Crédit: Michael Denne pour Wikimedia Commons

Funérailles d’Elisabeth II : quelle leçon pour le Cameroun ?

Le jeudi 8 septembre 2022, Elizabeth II, celle qu’on a baptisé « la reine éternelle des Britanniques » mourait à 96 ans. Mort survenue dans son château de Balmoral en Écosse. Ce qui est intéressant durant ces 12 jours de funérailles, ce sont les rites funéraires. Je n’en sais pas grand-chose, mais des bribes d’informations qui me parviennent et la réaction des Africains m’intriguent.

L’attachement des Britanniques à leurs traditions ancestrales lors des funérailles

Depuis le 15 février 1952 que le Royaume-Uni a organisé les funérailles du roi George VI, il a fallu attendre 70 ans. Oui, 70 ans pour que le monde entier observe comment les Anglais organisent les obsèques de leurs rois (reines) à la manière de leur tradition. De 1952 à 2022, ça fait 70 ans ! C’est long et je suis convaincu à 99 % que, plus de 99 % des personnes qui vivent ces funérailles d’Elizabeth II aujourd’hui n’ont pas été là en 1952. Oui, ils n’ont pas été là pour voir comment ça se passe réellement là-bas. Sauf celles qui ont plus de 70 ans peuvent évidemment se vanter de l’avoir vécu. Et même…

… Combien d’entre elles l’ont réellement vécu à cette époque ? Puisque la communication de masse et en temps réel comme internet n’existait pas ? Comment pouvaient-elles être au courant de ces pratiques culturelles britanniques centenaires ? Questions importantes. Mais, passons.

Ce qui a motivé la rédaction de cet article est une double préoccupation. C’est le résultat d’un constat qui nourrit les esprits depuis 1885. Cette année marque le début de la pénétration des missionnaires blancs à l’intérieur du continent africain. Bien entendu, c’est avec le soutien de la domination coloniale :  

  • Pourquoi les colons missionnaires anglais sont venus en Afrique avec la Bible en mains demander aux communautés de détruire leurs pratiques traditionnelles alors qu’ils protégeaient les leurs?
  • Pourquoi les chrétiens africains, et même les musulmans, s’obstinent toujours à diaboliser les traditions africaines au nom d’un barbu, le sauveur, malgré les évidences de la tromperie sur la marchandise au point de créer ce que les historiens appellent le « christianisme africain » ?

Les funérailles d’Elizabeth II qui se déroulaient le lundi 19 septembre 2022 a réuni beaucoup de monde. Pour la cérémonie à l’abbaye de Westminster et l’arc de Wellington, plus de 2.000 invités et 500 dirigeants du monde étaient présents. Pendant 12 jours, le monde a observé comment les Britanniques sont attachés à leur tradition. Leurs pratiques culturelles ont ponctuées les funéraires de la défunte reine. La particularité de ces funérailles, c’est que les Britanniques sont restés authentiques. Ils ont gardé leurs pratiques culturelles vielles de depuis 1707. Et ce, depuis le début de la royauté qui date du Traité d’union entre l’Angleterre et l’Ecosse.

Déstructuration des patrimoines culturels africains par les missionnaires Blancs

C’est un beau prétexte ici pour montrer la portée des débats sur l’importance accordée aux cultures africaines. Il faut, à cet effet, s’adresser aux Africains parce qu’ils sont les premiers concernés.

La diabolisation de la culture africaine

Pourquoi un débat sur la déstructuration de la culture africaine et en particulier camerounaise fait-il jaser dans l’opinion aujourd’hui ? Parce que, selon l’historien Kofi Asare Opoku, ses principaux destructeurs sont les missionnaires religieux :

Toute l’intervention européenne pendant la période coloniale était fondée sur le postulat que, pour apporter le progrès, il fallait transformer, sinon détruire entièrement, la culture africaine. Et, comme la culture africaine était intimement liée à la religion, il est facile de voir que la politique coloniale européenne pouvait se heurter violemment à certains des principes de la religion traditionnelle qui constituaient les bases mêmes de la société en Afrique. Dès le début, cette religion traditionnelle fut soumise à un défi et à une épreuve qui concernaient sa subsistance et son renforcement.

La résistance africaine

Ce que Kofi Asare Opoku appelle « destruction de la culture africaine » se manifeste de différentes manières. Mais, ce qui est important, c’est le fait que malgré cela, les Africains ont développé une résistance farouche. La plus intéressante et la plus populairement suivie demeure cette technique de la ruse. Elle est parfaitement décrite ici par l’historien Jean-Baptiste Sourou qui explique le processus en ces termes :

Comme nous le savons bien, les racines religieuses des peuples d’Afrique dans leurs manifestations : rites (passage à l’âge adulte, culte des morts, relation avec les esprits), musiques et danses, prières et autres observances ont été considérées tout de suite par les premiers missionnaires comme de la barbarie, du fétichisme, de l’idolâtrie, de l’animisme, quelque chose de diabolique « sans étudier les contours exacts ». Tout cela était contraire à la nouvelle religion qu’ils ont apportée et ils défendaient, sous peine d’exclusion de la communauté chrétienne, aux fidèles de les pratiquer et de s’y adonner. Tout était purement et simplement à abandonner. Les premiers fidèles suivaient les prescriptions du « Père » pendant le jour, mais notamment retournaient aux pratiques de leurs ancêtres.

Le missionnaire Britannique Alfred Saker, l’un des premiers destructeur de la culture camerounaise

La destruction des cultures africaines a commencé depuis longtemps. On situe la période à l’époque de l’esclavage. Mais, je n’irai pas jusque-là. Je préfère me limiter à l’époque de la colonisation en prenant l’exemple du Cameroun. L’histoire de la colonisation au Cameroun nous apprend que Alfred Saker était le deuxième missionnaire religieux à arriver au Cameroun en 1845 après Joseph Merrick en 1841. Saker est un évangéliste protestant anglais. Son église et ses œuvres s’étendent jusqu’en Afrique de l’Ouest. Elles font ainsi partie de la destruction des cultures africaines qui étaient considérées comme « de la barbarie, du fétichisme, de l’idolâtrie, de l’animisme, quelque chose de diabolique ».

En conclusion, la diabolisation des cultures camerounaises a commencé par la religion avec l’arrivée des missionnaires britanniques. Avec cette diabolisation, les chrétiens surtout et toutes les autres religions comme l’islamisme, s’érigent en donneurs de leçons. Ils condamnent les traditions africaines avec les mêmes arguments de ces premiers missionnaires. Pour eux, ces traditions demeurent, malgré tout, des pratiques diaboliques.

Les funérailles de la reine de la Grande-Bretagne se sont déroulées pendant ces 12 jours. Elles nous ont montré que les Britanniques ont conservé leurs traditions. Un bouc, tenu par la garde royale, a été aperçu en public. L’image a été partagée par les internautes africains. D’aucuns disaient d’ailleurs que c’était destiné au sacrifice pour le couronnement de Charles III. Curieusement, certains internautes se sont empressés de démentir cette information. « C’est un bouc offert par la reine Elizabeth II au Royal Welsh », clament-ils. C’était donc une fake news, selon les journalistes. Mais, cela ne change rien au débat.

Les Britanniques, un peuple conservateur et traditionnellement marqué pendant les funérailles : quelle leçon à retenir ?

Les Britanniques sont toujours considérés comme un peuple soucieux de conserver ses traditions ancestrales. L’existence du royaume, résistance malgré les critiques, en est d’ailleurs la preuve. Ce qui est intéressant chez ce peuple, c’est son conservatisme. Un ami Camerounais vivant en Europe depuis de longues années me fait une confidence. Voici ses remarques à ce sujet en s’adressant aux Africains :

Je n’ai au grand JAMAIS vu une communauté aussi traditionaliste que la communauté européenne. C’est la seule qui voyage avec sa façon de faire dans tous les domaines: sa langue, sa cuisine, ses habits, sa religion, sa politique, son système d’instruction, ses armes, son agriculture, son habitat, son histoire, sa musique, sa Littérature… Quand elle apprend que les autres ne font pas comme elle, elle se fâche, les traite de barbares, d’anti-progressistes et est prête à violer son humanisme pour envoyer son armée les bombarder… Elle impose sa vision à tous et appelle ça universalisme.

C’est intéressant dans la mesure où nous assistons en Afrique à des résistances farouches. Elles sont malheureusement dirigées contre les traditions africaines par les Africains eux-mêmes. Aujourd’hui, il devient évident que cette décadence de la culture africaine n’est pas seulement l’œuvre des blancs. Les Africains ont pratiquement pris le relais dans la diabolisation orchestrée par les missionnaires.

Par ce relais réussi, on parle même déjà de « christianisme africain » en opposition au « christianisme européen » ou occidental. Ces Africains ont pris le relais des missionnaires blancs. Ils ont d’ailleurs réussi à faire taire la diabolisation en introduisant l’inculturation. C’est un processus qui consiste à adapter les religions importées aux cultures locales. Le chrétien Samuel K. Ada le démontre d’ailleurs à suffisance :

Nous pouvons, dès le début de l’évangélisation en Afrique, parler de christianisme africain malgré la forte et influente présence du christianisme occidental dans les communautés naissantes; une raison et un fait historique nous en donnent la conviction. La raison est qu’aucune église ne peut naître en un lieu s’il n’y a pas une rencontre véritable et profonde entre le message évangélique et les divers éléments constitutifs de la société de ce lieu : culture, religion, institutions et vie politiques, économiques et sociales… Un message importé, aussi admirable soit-il pour les porteurs, s’il ne rencontre pas d’éléments récepteurs de la société où il est annoncé, sera pour les destinataires un message vide de sens et de vie. Le fait historique est l’important et indispensable rôle joué par les chrétiens autochtones (laïcs et pasteurs) dans la naissance et la croissance des églises en Afrique.

Et après ces funérailles, la suite c’est quoi ?

Oui, il faut le dire, les colons missionnaires évangélistes blancs ne sont pas venus en Afrique pour sauver les Africains. Je me refuse d’y croire désormais. Ils sont venus nous tromper, nous amener à détruire notre patrimoine culturel en protégeant les leurs. Comme d’habitude, ils n’ont qu’un seul argument. Ils ont réussi à faire avaler aux Africains que « Dieu est universel ». Aujourd’hui, on parle de « universalité du christianisme » comme le fait avec brio le chrétien Samuel K. Ada pour magnifier la diversité des formes du christianisme. Et je leur pose toujours la question de savoir qui leur a dit que la tradition africaine est contre Dieu ?

Pour justifier cette diversité, Samule K. Ada affirme que « Dans la pluralité des formes du christianisme, il appartient à chaque communauté de saisir comment s’opère pour elle la rencontre entre l’Evangile et sa culture ». Sauf que les Britanniques, que le monde a observé depuis 12 jours, n’ont pas eu besoin de cette rencontre entre l’Evangile et leur culture. Ils ont leur religion qui est l’Eglise anglicane dont la reine Elizabeth II fut le pape, comme le roi Charles III l’est également.

Le lavage de cerveau des Africains par les colons missionnaires a vraiment réussi. Comme exemple, les noirs continuent de penser la sorcellerie, la barbarie et les superstitions sont d’origine africaine. Les Africains, émotifs par nature, ont appris à lire la Bible avec le cœur et non avec la tête. En tous les cas, la bataille ne fait que commencer.

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Auteur·e

tkcyves

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