Yves Tchakounte

Cameroun : les enfants handicapés ont aussi droit à la rentrée scolaire

C’est devenu une coutume au Cameroun. À l’occasion de chaque rentrée scolaire, tous les enfants de toutes les couches sociales, orphelins ou non, handicapés ou non, sont mis dans le même panier. Inutile donc de se poser la question de savoir ce que l’État et ses institutions ont prévu pour donner la chance à tous d’être scolarisé. La loi N° 2010/002 du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées, stipule, pour ce cas précis, que : « (1) L’État contribue à la prise en charge des dépenses d’enseignement et de première formation professionnelle des élèves et étudiants handicapés indigents. (2) Cette prise en charge consiste en l’exemption totale ou partielle des frais scolaires et universitaires et l’octroi des bourses » (Article 29).

Que personne ne s’y méprenne sur cette loi qui démontre moins la volonté que l’acte lui-même. Elle n’a pourtant jamais fait l’objet d’une observation ou d’une prise de conscience par le ministère des Affaires sociales, l’institution chargée de veiller à la solidarité nationale. Comme entre autres missions, il aurait été intéressant de savoir, au niveau national, l’effectif total des enfants handicapés scolarisés, leur âge et leur niveau d’étude. L’objectif de ladite étude serait, non seulement, de faire une analyse comparative, mais, d’évaluer avec précision exacte ce que l’éducation des enfants handicapés coûterait à l’État camerounais. La gabegie gouvernementale est, non seulement vieille comme le monde, mais une habitude. Cette négligence de ses propres lois laisse moins la place aux analyses critiques qu’aux pamphlets.

La résultante immédiate de cette irresponsabilité est immédiate : la nature ayant horreur du vide, les associations et notamment une ONG s’en émeut, sollicite les âmes généreuses pour pallier ce manquement de la mission régalienne de l’État. Les personnes handicapées, les personnes à mobilité réduite ou des personnes en situation de handicap prennent donc le taureau par les cornes pour cacher cette face hideuse.

Le GicHandy, puisqu’il s’agit de cette association, dont l’un des objectifs est la défense des droits des personnes handicapées, s’investit dans l’accès à l’éducation de cette couche de la population. Elle a instauré, depuis quelques années déjà, une campagne de sensibilisation pour l’accès des enfants handicapés à l’éducation. L’initiative était le fruit d’un double constat alarmant : 1-la méconnaissance du public et plus généralement des principaux concernés (élèves handicapés et leurs parents, parents handicapés et leurs enfants) du contenu de cette loi ; 2-la difficulté qu’ont les élèves et étudiants handicapés à s’adapter à un environnement hostile. Évidemment, certains parents, faute d’argent, qui ne savent pas que l’éducation des enfants handicapés est gratuite choisissaient carrément de garder leurs enfants à la maison.

Durant deux mois (avril et mai 2015), l’association avait donc entrepris une étude dans les écoles, collèges et lycées de Douala pour en savoir un peu plus sur les conditions de scolarisation de ces enfants. Il en ressort que sur 262 personnes interrogées, seulement 46 élèves et étudiants, 17,55 % de personnes handicapées scolarisées bénéficient d’une exonération de la pension scolaire offerte soit par l’Université de Douala, soit par la magnanimité du fondateur de l’école ou du collège ou même soit par un ou des bienfaiteurs.

Les solutions proposées

Après avoir fait le tour du propriétaire, les stratégies de solutions sont alors envisagées sous deux prismes : les charges en matière d’éducations consacrées à la scolarité des enfants handicapés et celles que les parents handicapés consacrent à leurs enfants ; ce que les élèves eux-mêmes proposent comme solutions.

— Les charges liées à la scolarité

Dans la nomenclature des dépenses liées à la scolarisation des élèves au Cameroun, il y a entre autres la scolarité appelée encore pension, les frais de l’Association de parents d’élèves et enseignants (APEE) et les frais liés aux cours d’informatique. Tous ces frais et charges sont variables d’un établissement à l’autre. L’observation ici est faite sur deux variables à savoir les élèves handicapés et parents d’élèves handicapés ; et l’autre variable à savoir le sexe des élèves handicapés (fille et garçon). Statistiquement, les élèves sont répartis en deux sous-groupes : les élèves handicapés (139 élèves) et les élèves ayant les parents handicapés (123 élèves). Parmi les 139 élèves handicapés, 50 sont les filles et 89 sont les garçons. Chez les filles, 29 donc 58 % payent la scolarité, tandis que seules 6 filles donc 12 % seulement sont exemptes de payement de tous types de frais (la scolarité, les APEE et de l’informatique). Pour les 89 garçons, la même proportion en termes de majorité est observée. Les frais de scolarité occupent 50,56 % des charges. Par contre, il y a 20 garçons donc 22,47 % bénéficient de la gratuité des frais de scolarité.

  Tableau N° 1 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon les charges ou les frais exigés pour la formation X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
PARENTS HANDICAPES Total
Féminin Masculin
Scolarité ScolaritéAPEInfo Scolarité/APEInfor Scolarité ScolaritéAPEinfo Scolarité/APEInformatique
EFF 22 5 17 15 20 24 123
EXO 7 13
% 17,88 4,06 13,82 12,19 16,26 19,52 100
% 5,69 10,57
Sources : Gic-Handyc

 

  Tableau N° 2 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon les charges ou les frais exigés pour la formation X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
ENFANTS HANDICAPES TOTAL
Féminin Masculin
Scolarité ScolaritéAPEinfo ScolaritéAPEInfo Scolarité ScolaritéAPEinfo ScolaritéAPEInfo
EFF 29 1 14 45 3 21 139
EXO 6 20
% 20,86 0,72 10,07 32,37 2,16 15,11 100
% 4,32 14,39

Chez les élèves de parents handicapés, sur 123 cas, il existe 51 élèves filles et 72 élèves garçons. 22 filles donc 43,14 % sont assujetties aux frais de scolarité, tandis que 7 élèves donc 13,73 % ne sont pas soumis aux payements de ces frais. Chez les garçons, par contre, sur les 72 cas, 24 cas donc 33,34 % sont soumis au paiement de tous les frais exigés. Tandis que 13 cas donc 18,05 % ont une scolarité gratuite.

Ces résultats démontrent à juste titre parmi tous les frais exigés, la scolarité reste encore le passage obligatoire pour avoir une inscription dans un établissement scolaire à Douala. Sur 262 élèves enquêtés, 46 donc 17,56 % seulement ont droit à une exonération de paiement. Cette gratuité s’observe surtout chez les étudiants qui ont, au sein de leur organisation estudiantine ont mené, comme chaque année, des revendications pour une exonération de la pension universitaire.

— Les solutions proprement dites

Au vu des problèmes soulevés au paragraphe précédent, il convient de donner la parole aux enfants handicapés eux-mêmes pour trouver une solution efficace. Cette variable a été mesurée en tenant compte de deux autres à savoir : les types d’enquêtes (élèves handicapés, parents handicapés) et le sexe des élèves (féminin, masculin).

Pour les 50 élèves handicapés filles, 23 donc 46 % souhaitent une prise en charge au niveau de la dotation en fournitures scolaires. Cette proportion est aussi observée chez les 89 élèves handicapés garçons où 54 donc 60,67 % trouvent que la gratuité en fourniture scolaire serait une solution pour eux. Chez les parents handicapés, la tendance reste inchangée pour les élèves filles comme pour les élèves garçons. Sur les 51 élèves filles, 26 cas représentant 50,98 % et sur les 72 élèves garçons, 48 cas représentant 66,66 % sont pour la gratuité en fourniture scolaire.

Tableau N° 3 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon leurs solutions proposées X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
PARENTS HANDICAPES Total
Féminin Masculin
Finance Fournitures Prise en charge totale Finance Fournitures Prise en charge totale
EFF 5 26 20 7 48 17 123
SR 0 0
% 4,06 21,14 16,26 5,69 39,03 13,82 100
% 0 0

 

Tableau N° 4 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon leurs solutions proposées X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
ENFANTS HANDICAPES TOTAL
Féminin Masculin
Finance Fournitures Prise en charge totale Finance Fournitures Prise en charge totale
EFF 8 23 20 9 54 25 139
SR 0 0
% 5,75 16,55 14,38 6,47 38,85 17,98 100
% 0 0

Il advient donc à l’observation que le principal souci des élèves handicapés et élèves de parents handicapés reste le matériel ou fourniture scolaire. Cette hypothèse se vérifie à 57,63 % pour cet échantillon de 262 élèves au total. Cela se justifie par une réelle déficience du matériel didactique dans les établissements scolaires. La dotation et la possession des fournitures scolaires comme les ouvrages, par exemple, restent jusqu’ici le challenge pour la réussite scolaire. Ceci peut s’expliquer par l’absence des bibliothèques scolaires et municipales lieu par excellence du développement de la culture générale des élèves.

Tchakounte Kemayou 


Volkswagen et FIFA, au cœur de la problématique de l’éthique

Le monde change. En 2015, l’éthique n’est plus un luxe, c’est une nécessité. C’est par elle que les entreprises croitront ou périront. La ligne entre l’éthique et la non-éthique entre l’hubris et la phronésis n’a pourtant pas beaucoup bougé depuis une centaine d’années. Elle reste celle qui distingue le bien faire du mal faire. Ce qui est différent est la facilité de rendre publiques certaines actions, avérées ou non, d’une personne ou d’une entreprise ou, encore, de faire éclater au grand jour le fait que cette dernière n’agit pas selon les principes et les valeurs qu’elle s’est elle-même données.

ethique-moraleLe contexte
Les discours sur les manques d’éthique se font chaque jour de plus en plus nombreux. Le cas Volkswagen et le tumulte à la tête de la FIFA ne sont que deux des derniers exemples planétaires de manquement à l’éthique. L’installation de capteurs sur les automobiles Volkswagen répondait aux critères de « performance » (celle des voitures et de la rentabilité de l’entreprise) et d’« innovation » (une telle fraude est, dans les faits, une innovation). De même qu’à la FIFA, le Suisse Sepp Blatter, les Français Michel Platini et Jérôme Valck et le Sud-Coréen Chung Mong-Joon, soupçonnés de pratiques de corruption passent de très mauvais moments au sein de l’institution footballistique. Les paiements déloyaux, les droits de diffusion TV accordée au rabais, les billets du Mondial Brésil 2014 vendus illégalement, les phases finales du mondial accordées à la Russie (2018) et au Qatar (2022) par voie de corruption sont des faits de non-éthique suffisamment graves. Le « Fair-play » comme valeur inculquée au sein de la FIFA n’est donc réservé qu’aux autres, sauf aux leaderships qui s’illustrent par un enrichissement illicite au détriment des pauvres fans du football.

Demandons-nous alors ce qu’ont en commun ces deux cas ?
Selon l’éthique de l’infrastructure et l’éthique de culture, ces deux entreprises ont en commun d’avoir des codes ou des chartes éthiques. Elles ont en commun d’avoir énoncé des valeurs. Elles ont en commun l’engagement à bannir certaines pratiques de concurrence ou d’exploitation des ressources humaines et naturelles. Elles ont en commun la signature de traités qui bannissent certaines pratiques. Et, elles ont aussi, malheureusement, en commun d’avoir bafoué tous les éléments qui précèdent.

Une réponse lapidaire pour une question cruciale :
Pourquoi ces organisations ont-elles sciemment violé sans vergogne des engagements pris librement par elles-mêmes ? Plusieurs répondront en disant que « ce n’est le fait que de quelques-uns » ou encore que « ce n’est là qu’une exception ». Afin de mieux comprendre la situation, je crois important de creuser davantage du côté de la culture d’entreprise.

L’éthique n’est pas un habillage marketing…
La culture d’entreprise est le résultat d’actions ou de non-actions, d’injonctions ou de laisser-aller cumulés au fil du temps. Dans une culture, les évènements surviennent naturellement parce que les conditions et leur possibilité de réalisation sont déjà en place. À titre d’exemple, si dans une culture d’entreprise donnée, l’intégrité était réellement une valeur, les deux cas précités n’auraient pu se produire. Pourquoi ? Parce que dans une culture où l’intégrité n’est qu’un élément de langage d’une stratégie de communication, un élément de langage parmi tant d’autres, tout peut arriver. Et tout arrive.

Poussons la réflexion plus avant. Que s’est-il passé pour qu’un fleuron de l’ingénierie allemande et une organisation vénérée de par la planète foot en viennent à commettre des écarts aussi majeurs ? Est-ce le désir d’un ingénieur de faire mieux que ses compétiteurs ? Est-ce le désir d’un dirigeant d’écraser ses compétiteurs ? Ou est-ce plutôt le désir d’un PDG voire d’un PCA d’être considéré comme étant le Maître mondial incontesté des univers de l’automobile ou du sport ?

Chacun des éléments mentionnés précédemment peut être résumé par un seul mot : hubris. L’hubris, opposé au phronsis, est un concept grec, oublié de nos jours, qui peut être traduit par l’expression : « ambition démesurée ». L’hubris, qui est une passion violente susceptible d’aveugler celui qui en souffre, s’oppose à la modération ou à la tempérance qui représente l’apanage de gestionnaires prudents. Le dirigeant affecté par l’hubris croit qu’il est intouchable, que ses actions sont les seules qui valent, que personne ne peut le contester. Il croit qu’il est ou qu’il doit devenir le Maître incontesté du monde. Rien de moins.

L’hubris est arrogance, c’est une fierté démesurée que l’on impose aux autres, souvent à leur insu. Ce qui peut parfois être assimilé à une attitude décidée ou de leadership n’est souvent que manipulation, qui n’ose révéler son nom. Pour le dirigeant affecté par l’hubris, rien n’est jamais trop dans la poursuite de ses fins. Ses fins de gloire personnelle, il va sans dire. Croyant faire illusion, ce dirigeant pourra même inverser les moyens et les fins ou détourner les actions d’une entreprise, cela ne dure cependant qu’un moment. Le dirigeant-hubris n’hésite pas à prendre avantage à court terme d’une relation à long terme. Parce que, à long terme, le dirigeant-hubris aura déjà quitté le navire, souvent avec une compensation ou « pire », une prime au rendement. L’hubris est fatale pour l’entreprise ; il est un aller simple vers le désastre. Le dirigeant-hubris est un mercenaire. Il ne travaille que pour lui-même. Il est l’ennemi de la saine gouvernance et des parties prenantes. Le dirigeant-hubris ne pense qu’à sa propre personne, car il se sait supérieur.

« Pourquoi questionner ? », « Les rendements sont au rendez-vous », disent souvent les administrateurs ou les gestionnaires qui côtoient le dirigeant-hubris… C’est là une bien mince analyse qui ne repose que sur un seul critère qui expulse tous les autres : celui de la rentabilité à court terme. Pour l’actionnaire. Au détriment de la clientèle et de la société. C’est là une bien piètre analyse. Les administrateurs de Volkswagen et de la FIFA ont failli à leur tâche de protéger Volkswagen et la FIFA. L’éthique est affaire de vigilance et de vision. La gestion éthique, lorsque bien assimilée, suggère que l’on comprenne l’ensemble des enjeux reliés à une décision. Et pas seulement les enjeux à court terme ou les désirs d’une seule personne.

Devant ces explications, il apparaît que ces critères ne permettaient pas de nécessairement prendre une décision éthique, que ces critères n’étaient, de toute manière, que destinés à faire jolie. C’est ce que l’on appelle de l’éthique de vitrine, du toc, si l’on veut. L’éthique de vitrine est une non-éthique. Elle est un mensonge destiné à faire croire que l’entreprise veut le bien alors qu’elle ne désire qu’une rentabilité maximale, un enrichissement égoïste et égocentrique d’une clique à court terme, au détriment de qui que ce soit. Clients, consommateurs potentiels, employés. Bah, ce n’est pas important ce que croient ces dirigeants.
L’éthique n’était pas importante, car les dirigeants ne croyaient pas se faire prendre. Ce qui amène le questionnement suivant : Comment, en cette ère de transparence et de médias sociaux, peut-on croire qu’une telle supercherie pourrait durer ?

… mais une valeur et une culture
Sur le plan éthique, il est sage de savoir que l’on ne peut prendre avantage à court terme d’une relation à long terme, à moins de vouloir risquer de mettre celle-ci en péril. Dans le cas Volkswagen, il semblerait que la rente procurée par l’avantage à court terme était suffisante pour permettre aux administrateurs de Volkswagen de ne pas poser de questions ou, du moins, de ne pas poser les bonnes questions. Comment ne pas considérer les dirigeants de la Volkswagen et la FIFA comme des vautours qui viennent uniquement se servir du football pour se faire un nom ?

L’éthique est affaire de vigilance et de vision. La gestion éthique, lorsque bien comprise, suggère que l’on comprenne l’ensemble des enjeux reliés à une décision. L’éthique suppose que l’on appuie réellement nos décisions sur des valeurs fortes, ayant un contenu moral clair, que ces valeurs soient praticables et partagées. Sinon, c’est le mensonge et l’éthique de vitrine.

Les dirigeants d’entreprises devront, eux aussi, comprendre que le monde change. Que les consommateurs ou la société ne consentiront plus passivement à se laisser manipuler, à se faire mentir ou à se laisser exploiter collectivement au bénéfice de quelques-uns.

Au-delà des coûts de réparation, des amendes et des pénalités, la pire des sanctions pour Volkswagen et des dirigeants de la FIFA pourrait bien être d’avoir perdu la confiance de l’ensemble de l’univers simplement pour avoir eu une ambition démesurée et avoir fait fi de l’éthique la plus élémentaire. La pire sanction pour un menteur est d’être découvert et de passer pour un menteur pour le reste de ses jours.

Outre les scandales financiers passés qui, bien qu’ayant touché des milliers de personnes, demeuraient quelque peu immatériels, le cas Volkswagen est différent : il touche des millions de clients qui avaient cru en l’entreprise, qui étaient fiers de consommer ses produits, des consommateurs potentiels ou, simplement, des observateurs du monde de l’automobile. Volkswagen marquera une nouvelle ère, c’est ce qu’elle voulait, mais elle le fera pour les mauvaises raisons. Au lieu de servir d’exemple, Volkswagen servira de mauvais exemple.

L’éthique est devenue un point de bascule. L’éthique est dorénavant devenue le critère par lequel les entreprises seront jugées, le critère par lequel elles vivront, dureront ou périront. Avant la commission d’une fraude, il y a toujours un dédain et un désintérêt pour l’éthique et pour les autres. Ce dédain ne passe désormais plus inaperçu. L’éthique n’est plus un luxe, c’est une nécessité. Qu’en pensez-vous ?

Cet article est une synthèse des analyses de Basile Ngono réalisée par Tchakounté Kemayou


Afrobasket 2015 : les Camerounais braillent sur la Toile devant les images de la honte

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Les Lionnes indomptables du Basketball

Les Sénégalaises qui remportent la finale de l’Afrobasket 2015 à Yaoundé ce samedi 3 octobre 2015 sont reparties sûrement en ignorant ce que vivent leurs collègues camerounaises. Comme d’habitude, le Cameroun brille par l’amateurisme et le vandalisme dans la gestion des biens et des hommes.

Les footballeurs étaient de loin considérés comme les moutons noirs de la cour. Comme eux, les footballeuses, les volleyeuses d’hier et les basketteuses aujourd’hui vivent un calvaire des plus indescriptibles. Leur péché mignon ? Celui d’avoir revendiqué les primes. Encore cette histoire de primes qui ne finit jamais ! Décidément, le Cameroun est un pays maudit où l’argent, considéré comme le nerf de la guerre, divise, spolie, gâte, embrouille et met tout un pays en ébullition.

Des images de la honte qui circulent sur la Toile montrent à suffisance l’ampleur du mal, du mal-être même. Il s’agit des basketteuses qui ont été sevrées de nourriture de l’hôtel après avoir refusé, dit-on, de prendre 2 millions de F Cfa donné par l’État à la place de 15 millions qu’elles revendiqueraient. Assises à même le sol, elles se partagent des repas de disette comme des mendiantes en plein désert. Il faut rappeler qu’à intervalle de quelques mois, les footballeuses et les volleyeuses qui ont vécu les mêmes calvaires ont reçu, pour la Coupe d’Afrique, 21 et 11 millions respectivement. Il serait mal intentionné de penser que les basketteuses, en tant que vice-championnes d’Afrique, vont se contenter des 2 millions seulement.

Immédiatement après le match de la finale au palais des sports de Yaoundé, avant que les médias en parlent, l’information fut d’abord relayée par les internautes. Elle fait allusion aux soucis de primes dans la tanière des Lionnes indomptables du basketball. Mamoud Tawat lance l’alerte sur le forum camerounais Facebook le plus populaire « Le Cameroun, c’est Le Cameroun » en titrant justement son message par un style journalistique « Breaking News ». L’internaute semble maîtriser les tenants et les aboutissants de la crise et le ton est même formel. Il ne va pas du dos de la cuillère en pointant du doigt le régime au pouvoir pour qui la responsabilité du désordre doit incomber :

Afro-Basketball 2015 : problèmes de primes entre le gouvernement du régime RDPC et les Lionnes du basket.Ces dernières ont refusé de percevoir la prime de deux millions de francs que l’Etat leur propose et réclament la somme de 15 millions en leur rang et qualité de vice-championnes d’Afrique.

Nous devons nous mobiliser pour que ce gouvernement où l’unité de mesure de vol de chaque ministre est le milliard donne les primes exigées par ces filles qui ont donné de la joie dans nos cœurs. En dix jours de compétition grâce à ces filles, le palais polyvalent de Yaoundé a fait son plein en cash. Près d’un milliard de francs en termes de sponsoring, de tickets vendus, plus de cinq milles places remplies tous les jours, le billet le moins cher coûtait 1000 fr, faites les comptes en dix jours de compétition vous comprendrez que ce pays aux mains du régime de Yaoundé c’est une honte qui doit au karcher être balayée!

Tenez bon les filles le peuple est derrière vous!

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Au moment où les basketteuses sénégalaises sont reçues par le président Macky Sall, les Camerounaises sont privées de nourriture à l’hôtel et mangent du pain et des sardines…

Dès que la mayonnaise a pris, la fureur a envahi le forum et les messages de revendication de primes ne cessent de pleuvoir.
C’est justement le message de Kamdy Engelby qui donne la frayeur en arguant que les basketteuses sont privées de nourriture. C’est ce message qui va mettre le feu aux poudres :

Voilà à quoi sont réduites les vice-championnes d’Afrique de basketball, pour avoir revendiqué leur dû.

Je vous rappelle qu’elles ne sont plus alimentées, approvisionnées ni prises en charge depuis samedi soir. Ces repas de fortune que vous voyez sur les images sont offerts par une Camerounaise lambda, soucieuse de la situation critique de ces filles.

Dénouement tragique pour ces filles.

Voilà comment ce pays traite les jeunes.

Je tiens à préciser que l’Américaine naturalisée camerounaise et qui a été très active sur le terrain lors de cette compétition, est bel et bien présente actuellement avec les filles, les soutient et vit la même galère. Voilà un bel exemple. Dommage que nos dirigeants ne sont pas adeptes du bon exemple.

Sacré CAMEROON!!!

Ces alertes d’appel à la revendication des primes ont envahi le forum et beaucoup d’autres sur les mauvaises conditions de vie des sportifs camerounais. La situation des basketteuses réveille encore de vieux démons qui hantent les souvenirs des événements malheureux vécus jadis. Depuis le week-end du match de la finale africaine de basket dame, les internautes se sont rués sur la Toile à travers les forums pour hurler, crier et brailler. Bref, pour se plaindre comme d’habitude. Chacun s’y est mis à cœur joie et c’est Bernard Williams Banag qui se fend en lettre ouverte aux dirigeants de la fecabasket en ces termes :

Les basketteuses de notre équipe nationale ont durement défendu les couleurs du Cameroun au dernier AfroBasket et aujourd’hui on les traite dans notre pays comme des serpillières. Certaines ont payé leur billet d’avion avec leurs propres deniers pour venir se battre sous les couleurs du drapeau VRJ*

Elles sont aujourd’hui séquestrées et considérées comme des moins que rien parce qu’elles exigent simplement la totalité de leur dû.

Paul Biya doit-il aussi intervenir dans cette affaire où certains rapaces veulent se servir et s’enrichir grâce à l’effort consenti par ces patriotes souvent moins nanties que nos « élites » de pacotille qui ne pensent qu’à se servir au lieu de servir leur pays ?

Alors Messieurs et Dames de la Fédération camerounaise de Basketball et du MINJES, donnez la TOTALITÉ des primes à ces jeunes filles qui ont versé leur sueur et souvent leur sang pour que les couleurs de la Nation puissent briller très haut pendant le dernier AfroBasket féminin, compétition continentale organisée à Yaoundé où elles ont été médaillées d’argent après avoir perdu face à une équipe sénégalaise de classe mondiale.
Il est tout simplement inadmissible que ces filles soient humiliées de la sorte dans notre pays. Sortez cet argent et qu’on en finisse une fois pour toutes avec cette honteuse et rocambolesque histoire.

SHAME!!.

Pour mon compatriote général Yannick Monkam, sa plainte indexe non seulement les responsables de cette maltraitance, mais surtout d’autres compatriotes, éternels défenseurs du régime au pouvoir, qui ne manquent pas toujours d’arguments pour justifier l’incurie. Ces images qui circulent sur les réseaux sociaux sont qualifiées par général Yannick Monkam d’images de la Honte. Il achève justement son propos en Camerounais optimiste qui croit fermement que cette situation finira un jour par changer :

Pendant que les Sénégalaises ont été transportées par l’avion présidentiel et accueillies triomphalement, des rumeurs circulent à Dakar sur le fait qu’elles pourraient recevoir chacune un véhicule ou une maison. Dans mon pays les basketteuses finalistes sont chiffonnées, affamées et délaissées pour les primes qu’elles revendiquent pacifiquement.

Bizarrement, la bande des kilavistes de ce forum joue aux aveugles et certains d’entre eux n’hésitent même pas à accuser les filles de chantage, etc.

Après on va s’étonner que les jeunes athlètes une fois arrivés en compétition à l’étranger soient prêts à braver le froid et les risques pour fuir et aller offrir des médailles et distinctions à d’autres pays, c’est malheureux!

Ah si ces compatriotes avaient un Eto’o Fils parmi elles. Mais one day one day!.

12109067_1032971110068691_8611878324173951835_nQuant à Mbeuh Kouamen, sa diatribe va surtout à l’endroit de tous ses compatriotes qui ont l’art d’être apathiques. En fait, pour lui, les Camerounais doivent eux-mêmes apprendre à dire non à certains traitements inhumains sans quoi ils ne cesseront jamais d’être traités comme ces basketteuses. Cette attitude des Camerounais dépassés par les évènements s’illustre surtout par cette expression interrogative et ennuyeuse devenue populaire « On va faire comment ? » :

Nous aimons avoir honte. Nous aimons l’oppression. Nous aimons ceux qui nous oppriment. Crachez, pissez, déféquez Sur nous, rien ne se fera. Nous sommes fiers d’être ainsi. Surtout que c’est par amour pour notre pays que nous le faisons.

NB: Il est important de savoir que le Cameroun n’est pas le Burkina Faso. Donc on n’a pas besoin de faire de la mauvaise publicité pour notre pays.

Mon compatriote Onana Manga Robert Yves ne manque pas de s’offusquer devant l’horreur de ces images de la honte. Pour lui, les vice-championnes d’Afrique mériteraient aussi qu’on leur accordât  cette attention que le président Macky Salll’a fait pour ses compatriotes. Onana Manga Robert Yves s’interroge sur ce qui arrive au Cameroun où le mérite n’a jamais été reconnu. Sa question « Ça se passe à côté! qu’avons-nous fait au Bon Dieu!? ». Cela  mériterait qu’on s’arrête un tant soit peu sur ce pamphlet plein de sens :

On te nomme ministre sans même faire tes preuves c’est dejà la fête au service, on dirait un jour férié aucun travail de la journée!

Tu gagnes des médailles d’or aux jeux africains à la suite d’un travail intense un travail de dur labeur, tu reviens et direct dans l’anonymat. ou est passé le jeune qui a gagné en boxe la médaille d’or et qui en interview a dit  » je l’ai fait pour mon pays » en pleurant à chaudes larmes; pour ne citer que celui là!

Tu es finaliste, 2e au basket africain la récompense c’est la coupure des vivres et la posture de persona non grata au Mont Fébé!

Regardez l’accueil des Sénégalaises chez elles au retour!

N’ayez pas honte, regardez pas le bepbepbep!

Une d’elles offre sa médaille à MackySall!

L’amour d’un peuple est important, la mauvaise gouvernance aussi a pour conséquence l’entrée direct dans l’anonymat après son règne!
Vous n’entrerez même pas dans les archives après, dans 50 ans on ne parlera plus de vous!

Allons seulement, Un Jour Un Jour!

Apprenons à marquer positivement notre passage sur cette terre!
Vivement un Cameroun débarrassé d’étrangers aux commandes du pays!

Quoi va faire si Nkukuma prête une oreille attentive ou une minute de son temps à ces jeunes!?

Ce jeudi matin, la situation n’a guère changé pour les basketteuses camerounaises. Sauf que les négociations que certains avouent être en cours ont abouti à une modification des primes qui va de 2 millions à 7 millions de nos francs.

Hier c’étaient les footballeurs, les footballeuses, les volleyeuses, l’athlète Françoise Mbango, (championne olympique du saut en longueur qui a fini par prendre la nationalité française par désillusion), et aujourd’hui les basketteuses. A qui le tour demain ?

Tchakounté Kemayou


Le musellement de la langue anglaise dans les médias camerounais : médiocrité ou ségrégation linguistique ?

Un nouveau-né dans l’univers médiatique camerounais : Canal 2 English !

Beaucoup de téléspectateurs ne la connaissent pas encore. Soit.

Moi, je l’ai découvert cette semaine grâce à mon câbleur. Je ne sais pas exactement depuis quand cette chaîne réservée uniquement à la langue anglaise est née, mais j’avoue que ça m’a beaucoup réjoui. Savez-vous pourquoi ?

Les anglophones sont depuis longtemps restés en retrait dans nos médias. Il suffit de passer toute une journée devant votre petit écran (je sais que beaucoup d’entre vous ont même déjà de grands écrans plasma. Passons), vous constaterez que les chaînes les plus populaires comme Canal 2 International, Équinoxe TV, STV, RTM TV, et même la CRTV, et vous constaterez la rareté des émissions en anglais. Les anglophones souffrent tellement de ce que je peux appeler la ségrégation médiatique à tel point que je me demande si ce sont les francophones qui les mettent en quarantaine ou encore si nos frères anglophones sont incapables de créer eux-mêmes des émissions. Un coup d’œil des effectifs en personnel dans ces chaines montre que pour 3 ou 7 francophones il y a 1 anglophone. Là, le problème de sous-effectif peut avoir son pesant d’or. Mais alors ?

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Je me souviens encore, quand j’étais au lycée, qu’il existait STV1 et STV2. La première chaîne était consacrée à la langue anglaise et la seconde à la langue française. À cette époque-là, chaque téléspectateur choisissait la chaîne en fonction de la langue qu’il maîtrise le plus. J’avais aimé ça jusqu’à ce que le Groupe Spectrum Television, propriétaire de ces deux chaînes, décide, j’ignore pourquoi, de fermer la chaîne STV1. Aujourd’hui, les téléspectateurs n’ont droit, à la place, que d’une chaîne musicale : Boom TV. J’aimerai bien comprendre le sens de cette décision du patron de ce groupe, d’origine anglophone, de fermer la seule et unique chaîne de télévision anglophone et de privilégier la chaîne francophone en la transformant en chaîne bilingue. Actuellement, STV2 est devenue STV, chaîne bilingue, donc.

Dans le secteur de la radio, nous observons les mêmes scénarios à la seule différence qu’il existe plus de chaînes communautaires diffusant en langue locale ou nationale ou maternelle, pour ne pas dire en patois. Mais, pour ce qui concerne les chaînes de radio d’envergure nationale, il n’a jamais existé une chaîne véritablement anglophone au Cameroun.

En faisant un tour dans la presse écrite, le phénomène devient aussi différent. Elle est liée au fait que l’investissement dans la presse écrite est moins contraignant, j’ose croire. Il existe suffisamment des tabloïds d’expression anglophone au Cameroun bien qu’il soit en nombre réduit. Compréhensible, puisque démographiquement parlant, les francophones sont plus nombreux. Ici, le tableau est plus reluisant que celui de la télévision et de la radio. Mais, ce qui me choque par contre, c’est que les journaux papier qui diffusaient auparavant en deux éditions (édition francophone et édition anglophone) ont subitement supprimé l’édition anglophone pour, soit créer l’édition bilingue (Cameroon Tribune, journal à capitaux publics), soit encore la supprimer carrément (Le Messager, journal à capitaux privés appartenant au journaliste Pius Njawé, de regrette mémoire).

En bon observateur de la situation, il est sans aucun doute évident de constater que ce sont les moyens financiers qui faisaient défaut. La question qui se pose alors est la suivante : en quoi la langue anglaise est-elle improductive dans le secteur médiatique au Cameroun ? La réponse qui surgit rapidement est celle-ci : parce que les plus gros consommateurs des médias sont des francophones compte tenu de leur poids démographique. Cette réponse me semble vraiment insuffisante. Si je peux comprendre la fermeture de STV1, la suppression des journaux d’expression anglophone tels que Cameroon Tribune et Le Messager parce que les annonceurs évitaient d’y aller, je ne peux pas, par contre, comprendre la rareté des émissions de langue anglaise dans nos radios comme dans nos télévisions. C’est surprenant qu’à Équinoxe TV et Radio Équinoxe, par exemple, il n’existe aucune émission de langue anglaise sauf les journaux parlés et télévisés. C’est à se demander à quoi servent donc les journalistes anglophones qui inondent nos chaînes. Pourtant, il existait Top Story, une émission très courue et qui a subitement disparu des programmes sans qu’on ne sache les raisons. Et ce n’est qu’à partir du 1er août dernier que par surprise, j’ai regardé une émission nouvellement créée en faveur de la nouvelle grille des programmes à Équinoxe TV.

Le Groupe Télé Plus, par contre, avec ses chaînes Canal 2 International, Canal 2 Infos, Canal 2 Musique et Canal 2 Movies, s’illustre aussi par ce que j’ose appeler la ségrégation linguistique médiatique même s’il fait la différence par l’existence de quelques émissions en langue anglaise : deux, de surcroît. Mais, après combien de temps ?

Sous un autre angle, j’aimerais aborder la question de la répartition des postes entre personnel anglophone et francophone. Le tableau reste de plus encore que ce que le constat fait précédemment. En début septembre 2015, la chaîne d’État CRTV (Cameroon Radio and Television) a procédé aux nominations de son personnel. Il s’avère donc que sur une centaine de nominations, les journalistes anglophones n’occupent aucun poste dans la rédaction centrale s’ils ne sont pas des adjoints. Cette position d’éternels subalternes accordée aux anglophones est aussi observée dans les médias à capitaux privés. Il n’est jamais arrivé à un anglophone d’occuper un poste de responsabilités. Jamais. Comment peut-on expliquer le choix exclusif d’un journaliste d’expression française comme patron de la rédaction de la télévision nationale depuis sa création en 1985 ? Je veux juste comprendre le fondement rationnel de ce choix qui semble ne causer aucun problème à quiconque ? Dans toutes les entreprises de médias publics ou privés camerounais, les anglophones ont toujours été et seront encore pour longtemps des éternels seconds.

téléchargementComme je le disais au début, je me suis réjoui de constater que le groupe Télé Plus s’était enrichi d’un nouveau bébé : Canal 2 English. Voilà donc une nouvelle chaîne qui viendra changer complètement l’environnement médiatique au Cameroun. Contrairement à ce que vous pouvez imaginer, cette nouvelle m’a plutôt laissé songeur. Malgré tout, ça m’a quand même réveillé de très mauvais souvenirs. Je peux encore comprendre que le patron du Groupe Spectrum Television ferme la chaîne anglophone (STV1) par souci de rentabilité. Mais, de là à faire un dumping des émissions d’expression francophone sur la langue anglophone sont inacceptables pour un patron anglophone. C’est même une curiosité à la camerounaise. Le terme ségrégation n’est même pas assez fort pour désigner ce dumping. Sinon, comment expliquer qu’une chaîne bilingue ne diffuse, en 24 heures, aucune émission de langue anglaise. C’est toujours à cause des sponsors ?

Si vous voulez mon avis, il est tout aussi simple : les anglophones sont victimes d’un ségrégationnisme insidieux. Qu’est-ce que cela veut dire ? Les journalistes anglophones travaillant dans ces chaînes ne sont recrutés que pour faire des reportages et la présentation de journaux parlés et/ou télévisés. Ils ne sont pas recrutés pour répondre à la philosophie d’une grille de programme spécifique comme ça se fait chez les francophones. En général, les journalistes francophones, étant les plus nombreux, envahissent le contenu des programmes et le peu d’anglophones existant se voit en retrait et se contente donc uniquement à la production des journaux quotidiens.

Comme quoi, même si le poids démographique et une certaine donne économique peuvent tout expliquer, cela ne saurait tout justifier.

Qui écoute quelque part ?

Tchakounté Kemayou


Pourquoi rire en groupe est-il si important ?

1912291_10205911140250896_8287219777228391629_nLes endorphines. Les connaissez-vous ? Certainement ! Mais, je doute fort que la majorité d’entre vous les connaissent. Le 20 aout dernier, jour de mon anniversaire, je n’ai malheureusement pas cette habitude qu’on beaucoup d’entre vous, de célébrer. Même un simple souvenir juste pour un moment de recueillement et de méditation.

C’est par inadvertance que je m’en suis rappelé le jour d’après en rendant visite à un médecin pour un souci de santé. Quelle négligence, me diriez-vous. C’est justement ce médecin qui, en regardant de très près mon carnet de santé remarqua que j’avais eu un an de plus la veille et me chuchota en souriant « Bonne anniversaire Yves ». J’ai sursauté un instant le temps de m’apercevoir que j’ai eu un an de plus le jeudi 20 août. Ne me demander surtout pas quel âge j’ai, hein ! Au Cameroun, le jour d’anniversaire n’est pas l’occasion de connaître l’âge des contemporains. Sachez tout simplement que je ne suis dans la tranche de la jeunesse. Même comme je n’en ai pas jouis. D’ailleurs, passons. Que le temps passe si vite !

Et pourtant, le docteur James l’avait bien remarqué. Je suis de cette espèce de personne qui ne célèbre pas d’anniversaire. Je suis l’une des personnes qui manque le sourire en ce jour spécial. Et pourtant…

C’est Docteur James qui me parla, pour la première fois, des endorphines.

Moi : Les endorphines ? Docteur, qu’est-ce que c’est ?

Docteurs James : Les endorphines proviennent des opiacés naturels qui sont produits par le cerveau. Ces substances qui ont le même effet que les morphines sont importantes pour la santé. Elles peuvent être produites de plusieurs manières. Mais, la plus simple et la plus avantageuse c’est de la produire de manière naturelle. En cela, seul le rire, voire le rire en groupe peut produire naturellement les endorphines.

En ce moment précis du cours magistral, je devenais plus impressionné par ce qui apparaissait comme banal à mes yeux. Le questionnement continua :

Moi : Scientifiquement, comment le rire peut-il produire les endorphines ?

Docteur James : Avant que le rire ne se produise, c’est le sourire que l’on observe d’abord à partir des lèvres. Ensuite vient le rire et enfin, le four rire.

Pour passer du sourire au rire, il faut que, physiquement la partie située entre le ventre et la poitrine (diaphragme) se décontracte. Ce mouvement du muscle va sauvagement et bruyamment stimuler une expulsion de l’air de vos poumons qui auront subi les effets de ce mouvement. Maintenant, la poitrine qui se vide d’air doit être expulsée à l’extérieur. Évidemment, il faut que cet air sorte par une cavité : la bouche. Cette sortie secoue les cordes vocales qui sont responsable des « ha ! » ou « hi ! » ou « ho ! » saccadés et des cascades « ha ! ha ! ha ! » ou « hi ! hi ! hi ! » ou « ho ! ho ! ho ! ». Ainsi, des « ha ! » ou « hi ! » ou « ho ! » répétés sont les effets des contractions et des décontractions alternatives de ce diaphragme.

Il peut arriver que votre rire continue parce que l’objet ou la source du rire fait toujours marrer au plus haut point. Dans ce cas-là, vos poumons vont complètement se vider d’aire. Conséquence, vous allez vous plier en deux, tomber, vous rouler même par terre. C’est le fou rire.

Moi : Mais, Docteur, cette façon de se rouler par terre n’a-t-il pas des conséquences néfastes ? Ou alors, pourquoi faut-il arriver à ce point ?

Docteur James : Bien sûr que oui ! Le fou rire en public serait inopportun lorsqu’on est dans une société civilisée. Physiquement aussi, il y a des effets sur le corps qu’il faudrait préciser ici. Au stade du fou rire, on remarque que le rieur transpire abondamment. Vous remarquerez sur son visage et son cou des muscles et des veines qui sont visibles et qui durcissent. On dit qu’ils y a contraction des muscles et des veines. Il ressemble étrangement à une personne en pleine souffrance douloureuse, ou une femme enceinte en plein travail. A la fin, le rieur étouffe et tousse abondamment et parfois ce sont des larmes qui coulent. Comme je l’ai dit tantôt, généralement cette situation indispose même parfois son propre entourage. Mais, tiens-toi tranquille, tout ça n’a aucun danger pour le fou rieur.

Moi : Docteur, à quoi ça sert alors de rire au point d’indisposer les gens, au point d’avoir mal à la poitrine, mal au ventre parfois ?

Docteur James : Charlot (Pour ceux qui ne savent pas mon prénom le plus charmant), tu sais ? Ce que toi et beaucoup de personnes ne savent pas, c’est qu’on demande parfois, aux malades hospitalisés, de rire le plus souvent. Pourquoi ? Parce que, je me répète, le cerveau a aussi un extraordinaire rôle : il produit les endorphines qui sont des éléments chimiques appelés opiacés. Ces éléments chimiques ont pour rôle de calmer les douleurs physiques musculaires. D’où l’importance des visites de la famille et des amis du malade. C’est très important. Le stade du rire et du fou rire a ceci d’avantageux qu’une personne, après avoir ri, n’est plus la même que celle d’avant. Il devient joyeux, heureux, jovial. Il dégage un air paisible et de tranquillité. Les douleurs que le malade ressentait avant ont subitement baissées. C’est le fait des muscles et des veines qui se contractent et qui stimulent la production des endorphines nécessaires pour atténuer les douleurs qu’on ressent parfois.

Tout en feignant d’ignorer ce que cela voulait signifier, je pose naïvement la question suivante pour stimuler la discussion qui devenait déjà intéressante. J’avais encore envie d’en savoir plus.

Moi : Et qu’est-ce que tout ça a à voir avec mon anniversaire, Docteur ?

Comme s’il s’y attendait, il réplique immédiatement :

Docteur James : Très très bonne question, Yves. Ça se voit que tu es déjà intéressé ! Eh bien ! Regarde justement autour de toi et observe comment les gens font les activités comme le sport, le travail manuel, etc. Ne remarques-tu pas qu’ils le font généralement en groupe ? Ne remarques-tu pas comment les gens aiment surtout se détendre ensemble pour déstresser ?

Lorsque tu fais un tour dans les clubs, au parcours Vita de Makèpè et dans les espaces vides, quelle remarque fais-tu ? La jovialité et le fou rire se dégagent facilement lorsque les gens font le sport en groupe. Ils sont plus résistants parce qu’ils ne ressentent aucune douleur. Les efforts musculaires en groupe et le rire ont le même effet : la production des endorphines, justement. Cela atténue les douleurs musculaires ressenties en faisant le sport. Ce phénomène ne se produit pas chez un sportif solitaire. C’est pour ça qu’il est même facile de nouer les amitiés en faisant le sport en groupe. C’est même excitant.

De même, en Afrique surtout, remarque que les gens adorent faire les travaux manuels ou champêtre en groupe, surtout dans les campagnes : les défrichages, les semences, les récoltes, les coupes de bois, etc. Généralement, cela se fait en chantant avec un rythme physique harmonisé et cadencé. Tu vois que même nos ancêtres n’étaient pas si bêtes que ça en nous apprenant de bonnes habitudes de vie ! Sans ces endorphines, je ne crois pas que ces routes et ces chemins de fer faits aux mains auraient aussi eu un succès éclatant.

Cela semble une évidence pour beaucoup, mais c’est important, je ne cesserais jamais de le répéter. Rire c’est bien, mais rire en groupe c’est encore mieux. Pourquoi ne profiterais-tu pas, le temps d’un anniversaire, de t’éclater au max, Yves ? A t’observer, tu as l’air si malheureux. Détends-toi, amuse-toi, rigole et ris ce jour-là.

Moi : Mais, Docta, je n’attends pas mon anniversaire pour rire ! Je ris même le plus souvent. Ça m’arrive toujours.

Docteur James : Je n’en doute pas. C’est juste pour attirer ton attention au cas où… Mais, profite aussi souvent des occasions comme des anniversaires pour te détendre.

Vous l’avez donc compris, chères lectrices et chers lecteurs, c’était juste un prétexte pour me donner un cours magistral, mieux, me sensibiliser comme les médecins savent si bien le faire. En espérant que vous avez appris quelque chose, je vous souhaite un bon anniversaire. Profitez aussi pour rire de cette vie, des immigrés que l’Europe ne cesse d’intimider, des coups d’Etat et des coups bas devenus une règle d’acensions sociale et politique. Même le Cameroun, un pays dont les vantards disaient de lui qu’il célèbre pour la paix qui y règne est en train de vivre ses plus mauvaises périodes de crise sociales dans la région de l’Extrême-Nord où les enfants ne vont même plus à l’école. Il faut vraiment éclater de rire, pas pour s’en moquer, mais pour dire la vie est si simple, faut pas la compliquer.

Tchakounte Kemayou

Sources: Santé Nature Innovation


Cameroun : gouvernance spectrale ou gouvernance d’un État spectacle ?

La grande muette bat le pavé, délie sa langue et exprime son ras-le-bol dans l’agora. Deux cents militaires de la Minusca, de retour de la République Centrafricaine, sont descendus, ce mercredi matin (9 septembre 2015), dans la rue de Yaoundé. Histoire de revendiquer le paiement de leurs émoluments. C’est l’objet de la marche pacifique, qui s’est déroulée pendant quelques heures, et dont l’itinéraire a eu pour point de chute le ministère délégué à la Présidence de la République chargé de la Défense (Mindef).

12002832_10207532293368190_5292597823929300255_nLes faits
« Nous avons passé 9 mois à combattre sans prime. Chaque jour, l’État nous promettait de régler nos primes. A la fin du mois d’août 2015, les instances officielles avaient dit qu’elles avaient viré notre argent. Mais, jusqu’à présent, nous n’avons rien perçu ». C’est avec un air austère et la mine patibulaire qu’un jeune soldat costaud ayant requis l’anonymat s’est exprimé pour décrier les conditions précaires et lamentables auxquelles ses congénères et lui sont en butte sur le champ d’honneur. Selon ses déclarations, l’Union Africaine (UA), qui avait passé le témoin à l’Organisation des Nations unies (ONU) relativement au traitement salarial de la soldatesque, avait viré les espèces sonnantes et trébuchantes. « Chaque soldat doit percevoir 750.000 Fcfa selon le protocole d’accord signé conjointement par le Cameroun et les Nations Unies », précise le soldat courroucé.

Ayant fait des investigations, des militaires se sont rendus compte que le montant de leurs émoluments avait été viré. A preuve, ajoute ce militaire fort renseigné, deux corps, à savoir la police et l’armée avaient été diligentés et mobilisés pour combattre l’insécurité transfrontalière et la pieuvre terroriste et islamiste Boko Haram. Mais, les frais de mission des fonctionnaires de la police ont dûment été réglés alors que ceux des militaires, jusqu’à ce matin, restent impayés. Toute chose ayant suscité le courroux de 200 militaires, qui exigent, illico presto, le règlement de 9 mois de primes non-restitués. Les Centrafricains et les Tchadiens, qui se tuent à la tâche sur le champ de bataille au même titre que les collatéraux camerounais, ont perçu leur dû.

Réaction officielle
Intervenu, cet après-midi, au sujet de la marche de protestation des militaires, Issa Tchiroma Bakary, ministre de la communication (Mincom) et porte-parole du gouvernement, parle plutôt de 8 mois d’impayés en termes de règlement salarial de cet appareil répressif de l’État. Sur instruction du Président de la République, il a été ordonné des mesures appropriées au rang desquelles figure la principale liée au déboursement de la somme de 6 milliards de Fcfa nécessaire au règlement de ces émoluments impayés jusqu’à ce jour.

Le(s) coupable(s)
Effectivement, un pays sérieux aurait sanctionné les responsables coupables d’indélicatesse. Il y a incontestablement, un gestionnaire impénitent ayant délibérément et insidieusement retardé le paiement de ce pécule des militaires. Il semble déjà sous bonne protection du gouvernement vu que le Mincom accuse sans rire, l’Union Africaine. Pourtant nous nous souvenons tous ici que ce même gouvernement avait réagi lors du premier mouvement d’humeur à Bangui pour dire qu’il venait d’effectuer les virements. Mais, il a fallu que la soldatesque batte le pavé ce jour pour faire dire au Mincom que ces émoluments ont été réglés immédiatement.

On constate bien qu’en pareille circonstance, le Mincom fait, visiblement et sournoisement, preuve de solidarité gouvernementale, en protégeant son collatéral, le Mindef et en indexant l’UA. Pourtant, des soldats rencontrés ce jour à Yaoundé font état de ce que l’UA avait viré les fonds liés à ces émoluments depuis belle lurette. Pourquoi les fonctionnaires de la police ont-ils perçu leur dû et pas les militaires ? Que monsieur le « porte-parole du gouvernement » cesse donc de duper le peuple. Des militaires savent bien que l’argent a été viré depuis, mais un carnassier a retardé le paiement. Lui seul sait pourquoi.

11986362_10207532295168235_246699152339171514_nL’injustice sociale
Une revendication, même justifiée, n’aurait jamais été tolérée par Yaoundé si elle avait pour organisateurs des enseignants, des journalistes, des pensionnaires, des étudiants, des avocats ou mêmes des médecins… Toute manifestation organisée par des citoyens sans tenue et sans fusils aurait provoquée une réponse violente du régime de Yaoundé. Pour préserver le pouvoir, le Palais d’Etoudi, l’Immeuble Étoile, le Palais de Verre et le Trésor national ont tout fait pour que le Porte-Parole Issa Tchiroma puisse annoncer la fin de la rébellion ouverte au régime de Yaoundé. Pour une fois Issa Tchiroma n’a pas parlé de grève illégale, sauvage, ou injustifiée… Si la honte pouvait tuer…

Combien de fois ce Mincom a-t-il fait une sortie pour les retraités comme c’était le cas aujourd’hui pour les soldats ? Il y a justement plusieurs catégories socioprofessionnelles qui réclament à l’État des sommes impayées. Il y a le cas de nos grands-parents et parents retraités et déflatés des sociétés d’État qui exigent, depuis des années, le paiement de leur pension et de leur dû. Mais ils sont très souvent molestés par ces mêmes éléments de la police et de l’armée qui, aujourd’hui, sont aussi en train de revendiquer. Et lorsque la soldatesque descend dans la rue, déroge-t-telle au serment de l’honneur et de la fidélité tant clamé par leur enseigne ? Le débat est, d’ores et déjà, relancé.

Au vue de cette analyse, il existe deux types de camerounais : ceux qui ont le droit de faire grève et marcher sur les artères de Yaoundé, sans crainte de perdre leur vie et ceux qui n’en ont pas.

L’embuscade
Devait-on attendre la marche pacifique à pas de géant de 200 militaires camerounais de la Minusca pour payer, ipso facto, leurs émoluments ? C’est justement l'(a)gouvernance qui fait sa perpétuation. Comme le dit le Mincom lui-même, ils ont été payés sur « très haute instruction du chef de l’État ». C’est un mode de fonctionnement qui sied bien au leader central à qui il semble plaire de ramener justement tout à lui. Pour rappel, le premier mouvement d’humeur de ces mêmes soldats a eu lieu à Bangui il y a quelques mois. Sans aucun véritable suivi, les responsables se contentent d’effets d’annonce pour taire les inquiétudes et rassurer quant à la maîtrise de la situation.

On affame sciemment jusqu’à l’agonie et ensuite on se sert de la grogne et des revendications pour jouer les bons samaritains « sous haute instruction… ». Cette façon de gouverner est caractéristique du haut degré de décadence psychopathologique institutionnelle. C’est-à-dire que même les besoins les plus fondamentaux sont instrumentalisés pour des motifs liés à la glorification du pouvoir central. Telle route est construite, tel hôpital est érigé, telle prime est payée grâce à la « magnanimité » du prince, du roi, du Nkunkuma, du Nnom Ngui, pardon, du Président de la République ou de sa femme, c’est selon. Nos impôts et nos taxes, et même l’État, tout ça n’existe pas ou plus. Seul, un suprême bienfaiteur s’occupe de ses enfants. C’est un phénomène politique assez pernicieux. Il s’agit de la personnification, de la sublimation de l’hyper puissance du Nnom Ngui qui, à tout moment, est glorifié et déifié par ses créatures, mieux par ses courtisans. « Sur hautes instructions » est d’ores et déjà la formule du gouvernement de « l’État spectacle » qui étale, au vu et au su de tous, son incurie, son inertie et ses scories structurelle, fonctionnelle et conjoncturelle. L’heure est grave !

Le système fonctionne mieux quand il fonctionne ainsi : simuler l’agonie pour se renouveler, se construire par les techniques de personnification. La preuve ? Personne ne sera puni… C’est ce qu’Achille Mbembe appelle « une gouvernance spectrale ». La prestidigitation et le tapage médiatique autour de la promptitude du chef de l’État est la caractéristique d’une gouvernance dont l’intention puérile est de susciter de l’émoi. Pour Serge Aimé Bikoï, c’est la « gouvernance spectacle ». L’embuscade ici est donc le fait que l’agonie du peuple est comme un guet-à-pend. La magnanimité du prince au secours de son peuple est saluée par des motions de soutien en guise de remerciements. C’est donc une occasion pour les laudateurs du régime de saluer et vanter l’efficacité du prince à répondre présent aux interpellations de son peuple.

Mais, il ne faut pas oublier que « quand le haut n’en peut plus, le bas n’en veut plus ». Pour qui sonnera donc le glas dans les prochaines années ? Question à un radis !

Tchakounté Kemayou
Ce texte a été rédigé avec la participation de : Serge Aimé Bikoi, Denis Patrick, Bangmo Narcis Ulrric, Jacob Serge Amvam, Georges Emmanuel Christian Tang, Ahmadou Ahidjo Ahmadou Ahidjo, Roef World’s Citizen et Joseph Olinga Ndoa


Coup de gueule : Cameroun, la République des ivrognes ?

11828557_10204521822558177_9002303259967423929_nLe Cameroun est un pays « for-mi-da-ble » comme aime si bien le dire mon ami Ecclésiaste Deudjui. Un pays où les grandes agglomérations comme Douala et Yaoundé, pour ne citer que ces deux-là, manquent cruellement d’espace de détente au point où ce sont des bars qui raflent la vedette en lieu et place des jardins, des plages, des espaces de jeux pour enfants, etc. En dehors du bois Anastasie de Yaoundé considéré comme un lieu de repos verdoyant et calme, les deux villes sont réputées pour leurs bars et boîtes de nuit.

La balade comme distraction : un parcours de combattant ?
A vrai dire les trottoirs n’existent même plus à Douala. Si vous voulez faire une marche seul ou en famille, vous n’y parviendrez que lorsque vous aurez décidé d’affronter cet exercice qui s’avère périlleux. Oui, difficile est la marche lorsque les trottoirs sont occupés par les petits commerçants dans un contexte de débrouillardise : maïs, plantain et prune à la braise, call-boxeurs, quincaillers ambulants qui encombrent les rues avec leur pousse-pousse, voitures garées, mécaniciens et que sais-je encore ? Quand ce ne sont pas les commerçants, ce sont plutôt des transports publics comme des bens-kineurs ou des taximen qui peuvent vous faucher. Ils sont toujours là à faire des dépassements à droite comme à gauche, soit pour éviter des nids d’éléphants en pleine chaussée, soit pour pourchasser un client qui risque de leur échapper ou encore pour fuir les contrôles de police ou du fisc. Pendant cette période de pluie, il faut être chanceux pour ne pas recevoir en pleine figure l’éclaboussement des eaux stagnantes qui puent les immondices.

Où sont les parcs et les jardins publics ?
Voulez-vous vous reposer, prendre un peu d’air naturel dans un lieu calme, tranquille  en compagnie de la famille ou d’amis ? Ici à Douala particulièrement, aller dans un parc ou jardin relève de l’utopie. Il n’en existe presque pas. La mairie de Douala IVe avait choisi d’aménager un jardin au  cœur de Bonabéri. Mais, le comble c’est qu’elle l’avait fait là où va passer la prochaine pénétrante ouest !

Voilà ce qui prouve même que le développement de la ville de Douala n’est pas coordonné, organisé encore moins pensé. Il y a seulement deux ans à peine cette infrastructure avait été inaugurée par « Son Excellence » Monsieur le gouverneur de la région du littoral. Comment comprendre donc qu’un jardin ait été conçu sur le tracé d’un ouvrage routier décidé depuis belle lurette ? Aucun arrondissement des six que compte le département du Wouri n’a de parcs, de jardins pour que la jeunesse se défoule, pour que les familles se baladent, pour que les travailleurs décompressent, pour que les amoureux s’aiment.

Le seul parc, c’est à Bonanjo, au centre administratif qui est situé à des dizaines de kilomètres des quartiers populeux et populaires. Avec ce sombre tableau, il ne reste plus qu’une chose aux pauvres populations comme distraction : lever le coude.

Les bars, la bière, l’alcool à tout bout de champ
C’est ainsi que les bars pullulent dans tous les quartiers. Toutes catégories : plein air, petite salle, salle climatisée et écran plat. On s’abreuve de foot anglais, de feuilletons brésiliens et de Nollywood à la con, ou en écoutant des musiques qui sont des véritables invites à la débauche. Et on connait la capacité des Camerounais à offrir de la bière ou alors à en demander « une ». Ajouter à ce tableau les capsules gagnantes, l’argent de la corruption. Ajoutez-y le « soa », le poisson braisé, le tiercé, le pari foot, etc. Voilà comment on se distrait dans ma ville.

Et on parle d’émergence, de performance, bien-être, paix. Ce tableau est le lot de presque toutes les villes camerounaises. Y compris le Yaoundé, véritable « zone industrielle » des bars. Des bars qui ouvrent à l’aube.

Avec ce désordre, on ne fait plus la différence entre un bar, un snack, une boîte de nuit, une vente à emporter. Partout, on boit même à 7 h du matin, on danse, on jubile, même à midi. Personnellement, des fois je regarde ma montre à deux fois pour être sûr que je suis dans le bon créneau horaire. Dans mon esprit probablement tordu on danse en soirée et généralement les week-ends et dans des endroits qu’on appelle boite de nuit, « BT » pour les habitués.

Le peuple se vautre dans la luxure, l’alcool, les musiques obscènes. Résultat, on peut voler un bébé par mégarde, négligence des parents et bizarrement très peu s’en émeuvent. C’est comme si on avait volé une baguette de pain dans une boulangerie. Vous n’entendrez jamais, eh oui, jamais des cris, des soulèvements populaires pour réclamer que justice soit faite et châtier les criminels. Pire encore, on peut être libéré faute de preuve, pour avoir été innocenté par le tribunal compétent après avoir été retenu en prison pendant plus de cinq ans.

L’autre jour, sur la route nationale N°1 appelée pompeusement « axe lourd Douala-Yaoundé » (il faut rappeler ici qu’après plus de 50 ans d’indépendance il n’existe d’autoroute nulle part au Cameroun encore moins celle qui relie les deux grandes villes), au niveau du village Matoumba, la route était entièrement bloquée. Un camion d’une société brassicole a fini sa course sur un obstacle. Les villageois se sont rués vers les casiers de bière déversés à même le sol emportant casiers et  bouteilles de bière. Les voyageurs n’étaient pas en reste. Ils sortaient de partout : des bus, des cars d’agence de voyages, des voitures, et que sais-je encore. Du plus grand au plus petit, tout le monde se servait à volonté. Ceux qui n’avaient pas la chance de se servir pouvaient en acheter au prix « spécial promo accident » comme l’a si bien dit mon frérot Romain Roland Kouotou qui a vécu la scène, hébété. L’autre curiosité est le fait que tous ces gens ne boivent pas souvent la bière king qualifiée de mauvaise qualité parce que c’est une bière camerounaise. Cette attitude ou ce comportement social me rappelle le drame de Nsam à Yaoundé survenu alors que la population accourait se servir du carburant déversé suite à un accident de véhicule qui transportait un produit dangereux. Le pire qui est arrivé arriva. Aujourd’hui, plus personne ne s’en souvient.
Est-il possible que les autorités camerounaises fassent un projet de loi sanctionnant de tels comportements irresponsables ? Non, elles sont plutôt préoccupées à terroriser les automobilistes avec leurs radars pour les soutirer 25.000F cfa pour excès de vitesse.

Tchakounte Kemayou avec Romain Roland Kouotou et Patrice Kuissu


Afrique Média et la haine anti-française : les scellés qui créent des remous

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La foule en masse devant les bureaux d’Afrique Média à Ndogbong

La pose des scellés sur les bureaux de la chaîne de télévision Afrique Média à Yaoundé le 06 août 2015 et à Douala le 12 août 2015 par décision, le 4 juillet 2015, du Conseil national de la communication (CNC) continue de déchaîner des passions. Si la fermeture des bureaux de la capitale camerounaise n’a pas connu de couacs, celle de Douala a, par contre, connu une levée de boucliers de la foule qui, le 10 août 2015, s’est opposée en prenant en otage la police venue accomplir la funeste mission.

Ce qui est intrigant dans cette fermeture, ce sont certains commentaires sur les motifs et les sources des scellés. Ça va dans tous les sens. La France est mise au-devant de la scène d’être le commanditaire de la décision du CNC. La raison ? La chaîne Afrique Média serait accusée de véhiculer la haine que beaucoup qualifierait de haine anti-française.

La population de Douala a-t-elle choisi son camp ?
La fermeture d’une chaîne de télé n’a jamais suscité autant de passions au Cameroun et plus particulièrement à Douala. Il me souvient qu’autrefois la population n’avait jamais réagi de la sorte lorsque, Equinoxe, autre chaîne privée (radio et télé) fut fermée, je ne parle même pas de Freedom FM, la mort-née du feu Pius Njawé, son fondateur et directeur de publication du célèbre quotidien Le Messager. Freedom FM, pour rappel, avait été scellée quelques heures (à moins de 24 heures) avant son lancement pour défaut d’autorisation d’ouverture et de licence. Des éléments que la plupart de chaînes fonctionnent sans avoir. Il me souvient aussi que le quotidien Le Messager a eu à subir les foudres du fisc. Tout le monde semble s’accorder sur le fait que toutes ces fermetures ne sont et n’ont été que des abus d’autorité.

La population de Douala ressemblerait étrangement à ce peuple qu’on dit amorphe, apathique. Un peuple qui ne se soulève pas contre les coupures intempestives d’électricité et d’eau, la corruption, le mauvais comportement des fonctionnaires et agents des services publics. Cette population, qui n’a rien fait lorsqu’on ferma Equinoxe et les autres chaînes de télé et de radio, mais se soulève spontanément pour empêcher la fermeture d’Afrique Média. N’aurait-elle pas choisi son camp ? Est-ce parce que la chaîne Afrique Média, dans les envolées lyriques de ses invités, se positionne comme une chaîne anti-française, anti-blanche, anti-occidentale, anti-impérialisme, anti…, anti…, et que sais-je encore ? La population camerounaise a-t-elle soif de haine contre l’Occident ? Ou alors, a-t-elle trouvé que c’est l’Occident qui est la source principale de ses maux ?

La haine anti-française comme ligne éditoriale ? (Par Serge Aimé Bikoi)
Le traitement informatif d’Afrique Média est problématique à plus d’un titre lorsque l’on se décide à tabler sur le procédé scientifique. D’abord, l’orientation des débats interactifs pose un problème au départ. A priori et sur le plan scientifique, quiconque s’attend à un débat à proprement parler, où les arguments sont systématiquement opposés, mieux contradictoires. Mais a posteriori, l’on s’est rendu compte, au fil des semaines, voire des mois, que le débat s’est mué en séries construites de tables rondes, où les consultants adoptent, savamment et soigneusement, la stature de critiques véhéments de la France et des puissances impérialistes. Ils sont, tous, imbibés de leur suc idéologique. C’est un choix ! Et comme dirait Jean-Paul Sartre, philosophe existentialiste: « Tout choix est perte ». Chacun défend, d’ailleurs, ses intérêts et son pécule.

Ensuite, au-delà de cet aspect formel, il s’agit de noter, dans le fond, que le contenu des propos des consultants est essentiellement bourré d’injures, de stéréotypes, de quolibets, bref de clichés orduriers. Pour preuve, il est reproché aux deux modérateurs suspendus pour six mois de n’avoir pas recadré certains panélistes qui se sont enlisés dans le listing des insultes à l’égard des anciens et actuels dirigeants français. En surfant donc, de façon affective et subjective, sur des insultes sans souci de démonstration plausible, un consultant pèche. D’où la sanction du CNC. En ce sens, chaque modérateur devrait être plus vigilant et plus prudent. Le modérateur n’est pas un simple « spectateur dés-engagé » qui laisse les intervenants dire tout et n’importe quoi.

Les enjeux du discours panafricaniste
J’ai toujours eu la faiblesse de penser que le panafricanisme ne peut se réduire simplement ni à un discours, ni à un curieux antagonisme anti-Français, anti-Blanc ou anti-Occidental. Si nous ne commençons pas par bâtir un projet panafricain basé sur une réelle construction stratégique endogène, les discours resteront des verbiages et du bavardage stérile. Les exemples de la Chine et de l’Asie aujourd’hui ne sont-ils pas suffisants pour nous édifier ? Nous donner des pistes pour construire une Afrique digne de ce nom au-delà des cris d’orfraie ?

Qu’on se comprenne très bien, je ne fais pas de diatribe contre Afrique Média et ses fans pour me mettre du côté des anti-Afrique Média. Ce qui arrive à cette chaîne de télé c’est ce que les autres ont connu (Royal Fm, Sky one radio) et il existe des chaînes encore plus dangereuses.Les décisions de fermeture ou de scellé ne sont pas prises de façon à rendre une justice équitable. Ce sont toujours des décisions à tête chercheuse. Malgré les insuffisances que j’ai déplorées plus haut, la meilleure solution ne consistait pas en une fermeture qui devient impopulaire. Le recadrage aurait suffi pour dire, non seulement à cette chaîne, mais à toutes les autres, que les discours de haine ne suffisent plus. Je ne suis pas un idiot non plus pour savoir qu’en Occident, il existe des médias de propagande et de désinformation. La propagande de la journaliste du Times, Judith Miller, sur les armes de destruction massive irakiennes, pivot de la propagande de guerre contre l’Irak avant l’invasion de 2003, constitue une preuve plus récente de la désinformation véhiculée par ce quotidien faisant figure d’autorité dans la sphère médiatique. La seule explication possible est qu’elles l’ont fait sciemment dans le but de tromper l’opinion publique.

D’ailleurs, pourquoi se voiler la face ? N’y a-t-il pas de médias en Occident qui produisent la haine du Noir ou de l’Africain ou alors le mépris de sa personne ? Une certaine opinion bien avisée avoue même que ces médias occidentaux sont ceux qui, continuellement, « dévalorisent le Noir et son continent de manière subtile ou à peine voilée. Si l’Afrique a aujourd’hui une triste image dans la tête de beaucoup d’Occidentaux (continent de maladies, de famines, de guerres, etc.). C’est bien en grande partie à cause de leurs médias qui ont pris le parti pris inique de toujours présenter l’Afrique sous son mauvais côté et de « taire » tout ce qui est positif ». J’avoue que cette position m’intrigue au plus haut point parce que je ne vois pas en quoi cette irresponsabilité des médias occidentaux qui font dans la haine nous concernerait. Devrons-nous répondre du berger à la bergère ? La haine occidentale doit-elle automatiquement avoir pour réponse une haine africaine ?

Tchakounté Kémayou


État de droit ou droit d’État dans un contexte de guerre

Le_Debat061213300Les concepts de démocratie, droits de l’homme, État de droit et droit d’État meublent les débats au Cameroun depuis que l’armée fait face à la nébuleuse Boko Haram. Jusque-là, le pays n’avais jamais connu une situation de sécurité bien plus complexe que d’autres États avaient vécues et qui d’ailleurs continuent de les vivre.

Loin de moi l’intention de donner une définition tranchée de ces concepts aussi profonds que complexes, il faut dire ici qu’ils sont, de par leur fondement, moins critiquables. Pour dire simple, tout le monde, sans exception, s’accorde sur le fait que la démocratie et ses frères jumeaux, c’est-à-dire la liberté, les droits de l’homme, l’État de droit, la bonne gouvernance, etc., constituent des éléments d’appréciation de la bonne marche d’un État. Ce principe sous-entend que l’État est le garant de la liberté et de la démocratie dans un pays. Autrement dit, la raison d’être d’un État c’est le respect de ce principe.

Il se passe que depuis le 11 septembre 2001 et les attentats du World Trade Center aux USA, pour des raisons plus ou moins convaincantes ou convenues, la raison d’État prime de plus en plus sur l’État de droit qui est par définition le fait de reconnaitre à tous ses citoyens le droit de jouir de ses droits fondamentaux. Par définition, il serait donc imprudent de restreindre les droits d’un citoyen sous aucun prétexte. Sinon, l’État cessera d’exister. C’est ainsi dans tous les pays prétendument ou reconnus comme ceux qui ont une culture de la pratique des libertés et de démocratie plus poussées. Citons les États-Unis, puisque c’est lui qui sera interpellés dans mon argumentaire.

Depuis donc ces attentats de 2001,

les États, soucieux de la sécurité de leurs concitoyens, encadrent de plus en plus (et de manière souvent conservatrice ou restrictive) des libertés fondamentales du citoyen au nom justement de la sécurité intérieure et de la défense de leurs intérêts stratégiques. Au point parfois d’alarmer les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’homme. Les citoyens eux-mêmes sont partagés entre la nécessité de continuer à jouir de leurs droits et libertés fondamentales et les « sacrifices » de libertés qu’ils doivent consentir ou accepter pour continuer à vivre en toute sécurité

Voilà donc fondamentalement où se situe le débat au Cameroun à l’heure actuelle : un État doit-il toujours se soumettre aux droits de l’homme ?

Sans risque de me tromper, ce débat sur la liberté des citoyens et la sécurité de l’État est bien central dans les centres de recherche en sciences politique, en socio-politologie. Elle est même fondamentale. Les pays à forte tradition démocratique sont visés, notamment : USA, UK, France, etc. Aux USA par exemple, le débat sur Guantanamo est et reste toujours d’actualité. Mais, toujours est-il que les services secrets des USA, comme tous les autres, pratiquent et appliquent les lois d’exception. Pour preuve, la tête d’Oussama Ben Laden qui était considéré comme un homme dangereux pour l’État Américain, a été mise à prix par les Américains eux-mêmes. dans les autres territoires pour ne pas avoir affaire aux juges américains.

Au Cameroun, l’affaire sur la disparition du capitaine Gerrandi Mbara, publiée par Jeune Afrique, qui avait fait les choux gras de la presse, loin d’être close, obéit dans la même logique. Mais, à la différence de Ben Laden, Guérandi Mbara, selon le journal panafricain, a été assassiné sur le territoire camerounais. Nous assistons, depuis mai 2014, date à laquelle Paul Biya, l’homme « qui peut », déclara la guerre à Boko Haram, aux pratiques d’exception de la part de la police et de l’armée. D’aucun aurait même pensé que cette nouveau contexte que nous vivons au Cameroun donnent vraisemblablement du fil à retordre aux forces de l’ordre visiblement dépassées par des débordements. Il ne reste qu’à se poser la question sur la priorité de l’État Camerounais en temps de crise. Quelles libertés doit-on restreindre dans un État de tyrannie en temps de guerre ? Dans un pays où la tradition démocratique connait plus ou moins un grand succès, cette problématique sur la liberté des peuples en temps de crise (ou de guerre) est déjà longtemps en débat ; Qu’en est-il des pays africains réputés pour ses régimes de dictature, de tyrannie ou de totalitarisme où les peuples ne jouissent pas toujours de tous les bienfaits d’une société de droit ?

Cette question est d’une importance capitale aussi bien dans les pays de vielles traditions démocratique que dans les pays à démocratie balbutiante. Pour montrer un peu la difficulté à bien saisir l’importance de cette problématique, prenons l’exemple de l’exercice des pratique non conventionnelles : 1-Peut-on faire usage des méthodes non conventionnelles dans le but de traquer les hors la loi ? Même dans les pays de démocratie comme les USA, cette problématique est encore d’actualité. Cette semaine, un an après la mort de M. Brown à Fergusson, se pose encore et toujours le problème de la proportionnalité des mesures de défense en cas d’attaque : la police doit-elle réagir en dégainant sur une personne qui veut faire usage de son arme ? Selon la loi américaine, la réponse est sans appel : Oui. Mais Brown avait-il commis un acte de désinvolture au point d’obliger un policier à dégainer ? Tout le monde ne semble pas être d’accord sur les faits. Par contre, les auteurs des actes de terrorisme qui met en danger l’État américain sont recherchés par le service secret et sont gardés dans des prisons à Guantanamo, en Pologne, en Espagne, etc. Question : Pourquoi les services secrets américain choisissent-ils de « torturer » les hors la loi hors du territoire américain ? Réponse : Parce qu’en tant qu’État de droit, les hors la loi, terroristes qu’ils soient, on aussi le droit d’avoir une justice équitable. Raison pour laquelle, pour éviter la colère des juges, les services secrets font donc les prisons non conventionnelles hors du territoire américain. Si le pacte international sur les droits civils et politiques n’exclut pas la possibilité de mettre une parenthèse sur certains droits dans des situations d’extrême urgence et en définit les conditions pour cela, pourquoi l’État américain se fait-il donc le devoir de créer des prisons hors de son territoire ?

En quoi est-ce qu’une situation exceptionnelle de restriction des droits et libertés individuelles est perçue comme une violation de l’État de droit dans un contexte de tyrannie ? Ici, lorsque des lois d’exception sont appliquées dans les pays à faible tradition démocratique, la question est vue autrement. Si en tyrannie l’État de droit n’existe pas en temps d’accalmie, en quoi le violerait-on en temps de crise ou de guerre ? Évidemment, les lois d’exception votées par l’Assemblée Nationale camerounaise en décembre 2014 avaient été considérées par l’opinion comme une violation des libertés fondamentales. Peut-on violer une liberté qui n’existe pas ? Ou de quelle liberté parle-t-on ? Dans les régimes et les systèmes de tyrannie, les lois d’exception, comme il en existe partout, ne sont pas perçues comme des mesures que l’État prend pour la protection de sa population. Prises sous le sceau de la lutte contre le terrorisme, elles sont toujours considérées, par l’opinion, comme des mesures supplémentaires pour traquer les ennemis.

Le respect des libertés, de la démocratie, des Conventions et des Traités internationaux que les États ratifient et qui font office de lois nationales devraient être d’abord notre préoccupation. Et il appartiendra au peuple de faire des concessions sur la restriction de ses libertés fondamentales.

Tchakounté Kemayou


Vacances scolaires, quelques bons plans des vacanciers camerounais

11755777_10205835959111187_1457800223047810646_nIl est généralement de coutume, pour les élèves comme pour les parents, de réfléchir sérieusement sur l’activité à mener pendant les grandes vacances. Ainsi, durant la période qui va de mai à août, les enfants s’adonnent à une activité au choix. Pour beaucoup d’entre eux, c’est l’occasion de s’adonner une activité généralement peu commode en ces périodes pour la simple raison qu’ils doivent consacrer leur temps aux loisirs.

Les parents se plaignant à la fois du manque d’infrastructures de loisirs dans les grandes villes comme Yaoundé et Douala et de la cherté de celles qui existent car appartenant aux personnes ou structures, disent envoyer les enfants dans la rue par défaut. C’est, selon eux, la meilleure solution pour occuper les enfants et les empêcher de divaguer, déambuler et poireauter au quartier.

D’autres, par contre, avouent que ces arguments avancés par les parents sont de faux prétextes. La vérité se trouve dans l’exploitation des enfants par le travail en donnant comme explication selon laquelle le travail, pendant les vacances a pour objectif de former les enfants à affronter la vie future. Les activités rémunératrices de revenus sont donc les plus ciblées par ces enfants qui n’ont pour seule préoccupation que la préparation de leur rentrée scolaire. Voici en quelques mots, la description de quelques-unes de ces activités qu’on rencontre généralement en milieu urbain.

Le petit commerce
Le petit commerce est l’activité le plus populaire chez nos élèves vacanciers. Ils choisissent la commercialisation des arachides cuits, des œufs bouillies, les rôtis d’escargots, les risottos, les prunes, plantains murs et maïs braisés au charbon de bois, etc. leur principale caractéristique est leur mobilité. Ce sont des commerçants ambulants, pour ne pas dire les enfants dans la rue. Ainsi, de Bépande, ils se retrouvent facilement à Bonabérie ou à Bonamoussadi, de Madagascar, on les voit aussi à Mvan en passant par Mokolo. Ils sont partout, à pieds, à la recherche de la clientèle.

Les cours de vacances
Les parents qui estiment que l’enfant n’a pas été exemplaire durant l’année scolaire estiment parfois que les mois de juillet et août doivent être réservés aux cours de vacances pour préparer l’enfant. Ces cours sont principalement réservés aux enfants qui vont en classe d’examens et qui ont une difficulté particulière dans une matière. Ils ne sont plus à la mode aujourd’hui, car les autorités éducatives l’avaient interdit en craignant les conséquences des surmenages.

Les stages d’entreprise
Voilà une autre activité de revenu ciblée par les enfants : faire un stage de vacances dans une entreprise locale ou une multinationale de la place. Le hic, c’est que ces stages ne sont réservés qu’aux privilégiés, c’est-à-dire aux enfants de cadres ou autres passe-droits. Et le nombre de place étant limité, seuls les élèves courageux tentent une incursion et sont acceptés. Mais, l’exception ici, à mon avis, ce sont les Communautés Urbaines qui recrutent des centaines pour les unes et des milliers pour les autres. Même comme les couacs ne manquent pas, ça sauve quand même hein.

Les entreprises familiales
Après les activités de commerce de la rue décris plus haut il y a ici une autre qui ne passe pas inaperçue : les enfants travaillant dans les entreprises familiales comme des quincailleries, des salons de coiffure et de couture, des menuiseries, des réparateurs de motos et des mécaniciens, etc. ce sont donc, pour la plupart, des activités informelles. Ici, l’exploitation est plus décriée pour la simple raison que, contrairement aux enfants exerçant le commerce ambulant, les enfants exerçant dans ces entreprises n’ont pour seuls revenus que leur repas de midi pour leur journée de travail. Ici, par contre, c’est le parent patron qui se chargera de prendre en charge l’éducation de son stagiaire.

11247970_434190143448115_6941236255254478342_nLes colonies de vacances
Comme je le disais à l’intro, le manque d’infrastructures réservées aux loisirs des enfants ici au Cameroun. Les structures comme Cameroon Telecommunications (CAMTEL) et quelques agences de voyages, organisent des colonies de vacances pour permettre aux enfants de profiter des équipements du complexe CAMTEL pour les loisirs et les sports installés dans les locaux de l’entreprise. Les agences de voyage, par contre, organisent des randonnées touristiques dans une localité du pays où les enfants certainement apprendre quelque chose de la culture de leur pays.

Les cours d’apprentissage
Voici donc ce que je conseillerai aux parents qui réfléchissent trop sur comment occupé les enfants en période de vacances. Ce sont des cours d’apprentissage orientés dans les domaines comme la cuisine, la pâtisserie, la blanchisserie, la peinture, la musique et beaucoup d’autres bricolages que je ne pourrais citer ici. Ce sont des formations payantes, mais elles ont l’avantage d’amener les enfants à développer d’autres réflexes qu’ils auraient en eux et que l’école camerounais, trop rigide, ne saurait faire. Parfois, les parents qui avouent ne pas avoir assez de temps à consacrer à leur gosse, profitent de ces formations pour permettre à l’enfant de bien tenir une maison en faisant le ménage.

Les sports et loisirs
A défaut d’aller payer dans des structures privées pour bénéficier des infrastructures de sports et de loisirs de qualité, les badauds vacanciers prennent généralement l’habitude d’organiser, avec l’aide de quelques élites et le concours de l’entreprise Orange Cameroun, les championnats de vacances. Il ne me souvent même pas avoir rencontré dans un quartier des villes et mêmes des villages, d’autres sports en dehors du football. Celui-ci est donc le sport le plus prisé, vous en convenez avec moi ! Loin d’être une activité de source de revenus pour ces gamins footballeurs, c’est d’abord et surtout une opération de charme vers un probable avenir radieux, car ne sait-on jamais, un recruteur ou un agent de joueur agréé FIFA peut être dans les parages, et pourquoi pas les écoles locales de football comme les Brasseries du Cameroun ou encore Kadji Sport Académy (KSA), les plus célèbres du moment.

11401153_924151414273728_6487925414670024277_nUne escapade chez pépé et mémé
D’autres parents, par contre, préfèrent « expédier », le mot est trop fort, mais c’est le lieu de le dire, leurs enfants passer leur vacances au village. Pour ceux dont les grands parents vivent encore, ils iront côtoyer ce qu’on appelle civilisation ancestrale ou la tradition. Les activités de champs sont des travaux très prisés dans les campagnes. Les enfants ont surtout pris la mauvaise habitude de trop parler les langues officielles que sont le français et l’anglais en oubliant que les langues maternelles africaines doivent être préservées. C’est l’un des objectifs de ces types de choix des parents. Mais, le village est devenu une destination moins prisée par nos enfants et parents qui n’y trouvent plus aucun intérêt parce que les cours de vacances en langues maternelles sont aussi organisés dans certains établissements scolaires.

La préparation des concours
Cette activité n’est réservée que pour les élèves nouvellement bacheliers qui n’ont eu leur résultats qu’en mi-juillet. Ceux-ci n’ont donc pratiquement pas de vacances, puisqu’à partir des mois d’août et septembre, les concours d’entrée dans les grandes écoles sont organisés. Les bacheliers n’ont donc presque pas de répit.

L’oisiveté
Oui, ça existe aussi ! Il y a des enfants qui n’ont presque ou pratiquement rien à faire et passent leur temps à se livrer à toute sorte d’activité, par défaut. Ils sont tantôt sur les billes, tantôt sur playstation, tantôt devant le petit écran voir même ils dorment carrément.
Comme quoi, il faut de tout pour faire un monde.

Tchakounte Kemayou