Yves Tchakounte

France-Cameroun : Les frasques et les remous d’un sentiment anti-français (3)

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Source: https://www.kamerun-lesite.com/

Pour boucler la série de billets relatifs au sentiment anti-français qui règne au Cameroun, il serait important de revenir sur la question des archives détenues par la France, que j’ai évoquées à la deuxième partie de cette série. Il s’avère, comme le dit l’écrivain Enoh Meyomesse, qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Contrairement à ce que revendiquent les Camerounais, il appartient au Cameroun de mettre à la disposition du public ses archives que personne ne connait et qui n’existeraient même pas, puisque celles de la France existent, mais ne sont pas connues du grand public.

Dans une autre tribune, L’historien Jacob Tatsitsa, coauteur de « Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948 – 1971 » (Éditions La Découverte, 2011) et le philosophe Achille Mbembe auteur de « Critique de la raison nègre » (Édidtions La Découverte, 2013), estiment plutôt que l’essentiel à l’heure actuelle, c’est la reconnaissance et la réparation comme c’est le cas pour le Kenya, et récemment de la Namibie.

Voici, dans son intégralité la position de l’écrivain Enoh sur l’ouverture des archives françaises sur la « répression » pendant les périodes pré et postcoloniale publiée sur son site personnel.

La question des archives du Cameroun

Depuis que François Hollande, lors de sa visite à Yaoundé, a évoqué la question des archives du Cameroun détenues par la France, toute l’intelligentsia camerounaise est en émoi. Il ne se passe plus de jour sans qu’une chaine de télévision nationale n’évoque cette question, n’organise un débat sur le rôle de la France dans la répression du mouvement nationaliste de la fin des années 1950 au début de celles 1960.

Pour notre part, nous estimons qu’il ne s’agit-là que d’une minuscule tempête dans un petit verre d’eau. Pourquoi ?

1/- Le Cameroun ne dispose pas d’archives particulières en France. Non. Il existe des archives de la France, tout court, avec une section « France d’Outre-mer », simplement, car l’histoire du Cameroun, de 1914, date de l’arrivée de ce pays sur notre sol, à 1960, date de la proclamation de notre indépendance, fait partie de l’histoire de France. Elle n’en est pas distincte. Ces archives ont toujours été disponibles. Nous les avons toujours consultées à volonté du temps où nous étions étudiant en France. A ce jour, la section « France d’outre-mer a été délocalisée à Aix-en-Provence ». Tout le monde peut continuer à les consulter. Mieux encore, elles se trouvent même sur le net. En voici le lien : https://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/eg

2/- Le discours d’Hollande, ceci, il faudrait que les Camerounais le sachent, a été, en grande partie, rédigé par l’Ambassade de France à Yaoundé, et du reste communiqué par avance à Paul Biya, tout comme celui du président camerounais l’a été également communiqué par avance au président français. Telle est la pratique protocolaire. C’est le service diplomatique du pays à visiter qui connait mieux la sensibilité locale. Il ne fait pas ainsi l’ombre d’aucun doute que le personnel de l’Ambassade de France à Yaoundé, étant parfaitement au courant des récriminations camerounaises incessantes sur la guerre d’indépendance matée par l’armée française, y a fait allusion dans le discours du numéro un français, pour faire plaisir aux Camerounais, et le moins que l’on puis dire, est que cela a fait mouche. A preuve, l’émoi qui s’est emparé de ceux qui se disent des intellectuels ou des militants politiques dans notre pays…

3/- Seul le volet militaire des archives françaises est indisponible pendant une période de trente ans. Or, les troupes françaises ayant cessé leurs opérations au Cameroun en 1965, ce pan des archives de la France d’outremer est de ce fait disponible depuis … 1995 ! Telle est la loi en France. Mais, les Camerounais le savent-ils ? Donc, François Hollande, par Ambassade de France interposée, n’est venu, tout simplement, qu’enfoncer une porte déjà ouverte depuis 20 ans déjà ! Tant pis pour notre ignorance.

4/- Le fait que cette question des archives du Cameroun, à la suite du discours d’Hollande, vienne secouer le Cameroun, traduit simplement à la fois la monumentale ignorance et la paresse qui habite ceux qui se disent des intellectuels au Cameroun.

Tout ce qui précède nous amène à poser la question fondamentale suivante : qui déjà consulte les archives du Cameroun qui se trouvent aux archives nationales à Yaoundé ? Nous sommes au regret de répondre que, 1/- des étudiants qui rédigent des mémoires ; 2/- des fonctionnaires qui recherchent des arrêtés d’intégration ; 3/- des chercheurs étrangers, essentiellement des européens. C’est tout. En conséquence, après tout le vacarme qui est produit actuellement depuis le passage de François Hollande au Cameroun, simple effet de mode, il n’y aura guère un nombre significatif de Camerounais qui prendront la peine de se rendre à Aix-en-Provence pour lire quoi que ce soit. Lorsque nos « intellectuels » vont en France, c’est pour faire du shopping, et rien d’autre. Ils ne perdent nullement leur temps dans des bibliothèques et des autres centres de documentations…

Pour conclure : Hollande dans la tradition de la gauche française

La gauche française, il faudrait que les Camerounais le sachent, a toujours été anticolonialiste. Voici un extrait d’un discours de Léon Blum, premier homme de gauche ayant accédé au pouvoir en France. C’était en 1936 : « Notre opposition de principe au colonialisme (…) se fonde sur la raison essentielle que je viens d’exposer. Tous tant que nous sommes, nous avons trop l’amour de notre pays pour ne pas désirer l’expansion de sa pensée. Tous, nous souhaitons le développement, la propagation de la pensée française, de la civilisation française. Mais nous n’avons jamais admis et je suis sûr que nous n’admettrons jamais que l’occupation militaire soit le véhicule sûr et fécond soit de la pensée, soit même de la force colonisatrice. La pensée de la France, la civilisation française, c’est par d’autres moyens que nous voulons la voir s’étendre dans le monde ».

Tchakounte Kemayou

Source : https://www.enohmeyomesse.net/

 

 


France-Cameroun : Les frasques et les remous d’un sentiment anti-français (2)

braves-incidents-cameroun-baa3dA la suite du premier billet de cette série, l’un des remous qui a secoué l’opinion lors de la visite de François Hollande à Yaoundé a été justement le génocide que le Cameroun a connu dans la Sanaga Maritime et la région de l’Ouest, sans oublier la problématique de la monnaie (Le FCFA). Depuis quelque temps déjà, et notamment depuis la sortie de l’ouvrage « Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948 – 1971) » fait des choux gras de la presse, la France est harcelée par le public qui veut savoir ce qui s’est réellement passé.

Troisième trahison : la violation du statut du Cameroun

La visite éclair de François Hollande au Cameroun, comme c’est le cas avec tous les chefs d’Etat Français qui viennent ici, a été une occasion de rouvrir cette plaie béante inguérissable qu’est ce contentieux historique sur la violation du statut du Cameroun conféré par la Société des Nations (SDN) et les Nations Unies (ONU) par les deux Etats coloniaux (France et Angleterre). Ce sont des questions qui fâchent.

Dans leur intention hégémonique, les ex-colonies ne trouvaient pas leur intérêt à respecter ce statut de Mandat et de tutelle dont le Cameroun bénéficiait après le départ de l’Allemagne à cause des deux guerres mondiale. Contrôler et avoir le monopole du pays en empêchant l’autonomie dont devrait jouir le Cameroun grâce à ce statut, mettre hors d’état de nuire tous les leaders nationalistes appelés « maquisards », propulser ceux qui étaient contre l’indépendance et l’unification du pays prônées par Um Nyobe à la tête du pays, sont des faits d’armes que l’opinion met à l’actif de la France, particulièrement.

A l’ère des nouvelles technologies, les utilisateurs des réseaux sociaux s’en délectent à cœur joie et prennent désormais conscience de l’ampleur du problème. Cette pression de l’opinion est tellement forte que François Hollande n’a pas pu résister au point d’avouer qu’il y a eu des « répressions » perpétrées par son pays « dans la Sanaga Maritime et dans le pays Bamiléké ». Avant d’arriver au terme « génocide », il faut dire qu’un pas a été franchi tout de même : l’avouer n’est pas suffisant, mais c’est déjà ça de gagner.

Quatrième trahison de la France : l’assassinat des leaders nationaux et le génocide

C’est ainsi qu’une promesse a été tenue pour l’ouverture des archives sur ce pan de l’histoire. Cette reconnaissance officielle est donc suffisante pour taire les sceptiques qui avaient des doutes sur l’implication de nos ancêtres Gaulois. Inutile donc de donner des détails sur la mort des leaders upécistes tels que les Um, Ouandié, Moumié, Ossendé et les effets du napalm utilisés à l’Ouest (« Pays Bamiléké »), sans oublier les têtes coupées des « maquisards » accrochées en plein carrefour à Bafoussam.

L’ouverture, promise par Hollande lui-même, des archives ne viendra pas fondamentalement changer un iota de tout ce que l’histoire a eu à révéler sur les tueries perpétrées par la France. L’aveu de Hollande a ceci de positif qu’il témoigne du changement de cap dans la position officielle de la France sur cet épisode tragique de l’histoire camerounaise. Donc, contrairement au billet intitulé La tournée de François Hollande en Afrique, rien de nouveau n’a été dit, Hollande vient de créer un buzz. Pour cet auteur, « François Hollande est venu dire les mêmes choses qui arrangent la France : rien n’a donc changé. La forme des expressions peut-être, mais le fonds est resté le même ». Le peuple camerounais, loin d’être satisfait, a obtenu de la France sa volonté manifeste de faire la lumière. En attendant donc que les modalités d’accès aux archives soient connues, c’est une victoire pour le peuple camerounais, comme le dit si bien mon compatriote Daniel Yagnye : « L’aveu du président français est une victoire… Une toute petite victoire… Mais, une victoire quand même, puisque les grandes victoires viennent à partir des petites ».

Cinquième trahison de la France : le compte d’opération logé au trésor français

Avant les indépendances des pays francophones ou ceux appartenant à la zone du FCFA, la France, dans son optique de paternalisme, par peur de perdre « ses » territoires Africains, a décidé, le 9 septembre 1939, d’instituer l’application des principes et mécanismes de la Zone Franc constitués de : la parité fixe, la convertibilité illimitée, la libre transférabilité et la centralisation des réserves de change dans un compte d’opérations à Paris. Par ce principe, les avoirs extérieurs en or et en devises de celles-ci revenaient de droit à 100% à l’Etat français. A cette période, la puissance coloniale avait raison, dira-t-on d’un ton narquois. Passons.

Après les indépendances survenues, pour la majorité des pays Africains, en 1960, plus particulièrement au Cameroun, il devient sans équivoque que les pays Africains, ayant acquis leur indépendance devraient, raisonnablement avoir droit à leur indépendance monétaire. Ce n’est qu’une logique de bon sens, sinon le terme indépendance n’aura pas de sens. Contrairement donc à ce qu’on aurait pensé, cette politique monétaire a été maintenu par la France qui, à travers des accords viciés de coopération monétaires, retient, non 100% comme précédemment, mais entre 65 à 50% des avoirs extérieurs en devises de quinze pays africains. Ce sont des retenus qui sont obligatoirement donnés en dépôts dans les comptes d’opérations au trésor public français.

A moins d’être le fou de la république, il serait actuellement absurde de penser que la France doit, par devers elle, au nom de je ne sais quel principe des Droits de l’Homme, gérer la monnaie des pays dits « indépendants » sous le prétexte qu’ils seraient incapables de garantir sa fiabilité comme si les Français aiment les Africains plus qu’eux-mêmes au point de ne pas vouloir leur mort. Comment donc ne pas croire aux écrits des économistes tels que le Professeur Nicolas Agbohou dans Le franc CFA et l’Euro contre l’Afrique publié en 1999 et plus longtemps avant lui, au Professeur Joseph Tchuindjang Pouemi, dans Monnaie, servitude et liberté publié en 1981 où il est bien établi que les pays d’Afrique de la zone franc doivent désormais penser à se défaire de la monnaie de la servitude.

En conclusion : Les enjeux du sentiment anti-français ?

Cette série de récriminations est le résultat d’une frustration que les Camerounais nourrissent dans le cœur. Elle va jusqu’à la négation linguistique de ce que le Cameroun a en héritage. La langue française est déniée pour revenir à la nostalgique colonisation allemande qui n’était aussi différente de nos ancêtres les Gaulois. Beaucoup de Camerounais commencent déjà à prendre l’habitude de revenir à l’orthographe allemande « Kamerun » au lieu de celle française « Cameroun ».

L’upéciste Daniel Yagnye fait partie de cette catégorie de subversifs et précise ici ce sentiment anti-français veut dire :

Il n’existe pas de sentiment anti-français au Kamerun. Les Kamerunais n’ont aucun intérêt à haïr la France ou un autre pays. Les Kamerunais sont en train de se mobiliser pour la solution du Contentieux Historique avec la France et la Grande Bretagne. Les Kamerunais sont dans leur DROIT et veulent être les seuls et uniques maîtres de leur pays. Ils veulent leur souveraineté et disent à la France que le Kamerun n’est pas la France. C’est cette légitime aspiration contre laquelle la France s’emploie et se déploie plusieurs décennies dans notre pays qui provoque des réactions naturelles Kamerunaises puisque les français tiennent, avec leur franc CFA et etc… à faire du Kamerun leur propriété définitivement.

C’est parce que les français agissent contre cette aspiration des Kamerunais en ne voulant pas partir de notre pays (ou bien en choisissant d’y rester comme de simples étrangers) que ses citoyens interprètent ces légitimes émotions patriotiques des Kamerunais comme un sentiment anti-français.

Tchakounté Kémayou


France-Cameroun : les frasques et les remous d’un sentiment anti-français (1)

Au terme d'une annus horribilis riche en déboires politiques et personnels, 2015 sera l'année des risques électoraux mais aussi des chances de sursaut pour François Hollande, dans l'attente de résultats économiques tangibles toujours absents à mi-mandat. /Photo prise le 18 décembre 2014/REUTERS/Charles Platiau
François Hollande. /Photo prise le 18 décembre 2014/REUTERS/Charles Platiau

La visite, ou comme aiment le dire certains Camerounais pour ironiser, l’escale du président Français à Yaoundé le 3 juillet dernier n’a pas fini de secouer les chaumières. L’arrivée d’un président de la République française en Afrique francophone et au Cameroun et en particulier a toujours été une occasion pour les leaders politiques et d’opinion de sortir de leurs gonds pour, disent-ils, alerter sur la nature des relations qui ont toujours marqué l’histoire des deux pays.

La particularité des relations que la France a avec le Cameroun demeure dans le fait que celui-ci avait un statut qui ne lui permettait pas d’être géré comme une colonie. La France, dans ses velléités d’hégémonie, bafouera plusieurs règles d’égalité et d’équité propres aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 à Paris. Du statut de mandat à l’indépendance en passant par le statut de tutelle, les relations entre les deux pays ont toujours été perçues par l’opinion comme des relations de paternalisme, pour ne pas dire du maître et de l’élève, mieux de l’esclave. Les Camerounais ont toujours eu des remords au regard de l’histoire des relations qui lient leur pays à la France coloniale. Ces remords sont pour la plupart liés aux accords bilatéraux et multilatéraux qui, malgré l’indépendance du Cameroun, donnent à la France des pouvoirs insidieux. J’ai fait ici un effort de synthèse en relevant quatre faits historiques fondamentaux non exhaustifs qui restent, pour moi, considérés comme des points d’ombre, voire des trahisons dont la France a le devoir de se prononcer pour rester, aux yeux de tous, comme le pays des droits de l’homme.

Les quatre trahisons seront réparties sur trois billets. Il sera donc question ici d’insister sur la violation, par la France du statut que la Société des Nations et des Nations unies ont fait du Cameroun un pays entièrement à part, dont la gestion devrait être différente des colonies. Les prochains billets seront donc consacrés aux problématiques du génocide et à celle de la monnaie. Hollande a vraiment créé un « buzz ». C’est chaud devant…

Première trahison de la France : la violation du statut du Cameroun

Le 1er janvier 1960, c’est la date d’indépendance du Cameroun.

  • Une parenthèse : Certains diront que cette date ne concerne que l’indépendance du Cameroun francophone, car le pays étant sous la tutelle des Nations unies confié à la France et à l’Angleterre, les leaders de la partie anglophone n’ont jamais pris en considération cette date. Là, c’est un débat qui n’est pas encore clos. Passons.
  • Une observation : Contrairement aux principes du protectorat et de la tutelle, il est établi que, par ses pratiques d’assimilation, la France considérait alors le Cameroun comme une colonie contrairement aux accords du mandat (1914-1946) et de la tutelle (1946-1960) de la Société des Nations et des Nations unies pour des raisons, évidemment, d’intérêts machiavéliques.

Disons tout simplement que cette date est officiellement considérée comme le départ de la France coloniale du Cameroun. Comme le veut l’accord de la tutelle, la France, pays colonisateur, devrait se retirer complètement du territoire occupé pour laisser la place à la population appelée à se prendre désormais en charge elle-même. Compte tenu des intérêts que le colon devait préserver, il devenait utopique de croire à un départ complet et définitif.

Deuxième trahison de la France : l’octroi d’un pseudo indépendance

Cette trahison n’est que la conséquence de la première. La violation du statut du Cameroun était un signe qui ne trompait pas. Jusqu’aujourd’hui, c’est cette illusion du départ définitif de la France du Cameroun qui meuble les débats. Lorsqu’on sait avec quelle violence le peuple camerounais a obtenu cette indépendance, avec quelles violence la France a réprimé toutes velléités de liberté, on a de fortes et pertinentes raisons de penser qu’elle n’est pas complètement partie. Cette conviction est nourrie par les accords que ce pays colonisateur a pris soin de signer avec les gouvernants du Cameroun « indépendant ». Ces gouvernants-là étaient pourtant contre l’indépendance. Pourquoi ce sont des adversaires de l’indépendance qui sont récompensés à la place des leaders qui la revendiquaient ? Voilà l’une des questions auxquelles la France devra répondre tôt ou tard.

Certains des ces accords sont tenus secrets. Ils sont considérés a priori comme des closes devant lier un partenariat d’égal à égal entre d’une part la France et un pays comme le Cameroun et d’autre part entre la France et un ensemble de pays. Aujourd’h’ui, ils sont remis en question par l’opinion qui estime que la comédie a assez duré. Généralement, ces accords sont des partenariats économico-financiers et militaires. Pourquoi de tels types d’accords ? Parce que la richesse en ressources naturelles de l’Afrique et du Cameroun en particulier ne pouvait laisser la France indifférente. Elle a besoin des ses richesses pour son économie, son industrie notamment militaire. De plus,  la docilité et la stabilité des régimes et des systèmes gouvernants en Afrique garantiraient la « paix » nécessaire pour faire fonctionner l’exploitation des ressources, et donc, feraient l’affaire de la France.

En bref, ces accords sous le sceau du « partenariat » ressemblent fort bien à une allégorie. Le « paternalisme » est le type de relation qui sied. La France, avec ses moyens de pression de l’époque, va imposer un chef d’Etat devenu premier président du Cameroun (Amadou Ahidjo, de regretté mémoire). Evidemment, ce président, tout comme les dirigeants du pays et ce, jusqu’à nos jours, sont considérés comme des Camerounais qui ne travaillent pas pour l’intérêt de leur pays.

Disons, in fine, que, après cette date de la fameuse indépendance, la France a un pied dehors et un autre dedans, comme un bandit qui sort la nuit pour ses opérations nocturnes et entre dans sa coquille au lever du soleil pour passer inaperçu.
A la semaine prochaine pour la troisième trahison consacrée à la problématique du génocide de ce que beaucoup appellent désormais le « génocide ».

Tchakounté Kemayou


Pourquoi la création des États-Unis d’Afrique fait-elle peur ? (5)

usofafrica1« Comment un grand continent comme l’Afrique avec plus de 50 pays (avec de grosses différences socio-politiques, économiques, culturelles, etc.) peut devenir les Etats Unis d’Afrique ? Entre Utopie, vœu pieux et onirismes de « nouveaux panafricanistes », il y a de quoi perdre sa boussole » (Stephen Sunou, Journaliste-France). Voilà en quoi se résume une des conclusions de certains Africains qui estiment que le concept des Etats-Unis d’Afrique n’est fondé que sur des illusions et des idées de vengeances contre ceux qui sont considérés comme des ennemis.

Nous avons vu, dans les chapitres précédents, que les thèses qui s’affrontent dans le débat sur la nécessité de la création des Etats-Unis d’Afrique opposent les optimistes garvéyistes et les pessimistes. Les garvéyistes et les pessimistes s’affrontent par des thèses qui s’opposent sur le l’utopisme ou non de ce projet d’une union des Africains basée sur une conscience d’appartenance à un territoire, une histoire, une culture, une philosophie, une science et un même destin politique. Pour les garvéyistes donc, la réalisation de cet ambitieux projet est plus que nécessaire si les Africains veulent sortir de la pauvreté et des malheurs devenus leur lot quotidien.

Ici, nous sommes quittés du champ des acteurs internes et des acteurs externes comme principales responsables de la dérive et le déclin de l’Afrique pour nous retrouver dans le champ exclusivement interne. Pour rappel, chez les garvéyistes, il est sans doute convenu que les barbaries de l’histoire sur l’esclavage et la colonisation nous donnerait à voir que seuls les auteurs de ces barbaries doivent être considérés comme les responsables du malheur du continent. Contrairement aux pessimistes qui estiment que les Africains ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Le champ interne des acteurs oppose les leaders au pouvoir et les contestataires. L’accession des pays Africains à l’indépendance est une conséquence logique des luttes de libération menées par des peuples soifs de liberté. A la place des leaders qui ont lutté pour obtenir ces indépendances, les pays ont été confiés aux gens qui, curieusement, étaient du côté de colon oppresseur. Conscients de leur illégitimité et de l’illégalité de leur pouvoir, ces leaders au pouvoir n’avaient pas d’autres choix que de s’y maintenir bon gré mal gré non sans réduire tout ou presque leurs adversaires au silence total. D’où l’instabilité des régimes politiques africains dont les racines se sont solidement implantées dans le champ politique. Nous sommes donc ici devant deux acteurs en confrontation.

C’est qui l’ennemi ? Les leaders ou le peuple ?

Les tenants de la thèse utopiste des Etats-Unis d’Afrique, sans nier la nécessité d’unir les Africains, sont pessimistes quant à la volonté et le courage de ces leaders politiques sur qui l’Afrique ne peut que compter. Pour Thierry Amougou (Economiste, Belgique), « l’Afrique est contre elle-même via ses fils qui la dirigent sans amour pour elle, sans éthique de conviction sur leur devoir historique de construire sa grandeur, et sans responsabilité altruiste ». Cet économiste, comme nous pouvons le voir, indexe ceux qui ont eu la charge de conduire les troupeaux et qui, au lieu de servir de bergers, deviennent des bourreaux. De Mobutu à Ben Ali en passant par Moubarak, Campaoré, Macias Nguéma, Bokassa, Idi Amin Dada, Ahmadou Ahidjo, Omar Bongo, Hissen Habré ou encore Samuel Ndo, Paul Biya, Eyadema, Kabila-fils et Kurunziza qui représentent non seulement la honte mais aussi le désespoir de tout un continent, ont connu, pour les uns, et connaissent, pour les autres, un pouvoir à vie caractérisé par la barbarie et la cruauté, l’emprisonnement, si ce n’est pas l’assassinat pur et simple, d’Africains, pour garder le pouvoir.

Cette lecture représente un diagnostic partiel et partial de la situation. Dans cette posture, l’économiste confond tous les Africains en les imputant les actes ignobles commis par ces illustres leaders considérés à raison comme des exemples typiques de la médiocrité et de la honte que l’Afrique a connu. Il faut, selon Bonaventure Tchucham (Juriste, Allemagne), « opposer très nettement l’Africain acteur, qui prend en main l’initiative historique, confronte le système d’oppression jusqu’au sacrifice suprême, et l’Africain veule, de basse moralité, la lie des hommes pour ainsi dire, qui se prête au complot d’asservissement de son peuple ». Ainsi, réduire l’Afrique et les Africains à de simples couardises, de simple « ivresse névrotique du pouvoir à vie » doublée d’images de sang, de haine, de famine, de maladies diverses et chroniques, de malheur et de désespoir, c’est occulter. Voilà à quoi ressemblent l’Afrique et le discours que certaines personnes veulent renvoyer d’elle.

Pendant le nazisme des Juifs ont collaboré. Mais personne ne dit que les Juifs sont responsables de la Shoah. En France, l’élite française a collaboré avec Hitler. Mais dans les manuels d’histoire il est dit que le Peuple français a résisté, et l’histoire de la résistance française est commémorée. Chez-nous, C’est nous-mêmes qui passons le temps à nous infliger la responsabilité des crimes commis contre nous, dans un élan masochiste étrange… C’est comme un œil dont la rétine n’arrive pas à redresser l’image inversée qu’elle reçoit, de sorte que nous voyons faux. De manière générale et durable, les Africains résistent, ils luttent et ils meurent pour avoir voulu être libres et vivre dignes! Et celui qui les tue c’est l’Occident, même s’il se sert d’Africains corrompus ou subornés pour les tuer. En droit pénal on connaît la notion d’auteur moral dans le cadre de la participation criminelle. L’incitateur, le concepteur de l’infraction, qui choisit la victime et le lieu du crime, est l’auteur véritable. Celui qui appuie sur la gâchette n’est que le middleman! L’auteur moral est puni plus sévèrement que l’exécuteur de la basse besogne. Ton erreur est de taper, sur le middleman, d’accabler les victimes, et de laisser tranquille le vrai criminel.

Comment peut justifier la responsabilité des africains ?

Dans le camp de ceux qui sont radicalement et activement engagés dans la lutte anti-colonialiste, de mauvais choix stratégiques ont été faits, choix qui ont contribué et qui contribuent à notre défaite.

En réponse au juriste Bonaventure Tchucham, Roufaou Oumarou (Economiste, Belgique) met en exergue, dans les lignes suivantes, les frasques qui ne sont pas toujours de la responsabilité des seuls leaders. Rien que dans les nombreuses batailles militaires livrées par nos ancêtres et ainés contre les armées coloniales, les exemples de mauvais choix stratégiques des Africains abondent. En voici quelques-uns.

1) Les conditions d’ouverture et la conduite du 2ème front de l’ANLK au Congo Brazza en 1965-1966 : Ossende Afana et Woungly Massaga, pour ne citer qu’eux, étaient membres du même parti révolutionnaire, du même Comité Exécutif/Comité Révolutionnaire, défendaient la même cause contre le même ennemi, à un moment critique de la lutte, étaient tous deux conscients de la puissance et des moyens de l’ennemis en face, mais ils n’avaient pas su dépasser leurs querelles personnelles (ou les rivalités de courant chine/urss) et les divisions internes pour conjuguer leurs forces contre l’ennemi commun. Ils s’étaient précipités en ordre dispersé sur fond de querelles d’égos sur le même théâtre d’opérations pour lutter séparément (peu importe que leurs arrivées effectives sur le terrain aient lieu à des moments légèrement différents). Résultat: dispersion des maigres forces disponibles, perte de crédibilité, inefficacité et finalement défaite cuisante. Beaucoup de facteurs expliquent l’échec du 2ème front, mais il est évident que le cours des choses serait différent si les leaders y étaient allés unis et disciplinés comme une seule armée et non deux fractions hostiles l’une à l’autre.

2) Le 15 décembre 1893, des tirailleurs Dahoméens de l’Armée allemande s’étaient révoltés et très vite ils avaient occupé le palais du gouvernement allemand et fait fuir les Allemands. Ils ont résisté plus d’une semaine, et ce n’était que grâce à des renforts allemands venus de Sao Tomé et à l’emploi de vaisseaux de guerre pour les canonner que leur révolte fut écrasée le 23 décembre 1893.

Imaginons que les populations camerounaises (les chefs Douala par exemple qui faisaient déjà face à des problèmes avec la présence allemande) aient fait le choix stratégique de se joindre à cette révolte: les Allemands auraient été chassés du Cameroun, compte tenu de l’impopularité de l’entreprise coloniale en Allemagne et des problèmes de crédits qu’avait la Colonie. Bien entendu la passivité des camerounais s’explique principalement par le fait que ces soldats, avant de se rebeller, étaient depuis leur arrivée en 1891 au service des Allemands dans les batailles contre les Camerounais.

Donc : mauvais choix stratégique/manque de réalisme des Kamerunais qui auraient pu profiter de l’occasion, mais aussi mauvais choix des Dahoméens de s’être mis au service des Allemands pour conquérir le Cameroun. Leur révolte même de 1893 prouve qu’ils auraient pu faire un autre choix que d’être le bras armé de la conquête coloniale.

3) Toujours en rapport avec cette révolte des Tirailleurs Dahoméens, c’est le grand Roi Gbehanzin qui avaient vendus ces hommes comme esclaves à un aventurier allemand du nom de Karl Friedrich Freiherr von Gravenreuth (j’espère que sa statue à Douala a été enlevée/démolie, sachant qu’en Allemagne il y a une discussion pour débaptiser les rues qui portent les noms des coloniaux, dont le sien). Gbehanzin avait vendu 370 Africains sachant bien que certains seraient utilisés comme soldats pour la conquête coloniale allemande. Comme on le sait, juste après, le Roi Gbehanzin devra lui-même mené une longue et héroïque lutte de résistance contre une autre puissance européenne, la France.

Cela n’enlève rien à la vénération que j’ai pour la mémoire du Roi Gbehanzin de dire qu’il avait fait un mauvais choix en vendant des Africains à un Européen, même si à l’époque cela se pratiquait partout.

4) Le soulèvement de Modibbo Goni Waday contre les Allemands a été écrasé en 1907, après quelques victoires militaires, à cause de la passivité des grands lamiBé comme Garoua et surtout grâce à l’aide active du Lamido de Rey qui s’était mis du côté des Allemands (refus de laisser les insurgés utiliser son territoire, fourniture de sa cavalerie aux Allemands, etc.). Dans la mesure où les masses et certains LamiBé avaient rejoint Goni Waday, ceux qui ont fait le choix contraire portent une grande responsabilité dans la restauration et la pérennisation de l’ordre colonial. C’étaient des choix stratégiques volontaires de ces LamiBé : je ne vois donc pas comment on pourrait les absoudra.

Note: JUSQU’AUJOURD’HUI LE LAMIDO DE RAY est dans la même logique centenaire de complicité avec le pouvoir exécutif de Yaoundé (colonial puis néocolonial).

Nous connaissons aussi les nombreux exemples d’Africains qui ont fait le choix de la Résistance, qui se sont sacrifiés pour la liberté de leurs peuples. Si nous élevons des statues et célébrons ces Grands Africains, nous ne devons pas fermer les yeux sur ceux qui ont fait le choix du déshonneur.

Idées et texte: Tchakounté Kémayou & Rufau Umaru


Minawao, leçons et souvenirs d’un 21 juin 2015

Voyage au cœur d’un gigantesque camp de réfugiés, au nord du Cameroun.

Le 21 juin dernier marquait la Journée Internationale des réfugiés. Moment mémorable parce qu’il symbolisera, à coup sûr, dans la mémoire de ceux qui ont pensé aux réfugiés tapis dans un camp, cette vision qu’une découverte est beaucoup plus agréable lorsqu’on Afait le choix d’apprendre comment vivent les gens différents, dont le destin vient de changer de trajectoire à cause d’une crise. Les gens qui ne sont plus maître d’eux-mêmes.

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Le centre de santé du camp de Minawao

Tout comme, dans un territoire, nous pouvons avoir des ressortissants du pays dont la nationalité est établie, des étrangers, différents de par leur statut, tous sous la tutelle de l’État qui les abrite, nous avons aussi certaines personnes étrangères d’un autre statut tout aussi différents que les autres étrangers. Ce sont des réfugiés. Pour ne pas semer la confusion ici, je m’intéresse qu’aux réfugiés de guerre. Ce sont des étrangers pas comme les autres. Ils vivent dans un territoire autre que le leur mais sous la tutelle, non de l’État qui les accueille, mais d’une institution de l’Onu appelée HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés). Ils ne sont pas astreints aux visas d’usage ni à la carte de séjour.

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Le ministère de l’Education de Base Camerounais est bel et bien présent au camp

Initié par Mme Christiane Oto de l’association La Perche dont le siège est à Douala, une action humanitaire en faveur des personnes victimes de la guerre a germé comme une fleur depuis février 2015 à la suite de la marche patriotique du 28 dudit mois en faveur des forces armées en proie à la secte Boko Haram. Les critiques acerbes qui fusaient de partout pour décrédibiliser cette marche pour des raisons de bon sens politique sous-jacent a fait dire que quelque chose devrait être fait, pas seulement pour nos forces armées mais aussi et surtout pour les victimes. La Perche saisit cette occasion pour marquer son coup et ambitionne de faire ce bond à sa manière.

Une collecte de produits alimentaires et de vêtements est donc mise sur pieds et la date du 24 avril fut choisie. Puis le 29 mai. Et enfin le 19 juin a été la consécration. Une visite humanitaire devrait clôturer l’action, et le choix a été celui du camp des réfugiés de Minawao situé à 108 km de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

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La remise des dons alimentaires et vestimentaire de La Perche au HCR de Douala

Faisant partie des bénévoles venants de Douala et de Yaoundé, j’ai remarqué que personne ne se fera prier pour tenter l’aventure. Plus de 1.300 Km à parcourir à la rencontre des enfants de Minawao et leur donner du sourire. Les dons de produits alimentaires et de vêtements sont remis sur place au HCR de Douala avant l’embarquement pour une destination de plusieurs heures de voyage. Presqu’un challenge, donc.

De 41 à 45.000 habitants

Laissons les péripéties du voyage pour mettre l’accent sur les curiosités du camp et les enseignements de cette aventure nécessaire pour plusieurs d’entre nous qui, comme moi avant ce voyage, ne savent pas ce que veut dire camps de réfugiés.

Le camp des réfugiés de Minawao est une zone aménagée de tentes et de bâtiments en matériaux provisoires composés de dortoirs, de toilettes, de WC, de cuisines, de salles de classes qui accueillent les élèves du primaire de la SIL au CM2 (trois groupes) et les élèves du secondaire de la 6ème en 1ère, etc., et d’un bâtiment offert par l’OMS servant de centre de santé qui enregistre 6 à 8 naissance par semaine. Le tout pour une population de 41 à 45.000 âmes composées d’enfants, de femmes et de vieillards. Le camp enregistre 10.000 élèves en âge scolaire et dont 8000 élèves scolarisés. Puisque l’école n’est pas obligatoire, les 2.000 élèves sont ceux que le personnel du HCR doit convaincre pour les amener à accepter d’aller à l’école. Cette année, 8 candidats ont été présentés au Certificat d’Étude Primaire (CEP) et tous ont réussi leur examen. La langue d’enseignement c’est le français et l’anglais. Il existe donc les deux sous-systèmes francophones et anglophones Camerounais.

Ici, seule l’eau fait problème à cause des forages qui s’assèchent. Nous sommes bien dans une région sahélienne. Il faut signaler que l’effectif de la population n’est pas très maîtrisable pour la simple raison que, en plus des naissances, le camp reçoit quotidiennement des réfugiés. Ils sont en majorité des Nigérians et des Centrafricains. C’est donc un camp créé à la suite des guerres dans ces deux pays qui sont en permanence confrontés à une instabilité politique qui peut dégénérer d’un moment à l’autre. Le système de santé et de l’éducation fonctionnent sous la tutelle du Cameroun mais géré par le HCR qui recrute le personnel venant de différente nationalité.

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Moi et mes collègue à Mokolo lors de la cérémonie de remise des produits alimentaires aux réfugiés par le PAM

Évidemment, au vu de ce qui précède, un camp de réfugiés comme celui de Minawao est un véritable mastodonte. Il y a des villes et des villages entiers au Cameroun dont la population ne saurait atteindre 2.000 ou 5.000 âmes. Lorsqu’on sait avec quelle complexité la gestion de ces villes et villages est problématique, il y a lieu de penser que Minawao est plus qu’un village. Le camp n’a donc rien de différent d’une gestion communale sauf qu’ici, il n’y a pas d’élection d’un maire ou d’un député. Le HCR est maître de tout. Il faut gérer l’éducation (Ministère de l’éducation de base et Ministère de l’enseignement secondaire Camerounais), la santé (l’OMS et le Ministère de la santé publique Camerounais), la nutrition (le PAM et quelques donateurs), l’environnement, etc.

Loisir autorisé, mais uniquement à l’intérieur du camp

Au quotidien, les réfugiés passent leur temps à déambuler, à jouer ou à dormir tout simplement pendant que les enfants sont à l’école. En période de vacances alors ? Eh ben, c’est le loisir et la débandade sauf qu’il leur est interdit de sortir du camp. Il est souvent récurrent de voir les enfants autochtones du village Minawao accéder au camp. La collaboration entre les deux s’avère difficile pour le moment à cause de la langue. La majorité des réfugiés (plus de 80 %) venant du Nigeria s’exprime paradoxalement difficilement en anglais pour la simple raison que cette catégorie de la population musulmane issue de la couche pauvre n’avait pas accès à l’éducation moderne au Nigeria. Elle parle couramment leur langue locale. C’est aussi un challenge pour le personnel enseignant qui doit réussir à trouver l’équation idoine pour l’instruction, ne serait-ce que partielle de la couche la plus fragile et importante : les enfants.

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Nous faisions partie du cortège composée d’une mission du PAM, de l’OMS, de la FAO, de l’UNICEF, etc.

C’est donc pour la cause enfantine que moi et mes collègues de La Perche sommes allés voir de plus près à quoi ressemble un camp de réfugiés, sonder les lieux et les cœurs pour apporter la pierre et faire vivre ce mastodonte à la modestie de nos moyens. Nous devons y mettre tous notre énergie. « Pour réussir le Cameroun désormais, il faut penser aux enfants et au sens aussi large que la totalité de l’étendue de notre territoire qu’il faut aller connaitre sans aucun autre programme préalable que s’en nourrir…« .

Nous quittions Minawao ce 21 juin aux environs de 16 heures, en laissant un autre lot surprise de plus de 200 ouvrages et 10 jeux pour enfants de moins de 10 ans et avec la ferme conviction de la présidente Christiane Oto d’y revenir dans les tous prochains jours sûrement pour d’autres surprises encore plus agréables. Sans oublier que pour marquer le coup, les enfants du camp bénéficieront d’autres livres pour dont le projet est encore en  gestation. La collecte des livres pour enfants à travers des bonnes volontés sera sa véritable stratégie de foundraising.

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Une vue du camp

Minawao, une leçon de paix

Au total six jours (deux jours de trajet aller et deux jours de trajet retour en train et en bus entre Douala-Yaoundé-Ngaoundéré-Maroua-Minawao) de voyage humanitaire dont l’aventure a été enrichissante sur le plan de la connaissance d’autres types de vie réservé aux personnes dont le destin vient de basculer à cause de l’incurie et de la cupidité des hommes soifs de sang et de pouvoir et qui sèment la terreur. Ce voyage m’a enfin appris, en parcourant les villes et villages comme Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Mokolo, Minawao, etc. que le Cameroun ne s’arrête pas seulement à Douala et à Yaoundé et que « si la guerre qui lacère le septentrion ne vous a pas encore convaincus que si on perd le Nord on perd la partie la plus peuplée du pays […] vous perdrez la cognition du fait qu’environ trois générations chez nous sont en train de traverser la vie sans jouir du pouvoir et du bien-être que l’État social devraient inscrire sur les cahiers pour une traduction sur le terrain par le mal appliqué équilibre régional qui fait que nous nous connaissions encore aussi mal« (Mougoué Mathias LiønKïng) .

Voilà pour la bonne cause que beaucoup de Camerounais devraient épuiser leur économie car « lorsqu’on me demande ce que le Camerounais doit faire pour développer son pays je dis qu’il a une mission : voyager au Cameroun et à son retour il aura tellement découvert son pays qu’il développera une nouvelle façon de l’aimer en s’aimant davantage parce qu’il sait désormais quoi donner et comprend qu’il est bête de dépenser 150.000 FCFA dans une Boite de Douala en une nuit pour séduire une/e potentiel/le partenaire d’aventure sentimentale quand la même somme te fait voyager en couple jusqu’à Kousseri séjour compris en t’enrichissant plus que celui qui est resté sur place danser. » (Mougoué Mathias LiønKïng)

Plus qu’une leçon de vie, Minawao est une leçon de paix.

Tchakounté Kémayou


S’il vous plaît, Docteur, aidez-moi, je veux avorter

avortement-médicaliséCe cri d’alarme est devenu de plus en plus récurrent dans les grandes villes de Douala et Yaoundé où un brassage humain est un élément primordial dans l’étude du phénomène de l’avortement de jeunes filles. D’ailleurs, toutes les confidences des médecins, du plus ou moins célèbres, et du corps médical révèlent que ce sont généralement de jeunes filles qui se présentent pour un avortement. Comme nous pouvons le constater, malgré une interdiction stricte de l’avortement au Cameroun, sauf pour des cas exceptionnels, le phénomène est pratiqué au vu et au su de tout le monde, mais dans la pure intimité pour ne pas dire clandestinité. C’est donc un secret de polichinelle. L’avortement est bel et bien une pratique courante au Cameroun.

Mais, ce qui est bon à savoir, c’est que, premièrement, les avortements qui se font pour des raisons de santé et de danger de mort de la mère est généralement d’une proportion négligeable et deuxièmement, les médecins conventionnels ne sont pas les seuls à l’appliquer. Les infirmiers, les sages-femmes, les laborantins et beaucoup d’autres qui ont eu à passer quelques temps dans un milieu hospitalier, les femmes âgées ou celles qui ont une expérience des méthodes pratiques de décoctions visiblement efficaces sont les plus sollicités par ces jeunes filles à la fleur de l’âge et qui souhaitent se débarrasser de ce fœtus apparemment si encombrant.

Pour bien appréhender ce phénomène un peu particulier, car il supprime une vie humaine qui n’a pas demandé à naître, il serait de bon ton de se référer aux comportements des jeunes gens dans leur relation amoureuse. Remontons donc dans le temps pour voir comment les couples se formaient. Les Camerounais qui ont un demi-siècle d’existence au moins ne se fatiguent pas pour rappeler à qui veulent les entendre, pour vanter l’époque du règne du feu président Ahidjo. Il s’avère que même les régimes politiques ont joué un rôle important dans la formation des couples. Il y a une certaine nostalgie chez ces aînés lorsqu’ils se rappellent qu’à l’époque du feu président Amadou Ahidjo, les couples se formaient avec la forte contribution et l’implication des parents dans la recherche de la femme prodige pour leurs fils. A cette époque, disais-je, presque tous les camerounais, fraîchement sortis du système éducatif après un CAP, un BAC, une licence ou même un diplôme d’une grande école, étaient convoités par la fonction publique qui avait besoin de la main d’œuvre après l’indépendance, par les entreprises publiques et parapubliques où la nationalisation était de plus en plus accentuée. La demande était exponentielle et il y avait donc un fort taux d’embauches. Il devenait même absurde d’imaginer un avenir sombre pour la jeunesse, malgré la dictature.

C’était, à cette époque, normal de concevoir que maman, en venant rendre visite à son fils chéri nouvellement recruté comme fonctionnaire ou comme cadre dans une entreprise de renommé, possède dans ses bagages un « paquet ». C’est parfois le soir, au retour d’une journée de travail bien remplie que le jeune homme découvre son « paquet » confortablement assis pour attendre son prince charmant sous la protection de sa belle-mère. Pour certains, le « paquet » était même expédié depuis le village et le jeune homme était convié à aller le « récupérer » de toute urgence dans une gare routière de la ville. Evidemment, vous l’aurez bien imaginé, ce « paquet » si spécial c’est une jeune fille apparemment vierge de par son âge d’adolescence. Oui, à cette époque, il était facile d’avoir une fille vierge comme femme. Et cela ne dérangeait pas du tout. Les hommes s’en accommodaient et ne passaient pas par quatre chemins pour accepter le choix de leur mère. La fille qui devait vivre sous la protection de son mari n’avait besoin d’aller à l’école, de se battre pour gagner son pain. Peut-on concevoir ce type de relation comme une relation amoureuse ? En d’autres, peut-on être amoureux d’une personne que quelqu’un d’autre a choisie ? Oui, c’est possible et cela s’est fait au Cameroun. J’ose même dire qu’il y a des survivances de ces pratiques dans la région Bamiléké que je connais bien. Peut-être faut-il considérer ce concept d’amour comme un terme polysémique dont le sens peut varier selon les époques et les sociétés. Mais, toujours est-il que c’est une période où le mot divorce, tout comme le chômage, n’existait pas dans le vocabulaire populaire.

Par contre, entre 1982 et 1992, donc dix ans au cours desquels le Cameroun avait connu : 1-En 1982, la démission du premier président Amadou Ahidjo et son remplacement par Paul Biya ; 2-En 1984, le coup d’Etat manqué donc l’ex chef d’Etat avait été impliqué ; 3-En 1992 c’est l’année de braises ponctuées par le retour du multipartisme et l’avènement de la démocratie suite aux mouvements des villes mortes, le pays traverse donc une crise politique et socioéconomique indescriptible. Conséquences, les bourses universitaires n’existent plus, la fonction publique ne recrute plus, et pire encore les entreprises d’Etat sont privatisées sous la pression des bailleurs de fonds. Elles n’augurent pas les lendemains meilleurs. C’est ainsi que les pratiques de relation amoureuses vont prendre aussi un coup. Il devient donc illogique de proposer une femme pour mariage à un homme dont l’avenir est incertain. Les parents ne souhaitent plus prendre ce risque d’aller chercher une jeune fille pour leur fils. Car, dit-on, une telle relation risque ne pas durer pour la simple raison que le statut social de l’homme était la condition sine-qua-none pour nouer une relation amoureuse afin de fonder un foyer digne de ce nom.

Du coup, le choix est actuellement laissé à chaque jeune. Il ne reste plus qu’à se jeter dans l’arène à la recherche de son âme sœur. Cette situation marque indubitablement le début des relations amoureuses controversées, ambigues et complexes. On assiste ici à un renouvellement conceptuel de la notion de famille. Contrairement à l’ancienne époque, l’homme n’est plus considéré comme le pourvoyeur du ménage. Même si le code de la famille au Cameroun mentionne que c’est l’homme qui est le chef de ménage, les conditions économiques actuelles font que, dans la pratique, ce n’est pas toujours le cas. Le nouveau code qui a connu la main experte des féministes, actuellement bloqué dans les tiroirs de l’exécutif, attend toujours d’être posé sur la table des députés pour légiférer. De quoi le pouvoir a-t-il peur ? Je n’en sais rien. Il est désormais admis que la femme participera pleinement dans la construction et l’évolution de la cellule familiale. C’est la raison pour laquelle son rôle ne se limitera plus à la femme de maison. Cette conception de la famille aura un impact important sur la formation des couples et la création de la cellule familiale.

A notre ère, il est inconcevable de proposer une femme à un homme comme cela se faisait avant. Les relations amoureuses se nouent par un simple contact entre les deux partenaires qui s’entendent mutuellement. Comme dans toutes relations sociales libres, les enjeux deviennent inévitables lorsqu’il y a des intérêts visiblement importants. Les hommes, connus pour des êtres de conquête, nouent toujours des relations amoureuses qui les placeront en position de pouvoir : l’homme qui apporte tout, qui fait le premier pas, qui donne la conduite à tenir, etc. Apparemment, comme à l’époque du feu président Amadou Ahidjo, les hommes n’ont pas changé d’habitude et se considèrent toujours comme le seul capitaine dans un navire. Ils pnsent toujours que la femmes doit toujours évoluer sous ses aisselles. Le problème, justement, viendrait des jeunes filles qui ne se sont pas rendu compte que, malgré la puissance financière de l’homme qui a eu, malgré la crise, de trouver un emploi anviable, il ne doit plus être considéré comme « l’homme-à-tout-faire ». Elles s’imaginent toujours à la belle époque de nos parents. Une situation de relation libre comme comme celle-ci rend l’homme maître du jeu, car il est le seul qui contrôle tout et il n’a plus, malheureusement, de compte à rendre à personne, même pas chez ses parents comme c’était le cas avant.

Cette position de pouvoir a, inévitablement, des effet pervers. L’un de ces effets est bel et bien une grossesse qui pourrait arriver à la suite des relations sexuelles. Où est le problème ? Me direz-vous. Il s’avère donc qu’à la vitesse de la lumière, plus une jeune fille accouche, moins elle a la chance de trouver l’homme de sa vie. Aussi paradoxal qu’elle soit, cette hypothèse est d’autant plus vraie que le phénomène de l’avortement perdure. Il ne fait donc plus l’ombre d’aucun doute que pour la plupart d’hommes, les relations sexuelles au sein d’une relation de copinage sont d’une extrême importance qu’il devient difficile de ne pas la concevoir comme telle. Un homme qui se croit tout permis va même aller jusqu’à nier la paternité de l’enfant malqué que celui-ci soit le sien. Beaucoup, dans ce cas-là, prennent tout simplement la poudre d’escampette.

C’est comme ça que la plupart de filles se retrouvent donc, désespérées et désemparées, avec une grossesse non désirée. La problématique des grossesses non désirées peut, bien sûr, être élargie à d’autres types d’hypothèses, mais celles des relations de copinage sont les plus légions.

Ce qui fait problème, ce n’est même le fait d’avoir un gosse, d’être une fille-mère. C’est tout simplement le fait de ne plus avoir ses chances de trouver un autre prince charmant. Oui, les filles le pensent vraiment : avoir un gosse réduit ses chances de fonder un foyer. Je dirais même qu’elles ne le pensent pas, elles le vivent au quotidien. Ces hommes qui sont si prompts à exiger des relations sexuelles, à « enceinter » leur copine et à se débiner à la moindre occasion, sont malheureusement les mêmes qui, curieusement refusent toutes relations amoureuses avec une jeune fille-mère ! Dans cette situation, toute fille ambitieuse pour une relation amoureuse et désirant fonder un foyer digne de ce nom, cherchera donc à avorter, à tous les coups et à tous les prix. Les médecins seront toujours là à entendre ces cris de détresse qui viennent des filles, à la fleur de l’âge, désirant se faire avorter et visiblement au bord des larmes : « S’il vous plaît, Docteur, aidez-moi aidez-moi ». On aurait cru quelqu’un en danger de mort. Que non. Elles ont tout simplement peur de subir la réaction négative d’un nouveau gars, des ses copines, et surtout de leur famille pour qui elles restent un espoir. Et dans le cas où l’avortement est impossible, elle supporte la grossesse et le moment venu, abandonne l’enfant dans un orphelinat. Ciel! Le médecin doit donc supprimer une vie pour permettre à la jeune fille désemparée de pouvoir encore espérer une vie meilleure. Du coup, ces relations amoureuses d’antan basées sur l’entente entre, d’une part les parents des partenaires et des partenaires eux-mêmes d’autres part, deviennent nostalgiques pour ces aînés qui ont connus la belle époque. Une époque où le premier partenaire de la fille était son mari. Une époque où toutes relations sexuelles qui aboutirait à une grossesse ne causaient aucun problème puisque même si le gars refuse d’assumer, il mettrait ses parents en danger, en conflit avec les parents de la fille.

D’un autre côté, les filles sont apparemment les seules à ne pas comprendre que l’époque d’Ahidjo est révolue et qu’il est désormais nécessaire de prendre son destin en main et éviter de le laisser entre les mains d’un homme. Elles vont même jusqu’à faire des enfants volontairement dans le simple but de contraindre son prince charmant à l’épouser. Comme si pour elles, avoir un enfant avec un homme c’est une garanti pour le mariage. Le résultat est toujours le même : la fuite du gars qui ira chercher ailleurs.

« Les enfants de Biya », comme le disent nos aînés sociaux et nos parents pour désigner cette génération de jeunes d’aujourd’hui, sont irresponsables. Les jeunes qui ne prennent plus les relations amoureuses au sérieux. Autant les hommes se considèrent comme les tout-puissants, autant les jeunes filles continuent de penser que les hommes doivent tout faire pour elles. Cette situation donne à l’homme un pouvoir exorbitant qu’il va manier à son avantage et prennent un malin plaisir à foutre le bordel autour d’eux.

Tchakounte Kemayou


Pourquoi la création des États-Unis d’Afrique fait-elle peur ? (4)

Comme je le démontre à travers les deux derniers derniers chapitres, la création des Etats Unis d’Afrique n’a pas seulement un enjeu historique, culturel et politique, mais aussi un enjeu hautement scientifique. Celui-ci se résume à la rupture systématique des postures scientifiquement conventionnelles et universellement admises par les officines occidentales. Les ouvrages de James Mona Georges (Stolen Légacy) et de Cheikh Anta Diop (Nations Nègres et culture) sortis en 1954 inaugurent, à l’ère contemporaine, cette rupture épistémologique. Même si celle-ci date de l’époque de la conceptualisation de l’afrocentricité, c’est avec ces ouvrages que : 1-la véritable paternité de la science et de la philosophie dont l’Occident se fait le porte-étendard est révélée au grand jour ; 2-les énoncés de ces connaissances scientifiques occidentales « volées » à l’Égypte antique ne sont que des copies falsifiées.

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Les tenants de la thèse d’une rupture épistémologique (les garvéyistes, les panafricanistes, les kémites, etc.) postulent que la référence à ces connaissances occidentales considérées comme des « copies falsifiées » ne s’auraient donc se justifier à partir du moment où l’Afrique se réclamerait le droit d’être la source originale. Cette thèse postule que les Africains doivent dorénavant questionner les théories académiques reçues depuis leur formation. Pour les afrocentristes, le mal est que les penseurs et les inventeurs occidentaux sont célébrés à la place de ceux qui sont de vrais créateurs et inventeurs. Il faut donc arrêter l’imposture et donner à César ce qui est à César.

Logiquement donc, les Occidentaux, maîtres de cette imposture, sont considérés comme des pires ennemis de l’Afrique qui empêcherait son décollage. Comme l’afrocentricité, le panafricanisme, le garvéyisme et le kémitisme, certains courants, issus du monde Occidental s’insurgent aussi contre cette manie de caporaliser le monde et faire d’autres peuples de la planète des faire-valoir. Cette posture fait l’objet de toute une campagne contre les puissances occidentales dont le fonctionnement vicieux a été mis à nu à travers la théorie du système-monde développée par les altermondialistes en l’occurrence Immanuel Wallerstein dans son ouvrage de trois volumes intitulé The Modern World-System (1974, 1980 et 1989).

L’engagement des altermondialistes contre ce système incite les afrocentristes à persister dans leur lutte. Ainsi, le retour à l’authenticité négro-africaine domine les discours. Le combat pour une indépendance intellectuelle ne sera qu’utopie si la majorité de la population Africaine, considérée comme des « acculturés » et des « incultes » selon les termes des afrocentristes, conséquence d’un endoctrinement de plus de trois siècles de civilisation et d’éducation à la culture occidentale, n’est pas mise à contribution. Cette rupture épistémologique n’est possible qu’après une sorte de ce que je pourrais appeler « le lavage de cerveau » afin de mettre en place une nouvelle génération d’Africains dignes et responsables, de faire émerger un « Africain rénové ». L’un des aspects de la campagne de sensibilisation pour reformer cette nouvelle génération est la prise de conscience de la nécessité de cette rupture.

La conscience panafricaine

Le premier challenge du mouvement afrocentriste consiste en la construction d’une identité, c’est-à-dire la construction d’un sentiment, d’une conscience collective d’appartenance. Pour Owona Nguini (Politologue, Cameroun), la difficulté réside sur le fait que l’Afrocentricité souffre surtout du complexe d’infériorité persistant chez de nombreux africains et même de l’élite. Ils sont subjugués mentalement par la référence civilisationnelle à l’acculturation occidentale pour deux raisons simples. L’esprit colonisé ne les prédispose pas à : 1-dresser un inventaire critique de l’influence occidentale en Afrique et de la nécessité pour les Africains de recourir à un droit d’inventaire pour sélectionner avec pertinence des emprunts culturels à l’occident ; 2-recombiner et réorganiser, avec un code civilisationnel africain émancipateur et émancipé, leur société qui permettra de construire conceptuellement et matériellement les bases géopolitiques et géo-économiques d’un nouveau rayonnement africain à travers l’invention d’un grand espace panafricain=Etats Unis d’Afrique=Union Panafricaine.

Au vue du constat posé par Owona Nguini, la prise de conscience à travers l’éducation et la sensibilisation des Noirs de par le monde est une priorité indéniable. Parmi les plans d’action les plus populaires de l’Unia, figurait la mise en place des sections de l’association à travers le monde. Pour ce faire, les différentes sections de l’UNIA (l’Afrique compte déjà 27 au total), travaillent sur un projet panafricanistes devant regrouper les Noirs du monde entier (africains, afro-descendants, et diasporas noires à travers le monde). Selon Bonaventure Tchucham (Juriste, Allemagne) quatre éléments essentiels constituent la Conscience Panafricaine : 1-communauté d’origine (tous les Noirs ont des Ancêtres communs) ; 2-communauté de souffrances (ces Ancêtres ont souffert et sont morts pour nous) ; 3-communauté de valeurs (une culture et une spiritualité communes nous unissent) ; 4-communauté de destin (en raison de tout ce qui précède, une destinée commune nous engage et l’Afrique est la terre d’élection de ce destin). Concrètement, de quoi s’agit-il ?

Les enjeux scientifiques de l’Afrocentricité

Pour passer de la parole aux actes, à la suite de Garvey, Molefi Kete Asante met sur pieds l’association Afrocentricity International basée en Philadelphie aux Etats-Unis, semblable à l’Unia. L’Afrocentricité se présente comme une théorie issue du mouvement social, et donc comme un paradigme, un référentiel de combat pour la lutte de libération définitive des Africains sur le plan culturel. Elle représente l’idéologie de libération la plus révolutionnaire que des Africains aient jamais produite parce qu’elle apparaît comme une synthèse critique de toutes les précédentes, depuis le « garvéyisme » jusqu’à la philosophie « diopienne » en passant par la « Kawaida de Maulana Karenga », le panafricanisme moderne et les autres. En cela, l’afrocentricité est le fruit d’une construction, d’une déconstruction et d’une reconstruction d’un schème de pensée, d’une théorie de développement basé sur une rupture épistémologique : c’est la théorie du changement social.

Bonaventure Tchucham (Juriste, Allemagne) fait de l’afrocentricité un défi scientifique. Il a été longtemps convenu et admis que les théoriciens Africains étaient incapables de produire des concepts de libération, des concepts de mouvements sociaux qui mettraient en exergue la dynamique sociale motrice du changement. L’afrocentricité va même au-delà du changement. Elle se veut une théorie de dépassement. Car elle apporte des correctifs et des rectificatifs des théories classiques à visée subversive et « in-humanisant ». C’est en cela qu’elle est considérée comme une théorie révolutionnaire. Un bref aperçu sur la construction de la pensée révolutionnaire de l’afrocentricité, telle que présentée par le juriste suscité nous en dira un peu plus sur la pertinence et la profondeur de ce concept.

1- Le capitalisme :
c’est la compréhension économique naturelle d’orientation matérialiste qui promeut la liberté individuelle et admet le conflit et la lutte des classes comme moteur de l’histoire. Le résultat en est une conception euristique, conflictuelle des relations internationales qui débouchent sur le choc des civilisations et la militarisation des relations entre nations. Conséquence, ici, c’est le plus fort militairement et scientifiquement qui va l’emporter car la Terre est régie par la théorie du « système-monde ». Le hic ici c’est cette pensée unique qui considère ce type de société comme idéal. D’ailleurs, tandis que Samuel Huntington propose le choc des civilisations comme modèle des relations internationales, Fukuyama ose écrire que l’histoire est terminée et que le reste de la terre n’a pas d’autre choix que de vivre selon ce que l’Occident définit comme mode de vie.

2- Le communisme :
C’est un correctif du capitalisme. Il passe à l’autre extrême pour tenter de collectiviser l’économie, mais il n’échappe pas à l’idée du conflit, de la lutte des classes, du matérialisme historique, et se termine par des excès au moins autant condamnables que ceux du capitalisme, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons.

3- Le socialisme :
lui par contre, veut ramener les valeurs au sein de cet univers vidé de valeurs en promouvant la justice économique, l’égalité, et toutes ces valeurs qui ont progressivement ramené un visage humain au cœur de la sécheresse des doctrines du progrès à tout prix.

Ces idéologies ont forgé les classes politiques de l’Occident, de l’extrême droite à l’extrême gauche. L’Afrique, qui a perdu l’initiative historique, se trouve prise dans le feu croisé de toutes ces idéologies qu’on lui inflige depuis six cents ans (pour rester dans la période de l’histoire récente). Pour les « garvéyistes » comme Bonaventure Tchucham, le reproche adressé aux « utopistes » est le fait de ne pas souvent adopter le moindre sens critique de ces schémas idéologiques et développementistes conçus par l’Occident. Ces « utopistes » sont, comme le disent les « garvéyistes », « formatés » par la pensée unique au point de ne même pas envisager un modèle alternatif.

Or la conception économique, politique, socialiste de l’Afrique se démarque nettement de celle de l’Occident. L’Afrique a une conception communautariste de l’économie, de la société aristocratique, monarchique et du pouvoir politique.

4- Le communautarisme :
Il est fondé sur le solidarisme, mais il n’a rien du parasitisme qui a été instauré par le misérabilisme dû à de graves dysfonctionnements des « États » postcoloniaux. Le communautarisme est par essence dirigé contre l’éradication de la misère sous toutes ses formes : économique, sociale, politique. Il s’agit d’un ordre social fondé sur la participation et le travail de tous, pour tous, par tous et sur le partage c’est-à-dire la juste redistribution des richesses nationales. Pour éviter de l’enfermer sous le prisme de l’angélisme, il suffit de citer les exemples historiques de la période impériale Africaine, pour ne pas remonter plus loin, tout le monde n’étant pas d’accord – pas encore – sur le modèle de l’État pharaonique dans l’Égypte négro-africaine antique.

En évoquant la période impériale africaine, nous pouvons citer : 1-la Constitution de l’Empire du Mali ; 2-la fameuse Charte du Kurukan Fuga, encore appelée Charte du Mandé ou Manding, rédigée sous Soundjata Keita en 1226, après la bataille de Kirina, et dont le contenu éminemment communautariste est un bel exemple de ce que nous disons, avec, bien attendus, des préceptes énoncés de la manière suivante : « faites, faisons, ne faites pas, ne faisons pas ».

Malgré sa superbe clarté, l’afrocentricité est loin de faire l’unanimité entres les acteurs. Pour la simple raison que, soutient le juriste garvéyiste, les intellectuels africains, férus d’Adam Smith, de Karl Popper et de Karl Marx, dédaignent généralement le travail sur ces évolutions internes à l’Afrique, et ne veulent leur accorder la moindre valeur que sous-couvert de la validation par les « canons » établis dans les disciplines où ils ont été formatés. C’est ainsi que beaucoup tiennent le marxisme, par exemple, pour un outil approprié d’analyse des problèmes coloniaux et néocoloniaux, négligeant le fait que le racisme, qui échappe à l’analyse marxiste, est une donnée constante dans l’étude des problèmes coloniaux. Aussi épilogue-t-on sur la lutte des classes là où la lutte des races est le problème, tenant ainsi le discours dominant pour résoudre le problème des dominés. Est-il étonnant alors que le problème persiste ? Depuis que Karl Marx a tracé la frontière pour les auteurs occidentaux, le racisme né de l’eurocentrisme et du projet hégémonique de la suprématie blanche sont les prismes d’analyse de l’Afrique et des Africains.

La riposte des « utopistes » sera aussi cinglante que ce coup de gueule du « garvéyiste ».

Rendez-vous donc au prochain billet.

Tchakounté Kémayou


Les vrais challenges de l’éducation au Cameroun

En matière de nouvelles technologies, les établissements scolaires camerounais restent un terrain complètement vierge. A l’ère des nouvelles technologies, du développement des outils de communication et d’information, à l’ère de la révolution des habitudes axées sur la manipulation et la maîtrise de ces outils du monde moderne, du village planétaire, il devenait révoltant de constater que les élèves camerounais accumulaient des lacunes incommensurables. Beaucoup d’entre eux, qui avaient la chance d’avoir leur baccalauréat, ne découvrait l’outil informatique qu’à partir du supérieur.DSC_0430Les cours d’informatiques, qui n’ont été introduits que récemment, ne se limitaient qu’à la théorie pure et simple. La dotation des établissements publics de salles informatiques, trop couteuse, devenait très problématique. Ce domaine était donc abandonné et il devenait inconcevable d’imaginer une jeunesse sans base dans la maîtrise de ces nouvelles technologies, devenues outils par excellence de communication et de recherche. Les parents, dans le cadre de leur association, étaient sollicités. Mais, jusqu’ici les résultats sont plus que négatifs, car comment comprendre que l’accès dans la salle d’informatique de l’établissement soit payant pour les élèves alors que ce sont les parents qui ont contribué pour la construction et son équipement ?

Sérieusement, compte tenu des enjeux des nouvelles technologies pour le développement, la mise en place d’un équipement de dernière technologie devenait une nécessité. L’Etat Camerounais qui devient de plus en plus incapable d’assurer le minimum de sa fonction régalienne à savoir tenir le pari de l’accès à la scolarisation gratuite à l’école primaire ne pouvait pas se permettre le luxe de miser sur le challenge des nouvelles technologies. Il a donc mieux à faire. Heureusement, l’entreprise panafricaine de la téléphonie mobile l’a bien compris et vient de faire un grand coup.

De quoi s’agit-il ?

Le 30 octobre 2013, MTN Cameroon, à travers sa Fondation, signe une convention de partenariat avec le Ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC) camerounais. C’est une convention de partenariat dont l’objectif global est justement de « promouvoir l’excellence dans l’enseignement des disciplines scientifiques » en mettant à la disposition des lycéens ce qu’il y a de plus modernes et révolutionnaires dans ce domaine.

« MTN Foundation », la toute première fondation d’entreprise créée au Cameroun, reçoit chaque année 1% du bénéfice de MTN Cameroon pour les œuvres humanitaires et de solidarité. L’un des projets phares de cette fondation est justement l’accompagnement de l’Etat camerounais dans la formation des jeunes élèves. Ainsi, la mis en place des projets allant dans le sens de booster l’intérêt des élèves et des enseignants à la maîtrise des nouvelles technologies devient une nécessité. En guise de précision, il faut le dire ici que, avec 70% de dotation, c’est l’Education qui occupe le plus vaste budget de cette fondation face aux domaines comme la Santé, l’Environnement et le Développement Communautaire. Pourquoi l’accent est mis sur les TIC ? Pour le Secrétaire Exécutif Melvin Akam, « L’internet, est par la richesse de ses contenus éducatifs, un outil d’égalité des chances et de diffusion du savoir de l’école à l’université. ».

Le programme « Digital Schools »

Lancé le 8 mai 2015 à Tiko dans la région du Sud-ouest, le projet « Digital Schools » désigne des centres multimédias bien équipés et bien aménagés qui serviront de cadre de travail pour la formation des élèves d’une part et les recherches pour les enseignants d’autre part. Ainsi, le programme « Digital Schools » vise la réduction de la fracture numérique à l’Ecole, à travers l’installation et l’équipement de centres multimédia dans des établissements secondaires du Cameroun. D’ailleurs, ces centres sont plus évolués et correspondent aux réalités technologiques actuelles. Les utilisateurs auront accès aux ordinateurs de dernières générations et qui occupent le minimum d’espace possible. En matière d’équipement, chaque centre multimédia installé comprend : 20 ordinateurs flambant neufs pentium 4 avec micro processeurs intégrés, un serveur, une imprimante multifonctions, du matériel de vidéo-projection, du mobilier (tables, chaises, armoire), une connexion Internet à haut débit.

Ces équipements sont révolutionnaires au Cameroun pour trois raisons principales : 1-Dans la salle, juste les écrans et les claviers seront visibles sur la table. Il n’y aura pas, comme on le voit généralement dans les salles informatiques jusqu’ici, des encombrantes unités centrales ; 2-Ces ordinateurs en plus d’être connecté à Internet haut-débit, contiennent aussi des contenus éducatifs gérés par le MINSEC ; 3-Grâce à la technologie performantes appelée « Cloud Computing », au lieu de solliciter l’intervention des équipes techniques qui tarderont à venir sur place, les ingénieurs de MTN Cameroon, à partir de leur base à Douala, peuvent intervenir à distance en cas de besoin d’assistance.

DSC_0431Les réalisations du programme « Digital Schools »

MTN Cameroon prévoit donc construire 15 « digital schools » à travers le pays. A ce jour, deux lycées ont déjà connu l’inauguration de leur centre multimédia : Lycée bilingue de Tiko inauguré le 08 mai 2015 pour 2472 personnes et le Lycée bilingue d’Ebolowa inauguré le 22 mai 2015 pour 4010 personnes. Pour ces deux établissements, plus de 6482 élèves et enseignants auront donc accès à ces outils dès l’année scolaire prochaine (2015-2016) sans oublier les 8 autres lycées à savoir : Le Lycée de Zamengoue dans la région du Centre, le Lycée de Mora à Extrême Nord, le Lycée de Loum dans le Littoral, le Lycée de Ngaoundal dans l’Adamaoua, le Lycée Bilingue de Bagangté à l’Ouest, le Lycée de Belabo à l’Est, le Lycée de Figuil au Nord et le Lycée de Mbengwi au Nord-Ouest. Les 5 autres établissements scolaires bénéficiaires des centres multimédia seront déterminés en commun accord par le MINESEC et la Fondation MTN pour la prochaine rentrée scolaire.

Il faut rappeler que depuis 2006, la Fondation MTN a déjà installé 40 centres multimédia à travers les 10 régions du Cameroun. A cette époque, le concept était dénommé « School Connectivity ». Ils donnent accès aux TIC à plus de 60000 élèves et 4000 enseignants dans des établissements scolaires du Cameroun, le plus souvent en zones rurales.

Le «Concours du Meilleur Enseignant et Utilisateur Intégrateur des TIC »

Pour rentabiliser intellectuellement ces équipements, la fondation prévoit des activités autour de ce programme. L’organisation d’un concours à l’intention de tous les enseignants sans exception, a pour objectifs de valoriser les enseignants par la promotion de l’excellence dans l’enseignement au Cameroun. Le « Concours du Meilleur Enseignant Utilisateur et Intégrateur des TIC » est, cette année, à sa deuxième édition qui a été lancé le 23 avril 2015 au Lycée de MAYAP et ce jusqu’au 30 juin 2015.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce concours s’adresse à tous les enseignants du secondaire au Cameroun, public ou privé sans exception. En plus, il ne s’adresse pas qu’aux enseignants d’informatiques. Toutes les disciplines sont concernées ici. Le principe ici est d’être innovant dans la technique pédagogique de l’enseignement à travers les outils de nouvelles technologies. La créativité des enseignants est ici sollicitée pour révolutionner l’enseignement au Cameroun.

C’est un concours national qui récompensera chaque région. Par contre, le grand gagnant au niveau national va, non seulement recevoir son prix, mais fera bénéficier son établissement d’un Centre Multimédia équipé entièrement MTN Foundation. Les délégations régionales du MINSEC ne seront pas en reste, car celle qui récoltera le plus grand nombre de participants à ce concours sera elle-même doté d’un équipement informatique. C’est tout dire !

Le programme « Scientific Labs »

C’est un projet qui vise l’amélioration de la qualité de l’enseignement des sciences à travers l’aménagement et l’équipement de laboratoires scientifiques dans des établissements secondaires du pays. Les laboratoires scolaires, quand ils existent, sont carrément vides et ne ressemblent plus qu’aux locaux de décor. Les laboratoires de lycées sont de vielles salles. Seuls les lycées d’un certain âge en possèdent encore. Comme pour le cas de salles informatique, les salles de laboratoires sont vraiment des parents pauvres des programmes scolaires. Ce n’est plus devenu la priorité de l’Etat qui crée de nouveaux lycées sans se soucier du contenu de la formation.

Le programme « Scientific Labs » de MTN Cameroun n’est pas encore connu dans les détails. Il n’a été révélé au grand public que lors du discours du Pr Ebenezer Njoh Mouele, membre du conseil d’administration de MTN Foundation, le 22 mai dernier à l’occasion de l’inauguration du Centre Multimédia du Lycée Bilingue d’Ebolowa. Certainement que ce programme nous révèlera beaucoup de curiosité comme celui du programme « Gigital Schools ».

In fine, dans le secteur de l’éducation, il n’y a pas que l’amélioration à l’accès aux nouvelles technologies dans l’enseignement secondaire qui est concerné : d’une part le renforcement des infrastructures et le suivi des enfants défavorisés au niveau de l’éducation de base avec près d’une dizaine d’écoles primaires construites ou rénovées essentiellement dans des localités du Grand Nord, de l’Est et du Sud-Ouest, considérées par le Ministère de l’Éducation de Base comme des Zones d’Éducation Prioritaire, et d’autre part le soutien à l’excellence dans l’enseignement supérieur sont déjà considérés comme des acquis faisant parti des challenges réussis de MTN Cameroun.

Tchakounte Kemayou


Au Cameroun, le client n’est pas roi

10385505_843724875703770_6253434056256721355_nChez Mamadou, le boutiquier Malien de Kotto, dans un coin du comptoir, il est écrit, en lettres capitale et bien visible de loin : « LE CLIENT EST ROI ». Placée bien au centre des étagères, cette petite phrase a l’air de témoigner l’affection qu’auraient le vieux  Mamadou et ses collègues commerçants pour les clients considérés comme le maillon central du développement d’une activité commerciale. Mamadou n’est donc pas seul. Il est de coutume, au Cameroun, de voir afficher, en plein milieu du comptoir d’un établissement commercial cette phrase magique. A vrai dire, j’étouffe même toujours de rire en lisant ces inscriptions qui n’ont pourtant l’aire de ne même pas intéresser les clients eux-mêmes. Elles ressemblent plus à une flatterie qu’à une attitude, à une escroquerie qu’à une une probité. C’est un slogan creux comme disent les politiciens.

Laissons les boutiquiers du coin qui, pour la plupart, ne sont même pas au fait de ce que cela pourrait signifier. L’exemple des entreprises nationales et multinationales pourraient bien illustrer mon propos. Personne, je dis bien personne, au Cameroun ne peut nier les dommages et les désagréments que les clients de la Camerounaise des eaux (CDE) et de Energy of Cameroon (ENEO), pour ne citer que ces cas-là, ont subi et continuent de subir avec des coupures intempestives d’eau et d’électricité. En tous les cas, là n’est pas le problème. Ce qui m’intéresse ici, ce sont moins les coupures que les dommages et les désagréments subis chez les consommateurs qu’on appelle pompeusement « rois ».
Je me rappelle avoir perdu mon ordinateur où j’avais stocké toute ma documentation à la suite d’une coupure d’électricité. Non, ce n’est pas parce que mon ordinateur n’enregistrait pas automatiquement les données. Un rétablissement du courant électrique, à la suite d’une coupure, comme j’en subi d’habitude, avait provoqué un choc ou une décharge électrique, quelque chose de ce genre, qui a précipité la mort de ma machine. Évidemment, il est toujours conseillé de mettre les appareils hors tension lorsqu’une coupure d’électricité survient. Tellement les coupures sont récurrentes, répétées et intempestives qu’il devient difficile de maîtriser tous les appareils électriques. Les disques durs étaient foirés et rien n’a été récupéré malgré les efforts de mon technicien. Depuis que ces entreprises nationales privatisées nous mènent la vie dure-là, je me demande toujours quelles stratégies adoptées pourraient les faire changer.

L’inégalité parfaite

Lorsqu’un client a accumulé un retard dans le paiement de ses factures, quelques heures suffisent pour que ces entreprises envoient leurs agents sévir. Ils viennent avec une autorisation de suspendre la fourniture d’eau ou d’électricité aux clients retardataires, non sans les imposer aussi ce qu’elles appellent « Frais de coupure » ou « Pénalités ». En plus de la consommation mensuelle exigée à tous les clients, les retardataires doivent joindre à celle-ci un autre montant fixé par l’entreprise sous forme de pénalité afin d’être rétablis quelques heures voir quelques jours après. Ici, puisque le client est fautif, c’est lui qui doit payer pour la faute commise. En droit, ça s’appelle dommages et intérêts subis par l’entreprise à la suite d’une rupture de contrat. Puisque le non-paiement ou le retard de paiement est un constat de rupture de contrat, le client réfractaire doit donc payer le manque à gagner à l’entreprise.

Cependant, lorsque c’est l’entreprise qui suspend l’eau ou l’électricité aux clients pour des raisons techniques avancées, aucune clause n’oblige l’entreprise à être redevable devant le client. C’est le lieu ici de mentionner qu’il y a rupture du contrat par l’entreprise et non plus par le client, puisqu’une panne technique n’est pas imputable à ceux-ci mais à l’entreprise qui n’a pas respecté le contrat de partenariat qui stipule que le client a droit à la fourniture d’eau ou d’électricité 24h/24 et 7j/7. Ici, les dommages sont subis par les clients et non plus par l’entreprise comme pour le cas ci-dessus. Le partenariat signé entre le client et l’entreprise n’est pas à égalité parfaite.

Abus de pouvoir

Au Cameroun, les clients supplient pour payer leur conso mensuelle à la caisse. Chaque fois que le délai de payement de facture approche, une foule et un rang interminable se dresse devant les caisses de ces entreprises. Il faut avouer que les efforts fournis par ces mastodontes commerciales pour satisfaire le confort de leur clientèle est loin de refléter le niveau de leur taille financière. Après avoir fait plus de cinq heures à attendre votre tour, à peine la caissière ose vous dise même « Bonjour ». Son regard est d’une indifférence et d’un tel mépris qu’elle n’hésite pas à franchir le rubicond en vous tendant un remboursement insuffisant. Généralement, elle ampute votre différence d’un manquant qu’elles disent « négligeable » de 5, 15, 20, 25 voire 50Fcfa. Quel manque de respect! Faisons un calcul simple : Imaginons une caissière qui enregistre au minimum 10.000 clients par mois, cela rapporterait au bas mot, 50.000Fcfa à une caissière qui empoche seulement 5Fcga par facture réglée à la caisse. C’est ce qu’on appelle en langage ordurier : « les avantages de service ». Depuis que ma maman m’a mise au monde, les 5 ou 10Fcfa que mon papa laisse chaque mois à ces deux entreprises peuvent déjà construire un château. Ne riez pas, je suis sérieux, hein. De quoi donner des frissons à un manœuvre ou un technicien de surface qui touche à peine la moitié de ce montant. A vrai dire, ces caissières-là font exprès de ne pas avoir la monnaie pour le remboursement.

Un jeu pipé à somme nulle

Pourquoi seuls les clients doivent payer les dommages qu’ils ont fait subir à la CDE et à ENEO et pas l’inverse ? Autrement dit, pourquoi ces entreprises ne payeraient-elles pas aussi les dommages qu’elles font subir aux clients comme ceux-ci le font lorsqu’ils sont appelés à payer leur pénalité de retard ? Les plus futés en droits des affaires diront que ce sont les clients qui se sont fait avoir en acceptant un partenariat perdant-gagnant ou gagnant-perdant, c’est comme vous coulez. C’est exactement comme dans un jeu de poker, de tarot et d’échec où dans un duel, un seul joueur est déclaré gagnant. Ici, le jeu est pipé parce qu’il n’y a que le même gagnant à chaque duel.

Laissons même cette affaire de droit de côté et intéressons-nous à l’éthique. Tout simplement à l’éthique. Ets-il normal qu’une entreprise se fait payer chaque fois qu’elle a subi des dommages et s’abstient de payer aussi chaque fois qu’elle cause des dommages à autrui ? Ce n’est qu’une règle, un principe de bon sens, comme le martelait René Descartes dans ses « Discours de la méthode ». Oui, « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée », disait le philosophe.

Qu’en est-il des autres ?

Bizarrement, ceux qui entretiennent ce flou ne sont pas seulement à la CDE ou à ENEO. Même les autres entreprises nationales comme Camtel (entreprise de téléphonie) et les entreprises nationales privatisées comme Camrail (entreprise de transport ferré) voire les multinationales comme Orange, MTN, et autres, malgré la présence d’un organisme de régulation qui les cognent de temps en temps, ne se privent pas de mépriser ce bon sens. Les responsables de ces entreprises vous rétorqueront toujours, lorsque vous les coincer, que leur entreprise payent des sommes colossales aux institutions de régulation qui les tancent à chaque faute commise. Pourquoi c’est l’État qui encaisserait cet argent au lieu de le reverser aux ayants-droits que sont les clients qui ont subi de graves préjudices ? Au finish, l’État et les entreprises se sucrent sur le dos des pauvres clients sans défense. C’est ça qui est la vérité!

Voilà ! Je comprends alors pourquoi le train Intercity de Camrail ne se gêne plus d’accumuler des retards sans que personne ne se demande ce qui ne va pas. Les entreprises de téléphonie comme Camtel, Orange Cameroun, Nextel Cameroun et MTN Cameroon ne se gênent même pas pour aviser les clients en cas de panne technique. Et pourtant, la moindre faute ou erreur commise par un client est tout de suite sanctionnée par un avertissement ou une rupture de contrat qui ne pourrait être reconduit qu’après avoir payer une pénalité conséquente. Et des surfacturations téléphoniques à n’en plus finir ? Il suffit que vous manquiez de vigilance pour un petit instant, vous vous retrouver avec un téléphone sans crédit. Ne faites surtout pas l’erreur de demander un listing de vos appels au service clients. Le listing vous sera facturé à prix d’or et parfois plus cher que le montant réclamé. Vous ferez encore mieux de vous en tenir à ça : perdre votre crédit malgré le vol constaté. Tout ça c’est le client qui doit payer ; mais l’entreprise ne paie jamais, je dis bien jamais pour ses fautes commises volontairement ou involontairement.

Pour ce qui concerne la pollution alors hein, n’en parlons plus. C’est la pire catastrophe. Des milliers de bouteilles plastiques produits par des entreprises comme Supermont (vente d’eau minérale), Les Brasseries du Cameroun et Sources du Pays (vente de boisson hygiénique) sont déversées dans la nature après usage. Ces bouteilles non biodégradables infestent les drains et empêchent la circulation normale des eaux usées. Qu’on ne s’étonne donc plus sur des raisons des inondations ou même des grues en plein centre-ville comme Yaoundé et Douala. Quel est l’effort que ces entreprises font pour limiter voire éviter les dommages subis dans le cadre de leur activité ? Rien ! Il appartient toujours aux clients de se débrouiller seuls pour réparer les tords subis par les autres : déboucher les drains, recycler les bouteilles ou les détruire, etc. Parce que la santé des populations en dépendent, celles-ci ne doivent se fier qu’à leur bonne foi de préserver leur propre environnement.

Et pourtant…

…En Occident, la société civile et les syndicats se sont battus pour que les clients soient respectés, pour que ce slogan « LE CLIENT EST ROI » ait une valeur et ne soit pas seulement un vain mot. Un simple petit retard d’un train de la SNCF ou une panne de la communication chez Orange en France obligeront ces entreprises à dépenser des sommes énormes aux bénéfices des clients afin de réparer le préjudice subi. Pourquoi les entreprises installées au Cameroun ne se plient-elles pas à ce bon sens ? Est-ce une question de mentalité ? Je n’en sais rien. Pourquoi les Camerounais qui ont pourtant fait leurs carrières et leurs études en Occident ne s’arriment-ils pas aux exigences et règles de fonctionnement commercial pourtant maîtrisés ? Pourquoi les étrangers, européens pour la plupart, qui arrivent au Cameroun et qui se retrouvent en train de gérer les multinationales, se comportent-ils comme de petits gamins à la cervelle de moineau prompte à l’escroquerie ? On leur a fait ça au village, ou c’est la malchance des Africains ? Au lieu d’être de véritables patrons d’entreprises, ils se transforment en mercenaires. J’aimerai bien les inviter à venir me voir pour un petit recyclage de marketing que je leur offrirais gratuitement. Sans blague. Que c’est dégueulasse!

Quel est même ce pays où le bon sens, l’éthique n’existent que de nom ? Évidemment, des personnes averties ne sont pas surprises par cette déliquescence sociale et morale tant reprochée aux gouvernants qui ne se fichent pas mal du bien-être des citoyens. Certaines personnalités appartenant au cercle de pouvoir, s’ils ne seraient pas des actionnaires, émargeraient aux comptes de ces multinationales. D’où ce laisser-aller tout azimut. Il serait même utile d’envisager le problème sous un autre angle en pointant le doigt sur cette absence criarde d’une société civile forte et puissante, capable de créer une véritable prise de conscience. Voilà donc à quoi ressemble un pays qui manque de contre-pouvoir.

Tchakounte Kemayou


Pourquoi la création des États-Unis d’Afrique fait-elle peur ? (3)

Obama-1Les deux paradoxes que j’ai nommés « développementiste » et « géostratégique » nous ont conduites à la conclusion selon laquelle l’Afrique, de par ses richesses diverses et diversifiées que la nature lui a octroyée, est supposée ne pas subir les affres de la barbarie humaines (racisme, immigration clandestine, guerres civiles, tyrannie, gérontocratie, etc.) dont elle fait l’objet en ce moment. Au lieu d’en jouir pleinement, elle fait plutôt l’objet de raillerie et de pitié ; le continent où les aides humanitaires sont plus d’actualité que tout autre action. Deux thèses s’affrontent pour désigner les commanditaires de ces calamités.

Deux thèses pour un même combat

Ces deux paradoxes débouchent toutes les deux sur la qualité intrinsèque des hommes appelés à gérer le destin des Africains. La problématique sur les capacités et les compétences des Africains, formés pourtant dans de prestigieuses écoles occidentales, à gérer les Etats nouvellement indépendants et fraichement sortis de la colonisation, se pose. Voici, ici les deux thèses en question :

1-Première thèse : Les Occidentaux ou ex-colons comme bouc-émissaires

Les dictatures régnantes et leur persistance sont une construction des puissances occidentales décidées à avoir un droit de regard sur la gestion des États Africains malgré la fin de la colonisation. La « berlinisation » de l’Afrique appelée « Scramble for Africa » (ruée vers l’Afrique ou partage de l’Afrique à la conférence de Berlin) commencée en 1884-1885 (premier partage) et achevée en 1914 (deuxième phase) après la seconde guerre mondiale est l’un des arguments de cette thèse qui considère la création des États et l’octroi des indépendances africaines comme de la poudre aux yeux. Car, les raisons qui ont justifié ce partage, telles que l’impérialisme économique et la civilisation culturelle et idéologique, sont encore d’actualité. Pour les tenants de cette thèse, en l’occurrence Bonaventure Tchucham (Juriste, Allemagne), Guy-Simon Ngankam (Homme politique, Canada) et Owona Nguini (Politologue, Cameroun), les pays qui se sont partagés l’Afrique ou qui bénéficient de ce partage sont encore présents. Par conséquent ils sont considérés comme le premier adversaire du projet des États-Unis d’Afrique et tout projet panafricaniste ne devrait être possible qu’après avoir débarrassé du plancher ces « colons » et « néo-colons » décidés à « se crêper le chignon » pour survivre.

2-Deuxième thèse : Les Africains comme responsables de leur propre destin

La persistance de la dictature est, d’une part, moins le fait de l’absence d’un contre-pouvoir, que de son efficacité à la résistance de la répression politique, et d’autre part, d’une volonté que les leaders politiques au pouvoir ont à vivre éternellement dans l’opulence ostentatoire. Les tenants de cette thèse, en l’occurrence Serge Bayongen (Politologue, Canada), Thierry Amougou (Economiste, Belgique), entre autres, stipulent que, malgré l’omniprésence de l’Occident à fouiner dans les affaires Africaines, toute la responsabilité des échecs dans la gestion des ressources ne saurait les incomber. Il est important et impératif de se poser la question de savoir : comment est-il possible que, malgré une matière grise en quantité et en qualité répartie dans le monde entier, personne ne réussit à démasquer la paille qui empêche le développement de l’Afrique ? Faut-il plaindre les Occidentaux pour l’incompétence et la malhonnêteté des Africains eux-mêmes ? Evidemment, pour les tenants de cette thèse, la réponse est : non, les seuls responsables des malheurs de l’Afrique ce sont les Africains eux-mêmes partisans du moindre effort et assujettis à l’appât du gain.

En conclusion, les interrogations de Jules Fogue (Ingénieur, Japon) suscitent encore plus de courroux : une fois qu’on a dit tout ça, après avoir situé le problème en posant les balises, après avoir fait le diagnostic, après avoir identifié les acteurs et trouvé les adversaires, la vraie question demeure sans réponse : comment et que faut-il faire maintenant pour que l’Afrique et les Africains comprennent ? Comment on fait concrètement pour inverser la tendance ? En fait, a-t-on vraiment identifié les causes des malheurs de ce « pauvres » continent ? Si oui, pourquoi peinons-nous tellement à trouver la thérapie nécessaire ? Evidemment, Jules Fogue, dans un forum camerounais très fréquenté par la cime intellectuelle camerounaise, n’est pas loin de nous embarrasser en convoquant la réexaminassions de tout le processus en ces termes : « Nous serons bien obligés si nous voulons avancer dans la bonne direction, de nous reposer et reposer ces questions. Contrairement à ce qu’on nous avance régulièrement, l’urgence pour nous est véritablement de penser. Ou plutôt de repenser puisque le diagnostic a commencé depuis belle lurette. Mais, a-t-on in fine fait le bon diagnostic ? That is the question ».

Les enjeux de la pomme de discorde

Dans ces deux cas de figure, parler des États-Unis d’Afrique ressemblerait à une illusion qu’à une réalité. La vérité est que ce projet de rêve de Garvey ne se réalisera pas si aucun sacrifice n’est fait. Contrairement à ce que d’aucuns peuvent penser, ces deux thèses sont vraisemblablement plus optimistes qu’on ne pourrait y penser. Pour la concrétisation de cet ambitieux projet, elles stipulent, implicitement, que sa réalisation ne dépendra que des Africains eux-mêmes. La seule différence ici résulte du fait que la deuxième thèse, qui n’est que la résultante de la première, laisse penser que l’Africain est seul responsable de ce qui lui arrivent et par conséquent, doit arrêter de pointer un doigt accusateur sur l’autre, doit arrêter de proclamer sa « tigritude ». Ici, l’action citoyenne doit être orientée sur la conscientisation de l’introspection collective en apprenant aux Africains à se jeter sur leurs proies et non en criant sur tous les toits du monde qu’ils sont les plus forts et les plus intelligents. La proie ici n’est pas la chasse aux sorciers qui indexerait les Occidentaux et de tous les Africains qui se réclameraient des écoles de pensées philosophiques occidentales considérés comme les porte-malheurs de l’Afrique, comme le martèlent les tenants de la première thèse. L’action citoyenne ici convoquée a pour avantage de s’exercer à la conquête du monde, d’investir les cercles de pouvoir occidentaux, afin d’inverser la donne.

Le cas du Kényan Barack Obama est illustré ici comme un exemple qui ne convient pas aux afrocentristes. Ceux-ci, pour la plupart, avaient pourtant, au début du mandat du président américain, fondé beaucoup d’espoir pour le continent Africain avec le slogan devenu célèbre : « YES I CAN ». Comme pour dire que tout est désormais possible pour les Africains. L’impossibilité de voir un noir devenir le président du pays le plus puissant du monde ne fait plus parti des contes de fées. Pour le monde entier, c’était comme un miracle de voir ce rêve, j’allais dire cette prophétie de Martin Lutter King se réaliser. « I HAVE A DREAM » qui représentait déjà cet espoir était légitime et s’était cristallisé le temps d’une campagne menée de main de maître par une jeunesse américaine excitée par ce charme. Lutter King est donc le premier homme à prédire un miracle d’une telle envergure : un homme noir d’origine Africaine à la tête du pays le plus puissant du monde ! Il a fallu du temps… Cette option de conquête des espaces de pouvoirs devrait, désormais, être considérée comme une hypothèse plausible ou probabiliste et non plus comme, c’est le lieu de le dire, une hypothèse pipée.

Même comme le rêve de King s’était réalisé, la marche du monde sous la houlette de Barack Obama est d’une déception à nulle autre pareille à tel enseigne que les afrocentristes ont définitivement tourné le dos à cette option de la conquête des espaces de pouvoirs. Il ne leur reste plus qu’à mettre un point d’honneur sur le radicalisme car ils ont fini par comprendre que l’arrivée d’un noir à la maison blanche et dans toutes autres institutions puissantes du monde ne sera que du bluff. Beaucoup d’exemples de rapprochements des Africains des cercles de pouvoir occidentaux ont été et restent jusqu’ici considérés comme des marionnettes à la solde. En dehors d’Obama, les exemples de personnalités qui n’ont pas été à la hauteur des enjeux de leur fonction et de l’espoir des Africains dont ils incarnent le devenir. Condoleezza Rice, Kofi Annan et Fatou Bom Bensouda, pour ne citer que ceux-là, sont là pour témoigner. D’autres encore font même l’objet de railleries infantilisantes. Des exemples, en France, comme la ministre Taubira était illustré comme des enfants tendant une banane à la « guenon », en Italie contre la ministre d’origine kongolaise kyenge, c’est un homme politique qui appelle à son « viol ».

Aller conquérir les espaces de pouvoirs chez les autres n’est donc plus à l’ordre du jour. Pour ces afrocentristes, les Occidentaux ont tout intérêt à maintenir leur hégémonie qui n’est possible que grâce à la soumission des chefs d’Etats Africains acquis à leur cause. La meilleure posture de radicalisme serait donc de bouter hors d’état de nuire tous ces occidentaux et leurs sbires africains considérés comme des « traîtres ». Cette posture de victimisation tant reprochée aux afrocentristes reste le nœud gordien de l’opposition frontale avec l’autre camp.

Cette pomme de discorde entre les deux camps se trouve être la nécessité d’une rupture épistémologique totale tant prônée par les afrocentristes. Cette rupture est le préalable pour une éventuelle union de tous les Africains, martèlent-ils. Selon la Kémitude, aucun Africain, digne de ce nom, n’a le droit de se servir d’un autre schème d’intelligibilité autre que celui relevant de sa propre culture pour résoudre des problèmes propres à l’Afrique. Puisque l’Afrique est considérée comme la source de la science, elle ne saurait elle-même manqué de solution à ses propres problèmes. Une posture contraire est alors considérée comme une trahison. D’où le radicalisme des afrocentristes. C’est ce qui a fait dire à Stéphane Sunou (Journaliste, France) que cette posture des afrocentristes n’est rien d’autre que la propagande d’une « pensée unique » tant combattue par ceux-là même qui condamnaient la dictature de l’eurocentrisme et revendiquaient alors la priorité à une diversité culturelle et idéologique.

Malgré tout, selon les détracteurs de l’afrocentrisme, l’utopisme du projet des Etats-Unis d’Afrique, ne signifie pas que le continent est condamné à la fatalité du destin. Cela signifie tout simplement que l’option des Etats-Unis d’Afrique ne doit pas être entachée d’une sorte de racisme doublée d’une xénophobie à la limite expiatoire. La chasse aux occidentaux et aux Africains qui refusent de se plier à l’afrocentrisme à tous les prix afin que le rêve de Garvey soit une réalité un jour, ressemblerait à une dictature qui ne dit pas son nom.

Les afrocentristes s’en défendent et s’insurgent contre la vindicte populaire de leurs détracteurs. Un tour sur les contours de cette rupture épistémologique prônée par les afrocentristes nous donnera encore de quoi nous mettre sous la dent. Le débat continue dans le prochain billet.

Idées et texte : Tchakounte Kemayou