au cours de cette période électorale sera engagée.

Pour terminer, Maurice Kamto cite quelques griefs dont l’instance onusienne a été mise au courant lors de sa mission en 2024 mentionnée plus haut. Entre autres, le refus délibéré du RDPC, parti au pouvoir de faire le consensus entre les partis politiques de l’opposition et la société civile sur le code électoral, principal objet des crises électorales depuis les élections multipartites en 1992. Le paradoxe est de constater que, même le code électoral en vigueur depuis 2012, malgré les griefs relevés pour ses incongruités, est allègrement violé par les institutions chargées de les appliquer, à savoir : le Conseil électoral d’Elecam et le Conseil constitutionnel.

Le système des Nations est mis au courant de toutes ces dérives et il se garde de se prononcer pour des raisons que lui seul connaît. Comment se fait-il qu’après tant de griefs, il ne trouve aucune gêne pour signer un « projet d’assistance technique électorale » avec Elecam à l’insu des partis politique qui l’ont pourtant alerté ? En tout état de cause, ce mariage entre l’Onu et Elecam sera à scruter de très près.

Au moment où cet article est rédigé (le 4 juin 2025), des sources annoncent la publication du contenu de ce projet d’assistance technique électorale par l’Onu. Jeune Afrique en fait d’ailleurs la une dans sa plateforme web en ligne le même jour. Une analyse détaillée de ce projet vous sera présentée dans un autre article la semaine prochaine.


Meeting du MRC : Paris conquis ?

Pour un meeting, la place de la République à Paris était noire de monde ce samedi 31 mai 2025. Pour cause, Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), en guest-star était venu à la rencontre de la diaspora camerounaise. Malgré le happy end, ce meeting continue de faire les gorges chaudes chez les détracteurs et ses adversaires politiques.

Un meeting réussi et Pari tenu ?

Pour rappel, il faut d’abord préciser ici que le meeting de Maurice Kamto à Paris est en fait organisé par une coalition dénommée Alliance politique pour le changement (APC) que dirige le député Jean Michel Nintcheu. Il crée un parti politique, le Front pour le changement au Cameroun (FCC) après son exclusion du Social Democratic Front (SDF) face à ses ambitions de succession de John Fru Ndi qui souhaitait se retirer de la présidence du parti. À la 3e convention du MRC, les 9 et 10 décembre 2023, qui a investi Maurice Kamto comme candidat pour la présidentielle d’octobre 2025, il annonce la création de l’APC et soutient la candidature de Maurice Kamto.

L’APC est donc une coalition autour du leader de l’opposition ayant le potentiel et la popularité affirmée dans l’opinion. Classé 2e, selon le Conseil constitutionnel, à la présidentielle d’octobre 2018, Maurice Kamto est le leader politique qui a la cote de popularité et de sympathie la plus importante en ce moment. Il faut donc miser sur le cheval gagnant en faisant un choix de raison. Comme preuve, une démonstration populaire capable de convaincre l’opinion sur le bien-fondé de ce choix est opportune.

L’objectif du comité d’organisation du meeting de Paris Co organisé par l’APC et le MRC est double : rassembler plus de 50.000 personnes à la place de la République ; mobiliser la diaspora camerounaise en prélude à la présidentielle d’octobre 2025. La mission a donc été accomplie puisque le bilan est au-delà des attentes : 78.564 personnes présentes, selon les sources de la Préfecture de police de Paris. Ce n’était pas seulement la diaspora camerounaise en France qui était présente. Elle venait de partout : Europe, Amérique, Asie et même d’Afrique. Il a fallu au total trois semaines de préparatifs pour relever ce challenge. Tous les analystes et les observateurs sont unanimes : défi relevé.

Ce n’est pas le lieu de faire un bilan complet ici en guise de satisfecit. Cependant, le comble est que ce meeting ne fait malheureusement pas que des heureux. Les critiques les plus acerbes ne viennent pas seulement du parti au pouvoir. Elles viennent également des autres leaders des partis de l’opposition camerounaise. Les critiques les plus virulentes sont des stéréotypes introduits dans l’opinion pour décrédibiliser le meeting de Paris et discréditer le leadership de Kamto. Il sera question ici de faire le tour de tous ces stéréotypes et de montrer en quoi ils sont non fondés.

Un meeting à Paris : Kamto est un pion de la France

Paris, pour deuxième fois ? Il faut rappeler ici que c’est la deuxième fois que Maurice Kamto fait un meeting à Paris. La première fois c’était le 1er février 2020, toujours à la place de la République qui était un peu moins populaire. Ce premier meeting a eu lieu après la libération le 5 octobre 2019 de Maurice Kamto et 102 de ses partisans arrêtés le 28 janvier. Cette libération n’a été possible que grâce à la mobilisation de la diaspora à travers les chancelleries du monde. Le meeting du 1er février était donc fondé sur un objectif : remercier la diaspora qui s’est mobilisée pour cette libération. Mais, Maurice Kamto ne s’est pas seulement limité à Paris. La France était considérée comme le point de chute pour la diaspora camerounaise vivant en Europe. Il est également parti dans deux pays de l’Amérique : les États-Unis et le Canada.

Kamto reste l’un des rares leaders politiques Africains à organiser un meeting de cette envergure à la place de la République à Paris. C’est un challenge rare dans le monde de la politique africaine en France. Du coup, les soupçons pèsent pour un soutien de la France.

Pour 2025, année électorale, Maurice Kamto se limite à Paris. Ce choix de la ville du meeting n’est pas anodin. C’est un choix stratégique. Paris est comme un carrefour des rencontres de la diaspora camerounaise en Europe et même dans le monde. Dans l’histoire, plusieurs mouvements d’indépendance, de libération et de conscience politique africains et camerounais y ont vu le jour. La France est également considérée comme le pays de refuge des résistants Camerounais post-indépendance. Ils fuyaient la répression d’alors et allaient se réfugier chez les communistes français.

Paris est la ville ayant abrité le premier congrès panafricain, en 1919 à l’Hôtel Intercontinental, à l’initiative de l’africain-américain W.E.B. Du Bois ; le premier congrès des écrivains et artistes Noirs en 1956 à l’amphithéâtre Descartes à la Sorbonne dont l’affiche fut réalisée par Pablo Picasso ; la première maison d’édition sur l’Afrique et sa Diaspora fondée par Alioune Diop et son épouse Christine Yandé, en 1949 à la rue des Écoles ; la publication du premier article sur la Renaissance africaine, en 1948 dans la Revue Alerte sous les Tropiques par un certain Cheikh Anta Diop, auteur plus tard de Nations Nègres et Culture, œuvre retentissante sur l’antériorité négro-africaine de la civilisation matricielle de l’Égypte antique à Kama…

Abdelaziz Moundé Njimbam (Facebook)

La Brigade Anti Sardinard (BAS), dernier mouvement camerounais en date a été créé à Paris en 2019, juste après la présidentielle d’octobre 2018. Créé dans un contexte de violence policière après la répression sur les manifestants dans les rues de Douala le 26 janvier 2019 qui contestaient la victoire de Paul Biya. En France, en Allemagne, en Belgique et en UK, la BAS s’est illustrée dans le saccage des ambassades camerounaises en réaction à cette répression policière.

Et les langues se délient pour faire de Kamto un candidat de la France ou de la françafrique. Ainsi, une liaison entre Kamto et la France, entre Kamto et le pays colonisateur, pays impérialiste, symbole de la domination néocoloniale et postcoloniale est mise en exergue.

La liberté de manifestation : collision incestueuse RDPC-administration

La principale leçon que nous pouvons retenir de ces deux meetings de Paris, c’est la liberté de manifestation. En effet, au Cameroun, les partis politiques de l’opposition et la société civile sont toujours victimes des intimidations du pouvoir. Toute l’administration préfectorale, judiciaire et policière qui est à la solde du parti au pouvoir est soupçonnée d’agir par ordre et sur la pression de la hiérarchie administrative et politique du pouvoir. L’opposition camerounaise est ainsi victime des refus systématiques de manifestations publiques. Les prétextes fallacieux de ces refus sont formulés dans les interdictions de manifestations publiques avec comme entre autres motifs « troubles à l’ordre public ». En termes de statistiques, plus de 90 % des demandes de manifestations sont marquées par ce sceau.

C’est fort de ce constat que le MRC, a pensé qu’il devient nécessaire et urgent de faire autrement pour tenir le pari de la mobilisation populaire. Dans l’impossibilité de tenir le pari d’une mobilisation politique dans son pays, Maurice Kamto est, bon gré mal gré, obligé de se déployer à l’étranger. Cette mobilisation de Paris est la manifestation d’une soif d’expression politique qui ne cesse d’étouffer. Il a fallu un terrain de prédilection pour enfin trouver du souffle et d’exercer ainsi sa liberté d’expression politique impossible en terre camerounaise.

Pourquoi le parti au pouvoir se sert de la violence symbolique de l’État, de son pouvoir répressif pour interdire l’exercice des activités politiques des partis de l’opposition ? Une seule raison au moins peut justifier ces interdictions des sous-préfets que le RDPC continue de défendre à n’importe quel prix malgré ce motif fallacieux battu en brèche : la peur. Cette peur de voir les partis de l’opposition se déployer sur le terrain et lui ravir la vedette le hante. Sinon pourquoi soutenir des décisions abusives des sous-préfets dans le musellement des adversaires politiques qui ne représentent rien selon lui ? La répression ne se limite pas seulement dans l’interdiction. Il se livre également dans la traque des leaders, l’espionnage de leurs faits et gestes dans l’exercice des activités normales comme des rencontres, conférences et réunions publiques.

La popularité nationale du leader Kamto contestée

Ce meeting du 31 mai 2025, comme celui du 1er février 2019 est une démonstration de force du MRC et de son leader. Les stéréotypes du genre « petit parti politique » ou « parti tribal » ou encore « parti sectaire » sont généralement attribués aux leaders des partis politiques de l’opposition. Rentrons un peu dans l’histoire. Dans les années de retour au multipartisme, de 1990 à 1992, le Chairman Ni John Fru Ndi, leader du Social Democratic Front (SDF), étaient qualifié de leader des « Anglo-Bami ». C’est considéré comme l’un des stéréotypes les plus populaires. Il renvoie justement au fait que le SDF est un parti politique sectaire. Le SDF est ainsi indexé comme le parti dont l’objectif est de défendre les intérêts des communautés dites Anglophones et Bamiléké de l’Ouest et du Nord-Ouest. John Fru Ndi étant lui-même originaire du Nord-Ouest, les communautés de l’origine tribale du leader sont ainsi visées.

Aujourd’hui, cette vieille tactique est également appliquée chez Maurice Kamto. La communauté Bamiléké dont est issu le leader est également indexée. Ainsi, les invectives comme celle d’« un Bamiléké ne sera jamais président » est devenue « Kamto ne sera jamais président » sont en fait tintées d’accusations communautaires. Autrement dit, on balance dans l’opinion la tendance communautaire du MRC comme on l’avait fait pour le SDF. Pour convaincre l’opinion du contraire, il faut des actes forts. Des actes qui montrent la popularité nationale et même mondiale du parti et de son leader. La seule opportunité qui se présente pour montrer sa popularité est de prouver son implantation sur le terrain hors de sa zone communautaire. Cette stratégie de défense est-elle nécessaire ? Je ne pense pas, car un parti politique a toujours une base. Mais cette stratégie du MRC, pour le moment, est payante. Mais il va falloir se résoudre à accepter cette évidente réalité. Évidemment, cela reste un pari impossible au Cameroun. Le seul terrain de manifestation de cette vérité est un pays de la diaspora où les libertés de manifestation sont déjà des acquis.

En guise de conclusion : mobilisation de masse et conscience politique 

L’une des accusations faites aux partis politiques de l’opposition est le manque de stratégie dans l’éducation politique de la population camerounaise. C’est une critique qui revient tout le temps. Elle est toujours balancée à la figure pour montrer que la capacité de mobiliser la foule en politique est différente de la capacité à susciter la conscience politique. En d’autres termes, mobiliser un million de personnes dans la rue ne signifie pas une garantie de la victoire à une élection. Il est donc question de convertir ce million de personnes en million de voix. Pour réussir ce pari, il faut transformer la masse en sujet politique. La conscience politique s’inscrit donc dans cette logique : les leaders doivent avoir la responsabilité de l’éveil du peuple. Galvaniser et donner des raisons d’espérer c’est également montrer à ce peuple que le leader est prêt pour ne pas faillir. « Alors, je suis prêt », a affirmé Maurice Kamto à l’ouverture de son discours de ce 31 mai à la place de la République. Les griefs formulés pour tancer l’opposition sont généralement péremptoires : les partis de l’opposition camerounaise n’éduquent pas politiquement ses militants, ne les conscientisent pas et par conséquent, manquent de stratégies de conquête du pouvoir. En quoi un meeting politique à Paris peut faire changer la donne et donner un poids politique au MRC ?

L’un des arguments formulés pour critiquer le MRC c’est d’aller à l’assaut d’une population de la diaspora qui ne représente rien sur le plan électoral. Dans une extrapolation statistique, on peut se livrer à quelques hypothèses. Les détracteurs soulèvent l’argument selon lequel il est inutile d’aller à la conquête d’un millier d’électeurs que représente le corps électoral en France. En fait, le corps électoral à l’étranger est à 26.800 électeurs enregistrés au 30 décembre 2024 selon Elecam. Selon les détracteurs, investir tant d’énergie pour un tel poids électoral est inopportun. La France à elle seule peut contenir un millier d’électeurs. Si nous prenons les chiffres de la Préfecture de la police française qui dénombre à plus de 70.000 le nombre de personnes présentes au meeting, il est évident la captation de 70.000 électeurs est impossible. Il faut plutôt capitaliser la pression que peut apporter chaque Camerounais de la diaspora pourvoyeuse de fonds, la mamelle nourricière de leurs familles respectives restées au pays. La diaspora représente donc une sécurité sociale pour des familles en décrépitude dans un environnement le social est l’enfant pauvre du système politique. En définitive, Maurice Kamto ne cible pas seulement les 26.800 électeurs de la diaspora. Il espère avoir, grâce au concours de la pression de cette diaspora, des électeurs en sa faveur au Cameroun.


Présidentielle et processus post-électoral : comparaison entre le Gabon et le Cameroun

Les résultats définitifs de la présidentielle du 12 avril 2025 au Gabon ont été proclamés par la Cour constitutionnelle gabonaise ce vendredi 25 avril 2025 dans la matinée. Une attente longue de treize jours. Mais, ce qui fait l’objet de cet article c’est le processus par lequel le Gabon est arrivé là comparé avec celui du Cameroun en 2018. Il s’agit de faire une description comparée du processus post-électoral qui va de la fermeture des bureaux de vote aux résultats définitifs. C’est un moment très important du processus électoral qui est un élément de mesure de la fiabilité des opérations de dépouillement et de comptage des voix.

Le 13 avril à 13h30, heure locale, le ministre de l’intérieur proclame les résultats provisoires de la présidentielle. C’est à moins de 24 heures après la fermeture des bureaux de vote du scrutin du 12 avril 2025. Cette célérité dans la proclamation des résultats des élections est inhabituelle en Afrique. Ce continent est réputé pour sa lenteur légendaire dans ce type d’exercice. Les pays de dictature comme ceux de l’Afrique centrale ont une mauvaise réputation dans l’organisation des élections, notamment dans la manipulation des voix. C’est la raison pour laquelle l’opposition crie toujours à la fraude. Le Gabon et le Cameroun feront office d’exemples de l’analyse comparative dans cet article pour une démonstration du fonctionnement des techniques de la fraude postélectorale.

Gabon : une proclamation des résultats provisoires étape par étape avant la proclamation des résultats définitifs

Cette description aura pour référence la loi organique n°001/2025 portant Code électoral. Les bureaux de vote ont été ouverts de 7h à 18h (heure locale). La proclamation des résultats provisoires a eu lieu le 13 avril à 13H30 (heure locale). Ce vendredi 18 avril, le Ministère de l’intérieur a annoncé les résultats provisoires consolidés et les a transmis immédiatement à la Cour Constitutionnel. Cette Cour s’est donné quelques jours pour la proclamation des résultats définitifs. On annonce par ailleurs que la cérémonie d’investiture du président élu pourra avoir lieu ce 3 mai 2025. La proclamation des résultats provisoires de la présidentielle par le ministre de l’intérieur est l’aboutissement d’un long processus de proclamation des résultats du bureau de vote jusqu’au niveau national avec des procès-verbaux disponibles à chaque étape.

  • Première étape : le dépouillement et comptabilisation des votes

Avant d’arriver à la Cour constitutionnelle, il existe des opérations de dépouillement, de recensement et de compilation des votes. La proclamation des résultats et l’investiture du candidat élu marquent la fin du processus électoral. Selon l’article 155 de la loi organique, le président du bureau de vote procède, à partir de 18h, au dépouillement des votes à travers la comptabilisation des suffrages exprimés et non exprimés. À la fin, un procès-verbal est établi en plusieurs exemplaires : “Immédiatement après la fin du dépouillement, le procès-verbal des opérations électorales est rédigé en huit exemplaires dont sept destinés aux commissions électorales et un à l’affichage devant le bureau de vote.”. Ce qui est par contre intéressant ici c’est que le dépouillement n’est pas seulement fait publiquement, mais un exemplaire de procès-verbal est affiché devant le bureau de vote en question : “En outre, il est établi et remis à chaque représentant de candidat ou de liste de candidats un exemplaire du procès-verbal du bureau de vote concerné”. Autrement dit, ce document n’est pas seulement accessible aux autorités publiques et aux représentants de candidats. Tous ceux qui le souhaitent peuvent avoir le procès-verbal de leur bureau de vote.

  • Deuxième étape : le recensement et la centralisation des procès-verbaux

Après le dépouillement, la proclamation et publication des résultats dans chaque bureau de vote, il est procédé au recensement de ces procès-verbaux issus des bureaux de vote “dans chaque département, dans chaque commune, dans chaque arrondissement, dans chaque district et dans les missions diplomatiques et consulaires” pour le recensement et la centralisation des procès-verbaux (article 157). Ce même article précise dans sa suite que “les résultats sont aussitôt annoncés au public, par le Président de la commission électorale concernée. Une copie du procès-verbal de centralisation des résultats est affichée au siège de la commission électorale concernée”. Pour cette étape, les mêmes opérations sont observées, c’est-à-dire établissement de plusieurs procès-verbaux à remettre aux représentants de chaque candidat et à afficher au siège de la commission concernée.

  • Troisième étape : la consolidation des statistiques au niveau national

Ces procès-verbaux sont envoyés aux commissions communales ou départementales (article 158). À leur tour, elles dressent des procès-verbaux qui sont envoyés aux commissions provinciales pour collecte et transmission “au Ministère de l’Intérieur, à l’ACER, à la Cour Constitutionnelle, au Conseil d’État et au Tribunal Administratif du ressort”. Au Ministère de l’intérieur, les procès-verbaux sont reçus et, avec la Commission Nationale de Coordination et d’Organisation des Élections, il procède au recensement des procès-verbaux des commissions provinciales. Et l’article 160 stipule que “Le Ministre de l’Intérieur annonce publiquement, au siège du Ministère, les résultats obtenus pour l’ensemble du territoire” ; et “transmet sans délai un exemplaire des procès-verbaux et les pièces y annexés, respectivement à la Cour Constitutionnelle” ; et “La Cour Constitutionnelle proclame les résultats des élections du Président de la République”.

Une évolution au Gabon : proclamation des résultats sans délai

Première observation, par la précision “sans délai”, la loi organique portant sur le Code électoral ne prévoit aucun délai ni dans la transmission des procès-verbaux, ni dans la proclamation et la publication des résultats provisoires et définitifs. Malgré l’absence de ce détail important, les résultats de l’élection ont été déclarés immédiatement à la fin de chaque étape de l’échelle jusqu’au niveau national. Des expériences précédentes des présidentielles du 27 août 2016 et 26 août 2023 nous montrent que les résultats provisoires au niveau national ont été proclamés plus de 72 heures après la fin du scrutin. Il faut toutefois préciser que ces expériences se sont soldées par des contestations de l’opposition menée par Jean Ping en 2016 et Albert Ondo Ossa en 2023. Il faut également noter que ces deux scrutins ont abouti à des troubles post-électoraux. Elles ont eu pour conséquences un coup d’État raté le 7 janvier 2019 et un autre coup d’État réussi le 31 août. 2023.

Les contestations des candidats de l’opposition sont fondées sur les fraudes électorales de diverses natures. Peut-on mettre en cause la lenteur dans la proclamation des résultats provisoires des élections de 2016 et de 2023 ? Les fraudes postélectorales sont relatives au mode de dépouillement, recensements, centralisation et consolidation des votes et falsification des procès-verbaux. Un point d’honneur est mis sur la dextérité et la célérité dans l’exécution des tâches. Dans les opérations post-électorales, le temps est un élément important notamment dans l’établissement et la transmission des procès-verbaux et la proclamation des résultats provisoires en attendant l’harmonisation des statistiques et la proclamation des résultats définitifs. Plus les opérations du processus sont rapides, plus les marges de libertés dans la manipulation sont réduites. C’est justement ce qu’une réforme de la loi électorale en janvier 2025 après le coup d’État a peut-être corrigé. Ainsi, le Gabon fait un grand pas en avant dans la fiabilité de son système électoral. Qu’en est-il du Cameroun ?

Cameroun : aucuns résultats provisoires, interdiction aux médias de publier les tendances

Les problématiques sur les fraudes électorales ne datent pas d’aujourd’hui. Elles ont fait l’objet de plusieurs analyses depuis 1954. Il ne s’agit pas de l’historique des fraudes électorales. Nous nous limiterons ici à la période post-électorale de la présidentielle de 2018. Pour situer le contexte de la fraude, il faut préciser qu’après le discours de La Baule, le multipartisme a été instauré après 24 ans de monopartisme. Malgré ce retour, le Cameroun a connu une crise sociopolitique en 1991 avec les villes mortes et désobéissances civiles déclenchées un 18 avril et qui a duré plus de six mois. Ce qui a abouti à une discussion entre le pouvoir, l’opposition et la société civile du 30 octobre au 15 décembre 1991. Ce qu’on a appelé la Tripartite.

Des réformes institutionnelles sont ainsi engagées. Après les élections de mars 1991 et mai 1997 (législatives et municipales) et d’octobre 1992 et 1997 (présidentielle) de nombreuses critiques ont mis à nu les défaillances du Ministère de l’administration territoriale dans l’organisation des élections. Une autre réforme met en place l’Observatoire national des élections (ONEL) en 2000. Cet organisme est chargé d’observer l’organisation des élections et de donner l’alerte. L’organisation des législatives et municipales de juin 2002 et de la présidentielle d’octobre 2004 n’arrange pas les choses. La situation n’a pas changé malgré cette évolution. La création d’Elections Cameroon (ELECAM) en 1012 vient mettre fin à la vie de l’ONEL dissoute d’ailleurs depuis 2006.

Dans un article publié le 24 mars 2025 intitulé “Les dix incongruités du code électoral camerounais”, je décrivais, dans les parties 6 et 7 comment se déroule le processus de dépouillement des voix, du contentieux électoral et de la proclamation des résultats d’une présidentielle. Cet article montre dans les détails les failles relevées dans la pratique électorale. Depuis 2012, une réforme fait d’ELECAM l’organisation des élections au Cameroun. Nous allons, par la suite, découvrir que le Ministère de l’administration territoriale, au lieu qu’il devienne un acteur au même titre que tout le reste des institutions qui sont associées, garde toujours une place de choix dans le processus. Comme pour le Gabon, cette description de l’étape post-électoral nous fera observer la différence entre les deux systèmes.

Première étape : le dépouillement des bulletins de vote

Le jour et les heures d’ouverture et de fermeture des bureaux de vote sont fixés par décret du président de la république convoquant le corps électoral. Le 7 octobre 2018, les bureaux de vote ont ouvert à 8h et fermé à 18h. Le processus post-électoral commence par le dépouillement des voix dans chaque bureau de vote appelé Commission locale de vote (CLV), article 55 du Code électoral. Elles sont sous la responsabilité d’ELECAM qui désigne un président. Elle comprend également un représentant de l’administration désigné par le Ministère de l’administration territoriale et des scrutateurs désignés par les candidats. À la fin du dépouillement, des procès-verbaux sont dressés. Chaque membre de la CLV en reçoit un exemplaire. Un autre exemplaire est déposé dans le bureau communal d’ELECAM qui le transmet dans les 48 heures à la Commission départementale de supervision. Mais, le détail le plus important ici est que le dépouillement est public et les résultats du bureau de vote concerné sont connus séance tenante, mais le procès-verbal n’est pas connu du public (électeurs).

• Deuxième étape : supervision des résultats de vote

La Commission départementale de supervision est dirigée par le président du tribunal de grande instance qui en est le président. Le Code électoral n’est pas explicite sur sa création et stipule, en son article 63 que, « Il est créé au niveau de chaque département, une commission départementale de supervision ». À la suite de l’article 63, il est précisé que « la Commission a pour rôle de “centraliser et vérifier les opérations de décompte des suffrages effectuées par les commissions locales de vote ainsi que tout document y relatif”. Ici, ELECAM constate la création de la commission et est invité comme membre avec trois représentants (article 64). Sont également considérés comme membres, les représentants de chaque candidat et de l’administration. En conclusion, le pouvoir d’ELECAM s’arrête à ce niveau et c’est l’administration à travers le Ministère de la justice qui prend le relais pour la suite du processus. À la fin des opérations de décomptes, des procès-verbaux sont établis et chacun en reçoit un exemplaire. Un autre est transmis dans les 72 heures à la Commission nationale de recensement général des votes.

• Troisième étape : recensement des résultats des procès-verbaux

Comme pour la précédente commission, l’article 68 stipule que, “Il est créé une commission nationale de recensement général des votes”. Il n’est pas précisé celui qui signe l’acte de création. Mais c’est un membre du Conseil constitutionnel qui en est le président. Le rôle de cette commission est essentiellement basé sur le recensement et des décomptes généraux des votes sur la base des procès-verbaux provenant des commissions départementales de supervision. Elle est composée de cinq représentants d’ELECAM et des représentants de chaque candidat. Chacun reçoit un exemplaire du procès-verbal et un autre est transmis au Conseil constitutionnel qui a cinq jours pour proclamation des résultats définitifs de la présidentielle selon l’article 137.

Les failles du système post-électoral camerounais

Selon le processus post-électoral au Cameroun décrit ci-dessus, il y a lieu de faire quelques constats importants. Premièrement, les procès-verbaux, de la Commission locale de vote à la Commission nationale de recensement général des votes en passant par la Commission. Départementale de supervision, établis à chaque étape ne sont pas publiés. Deuxièmement, contrairement à ce que dit le Code électoral, ELECAM ne gère pas totalement le processus électoral du début à la fin. Sa responsabilité s’arrête au niveau des CLV. Troisièmement, il n’existe pas de proclamation des résultats provisoires en dehors des résultats des dépouillements connus au niveau des CLV. Autrement dit, en dehors de la CLV, les deux autres commissions ne publient pas leurs résultats après supervision et recensement des procès-verbaux reçus. Quatrièmement, les requêtes en vue des contentieux électoraux sont adressées au Conseil constitutionnel 72 heures après la fermeture des bureaux de vote par les candidats. Ils font une requête sur la base des procès-verbaux qu’ils ont obtenus dans les commissions. Cinquièmement, puisqu’il n’existe pas de résultats provisoires, les résultats définitifs ne sont proclamés que quinze jours au plus tard après la fermeture des bureaux de vote.

À la présidentielle du 7 octobre 2018, la proclamation des résultats définitifs par le Conseil constitutionnel est intervenue le 23 octobre. Pendant quinze jours, même les médias étaient interdits de publier les tendances. Les candidats qui avaient formulé des recours en contestation 72 heures après la clôture du scrutin, se basent sur leur vécu de tout le processus et sur les procès-verbaux qu’ils détenaient.

En conclusion

Le Gabon parle-t-il au Cameroun ? À quoi nous renvoie la célérité dans la proclamation des résultats ? Pourquoi ce délai plus ou moins long entre la fin du scrutin et la proclamation des résultats dans certains pays africains ? Ces deux exemples nous montrent que la proclamation des résultats provisoires quelques heures seulement après la fermeture des bureaux de vote est l’une des preuves les plus importantes de la transparence. Les exemples de démonstration du déroulé des étapes post-électorales de la présidentielle au Gabon du 12 avril 2025 et les étapes post-électorales de la présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun sont des expériences enrichissantes. La différence dans le fonctionnement du processus électoral entre les deux pays permet de comprendre l’importance de la célérité dans les actions. C’est l’un des indices importants de la crédibilité du processus et de la préservation de la paix sociale postélectorale.

Au Cameroun l’argument du déficit des moyens de communication ne tient plus. Si un pays comme le Gabon, moins riche que le Cameroun a pu tenir le pari, le Cameroun ne peut justifier sa lenteur par sa pauvreté. D’autres arguments encore font état du manque de couverture du réseau national par les voies de communication. Il faut généralement beaucoup plus d’heures que d’habitude pour acheminer les procès-verbaux des zones enclavées vers les sièges des commissions. Une fois encore, ce sont des arguments battus en brèche par le manque de volonté du pouvoir politique qui surfe sur ces failles pour se donner bonne conscience. Au Cameroun, l’opposition n’entend pas donner un chèque en blanc à Paul Biya, 93 ans, pour un nouveau mandat de 7 ans. Ça frise le ridicule, à la limite. En tout cas, la présidentielle d’octobre 2025 s’annonce avec beaucoup d’enjeux.


L’investiture de Paul Biya par le RDPC est-elle contestable ?

Le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) ira-t-il à la présidentielle d’octobre 2025 ? C’est la question que beaucoup d’observateurs se posent actuellement. Depuis 2021, elle était considérée comme tabou. Il a fallu qu’un juge soit saisi pour ouvrir finalement la boîte de pandore sur les tares managériales du parti. La légalité et la légitimité de Paul Biya, au poste de président national, sont contestées. Pendant que certains exigent la convocation d’un congrès pour échapper à un éventuel séisme du parti, le président national semble plutôt serein.

Le RDPC a-t-il un caillou dans sa chaussure ? Depuis le 25 mars 2025, le débat qui faisait déjà les choux gras de la presse fin 2024 a resurgi. Léon Theiller Onana, membre du parti et conseiller municipal, soulève les problématiques de la légalité et de la légitimité du Président national du RDPC alors que la présidentielle se rapproche à grands pas. La légalité, pour ne parler que d’elle, pourrait être déposée sur la table du juge électoral au moment des contentieux préélectoraux et ainsi compromettre les chances de la candidature de Paul Biya. C’est justement pour éviter cette mauvaise surprise que le conseiller municipal de la commune de Monatélé a sonné l’alerte.

Léon Theiller Onana doit se faire énormément de soucis. Contrairement aux attentes, il essuie en ce moment des critiques et des reproches de ses camarades politiques. Son véritable péché a été de mettre sur la place du marché des tares du parti. Pourtant, celles-ci ont été longtemps révélées par certains analystes et leaders de l’opposition. Paul Biya, seul manitou à bord du navire, n’avait pas besoin, selon ses camarades, de ce spectacle déshonorant. Même si au Cameroun nous avons affaire à une justice aux ordres, cela n’empêche pas le conseiller municipal d’alerter les instances dirigeantes du RDPC. En attendant la décision du juge que le conseiller municipal a saisi pour constater l’illégalité, cet article se propose de faire une analyse de la situation de 2011 à 2021.

Un congrès du RDPC en 2011 et une prorogation des mandats en 2016

Les 15 et 16 novembre 2011 s’est tenu le 3e Congrès du RDPC à Yaoundé. Paul Biya a été réélu Président national le vendredi 16 novembre en vertu de l’article 19 des Statuts : « Le Congrès élit le Président national du parti. » En vertu de l’article 18 alinéa 2 des Statuts du parti, le mandat a une durée de cinq ans : le Congrès « se tient tous les cinq ans ». Son mandat doit donc s’achever en novembre 2016. Mais, cet article va plus loin en précisant que : « Toutefois, en cas de nécessité, cette période peut être abrégée ou prorogée par le Bureau Politique. »

Selon l’article 17, le Bureau Politique est la troisième instance du RDPC après le Congrès et le Comité Central. Il « assiste le Président National dans la conduite des affaires du Parti en dehors des réunions du Comité Central » (Article 26 alinéa 1). Il joue donc un rôle important dans la conduite des affaires du parti en 2016.

Le 3 novembre 2016 au Palais de l’Unité (Palais présidentiel), une réunion du Bureau Politique du RDPC se réunit. Conformément à l’article 18 cité plus haut, quatre résolutions ont été prises. Il s’agit de quatre résolutions portant prorogation de la tenue du congrès, des mandats du président national du parti, des membres du comité central et du bureau politique, des membres des bureaux nationaux (RDPC, OFRDPC et OJRDPC). Les raisons de cette prorogation sont nombreuses. On peut citer notamment la rénovation de la salle du palais des congrès, la crise financière due à la lutte contre Boko Haram, la CAN féminine et la catastrophe ferroviaire d’Eséka qui a plongé le Cameroun dans le deuil national à cette période.

Une prorogation du mandat du Président national manquée en 2021

Après la prorogation des mandats des organes du parti et plus particulièrement du président national en novembre 2016, un 4e congrès devrait avoir lieu le 3 novembre 2021 au plus tard,. Mais, cela n’a pas été le cas jusqu’à date (31 mars 2025). Il faut par ailleurs préciser que les élections ont eu lieu pour le renouvellement des autres organes du RDPC, Les membres des bureaux nationaux et des organes de base ont été élus pour les uns et réélus pour les autres entre le 7 août et le 30 septembre 2021. Il s’agit des élections des bureaux RDPC, OFRDPC et OJRDPC à travers les 10 régions du Cameroun et 17 sections de l’étranger.

Curieusement, le congrès n’a pas eu lieu avant le 3 novembre 2021. Le bureau politique non plus n’a pas pris de nouvelles résolutions pour renvoyer la date du congrès et proroger à nouveau le mandat du président national du RDPC. Conséquence, le mandat du président national est échu depuis cette date. Pire encore, est échu également le mandat des membres du comité central et du bureau politique. Le statu quo a été ainsi maintenu jusqu’à aujourd’hui par mépris statutaire du président national.

L’hypothèse de la prorogation tacite évoquée et défendue

Le RDPC affirme que le délai de la prorogation n’est pas limité. Selon le dictionnaire du droit, « la prorogation est la prolongation d’une situation existante au-delà de la date à laquelle elle devrait cesser. On dit que la situation est prorogée. Par exemple, si un contrat de bail d’un an est prorogé pour une nouvelle durée d’un an, cela signifie que ses effets se prolongent pour une durée d’un an. » Autrement dit, le principe du droit veut que si le bail a une durée d’un an, la prorogation est d’un an également. Ce principe doit par conséquent s’appliquer sur la prorogation des mandats concernant les organes du RDPC impliqués. La durée du mandat de ces organes ne pourrait en aucun cas aller au-delà du 3 novembre 2021.

Sur cette question concernant la prorogation, trois postures du bureau politique sont soumises à l’analyse.

  • La première est que le bureau politique peut prendre des résolutions de prorogations à chaque fois qu’un mandat s’achemine vers la fin. Pour le cas d’espèce, une résolution était donc attendue au plus le 3 novembre 2021 pour proroger le mandat du président national pour cinq encore.
  • La deuxième est que le bureau politique, après avoir prorogé une fois le 3 novembre 2016, n’est pas obligé de prendre une nouvelle résolution de prorogation en novembre 2021 (à chaque fois qu’un mandat s’achève vers la fin). Le mandat est ainsi prorogé par reconduction tacite.
  • La troisième posture est celle qui postule que le bureau politique ne peut proroger un mandat qu’une seule fois. Et au-delà du mandat de cinq ans de la première prorogation, les mandats sont échus et les membres élus de ces organes sont illégaux et par conséquent illégitimes.

En tout état de cause, les statuts restent muets sur ces précisions et les positions sont tranchées dans les débats en cours. Au regard de ces trois postures, le bureau politique a choisi la deuxième posture qui est celle de laisser le président national du parti poursuivre son mandat au-delà de novembre 2021. En d’autres termes, le bureau politique du RDPC a choisi l’option du statu quo. La prorogation par reconduction tacite du mandat a ainsi été actée.

Les conséquences juridiques de la posture du bureau politique

Bien que les statuts du RDPC ne facilitent pas une lecture sans polémique sur cette question, il convient de faire tout de même une observation sur la posture du bureau politique. La première et la deuxième posture suscitent les mêmes observations concernant la légitimité des personnes élues. Que le bureau politique ait prorogé le mandat du président national pour une deuxième fois ou non, la question sur la légitimité allait toujours se poser en se référant à la définition du terme “proroger”. Ces deux postures sont défendues par le parti lui-même sur les interpellations des observateurs depuis au moins deux ans. Leur argument repose justement sur l’alibi selon lequel les statuts du RDPC ne précisent pas un délai de limitation de la prorogation du mandat.

Cette posture du RDPC ressemble à un antijeu. La non-limitation de la prorogation donne ainsi la possibilité au président national d’être élu et de demeurer à ce poste à vie. Autrement dit, il suffit que le bureau politique soit composé des personnes acquises à la cause du président national pour que ce statu quo soit maintenu. Sur le plan purement juridique, cette posture pose à la fois le double problème de légitimité et de légalité. Dans une organisation qui se respecte, un mandat ne peut pas s’achever ou se prolonger sur la simple volonté d’un membre du parti, président national soit-il. Si tel est le cas, cela signifierait que son mandat sert tout du moins à meubler les statuts pour donner l’impression d’un parti démocratique.

Solutions possibles pour ramener la légalité et la légitimité

Selon l’article 27 alinéa 4-2, le président national « est le candidat du Parti à l’élection à la Présidence de la République ». En vertu de la deuxième et la troisième posture, si le mandat du président national n’est pas renouvelé ou prorogé, Paul Biya devient président national de fait. La question que tout observateur se pose est celle de savoir quelle est la solution immédiate pour que le président national du RDPC rentre dans sa légalité ? Deux solutions au moins sont visibles.

  • La première solution est la convocation immédiate d’un quatrième congrès pour élire un président national.

Aucun article ne stipule qui doit convoquer le congrès en séance ordinaire. Puisque c’est le président national qui le préside, ce droit lui revient de facto. Le problème de la légalité de son mandat se pose, alors impossible pour lui de convoquer un congrès. L’autre option est de regarder du côté de l’article 22 des statuts, où le bureau politique, présidé par le doyen d’âge, peut convoquer le congrès extraordinaire « en cas de force majeure ou d’empêchement ». Sauf que pour ce cas précis, il ne s’agit pas d’un cas de force majeure ou d’empêchement comme en en novembre 2016. Il s’agit ici de négligence et de mépris des textes. Pire encore, il y a plutôt épuisement ou dépassement du délai du mandat. La question de la légalité du bureau politique se pose également. En effet, il est composé d’au moins 30 membres (article 26 alinéa 2) issus d’au moins 350 membres du comité central (article 24 alinéa 2) où 250 parmi eux doivent être élus par le congrès. La situation se complique. Ni le président national, ni le bureau politique habiletés à convoquer un congrès extraordinaire ne sont plus en droit de le faire.

  • La deuxième solution est l’assignation en référé aux fins de désignation d’un mandataire ad hoc

La première solution étant déjà écartée, il ne reste que celle de la justice. Elle est proposée par un cadre du parti, Léon Theiller Onana, conseiller municipal, a déposé une assignation en référé au tribunal de première instance de Yaoundé centre administratif le 25 mars 2025. La comparution a lieu le 10 avril 2025 par-devant le président du tribunal à Yaoundé. Cette solution d’assignation en référé est envisagée lorsque les instances statutaires d’une organisation sont dans l’incapacité d’agir afin de rétablir l’ordre statutaire. Le mandat étant échu, il devient impossible pour un organe du RDPC de prendre lui-même une quelconque décision. Le juge est donc chargé de désigner un comité ad hoc qui sera chargé de convoquer le congrès extraordinaire à la place du président national et du bureau politique. Cette solution, visiblement la plus crédible sur le plan juridique, ne semble pas plaire aux partisans de la deuxième posture.

Les conséquences politiques de la posture du bureau politique

La question qui fait débat est celle de savoir si le président national a le droit d’être candidat du RDPC à la présidentielle. Pour être plus précis, le RDPC peut-il investir Paul Biya, son président national, comme candidat à la présidentielle d’octobre 2025 ? Visiblement, le RDPC n’est pas prêt à se soumettre à l’organisation d’un congrès. Il est décidé à aller à l’élection présidentielle d’octobre 2025 avec Paul Biya comme son candidat. Le RDPC, est le parti au pouvoir et Paul Biya est président national et chef de l’État en exercice depuis novembre 1982. Elections Cameroon (ELECAM) et le Conseil constitutionnel auront-ils le courage de rejeter cette candidature en cas de contestation de la légalité et la légitimité du RDPC par un membre ? Qui oserait défier Paul Biya et son régime ? C’est ici que les enjeux de la posture du bureau politique sur l’avenir du RDPC vont se jouer. Le juge aura donc deux postures.

  • La première, c’est l’ouverture du dossier.

Le juge accepte l’assignation en référé. Ainsi, il oblige le RDPC à se soumettre à un congrès extraordinaire en mettant sur pied un comité ad hoc. Celui-ci aura également le pouvoir d’organiser le congrès. Ce rôle, dévolu au président national à travers les caciques du parti, sera désormais entre les mains du comité ad hoc. Même si le pouvoir judiciaire est sous la coupe réglée du pouvoir exécutif, il vaut mieux éviter d’affronter les juges. Malgré tout, Paul Biya sera-t-il prêt à laisser le pouvoir judiciaire prendre le contrôle de son parti politique ? Rien n’est moins sûr. Pour éviter de mauvaises surprises, il ne le permettra pas. Le moment ne s’y prête pas car à 93 ans, son système peut jouer contre ses intérêts en faveur d’un candidat de l’opposition plein de potentiel.

  • La deuxième, c’est le déni de justice

Le juge refuse de rendre justice et se déclare incompétent. Pour motiver sa décision, il peut simplement demander à Léon Theiller Onana de solliciter une instance disciplinaire du parti conformément à l’article 32 des statuts. Ce qui va probablement arriver. Cette décision aura donc comme conséquence de permettre au RDPC d’investir Paul Biya comme son candidat à la présidentielle d’octobre 2025. Évidemment les candidats à la présidentielle auront la possibilité de contester cette candidature au Conseil constitutionnel. Clément Atangana, président de ce Conseil, aura également deux postures : soit rejeter soit valider la candidature de Paul Biya. Même si nous pouvons deviner la décision qu’il va prendre, il reste prudent de se garder de se prononcer.

En conclusion

Cette élection présidentielle est pleine de surprises. Pour l’actualité, Paul Biya a procédé à la nomination de 28 membres titulaires du comité central le 25 mars 2025. Ce qui est par ailleurs contesté par Leon Theiller Onana qui affirme que Paul Biya n’en est pas l’auteur. Mais la question qui reste posée est celle de savoir en quoi pareille nomination sera utile compte tenu de la situation du RDPC décrite plus haut.


Les dix incongruités du code électoral camerounais (suite et fin)

Au Cameroun, le Code électoral reste la pierre angulaire des élections. Du pouvoir comme de l’opposition, les positions sont fermées. La présidentielle d’octobre 2025 s’annonce très mouvementée en termes d’enjeux. Personne ne veut lâcher prise. Les critiques formulées sur ce Code électoral camerounais sont restées lettre morte jusqu’ici. A la suite de l’article précédent, les cinq autres insuffisances montrent encore plus qu’il ne fallait, la nécessité d’une réforme urgente.

6- Le dépouillement des voix (articles 109 à 115)

Avant d’arriver à la proclamation des résultats, il convient ici d’examiner le fonctionnement de cet organisme (ELECAM) concernant le dépouillement et la collecte des voix. Selon la loi n° 2006/011 du 29 décembre 2006, portant création de ELECAM, l’article 1 alinéa 2 est formel. Il stipule que “Elections Cameroon est un organisme indépendant chargé de l’organisation, de la gestion et de la supervision de l’ensemble du processus électoral et référendaire”. Cette même disposition se retrouve dans le Code électoral à l’article 4 alinéa 1. Du début à la fin du processus électoral, plusieurs types de commissions sont créées. Elles sont composées des personnes à la fois des représentants d’ELECAM, de l’administration et des candidats.

Deux types de commissions créées par ELECAM sont chargées des opérations préparatoires aux élections. Il s’agit des commissions de révision des listes électorales et des commissions de contrôle de l’établissement et de distribution des cartes électorales. Il crée également un autre type de commissions chargées du scrutin le jour de vote appelées commissions locales de vote (CLV). Ces trois types de commissions sont gérées totalement par ELECAM. Les trois autres commissions, celle chargée de la supervision au niveau départemental, régional et celle chargée du recensement général des votes au niveau national sont du ressort du président du tribunal de grande instance du département concerné, du président de la cour d’appel de la région concernée et du Conseil constitutionnel au niveau national.

Au regard de tout ce dispositif, le constat que chacun peut faire est que ELECAM ne contrôle par les élections de bout en bout. Le Code électoral introduit l’administration judiciaire dans le processus. ELECAM n’est donc pas indépendant car l’administration judiciaire est censée intervenir à la fin du processus lors des contentieux. Il faut automatiquement rompre avec cette fouineuse pour le moins surprenante. C’est une organisation bancale où ELECAM est accusé à tort pour une élection frauduleuse dont il ne peut pas assumer totalement la responsabilité. Le pouvoir judiciaire a encore le défaut de ne pas jouir d’une séparation effective d’avec l’exécutif. Le pouvoir exécutif ayant toujours une mainmise sur le pouvoir judiciaire, il serait injuste de lui donner la responsabilité de présider des commissions de supervisions et de recensement des résultats.

7- Le contentieux électoral (article 133) et la proclamation des résultats (article 137)

La proclamation des résultats des présidentielles formulée à l’article 137 du Code électoral est et reste la disposition qui me semble la plus saugrenue. C’est la conséquence du modèle de dépouillement des votes décrit plus haut. Au regard de ce système de dépouillement et de proclamation des résultats, il est donc évident que la responsabilité d’ELECAM se limite à la CLV. La curiosité ici est qu’au Cameroun, il n’existe pas de résultats provisoires que l’organisme est censé donner. Le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs de la présidentielle et des législatives respectivement quinze et vingt jours à compter de la date du scrutin, pour ne prendre que ces deux exemples.

Curieusement, à l’article 133 alinéa 1, le Code électoral donne un délai de soixante-douze heures à compter de la date du scrutin pour toute contestation en contentieux électoral. La question que tout observateur sérieux se pose est de savoir comment les candidats peuvent-ils faire des contestations sans connaître d’avance les résultats provisoires que ELECAM devrait publier ? Les candidats et leurs conseils ne peuvent faire des requêtes adressées au Conseil constitutionnel que sur la base des exemplaires des procès-verbaux obtenus au sein des CLV où ils sont représentés. Une fois encore, la curiosité ici est que ces exemplaires de procès-verbaux, selon le Code électoral, n’ont aucune valeur juridique aux yeux du juge électoral.

Selon l’article 115 alinéas 2 et 3, seuls les originaux détenus par ELECAM “font foi”. Comment les leaders et leurs conseils vont-ils faire des recours sur la base des procès-verbaux qu’ils détiennent et qui n’ont aucune valeur juridique ? La meilleure solution serait de laisser à ELECAM la responsabilité entière d’organiser les élections du début à la fin, de l’inscription sur les listes électorales à la proclamation des résultats provisoires. Il faut donc laisser au Conseil constitutionnel la responsabilité des contentieux électoraux et de la proclamation des résultats définitifs. Cet imbroglio sur les dépouillements, les supervisions et les recensements des votes est de nature à compromettre la sincérité des élections au profit du parti au pouvoir qui contrôle la carrière des magistrats.

8- La saisine des juges du Conseil Constitutionnel (article 132)

Au Cameroun, le juge électoral est représenté par le Conseil constitutionnel pour les présidentielles (article 132), législatives (article 168) et sénatoriales (article 239), le tribunal administratif pour les municipales (article 194) et régionales (article 267). Leur fonction respective est de veiller à la régularité des élections. Autrement dit, le juge électoral a la compétence de juger de la sincérité et de l’objectivité des résultats de vote. Seuls les candidats et les partis politiques ou leurs représentants (conseils) ont le droit de saisir les juges par une simple requête. Cette compétence de saisine est également octroyée aux agents administratifs.

il est tout de même écœurant de constater que, très souvent, les plaignants se désistent. C’est parfois pour des raisons personnelles, mais généralement, on pourrait soupçonner une compromission. Au-delà du désistement, il y a également et surtout le refus de faire des recours. Beaucoup d’exemples de désistements ou de refus font état des fraudes où le juge aurait pu être regardant. L’exemple le plus récent et le plus illustratif est le cas des sénatoriales de 2018. Dans la région de l’Adamaoua, l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) avait retiré son recours. Le parti avait contesté l’authenticité de l’acte de naissance d’une candidate dans la liste du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir.

Au-delà de la saisine des juges par les candidats et leurs représentants, il faut noter la nécessité de faire intervenir l’auto saisine. Il est possible que des cas de fraudes et d’usage de faux existent réellement. Mais, il n’est pas concevable qu’ils ne soient pas condamnés pour la simple raison du refus de dénoncer par ceux que le Code électoral a désigné. Garder le silence sur les fraudes est un choix des adversaires. Les raisons peuvent être personnelles ou non. Il devient nécessaire de contourner cette défaillance en donnant la possibilité aux juges de s’autosaisir. Ainsi, même les cas qui n’ont pas été constatés par les adversaires seront mis à nu.

9- Élection à deux tours (article 116 et 152)

Dans la Constitution de 1996, à l’article 6 alinéa 2, il est stipulé que “Le Président de la République est élu au suffrage universel direct, égal et secret, à la majorité des suffrages exprimés”. En d’autres termes, le Président de la République est élu à la majorité des voix obtenues après décomptes. La précision n’a pas été faite, mais cette expression de “majorité des suffrages” renvoie au fait qu’elle peut être relative ou absolue. Le Code électoral est encore plus clair et explicite. Dans son article 116 alinéa 3, le Président de la République est élu “au scrutin uninominal majoritaire à un tour”. Pareil pour les députés dans l’article 152 alinéa 1 qui sont élus “au scrutin mixte à un tour”.

Le Cameroun a vécu une période de parti unique de 1966 à 1990. Le pays a connu, dès l’indépendance en 1960, des cas de candidats élus à la majorité relative sauf en période de parti unique. L’exemple le plus parlant dès le retour au multipartisme est la présidentielle d’octobre 1992. Paul Biya, face à cinq autres candidats, avait obtenu 39,98%. Depuis cette période, il a toujours eu la majorité absolue. Sur sept scrutins, Paul Biya n’a eu la majorité relative qu’une seule fois. Depuis le retour au multipartisme, cette victoire du RDPC, comme d’autres, a toujours été contestée par les autres candidats de l’opposition.

En dehors du fait que le Code électoral comporte des insuffisances, les échecs répétés et successifs des leaders de l’opposition peuvent être vus sous plusieurs angles. Généralement leur refus ou incapacité de rassemblement pour faire bloc face à Paul Biya leur sont reprochés. C’est ce qui expliquerait le faible taux d’inscriptions et de participation des électeurs. Ce manque d’engouement se retrouve dans les rangs des électeurs favorables à l’opposition. Conséquence, ce sont les électeurs sympathisants du parti au pouvoir qui votent. Pour susciter cet engouement chez les électeurs favorables à l’opposition, il faut mobiliser la stratégie de la coalition. Curieusement, cette méthode n’a pas connu de grands succès pour la simple raison que le consensus est difficile sans enjeux politiques pour les partis politiques. Ces enjeux peuvent être mobilisés en cas d’élections à deux tours. Dans ce cas précis, les coalitions se feront d’elles-mêmes ni tambour ni trompette au second tour. Ce système va susciter beaucoup d’intérêts et amener les sceptiques à s’intéresser à la chose politique. On comprend pourquoi le parti au pouvoir ne militerait pas à la faveur de ce système.

10- La rééligibilité de tous les candidats (article 116 et 148)

Tous les candidats aux postes électifs qui font l’objet de cet article (président de la République, député, sénateur, conseillers municipaux, conseillers régionaux) sont rééligibles. Cela signifie que le nombre de mandat auquel chaque personne a droit n’est pas limité. Une personne qui est élu peut candidater de nouveau et autant de fois si elle le désire. Cependant, il y a un minimum d’âge requis pour être éligible. Il faut avoir, à la date du scrutin, trente-cinq (35) ans révolus pour la présidentielle et vingt-trois (23) ans révolus pour les législatives (nous nous en tenons à ces deux types d’élections). C’est d’ailleurs la seule condition limitative.

La longévité au sommet de la Présidence de la République est donc la conséquence d’une non limitation du nombre de mandats. Depuis l’indépendance, le Cameroun n’a connu que deux présidents de la République en 65 ans. Après les 22 ans d’Ahmadou Ahidjo, Paul Biya est au pouvoir depuis 43 ans. Cette longévité a, à son tour, pour conséquence la frustration légitime des générations qui aspirent aussi à gouverner. Elle entraîne la boulimie et l’ivresse du pouvoir. Les élus sont donc tentés d’en abuser éternellement.

La présidentielle d’octobre 2025 s’annonce ainsi avec beaucoup de surprises. L’une d’elles serait la confirmation de la candidature de Paul Biya. Elle peut être agréable ou non, mais elle reste une surprise. Il a déjà le record du plus vieux président et de la plus vieille dictature du monde. La limitation des mandats est l’une des solutions efficaces pour éviter de telles longévités. La Constitution de 1996 avait prévu cela en préconisant un mandat de cinq ans renouvelables une fois. Mais, en 2008, à la veille du deuxième mandat de 7 ans, Paul Biya a fait modifier la Constitution par l’Assemblée nationale acquise à sa cause. Il a fait sauter le verrou de la limitation. Il a ainsi violé l’accord Tripartite de 1996 issue d’un consensus. La Constitution de 1996 est le fruit d’un consensus entre le pouvoir, l’opposition et la société civile pour mettre fin à une crise sociopolitique qui a duré plusieurs mois de 1991 à 1992. Sa modification pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels devrait, dans une moindre mesure, suivre le même processus. Ce qui n’était pas le cas en 2008. En 2011, il est ainsi candidat à sa propre succession et gagne pour son septième mandat. Certains observateurs s’accordent à dire qu’il serait difficile de limiter le nombre de mandats même si on le réhabilite dans la Constitution. Chaque despote viendra faire sauter ce verrou s’il a la majorité au parlement. Mais ça c’est un autre débat.

En guise de conclusion

Le Code électoral camerounais comporte beaucoup d’incongruités. Celles-ci sont de plusieurs natures. D’abord il existe trop de double sens. Ce sont des dispositions qui sont interprétées de plusieurs manières selon le camp politique où l’on se trouve. Ensuite, ce sont des erreurs d’opposition. Certaines dispositions disent à la fois une chose et son contraire. Enfin, il y a des erreurs de logique ou de bon sens. Il y a des étapes dans le processus électoral qui ne sont pas prévues quoique nécessaires. Ces défaillances sont suffisamment graves et mettent en péril la paix sociale. Elles sont de nature à donner aux acteurs politiques des raisons de se constituer en légitime défense en cas de non satisfaction à la fin du processus. Les régimes politiques de dictature ont cette particularité que leur chute est généralement précédée de troubles ou conflits armés.

Deux éléments militent en faveur de cette thèse. Il y a la vieillesse des pontes du régime. Selon l’ordre hiérarchique de préséance du pouvoir politique, les quatre personnalités du pays sont des sexagénaires et les octogénaires : le président de la République, le président du Sénat, le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre. Secondement, il y a la longévité du pouvoir. Paul Biya gouverne depuis 1982. Mais il est dans le cercle du pouvoir depuis 1962, deux ans après l’indépendance, en tant que chargé de missions à la Présidence de la République nommé par Ahmadou Ahidjo. La plupart de ses collaborateurs et thuriféraires du régime totalisent chacun plus de vingt ans de gestion des affaires publiques. C’est donc des frustrations accumulées pendant des années et des décennies qui sont en alerte. Bref, toutes les conditions sont réunies pour une nouvelle crise, un conflit sociopolitique au Cameroun.