Que vaut un mariage avec une mineure ?

Le 14 février, jour baptisé « Saint Valentin » est considéré comme la fête des amoureux. Ou si vous voulez, le jour où deux personnes amoureuses l’une de l’autre, célèbre leur amour. Je me suis souvent amusé avec cette question stupide de savoir à quel âge peut-on être amoureux ? Pas véritablement, mais amoureux tout simplement. Plus encore, la problématique sur le mariage me semble opportune pour juger de la pertinence des sentiments amoureuses afin de le célébrer. Peut-on sceller un mariage avec une personne dont on n’est pas sûr de ce sentiment ? Le mariage est-il l’aboutissement d’un amour accompli ou confirmé ? Sinon, c’est quoi alors le mariage ?

Les trois formes de l’amour, selon la tradition grecque, philos, éros et agapè se définissent communément par le don de soi. Mais, ce qui distingue l’agapè des deux premières, c’est la réciprocité et l’équivalence du don. Autrement dit, l’amour agapè est celui dont on agit, on se sacrifie sans attendre le retour de l’ascenseur. Par cette distinction, on peut donc affirmer aisément que l’amour dont le monde entier célèbre tous les 14 février est celui qui est défini selon la tradition de l’agapè. Faire un don, je veux dire, se donner physiquement, intellectuellement, financièrement, et que sais-je encore, sans attendre de l’autre, est considéré bel et bien, au sens de l’agapè, comme de l’amour. En ce sens, ce type d’amour ne peut pas seulement exister entre deux personnes qui pourrait avoir un projet de mariage plus tard. Puisqu’une mère ou un père sont amoureux de leurs enfants et vice-versa.

Au fait, le 14 février est considéré comme la fête de l’amour, cet amour défini comme le don de soi entre deux personnes qui souhaitent partager leur vie et fonder une famille. Peut-on, jusque-là, dire que ce sentiment d’amour agapè a un âge ? A priori, non. Peu importe l’âge, au moins pour une personne qui sais déjà exprimer ses sentiments, l’amour n’a pas de frontière, dira-t-on. A 10 ou 15 ans, par exemple, une personne est capable d’avoir la volonté de se donner à fond par amour. Oui, ça existe aussi, faut pas se leurrer. Cependant, est-il possible, au-delà de l’amour, qu’une vie commune soit envisagée entre cette personne de 10 ou 15 ans avec une autre plus âgée, donc plus mature que celle-là ? La question devient plus compliquée.

Puisque l’aboutissement de l’amour est, pas forcément, un mariage, il est évidemment de considérer cette relation comme « anormale ». La consommation du mariage implique le sexe, la relation sexuelle, donc. Du coup, la question deviendrait : peut-on permettre la consommation de mariage, ou des relations sexuelles entre une personne mineure et une autre majeure ? Vous voyez alors vous-mêmes que la réponse devient évidente : c’est NON ! Dans ce cas, pourquoi certaines sociétés africaines, voire camerounaises permettent-elles ce type de mariage. Pourquoi faut-il cautionner ce qu’on pourrait même appeler le « viol d’enfants » ou le « viol de mineur » ?

Selon certaines sociétés traditionnelles, puisque c’est d’elles qu’il s’agit généralement, ce type de mariage est considéré comme une forme d’éducation, je veux dire, de socialisation. C’est-à-dire un mariage entre une mineure et un adulte qui aura pour rôle de socialiser la jeune fille mineure. Cette socialisation consiste à l’apprentissage du rôle de la femme dans l’entretien du ménage. Au lieu que ce rôle soit assuré par la mère de la fille, c’est plutôt au mari que revient ce devoir. Dans ce type de société, les filles sont même déjà prises avant, ou dans une moindre mesure, à la naissance. La famille de la fille n’avait plus intérêt à garder l’enfant pour des raisons selon lesquelles l’entretien leur coûtait assez d’argent. On exhortait donc le futur mari à prendre la jeune fille pour continuer sa socialisation.

Si l’on considère que l’intention des acteurs est bonne et que le mari s’occupe effectivement de la socialisation de la jeune fille, la question qui reste posée est celle de savoir si l’intérêt de la jeune est préservé ? Autrement dit, est-ce que toutes les filles qui sont mariées avant 18 ans, puisque c’est l’âge minimum de mariage selon Unicef, ont choisies ce style de vie ? Pourquoi leur volonté n’a jamais été prise en compte, je dirais même pourquoi la société n’a pas intérêt à connaitre la volonté de l’enfant ? Si l’on estime que la fille, à travers l’amour agapè, peut avoir la capacité du don de soi, pourquoi sa volonté n’a jamais été requise ? Pourquoi ce type de mariage empêchent les filles qui le souhaitent de continuer leurs études si tel est que le mari va assurer sa socialisation ? En fait, si l’objectif est de socialiser la fille directement dans le foyer par son mari, il devient encore évident que le mariage, pour ces sociétés, n’est pas défini comme une union entre deux amoureux. Par ricochet, les 14 février ne concerne pas alors ce type de couple ? En réalité, la raison est ailleurs.

On peut mettre ces pratiques dans le registre de l’instinct de domination masculine qui hante encore notre société. Cet instinct de domination est une pratique encore trop prégnante dans nos sociétés africaines. La preuve, selon le code de la famille au Cameroun, l’homme reste et demeure le chef de ménage. C’est lui qui assure la tutelle de la femme.

Aujourd’hui, les mentalités ont évolué. Les femmes, de plus en plus scolarisées, ne se laissent plus manipulées, je veux dire trompées. Car le mariage avait toujours été considéré comme la manifestation de force de l’homme sur la femme à travers généralement le pouvoir financier. La femme, étant sous la protection de son mari, elle avait le devoir d’être docile parce que, dit-on, aller en mariage c’est « réussir sa vie ». L’émancipation, si je peux le dire, de la femme, a complètement changé la donne au point où celle-ci n’est plus considérée comme un fait-valoir malgré la persistance de ce pouvoir chez les hommes. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les femmes ayant un niveau d’instruction assez élevé et/ou un pouvoir financier acceptable, trouvent difficilement un homme pour le mariage.

Il ne faut pas non plus éluder la question de la pauvreté des parents de la fille. C’est d’ailleurs l’un des facteurs majeurs des mariages précoces, surtout en Afrique subsaharienne. Prendre une dot d’une fille à peine née n’est-il pas le fait avéré d’une paupérisation de sa famille ? Généralement, dans ce cas de figure, le poids de la tradition ou la culture est moins fort que celui du pouvoir financier du futur mari. La cible de celui-ci est surtout les filles des ménages pauvres. Il met en avant son pouvoir financier qui est considéré comme une garantie que la fille ne mourra jamais de faim et qu’elle est entre de « bonnes mains ». Certains esprits malins auront toujours tendance à justifier ces pratiques pour la simple raison que beaucoup de filles qui les ont vécues ont fini par réussir leur mariage malgré les difficultés qu’elles avaient endurées.

La question principale posée au début de cette démonstration reste telle quelle à savoir : que vaut le mariage avec une mineure ? La question reste toujours posée tant qu’elle ne trouvera pas de réponses adéquates. Mais en attendant, ne peut-on pas arrêter de pratiquer et de soutenir ou encourager ce type de phénomène qui ne nous honorent pas ? Mais alors, sachez-le tout de même qu’en Afrique « 12 millions de petites filles sont mariées de force chaque année. Cela représente 12 millions de filles privées de leur enfance et de leurs rêves ». C’est déjà si préoccupant et suffisamment grave pour nous restions toujours à regarder nos filles dont la destinée a été arrachée de force.

Vivement la fin du mariage précoce !

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