Yves Tchakounte

SOUVENIR – DOUALA :La révolte populaire de Février 2008 telle que je l’ai vécue

10986966_796719580404300_6798637792509416073_n

Je me souviens de ces journées mémorables des 25, 26, 27 et 28 février 2008 au Cameroun. Douala, capitale économique, ville tout à fait particulière de par son organisation et sa composition, est considérée comme la ville rebelle. C’est elle qui était la principale une de l’actualité si ce n’était la seule. Il y a donc sept ans, pour une des rares fois dans ce pays, les jeunes avaient fait entendre leur voix en criant leur ras-le-bol face à la vie de plus en plus chère à travers leur seul moyen d’expression : la rue. Mais, au lieu de la bouffe, les réactions immédiates des autorités furent sanguinaires : la sépulture.

Plus tôt avant et à la veille du 25 février 2008, Douala sentait déjà du roussi. Les informations venaient de tous les côtés appelant la population à rester chez elle. D’où venaient ces informations et qui en était l’émissaire, je veux dire le ou les leaders ou même l’organisation qui en revendiquaient la paternité ? Je n’en sais rien. Tout s’est passé comme un éclair au point où personne n’y comprenait rien. Le 24 février, de la maison, les informations me parvenaient que quelques manifestations sporadiques avaient été réprimées dans un autre quartier de plus de 10 km plus loin de moi. La répression policière a fait un mort sur le coup. De là jusqu’au centre-ville, l’émoi était déjà perceptible. Mais, les quartiers résidentiels comme Bonanjo, Bonapriso, Bonamoussadi, Maképé et Kotto où je réside, le climat était serein. Tout laissait à penser que ce n’était qu’une gesticulation de « petits vandales », comme nous avaient laissé croire les autorités qui n’avaient pas sans doute mesuré le danger. « Tout ira bien, que chacun vaque à ses occupations » : cette ritournelle a toujours été leur refrain préféré pour rassurer la population qui prenait déjà cette affaire au sérieux. Les tracs en circulation étaient rares et les nouvelles ne circulaient que de bouche à oreille : ville morte, pas d’ouvertures des boutiques et des marchés, pas de travail, pas d’école à compter de demain.

Le lundi 25 février, à la première heure, je suis debout et comme d’habitude mon poste récepteur n’était pas mon premier réflexe. Je me dirige plutôt directement vers le carrefour de mon quartier où je ne vois pas l’ombre d’un individu. Tout était calme et semblait présager une journée d’intenses activités. Subitement, quelques badauds et voisins débarquèrent de, je ne sais d’où. Le carrefour commence à faire foule petit à petit, car les gens venaient prendre la température avant de décider d’ouvrir leur boutique pour les uns ou de sortir avec leur voiture pour les autres. Mais, la première curiosité c’était l’absence des taxis et des ben-skin. Après quelques minutes seulement, un membre du parti au pouvoir habitant à quelques jets de pierres de là et qui voulait jouer au courageux, est retourné mali militari en faisant une marche-arrière en catastrophe au bord de sa belle Prado. Des jeunes venaient vers lui avec des pierres, des lattes et des vielles roues de voitures. C’est en ce moment précis que j’ai dit : « Donc, même l’acteur est mort dans son propre film ? ». A cet instant, tout a commencé à changer dans ce carrefour Kotto Bloc. Tout allait dans tous les sens. Un grand feu est immédiatement allumé à cet endroit avec ces vielles roues de voitures. Elles étaient destinées à la Prado de l’expert-comptable Samuel Moth, fuyard et faux courageux. Il avait sûrement dit à sa femme qui ne voulait pas sortir de laisser sa petite voiture et de monter à bord de la sienne pour voir comment il est fort et puissant, comment les « vandales » ont peurs de lui. Quand un homme du RDPC veut jouer le faux héros devant sa femme, voilà ce que ça donne.

A cet instant, je retourne à la maison avec la certitude que, si c’est arrivé à Kotto c’est que tout Douala est paralysé. En mettant donc mon poste récepteur, Radio Équinoxe, chaîne urbaine très populaire, en concurrence avec RFI (Radio France Internationale) avec son correspondant permanent ici, j’écoutais anxieusement les journalistes qui nous gavaient d’informations de première main. La ville était donc minée. C’est le jour où j’ai compris le véritable rôle d’un journaliste. Tout le monde était sur ses gardes en attendant, je ne sais quoi. Le moindre dérapage pouvait tout embraser. Au fond de moi, même s’il était tôt pour y penser, je comprenais que quelque chose allait se passer. Du coup, je recevais des coups de fils de partout, des frères, sœurs, amis, cousins, etc. du Cameroun et à travers le monde pour me demander : « Gars, c’est comment au Mboa ? ». Je ne cessais jamais de répondre : « Gars, c’est fort, mais c’est pas grave ».

Le mardi 26 février, je ne faillis pas à mes habitudes, cette fois-ci : mon récepteur allumé, les nouvelles ne sont pas rassurantes. Merde. Un autre tour au carrefour me donne froid au dos sur la gravité de la situation. Rien n’a changé. Mais, voilà que les habitants de mon quartier avaient oublié quelque chose de très fondamental : se ravitailler en nourriture. Il faut le dire ici tout de même, les dernières révoltes, qui dataient des années 1990 et 1991 avaient laissé des mauvais souvenirs dans la conscience collective en matière de répression. La première élection présidentielle multipartiste de 1992, à l’ère de la démocratie, avait été spectaculaire. Le vieux Dipanda Mouele avait proclamé la victoire de Paul Biya à la place du vainqueur Ni John FruNdi, leader du parti de l’opposition SDF. C’est un souvenir qui avait encore laissé un goût amer chez les Camerounais qui espéraient enfin la fin du régime de dictature depuis 1956. Le chairman Ni John Fru Ndi, appelant au calme de la population, a certainement-là, trouvé la meilleure solution à la crise que traversait le pays depuis trois ans, mais ne réussira pas à calmer les esprits de ceux qui voulaient en finir avec ce régime. Ces tueries pendant les villes mortes de 1990 et 1991 et le holdup électoral de 1992 ont finalement donné cette certitude et la confirmation que le régime de Biya est une dictature. Depuis cette période, ce régime n’a jamais cessé de s’exercer à son jeu favori : réprimer la population dans sa soif de liberté. Cette liberté, systématiquement réprimée par le BIR à tel enseigne que le peuple, jusqu’ici, manque de culture de la liberté, d’exercice de la démocratie. Les éventuels appels à la marche des partis politiques et des syndicats pour des revendications quelconques sont jusqu’ici considérés comme des « troubles à l’ordre public » par des préfets et des sous-préfets qui les interdisent systématiquement. La population avait donc commencé à s’y habituer. La déculturation et la dégradation de la citoyenneté causée par des répressions tout azimut avaient donc commencé à avoir ses effets : la désaffection, le découragement et le désintérêt de tout ce qui relève de la politique. Personne ne voyait donc le danger venir en février 2008. Mais alors, qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de cette révolte surprise ?

En 1996, la constitution promulguée, issue de la tripartite (Gouvernement, partis d’opposition et société civile) qui est l’une des solutions de sortie de crise des années de braise, limitait désormais le mandat présidentiel à 7 ans au lieu de 5 ans et renouvelable une fois. Ce qui n’était pas le cas avant. Du coup, une lueur d’espoir se dessinait à l’horizon. Biya devrait donc avoir théoriquement 14 ans maxi au pouvoir. Que nenni. C’est en 2008, avec ses 76 ans, que le vieux tyran a compris que 14 ans étaient trop petits pour un si vieux lion. L’élection présidentielle de 2011 venant à grand pas, il fallait faire quelque chose. Quoi ? Vous en doutez bien. Le plat préféré des tyrans africains : changer la constitution en remplaçant « renouvelable une fois » par « renouvelable ». Comment peut-on changer seul un article, point focal, qui est le résultat d’un compromis de sortie d’une crise ? Et pendant ce temps, le climat social avait aussi pris un coup avec une inflation des prix des produits de première nécessité qui étaient passé du simple au double : riz, farine, sel, viande, lait, huile, poisson et que sais-je encore ? Les camerounais avaient donc très mal vécus les périodes de fêtes de fin d’année et 2008 ne présageait pas une année facile. Comme si cela ne suffisait donc pas, le vieux tyran pris le risque de promulguer, en janvier 2008, cette constitution taillée à sa mesure pour le permettre de se représenter en 2011. Ajouté à cette vie devenue de plus en plus chère, cela avait été considéré comme un défi. Jusque-là, personne ne voyait rien venir même comme le ciel s’obscurcissait.

C’est donc au deuxième et au troisième jour de la révolte, les 26 et 27 février, que beaucoup de mes voisins ont compris qu’ils avaient fait l’erreur de la minimiser. Les seules solutions qui nous restaient étaient donc de foncer vers les boutiques et les échoppes du coin. Les commerçants n’ouvraient pas. Il fallait être un client connu et résidant au quartier pour que le malien d’en face daigne vous servir à l’arrière-boutique. La prudence était de mise. En un clin d’œil, revenu au troisième jour, tout était vide. Les inconditionnels de la bière prenaient place derrière les bars pour se consoler du vide de la panse. La nourriture avait tari partout et les plus courageux m’avouaient avoir parcouru plus de 5 km à la recherche du pain. Quand on dit au Camerounais de faire le sport, ils pensent toujours que c’est un jeu. Ce sont les frottements que vous voulez voir ? Le gros ventre de bière et les cuisses graisseuses ont donné la sueur froide à mes compatriotes qui ont compris l’importance du sport. La famine, la soif, les moustiques, la chaleur, les frottements,… Non, les camerounais n’en pouvaient plus. Le tapioca appelé « sauveur » qui est un repas délaissé ici était subitement devenu « paradis ». Il fallait avoir les couilles en place pour réussir à trouver une seule maigre petite boîte de 50Fcfa vendu ce jour-là entre 100 et 200Fcfa ou parfois plus et pour ne même pas être rassasié.
Le jeudi 28 février, tout le monde était KO. Même les robinets ne coulaient plus. Les jeunes qui manifestaient font déjà parler d’eux. La colère et la sauvagerie ont donc pris le dessus. Les stations-services Total et les kiosques du PMU Cameroun, entreprises françaises sont particulièrement ciblés. Les boutiques de luxe et les boulangeries sont passé au crible par ces jeunes donc la raison avait certainement quitté leur réflexion. Pour certains, c’était la preuve que c’étaient des vandales, comme l’avaient mentionné les autorités au début : « voyez comment ils se comportement. C’est irresponsable. Ce sont des vandales, des voyous ». La réaction violente de Biya, à travers son discours, n’avait laissé personne indifférent. Jusqu’à présent je ne comprends pas pourquoi il accusait les opposants d’être des « apprentis sorciers » et d’être tapis dans l’ombre pour déstabiliser le pays en instrumentalisant la jeunesse alors que lui-même avait donné raison à cette jeunesse en créant un régulateur des prix des produits de première nécessité. Le déploiement du BIR et le discours violent de Biya ont presque mis le pays en situation d’effroi. Comme un coup de baguette magique, le vendredi 29 février, lendemain du discours, tout s’est arrêté comme par enchantement. Vient maintenant l’heure des bilans : plus de 140 jeunes assassinés par le BIR, plus de 3000 arrestations qui ont été déférés au parquet pour « troubles à l’ordre public et casse » et soit amnistiés, soit libérés quelques années après.

Par ce billet, je voudrais ici rendre hommage à ces jeunes assassinés qui, pour la plupart, avaient moins de 20 ans dont les photos circulent partout sur les réseaux sociaux. Ils n’étaient donc pas nés pour les uns ou étaient encore enfants, donc innocents, pour les autres au moment où leurs aînés se levaient aussi comme un seul homme dans les années 1990 et 1991 pour dire « ça suffit ». Devons-nous encore attendre une autre génération de jeunes de 20 ans, donc en 2018 année électorale au Cameroun, pour voir encore les jeunes dans la rue ? Tout laisse à le croire. Parce que du haut de ses 83 ans, Biya et son BIR doit affronter Boko Haram qui risque d’être le prétexte ou la goutte d’eau qui va déborder le vase.

10929574_10206058455883174_3820215702366769514_n1.Jacques Tiwa, tuéaBonanjo alors qu’il sortait de son bureau le 28 février 2008. Jacques était de ceux qui pensaient qu’il faut retourner au pays pour apporter sa contribution pour la reconstruction du Cameroun. Il avait acquis une expertise comptable au Sénégal, et s’était installé à Douala avec son épouse et ses deux enfants (Brice Nitcheu).

 

10995935_10205305772699118_1252816587732141209_n2.Le jeune Junior Mbeng a été abattu le 26 février 2008 àBonabéri par l’armée de Paul Biya.Junior avait tout juste 18 ans. Le 26 février 2008, comme de nombreux jeunes de son âge, il était descendu dans la rue pour dire NON à la modification de la constitution. Il était le fils unique à sa mère, Mme Essome, qui vivait à Bruxelles au moment du crime. Ce jeune (sur cette photo que tient sa mère) Camerounais rêvait d’un Cameroun meilleur (Brice Nitcheu).

 

TchakountéKemayou


Immigration : la voix du cœur ou celle de la raison ?

2014USDVVisaLotteryRegistrationIsOut

Malgré tout ce qu’on peut dire des méfaits de l’immigration : racisme, chômage, sans papier… partir pour l’Occident représente encore pour ces jeunes Africains un espoir, un gage de succès personnel et professionnel. Il ne se passe donc plus une minute sans que des amis, frères, cousins et collègues n’en parlent et n’en rêvent avec passion et émotion.

Fin novembre, Albert venait à peine de demander la main de Nicole quand sa fiancée lui annonça qu’elle venait d’avoir  la« green card » encore appelée DV-LOTTERY. Cette nouvelle a suffi pour mettre les membres de la famille de Nicole en émoi. Chacun voyant déjà le privilège d’avoir une personne proche vivre en Occident. Paradoxalement, cette nouvelle ne semblait pas réjouir Albert. Albert, cadre supérieur dans une banque avait un salaire lui permettant de fonder une grande famille. Ce projet qui lui tenait à cœur venait donc d’être brisé par sa fiancée qui tenait à devenir américaine, son rêve depuis trois ans qu’elle jouait à cette loterie. Conséquence : une dispute entre les deux familles

La question d’immigration est véritablement un serpent de mer ici au Cameroun. Entrer dans le ventre de l’oiseau volant est devenu une obsession chez les jeunes. Leur rêve : aller chez le Blanc et tenter sa chance. Je ferais une digression ici en rappelant, à ceux qui l’aurait déjà oublié ou qui ne le savent pas, que l’Occident aujourd’hui, c’est comme les grandes capitales africaines d’autrefois, vers les années 1960. Je me rappelle de la célèbre chanson d’André Marie Tala intitulée « Je vais à Yaoundé ». A cette époque, je veux dire à l’époque du lendemain des indépendances, les capitales africaines étaient des lieux de destination par excellence pour ces jeunes qui voulaient réussir. Plus de 90 % de la population étant rurale, les grandes villes, et les capitales bénéficiant des infrastructures, hôtels, hôpitaux de référence, universités et grandes écoles, lycées prestigieux, autoroutes, banques, aéroports, etc., étaient considérées comme des destinations privilégiées. D’ailleurs, la plupart de nos dirigeants qui ont vécu cette époque ont immigré vers les villes : c’est ce qu’on appelait « l’exode rural » qui n’est même plus d’actualité. Les campagnes se vidaient inexorablement et les villes devenaient désespéramment surchargées et encombrantes, d’où les bidonvilles. La mauvaise organisation et l’absence d’une politique urbaine présageaient le désordre que nous vivons aujourd’hui. Les autorités se plaignaient alors de cet exode massif qui avait pour risque l’abandon des plantations, seule source de richesse de la plupart de nos familles. L’immigration, aujourd’hui, s’inscrit dans la même problématique. Mais, à la seule différence près que même ceux qui ont un emploi, pour des raisons personnelles ou professionnelles sont tentés par l’aventure.

Ce conflit entre Albert et Nicole n’a pas fini de déchaîner des passions et des émotions à tel enseigne que le fiancé a avoué mettre un terme à la relation si celle-ci venait à partir. Pour la famille de Nicole nantie d’un BTS, il n’est pas question de renoncer à l’immigration, car c’est l’occasion ou jamais d’en profiter aussi comme les autres. « Profiter comme les autres », oui vous avez bien lu, profiter comme les autres : voilà où réside le drame des familles. Cette idée  de belle vie, du « m’as-tu vu ? » est bel et bien l’objet principal de ce projet d’immigration. A peine le voisin, l’ami, le cousin, ou la nièce ont immigré, ils ont changé la vie de leur famille : envoi d’argent par Western Union ou Monney Gramm, reconstruction de la maison familiale, etc. grâce à la position envieuse de ces immigrés. On veut être comme eux, comme les autres, avec cette illusion que cet autre ne soufrerait pas car il vit dans une société moderne où il y a plus d’opportunité pour les bosseurs et les battants. L’image que les autres présentent à leur environnement le plus proche, en famille, au quartier, etc. est celle de celui qui a réussi dans sa vie. Aller en Occident, c’est donc avoir réussi dans sa vie. Rien à voir avec ce qui se cache derrière cette réussite. La conscience collective est loin d’avoir l’impression que quitter d’une zone de pauvreté vers une zone riche ne garantirait pas une réussite. Il serait donc illogique de démontrer, par des calculs ou des équations simples, qu’il fait beau vivre ou encore qu’on peut réussir sa vie à Douala ou à Yaoundé qu’à Paris ou New-York où il y a des plus prestigieuses universités et écoles du monde, des hôpitaux de référence, des plus grands championnats de sports, bref, des infrastructures de rêve comme je venais de le dire pour ceux qui résidaient dans les campagnes et qui rêvaient voir la ville capitale. Il serait vain de convaincre un jeune qu’un pays de dictature est mieux qu’un pays de liberté et de démocratie. Les modèles de vie dans ces pays de démocratie font que ceux qui y vivent regardent de haut ceux qui vivent la dictature au quotidien. Seuls les personnes privilégiées ou celles bénéficiant d’un réseau social et des entre jeans bien solides réussissent à avoir une place au soleil. Ainsi, les valeurs des sociétés occidentales sont érigées en exemple. Immigrer aujourd’hui est devenu une fixation et une obsession chez les jeunes à tel point qu’ils sont prêts à tout abandonner, oui je dis bien, à tout abandonner pour aller jouer sur un terrain inconnu même en l’absence d’une famille d’accueil.

Cette illusion, est entretenue par les aînés, c’est le fait même des autorités. Les pays africains, au lendemain des indépendances, ont été pris en otage par des tyrans dont l’objectif et le programme politique n’avaient rien à voir avec un développement endogène. Leur seule ambition était la conservation du pouvoir à tous les prix. Pour preuve, aujourd’hui, les bourses pour des études dans les grandes universités occidentales n’existent plus que de nom, alors qu’elles, ces autorités des régimes de dictature en ont profité. Aujourd’hui, pour une moindre maladie comme la grippe ou le palu, nos gouvernants préfèrent, par leur position de pouvoir, s’octroyer des avantages des évacuations sanitaires vers ces hôpitaux de luxe sis en Occident. Idem pour leurs vacances princières : l’Occident est devenu la destination privilégiée de ces tyrans. Comment, avec ce genre de comportement, comment ne pas entretenir l’illusion sur le bien-fondé de l’immigration ? Ces mêmes dirigeants qui tiennent un discours sur le patriotisme que les jeunes auraient tendance à perdre sont-ils mieux placés pour être des exemples lorsqu’ils envoient leurs propres progénitures dans les plus prestigieuses écoles en France, en Angleterre ou aux États-Unis ?

Évidemment, il serait difficile de convaincre Nicole sur la nécessité de rester au pays parce que son fiancé a une position sociale enviable d’autant plus que cette position ne saurait être une assurance suffisante dans un pays où par un coup de tête, vous vous retrouvez dans la rue. Pardon, ne me parler par surtout des syndicats des travailleurs, ni de l’inspection du travail, ni même de notre justice où la corruption a son siège social. La pérennité de l’emploi est devenue incertaine. Dans un pays où 80% des sous-emplois règnent en maître, comment ne pas avoir la peur au ventre en tentant de ne pas suivre la voix de la raison : immigrer ? La raison c’est que dans une société moderne, la femme est appelée à s’assumer. L’industrialisation et le capitalisme ont fait de la femme un être à part entière. C’est même là l’objectif du combat du féminisme. Il n’est donc plus question qu’elle compte sur les ressources ou le salaire de son époux pour exister. La participation et la contribution de la femme dans le ménage sont devenues une exigence voire une priorité et une nécessité à cette ère contemporaine. La place de la femme n’est donc plus au foyer comme jadis. Elle doit se battre, autant que son époux, pour la réussite du ménage. L’indépendance de la femme, pour celles qui en sont conscientes, est une exigence dans une société moderne. C’est ce que Nicole a compris en décidant d’immigrer coûte que vaille. Albert, loin d’être contre l’indépendance de sa fiancée, a plutôt un problème : la peur de la perdre, et pour toujours. Oui, il l’aimait tellement qu’il avait peur de la perdre pour toujours. Il est avéré que la plupart des africains qui immigrent, ne respectent pas leur promesse de départ qu’ils ont tenu à leur partenaire amoureux. Comme pour dire : loin des yeux, loin du cœur. La voix du cœur serait de suivre son amoureux avec le risque que cela pourrait entraîner. Le moindre échec ou même la moindre dispute de la vie du couple, va faire remonter à la surface ce regret de n’avoir pas suivi la voix de la raison. Les femmes sont comme ça, malheureusement. Sa volupté ne la quittera jamais pour démontrer à qui veut l’entendre qu’elle a tout sacrifié, qu’elle a abandonné ses rêves par amour et pour le plaisir de son homme, et que pour ça seulement, celui-ci lui doit du respect. Ça deviendra une rengaine et un leitmotiv de chaque instant au moindre pépin. Pour aller plus loin, même si Albert lui offrirait une situation d’autonomie grâce à son salaire, cette rengaine sera toujours brandie comme une épée de Damoclès. Albert y a-t-il pensé ? Je ne le crois pas. Parce que pour ceux qui connaissent la femme, la première réaction lorsqu’elle vient vous dire « Chéri j’ai gagné la green card », serait de lui répondre : « pardon ma chérie, pars-toi oh ! Je suis encore très jeune pour mourir d’un AVC ».

Tchakounté Kémayou


Pourquoi Goodluck Jonathan se moque-t-il de Paul Biya ?

1780767_791293907613534_7374578809316226170_n

La Session Extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernements du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Afrique Centrale consacrée à la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram s’est achevée hier (lundi 16 février 2015) à Yaoundé. Au total, six présidents de la république des Etas de l’Afrique centrale étaient-là : Biya du Cameroun, Bongo du Gabon, Sassou Nguésso du Congo, Deby du Tchad, Samba Panza de la Centrafrique, et Obiang Nguéma de la Guinée Équatoriale. Ils ont tous fait le déplacement de Yaoundé sauf Goodluck Jonathan du Nigéria qui est le pays concerné au premier chef par cette guerre infernale contre la secte islamique. Comment peut-on analyser ou interpréter cette absence ?

Une déclaration de « guerre totale » sans objet

Depuis mai 2014 que la guerre a été déclarée à Paris par le président Biya, celui-ci semble perdre toute la légitimité du contrôle de cette guerre contre Boko Haram. Comment comprendre que les chefs d’Etat des pays comme le Tchad, le Bénin et plus récemment encore le Niger décident d’abord de consulter leurs députés avant de mobiliser leur troupe pour la guerre et pas Biya ? Celui-ci n’a donc pas trouvé nécessaire d’inscrire la légalité de la guerre par un vote a l’Assemblée nationale et au Senat sur l’envoi de soldats et le budget de guerre.Il serait convenu de l’avouer : cette méthode de fonctionnement et de direction du pays ne rassure pas tous ceux qui voudront prendre au sérieux le président Biya. Une déclaration de guerre qui vient en direct de l’Elysée, loin de sa terre patrie, est un signe, il ne fait aucun doute, que le peuple camerounais n’a rien à y voir et par conséquent, ça ne le regarde pas.

Une guerre dont le BIR est le principal acteur et non l’armée camerounaise

Il n’y a qu’à voir les images du front provenant de nos télévisions : seul le BIR (Bataillon d’Intervention Rapide), perçu par l’opinion nationale comme une milice du président de la république, est considéré à tort comme l’armée au détriment des autres éléments du corps de l’armée proprement dits. Même les chaînes internationales comme RFI, TF1 et autres se retrouvent en train de faire des reportages pour démontrer le professionnalisme des éléments du BIR, question de propagande médiatique, dirait-on. Cette propagande exhibitionniste des médias nationaux et internationaux sur les prouesses du BIR participe-t-il à une stratégie efficace de guerre ? Une réponse négative pourrait donc laisser Jonathan sceptique sur la sincérité de Biya.

Biya ne souhaite pas que Yaoundé soit dans un état de guerre

Le mutisme du président Biya depuis sa « guerre totale » contre Boko Haram ne finit pas d’étonner l’opinion quant à sa volonté de s’y impliquer à fond. Le fait qu’il ne se soit jamais présenté à l’aéroport de Yaoundé pour accueillir les soldats camerounais de plus en plus nombreux mourant au front est peut-être excusable, mais de là à ne jamais allé au Mess des Officiers à Yaoundé s’incliner devant le cercueil de ces soldats-là est tout de même scandaleux pour ne pas dire affreux. Je ne saurai personnellement jeter l’opprobre sur des soldats supposés aller défendre notre territoire malgré ce qu’on peut leur reprocher. C’est Biya qui est à craindre. Que dire alors sur le fait que le président Biya, ni même son ministre délégué à la défense qui n’ont jamais posé leurs pieds au front des opérations dans le Nord du pays ? Que dire des soldats camerounais blessés couchés à l’hôpital militaire à Yaoundé qui ont reçu le président Idriss Deby hier alors que le président Biya, dont le palais se trouve à quelque mètre de là, n’a même pas daigné aller leur serré la main ? Comme pour boucler la boucle, la communication de guerre qui est généralement l’affaire de l’état-major de l’armée et de son chef, est confiée ici au gouvernement, donc, à la propagande. Evidemment, c’est le chef de la propagande gouvernementale Issa Tchiroma qui s’en sort « majestueusement ». Il est donc convenu, de tout cela, que le président Biya ne souhaite pas ameuter la république pour faire croire qu’elle est en guerre. Ça attirerait l’attention du peuple sur lui car la propagande sur le concept de « président grâce à qui le Cameroun est en paix » pourrait battre de l’aile et son bilan d’homme de paix serait ainsi détruit.« Biya ne veut pas mobiliser le peuple, parce qu’il gagne plus en trafiquant avec les otages occidentaux, en censurant la presse qui ainsi est livrée totalement à sa propagande, et en montant sa milice tribale au front pour tirer les lauriers et le länder encore plus haut. La guerre telle qu’elle se passe, sans une mobilisation populaire, est une affaire juteuse pour lui. C’est ce qu’il se dit jusqu’ici ».

L’absence d’une émotion collective contre Boko Haram

Le 7 février dernier, en guise de soutien aux forces armées camerounaise et tchadienne au front dans l’Extrême-Nord contre BokoHaram, Awa Fonka Augustine, gouverneur de la région de l’Ouest, ancien gouverneur de l’extrême-nord s’adresse à la foule, en treillis. Mais de quelle foule s’agit-il ? Il est déshonorant, et même pathétique de constater comment un gouverneur de région, haut commis de l’Etat qui est l’un des bourreaux qui ont empêché l’émergence de la société civile force maintenant les écoliers, les élèves, les collégiens, les lycéens pour une marche de soutien à l’armée camerounaise pour la lutte contre BokoHaram. « Les gouverneurs qui, avec les préfets et sous-préfets, se sont toujours définis comme les soldats du renouveau, interdisant, saquant, détruisant tout ce qui est associatif, veulent soudain que les Camerounais sortent de chez eux pour marcher pour une cause nationale. Ils découvrent ahuris que quand on coupe et sarcle, il n’y a plus d’herbes, qu’a côté des associations des handicapés, des sportifs, des je ne sais trop quoi, il n’y a dans ce pays que des associations tribales – les tontines. Les soi-disant associations de la société civile sont si attaquées dans leur travail qu’elles ne peuvent pas faire le travail de base qui est nécessaire a leur survie: le recrutement des gens, bref, l’investissement humain. Et le gouverneur de l’Ouest, et les marcheurs de Yaoundé, de Douala, et le Mindef (Ministère de la défense), de retomber sur ce qui reste, la seule chose qui reste encore dans ce pays ou les Camerounais se réunissent au-dessus de la tribu : les écoles, les lycées. Encore heureux qu’il ne soit pas allé dans les églises de réveil, car elles sont le deuxième lieu ou les Camerounais se rencontrent par-delà la tribu. A cote des bars, bien évidemment, et des stades de football. On revient donc sur le sport. Seulement, les Lions ont été éliminés de la CAN ».

L’impuissance camerounaise et la réaction de la communauté internationale

Ici, nous nous retrouvons devant le même scénario classique du Mali d’une part et celui de la Côte d’Ivoire d’autre part. Comme au Mali parce que l’entrée des troupes Tchadienne à Kousseri a été saluée et ovationnée par la population camerounaise qui les attendais à la frontière des deux pays. C’est ce même scénario que les maliens ont vécu lorsque les troupes français sont arrivées. Comme en Côte-d’Ivoire, parce que le conseil de sécurité de l’Union Africaine s’y est mêlé et la décision de solliciter l’ONU pour l’envoie de 8.700 soldats a été prise à l’unanimité, c’est-à-dire près de la moitié de toute l’armée camerounaise, près du double du nombre du BIR qui n’a que 5.000 hommes. Le Nigeria et le Tchad devraient apporter chacun entre 3.200 et 3.500 hommes, tandis le Cameroun et le Niger y mettront 750 soldats chacun. La contribution du Bénin est de 700 soldats.La France va payer le carburant, mais veut un mandat de l’ONU. Eh oui, le scenario classique, comme en Côte-d’Ivoire, commence donc. Le Cameroun aura droit à sa résolution No XXX du Conseil de sécurité.

De tout ce qui précède, eh bien, le président nigérian se moque pas mal, non seulement des présidents francophones de l’Afrique centrale, mais plus particulièrement de Biya. Il sait que Biya n’est pas dans une logique de guerre et que la décision ne vient pas de Yaoundé sur les stratégies à mettre en place. Il sait que tous ces gars-là, les présidents des pays de l’Afrique centrale n’ont qu’un seul chef : François Hollande.Il sait aussi que cette session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernements du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Afrique Centrale consacrée à la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram est un théâtre tout monté, tout fait. D’ailleurs, comment expliquer que la première dame du Cameroun, pour une photo de famille, se soit retrouvée au milieu des chef d’État d’autres pays qui ont mieux fait de laisser leur épouse au palais ? Comment ne pas donner raison à Goodluck Jonathan qui a plutôt sollicité l’aide des Etats-Unis qui ont aussitôt refusé ? Pour Goodluck, il est complètement certains que le problème de Boko Haram n’est pas du ressort des seuls Africains. Il semble donc que c’est l’efficacité de son armée face à cette nébuleuse qui lui donne cette certitude. La solution de la guerre contre Boko Haramn’est-elle pas entre les mains des occidents qui ne trouvent pas encore d’intérêt à agir ? L’avenir nous en dira plus.

Wait ans see !

Tchakounté Kemayou


14 février : mon coup de gueule de la Saint-Valentin

10959787_822513311149913_6153139625349807015_n
Crédit photo: Facebook

Ne serait-il pas opportun, dans les circonstances d’une célébration, de nous poser souvent des questions dignes d’intérêt ? Il m’est toujours arrivé de considérer, loin de faire une polémique sur les concepts, que la relation de couple (un homme et une femme) marié ou non est basée sur la domination. Cet instinct de domination est loin d’être naturel ou spontané : c’est véritablement une construction.

Cette construction est le fait des hommes qui veulent à tous les prix avoir la primauté sur la pérennité, j’allais dire la destinée du couple. Tenez : quand un homme vit aux dépends d’une femme, on l’appelle « gigolo ». Existe-t-il un terme en français pour désigner une femme qui vit aux dépendx d’un homme? NON. Pas du tout! Pourquoi? Parce que la société considère que c’est normal qu’une femme soit nourrie, vêtue, blanchie, soignée, bref entretenue par son homme. Il faut préciser que ce n’est que dans le cadre du mariage que cela s’impose, car l’institution qu’est le mariage donne le droit, je dis bien le droit, à la femme d’être entretenue par son époux. C’est la loi de la famille camerounaise qui l’exige parce qu’elle considère l’époux comme le chef de ménage. C’est lui qui choisit le lieu de domicile et son épouse qui a le devoir de le suivre partout où il va ne peut s’y opposer. Il est donc responsable, mieux il porte l’entière responsabilité de la destinée de la famille qu’il construit. C’est la loi de la construction de la lignée, du clan. C’est le système patriarcal. Dans ce système, le fondateur de la famille, le père, est celui qui est à l’origine des grandes fratries qui pourront devenir plus tard des villages. C’est comme ça que se sont construites la plupart des familles patriarcales. Dans ce cas, l’utilisation du terme gigolo aurait donc un sens.

Il est important de signaler ici que cette loi de la famille camerounaise ne correspond plus aux réalités actuelles. A l’époque de la promulgation de cette loi, les femmes mariées étaient presque toutes considérées comme des ménagères. D’ailleurs, dans la plupart des cartes  nationales d’identité de ces femmes et même de celle des enfants majeurs, il était marqué « Ménagère » dans l’espace réservé à la profession de la mère. Les femmes, au Cameroun et comme la plupart des pays en Afrique, sont donc considérées comme des personnes essentiellement réservées pour faire le ménage et être baby-sitters.

Ce phénomène n’était visible qu’en zones urbaines comme Yaoundé, Douala et autre chefs-lieux de province. En campagne, les femmes s’exercent quotidiennement aux travaux champêtres, aux cultures vivrières. Ce système traditionnel donne donc plus de pouvoir à la femme qui est appelée à assumer ce dont les hommes ont le pouvoir en ville. C’est même une pratique qui est la conséquence de la polygamie, d’où la séparation des biens. Ainsi, chaque femme doit avoir ses propres champs qui lui permettront d’élever sa progéniture dont la moitié de la charge, presque, lui revient.Ici, il serait impossible de trancher sur la notion de chef de ménage d’autant plus que les deux partenaires ont des revenus et prennent en charge le ménage. Malgré tout, la famille reste patriarcale et par principe, l’homme reste chef du ménage. C’est donc une réalité qui n’existe pas dans la loi camerounaise où toute la charge du ménage incombe à l’homme. Dans certains villages, le système matriarcal est de primeur. Dans ce cas de figure, rien à voir avec le terme « gigolo ».

Qu’en est-il du cas où la loi, comme celle qui a été votée en Côte-d’Ivoire, qui stipule que les deux partenaires (l’époux et son épouse) sont des chefs de ménage ? Eh bien, il est donc clair, par cette loi, que aucun d’eux ne détient exclusivement le monopole des décisions en ce qui concerne l’avenir de la famille. En ce sens, même le choix du lieu d’habitation est un accord commun. Pas de dictature, pourrait-on dire. L’épouse, comme l’époux, est un donc considéré comme partenaire, comme chez les économistes. Ce terme prend donc tout son sens ici. Cela veut dire que la responsabilité des charges du ménage incombe aux deux partenaires. Ici encore, comme dans les campagnes, le terme gigolo n’a pas sa raison d’être.

Supposons un tant soit peu que la loi sur la famille venait à être abrogée pour laisser place à la responsabilité mutuelle, comme le stipule la nouvelle loi rédigée fort longtemps et tapie dans les tiroirs des autorités de Yaoundé, qu’adviendrait-il donc de ce terme gigolo ? Aurait-il alors un sens ? Non, me direz-vous. Comme en Côte d’Ivoire, la société deviendrait ainsi, par ce fait, une égalité parfaite ? Est-ce ce que recherche le féminisme ? Qu’est-ce que le féminisme, d’ailleurs ? C’est un mouvement idéologique qui vise la libération de la femme. Vous avez bien lu, libération de la femme. Qu’est-ce à dire ? Libération ici supposerait que la femme n’est pas épanouie, elle mène une vie de seconde zone. Selon ce mouvement, la loi en vigueur au Cameroun n’est pas propice à l’épanouissement de la femme de notre génération. Je me suis toujours posé la question de savoir d’où viendra cette libération de la femme si celle-ci se considère, consciemment ou non, comme une charge pour l’homme. Ainsi, une société où seul l’homme qui a une autonomie financière peut jouir de cet épanouissement personnel.

Voilà pourquoi c’est le lieu ici de dire en le déplorant, que la conscience collective africaine considère l’homme comme celui qui a « le dernier mot ». Car en Afrique et au Cameroun en particulier, c’est l’homme qui doit faire « le premier pas » : draguer ; c’est lui doit aller voir les parents de la fille : doter ; c’est lui qui épouse, donc il fonde la famille et ainsi il donne son nom à sa femme et à sa descendance, etc. Cette pratique a donc comme conséquence numéro 1 que si un homme est dragué par une femme, il sera considéré comme un homme faible, nul et non viril, bref sans valeur, voire il sera considéré comme une femme. La conséquence numéro 2 est que cet homme sera le dominé au lieu d’être le dominateur. La conséquence numéro 3 est que, comme je le disais plus haut, il sera considéré comme un gigolo. Pourquoi le dit-on ? Parce que l’expérience a montré que les femmes qui draguent les hommes sont des personnes de très forte personnalité, d’un caractère qui impose le respect. Les hommes ont l’habitude de les appeler « les femmes difficiles ». Comme pour dire que ce sont des femmes qui ne se laissent pas faire. Cette catégorie de femmes a la poisse.Au Cameroun, elles vivent malheureuses, car n’ayant pas connu de véritable amour. Elles sont pour la plupart, des femmes bien dans leur peau, cadres moyens ou supérieurs, à l’abri du besoin, donc. Elles ont la malchance de vivre dans une société masochiste, où les hommes ont peur d’être dominés. Même celui qui a un revenu haut de gamme a toujours peur de ce genre de femmes et préfère aller dans les sous-quartiers, les banlieues, ou même au village chercher sa femme, considérée, à tort ou à raison, comme celle qui est plus naïve, celle qu’on va « manipuler ». Evidemment, cette situation va entraîner la débauche où ces hommes joueront la belle vie avec ces femmes de caractère avec qui ils feront des enfants. Oui, ces femmes, pour la plupart, qui ne souhaitent mourir sans enfants acceptent facilement ce deal.

De l’autre côté les hommes « pauvres » acceptent rarement et difficile ce deal pour ne pas se faire stigmatiser de gigolo. C’est donc cet état de choses qui a inspiré ce billet que je voudrais participatif. Sans oublier qu’il y a des cas exceptionnels, pourquoi est-il considéré, par la société, que l’homme ne doit pas être pris en charge par une femme ? Si nous revenons au cas de la Côte d’Ivoire, que se passera-t-il si l’un des partenaires n’a aucune source de revenus ? Probablement et naturellement, me diriez-vous, il incombera à l’autre de prendre la charge de la famille. Mais, ceci ne peut s’envisager que lorsque c’est l’épouse qui a perdu son emploi. Par contre, lorsque c’est l’époux qui perd son emploi, les revenus de l’épouse doivent-ils automatiquement servir pour la survie de la famille ? Là, je suis convaincu qu’il ne serait pas facile de répondre par l’affirmative. L’époux doit se dépêcher de trouver une occupation le plus tôt possible s’il ne souhaite pas voir sa femme lui manquer de respect un de ces jours. En Afrique, un homme sans pouvoir financier est un homme sans caleçon. Il deviendra la risée de la société. D’ailleurs, son égocentrisme et son orgueil peuvent lui attirer les foudres de son épouse qui risquerait de « verser tout sur le marché ». Ne dit-on pas, comme l’artiste, que quand la femme se fâche le secret est dehors ?!Impossible donc d’imaginer un mariage avec un homme démuni, car la femme c’est l’argent d’abord. Je ne me souviens même plus où j’avais lu qu’il faudrait désormais désigner la femme par le terme « cameruineuse ».

Comment ne pas rêver d’une société où il sera possible de voir une femme « porter » un homme sans prétention de domination ? Vous me direz qu’il serait impossible de concevoir une société où celui qui finance ne domine pas. Par conséquent, dans un ménage la femme (celle qui finance) ne saurait subir les humeurs de l’autre. Normal. Mais, que dire alors de cet adage populaire qui stipule que seul l’Amour n’a pas de frontières et qu’il peut soulever les montagnes. Pourquoi la femme ne fermerait-elle pas les yeux sur l’orgueil de l’homme au lieu d’aller crier par-dessus le marché ? Si ce geste avait pour finalité d’amener son homme à la raison, cela ne pourrait même pas se justifier. Le linge sale se lave en famille. La plupart des cris d’orfraie c’est pour alerter le quartier et exposer son époux aux regards moqueurs de la meute.
Pour dire vrai, les femmes sont aussi à l’origine de ce masochisme, car elles participent également à le construire. Celles qui sont démunies entretiennent cette conscience collective selon laquelle « c’est l’homme qui doit assumer ». Pour elles, avoir un copain c’est un emploi qu’on a décroché. L’heureuse élue exige d’être aux petits soins. L’exacerbation de ce comportement a même poussé les hommes à considérer celle-ci comme des « femmes matérialistes ». De l’autre côté, celles qui jouissent de l’autonomie financière sont craintes par ces hommes-là qui les considèrent comme des « femmes difficiles ». Dans ce méli-mélo où la femme est malmenée comme une calebasse, les hommes jouent bien leur jeu macho. Contrairement à ce qu’on pense souvent, les femmes s’y plaisent.

Pardon, ne me tapez pas oh. Versez vos billes dans les commentaires.

Tchakounté Kemayou


Mon amour, comment ne pas te faire confiance

284967_236634893025387_4636977_n

Je me souviens du premier jour
Je me souviens de ce jour où le soleil illuminait ton visage
Je me souviens de ce moment fort palpitant, de l’instant de grâce immémorial
Je me souviens encore de ce premier coup de choc émotionnel que je maitrisais à peine
Oui, je me souviens très bien d’avoir été impressionné par ce regard innocent, oh que le temps passe si vite !

J’ai été obnubilé par ta prestance
Sublimé par ta silhouette pour une si petite femme
J’ai eu comme une sensation de te connaitre depuis belle lurette
Ton visage illuminant me semblait familier comme celle d’une mère attentionnée
Comment ne pas me réjouir de cette présence, de cette grâce un dimanche ensoleillé ?

Tu étais si pâle et curieuse ce jour-là
Tu t’obstinais à dévoiler ce que je ressentais
Peut-être l’avais-tu deviné, j’étais envahi d’enthousiasme
J’étais encore loin de savoir ce qui moussait en moi comme la limonade
J’étais quand même sur mes gardes au moindre dérapage de mes gesticulations

Je me souviendrais encore pour longtemps
Oui, la personnalité que j’avais vu en toi ne pouvais m’échapper
Ton caractère de femme intègre est resté le même malgré le temps qui passe
J’étais sûr d’être tombé sur le bon chemin tant espéré et tant manqué. Chanceux, dirait-on
Combien sont celles qui changent et grimassent après la première impression d’elles du premier jour ?

Oui, Adriana, ta saine vie t’auréole
Ton mérite est d’être aujourd’hui celle que tu as été hier
Comment te quitter malgré les vicissitudes de la vie qui veulent avoir raison de toi ?
J’ai longtemps épilogué sur des raisons de tes manquements pour te détourner de ta ligne
Ta forte personnalité qui me tenait en haleine a été l’un des catalyseurs de mon découragement

Il serait donc hypocrite de ma part de ne pas te dévoiler du fond du cœur ce qui y est caché
Mon loyalisme m’impose du respect pour ta fidélité ô combien constante et indéfectible
Prends-moi dans tes bras et reçois-moi dans ton cœur dont le mystère reste encore intact
Pour avoir su dompter mon cœur, je te l’offre en signe de notre Amour en espérant que tu en feras bon usage

Comment ne pas te faire confiance ?

En ce 14 février, voici mon vœu le plus cher
Je rêve d’être au milieu d’un jardin perdu dans un coin de la Terre
Entourés d’arbres dont les fruits sont prêts à être consommés dans un soleil d’aplomb
Je rêve de cet instant où seuls, nous n’aurons que la nature autour de nous, que des fruits
Que ces pommes bien vertes et rayonnantes et qui n’attendent que la main d’une princesse pour les cueillir

Mon amour, comment ne pas te faire confiance ?

Charlot Malin


Au-delà du luxe, un tricycle pour le droit à l’existence

1933992_1145110601206_1998472_n
A la Maison du Cycle à Douala. Je venais de recevoir mon deuxième tricycle offert par Jean-Claude SHANDA TONME

Les moyens de locomotion les plus utilisés par les personnes en situation de handicap moteur au Cameroun sont soit le fauteuil roulant, soit le tricycle, en dehors des commodités habituelles que sont les béquilles, les cannes et les prothèses. Mais, le tricycle a ceci de particulier et de spécial qu’il est non seulement un outil indispensable pour la mobilité, mais surtout un outil nécessaire pour la santé, voire la survie des personnes handicapées. Mon histoire est un témoignage vivant des émotions ressenties lors de l’acquisition de mon premier tricycle. C’est l’illustration de tout un pan du tableau pathétique de la vie d’un handicapé au Cameroun.

Je me souviens d’avoir reçu en don un tricycle de la part d’une personnalité ou mieux, d’une autorité administrative de Yaoundé. C’était en 1989 à la case sociale d’Akwa, à Douala, non loin du carrefour dit « Feu rouge Bessengue ». C’était pour moi comme une libération. Un an auparavant, j’avais eu mon concours d’entrée en classe de 6ème au lycée de New-Bell (actuellement « Lycée Bilingue de New-Bell »), le lycée le plus proche de chez moi, à Douala. J’avais donc trinqué pendant toute l’année de 6ème à faire plus de 6 km de marche, du domicile jusqu’au lycée, chaque matin et chaque soir, avec des prothèses aux pieds. Ces prothèses-là, considérés comme des pieds supplémentaires pour me maintenir debout et en équilibre, ne me rendaient plus service pour parcourir une si longue distance finalement. Conçus avec du fer et de l’acier, non seulement ils me fatiguaient, mais ils me causaient aussi de graves blessures. J’avais plutôt pitié de mes parents qui n’en pouvaient plus d’être désarmés face à mes souffrances. Je songeais même à demander au proviseur de m’octroyer la permission de squatter une salle de classe durant ma scolarité. Que non. Il fallait se battre tout de même.

Un mercredi matin de décembre 1989, alors que je m’apprêtais à aller en cours, mon père m’annonça que j’étais convoqué au service social d’Akwa le samedi, pour une cérémonie d’arbre de Noël réservée aux enfants indigents et qui sera présidée par le gouverneur de la province du Littoral (aujourd’hui nommée « Région du Littoral »). Lorsque j’étais pensionnaire au Centre de Rééducation des Personnes Handicapées de Etoug-Ebé, à Yaoundé, pendant plus de 3 ans, mes paires et moi recevions la première dame tous les mois de décembre pour une cérémonie d’arbre de Noël. Mais, depuis que j’ai quitté ce centre pour rejoindre ma famille à Douala, je n’ai plus jamais bénéficié de ce privilège. J’étais donc surpris par la nouvelle que mon père venait de m’annoncer, au point que je lui ai suggéré d’aller bien vérifier sa source. La confirmation me vint le vendredi qu’il faudra s’apprêter pour la cérémonie de samedi. Excité par l’envie de savoir ce qui pourrait être la surprise de l’année, je ne me fis pas prié pour suivre mon père, qui avait décidé d’y aller. C’était une cérémonie brève, où le protocole était réduit à sa plus simple expression. Et à ma grande surprise, le gouverneur Luc Loé (si mes souvenirs sont bons) est venu spontanément vers moi, avec le soutien de sa garde, me prendre par la main et me porter carrément, afin de me poser sur un des dix tricycles installés dans la cour.

Il serait difficile pour moi de me souvenir encore des effets de l’émotion qui m’ont envahi à ce moment précis. Je me suis senti soulagé des peines, des douleurs, qui feraient désormais partie de mes tristes souvenirs. La manipulation de ce tricycle neuf me semblait si naturelle que j’ai surpris plus d’un : on ne cessait de me demander où et quand j’avais appris à en faire. Pour moi, c’était un paradis terrestre. C’est comme si l’on m’avait sorti de l’enfer. Je gesticulais comme un chien qu’on venait tout juste de libérer de sa cage. C’était surtout mon père qui se tordait à me rappeler à l’ordre.  Seuls les gardes du gouverneur, qui se trouvait encore à l’intérieur pour un dîner d’au-revoir, ont réussi à me tranquilliser.

Ce tricycle me rappelle donc plein de souvenirs. J’ai même envie de sourire en pensant à toutes ces idées sottes qui me hantaient l’esprit avant son acquisition. La souffrance des 6 km de marche et des blessures causées par mes prothèses me confortaient finalement à l’idée que la seule solution pour moi était de rester à la maison. J’étais loin d’imaginer que j’allais sortir de cette situation, jusqu’au moment où le désespoir est devenu insignifiant. Je me résolus à penser que tout changement devait venir uniquement de moi, par mes efforts inlassables, par ma témérité infaillible. C’est ce qui m’a donné la force de continuer mes études malgré tout. Qui sait, peut-être aurais-je abandonné en cours de route si ce tricycle n’était pas venu à ce moment précis.

L’un des avantages du tricycle pour personnes handicapées est aussi -et surtout- lié au fait qu’il n’exige pas une somme d’argent conséquente pour son entretien. Les crevaisons, les pneus et chambres à air défectueux sont au plus les seuls casse-têtes chinois que ces personnes vivent. Quelques pièces de monnaie suffisent pour tout mettre à jour. La galère commence au comment où une pièce vient à exiger son remplacement.

Mais le challenge reste et restera toujours celui de l’acquisition de ce tricycle au Cameroun. Entre 170.000 francs CFA et 190.000 francs CFA à la Maison du Cycle, ce bijou n’est pas à la portée du pauvre handicapé qui ne reçoit d’ailleurs aucune pension alimentaire de l’Etat. Les handicapés qui sont seuls à la charge de leur famille ne peuvent qu’attendre la manne qui tombera du ciel un de ces jours, peut-être. L’un des défauts et pas le moindre, c’est que le tricycle pour personnes handicapées est fatiguant. Il demande beaucoup d’énergie et de robustesse. Une ville comme Douala, bien que située sur une plaine, possède des pentes qui ne sont pas du tout aisées à gravir. A chaque coin de rue, les handicapés doivent faire appel à la robustesse de leur bras à défaut de solliciter l’aide d’un passant prompt à répondre favorablement. La ville de Yaoundé, surnommée « ville de sept collines » est réputée pour être hostile à ce genre de mode de locomotion. Les pentes de Yaoundé sont plus raides encore et il sera difficile de voir un handicapé circuler avec son tricycle sans l’aide d’une tierce personne.

A la différence des tricycles, les fauteuils roulants que l’on trouve aussi au Cameroun sont adaptés pour l’intérieur. Inutile de sortir avec son fauteuil si la distance s’avère longue. Le tricycle pour personne handicapée joue donc un rôle social. En l’absence d’une véritable politique de transport urbain qui faciliterait aussi par ricochet le déplacement des personnes handicapées, le tricycle devient la solution idoine dans un contexte de pauvreté. Il libère, il fait rêver, il cristallise les espoirs pour ces personnes handicapées, ces laissées-pour-compte, ces stigmatisés, ces individus que les autorités, probablement trop préoccupées pour leur avenir professionnel, ne considèrent même plus comme des citoyens. Le tricycle, par sa commodité, par la simplicité de son entretien, a presque sauvé mon éducation, ma scolarité, mon instruction de 1989 à 2009. Vingt ans d’existence, donc. Je l’avais finalement abandonné parce qu’il avait pris de l’âge*. Du lycée jusqu’à l’université, les aides pour étudiants handicapés n’existent que sur du papier. Dans un pays où les lois n’existent que pour mater et opprimer, la notion de liberté est si large et si complexe qu’il serait absurde de la limiter seulement à l’expression. Donnez un tricycle à un handicapé qui passe le clair de son temps à ramper, vous allez voir par vous-même ce que ça signifie d’être libre. Condamner un handicapé à l’immobilisme, c’est de l’empêcher de jouir de sa liberté de bouger, de circuler, et donc d’exister.

Que c’est dur de vivre toute sa vie cantonné entre quatre murs parce qu’on est physiquement paralysé ! C’est l’occasion de dire que le tricycle pour les personnes en situation de handicap moteur est loin de constituer un luxe comme beaucoup le pensent, et surtout  pour des adolescents et des enfants. Ceux-ci ont toujours cette envie de s’y installer. Le fauteuil qui le constitue est confortable. Je me rappelle que le lundi suivant, après ladite cérémonie de Noël, mon premier jour de classe a presque été comme un jour de gloire. J’étais comme un héros que mes camarades enviaient. J’étais loin d’imaginer que beaucoup rêvaient être à ma place. Oui, beaucoup voulaient être à ma place, je vous le dis. Moi qui croyais être le dernier, le plus banni de la Terre. Mon tricycle était donc devenu, pour mes camarades, un objet de jeu pendant la récréation. Même les avertissements du proviseur n’ont pas intimidé ces gamins, qui m’en voulaient tellement de ne pas les laisser prendre du plaisir. Comment ne pas vous le dire : c’est la première fois de ma vie où j’étais heureux. Je me suis senti homme, enfin ! J’étais donc devenu la risée des gamins et surtout de mes paires qui peinaient de ne pas avoir une place au soleil.

*Je ne saurai clore ce témoignage sans remercier celui qui m’a redonné le sourire en 2011 en m’offrant un second tricycle que j’ai fini par offrir aussi à un étudiant handicapé. Mon inscription en thèse ne donnait plus l’occasion de faire des déplacements quotidiens. Mon aîné et frère Jean-Claude SHANDA TONME, juriste et Médiateur International et président de l’ONG COMICODI, puisqu’il s’agit de lui, est, jusqu’ici, mon soutien intellectuel incommensurable dans la poursuite de mon parcours académique. Que ça libère, le tricycle !

TchakountéKemayou


Drame passionnel à Douala : Je te tue et je meurs au nom de l’argent

Douala, ville cosmopolite, ne se réveille jamais sans drame. C’est devenu une coutume d’entendre ou d’être témoin d’une histoire. Les polémiques à n’en plus finir ont meublés les commentaires dans tout le quartier Maképé situé en banlieue à la suite d’un assassinat suivi d’un suicide.


Dans la nuit du 1er au 2 février dernier, le sommeil a été long comme d’habitude après un week-end bien chargé. Il n’était pas festif du tout cette fois-ci. Je venais de la région de l’Ouest-Cameroun où j’ai assisté aux obsèques d’un journaliste qui avait avalé sa plume deux semaines plus tôt. C’est aussi pour ça que mon réveil a été pénible ce jour-là et il fallait bien que je m’efforce de mettre mon récepteur radio en marche.Radio Equinoxe, ma chaîne privilégiée, est le choix habituel pour les infos locales du matin. Une nouvelle terrifiante fut la une : « Drame passionnel à Maképé où une dame a été poignardée par son copain qui la soupçonnait d’entretenir une relation avec un autre homme. Malgré leur séparation, l’homme n’a pas supporté la trahison et a débarqué dans le lieu de service de la jeune femme avec un poignard. Après avoir planté plusieurs coup de poignard dans le corps de la femme la population s’est rué sur lui, l’a bastonné avant de mettre le feu sur son corps déjà presque inerte ». C’est ainsi que je peux résumer l’information qui avait captivé mon attention ce jour-là et qui m’a aussi presque sorti de mon sommeil. Les nouvelles de ce genre, il y en a chaque matin à vous couper le souffre.

Il est aussi de coutume que cette défaillance de la justice camerounaise qui a développé ce phénomène de justice populaire était seulement appliquée sur des voleurs qu’on attrapait en flagrant délit de vol ou même qu’on soupçonnait seulement d’en être l’auteur ou le commanditaire. Comme d’habitude, à la fin du journal, il faut penser à la panse et le lieu de repère pour un rendez-vous de bol de bouillie qui se trouve au carrefour du quartier et proche de ma maison est déjà bondé de monde lorsque j’arrive pour mon petit déjeuner matinal. Je m’installe en donnant ma commande qui retarde quelques minutes en attendant mon tour. Ici, c’est à chacun son tour dans l’ordre d’arrivée. Et pendant que les beignets étaient au feu, il fallait alors attendre. Cette affluence faisait même dire à d’aucun que c’est Tanty Simone qui a inventé les beignets. Eh oui, « Tanty Simone », comme beaucoup ici aiment l’appeler gentiment, qui exerce de main de maître ici est la maman de ce carrefour lieu-dit « Entrée Johannesburg » à Kotto. Oui, vous avez bien lu. C’est bel et bien un lieu célèbre à Douala où 4, non, près de 6 bars se côtoient tous les jours et rythment le coin le jour comme la nuit. C’est aussi un lieu de tous les ragots où les désœuvrés, les va-nu-pieds, les vendeurs à la sauvette, les conducteurs de moteurs taxi (les benskineurs), les tenants de tous les commerces environnants et lointains et mêmes les spécialistes en chômage avancé comme moi-ci, viennent se ressourcer.

Mon tour était donc arrivé et à peinej’ai commencé à mijoter ma bouillie chaude que j’entends les murmures qui révélaient la découverte d’un corps d’homme brûléexposé encore sur la voie publique. Ces éternelles découvertes ne retinrent même pas mon attention, car je suis déjà fatigué t’entendre les drames abracadabrants tous les jours :

– Gars, tu as appris qu’on a brûlé un bandit hier ?
– Quoi ?
– Je te jure ! La population est sortie et a mis le feu sur lui et il est die catch (mort sur le champ, ndlr)
– Qu’a-t-il volé ?
– La moto. Elle était encore toute neuve.
– Non, rétorque un autre, ce n’est pas pour la moto, il est entré dans un salon de coiffure pour cambrioler et dépouiller les clients. Et à la fin du vol il n’a pas supporté qu’une fille lui fasse la riposte. Il a poignardé et le crie des nga(« Fille », « copine » dans la langage populaire, ndlr) qui retentissaient par un « ô bandit ! ô voleur… !) a alerté les gens qui sont sorti pour voir ce qui se passe. La population a tabassé le jeune homme à mort et l’a brûlé vif.

Je me suis, à l’instant, dis qu’il ne s’agissait pas de la même histoire suivie à la radio. Mon attention était focalisée sur mon bol de bouillie. Les commentaires s’enchaînent et les versions de l’histoire se succèdent dans un brouhaha indescriptif et interminable. Il ne me restait plus qu’à finir rapidement mon gros bol et continuer mon programme de la journée. J’entends comme une voix qui vient de loin :

– Non, c’est un crime passionnel, c’est un jaloux.

Je me suis résolu à ma décision de partir. Celle-ci prit une intensité pas moins passionnante elle aussi. Je tendis bien mes oreilles pour ne pas échapper à une bride d’info. Le gars, comme un messie venu annoncer la bonne nouvelle, continua :

– Le gars qu’on a brûlé-là n’a pas supporté que sa nga le quitte pour un autre. Il a débarqué dans le salon de coiffure où travaille son ex-copine pour poignarder la nga-là. La population est alors sortie pour rendre le pareil.

Et un autre de répliquer :

– Oui, oui, même moi j’ai suivi ça à la radio ce matin.

Vous comprenez donc que la plupart des discussions qui ont eu lieu dans la rue et les gargotes sont de diverses sources. Il suffit de ne pas faire attention, et vous risquez d’en prendre de la graine. Cette version me semblait donc plus crédible et il ne me restait plus qu’à continuer ma grâce matinale auprès de ces « reporters » de circonstance. La journée est passée sans que le ciel ne sombrât pour changer le cours de l’histoire. Avec des empoignades et des micmacs à n’en plus rompre, je pris congé d’eux sans justement avoir la vraie version et décida de ne plus m’y mêler.

Et le soir venu, assis galamment dans une terrasse de la rue d’en face la villa de mon ami Aladji, le vigile vint comme d’habitude me tenir compagnie en rompant ma solitude. La chaleur étouffante et les moustiques en nombre illimité ne donnaient envie de rester cloîtrer dans la maison. Les salamalecs de coutume se ponctuassent par « Comment ça a été, la journée ? ». La réponse du vigile s’accompagna d’un froncement du visage qui ne dit pas son nom. Sans attendre ma question pour savoir ce qui ne va pas, il entama :

– Kapo (c’est mon petit nom), tu as suivi la radio ce matin ?
– Oui. Qu’y a-t-il ?
Wantafoulpalaba ! (interjection pour marquer son étonnement, en langage populaire) Un gars-là a poignardé sa copine ce matin et il s’est aussi poignardé.
– Ah ! M’écriais-je.
– Donc tu n’as pas suivi ça ?
– Si, j’ai suivi. Mais, la radio annonce plutôt que c’est la population qui l’a lynché.
– Non, c’est faux.

J’ai commencé à comprendre que je vais bientôt avoir une autre version provenant de la rue. Il attire plutôt mon attention en affirmant avec insistance que cette histoire d’amour qui s’est achevé en drame avait commencée à se gâter à cause d’un problème d’argent que personne n’a vu venir, même les journalistes de la radio n’y ont vu que du feu. Il entama le récit que je résume :

Mon ami Karibou m’a appelé un soir, il était à peu près 19h pour venir assister en tant que témoin à une transaction de prêt d’argent. Mon ami Karibou devait donner une rondelette somme de 200.000FCFA comme prêt à Hamed qui s’était promis de rembourser dans un mois. Hamed était amoureux de Solange qui avait besoin de cet argent pour un « business », disait-elle. Elle avait promis la lui restituer après un mois, car ce business en question devrait rapporter le double. L’amoureux n’hésita pas de solliciter Karibou pour un prêt et celui-ci, par mesure de précaution, appela le vigile Samy pour être témoin que Hamed détient 200.000FCFA remboursable à Karibou dans un mois. Pendant un an cette histoire d’amour avait déjà fait long feu et les deux concubins vivaient en harmonie jusqu’au jour où une soudaine histoire d’infidélité survint. Solange ne supportait plus le climat délétère et décida de rejoindre ses parents.Le temps s’est vite écoulé. Le délai du remboursement était déjà passé de 3 mois sans que Solange n’ait eu la politesse de restituer la somme d’argent promise malgré l’insistance de Hamed. Hamed prit son courage et rend chez ses ex-beaux-parents pour trouver une solution. Le père de Solange qui semble être le bénéficiaire de cet argent surprend Hamed qui reçoit une fin de non-recevoir. Pour le père de Solange, il faut que Hamed considère cet argent comme la compensation d’une perte de temps à Solange :« Pour avoir « utiliser » ma fille pendant un an et sans suite, dit-il, il faut bien que tu paies pour ton vandalisme ». Hamed a considéré cette réponse comme un affront et a donc décidé, sous cape, de se venger.

La colère qui emportait Hamed n’avait pas de limite. Il décida de créer l’actualité ce jour du dimanche 1er février dernier en se rendant au salon de coiffure où travaillait Solange. En entrant, il sort le poignard à double tranchant qu’il avait bien limé au préalable. Il assène des coups de poignards mortels à Solange. Dans la furie totale des filles du salon et des clients, il planta un coup de poignard dans son ventre. Les populations, sorties en masse, se précipitèrent sur le corps d’Hamed déjà ensanglanté, le ruèrent de coups de bâtons mortels. Comme si cela ne suffisait pas, Hamed qui respirait encore, a fermé définitivement les yeux lorsqu’il a été immolé.
Voilà ! Puisque c’est un témoin, pourquoi ne pas donner du crédit à cette version ? Une histoire d’argent confondue avec une histoire d’amour. A la question de savoir s’il s’agit d’un crime passionnel ou d’un règlement de compte, la réponse n’est pas aussi facile qu’on pourrait l’imaginer d’emblée. Facile donc, pour quiconque de se méprendre dans ce tourbillon de version rapportées par les ragots. Les journalistes qui s’exercent dans des faits de société comme celle décrite ci-dessus, semblent être considérés comme ceux qui s’occupent des faits de ragot. Ils sont souvent et généralement considérés comme des journalistes des faits secondaires, donc relégués au second plan. Ainsi, les journaux qui choisissent de faire de ces drames des scoops doivent achever des recoupements dans les secondes qui suivent. Sinon, il va se retrouver deux jours après qu’ils ne sont plus d’actualité, car les drames à Douala, on en compte presque tous les jours.

Ainsi va la capitale économique au quotidien !

Tchakounté Kemayou


Mon engagement pour la campagne #StopBokoHaram

14038_10152940454585340_4864888112295739746_n

Depuis l’apparition de la secte Boko Haram dans la scène publique camerounaise, l’opinion reste toujours perturbée par des mauvaises nouvelles de rapts et de décapitations qui viennent de la région de l’Extrême-Nord. Heureusement, les dégâts ne sont pas catastrophiques grâce à la hargne et la prouesse des forces armées que la tyrannie balance dans la gueule du loup.

Un bilan presque élogieux dans la libération des otages

C’est au cours du mois de février 2013, et plus particulièrement dans la journée du 19 que Boko Haram fait son apparition au Cameroun. Exerçant naturellement au Nigeria, la secte était encore, avant cette date, considérée comme une entité ayant des revendications purement politiques. Il faut aussi signaler que beaucoup d’observateurs et analystes soupçonnaient déjà d’éventuelles incursions en territoires camerounais. Mais la naïveté, ou mieux, la négligence des dirigeants a finis par donner raisons à ces analystes considérés jadis comme des détracteurs de la république. Depuis cette date, la présence de Boko Haram sur le territoire camerounais est devenue officielle. Une vidéo menaçant les autorités camerounaises diffusée par la secte avait fait le tour du monde. Depuis cette date et à ce jour, le Cameroun enregistre sur son sol presque 100 rapts donc une vingtaine d’occidentaux et plus d’une centaine de camerounais décapités.

Parmi les rapts les plus célèbres on peut dénombrer, celui des sept français dont quatre garçons âgés de 11 à 12 ans dans les plaines de Dabanga à l’Extrême Nord enlevés justement le 19 février 2013, celui du père Vandenbeusch, des religieux italiens et de la religieuse canadienne libérés le 1er juin 2014, celui de dix chinois et de dix-sept camerounais enlevés respectivement en mai et juillet 2014, celui plus récent de 24 camerounais libérés parmi les quatre-vingt enlevés le 18 janvier 2015. Tous ces otages sont donc sains et saufs. Mais la libération la plus rocambolesque fut celle de l’allemand Nitsch Eberhard Robert enlevé en juillet 2014 au Nigeria et détenu toujours dans ce même pays.A ce jour, le compte est loin d’être terminé et il est désormais établi que la libération pompeuse de ces otages, plus particulièrement des otages occidentaux, fait l’objet d’une publicité tapageuse du régime pour le compte d’une propagande politique malsaine. Au fait, pourquoi Paul Biya rançonne-t-il la libération des otages ?

A la recherche d’une visibilité internationale : La propagande diplomatique

10308757_780383592037899_4790243026596707867_n
Le président Biya recevant au palais l’otage allemand Nitsch Eberhard Robert venu du Nigéria

Un bilan aussi élogieux des libérations des otages kidnappés par la secte est loin d’être considéré comme des faits anodins. Des faits manifestes qui témoignent de la volonté consciente de vouloir être une nation à la recherche désespérée d’une identité sur le plan international. Un bref aperçu aussi sur le bilan des rançons est digne d’intérêt. Selon certaines sources de plus en plus crédibles, plus particulièrement celle de Reuters, confirment que, à la suite d’une enquête après la libération des sept français,le président de la république camerounaise est l’une des personnes les plus promptes au payement des rançons :

NigerianIslamistsectBokoHaramwaspaid an equivalent of around $3.15 million by French and Camerooniannegotiatorsbeforefreeingseven French hostagesthismonth, a confidentialNigeriangovernment report obtained by Reuters said […]French news network i-telereportedearlier on Friday that a ransomhad of $7 million had been paid, suggestingeitherCameroonPresident Paul Biya or GDF-Suez hadpaidit.

A la suite de Reuters, les journaux comme les quotidiens nigériansVanguard et Daily Trustconfirment aussi cette fâcheuse habitude qu’a pris le Cameroun de toujours se plier aux injonctions du leader Abubakar Shekau qui ne vit pas seulement de l’investissement d’Aqap [Al-Qaida dans la péninsule Arabique] et d’Aqmi [Al-Qaida au Maghreb islamique], ainsi que celui d’Al-Shabab dans la Corne de l’Afrique, mais aussi des rançons bien fourni et alimenté par Paul Biya.

Il est donc tout à fait raisonnable de s’indigner sur la mobilisation diplomatique camerounaise pour libérer des otages occidentaux d’autant plus qu’avant que Boko Haram ne pointe son nez le 19 février 2013 en kidnappant la famille Moulin Fournier, les villageois subissaient déjà les affres de la secte sans que le pouvoir de Yaoundé ne daigne se mouvoir pour les sortir des griffes de la nébuleuse. Ainsi donc, comme un coup de baquette magique, Yaoundé se sent subitement interpeler par un devoir républicain. Victime d’une diplomatie handicapée depuis belle lurette, une occasion en or venait donc d’être donnée par Abubakar Shekau à Paul Biya pour se faire une visibilité devant une France donc le président n’avait plus mis les pieds à Yaoundé depuis plus d’une décennie. La réaction de François Hollande après la libération des Moulin Fournier a donc été un coup médiatique recherché par le pouvoir de Yaoundé qui a aussitôt vu la nécessité de renforcer cette stratégie en espérant plus.Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, s’est lui aussi fendu en remerciements à Yaoundé. Il était venu pour ramener les otages à la maison en allant dans le même sens que son chef : « Je veux vraiment et chaleureusement vous remercier, Monsieur le Président, pour ce que vous avez fait, en liaison avec les autorités nigérianes et françaises, comme vous l’avez souligné, dans la discrétion, dans l’efficacité en réitérant la gratitude de la France à l’égard du Cameroun et de son président ».Ce dénouement heureux va-t-il réchauffer l’état des relations entre les deux hommes ?

La problématique du double langage : Le rançonnage et « la guerre totale »

La dernière vidéo diffusée par la secte révèle, par la bouche de son leader, que le double langage de Biya consistant à négocier et collaborer la nuit et venir les combattre le jour est signe d’une lâcheté notoire. Déjà engagé dans une stratégie de rançonnage, Paul se retrouve contraint à déclarer une « guerre totale à Boko Haram », loin de ses institutions législatives qui auraient pu donner une caution légale à cette guerre.Voilà donc le double jeu de Paul Biya dénoncé par Abubakar Shekau.

Cette double posture du régime de Yaoundé fait ressortir des incongruités dans la gestion de ce que je peux appeler « crise ». Comment comprendre qu’une fois engagé dans la guerre, les soldats tombés au front des batailles dans la région de l’Extrême-Nord reçoivent des honneurs de la république en l’absence du chef suprême des armée, tandis que celui-ci reçoit, au palais, en grande pompe les otages libérés ? L’exemple le plus parlant c’est justement le cas de la libération de l’otage allemand Nitsch Eberhard Robert arrêté et maintenu pourtant sur le sol Nigérian depuis juillet 2014. Nitsch travaillait au Nigeria où une ambassade allemande existe,d’où vient-il alors que ce citoyen allemand capturé au Nigeria se retrouve libéré plutôt au Cameroun et est présenté à la presse camerounaise, et reçu par le président camerounais dans le palais du peuple camerounais, le palais d’Etoudi, pour faire la Grande Une du quotidien de l’État camerounais « Cameroon-Tribune » ?Tous les otages ainsi libérés sont chaque fois reçu en héros au palais avec des champagnes en leur honneur.

#StopBokoHaram

1779953_494481130693276_362774402020492659_n
Marche patriotique de soutien aux forces armées » le 28 février prochain à Yaoundé

Il faut le dire ici, pour finir, que cette guerre que mène le Cameroun n’est pas sans importance pour le pays exposé à la merci des barbares depuis longtemps. Toujours est-il aussi important de souligner deux choses : de 1-La nullité et l’embrouillamini du « Conseil Nationale de la sécurité » (CNS) donne à penser que cette institution dont le rôle est de préparer nos armées à affronter les dangers que le pays vit actuellement, est inexistante. C’est aussi la preuve, comme le dit Ngouo  WOUNGLY–MASSAGA, que : « Ceux qui sont à la tête des institutions de défense et de sécurité dans notre pays ne le doivent qu’à la pratique du tribalisme et ou à leurs aptitudes de personnes prêtes à exécuter toutes les besognes  et à faire tirer sur les jeunes et sur le peuple « sans état d’âme »…et non à leurs compétences ». Il en résulte donc que notre armée, et plus particulièrement le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR), n’est foncièrement pas conçue pour la défense du territoire contre un ennemi externe, mais pour la répression de toutes manifestations de mécontentement populaire et la guerre civile. En conclusion donc, « le pays n’a aucune véritable stratégie, aucune politique cohérente de lutte contre Boko-Haram ». Une sorte de défaite programmée, donc ! Et de 2-Cette gabegie dans la gestion d’une guerre menée par les jeunes officiers fraîchement sortis de l’Ecole Militaire Interarmées (EMIA) est à décrier. N’ayant aucune expérience de la guerre, ces jeunes officiers sont appelés sur les champs des batailles tandis que les autres militaires, considérés comme les plus aguerris, sont enfouis dans les casernes, se mettent à l’abri, loin de la galère de l’affreuse guerre. Cela témoigne donc de l’existence de cette corruption tant décriée et qui est la pratique la plus répandue et la marque déposée du régime de Yaoundé.

C’est pour ces jeunes soldats que la tyrannie a choisi de sacrifier que je me joindrais à cette « marche patriotique de soutien aux forces armées »  le 28 février prochain. Je leur rends donc hommage par ce billet. Le souvenir de cette date du 28 février 2008 me rappelle que cette même armée avait tiré à bout portant sur les jeunes à mains nues descendus dans la rue à la suite d’une modification de la constitution abrogeant l’article qui limitait le nombre de mandat présidentiel. Cette manifestation avait été aussi incitée par une crise dite de « la vie chère » qui avait presque soulevée les jeunes de quelques capitales africaines.Cependant, cette manie qu’a la tyrannie de Yaoundé de se mêler de la manifestation pour créer la confusion dans les esprits. « La honteuse escroquerie politique du parti au pouvoir consistant à  confondre la mobilisation patriotique contre Boko Haram et le soutien partisan au chef de l’Etat » n’est qu’à un doigt.

TchakounteKemayou


Les leçons des attentats de Paris

10926451_10101696916198237_1933891682021883192_n

La France vient de connaître une semaine folle et riche d’émotions. Il ne s’est pas passé une seconde sans que le monde ne soit informé de l’évolution de l’actualité qui a débuté le mercredi 7 janvier 2015 et qui s’est achevée avec la grande manif dénommée « La marche républicaine » du dimanche 11 janvier. Les commentaires des internautes camerounais ne finissent pas de pleuvoir et donnent à voir les camps et des opinions aussi diverses que multiples. Sans doute que l’heure est venue de tirer les leçons d’une des semaines sombres de l’histoire de la France du 21e siècle.

Une mobilisation médiatique à la dimension des attentes : les records  et émotions

Si on ne pouvait s’en tenir qu’aux chiffres, tous les records ont été battus : c’est la plus grande frappe terroriste que la France ait connue jusqu’ici : au compteur, 17 morts innocents ; les 3 terroristes tués et une en fuite, la femme d’Amedy Coulibaly qui est recherchée par la police française ; plus de 4 millions de manifestants donc 47 chefs d’Etat et de gouvernement venus du monde entier et, pour boucler la boucle, 5 millions d’exemplaires du numéro de mercredi de Charlie-Hebdo vendus à ce jour et plus de 15 millions de lecteurs. Revendiqués finalement par Al-Qaïda dans une vidéo publiée le 14 janvier, ces attentats de Paris n’en finissent pas d’indigner le monde entier et plus particulièrement l’opinion africaine. Unanimes sur la nécessité de dompter à jamais le terrorisme international, certains ne semblent pas s’accorder quant à l’agitation, qualifiée de « géométrie variable », faite autour de ces attentats ignobles.

L’une des victoires de la mobilisation, j’allais dire, de l’alerte et de la communication autour de ces attentats, c’est le réel déploiement des médias français : Unes et live 24h/24 du mercredi 7 au dimanche 11. Les journalistes, les éditorialistes, les hommes politiques, les analystes et bien d’autres sont venus sur les plateaux réagir à ces évènements tragiques. La charge émotionnelle dont ont fait preuve particulièrement les médias français a tôt fait d’envahir même les Africains. Qui pouvait alors imaginer un seul instant que six chef d’Etat africain allaient aussi faire le déplacement pour Paris afin d’assister à « la marche républicaine » ? Il est donc important de signaler ici que le rôle des médias, au-delà de l’information, est de susciter une réelle adhésion à une certaine cause, une certaine valeur, bref à la transformation de l’opinion. La preuve est formulée par cette manifestation du dimanche qui n’a pas cessé de susciter la gêne des Africains, en particulier.

L’extravagance et la prestidigitation ostentatoire

Ce qui est extraordinaire dans tout ça, c’est le fait que l’événement ait mobilisé un monde d’une telle ampleur allant jusqu’à 4 millions de manifestants. Jamais dans l’histoire de la France une manifestation de rue n’a connu un tel record  :« Ce qui en fait la particularité, c’est moins le rassemblement que la marche » (Dixit ShandaTonme). L’autre spécificité est que pour la première fois dans le monde, des chefs d’Etat et de gouvernement en exercice sont descendus dans la rue pour manifester.

Pour certains, l’extravagance viendrait de l’hypocrisie de certaines personnalités présentes à cette marche parisienne. Les gens de bonne et de mauvaise foi se retrouvent ensemble et donnent l’impression que la paix a enfin un sens. Ainsi nous avons pu voir côte à côte, des personnalités et des leaders mondialement connus pour leurs oppositions tranchées sur diverses questions. L’Israélien et le Palestinien se serrant la main, montant dans un bus ensemble, n’est-il pas un signe, pour les naïfs, de ce qu’on pourrait appeler « cohabitation pacifique » ? Cette extravagance dans la démesure est bien ressentie par les Africains eux-mêmes qui n’arrivent toujours pas à comprendre comment un chef d’Etat africain, digne de ce nom et dont la spécificité culturelle est la solidarité entre les frères, bref les humains, peut rester froid aux souffrances des siens à un jet de pierre et aller consoler un ami lointain à plus de 6 000 km de lui ! Jamais dans l’histoire de ce monde un pays n’a autant mobilisé les chefs d’Etat pour une marche. L’émotion suscitée par les médias n’a donc pas épargné les chefs d’Etat africains qui ont malheureusement oublié qu’ils avaient eux aussi des terroristes qui continuent de faire des victimes chez eux et chez leurs voisins les plus proches.

La dialectique du Blanc et du Noir

Une autre leçon, et pas la moindre, et qui est aussi une conséquence de cette prestidigitation ostentatoire, à tirer de cette analyse est que les morts ne se valent pas. Le deuil du Blanc fait plus de tapage que celui du Noir. C’est l’occasion ou jamais de se faire voir pour s’attirer la sympathie de ceux qui pensaient qu’il (le pauvre) ne saurait côtoyer les grands milieux. Pourtant, et c’est le plus scandaleux, « les émotions vives et les compassions ostentatoires peuvent cacher en fait des appréhensions dangereuses et des certitudes impopulaires ». C’est la dialectique du Blanc et du Noir. Au plan macro, cela est bien illustré par l’internationaliste Shanda Tonme pour qui :

« Les chefs d’Etat africains […] sont […] plus prompts à se déranger pour la France et à foncer à Paris, qu’à se déranger pour le voisin immédiat du continent et à foncer à Abuja, Addis-Abeba ou Yaoundé. La dialectique du Noir et du Blanc, de l’Occidentalo-Européo-Américain d’une part et du Négro-Afro-Sahélien est une réalité dans la configuration des relations internationales et de l’agencement des rapports des forces diplomatiques. La mort d’un Noir n’emporte pas la même émotion caractérielle et affectueuse que la mort d’un Blanc, au sens de l’interprétation des jeux et des enjeux diplomatiques qui s’étalent sous nos yeux au fils des décennies, des crises, des drames et des génocides. Il ne faut jamais oublier que l’histoire de l’humanité tarde encore et toujours à s’écrire en lettres de justice, de vérité, d’équité et d’égalité. »

Pourquoi lier la dialectique du Noir et du Blanc aux attentats de Paris ? Eh ben, l’internationaliste répond lui-même par ces termes :

« Parce que vous ne pouvez pas mêler dans une même marche des gens aux mains ensanglantés réellement ou virtuellement, en proclamant l’unité morale et éthique du monde contre le mal terroriste. Pour le citoyen africain qui n’a jamais connu d’élection libre ou qui vit sous le chantage permanent des Constitutions que l’on change comme des mouchoirs jetables au gré des ambitions des monarques régnants, les assassins de Paris relèvent d’une autre planète au mieux, et au pire ils participent du même crime de destruction de tout espoir pour les êtres humains que des dignitaires qui confisquent le destin des peuples avec des régimes autocratiques. C’est cela le dilemme. »

Le terrorisme international : la solution est politique

Sans toutefois justifier les actes barbares perpétrés par les deux frères Kouachi et par Coulibaly, il est temps de mettre sur la place publique toutes les plaies béantes des superpuissances qui entretiennent volontairement le déséquilibre d’une justice à géométrie variable. L’abcès doit donc être crevé. Il s’agit ici de faire le constat alarmant, et difficilement accepté par hypocrisie, selon lequel les terroristes ne tombent pas du ciel. Ils sont les produits de notre société. C’est fort opportunément que certains, et je dirais même beaucoup, de Camerounais se sont exprimés pour s’indigner que, et c’est ça la conséquence de la dialectique exposée plus haut, 17 morts aient occupé l’actualité sans partage.

Quelques extraits des publications des internautes s’offusquant d’une justice à double vitesse entretenue par les puissants du monde ouvrent le débat sur la nécessité de la remise en cause de cet équilibre mondial. Et c’est Claude Abate qui attire l’attention de ses lecteurs sur cette contradiction alarmante à travers des questionnements :

1. Peut-on déployer les grands moyens quand il s’agit de lutter contre le terrorisme à l’intérieur et lutter « à minima » avec des moyens réduits à l’extérieur quand il s’agit d’éradiquer le terrorisme qui menace gravement nos pauvres États africains d’aujourd’hui ? 2. Peut-on véritablement lutter contre les djihadistes et islamistes radicaux à l’extérieur tout en laissant leur principal financier et pourvoyeur de fonds émirati du golfe organiser une Coupe du monde chez lui et investir massivement et tranquillement à l’intérieur des frontières « démocratiques »? (…) Le terrorisme n’a pas de frontière ni d’amis. Il frappe lâchement partout quand bon lui semble au gré de ses humeurs et au mépris de vies innocentes ou coupables.

Le problème est donc politique, comme l’affirme l’internationaliste Shanda Tonme dans une lecture triptyque qui intègre tous les paramètres historiques, sociaux et culturels :

Personne ne naît terroriste, mais des régimes politiques et des systèmes de gouvernance peuvent se bâtir a priori sur des bases terroristes. Ainsi donc, pour vaincre le terrorisme, il faudrait au préalable penser à déconstruire le cadre institutionnel qui secrète le terrorisme. 

Ne convient-il pas de mentionner, à la suite de Claude Abate et de ShandaTonme, que le niveau de démocratie atteint par les puissances de ce monde est le fait même d’avoir, de par leur puissance économique, développé des rapports de force qui n’ont donc eu de conséquences que ce déséquilibre tant décrié. La démocratie et la liberté n’étaient-elles seulement possibles qu’à ce prix ? Ou alors c’est la politique de : « L’enfer c’est les autres » ? Pour mémoire, ces puissances ont quand même connu des périodes de luttes âpres pour atteindre cette étape de liberté et de démocratie enviable.

La laïcité doit triompher

Cela fait exactement 110 ans que la France a dit « Non » au dogmatisme religieux. Cette bataille des révolutionnaires avait pour but de cantonner l’église dans la sphère religieuse en écartant de la sphère publique. Le journal Charli Hebdo est donc le fruit de cette bataille pour la liberté arrachée aux religieux.

Pendant ce temps, en Afrique, cette liberté gagnée par la France est encore à conquérir. Les attentats de Paris sonnent comme une alerte aux esprits malins. Et c’est bien Jean-Paul Pougala qui sait mieux le dire :

Quand on regarde en 2015, ces comportements créationnistes des dirigeants africains, on est à coup sûr certain que nous sommes un vrai poids mort pour l’humanité. Pour en sortir, nous devons au plus vite faire vivre la laïcité dans nos Etats afin que l’école soit un sanctuaire pour former le citoyen averti de demain, où il sera interdit tout dogme religieux qui nous ramène droit vers le Moyen-Age. Il n’y a pas de compromis entre la République et la Nation de Dieu. 

Les conséquences des attentats de Paris pour le Cameroun

C’est en 2001, après les attentats du 11-Septembre que les terroristes d’Al-Qaïda ont commencé à faire parler d’eux dans le monde… La France vient donc d’affronter l’horreur en plein cœur de Paris. Interviendra-t-elle au Cameroun après être intervenue au Mali ?

Biya a déjà demandé [Dans son discours lors des présentations des vœux du corps diplomatique accrédité à Yaoundé le 7 janvier dernier]une intervention extérieure, après que le chef de BokoHaram l’a appelé nommément dans une vidéo diffusée et authentifiée le 5 janvier dernier.

Jusqu’ici passifs, les Camerounais sont subitement solidaires des victimes du terrorisme de leur pays, plus particulièrement de la région de l’Extrême-Nord.

C’est l’une des leçons les plus fortes et les plus importantes que les attentats de Paris ont apportées au peuple de ce pays : il faut pleurer d’abord ses morts avant d’aller pleurer au deuil de son voisin. Avec plaisir, les Camerounais ont repris le slogan « Je suis Charlie » pour finalement le transformer en « Je suis Kolofata » (Village le plus touché par les attaques de Boko Haram), « Je suis Nord-Cameroun », « Je suis l’armée camerounaise » pour soutenir les forces armées qui ont déjà perdu plus de 40 soldats à ce jour, et surtout le slogan « Perdons pas le Nord ».

TchakounteKemayou


Boko Haram menace le Cameroun et son président : Décryptage du message vidéo

10930988_10204623617087143_7858520902998710534_n
Le résultat des batailles entre Boko Haram et le BIR le lundi 12 janvier à Kolofata au Cameroun

Depuis hier 05 janvier 2015, pour la première fois depuis ses attaques en direction du Cameroun, le leader de la secte BokoHaram, Aboubakar Shekau s’adresse directement au président Biya et au Camerounais dans une vidéo déjà répandue sur la toile.  Voici un décryptage linguistique du discours du gourou que je propose et à la suite duqyel deux leàons doivent être tirées pour toute analyses de perspective. L’une des curiosités de ce message est à noter : que les autorités camerounaises sont accusées de jouer à un double jeu, ce que Shakau a nommé de « double langage ». Sous la plume de quelques personnes avisées, je vous propose une traduction non moins approximative des paroles de cette vidéo. Une autre vidéo dont je déconseille aux âmes sensibles circule depuis plus d’une semaine sur la toile montre la décapitation des camerounais par des assaillants de Boko Haram. Par souci d’éthique, je ne la publierai pas. Pathétique. 

Cliquer ici pour visionner: Message de Shekau au peuple camerounais et à Biya

Traduction approximative du message vidéo

Le leader Shekau utilise malheureusement un langage religieux et académique de haut niveau qui colle à la tradition guerrière islamiste que nous connaissons des gens d’Al Qaida.  En fait la plus grande partie de son discours est fait d’extraits et d’exégèse du Coran, des Hadits, des prières, de profession de foi et des citations d’auteurs arabes. Il s’exprime en Arabe, en haoussa, en Kanuri (sa langue maternelle) et en Fulfulde.

La vidéo s’ouvre sur le verset 89 de la 8ème Sourate du Coran, la Sourate An-Anfal (= ‘Le Butin’). Cette Sourate parle pour une bonne partie de batailles militaires, notamment la bataille de Badr. Le texte cité dit à peu près ceci: « Si tu as des raisons de craindre une trahison de la part d’un peuple, alors rejettes dans les mêmes termes ou lances leur à la figure leur traité. EN effet Dieu n’aime pas les traitres« .

Il s’adresse en fait autant à Paul Biya, aux musulmans du Cameroun (sans utiliser le terme ‘musulman’), qu’au peuple camerounais et au « peuple des adorateurs de la démocratie » (‘Ô toi Paul Biya‘ 3 fois, ‘Ô Peuple du Cameroun‘ 3 fois, ‘Ô Peuple des adorateurs de la Démocratie‘ 2 ou 3 fois, j’ai pas bien saisi).

Shekau commence par marquer une distance entre deux entités bien distinctes : D’une part, lui, Shekau et BokoHaramqu’il appelle bien entendu de son nom officiel Jama’atuAhlisSunnahlid’da’watiwal jihad, et les autres d’autre part qu’il désigne par « vous », c’est-à-dire Paul Biya, les Camerounais, les démocrates. Il dit se distancer solennellement de « vous » (Paul Biya, peuple camerounais, démocrates) et de « vos affaires ». Il rejette catégoriquement toutes relations /coopérations /discussions avec « vous ». Il lance donc un avertissent en demandant à « vous »de cesser de les combattre (ou de se mêler de leurs affaires), sinon ils vont frapper le Cameroun aussi durement qu’ils frappent le Nigeria. Il demande plusieurs fois à Paul Biya de se repentir auprès de Dieu  (5èmeminute, 8ème-9èmeminute).

Il dit à Paul Biya (9èmemin) que ses soldats, pas plus que les soldats nigérians, américains, etc., ne pourront rien leur faire. Que même si les soldats du monde entier se dressaient contre lui ils ne pourront rien lui faire : « Nous sommes les soldats d’Allah » (min.8:46), « nous sommes reconnaissants à Dieu qui a fait de nous ses soldats et qui nous permet de combattre dans le sentier du Jihad« . Puis il répète que ceci est un message « au Peuple du Cameroun » et «  (littéralement) au peuple dirigé par Paul Biya » qu’il interpelle directement plusieurs fois (min.10:30), en jurant qu’ils sont engagés à accomplir leur mission jusqu’à la mort.

De la 11:02 à la 11:07 minute, Shekau s’adresse « au Président du Cameroun [prononcé deux fois] qui a un double langage« . Il parle en Haoussa, en commençantencore par interpeller Paul Biya: « Ces paroles, c’est moi qui les prononce mais c’est Allah qui parle par ma voix. Ce n’est pas moi qui parle. Moi je ne suis rien » (min. 11:24). Il affirme que Dieu, à qui toute chose appartient (En citant le ciel, la terre, le paysage, etc.), est témoin que toute personne sait que « cette Démocratie ne fait pas partie de la religion apportée par le prophète Mohammed » (min. 11:50) , et que « vous savez avec vos écrits, vos érudits, etc. que votre chemin n’est pas le chemin tracé par le Prophète Mohammed »  (min. 12:10), et il conclut « pour cette raison, toutes vos paroles/actes sont des mensonges » (min. 12:18). « Ce que moi je dis, que ce soit un pauvre, un riche, un leader, toute personne qui se repente, Dieu acceptera son repentir » (min. 12:30), « pour cela tu dois te repentir » (il parle à Paul Biya, min 12:35). Mais « si tu n’arrêtes pas tu verras ce que tu verras » (min. 12:41). « Moi, l’engagement que j’ai pris, il est jusqu’à la mort, d’ailleurs la mort est mon habitCette mort-là, c’est mon habillementToi ton habit c’est la mécréance, Paul Biya« .

Puis de la minute 13:00 à 14:05 il s’adresse aux Camerounais (musulmans):  « Peuple du Cameroun, je vous informe, je vous avertis, je vous conseille: vous priez, vous dites ‘c’est Toi que nous adorons et c’est vers Toi que nous reviendrons’ et vous suivez la Démocratie, …, la Constitution qui n’est pas inspirée du Coran, …, vous suivez ces écoles françaises? Vous savez bien que François Hollande n’est pas musulman. Vous savez qu’Obama n’est pas musulman. « . « Dans ce monde globalisé, au lieu de nous rejoindre pour nous ranger derrière notre Livre saint  » ([vous suivez ces gens]).

À partir de la minute 14 il parle en Kanuri que je ne comprends pas. Puis il continue en fulfulde à partir de la min. 15:01 à 17:00, en commençant par signaler qu’il ne parle pas bien le fulfulde:

« Fulbe du Cameroun! Vous! Vous! Vous pratiquez la prière mais vous suivez le chemin des Juifs et des Blancs [littéralement il dit ‘des Chrétiens’ mais au Cameroun le mot ‘nassara’ désigne en fait les Blancs] ». « LA Fin du Monde viendra si Dieu le veut et je jure que tu sauras ce que tu ne sais pas. Même si je ne comprends pas bien le fulfulde, je sais que les Peuls comprendront cela » (littéralement ‘les peuls comprendront ce que même les autres ont compris). Ô les Jeunes, mes chers jeunes, seul Dieu le sait. Même si je ne sais rien, la Démocratie n’est pas le chemin de Dieu. Ce n’est pas la voie du Seigneur. La Constitution n’est pas la voie du Seigneur. Même si je ne comprends pas le fulfulde » [ici il prononce ‘fulfulBe’ au lieu de ‘fulfulDe’, erreur classique des Kanuri parlant fulfulde qui fait rire généralement les Peuls]. « Tu suis ce faux chemin là et tu espères aller au paradis? »

Quelles leçons faut-il tirer de message vidéo ?

En haoussa: « Wannansaakozuwagasarkincameroun(2 fois)wandayana da harcebiyu« 

Première leçon :

C’est une forme d’haoussa typiquement parlé (mal parlé) par les bornouans, et le terme « harcebiyu » parle bien de double langage et sur ce point précis, un message subliminal est véhiculé, et a trait au double langage de Biya qui 1) négocie dans l’ombre et 2) daigne les attaquer ou les agresser verbalement le jour. Ceci me semble être suffisamment important et vaut la peine d’être relevée  et diffusée à sa juste mesure pour que chacun sache la vérité au sujet d’une hypocrisie d’un gouvernement qui arme BokoHaram, pactise avec le diable la nuit et en même temps déclare les combattre en plein discours le jour.

Deuxième leçon :

Shekau présente formellement son organisation comme intervenant au Nigéria. Ce qui rejoint la thèse réfutée par le gouvernement qui est celle d’une organisation politique qui ne s’intéresse pas au Cameroun, et ne l’attaque qu’accessoirement pour y prendre des otages ou bien des armes. Sur ce point, effectivement Shekau veut présenter BokoHaram comme victime en état de légitime défense alors que les militaires camerounais seraient les agresseurs. Ici il faut se rappeler que lors de ses premières vidéos d’il y a un ou deux ans, après son accession à la tête de BokoHaram, il présente la même justification des actions violentes de son mouvement contre les forces nigérianes et contre certainescommunautés chrétiennes du Nigéria, en particulier celles de la zone de Jos.

En réalité, dans la mesure où pour lui une neutralité éventuelle du Cameroun dans le conflit entre BokoHaram et le gouvernement du Nigeria implique forcément le droit de se ravitailler librement au Cameroun ou de faire librement passer par le Cameroun son ravitaillement en armes, moyens de communication, combattants (vers/en provenance des zones de formation), argent et nourriture, il ne laisse à notre pays aucun autre choix que de se défendre militairement, car je ne vois pas comment le Cameroun, qui n’avait pas accordé ces facilités logistiques aux Biafrais pendant la guerre du Biafra, pourrait aujourd’hui dans le contexte du war on terror, laisser son territoire servir de base arrière à un mouvement djihadiste qui veut démembrer son voisin, même si ce voisin traine les pieds pour se défendre.

Pour finir, je crois que Paul Biya et le gouvernement camerounais doivent arrêter radicalement toute négociation sécrète avec ce mouvement et choisir pour la lutte militaire à outrance pour éradiquer ce mouvement, en coopération avec le Nigéria, le Tchad et le Niger. Dès que BokoHaram sera suffisamment fort au Nigeria, tôt ou tard il attaquera le Cameroun.

Et depuis que l’on a cessé de négocier, pressé par Washington et Abuja, lors du mini-sommet de Paris, allant même en guerre ouverte avec ces criminels et trafiquants divers, tu crois qu’ils sont contents et tranquilles alors?

Je pense que ce discours dénote bien un probable changement de stratégie de BokoHaram.

Roufaou Oumarou, Oumarou Balarabe