Yves Tchakounte

L’hypocrisie et l’orgueil démesuré des chrétiens (2)

desous… Il est courant de voir ce chrétien mener une vie au-dessus de la moyenne. Il oublie justement qu’il a une vie privée à gérer, des ressources familiales à conserver pour le bien de tous. Il est obnubilé par des promesses fallacieuses et est prêt à demander la bénédiction pour la bonne marche de son business alors que…

… Ses employés n’ont pas de salaire depuis des mois

Comme il m’arrive souvent d’assister aux cultes les dimanches quand ça me chante, je rigole toujours devant des situations de pures hérésies. Parfois c’est un jour de culte spécial fait au nom d’une élite qui demande une prière pour le succès de son business, ou alors d’un simple culte qui se termine par la remise des dons pour la rénovation, la réhabilitation ou la construction d’un édifice pour, disent-ils, « le bon fonctionnement de la paroisse ». Parfois c’est la maison du pasteur qu’il faut construire, le forage à aménager, l’électricité ou la peinture à faire ou même la voiture du pasteur à acheter. Tout un tas de trucs dont les pasteurs ont l’art d’imager pour mener une vie douillet au détriment des pauvres ouailles. Généralement se sont des jeunes désespérés à qui on promet mont et merveilles par la grâce de Dieu et non pas par le combat pour affronter les dures réalités du chômage.

Pour être plus explicite, j’ai un jour eu l’honneur de voir un patron que je connais bien déposer en don un pactole de quelques millions alors que quelques jours ou quelques heures auparavant, les employés de sa PME faisaient du sit-in devant ses bureaux pour réclamer leurs salaires non payé depuis quelques mois. Un simple coup de fil à la police ou à la gendarmerie a réglé l’affaire en dispersant les grévistes par des intimidations du type : « troubles à l’ordre public ». Parfois même, le grand boss n’a pas besoin de ces forces de l’ordre. Il suffit qu’il brandisse une probable menace de licenciement du genre : « Si vous ne voulez plus travailler, démissionnez tous, j’ai plein de demande d’emplois sur ma table ». Cela suffit aussi pour que tout le monde se jette à la besogne craignant de se retrouver dans la rue un de ces quatre matin. Il va même jusqu’à corrompre les inspecteurs du travail qui vont à leur tour tenter d’intimider aussi les grévistes en brandissant les lois que lui seul sait manier malicieusement. Que faire sinon que de cesser le sit-in ? Dans une société où la corruption est érigée en vertu et où l’emploi est une mine d’or qui ne tient que sur un fil d’Ariane, le choix est vite fait : supporter et travailler même sans salaire. La situation pourrait changer un jour. On ne sait jamais. Pendant ce temps, les pasteurs sont aux anges et ignorent souvent que les dons qu’ils reçoivent sont les fruits du travail des pauvres qu’on a exploité pour venir faire le « m’as-tu vu ? » à l’église. Le pire est qu’il y a même des pasteurs qui le savent et ne se soucient pas de ceux pour qui ils servent l’église au point d’oublier même les enfants. Alors que…

… Jésus a montré lui-même l’exemple

Raphaël est un petit garçon de six ans. Toujours jovial comme personne n’aurait imaginé. C’est le fils du voisin, Marcel, pour qui j’ai un profond respect de par sa stature de magistrat. L’assiduité aux activités paroissiales a fini par rapprocher ma famille et quelques voisins les plus proches. Rapha, de son petit nom, est un habitué des visites inopportunes. Chez nous, il est devenu presque un enfant de la famille. Même chez d’autres voisins, c’est pareil. Un jour de l’après-midi très ensoleillé, allongé à même le sol pour ressentir la fraîcheur des carreaux, je suis surpris par un cri trident provenant de chez Marcel. Ce cri ne m’était pas habituel depuis que j’habite ce quartier résidentiel de Douala. Je viens aux nouvelles et j’apprends curieusement que Rapha pleure pour un poisson braisé qui lui a été refusé. Que s’est-il passé ?

Comme d’habitude, Rapha a atterri par hasard chez un voisin, le prénommé Benoît. Celui-ci avait eu la visite surprise du curé de la paroisse du coin. Lors du déjeuner servi à son hôte, il a fait fi de remarquer la présence du petit garçon qui observait tranquillement. Nul doute qu’il espérait quelque chose. Après que le pasteur ait vidé tout le couvert, sans oublier la bouteille de vin rouge qui était bien au frais, Rapha est sorti et a donc déclenché ce cri qui m’a fait sursauter. Il hurlait et courait dans tous les sens. Dès qu’il arrive à la maison, sa pauvre maman veut s’enquérir sur ce qui arrive à son fils en vain. Olivier, le fils de Benoît, qui suivait Rapha dans sa course folle, débarque aussi et crie à tue-tête en s’adressant à son copain de voisin en disant : « Rapha, vient, papa t’appelle. Viens manger » et au pleurard de répondre avec une colère démesurée : « Laisse-moi, laisse-moi ». Sur le coup, tout le monde a compris ce qui s’était passé. Il a fallu l’intervention de Benoît qui a plutôt choisi de venir lui-même avec un plat bien garni pour calmer le petit Rapha qui, selon moi, avait raison.

Ces attitudes banales sont loin d’être anodines et cette manie de réserver les choses les plus juteux aux hommes de Dieu est récurrente chez les chrétiens. Une sœur aînée pour qui j’ai le respect pour son engagement dévoué et passionné à la religion catholique a désormais pris le plaisir de recevoir les hommes de Dieu chez elle en les mettant au petit soin. Je ne suis pas contre le fait de réserver ce qu’on a de meilleur dans son grenier aux hôtes qui vous sont chers. Il serait inutile d’attendre la bénédiction du Très Haut si vous êtes incapables d’accorder à vos proches la même attention. Le pasteur qui mange en présence des enfants et qui ne les invite pas à sa table est-il digne d’être considéré comme un homme de Dieu ? Pourquoi les chrétiens pensent-ils naïvement que Dieu bénira cet acte aussi ignoble ? Pourquoi sont-ils si aveuglés par cet homme de Dieu qui n’est d’ailleurs qu’un simple homme ? Pourquoi pensent-ils que la bénédiction du pasteur qui a bien mangé et bien bu les amènera tout droit au Paradis, s’il existe même ? La réponse à ces questions, est toute simple. Elle se trouve dans notre histoire. Oui, oui, encore l’histoire coloniale. Elle nous suit et nous suivra toujours, coûte que vaille.

Le mythe de l’homme Blanc, homme tombé du Ciel

Je me rappelle d’une histoire que nous avaient contée mes instituteurs de l’école primaire et qui faisait allusion au nom que les autochtones Douala et premiers à avoir aperçu les Blanc dans un bateau donnaient à ces étrangers. Ces paysans prirent d’abord peur et avec le temps, et par naïveté, ils se rendirent compte que ces hommes à peau blanche étaient des hommes extraordinaires, des « hommes de l’eau », après ils les appelaient des « hommes tombés du Ciel ». Cela est compréhensible surtout pour ces paysans qui n’avaient jamais imaginé qu’il existe des êtres humains de peau blanche, encore moins des êtres humains qui pourraient venir de l’autre côté du fleuve. Cette situation a heureusement été favorable à ces blancs donc l’objectif était justement de dompter ces paysans en leur donnant l’impression d’être vraiment des hommes exceptionnels. C’est de cette manière que les prêtres catholiques ont réussi à pénétrer les contrées les plus reculées pour s’implanter. Ces pasteurs n’ont donc pas fait de miracle pour extorquer, oui je pèse bien mes mots, extorquer des centaines d’hectares de terrains aux camerounais qui pensaient et pensent toujours bien faire. Pas de surprise donc à constater que, après l’État, les catholiques sont les plus grands propriétaires fonciers. Pourtant l’accès dans les écoles, les dispensaires et autres dont les capitaux viennent des dons et des dîmes des chrétiens et des des paysans, n’est pas du tout gratuit. Je vous fais fi de toutes les conséquences néfastes que cette religion a faites et continue de faire au Cameroun, et même en Afrique. Cet esprit de supériorité de l’homme en soutane demeure ancrer dans les esprits jusqu’aujourd’hui à tel enseigne que le mythe de l’homme Blanc a traversé les frontières de la race pour que même les Camerounais se confondent dans la nasse pour être considéré, à la limite, comme des demi-dieux.

Ces pasteurs et églises ont toujours bénéficié des privilèges à n’en point finir et qui s’avèrent aujourd’hui être la source des frustrations de certains fidèles qui pensent que ces pasteurs des religions chrétiennes ne sont simplement que des escrocs qui utilisent la naïveté des uns et l’hypocrisie des autres pour assoir leur hégémonie de la philosophie judéo-chrétienne.

… et le mythe de la croyance judéo-chrétienne

L’hypocrisie la plus criarde des chrétiens Camerounais demeure dans les pratiques religieuses qui veulent que le chrétien ne doit, en aucune façon, se plier aux injonctions de la coutume ancestrale qui est considérée comme des pratiques sataniques. A la lumière du billet d’un petit écolier qui emmerde les chrétiens, je me souviens avoir entendu de la bouche d’un pasteur au cours d’un culte que le bon chrétien ne doit pas se mettre au service des rituels traditionnels comme « le culte des crânes » comme le fait le peuple Bamiléké de l’Ouest du Cameroun. Pourtant, beaucoup de chrétiens le pratiquent le jour comme la nuit, au vu et au su de tout le monde. Certaines élites qui se disent chrétiens sont des notables de la cours royal de leur village d’origine. Que va-t-on alors dire du Roi qui est lui-même un chrétien alors que les lois coutumières stipulent qu’il est le gardien de la tradition ? Que vont devenir ces religions africaines qui se voient délaissées, je dirais même hantées par ceux qui sont supposés les garder, les protéger ? Hypocrisie, comme tu nous tien.

Tchakounté Kémayou


L’hypocrisie et l’orgueil démesuré des chrétiens (1)

dyn003_original_350_234_pjpeg_2623717_2ae56e93d3e67fef47120c7eae66f372Qu’il me soit ici permis, après une semaine pascale d’euphories et bien remplie et chargée de symboles bibliques, de condamner véhément ces contradictions récurrentes dans la vie quotidienne que mènent les chrétiens. Ces comportements qui ne dateraient pas d’aujourd’hui, sont malheureusement liés à cette tendance doctrinale qui inhibe toute rationalité pour laisser la place à l’émotion. Selon la Bible, Dieu -le créateur du Ciel et de la Terre et même de l’Univers- nous a créé à son image et nous a doté du libre arbitre. Quel est le sens que nous devons alors donner à nos actions ? En d’autres termes, quel doit être le mobile de nos actions, ou encore qu’est-ce qui doit commander nos actions : Dieu ou la pensée ? La réponse à ces questions paraît évidente chez les chrétiens pour qui c’est la spiritualité qui sauve l’âme. Elle est donc libératrice. Mais, paradoxalement…

…« Si vous cherchez le meilleur endroit où règne la dictature, aller dans les églises »

Il faut d’emblée signaler que le présent billet vise en général toutes les religions sans distinction même si ce sont les chrétiens et plus particulièrement les catholiques, les protestants et les nouvelles églises dites de réveil, les enfants d’un même père bien qu’ayant les mères différentes, qui vont faire l’objet de ma diatribe. Il s’agira pour moi de dénoncer avec force des attitudes quotidiennes qui ont l’air d’être banales et dont les conséquences allient, à la fois, de l’indifférence au mécontentement, de la pitié à la frustration et de la déception à la démission voire à l’athéisme total des partisans invétérés de l’esprit critique. Ne peut-on pas alors rejoindre K. Mars pour qui « la religion est l’opium du peuple » ?

Ces actes banals et quotidiens révèlent au grand jour comment la spiritualité est opposée à la rationalité. Quel est même ce Dieu des chrétiens qui interdit à ses créatures de mieux le connaître ? En d’autres termes, comment peut-on le connaître sans raisonner ? A quoi servirait la raison dont il nous a fait grâce pour affronter les défis spirituels en ces temps modernes où les dangers peuvent se retrouver même dans des endroits les plus insoupçonnés ? Pour couper court à ces lancinantes interrogations, j’ai fini par comprendre, sans être prétentieux, les raisons pour lesquelles la religion est devenue le lieu où se cachent les gens malintentionnés. C’est là tout le fondement de la religion, à mon avis. C’est aussi ici que les concepts d’extrémisme et de terrorisme, avec les dernières actualités à l’Université kényane de Garissa, trouvent toute son importance. Cette rationalité qu’on interdit en milieu religieux, est probablement, la source de l’extrémisme dont les conséquences, à la lumière de Guillaume Djondo dans un billet fort captivant intitulé « L’amour, moi et la foi », trouvent leur nid dans l’intolérance :

Aucun droit de réponse, aucun droit de critique, aucun droit de soulever le voile sur des contre-vérités, aucun droit de contester les décisions qu’on vous impose, aucun droit de se soustraire aux cotisations même si vous n’en avez pas les moyens. Bref… Il n’y a aucun droit existant. Il n’y a que des devoirs dans les ministères. Ce qui est regrettable, c’est que ces façons de museler les fidèles les abêtissent, leur ôtent tout discernement, les rendent fanatiques.

On est prêt à tout pour l’église au nom de Dieu au point, non seulement, de se donner la mort, mais pire de la donner aux seùblables au nom de celui dont on est sensé servir.

Les plaies sociales sont tellement profondes à tel enseigne que la solution la plus efficace et la plus urgente ne viendra pas seulement en amont comme l’a si bien souligné fort opportunément Jean Hubert dans « Kenya : nouvelle folie des shebabs, 147 morts », mais aussi en aval dans le changement des comportements des ouailles par l’éducation ou la formation de ce que j’appellerai « Le nouveau type de religieux ». L’objectif de ce billet n’est pas de développer toute une théorie philosophique sur cette problématique, mais de présenter, comme les sociologues savent si bien le faire, quelques exemples non exhaustifs de comportements atypiques, caractériels et contradictoires qui m’horripilent au plus haut point quand j’y pense en cogitant sur les maux de notre société. Mais, avant d’y arriver, un petit mot sur le concept du sacré.

Les ministres de cultes sont-ils des hommes ordinaires ?

Pour répondre à cette question, je vous propose une autre qui faciliterait mieux ma démarche : La religion chrétienne est-elle une institution sacrée ? Sans hésiter, la réponse est toute simple comme la question elle-même : Oui, puisqu’elle est divine, comme toutes les religions, d’ailleurs. En même temps, qu’allons-nous dire du mariage ? Qu’il n’est pas aussi sacré ? Pourtant, il l’est, justement. Pourquoi la religion chrétienne s’opposerait-elle à la rationalité alors que dans le cas du mariage, il revient à chacun de choisir librement, en toute âme et conscience, son ou sa partenaire, son régime matrimonial, son lieu de domicile, le nombre d’enfants, etc. ? Bref, sauf si je me trompe, je ne trouve pas de décisions prises dans le cadre du mariage et qui ne feraient pas appel à un jugement de valeur, petit soit-il.

En Afrique, et peut-être aussi ailleurs, la religion est donc, par excellence, un domaine sacré où ceux qui tiennent le rôle de guides des ouailles, de ministres de culte chez –peu importe le nom qu’on donnerait à ces gens que j’appelle des prédicateurs– sont considérés comme des hommes infaillibles, pour ne pas dire des hommes « parfaits ». Cette règle, ou mieux cette coutume qu’ont des églises de considérer les affaires de Dieu comme des choses taboues, des choses auxquelles aucune opinion n’est permise, me laisse toujours perplexe. Les hommes de Dieu, les ministres de cultes, les pasteurs, ou les prêtres ont toujours été ces personnes à qui une âme en peine ou un secret peuvent être confiés sans crainte et pire encore des personnes à qui tous les privilèges, du plus luxueux aux plus sacrés, sont accordés parfois au détriment de ceux pour qui leur mission pastorale doit s’exercer. Et cette question qui est toujours restée sans réponse me hante l’esprit chaque fois que je cogite : la religion confère-t-elle ses attributs de sacré aux hommes qui les dirigent ? Autrement dit, les hommes de Dieu sont-ils des personnes moins infaillibles que les hommes ordinaires ? Pour faire simple, prenons la citation célèbre d’un philosophe qui disait à juste titre : « Les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel » et faisons maintenant une digression et nous obtenons la citation suivante : « Les hommes sont faillibles, les pasteurs sont des hommes, donc les pasteurs sont faillibles ». Même comme cette vérité paraît évidente pour tout le commun des mortels, pour les chrétiens par contre, dans les faits, ce n’est pas du toujours le cas.Tenez par exemple : le verset biblique selon lequel…

…« Qui donne aux pauvres prête à Dieu »…

… Ne trouve pas toujours un écho favorable chez ces chrétiens qui préfèrent tout donner, même leur vie, au pasteur au nom de l’église, donc de Dieu. Pour les habitués des milieux chrétiens comme moi, il devient très courant d’être confronté aux comportements et agissements de ceux dont la prétention est d’être plus juste. Les chrétiens ont rarement cette culture de la distanciation de leurs activités religieuses avec celles liées à leur vie professionnelles et familiales ou privée. La confusion est telle que la religion devient une priorité pour eux. Loin de moi la prétention de les juger, mais juste que ce comportement donne à penser que secourir un malade, un orphelin, un handicapé ou soutenir un jeune ambitieux qui veut sortir du chômage ou je ne sais qui d’autres, est moins important que donner la dîme à l’église.

Un chrétien aisé aime se faire courtiser par ceux qui ont besoin de son coup de pouce. Cet orgueil malicieux semble faire son affaire car ça lui donne l’impression d’être un homme important voire indispensable. Au lieu de s’en tenir à ce confort psychosociologique que lui confère la théorie des besoins de Maslow, il en profite par exemple pour montrer son muscle buccal par un coup de gueule à son jeune frère cadet venu solliciter son soutien :

Tu crois que je ramassage l’argent-là ? Vous les jeunes d’aujourd’hui, vous ne voulez rien faire et vous croyez que la vie est facile ? Lorsque grand-mère était hospitalisé tu n’as pas eu le temps de lui rendre visite et comme si ça ne te suffisait pas, tu as bouffé son argent de tontine qu’elle t’avait supplié d’aller remettre à sa copine. Voilà encore sa tension qui a recommencée depuis l’autre jour, tu es même au courant ? Brice (le fils de l’homme chrétien, ndlr) a appelé hier pour dire qu’il faut renouveler sa carte de séjour en France et sa rentrée académique me coûte 2 millions de Fcfa chaque année… On ne voit ta grosse tête que quand tu as besoin de sous. Fainéant. Quitte devant moi. Ne t’hasarde même plus à m’approcher. Sorcier.

Bref, tout un tas de trucs blablablas dans le but de rabrouer le pauvre petit qui finit par comprendre qu’il a cogné à la mauvaise porte et qui, le dimanche suivant, est surpris de voir ou d’entendre les nouvelles selon lesquelles son frère aîné qui se plaignait de manquer des sous a fait un don au pasteur. On refuse le soutien à ce jeune parce qu’il a commis des fautes graves comme si le pasteur ne pourrait être coupable de rien. On ferme les yeux sur les fautes graves du pasteur qui rackette sous le couvert de l’église mais on les ouvre pour voir celles de son frère, son voisin, l’inconnu et je ne sais qui d’autres. Des comportements de ce type sont légions et je suis chaque fois amusé de voir des scènes spectaculaires où un chrétien donateur s’exalte et s’exhibe devant l’autel pour que le public sache que c’est lui qui a donné plus ou encore c’est lui qui est le préféré du pasteur. Celui-ci, à son tour, ne tarde pas à prendre le micro pour lui rendre la politesse en l’élevant par des louanges à travers un message que seul un escroc a le secret : « Chers frères et sœur en christ, voici un homme exemplaire. Faite comme lui pour mériter la grâce du Seigneur ». Et pourtant…

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Tchakounté Kémayou


Nigeria : la leçon de Jonathan à Laurent

Pour la première fois dans l’histoire, la plus grande puissance économique africaine vient de connaitre une alternance politique démocratique : un président en exerce est « chassé » du pouvoir par les urnes. Cette alternance qui est la chose la moins partagée en Afrique est saluée par beaucoup d’observateurs.Le désormais ex-président du Nigeria vient d’administrer, comme rarement savent le faire ses pairs africains, une leçon mémorable à ceux-ci qui pensent qu’une défaite est synonyme du chaos, de fin de l’existence.

Au fait, selon les décomptes officiels provisoires proclamés par la Commission électorale indépendante du Nigeria (INEC), le candidat de l’opposition coalisée, Muhammadu Buhari est élu président de la fédération dès le premier tour. Il a réalisé une confortable avance face à son principal rival, le président sortant et candidat du PDP, parti au pouvoir, Goodluck Ebéllè Jonathan qui est même déjà ridiculisé dans les réseaux sociaux par les partisans de Laurent Koudou Gbagbo pour avoir soutenu l’adversaire de celui-ci lors de la crise post-électorale ivoirienne. En effet, les partisans de l’ex-président ivoirien polluent l’air avec cette boutade selon laquelle leur leader, à la suite de son arrestation, avait prédit la chute de ses pairs détracteurs en ces termes : « Si je tombe, vous tomberez aussi ».

Depuis hier matin, des Elders (un groupe d’anciens chefs d’État africains) conduits par l’ancien président ghanéen John Kufuor, a rencontré plusieurs fois le président sortant. Objectif : lui faire admettre le verdict des urnes dont les tendances officieuses le donnaient déjà largement perdant. Les démocrates africains, en le faisant, espéraient que le président Goodluck se montrerait à la hauteur de sa responsabilité d’homme d’Etat en acceptant rapidement le verdict des urnes pour éviter à ce grand pays des violences post-électorales. Ce qu’il n’a d’ailleurs pas manqué de faire.

En reconnaissant dès le 1er tour la victoire de son adversaire, Goodluck Ebéllè Jonathan, au contraire de Laurent Koudou Gbagbo, entre positivement dans l’histoire des jeunes démocraties africaines. Nombreux sont les Camerounais qui, adeptes des leçons aux autres, sauf dans leur propre pays, essaient de racheter une bonne conduite à Laurent Koudou Gbagbo. Malheureusement, ils doivent se rappeler les similitudes des parcours présidentiels des deux dirigeants de ces deux États qui semblent mieux les intéresser que le sort du leur propre pays.

Jonathan-Buhari

Laurent Koudou Gbagbo et Goodluck Ebéllè Jonathan étaient quasiment arrivés au sommet du pouvoir d’État par défaut. L’Ivoirien, à la suite d’une élection présidentielle calamiteuse où l’essentiel de l’opposition (RDR et PDCI), exclue par un militaire félon, le feu général Robert Guei, l’avait néanmoins soutenu pour qu’il prenne le pouvoir par la rue, avec le soutien du gouvernement socialiste de Jospin. Le second, Goodluck Ebéllè Jonathan, arrivé accidentellement à la suite du décès en cours de premier mandat du déjà malade président élu Umaru Yar A Dua, installé par le général Obasanjo, le fondateur du PDP, au détriment de son propre vice Atiku Abubakar qui s’était ligué contre son projet de modifier la Constitution pour un 3e mandat, n’a jamais eu, de même que Koudou Gbagbo toute la légitimité qu’une élection propre comme celle d’aujourd’hui confère.

Ainsi l’un et l’autre se sont vus contester violemment, par des oppositions à la fois politiques et armées notamment les Forces nouvelles de Guillaume Soro et le RDPH en Côte d’Ivoire et Boko Haram de Yusuf puis Abubakar Shekau et l’APC au Nigeria. Mais à la différence du boulanger d’Abidjan, le démocrate d’Abuja ne s’est pas servi de la guerre qui lui était imposée pour tenter de renvoyer éternellement les élections et ainsi s’accrocher au pouvoir. Tandis que Goodluck Ebéllè Jonathan reconnait sa défaite après seulement six ans de pouvoir, sans alléguer de fraudes éventuelles au nord du Nigeria dont une grande partie qui lui échappait a creusé la différence, comme le nord de la Côte d’Ivoire à Koudou Gbagbo (après 10 ans de présidence soit l’équivalent de 2 mandats de 5 ans chacun), ce dernier avait préféré demander à la Cour constitutionnelle de le proclamer vainqueur puis prêté serment à la hussarde alors même que la Commission électorale indépendante avait proclamé son principal adversaire, Allassane Ouattara (allié à Henri Konan Bedié et le PDCI arrivé 3e au premier tour) vainqueur à l’issue du second tour. S’accrochant, après son coup de force politico-électoral – un coup d’Etat constitutionnel – de décembre 2010 sur une prétendue demande de recomptage, Koudou Gbagbo dont l’essentiel des observateurs, qui l’avait vu perdre toutes les élections intermédiaires depuis son arrivée au palais de Cocody en 2000, s’était vu naturellement opposer une fin de non-recevoir par son adversaire Allassane Ouattara. En fait personne de sérieux, en dehors de ses partisans, ne croyait plus à sa parole ni à sa prétendue stature d’homme d’État. Il était simplement perçu comme un piètre manœuvrier qui ne mesurait pas le risque qu’il faisait courir à son propre peuple se servant de la crise politico-militaire durable, dont il était au moins en partie responsable (reconduction de l’ivoirité; adoption de la loi sur le foncier rural qui excluait les binationaux africains de la propriété foncière). Pis, il faisait en sous-main les affaires les plus sordides avec la France (contrats de gré à gré à Bolloré, Bouygues, et valises d’argent à Chirac selon l’avocat intermédiaire) et l’Occident tout en poussant les jeunes à attaquer violemment cette puissance pourtant alliée de toujours de sa Côte d’Ivoire.

Goodluck Ebéllè Jonathan, qui vient d’infliger une leçon de grand homme d’État non seulement aux prétendus politiciens africains et, mais plus particulièrement à Laurent Koudou Gbagbo, rentre ainsi dans l’histoire et coulera des jours paisibles au Nigeria comme ses prédécesseurs. S’il le veut, il peut continuer à s’engager en politique et se présenter à nouveau en 2019. Qui sait ? Si Buhari ne répond pas de manière satisfaisante aux nombreuses attentes sociales et sécuritaires du grand peuple nigérian, mais surtout si l’économie de ce pays ne se maintient pas au moins sur la pente ascendante sur laquelle Jonathan la laisse aujourd’hui, comme tous les peuples, très amnésiques en contexte de réelle démocratie, il sera toujours le bienvenu à Asso Rock Palace d’Abuja. Ce même scénario risque se produire avec un certain Nicolas Sarkozy actuellement en route pour le palais de l’Élysée en France.

Moralité : en contexte de véritable démocratie, il n’y a pas d’homme indispensable. A moins que le peuple, par son vote large, transparent et reconnu tel par les observateurs, n’en décide ainsi.

AGA


Je mange, donc je suis

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L’autre jour, en conversation avec un diététicien-nutritionniste, j’ai appris, avec beaucoup de peine à y croire, que plus de 70% de nos maladies sont dues à notre mauvaise alimentation. Tout de suite, j’ai pensé à la boulimie qui semble être, selon l’opinion collective, la marque déposée des africains. Les pauvres ont la mauvaise habitude de considérer qu’avoir le ventre plein est synonyme de bien manger. Que nenni. Mais plus grave encore, « ceux dont la qualité de l’alimentation est irréprochable mangent aussi mal, et très mal même » s’écrit-il.

Selon cet expert, si l’obésité est une maladie qui touche aussi bien les riches que les pauvres, c’est la preuve suffisante que la mauvaise alimentation n’est pas une question de richesse ou de pauvreté. Il faudrait aller voir le mode d’alimentation des gens. Ce qui est en cause, ce n’est ni la qualité ni la quantité d’aliments que chacun de nous consommons tous les jours. Ce qui est en cause, justement, c’est notre façon de manger. Il ne suffit pas de bien manger ou de manger beaucoup. Il suffit juste de savoir manger. Manger n’est donc pas un simple et banal geste biologique, c’est un phénomène de société. C’est même un fait cultuel et culturel. En ce sens, il devient même possible de définir une personne, un peuple par sa culture de l’alimentation. Et l’Afrique, plus particulièrement subsaharienne, a justement fait l’objet d’une étude qui a défrayé la chronique et a bouleversé le monde scientifique africain en son temps. Pour moi, cette question reste d’actualité.

La « politique du ventre » comme mamelle nourricière de la gouvernance

L’anthropologue français Jean-François Bayart, connu du grand public comme un africaniste pour ses travaux consacrés à l’Afrique subsaharienne, et notamment pour son ouvrage « L’État en Afrique. La politique du ventre », publié en 1989, a été l’un des premiers penseurs, avec le politologue Camerounais Achille Mbembe, à avoir théorisé le système de gouvernance des pays d’Afrique noire en le qualifiant de « l’afropessimisme par le bas ». Pour lui, « la politique du ventre » désigne ce système politique caractérisé par des fibres entremêlées de cooptations, de clientélismes, d’alliances, d’amitiés et de parentés qui malheureusement guident le mode d’accès au pouvoir et donc, à la richesse matérielle. La corruption est donc au centre des sphères du pouvoir politique en Afrique et contrairement à Bertrand Badié qui la considère comme une pathologie, Jean-François Bayart trouve plutôt qu’elle fait partie des mœurs, donc pour lui, c’est une normalité. Depuis les indépendances africaines, les hommes du pouvoir que Bayart appelle « les gens d’en haut », sont dans une logique de conservation du pouvoir. Pour ce faire, la corruption deviendra alors l’outil central de la gouvernance. Elle devient, par l’insatiabilité des « gens d’en haut », non seulement un moyen efficace pour la conservation de ce pouvoir mais aussi et surtout un moyen de reproduction, non de la classe sociale, mais de l’ethnie et se manifeste alors par l’achat des consciences.

Beaucoup, comme moi d’ailleurs, ont métaphorisé cette théorie pour montrer l’ampleur des dégâts de la dictature en Afrique subsaharienne. En effet, la pauvreté étant considérée comme la conséquence d’une mauvaise gouvernance du politique, est d’ailleurs vue comme un système bien pensé et bien huilé dans le but de créer, à dessein, un grand fossé entre les « gens d’en haut » et les « gens d’en bas », c’est-à-dire entre les hommes de pouvoir, les riches, et le bas peuple, les pauvres. Ceux-ci sont perçus comme du bétail électoral en temps opportun. Dans certaines situations, cet achat des consciences est donc une occasion, pour ces gens d’en haut, de gaver de nourriture ceux qui ne demandent que le pain quotidien. Affamé qu’ils sont, les gens d’en bas ne se feront pas prier pour se servir en chantant les louanges dédiés au donateur qui est justement le responsable de leurs maux. Au Cameroun, la politisation de l’ethnie a aussi ceci de fâcheux que les hommes du pouvoir vont toujours dans leur village amadouer les siens avec du riz, du poisson, les boîtes de sardine, des bouteilles de bière et quelques billets de banque pour avoir le soutien du peuple. En ce sens, la clochardisation du peuple a ceci d’avantageux que les gens du pouvoir n’auront qu’un seul effort à faire pour se maintenir au pouvoir : corrompre le peuple et ses leaders en bourrant leur ventre? C’est dans la même logique l’ancien Premier Ministre Simon Achidi Ashu faisait une boutade restée célèbre aujourd’hui et qui disait en langage populaire  « Politik na ndjangui » qui signifie « la bouche qui mange ne parle pas » ?

Des faits sarcastiquement drôles qui parlent d’eux-mêmes

Ce comportement politique a toujours été considéré par beaucoup d’analystes et de théoriciens de la politique comme des pratiques primaires qui ne conduisent pas le peuple vers la modernité et la modernisation. Ce peuple-là est ici considéré comme celui dont la vie n’est limitée qu’à la nourriture, ce par quoi on corrompt. Ainsi, l’abondance et la boulimie sont devenues des maître-mots du bien-être en Afrique. Le matériel et par ricochet la nourriture est cet outil qui gouverne la politique du ventre à tel enseigne qu’elle devient comme un objet précieux que tout le monde convoite : qu’on soit parmi les gens d’en haut ou ceux d’en bas. Au Cameroun, les moments de réjouissances dans une localité villageoise sont considérés comme des festins où les tables seront garnies. C’est l’occasion, pour les gens d’en bas, de se déporter vers les lieux et de prendre part aux festivités. Ici, l’invitation n’a aucun sens, ce qui importe c’est d’être aussi là où il y a de l’ambiance. Malheur à vous si vous avez prévu un vigile à la porte pour filtrer les entrées et anéantir les récalcitrants. Les plus courageux réussiront à s’infiltrer dans la salle tandis que d’autres vous garderont dent si ce n’est la malédiction qu’ils vous prédiront. D’ailleurs, beaucoup de camerounais aujourd’hui refusent d’aller au village en période de vache maigre de peur d’être victime d’une malédiction d’un vieillard qui ne serait pas content de ne pas recevoir un paquet d’un fils du terroir en provenance de la ville ou de l’étranger. Ne pensez donc pas que ceux qui s’invitent aux manifestations, comme le mariage, viennent pour les beaux yeux du couple marié. Ils bravent parfois la pluie, le froid, le contrôle des vigiles à l’entrée juste pour la nourriture. Au moment des repas, ils se servent à n’en plus finir. Ils mangent gloutonnement à tel point que qu’on aurait même cru qu’il mourrait de disette. Sans billet d’invitation, personne ne sait comment ces personnes réussissent toujours à s’infiltrer dans la salle. Les grandes villes comme Douala et Yaoundé ont connu, et connaissent même jusqu’à présent, ces phénomènes appelés vulgairement « les-je-m’invite » : ce sont ceux qui viennent aux mariages, aux anniversaires, sans jamais avoir été invité. D’ailleurs, ils ne connaissent même pas les concernés.

Curieusement, même les gens d’en haut ne sont pas en reste. Des témoignages crédibles me révèlent même qu’à chaque cérémonie de réception au palais présidentiel (Palais de l’Unité) à Yaoundé (Quartier Etoudi), certains billets d’invitation sont vendus au marché noir. Pourquoi ? Beaucoup de camerounais, hommes politique ou hommes d’affaires ambitieux, achètent à prix d’or ces billets pour accéder à ce somptueux palais présidentiel. Certainement vous me direz que c’est dans le but de décrocher un rendez-vous avec un ministre ou un ambassadeur difficile d’accès ou mieux, d’échanger des cartes de visite. Soit. J’ai eu plusieurs témoignages dignes d’importance que je me fais le plaisir de vous conter un seul. Le Prof Nga Ndongo, chef de département de sociologie à l’université de Yaoundé 1, lors d’un séminaire doctoral qu’il nous avait dispensés, racontait d’ailleurs cette anecdote qui frise le ridicule. Invité au palais présidentiel pour assister à la réception lors de la fête nationale un soir du 20 mai, il avait été bousculé et s’est retrouvé à plat ventre à même le sol. Que s’était-il passé ? Le Prof se trouvait, malheureusement, non loin d’un des nombreux buffets bien garnis pour la circonstance lorsque le maître de cérémonie a donné l’assaut pour l’ouverture du buffet. Convaincu que les gens d’en haut devraient se comporter comme des gens civilisés, il a été surpris par la bousculade qui est survenue à la suite de l’ordre donné par le maître en chef qui a soufflé : « Mesdames, Messieurs, Chers invités, veillez-vous servir s’il vous plaît ». Vous avez dit miracle ? C’est la bousculade que vous voulez voir ? Le Prof s’est remis debout. Toute honte bue, accompagné de son épouse qui le suivait, s’est dirigé vers la sortie avec la ferme promesse de ne plus jamais y revenir. « Nos dirigeants-là sont des sauvages à col blanc », nous a-t-il révélé en substance et avec beaucoup d’amertume. Pourtant c’est ce même professeur qui, quelque temps auparavant, avait fustigé cette thèse de « La politique du ventre » de Bayart pour dénoncer cette tendance d’enfantillage que ces théoriciens occidentaux veulent coller à l’Afrique noire. Comme Dieu sait faire ses choses… Le pauvre !

Qu’est-ce que la politique du ventre a à voir avec le problème d’obésité ? Me diriez-vous. C’est une lapalissade que de dire que la culture de la bouffe de quantité est pour l’Afrique ce que la bouffe de qualité est pour l’Occident. Cette culture n’est pas seulement liée à un simple exercice d’achat de conscience, mais elle est ancrée dans nos mauvaises habitudes alimentaires. En faveur de la mondialisation des échanges, nous pensions résoudre les problèmes de mal nutrition comme l’obésité par l’importation des produits dits de qualité venue d’Occident, justement. Malheureusement, cet Occident est aussi confronté à cette maladie ravageuse qui n’est que la conséquence de nos mauvaises habitudes alimentaires.

Que peut-on alors espérer pour l’avenir de l’Afrique ?

La réponse est toute dans l’aspect physique de nos enfants, sevrés de l’immédiateté qui nous reliait avec la nature dans notre passé rural mais aussi orphelins des attentions parentales dans les jungles que nous appelons villes où nos rejetons ont pour alimentation légion les conserves, contrefaçons que d’aucun trouvent “fashion ».

Nous nous cachons les réalités de notre quotidien en nous appuyant sur les valeurs que nous avons encore certainement (Solidarité et culture gastronomique par exemple) mais celles-ci sont travesties par la vie compétitive, le progrès et la frénésie qui nous ôtent du temps. Même l’alimentation traditionnelle a capitulé devant les adjuvants venus de l’étranger et nous lui volons du temps outre que de l’espace. La caractéristique bio qui faisait le charme de notre gastronomie a perdu du terrain. C’est vrai que nos aïeux ont eu le bonheur d’être agriculteurs et personnellement je ne me souviens pas avoir fréquenté des paysans obèses pour la simple raison que l’alimentation génuine qui caractérise leur environnement épouse bien leur activité qui est plus que du simple sport. “Villageois” et “vis-la-joie” sont des homophones qui décrivent avec charge poétique le doux bonheur du mariage de l’Homme et de la Nature.

Selon un rapport proposé l’an dernier par un avocat bénévole Camerounais et partagé sur la plateforme de discussions qui réunit le plus de ses compatriotes sur Facebook, il ne fait plus de doute que dans nos tournedos (Fast-Food à la Camerounaise), devenus véritables ventes de dégustations du bonheur-horreur, nous consommons avec appétit d’authentiques poisons, moisson de notre insouciance. Nos poissons sont fumés à la toxine des poubelles transformées en combustibles. Presque tous nos aliments sont importés : riz, poisson, farine, sel, sucre, levure, etc. Et les produits que nous cultivons ne sont plus bios à cause des engrais chimiques que nos paysans utilisent maintenant. Si nous ne prenons garde, nous perdrons les enfants avant les parents. Les ordures médicales sortent clandestinement des hôpitaux pour se retrouver dans nos chambres ou nos ventres en faisant escales à la cuisine ou dans la salle de bains. Chacun de nous sait les ravages que sont en train de faire les maladies que nous ne lisions que dans les livres des autres et qui, par la suite, ne se sont pas gênés pour nous envoyer les déchets toxiques que nous employons dans tous les secteurs (alimentaire, vestimentaire, habitat, énergie, électroménagers) avec la fierté de nous être modernisés.

Les gestes qui sauvent sont pourtant restés les mêmes et sont simples. L’attention et aussi la rigueur dans l’alimentation, le mouvement, les contrôles sanitaires, l’équilibre des heures de repos, la distance ente les heures de repas, l’abolition du grignotis, la rationalisation des ressources. Les bonnes mères ne sont pas celles qui gavent les enfants de chocolats et hamburger pour les envoyer à l’école brioches et chips dans le sac pendants qu’elles vont se coiffer ou encore meublent leur temps avec les feuilletons Brésiliens, Films Nigérians ou Ivoiriens. On trouve toujours du temps pour ses priorités et au sommet de celles-ci se trouvent les enfants qui sont un investissement pour le futur qui lui, commence aujourd’hui et ne peut se défaire de la santé, elle-même sujette aux meilleurs remèdes qui sont le savoir manger et l’éducation aux soins physiques.

En attendant que le chef de l’État fasse de ses vœux un programme rigoureux où il sera imposé à chaque citoyen de distribuer les calories qu’il consomme selon ses exigences sans plus et à chaque travailleur ou entreprise d’insérer dans son programme hebdomadaire du temps d’arrêt pour le sport avec contrôle strict dans nos écoles aussi pour en vérifier le respect scrupuleux, vous pouvez déjà vous considérer vous-mêmes comme votre meilleur coéquipier car je suis ce que je suis par mon mode d’alimentation, par ma façon de manger : je mange, donc je suis.

Tchakounté Kémayou & Mougoué Mathias LiønKïng

 


Moi, je serai polygame

Il ne se passe pas un week-end sans mouvements dans les rues de la capitale économique. Il est souvent courant d’apercevoir un cortège de voitures avec en tête une luxueuse berline, Lexus, ou limousine ayant à son bord deux jeunes mariés assis derrière avec des klaxons et des cris de joie qui les accompagnent. La cote du mariage est-elle en hausse à Douala ? La réponse paraît évidente. Mais, ce que les gens ignorent parfois, c’est qu’avant d’aboutir aux festins proprement dits, il y a quelquefois eu, en coulisse, une bataille féroce autour d’une question fondamentale qui, souvent, a fini par diviser le couple et les familles avec. Cette question, digne d’intérêt et que le maire demande toujours, est liée à l’option du régime matrimonial, nœud gordien des cérémonies nuptiales.

Les jeunes garçons qui se marient adorent tellement signer l’option « Monogamie », à la mode aujourd’hui. Il paraît qu’être monogame c’est entrer dans le monde de la modernité. C’est la mondialisation, quoi. Curieusement, en observant de très près, le jeune garçon qui choisit la monogamie était pourtant un opposant farouche à cette option pendant son célibat. Il avait l’habitude de crier au quartier à qui voulait l’entendre que pour rien au monde il signera, coûte que coûte, l’option « Polygamie ». Il faut vraiment le voir gueuler partout pour prouver sa grande fierté d’être capable de pouvoir gérer deux, trois voire quatre femmes à la fois. Il est souvent intéressant d’assister aux causeries de quartier où les garçons, pour démonter leur virilité et leur pouvoir de maso, s’évertuent à faire des bruits sur leurs conquêtes féminines pour s’en vanter. L’homme le plus fort est celui qui sait séduire plus de filles, qui est passé et repassé sur toutes les filles du quartier. Bref, celui qui peut les « embastiller ». Voilà où les gars bâtissent leur réputation. Et ainsi, il est célébré et anobli. Il est donc presque un héros.

Ce qui est bizarre pourtant, c’est la société qui ne dit rien sur cet écart de comportement de ces garçons. Au contraire, le garçon fidèle sera considéré, par ses paires, comme un homme faible et pas courageux du tout. Dans les bandes de copains, lorsqu’on vous dénie des meilleurs qualificatifs propres aux hommes, cela signifie qu’on vous renie votre identité. Alors, autant faire comme tout le monde pour « mériter » une place parmi les gens de « sexe fort ». C’est ce qu’on appelle « identité masculine » : il faut faire preuve de maturité. Il faut s’arrimer à la donne : celle de montrer que vous êtes capable d’affronter les épreuves de la vie, surtout celles de la vie de couple où il faut savoir affronter les crises liées aux dures réalités de l’infidélité. C’est avant la vie de couple ou le mariage que ça s’apprend, pas après.

Ce qui m’a inspiré pour la rédaction de ce billet, c’est justement cette interrogation autour de la tendance très récurrente qu’ont les hommes en âge de se marier, à faire le choix de la monogamie qui était pourtant considérée comme leur bête noire. D’où pourrait venir cette manie qu’a un homme de changer aussi facilement d’avis en prenant une décision qui reste quand même centrale dans la vie de couples mariés ? Et pourtant, il a passé tout son temps de jeunesse et de célibat à faire du bruit, à courir dans tous les sens pour dire haut et fort comment personne ne pourra l’empêcher d’être polygame. Il le dit avec une certaine ferveur qui peut faire frémir quiconque tenterait de l’en empêcher. S’il a la chance de trouver une épouse, l’engagement reste toujours le même jusqu’au jour du mariage où vous êtes surpris d’entendre le maire dire solennellement : « Régime monogamique ». C’est à cet instant précis que vous entendez des youyous dans la salle, pas pour féliciter les mariés justement, mais plutôt pour féliciter le jeune marié pour son courage. Oui, vous avez bien lu : de nos jours, signer l’option « Régime monogamique » au Cameroun relève du courage. Que s’est-il donc passé entre-temps pour que ce jeune marié qui hier était farouchement opposé à la monogamie, fasse subitement un revirement à 360° le jour de la signature de l’acte de mariage ?

Certainement et malicieusement, il s’est passé beaucoup de choses pour qu’on en arrive là. La première chose qu’il faut signaler ici ce sont les effets du miracle qu’un amour fort peut produire. Ne dit-on pas que « le cœur a ses raisons que la raison ignore » ? L’hypothèse la plus plausible est que le jeune homme soit « aveuglé » par l’amour à telle enseigne qu’il perd sa raison. Il arrive même que le jeune homme renie ses convictions au nom de cet amour qu’il croit contrôler, voire dominer.

La deuxième hypothèse plausible viendrait du fait que la femme, comme preuve d’amour, exigerait à son homme cette option. Comme le gars, aveuglé par l’amour, tient beaucoup trop à sa fiancée, pour le lui prouver et aussi lui faire savoir qu’elle est la seule au monde, il se croit plus malin que le lièvre en signant « monogamie ». Il oublie toujours, et malheureusement, que la femme est le seul être au monde qui ne perd jamais la raison, même au plus fort de sa jouissance. Quand elle sait là où elle peut vous « coincer » et surtout pendant que vous vous emportez, elle vous « calcule » et vous dépouille. C’est surtout sur ce piège où les acteurs ont souvent l’habitude de trébucher. C’est le jour où elle sait que l’homme n’est plus en possession de sa clairvoyance habituelle, qu’elle enfonce ce clou : « chéri, jure-moi que c’est la monogamie ». Et à lui de répondre en croyant être sûr de lui : « Je te jure chérie, c’est ta volonté qui compte pour moi ». Il vient là, lui-même, de signer sa peine de mort. Cette sentence va le suivre jusqu’au mariage. Il sera coincé et sera obligé d’être honnête envers lui-même lorsqu’il entendra : « Chéri, s’il te plaît, ne me déçois pas, tu me l’as promis ».

La troisième hypothèse plausible, c’est la pression de la famille de la fille. Cette situation a souvent lieu dans des familles pieuses où les parents de la fille sont des chrétiens pratiquants. Là, la monogamie, on ne badine pas avec dèh. La famille estime que l’option de la monogamie est un signe que le garçon est « sérieux ». Ça a toujours été un élément pour « juger » et « apprécier » les hommes qui viennent « toquer » à la porte ou demander la main de la fille. Il est vrai qu’il sera difficile pour les parents de la fille de savoir le choix du jeune garçon au moment de la dot. Le climat avec lequel l’homme sera accueilli chez sa future belle-famille, les discours et les messages codés que lui enverront son futur beau-père ou sa future belle-mère seront tels que le garçon sera intimidé. C’est une pression sournoise et mesquine parfois sur la forme de blagues ou de taquineries. De toutes les façons, le garçon ne fera aucun effort pour comprendre ce genre de message. Dans ce genre de situation, quelques jours, juste avant le mariage, le beau-père ou la belle-mère entretiendra le beau-fils pour savoir la décision qu’il a prise. C’est à ce niveau que la pression devient réelle. Les blagues, c’est fini. Malheur à celui qui fera semblant de ne pas comprendre. Il apprendra à ses dépens.

En quatrième hypothèse, l’environnement aussi y est pour beaucoup. Le « qu’en-dira-t-on » est un monstre froid qui est synonyme de celui-là qui vous observe et vous juge. Ainsi, l’opinion collective donne à penser que l’option « Polygamie » c’est pour les hommes incapables de se fidéliser à une femme ; incapables de maîtriser leurs instincts, incapables de stabilité psychologique, bref, c’est pour des hommes « voyous ». La fille, de son côté, veut prouver à ses copines qui ont eu le privilège de faire partie de la liste très serrée des invités qu’elle a réussi son mariage. Car, dit-on aussi, un mariage où l’homme a accepté l’option monogamique est un mariage réussi pour deux raisons : la première raison est que la mariée ne « partagera » pas son homme avec une autre femme et la seconde est qu’un mariage monogamique donnerait droit à l’option « Communauté des biens ». Alors, lorsque l’homme lui « appartient » à elle seule, c’est une sécurité psychologique et matérielle pour elle et ses futurs enfants. On ne sait jamais, il faut toujours prévoir le pire. Voilà pourquoi il y a toujours des « youyous » dans la salle lorsque le maire dit, pendant la lecture solennelle de l’acte de mariage : « Régime monogamique ». Pour féliciter l’homme et pour dire à la femme : « Tu as gagné le jackpot ». Et le contraire, « régime polygamique » suscitera des interjections telles que : « hum ! » ; « Ah ! », etc. Il y a comme une suspicion dans l’air comme pour s’interroger sur le sérieux de ce jeune marié : « pourquoi ne choisit-il pas alors la monogamie s’il aime vraiment sa femme ? », et la réponse apparaît donc évidente : « il semblerait qu’il a d’autres femmes dehors qu’il « gère » ».

Faites cette expérience comme je le fais souvent. Si vous avez la chance d’être invité à un mariage, allez à la mairie et pendant toute la cérémonie observez bien ce que je viens de vous décrire. Si le jeune homme marié a choisi l’option monogamie sous la pression et surtout à la dernière minute : son sourire est toujours un genre, un genre pour ceux qui savent lire les expressions profondes des visages de près ou de loin. Il fait toujours semblant d’être heureux alors que… On a souvent l’habitude d’attribuer à cette expression du visage le poids des dettes contractées pour l’organisation du mariage afin de faire plaisir à sa dulcinée. On oublie malicieusement cette question du régime matrimonial discutée d’abord en coulisses et qui relève souvent d’une bataille féroce. C’est l’une des coulisses du mariage la plus mouvementée et la plus discrète. Parfois, ça rejaillit dehors quand la situation est ingérable. Auparavant, j’avais maintes fois assisté à des mariages où le maire a été obligé de mettre fin à la cérémonie en invitant les deux familles à régler d’abord ce cas litigieux. Le mariage, dans ce cas, était annulé purement et simplement et les dégâts, vous en doutez bien, étaient farouchement énormes. Aujourd’hui, pour éviter des dégâts je jour du mariage, cette option est d’abord réglée avant la cérémonie civile.

Loin de moi de justifier la gamophobie des hommes par la monogamie. Ma petite expérience d’observateur averti me montre que quand un gars signe l’option « Polygamique » il est tout heureux et ça se voit. Pourquoi cette fâcheuse habitude de considérer le mariage comme une prison pour les hommes, comme une chaîne qu’il s’est nouée lui-même au cou ? C’est justement à cause de cette option monogamie que les hommes qui ne sont pas convaincus de son importance, choisissent. Voilà pourquoi le mariage a toujours été considéré comme le jour le plus merveilleux pour la femme et non pour l’homme. Vous me voyez en train de me mettre une chaîne au coup ? Non. La solution efficace que j’ai trouvée pour éviter cette chaîne, c’est justement en signant la polygamie qui donne la trouille à beaucoup de femmes. Ça représente pour moi une épée de Damoclès dont le message à ma future femme serait : « Tu as intérêt à ne pas être possessive » ou encore : « Tu n’es pas indispensable ». En polygamie, il n’y a pas de « communauté de biens » et c’est une victoire pour l’homme, car ça limitera les ambitions démesurées de la femme. Si vous voulez, prenez ça comme un chantage, cela m’est égal.

Une femme qui connaît bien son gars et qui sait le garder n’aura aucunement peur de la polygamie. Avis donc à toutes ces femmes qui pensent que « signer l’option polygamique signifie que l’homme aura forcément une deuxième femme » ou encore que « signer l’option monogamique signifie forcément que l’homme n’aura pas d’amandes et d’enfants naturels », c’est se donner de la peine pour rien. Je n’aimerais pas que ma famille vive ce spectacle désolant que je vois chez mes voisins quand après leur décès, le partage des biens se fait au tribunal parce que les enfants naturels sont venus réclamer leur part. Vous voyez où l’hypocrisie peut mener ? Autant laisser le marié choisir, sans pression, l’option qui lui sied au lieu d’être monogame en entretenant des amandes. Autant aussi le dire pour prévenir les casse-pieds, ma décision est déjà prise : « Moi, je ne suis pas hypocrite, je serais polygame ».

Tchakounté Kémayou


Santé : Une sécurité sociale au Cameroun est-elle (encore) possible ? (2)

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Les résultats de la commission Abolo Mbendi créé par le chef de l’État pour trouver l’équation de la sécurité sociale maladie au Cameroun restent attendus. Dans l’exposé de Basile Ngono qui propose l’adoption d’une loi des finances sur les externalités négatives inspirée par Pigou en vue de financer la santé au Cameroun, beaucoup de griefs ont été soulevés quant aux compétences disponibles pour gérer ces fonds. Pour avoir une idée précise sur les fondements de la théories des externalités de Pigou, un détour sur le précédent billet est un préalable avant de lire la suite ici consacrée aux implémentation des nouvelles taxes et à leurs effets pervers.

Les mesures d’application et le système de recouvrement sur les externalités négatives

Tant qu’il y aura la vie, il y aura des produits polluants et la sécu sera financée. Il n’est point ici question de prôner l’État providence car l’État n’assume rien, sinon en partie. Ce sont les pollueurs qui prennent en charge la santé de la population. Ainsi, au bas mot, on prévoit 4 milliards de Fcfa de prélèvement pour financer la sécu et dans l’intuition fondamentale, le gouvernement devait y contribuer à hauteur de 2 milliards de Fcfa. Les taxes pigouviennes ne sont donc pas comme les autres. C’est un moyen efficace et efficient de s’attaquer à des problèmes majeurs tout en fournissant des rentrées fiscales pouvant être utilisées au choix pour baisser les impôts, équilibrer le budget, rembourser la dette ou augmenter les ressources allouées à la santé, à l’éducation ou au transport collectif ?

Que taxe-t-on réellement ? On taxe les sociétés et les produits dangereux pour financer la santé des pauvres et ceux qui sont nantis se prennent eux-mêmes en charge. L’exemple type des externalités négatives sont celui des dommages environnementaux causés par l’exploitation des ressources ou par l’activité manufacturière : les usines brassicoles et de tabac. Étant donné les diverses pathologies qu’elle génère, la mauvaise alimentation constitue aussi une externalité qui contribue au gonflement des coûts du système de santé. Ainsi, une étude fort remarquée parue récemment dans le journal JAMA Internal Medicine concluait que la surconsommation de sucre augmente sensiblement la probabilité de mourir de maladie cardiaque (« Addedsugarabundant in U.S. dietslinked to death », Reuters, 3 février 2014). Cette étude n’était que la dernière d’une longue série qui a mis en lumière les méfaits du sucre, non seulement en ce qui concerne les maladies cardiaques, mais aussi l’obésité, le diabète, les troubles de l’attention et le mauvais état des dents, entre autres. La même logique pourrait s’appliquer aussi à la consommation excessive de sel, à laquelle on associe non seulement l’hypertension artérielle, et donc les accidents vasculaires cérébraux (AVC), mais aussi l’ostéoporose, l’insuffisance rénale et des problèmes dermatologiques. Or les consommateurs désireux de limiter leur consommation de sel se trouvent devant une mission quasi impossible, tellement celui-ci fait maintenant partie intégrante de la grande majorité des aliments vendus en épicerie. Comme Dieu, le sel est partout : dans le pain, le fromage, les viandes froides, les conserves, les céréales à déjeuner et, évidemment, dans les plats préparés.

Le but recherché de ce système est clair : le résultat probable de l’imposition d’une taxe pour compenser les nuisances générées est que l’exploitant devra augmenter ses prix et réduire ses activités. Une taxe bien calibrée aura pour effet que le gain de bien-être des tiers fera plus que compenser la perte de bénéfice subie par l’exploitant. Les recommandations de Pigou permettent aux gouvernements de faire d’une pierre deux coups en instaurant des taxes qui contribuent à la fois à l’équilibre des finances publiques et à la solution des problèmes sociaux ou environnementaux préoccupants : Instaurer une taxe visant à réduire les émissions de gaz carbonique à l’origine des changements climatiques. Comme l’a rappelé récemment le Groupe intergouvernemental d’Experts sur l’Évolution du climat (GIEC), si rien n’est fait pour endiguer la progression de ces émissions de carbone dans l’atmosphère, des conséquences dramatiques risquent de survenir par suite de la rareté de l’eau potable, des rendements réduits de l’agriculture, des pêcheries et de la multiplication des événements climatiques extrêmes.

La mal gouvernance au centre de l’inefficacité d’une sécurité sociale pigouviènne

Ces nouvelles taxes inspirées par Pigou et proposées par Basile Ngono ne sont pas exemptes de limites. Elles ont fait l’objet des critiques qui soulèvent de multiples effets pervers. La première contradiction relevée dans ce système de financement de la sécurité sociale n’est pas, comme le soulignerait quelques-uns, le revirement à l’État providence, car pour Pigou l’argent ne viendra jamais de la poche de l’État. Ce sont les entreprises polluantes qui seront, par un mécanisme de taxation, soumises à financer la santé publique. La question ne se poserait donc plus sur la provenance de l’argent. Il n’en demeure pas moins vrai que, les entreprises trouveront aussi des stratégies moins contraignantes pour ne pas subir les coûts supplémentaires de la production. La nécessité, pour elles, de trouver des mécanismes d’adaptation de sa comptabilité aboutira, à coup sûr, à l’imputation de ces coûts supplémentaires sur le prix de la production. Ainsi, il faut éviter de jubiler trop tôt, car : 1-offrir les soins de santé gratuits sans faire de coupes dans les autres services publics et sans alourdir le fardeau des contribuables risquerait d’être un leurre si, 2-L’État organise lui-même les prélèvements sur des secteurs comme les brasseries, les industries de tabac, les exploitants forestiers, les vieilles voitures et les industries polluantes foncièrement capitalistes.Pour me répéter en français facile, cela veut dire que pour financer la sécurité sociale maladie, il faut prendre l’argent quelque part : les entreprises et les produits polluant. Ces entreprises polluantes imputeront ces dépenses-là à quelqu’un, et donc aux contribuables à partir des produits vendus ou en réduisant par exemple leurs charges sociales. En conclusion ces entreprises vont tout faire pour compenser ces nouvelles taxes quelque part : les consommateurs.

La deuxième limite repose inévitablement sur les questions de la bonne gouvernance. Cette limite, que semble botté en touche Basile Ngono lui-même pour la simple raison qu’il n’y a que des imbéciles qui ne changeraient pas, ne doit pas être prise à la légère. Si le gouvernement mettait en application ne serait-ce que le quart de la loi existante cadre sur l’environnement (loi N° 96/12 du 5 Août 1996) notamment le principe du pollueur-payeur qui ne sont pas trop loin des externalités pigouviennes, les fonds obtenus par les gouvernements liés a la pollution des industries et personnes physiques suffiraient en partie pour une subvention des soins de santé des citoyens. Comment feraient-on pour gérer alors les fonds issus de ces nouvelles taxes si celles qui existent déjà ne sont pas appliquées pour deux raisons : les taxes sont prélevées en aval et détournées en amont ; soit ne sont même pas prélevées pour la simple raison que les entreprises polluantes et les fonctionnaires chargés de faire respecter la loi se livrent aux pratques de la corruption.

La meilleure solution pour résoudre ce problème de corruption est de commencer par mettre l’accent sur l’exactitude des données démographiques en matière du nombre d’habitants, et donc de la population camerounaise. A combien s’élève-t-elle exactement ? Combien y a-t-il de travailleurs au Cameroun ? Quel est le nombre réel de contribuable ? Et enfin, quel le nombre de cotisants d’une part et le nombre d’assurés d’autre part ? Certains experts affirment que ces chiffres de la démographie ne reflèteraient pas la réalité pour la simple raison qu’ils sont, d’une part désuets et d’autre part subissent des modifications pour des intérêts de clientélisme politique. Pour illustration : En France, l’augmentation du prix du savoir est une donnée prévisionnelle qui entre dans le domaine bien précis de la lutte contre les maladies pulmonaires. Comment pourrait-on, par exemple, gérer efficacement la prise en charge des victimes des maladies pulmonaires si les données sont faussées dès la base ? Ce sont des préalables qu’il faut d’abord résoudre avant la mise sur pieds des recommandations de la commission Abolo Mbendi.

Une autre limite et pas la moindre, c’est l’hypothèse d’un soulèvement populaire face à la montée excessive des taxes. Les taxes sur la pollution, comme définies plus haut, obligeraient des entreprises pollueuses à imputer les surtaxes sur les prix des marchandises vendues. La population serait alors fondé de descendre dans la rue contre la vie chère comme on l’a vécu ici en février 2008. Mais, cette limite ne semble pas convaincre beaucoup qui pensent que les Camerounais n’ont pas encore une culture de la revendication. Pour preuve, la plupart d’augmentations des prix des produits de première nécessité sont passé comme une lettre à la poste sans réaction de la population comme cela se voit ailleurs, généralement au Maghreb et en Afrique de l’Ouest.

En conclusion, pourquoi les résultats de la commission Abolo Mbendi restent encore dans les tiroirs s’il reste que cela pourraient être une panacée à la sécurité sociale maladie au Cameroun ? En attendant donc, le débat reste ouvert.

Tchakounté Kémayouavec Olivier Arnaud, Basile Ngono, Jean-claude Owona Manga, Herve Arsenal Ngakeu, Jean-baptiste Bikai, et Hyacinthe N. Ntchewòngpi (Débat sur le forum Le Cameroun C’est Le Cameroun)


Santé : Une sécurité sociale au Cameroun est-elle possible ? (1)

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Immeuble siège de la CNPS à Yaoundé

Comment le gouvernement peut-il faire pour offrir les soins de santé gratuits à tous les Camerounais sans distinction, sans faire de coupes dans les autres services publics et sans alourdir le fardeau des contribuables ? Cette question, qui avait fait l’objet d’une commission depuis quelques années, présidée par le Prof Abolo Mbendi, chargée de trouver une solution afin de pallier à l’absence criarde d’une sécurité sociale au Cameroun, reste encore d’actualité. Malgré le bienfondé de ce système ô combien urgent, des interrogations subsistent toujours quant à son efficacité compte tenu des pesanteurs sociaux et moraux.

Le Cameroun a-t-il réellement connu une sécurité sociale maladie ?

S’il est vrai que c’est à partir de 1967, à travers la loi N°67/LF/07 du 12 juin 1967, que la sécurité sociale a été instituée au Cameroun, il est aussi vrai que le Cameroun, depuis 1960, n’a jamais connu un système d’assurance-maladie. Par contre, il existe un décret, comme celui du N°91-330 du 9 juillet 1991 et qui n’est réservé qu’à une minorité de privilégiés. Il fixe les conditions et les modalités de prise en charge sur le budget de l’État des dépenses liées à l’évacuation sanitaire des personnels civils de l’État et de 60% des frais de santé des fonctionnaires. Des exemples et des témoignages tirés à bonne sources affirment que dans les faits, ces textes ne sont appliqués que pour des pontes du régime politique au pouvoir.

Pour ce qui concerne l’assurance publique, la loi N°67/LF/08 du 12 juin 1967 a vu la naissance de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) et ce n’est qu’en 1999 que le gouvernement camerounais a adopté une stratégie de réforme globale de la Sécurité Sociale. Cette même stratégie de réforme, en réhabilitant la CNPS au statut d’établissement public jouissant d’une autonomie financière, lui donne aussi le statut d’un établissement au régime de prévoyance sociale. Il doit donc prendre en compte, en plus du personnel de la fonction publique, les salariés relevant du code de travail. Ce n’est qu’en 2014 qu’une autre réforme viendra élargir le champ des assurés en y introduisant le secteur informel. Cependant, parmi les trois type de de prestations sociales délivrées par la CNPS à savoir : les allocations familiales, les pensions d’assurance vieillesse (pension retraite), et le service de prévention et de réparation des accidents et maladies professionnelles, le volet maladie reste inexistant. Par contre, pour ce qui concerne l’assurance privée, les entreprises d’assurance régies par le code CIMA (Conférence Inter-africaine des Marchés d’Assurance) sont les mieux indiquées. Ceux qui sollicitent ce type d’assurance, ont la possibilité de souscrire à une assurance maladie. Mais cette population qui ne représente que moins de 20% des travailleurs du secteur formel ne comporte qu’une proportion de moins de 5% d’assurés.

A côté de ces deux types de société d’assurance, grâce à la coopération internationale, il existe également une autre forme de système de protections sociales réservées aux groupes minoritaires et marginaux. Ce sont des structures appelées « mutuelles de santé » ou « micro-assurance santé ». Parmi les expériences de mutuelles existantes, on peut citer : la mutuelle ASIPES (Association Islamique pour la Promotion de l’Éducation et de la Santé), appuyée par la Coopération Suisse ; les mutuelles d’entreprises et les organisations traditionnelles de solidarité (mutuelles de type ethnique ou clanique appelées aussi « tontines »). Le fait que ce dernier type de mutuel soit de plus en plus sollicités est un signe qu’il y a un besoin urgent. Et leur incapacité à résorber tous les besoins est aussi un signe qu’il y a un vide à combler dans ce domaine.

Une solution plus efficace au problème de santé publique : La sécurité sociale

C’est désormais devenu courant au Cameroun, la mort dans les hôpitaux fait partie des banalités les plus absurdes. Loin de moi de considérer la mort comme une surprise, il reste tout de même fonder de nous interroger sur sa régularité, sa fréquence permanente. La précarité, de prime abord, est pointée du doigt : les malades meurent dans nos hôpitaux faute d’argent ; le personnel soignant, pour arrondir leurs fins de mois, instaurent des pratiques non orthodoxes en imposant des frais supplémentaires aux malades et l’État, faute d’un budget suffisant, subventionne de moins en moins la santé publique. Selon les experts, le constat est pourtant clair : l’argent, même en étant le nerf de la guerre, est bel et bien disponible quelque part. Le seul problème cependant est qu’il faut trouver une méthode rigoureuse et objective pour l’immobiliser et le mettre à la disposition de la santé de la population.

Plusieurs méthodes, trouvées par des experts, ont déjà fait l’objet d’une étude appropriée. Parmi les nombreuses méthodes passées en revue, celle qui a particulièrement retenu mon attention est celle de la mise en place d’un système de sécurité sociale. Après la lecture de l’ouvrage La Sécurité sociale au Cameroun : Enjeux et perspectives d’Étienne Ntsama paru en 1997, l’histoire dans ce domaine nous renseigne sur la pratique de la sécurité sociale maladie qui n’était réservée qu’aux employés et cadres des entreprises parapubliques, privées et multinationales et sur des effets positifs qu’elle a eu et qu’elle pourrait avoir au sein de la population : C’est ce qu’on appelait, à l’époque, « l’État providence ». Cela signifie que l’État et les entreprises finançaient, sous fonds propre, la prise en charge à travers la N°91-330 du 9 juillet 1991. Pourquoi actuellement ce système a-t-il disparu alors dans un contexte de pauvreté ? L’une des raisons évoquée, par l’opinion et certains experts, pour expliquer cette disparition est la suivante : Dans les années 1990, après la crise socio-politique liée au vent de l’Est et la dévaluation du Fcfa, le pays a connu un délabrement de son système de santé qui persiste jusqu’aujourd’hui à tel enseigne que l’environnement ne serait pas propice à une application saine de la sécurité sociale. Par contre, des experts de la commission, présidée par le Prof Abolo Mbendi, qui se sont penchés sur la question affirment mordicus qu’il est possible de redonner le sourire aux camerounais. La solution miracle, selon eux, serait que, bien que les méthodes connues soient déjà dépassées, le système de la sécurité sociale doit être actualisé pour redonner à nos hôpitaux leur vocation d’antan. La question qui me préoccupe dans ce billet est donc celle de savoir comment une sécurité sociale serait-elle encore possible dans un contexte où l’environnement du système de santé qui l’a fait disparaitre existe encore ?

Les principes théoriques d’une sécurité sociale au Cameroun

Pour répondre à cette question « comment le gouvernement peut-il faire pour offrir les soins de santé gratuits à tous les Camerounais sans distinction, sans faire de coupes dans les autres services publics et sans alourdir le fardeau des contribuables ? », l’anthropologue Camerounais Basile Ngono, par ailleurs membre de ladite commission, nous livre ici, les principes théoriques qui devraient guider les législateurs sur le bienfondé de ce système de sécurité sociale en faisant appel à un penseur américain Arthur Cecil Pigou qui aurait su quoi proposer pour réaliser ce qui, à première vue, s’apparente à la quadrature triangulaire du cercle. Bien que moins connu que John Maynard Keynes, son élève à Cambridge, Pigou (1877-1959), a apporté des contributions majeures à l’avancement de la science économique, dont certaines conservent toute leur actualité et leur pertinence. Animé de préoccupations sociales et favorables aux transferts de richesse en faveur des plus pauvres, il rejoindrait sans doute les rangs de ceux qu’indigne la montée des inégalités économiques.

Dans son œuvre principale, The Economics of Welfare, parue en 1920, Pigou se penche sur les relations entre la production et le bien-être des sociétés. Il s’intéresse notamment aux « externalités », soit aux effets collatéraux, positifs ou négatifs, des actions des entreprises ou des individus sur les tiers. Ces externalités sont assimilables à des déficiences des marchés puisqu’elles ne comportent pas de contrepartie financière reflétant la valeur accordée à ces effets. Pigou a attiré l’attention sur le fait que les externalités peuvent faire en sorte qu’une activité, bien que générant un bénéfice ou un déficit privé pour un individu ou une entreprise, peut se solder au net par un déficit ou un bénéfice social pour la collectivité si l’on prend en compte les effets positifs ou négatifs sur les tiers. Ce rendement social net doit être pris en considération si l’on vise un maximum de bien-être pour l’ensemble de la société. Ainsi, à son avis : « Il peut arriver […] que des coûts soient imposés à des personnes non directement concernées par le fait de dommages non compensés […]. De tels effets — certains seront positifs, d’autres négatifs — doivent être inclus dans le calcul du bénéfice social net découlant de l’emploi de ressources pour quelque usage ou en quelque endroit. » (The Economics of Welfare, partie II, chapitre II, part. 5 ; traduction libre.)

Aussi, pour assurer qu’une activité privée se traduise par un bénéfice social net, le gouvernement est justifié d’agir pour faire en sorte de réduire l’écart entre les rendements privés et publics d’une activité : « Il est toutefois possible pour l’État […] d’enlever les divergences dans tout domaine par des “incitations extraordinaires” ou des “restrictions extraordinaires” aux investissements dans ce domaine. Les formes les plus évidentes que peuvent prendre ces incitations ou restrictions sont, bien sûr, les subventions et les taxes. » (The Economics of Welfare, partie II, chapitre IX, par. 13 ; traduction libre). Dans le cas des externalités positives, le gouvernement devrait donc subventionner les individus ou les entreprises s’adonnant à des activités qui, bien qu’elles leur occasionnent des frais ou d’autres inconvénients, produisent des bénéfices pour la communauté sans que celle-ci ait à débourser quoi que ce soit pour les obtenir. Par exemple, le gouvernement peut être justifié d’aider des individus à poursuivre leurs études compte tenu des services qu’ils seront en mesure de rendre à la société une fois qu’ils auront acquis des compétences utiles.

Pour passer de la théorie à la pratique, d’une manière concrète, quels sont les mécanismes qui peuvent mettre en exergue des moyens de prélèvement de ces taxes de Pigou ? Et l’une des critiques des détracteurs de ces nouvelles formes de taxes formule qu’il faut aussi prendre en compte le fait que que la surabondance des taxe n’entrainera que des effets pervers.

Lire le billet suivant…

Tchakounté Kémayou avec Olivier Arnaud, Basile Ngono, Jean-claude Owona Manga, Herve Arsenal Ngakeu, Jean-baptiste Bikai, et Hyacinthe N. Ntchewòngpi (Débat sur le forum Le Cameroun C’est Le Cameroun)


Pourquoi au Cameroun Internet a-t-il du mal à décoller ?

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Voici l’entreprise responsable de la décadence au Cameroun

Internet, véritable outil actuellement au centre de toutes les révolutions des nouvelles technologies dans le monde n’est malheureusement pas la chose la plus partagée au Cameroun malgré les progrès réalisés. Même les nouvelles modifications des habitudes de la population devenue de plus en plus exigeante laissent les autorités dépassées. Les consommateurs, abandonnés à eux-mêmes, épanchent quotidiennement leur bile vers les opérateurs incapables de s’arrimer à la nouvelle donne, expriment leur profonde déception aux offres apparemment alléchantes. Mais, que se passe-t-il au juste pour que le Cameroun, comparativement aux autres pays, soit si médiocre en matière de couverture et de flux en réseau Internet ?

Le marché de la téléphonie mobile en baisse

L’arrivée du nouvel opérateur vietnamien Nextel Cameroun a eu un effet positif après son acquisition de la 3G qui est sa principale priorité depuis plus d’un an.Voilà pourquoi la nouvelle bataille des opérateurs de téléphonie est pratiquement concentrée dans l’Internet. Par exemple, l’opérateur MTN Cameroon a, à lui tout seul, engrangé 25 milliards de revenus générés sur uniquement le service Internet en 2014. Par contre, Orange Cameroun, dans ce domaine vient juste de lancer une offre low-cost. Pour ce qui concerne Camtel, seul opérateur public et leader dans le domaine de l’ADSL, on espère qu’il pourra se positionner dans cette bataille des éléphants avec sa branche mobile dans de brefs délais.

Pour revenir à MTN, il faut noter que malgré une baisse de la clientèle, le marché se porte toujours bien : cette entreprise a perdu 1,6 million de clients au quatrième trimestre 2014, mais ce n’est pas grave. Il a mobilisé pendant toute cette année, 1,5 million de clients de plus comparé à l’année 2013. Et son chiffre d’affaires, en hausse de 6 %, a atteint 300 milliards de FCFA (2014). Ce n’est pas le bénéfice net il faut faire attention. Sur ce chiffre, il faut tenir compte de la marge de 42, 5 % qui est le résultat opérationnel, enlever les charges salariales et les autres notamment les investissements et enfin tenir aussi compte de 35 % de l’impôt sur les sociétés.

Qu’en est-il du marché d’Internet ?

En 15 ans, les offres de connexions Internet ont véritablement eu un impact sur les volumes et l’évolution de la clientèle. En 2014, le nombre d’internautes africains a augmenté de 9 %. Malgré la multiplication des offres et des stratégies des entreprises, le taux de pénétration d’Internet en Afrique n’est que de 26 %. Ce qui signifie qu’il y a encore un gros gap à combler. Pour ce qui est du Cameroun, il faut relever qu’en 2000, le nombre d’internautes était seulement de 20 000 et aujourd’hui ce nombre a atteint 1, 4 million (chiffre du 30 juin 2014).

La dernière actualité est celle du renouvellement, par MTN Cameroon, de sa licence d’exploitation de la téléphonie mobile. L’opérateur ISP vient de signer, mardi dernier (10 mars 2014), un nouveau contrat avec le gouvernement qui lui concède, à hauteur de 75 milliards FCFA, l’exploitation en plus de la 2G, de la 3G et la 4G. Avec un projet d’investissement de près de 4 000 milliards, l’entreprise panafricaine de la téléphonie mobile compte d’abord déployer les réseaux 3G et 4G sur plus de 700 sites dans près de 16 villes du Cameroun. L’objectif primordial est de couvrir au moins 75 % de la population.

Ce qui est par contre regrettable, ce sont les coûts d’accès à internet qui sont encore élevés. Selon le journaliste Idriss Linge, deux raisons peuvent expliquer cela : 1-au contraire des services d’appels téléphoniques qui reposent sur des infrastructures déjà amorties, les services des données (surtout les nouveaux) reposent sur des infrastructures qui, soit viennent d’être construites, soit sont encore en construction ; 2-le management de la concurrence coûte excessivement cher. Les opérateurs sont donc encore contraints de pratiquer des prix élevés parce que les volumes de données consommées ne sont pas suffisamment critiques pour couvrir pleinement les charges et les amortissements de l’infrastructure. Ces explications suffisent-elles à convaincre l’opinion sur l’incapacité technique et managériale du Cameroun à satisfaire la demande Internet ? Comment la présence de trois multinationales et d’une entreprise publique, acteurs majeurs, en forte concurrence sur le marché ne donne-t-elle pas la possibilité de faire des offres alléchantes et grand public ? Pourquoi, malgré ce boom démographique du marché, Internet est et reste toujours considéré comme un produit de luxe ? En 2009, le ministre d’Etat des Postes et Télécommunications d’alors, l’avait bien compris et avait même proposé une solution.

La nécessité de la construction et de la gestion d’une fibre optique (FO) s’impose

Le 26 janvier 2009, sous la présidence du premier ministre, Inoni Ephraim, Bello Bouba Maïgari, ministre d’État des Postes et Télécommunications, plaide pendant le Conseil de ministres pour la création d‘une structure en charge des infrastructures des télécommunications au Cameroun et plus particulièrement de la fibre optique. Le ministre avait donc saisi l’occasion pour présenter l’état des lieux du réseau des télécommunications en ces termes :

Le pays présente donc une section transport de signaux entre villes et vers l’international, appelée backbone, combine généralement trois éléments : le faisceau hertzien, le satellite et la fibre optique. Pour le moment, notre backbone national est constitué en grande partie par le faisceau hertzien qui non seulement est éclaté, chaque opérateur ayant son propre réseau, d’où le prix élevé des communications, mais en plus offre de très faibles capacités au regard des besoins nationaux. Le satellite est très coûteux pour le transport interurbain des signaux de télécommunications. […]. La fibre optique est le meilleur moyen de transport de communication en termes de qualité, de communications, de capacités offertes, de coût d’exploitation et de durée de vie. […]. Pour réaliser ce réseau de manière économique et efficace, il est nécessaire de créer une société d’infrastructure qui aura la responsabilité de construire et d’exploiter cette infrastructure. C’est pourquoi la création de Sitelcam qui assumera ce rôle revêt pour moi un caractère essentiel. Les études de faisabilité afférentes montrent la rentabilité de cette entreprise. Sitelcam donnera à l’État le moyen de contrôler les communications internationales et donc de mieux assurer sa sécurité et sa souveraineté, ce qui est observé par ailleurs dans les pays aussi libéraux que les États-Unis.

La problématique de la fibre optique (FO) au Cameroun

L’État, via Camtel, son bras séculier dans le secteur, en l’absence d’une véritable société de patrimoine (Sitelcam) a choisi de botter en touche les conseils du ministre Bello Bouba. Il faut le préciser ici : Camtel, opérateur de téléphonie au même que MTN, Orange et Nextel, est l’entreprise qui est de fait censée gérer la FO en construction. Sitelcam avait été pourtant pensé à dessein afin d’éviter une probable concurrence déloyale. L’impressionnant niveau de pénétration de la fibre optique, plus particulièrement à Douala et à Yaoundé, peut constituer actuellement un atout très positif en vue de développer une connexion internet à haut débit et de masse. Mais alors, qu’est-ce qui fait problème ?

Beaucoup d’experts en informatique et en télécommunication sont formels sur ce point : le blocage n’est pas technique, mais plutôt politique. Le politique est seul à avoir la capacité et le pouvoir de prendre la décision qui s’impose pour démocratiser l’accès à l’internet. Le salut de ce secteur va – nécessairement – passer par la levée de la mainmise de Camtel sur la FO au profit d’une entité (ad hoc) plus neutre et la refonte des tarifs d’accès à la bande passante pour les ISP. Pourquoi n’opterons-nous pas vers la création d’une coopérative ou d’une société commune chargée de gérer la FO avec présidence tournante ? Ce ne sont donc pas les idées qui manquent. Il faut le dire pour le décrier, les « gens proches du dossier », supposés être des conseillers avisés auprès de nos gouvernants, sont de véritables pêcheurs en eau trouble. Ils ont réussi à faire prospérer la thèse selon laquelle « l’ouverture » de la FO allait entraîner le chaos sur le plan sécuritaire. C’est une théorie qui prospère depuis plusieurs années, et à laquelle nos dirigeants semblent être malheureusement sensibles. La vérité est que ces « gens proches du dossier » tirent des dividendes de cette surenchère sécuritaire et ce statu quo les arrange. En conclusion, soit le politique se fiche de l’essor d’Internet au Cameroun, soit il a compris qu’Internet amplifie de trop la revendication démocratique et met en danger son pouvoir. Et pourtant…

… Quand la fibre optique passe, le développement suit

Quand la route numérique passe (la FO), le développement numérique suit. Quel développement, personne ne peut le prédire, tout comme personne ne prédisait le prépayé en Afrique, ni le mobile money, ni le SMS banking. Tous ces usages ont apparu avec la disponibilité de la bande passante.Tant qu’on aura l’Internet vendu « au kilo », au « volume », quelle qu’en soit la nature de l’offre, ça restera cher et ça ne permettra pas d’entrer dans l’ère du service, est celle qui permet de véritablement tirer profit de la technologie, et surtout, de faire éclore les talents. La disponibilité de la bande passante libère la créativité et par conséquent, crée les usages. Si le client est stressé par le « crédit » chaque fois qu’il se connecte à l’internet, alors, que peut-il y faire de bon, si ce n’est de papillonner ici et là et repartir très vite ? On a souvent parlé du génie et de l’inventivité des Camerounais et en ce domaine, leur potentiel n’est même pas encore effleuré. Avec toutes les offres que nous avons sur le marché en ce moment (excepté l’ADSL de Camtel), impossible de faire du streaming musique et vidéo (regarder la télé ou un film et écouter de la musique en ligne et en direct). Même si certains ISP le proposent, ont-ils réellement la bande passante pour cela ?En tous les cas, au Cameroun, même avec l’ADSL, il faut « saigner » vraiment financièrement pour avoir droit à une connexion de qualité.

Il faut libérer la bande passante, et permettre à la jeunesse d’exprimer sa créativité. Rien de pire que de devoir stresser par rapport à son crédit, par rapport au débit, par rapport aux coupures, etc. Pour créer, inventer, on doit avoir l’esprit libre qui est nécessaire et vital pour que la jeunesse, constituant plus de 60 % de la société, puisse donner le meilleur d’elle-même. C’est l’une des solutions majeures pour résoudre le problème de chômage, car les nouvelles technologies sont, à l’heure actuelle, considérées, comme le soulignait encore le ministre Bello Bouba, « la deuxième industrie mondiale, juste après le pétrole ».

NB : Ce billet est une synthèse des interventions des journalistes spécialisés et experts du domaine à la suite d’une discussion dans le forum camerounais 237Média entre Lydie Seuleu, Idriss Linge, Tane Rostand, Eric Dibeu, Jean-Vincent Tchienehom et Nino Njopkou.

Tchakounté Kémayou


Cameroun : Le scandale de l’IRIC ébranle la république

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Un adage populaire dit toujours« 99 jours pour le voleur et 1 seul jour pour le grand patron ». Ce qui se passe actuellement à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC)pourraient ressembler étrangement à ça : « 99 jours pour le ministre Fame Ndongo et 1 seul jour pour le peuple ». Depuis plus d’une semaine, le Cameroun est secoué par ce que d’aucun appellerait « scandale » où le ministre de l’enseignement supérieur (MINESUP) a été attrapé en flagrant délit de tripatouillage de liste d’admis dans cette prestigieuse école.

L’opinion populaire murmurait toujours, pour s’en plaindre, que l’entrée dans des grandes écoles du Cameroun comme l’ENAM, l’IRIC, les Ecoles Normales, les Facultés de médecine et de sciences pharmaceutiques, des écoles de polytechnique, etc. sont d’abord privilégiée aux enfants des « grands du pays ». Les jeunes avaient donc l’habitude de dire: « Pour passer à un concours dans ce pays, il faut avoir les réseaux, être de la famille des grands du pays ». Ces genres de discours de victimisation, tout le temps récurrents dans les quartiers et les chaumières,étaient, dit-on, réservés aux enfants qui ne voulaient pas faire des efforts, aux enfants faibles qui cherchent absolument des bouc-émissaires pour justifier leur fainéantise. C’était finalement devenu une affaire d’enfants voyous et jaloux de la réussite des autres.

Les publications de listes d’admis étaient des occasions idoines pour la presse et la société civile, de dénoncer, chaque fois, un certain laxisme au niveau des choix des admis qui, visiblement, étaient considérés comme des privilégiés. Certains leaders de la société civile prenaient même le risque de démontrer justement, à base de la consonance des patronymes des admis, faute d’éléments à conviction, cette politique de favoritisme qu’on met sur le dos de « l’équilibre régional ». En fait, de quoi s’agit-il, pour le cas précis de l’IRIC ?

Les faits ainsi relatés, par le journaliste Cabral Libii, frisent le ridicule

Le 27 février 2015, les résultats du master en diplomatie (seul master à l’IRIC dont l’accès conduit automatiquement à un recrutement dans la fonction publique) sont affichés, visés à la fois par les membres du jury des délibérations et par le Chancelier des ordres académiques (MINESUP, Prof. Fame Ndongo),où figurent 15 admis définitifs et 7 noms sur la liste d’attente. Le 28 février, le même Ministre signe et fait afficher une seconde liste de 15 noms sans liste d’attente. Constat patent :Les deux listes sont différentes. Pourquoi ? Parce que :

1. Certains noms disparaissent,d’autres apparaissent,
2. Beaucoup de noms sur la première liste (du 27 février) et surtout ceux de la deuxième liste (du 28 février)sont portés par les rejetons de quelques « grands du pays ».

La polémique qui est alimentée de façon soutenue par la presse oblige le MINESUP à sortir de sa réserve. De ses sorties médiatiques accompagnées d’un communiqué, l’on retient les justifications suivantes : La première liste (celle du 27 février) comportait des vices qu’il fallait corriger afin que les résultats soient conformes aux lois et règlements régissant les concours officiels au Cameroun. Le vice en question (puisqu’il s’agit d’un seul) c’est :

1. Le caractère pléthorique des ressortissants d’une seule région (celle du Centre) parmi les admis. Ils sont 6 sur 15 ;
2. Et, par voie de fait, l’absence des candidats originaires des régions de l’Adamaoua, de l’Est, du Nord et du Nord-Ouest.

Mais, curieusement parmi les nouveaux noms introduits dans la deuxième liste (celle du 28 février), il y a encore des ressortissants de la région du Centre en remplacement d’autres noms de la même région. A la différence que les nouveaux noms sont ceux des enfants des « grands du pays ». Plus curieux, la seconde liste n’est pas visée par les membres du jury des délibérations comme cela avait été le cas pour la première liste.

99 jours pour le voleur, 1 seul jour pour le grand patron

10388195_10204995210976758_1607649746351404129_nCe dysfonctionnement structurel de l’administration camerounais a soulevé l’opinion, les partis politiques et la presse qui ont vite fait de crier au scandale. Seulement voilà : ce que les jeunes murmuraient sous cape, ce qui était considéré jadis comme des rumeurs, des cris d’orfraies, a été mis au grand jour. Avant, tout le monde, y compris la société civile, le martelait, même sans preuve objectives, que les concours officiels au Cameroun sont truffés de tripatouillages. Et la réponse idoine que les autorités donnaient pour calmer les esprits, c’était que la réussite aux concours officiels n’étaient pas seulement basé sur la « méritocratie nationale », il y avait aussi la « méritocratie régionale »qu’il fallait prendre en compte (Dixit Fame Ndongo). C’est ce que nous appelons ici « Équilibre régionale » en vigueur depuis l’indépendance. A quoi renvois cette politique ?

Depuis les indépendances donc, et surtout suivant les textes de loi et règlements de la République, notamment la loi de 2001 organisant l’enseignement supérieur qui interdiraient toute discrimination négative à l’encontre de jeunes Camerounais, les autorités ont pris cette mauvaise habitude de justifier les discriminations jugées négatives longtemps remarquées à l’égard des candidats par le sceau de « l’équilibre régional ». Il consiste à réserver un quota précis pour chaque région afin d’éviter un déséquilibre qui pourrait faire l’objet des frustrations. C’est ce que le ministre lui-même a appelé la « méritocratie régionale » qui, sur le plan de son application, consiste à prendre « les meilleurs dans chaque région » et ainsi concevoir une liste de consensus. Bien que cette politique de l’équilibre régional soit condamnée et décriée par beaucoup d’observateurs qui estiment qu’elle ne serait pas la panacée à l’égalité d’accès à la fonction publique pour tous, elle constitue un cache-sexe de la « reproduction sociale » des élites. Depuis fort longtemps, ces pratiques malsaines faisaient l’objet des critiques qui avaient fini par rendre l’opinion pessimistes sur les compétences supposées des candidats retenus aux concours officiels. Il a fallu quelques minutes d’inattention du ministre où les consignes du clan n’ont pas été respectés dans la première liste et que les manœuvres clientélistes soient mises au grand jour après la publication de la deuxième liste: le tripatouilleur a été pris la main dans le sac.

Biya au secours de l’incurie : la bouillabaisse incarnée par Fame Ndongo (Alex G. Azebaze)

Samedi 7 février, Fame Ndongo prétendait, dans une interview à la radio nationale (CRTV) avoir privilégié la « méritocratie régionale » pour remplacer d’autorité 6 candidats – pourtant déclarés admis par un jury censé souverain et publiés la veille par lui-même – par 6 autres candidats non retenus par ledit jury.Maintenant, le 9 février, dans la même chaîne, il revient et explique, pince sans rire, en déclarant désormais admis tous les 22 de la 3ème liste qui est la combinaison des deux premières listes pour un concours ouvert légalement pour 15 places dans la filière diplomatie de l’IRIC. Respecte-t-il toujours les textes de loi et règlements de la République ? Notamment la loi de 2001 organisant l’enseignement supérieur qui interdiraient toute discrimination négative à l’encontre de jeunes Camerounais quand bien même il mélange toute cette forfaiture avec de supposées instructions présidentielles. Comme si le Président de la République pouvait être considéré par des observateurs censés comme un acteur universitaire qualifié. C’est de la basse politique tropicale. Qui ne s’appuie sur aucune valeur. Ni principe. La débrouille quoi comme à la Fecafoot qui serait passé comme lettre à la poste s’il n’y avait pas eu d’intervention internationale, notamment le Tribunal arbitral du Sport (TAS).

L’affaire IRIC, en moins d’une semaine, a fait plus de mal à l’image des produits de l’enseignement supérieur que tout rating national ou international. Et dire que tout cela s’est passé en public, de la propre initiative des responsables compétents qui ont décidé de salir le Cameroun, comme des… grands. Et ils ont le toupet de venir raconter des bobards sur la Crtv comme si cette affaire ne concernait que le gouvernement. Voici en effet ce que M. Fame Ndongo dit au présentateur Alain Belibi au journal de 17h après avoir déculotté le Cameroun : « Les produits du système universitaire camerounais sont bons.La preuve allez en Allemagne, Belgique, France, Etats-Unis, et voyez comment sont nombreux les médecins formés au Cameroun ». Il n’y a plus que le grand père président pour croire à de telles balivernes si tant qu’il s’en occupe vraiment encore.

Au Cameroun, la honte ne fait plus parti du vocabulaire.

Tchakounté Kémayou


8 mars : L’« autonomisation des femmes »à la camerounaise

8-mars-2014-ambiance-yaounde-cameroun-bambinosLe 8 mars de chaque année est célébré l’International Women’s day dans tout le monde entier. Il y a 20 ans, une Déclaration avait été signée à Beijing par 189 gouvernements. C’est une feuille de route axée sur 12 domaines où l’accent est mis sur « les droits de la femme ». Parmi ces droits donc, il y a « l’autonomie » de la femme qui est le thème central de cette année : « Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez ! ». Une petite observation du comportement quotidien des femmes camerounaises révèle leur limite à s’approprier ce concept compte tenu des habitudes et des mœurs qui leur collent à la peau jusqu’aujourd’hui. La mauvaise perception de ce concept les conduit donc à penser que « autonomie » signifie « absence de devoir ».

« L’autonomisation de la femme »est un concept révélateur de ce que les féministes appellent « responsabilité sociale de la femme » : c’est donc l’« autonomisation de l’humanité ». Le 21ème siècle est fondamentalement celui de l’ère moderne où chaque individu, en fonction de ses capacités, doit être capable de répondre aux défis de son environnement. Il s’agit ici de donner à tous, y compris à la femme, les moyens intellectuel et moral pour affronter le monde moderne. Ce sont donc des défis trop exigeants sur le plan du travail. Le sens premier de ce concept renvoie plus à l’économie : « l’autonomie financière ». Pour que la femme jouisse d’une « autonomisation », elle doit avoir des sources de revenus qui lui permettent d’alléger les charges liées aux besoins personnels et familiaux jusqu’ici mises sur le dos de son partenaire. Une femme autonome est un gage de la survie de la famille, de la société.

On peut débattre sur le thème de « L’autonomie de la femme » à longueur de journée, mais il est nécessaire de savoir que pour les femmes camerounaises,autonomie signifie « mon argent, c’est mon argent ». Comprenez bien qu’il ne s’agit plus ici de « responsabilité sociale », mais de « jouissance personnelle ». Il suffit juste de créer un groupe de discussion avec elles pour comprendre le scandale de leur déviation. Pour elles, il n’est pas question de prendre la « responsabilité » de la gestion de quoi que ce soit. Elle n’assume rien. Tenez : au resto, c’est l’homme qui paie la note, à la maison, le loyer, l’électricité, l’eau, la ration, le pagne du 8 mars, les cadeaux du 14 février, l’anniversaire de sa grand-mère, de sa tante, de son chien, et que sais-je encore ? C’est toujours l’homme qui doit payer. Et la femme, de quoi s’occupe-t-elle donc ? De ses bijoux, de ses cheveux, de sa garde-robe, de ses séances de gym, de ses tontines.Bref, elle ne doit s’occuper que de ce que vous savez comme gadgets personnels, de tout ce qui lui appartient à elle. Pour elle, c’est déjà une autonomie puisque sans boulot, c’est son homme qui aurait eu la charge de tout. Voilà le sens de son autonomie.

Comment comprendre alors ce concept ? Les Camerounaises ne veulent même pas s’étaler sur cette philosophie qui pourrait leur embrouiller le cerveau déjà surchargé. Le 8 mars est une journée très révélatrice pour comprendre le sens que les femmes camerounaises donnent à ce fameux concept de l’ONU. D’ailleurs, vous ne verrez jamais les femmes aussi mobilisées toute une journée durant. C’est leur journée non ? C’est le quartier libre. Elles s’en ont approprié et en ont fait une journée de réjouissance à gogo. Ne prenez jamais un rendez-vous avec la femme camerounaise le 8 mars. Pardon, elles ont leur « autonomie » le jour-là. Elles n’ont donc pas attendu les Nations Unies pour la décrété. Chaque 8 mars, leur journée commence au pas de course et non-stop. C’est sa liberté à elle : pas de cuisine, pas de ménage, rien. A la première heure, elle fonce à la douche, puis enfile son cycliste et elle porte son Kaba-Ngondo. La voilà dehors en partance pour le défilé à la place du 20 mai à Yaoundé ou au Boulevard Joss à Douala. En compagnie de ses copines, elles commencent le kongossa en route :

– Ma co’o comment tu vas ?
– Ma co’o laisse-moi comme ça. N’est-ce pas le type-là a failli me refusé le pagne !
– Ekié ma co’o, ton gars est aussi chiche comme ma part-là ?
– Aka je n’ai plus son temps. J’avais mes pauvre dix milles. Ça m’a aidé. Et toi ? Tu as fait comment ?
– Donc tu ne connais pas le secret ? Je n’ai pas libéré toutes les nuits pendant deux semaines. J’ai fait comme si j’avais le palu. Pour finir, il a mis les mains dans sa poche et m’a remis un petit 20.000F. En me donnant, il pleurait comme un gamin. Je n’avais plus son temps.
– Maaaaama ! Ma co’o, le pays-ci, c’est pour vous. Tu as le foléré à l’œil.
– Tu dors, ta vie dort ma co’o. Je ne donne pas le lait hein.

L’autonomie c’est donc ça. Avoir le pouvoir de dompter son mari par le chantage. C’est le pouvoir du « sexe faible » non ? Le kongossa était tellement intéressant que les copines ne se sont même pas rendu compte qu’elles étaient déjà en place pour le défilé en tenu d’apparat. Ici, les couleurs des pagnes et les modèles conçus par les stylistes aguerris pour les femmes de grands milieux et par les couturières de la basse classe pour les autres se rivalisent dans les rangs. C’est comme un gigantesque défilé de mode grand public. Elles sont de tous les gabarits : minces, potelées, grandes, petites, naines, handicapées, et j’en passe. En tous les cas, le public masculin, plus nombreux, n’a jamais été déçu. Suivez mon regard.

Après le passage de chaque groupe de femmes, elles prennent la direction d’un lieu de festin.Tout est prévu avant. Les gargotes, les bars, les restaurants sont les lieux privilégiés, si ce n’est le domicile bien huppé d’une d’entre elle. Généralement, l’après-midi du 8 mars, ne perdez pas votre temps à entrer dans un bar au resto occupés par ces femmes en tenue. Elles ont tout réservés : boissons, brochettes de porc, de poulet, de bœuf, de mouton. Même la musique, aux sonorités locales, est mise à contribution pour une ambiance de folie. Laissez-les se trémousser et changez tout simplement de bar, sinon vous risquez de subir la foudre d’une femme qui, dans son ivresse, viendra vous envelopper dans son grand Kaba-Ngondo. Si elle ne soulève pas carrément cette grande robe-là pour vous coincer, faites votre signe de croix et dites : « chance » en prenant immédiatement la sortie. Sinon, vous risquez donc d’étouffer à l’intérieur par asphyxie. Imaginez un peu les odeurs de toute la transpiration amassée durant tout le défilé. C’est l’autonomisation des femmes non ? Que voulez-vous encore ? Elles ont l’argent. Elles peuvent se payer ce luxe.

La journée ne s’arrête pas là. Autre lieu, autre ambiance. Les boîtes de nuit prennent donc le relais à partir de 19 ou 20 heures. Ici, pas question de VIP. Tout le monde est convié s’il veut bien entrer. Mais, ne demander pas plus que ce qu’on vous donne parce que les chères femmes ont tout commandé à l’avance. N’est-ce pas vous avez dit que « femmes capables » ? Ici, le menu du programme de la soirée est aussi alléchant : concours de chant, concours de karaoké, concours de meilleure tenue du 8 mars, etc. et surtout sans oublier le concours de danse. Ah, c’est vrai qu’en boîte de nuit on vient pour danser, mais beaucoup de chose s’y passe. Ces soirées dansantes sont des occasions de nouer les rendez-vous coquins les plus perfides. La plupart ne loupent aucunement des occasions pareilles. Le cantonnement dans le cancan familial où l’homme règne en maître ne leur permet généralement pas de s’aventurer à la découverte du monde de la nuit. Les missions effectuées hors de la ville par le mari sont, à certaines circonstances, une perche pour découcher avec des risques que vous pouvez certainement imaginer. Le 8 mars, journée sans contrôle, se révèle alors être une occasion idoine pour se la couler douce par une partie de plaisir.Elles reviennent donc à la maison, à la même heure de la veille lors de son départ, toute épuisée, éberluée. Le mari n’a pas le droit à la parole. Le 8 mars c’est leur journée consacrée à la femme, tandis que le reste des 364 jours de l’année appartient aux hommes qui se défoulent tous les jours, rentrent aussi tard et quelques jours après. Elles ont donc le droit de faire de cette journée ce qu’elles veulent : C’est l’autonomisation de la femme non ? Que voulez-vous d’autre ?

Il y a plus de trois ou quatre ans, quand ce genre de comportement était légion chez les femmes camerounaises,les maris furieux administraient une bastonnade légendaire à leur femme à défaut de balancer leurs valises dehors en criant :

– Tu sors d’où, Madame ?
– J’ai encore fais quoi ? Pardon, laisse-moi aller me reposer, je suis fatiguée.
– Sorcière. Je ne t’ai pas doté pour venir faire la loi chez moi. Rentre rapidement chez tes parents.

Vous imaginez une femme encaissée l’humiliation sans réagir ? Elle répond aussi :

– Sorcier toi aussi. C’est toi qui es venu me chercher chez mes parents. Je ne bouge pas d’ici. C’est le Caterpillar qui viendra m’enlever.
– Ah bon ? Tu veux voir ma colère ?
– …

Ce genre de scènes de ménage faisait la une des journaux le lendemain du 8 mars. Les dégâts étaient insupportables et aujourd’hui, on en entend plus parler.
Les femmes camerounaises n’ont donc pas attendu les Nations Unies pour exercer leur « autonomisation ». Elles ont leur propre définition de ce concept qui est loin de ce qu’on peut imaginer. Vous trouverez difficilement des femmes laissées leur commerce, leur ménage pour aller se cultiver dans les séminaires de sensibilisation sur la connaissance de leurs droits. Non. Que le kongossa est fini ? Elles vont vous répondre en disant qu’elles ne font pas la politique. Les hommes sont de gros menteurs, la politique c’est pour eux. D’ailleurs, elles ont mieux à faire : tourner le couscous pour leur mari au risque de recevoir de celui-ci une mémorable raclée le soir. Pour elles, les féministes sont des femmes intellectuelles et instruites qui veulent faire la révolution de foyer : concurrencer ou dominer l’homme. Pour elles, c’est l’homme qui est le chef de famille, et par conséquent la femme doit être sous son autorité. Il est donc la personne à tout faire.

Pour ce qui concerne le cas des femmes qui portent toute une famille sur leurs épaules, c’est un autre débat non moins important et digne d’intérêt.À méditer.

Bonne fêtes, Mesdames !

Tchakounté Kémayou