Yves Tchakounte

Que cache le fédéralisme, l’une des revendications de la grève des Anglophones au Cameroun ?

Pourquoi le fédéralisme fait-il l’actualité au Cameroun depuis plusieurs mois ? A la faveur de la crise socio-politique qui secoue les deux régions Anglophones (Nord-ouest et Sud-ouest), la forme actuel de l’Etat camerounais est remise en cause. Pourquoi ? Parce que, depuis la suppression du fédéralisme en 1972, les populations de l’ex-Cameroun Occidental, l’un des deux Etats fédérés, s’estiment marginalisées.

Cette population d’expression anglaise estime, en fait, que l’institutionnalisation de l’Etat unitaire, à la place du fédéralisme, ne leur est pas favorable. Depuis cette suppression du fédéralisme, et peut-être même bien avant, cette marginalisation tant décriée s’accentue. Comment en est-on arrivé là?

L'honorable Wirba, député du SDF en meeting au marché de Bamenda. Fédéralisme comme solution.
L’honorable Joseph Wirba député du SDF en plein meeting au marché à Bamenda. Le fédéralisme reste le point de mire

Petit rappel historique pour comprendre la naissance de la partition du Cameroun (Français et Britannique)

Le Cameroun, comme Etat moderne, est une création allemande qui a commencé en 1884, date de la signature du traité garmano-douala, et s’est achevé en 1916. Ce « Kamerun » Allemand a une superficie de 540.766 km². C’est presque la même superficie que celle de la grande Allemagne. Les Allemands sont restés pendant 32 ans. Ils quittent donc le « Kamerun » après leur défaite à la fin de la « Première Guerre mondiale ». Le territoire est alors cédé à deux colons par la Société des Nations (SDN) et l’Organisation des Nations Unies (ONU) respectivement sous mandat (1916-1945) et sous tutelle (1945-1960) française. Pareil pour la Grande Bretagne qui a reçu le mandat de la SDN de 1922 en 1945 et la tutelle de l’ONU de 1945 à 1961.

Carte Cameroun
Carte Cameroun. Crédit : Wikicommons.

C’est donc pendant les 44 ans (France) et 39 ans (Britannique) de gestion que ce territoire jadis uni s’est brisé en deux pour donner naissance à ce qu’on a appelé, à partir de la constitution fédérale de 1961, le Cameroun Occidental (ancien territoire britannique) et le Cameroun Oriental (ancien territoire Français). Après l’indépendance du Cameroun Français le 1er janvier 1960, le président de la « République du Cameroun » Amadou Ahidjo rencontre John Ngu Foncha du Cameroun Britannique à Foumban pour la signature d’un accord qui fera des deux territoires un seul Etat. C’est la naissance de la « République fédérale du Cameroun » avec deux états fédérés institué par la constitution du 1er septembre 1961. Et ce n’est qu’un mois plus tard, le 1er octobre 1961, que le Cameroun Britannique proclamera son indépendance. Le 20 mai 1972, 11 ans après, le plébiscite du référendum organisé par Amadou Ahidjo supprimera le fédéralisme pour l’instauration d’un « Etat unitaire ». D’où la naissance de la « République unie du Cameroun ». Cet acte, depuis lors, est considéré par les leaders et la population du territoire Britannique dit Anglophones comme un coup d’Etat constitutionnel. Et la marginalisation de la cette minorité linguistique est juste la goutte d’eau de trop.

De frustrations en frustrations, cette marginalisation crée de vives tensions au sein de la population. Ainsi, deux tendances voient le jour : les partisans du fédéralisme pour les modérés et les partisans de la sécession pour les radicaux. La grève des avocats et des enseignants déclenchée depuis octobre 2016 devenait donc une aubaine pour chacune des deux tendances. En fait, le fédéralisme est présenté comme un système dont l’avantage est la prise en compte de la spécificité anglo-saxonne de l’ex-Cameroun occidental dans les secteurs de la justice et de l’éducation, pour ne citer que ces deux secteurs. Ce que ne permettait aucunement l’Etat dit unitaire prôné à partir de 1972.

C’est ce retour à l’Etat fédéral et les velléités sécessionnistes qui sont actuellement la pomme de discorde entre les leaders Anglophones initiateurs de la grève et les autorités. Aujourd’hui, cette problématique sur le fédéralisme a radicalisé les positions dans l’opinion. Il existe alors le camp des Anglophones et de leurs sympathisants Francophones, partisans du fédéralisme d’une part et les partisans de la sécession d’autre part. Dans le camp des Francophones par contre, les positions sont plus complexes. C’est ce dernier camp qui fait l’objet de mon développement ci-dessous. Mais, commençons par situer le débat.

Le Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) face à la tyrannie répressive

La ville morte, appelée « ghost town« , conséquence d’une grève mal gérée par les pouvoirs publics, a obligé ceux-ci à se mettre sur la table de négociation. En face, les leaders Anglophones (enseignants et avocats), pilotes du mouvement de désobéissance civile, résistent à toutes compromissions. C’est à la suite des négociations entre les autorités et ces leaders réunis autour de Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) que l’option du fédéralisme a été posé sur la table. C’était l’une des conditions de l’apaisement et de la poursuite du dialogue. Ainsi, des revendications corporatistes du départ, nous en sommes aujourd’hui aux revendications politiques. Pour des raisons évidentes, comme la tyrannie s’accommode mal avec les exigences du fédéralisme, les autorités ont décidé de mettre fin au dialogue.

Provinces du Cameroun.
Crédit : Wikicommons.

Cette interruption du dialogue accentue la tension et le climat dans ces deux régions anglophones. Les leaders et la population qui s’est joint petit à petit au mouvement de grève, n’entendent pas céder aux intimidations. Les positions se radicalisent. La reprise des cours dans les écoles et universités devient de plus en plus hypothétiques et les autorités craignent le pire. Les deux régions étant paralysées à cause de l’arrêt total des activités économiques et sociales, les autorités ont alors choisi de passer par la force. Interdiction du CACSC, arrestation des leaders et procès pour « actes de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, révolution, insurrection » comme entre autres chef d’accusation, meublent l’actualité depuis janvier 2017.

Les critiques qui fusent pour condamner l’utilisation de la force publique contre les leaders Anglophones deviennent de plus en plus acerbes. De l’autre côté, des arguments sont développés pour montrer la mauvaise foi de ces leaders et par conséquent, justifier l’utilisation de cette force. Parmi ces arguments, deux, que j’appellerai anti-fédéralistes, ont retenu mon attention. Ils soutiennent que le fédéralisme est utilisé comme cache-sexe pour des desseins inavoués. Ils font l’objet d’une opposition tenace des partisans du fédéralisme soutenant la cause anglophone.

Ce que cache le fédéralisme de 1961 (à deux Etats fédérés) : convoitise du pouvoir politique

La première opinion à ce débat est soutenue par Christian Ntimbane Bomo. C’est un avocat camerounais de la diaspora. Il fait une sortie dans un groupe populaire de Facebook (Le Cameroun C’est Le Cameroun) à la suite du passage à la force que les autorités ont opté pour mettre fin au « ghost town ». Pour lui, le retour au fédéralisme à 2 états fédérés, le modèle institué par la Constitution du 1er septembre 1961, est un leurre. La véritable intention des leaders Anglophones est la prise du pouvoir politique. Autrement dit, c’est la succession de Paul Biya qui est leur agenda caché. Voici en substance, ses arguments :

A la lecture de la constitution du 1er septembre 1961 dont les revendicateurs du fédéralisme demandent le retour, on voit que dans le schéma actuel, le vice-président de la République doit absolument émaner des régions anglophones du Cameroun qui forment un Etat fédéré qui sera différent de l’Etat fédéré auquel émane le Président Biya. C’est pourquoi les contestataires anglophones ne veulent pas d’un fédéralisme à 10 états, mais à 2 états pour être sûr qu’un des leurs succédera au Président Biya. Si ce sont 10 Etats, le vice-président peut-être choisi dans un autre Etat car l’article 9 de la constitution de 1961 dit que le Président de la République fédéral et le vice-président ne peuvent être originaire du même Etat. Si le Président est francophone alors le vice-président est anglophone et vice-versa. Ne pas adopter le fédéralisme sur la base de la constitution de 1961 fera échouer le plan, d’où le refus catégorique de la proposition du fédéralisme à 10 Etats. Il y a une seule chose qui justifie au fond tout ce tapage sur le fédéralisme : c’est l’alternance au sommet de l’Etat.

Le simple fait de s’agripper sur le fédéralisme calqué sur le modèle de 1961 est la preuve suffisante que la contestation anglophone n’est pas loin d’être un coup d’Etat constitutionnel. Ces arguments ont pour objectifs de démonter les mécanismes mafieuses d’une main noire et invisible qui tirerait les ficelles de la grève. La radicalisation des leaders Anglophones difficilement manipulables à souhait, rend stupéfait certains observateurs. Les plus durs partageant cette opinion vont jusqu’à taxer les leaders Anglophones des sécessionnistes ou séparatistes.

La grève et la revendication du fédéralisme comme « fabrication d’une insurrection séparatiste »

Le plus célèbre des partisans de cette accusation d’indépendantiste est le politologue Mathias Eric Owona Nguini, enseignant à l’Université de Yaoundé II à Soa, un banlieue de la capitale. Pour lui, les leaders Anglophones utilisent la grève pour des objectifs inavoués et sont par conséquents disqualifiés pour mener un dialogue franc et sincère avec les autorités. Voici une diatribe publié dans sa page Facebook et qui inonde, depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux. De nombreuses publications, comme cette diatribe, relatent quelques faits considérés comme éléments de preuve de la mauvaise foi des leaders Anglophones :

Le Consortium usait de la Grève Générale et de la Revendication du Fédéralisme comme des Moyens de Fabrication d’une Insurrection Séparatiste. Quelques éléments le démontrent :1-Exiger que ce ne soit que les Camerounais Ressortissants des Régions dites Anglophones que les Partisans Découverts ou Masques de l’Ethno-Nationalisme Anglophone appellent Ambazonia ou Southern Cameroons, (Radicaux,,) ou West Cameroon (Modérés) qui participent à un Referendum Constitutionnel sur la Forme de l’État Camerounais, c’est après avoir réveillé le « Problème Anglophone », créer un « Problème Francophone » car comme leurs Compatriotes Anglophones, ceux-ci sont des Citoyens Camerounais que l’on ne peut écarter d’un éventuel Référendum sur la Forme de l’État du Cameroun. 2-Certains des Leaders du Consortium tels que Wilfrid Tassang se vantaient de démontrer par les Opérations « Villes Mortes » que c’était eux du Consortium qui contrôlaient mieux « leur Pays » (le Southern Cameroons) et non ceux qu’ils appellent avec dédain et parti-pris caricatural la « République du Cameroun », montrant que leur Conception est Séparatiste » car ils ne considèrent pas que ce qu’ils appellent alors par Calcul Tactique leur Pays, fasse partie du Cameroun 3-Les Idéologues de ce Mouvement ont une Conception Ethno-Nationaliste de l’Anglophonie qui considère que les Personnes de Culture et d’Expression Anglophones mais venant des Régions dites Francophones, ne sont pas à leurs Yeux des Anglophones, ce qui montre que ce qui est leur Visée Véritable et Déterminante n’est pas la Défense de la Culture Anglo-Saxonne mais la Promotion Rusée d’un État à Vocation Souveraine dans un Délai Rapide même si tactiquement, cela pourrait commencer par un Etat Fédéré correspondant au Territoire du Southern Cameroons. 4-Une Conception Ethno-Nationaliste de l’Anglophonie rend impraticable un Fédéralisme Francophone-Anglophone sur une Longue Durée car les Idéologues Haineux de l’Anglophonie Identitaire ont créé la Figure Fictive du Francophone construit sans ménagement comme Ennemi Absolu, minant la Viabilité de cette Formule du Fédéralisme à 2, j’ai dit du Fédéralisme à 2.

Il devient alors évident que les leaders Anglophones, loin de n’avoir que des partisans, de plus en plus majoritaires, tant de la partie Anglophone que Francophone, doivent affronter non seulement les autorités, hostiles à l’option du fédéralisme, mais surtout des intellectuels Francophones. La précision qu’il faut faire ici est que, contrairement à Christian Ntimbane Bomo, Mathias Eric Owona Nguini n’est pas formellement opposé au fédéralisme. Comme l’enseignant le dit lui-même, c’est la « propension Ethno-nationale et l’inclination souverainiste » des leaders Anglophones qui sont à combattre. Ces intellectuels Francophones se livrent, depuis le déclenchement de cette crise, à la diabolisation de la lutte. Cette position de l’enseignant sur la question anglophone est embêtante. Au lieu de contribuer à la structuration et la construction du fédéralisme qu’il défend, sape plutôt les efforts pour une révolution constitutionnelle. Ces intellectuels Francophones se livrent, depuis le déclenchement de cette crise, à la diabolisation de la lutte.

La force est-elle la solution à la crise Anglophone ?

Ces deux positions précédentes, même si elles ne le formulent pas expressément, donnent raison à la force publique, autrement dit, à la répression et à l’arrestation des leaders Anglophones qui risquent la peine de mort. Car, considéré ces leaders comme des personnes de mauvaise foi, c’est aussi justifier le sort qui leur est réservé aujourd’hui au tribunal militaire. Le procès intenté contre eux, notamment les 27 parmi les 61 personnes déjà arrêtées, a été renvoyé au 23 mars lors de la 1ère journée qui a eu lieu ce lundi 13 février 2017 au tribunal militaire de Yaoundé. C’est en substance les informations rendues publique ce mercredi 15 février 2017 lors de la conférence de presse de Issa Tchiroma, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement :

Au titre de cette intervention de la Justice, 82 personnes ont été interpellées, et 21 par la suite remises en liberté à la date d’aujourdhui. Parmi les 61 personnes toujours en détention, 31 sont en instance de jugement devant la juridiction compétente, à savoir le Tribunal Militaire de Yaoundé. Il est à noter que parmi les personnes en instance de jugement, lune d’elle est poursuivie libre. Pour ce qui est du procès qui s’est ouvert au Tribunal Militaire de Yaoundé le 13 février dernier, 27 personnes sont concernées par ladite procédure parmi lesquelles les nommés NKONGHO Felix AGBOR BALLA et FONTEM AFORTEKAA NEBA, leaders du Cameroon Anglophone Civil Society Consortium, en abrégé CACSC, dont l’existence avait auparavant été frappée de nullité.

La déstabilisation de la souveraineté de l’Etat est le point d’ancrage des arguments des anti-fédéralistes. Après avoir exposé ces deux arguments, il ne fait l’ombre d’aucun doute que les leaders Anglophones sont à la solde des forces exogènes. Pour les tenants de cet argument, il n’est pas question d’user de subterfuges pour accéder à la magistrature suprême. Seul le suffrage électoral est la voie moralement acceptable.

La situation de crise qui perdure n’est cependant pas loin de se terminer. Pendant que le « ghost town » bat son plein, les autorités de Yaoundé comptent sur la force publique pour venir à bout de cette crise. A ce niveau également, les avis divergents se manifestent sur les portes de sortie. Pendant que les uns optent pour le fédéralisme, qu’importe le nombre d’états fédérés, les uns militent pour la décentralisation. Cette dernière, instituée pourtant par la constitution de 1996, n’est toujours pas appliquée 21 ans après. Il ne faut, cependant, pas oublier que la solution de la sécession, critiquée et rejetée par la majorité, a été mise en branle par certains leaders jadis modérés. Que nous réserve alors l’avenir ? Ces trois solutions de sortie de crise feront donc l’objet de notre prochain billet.


Finale de la CAN 2017 : Lions # Pharaons, les temps forts du classico

Le sport est un détail culturel et les Lions indomptables du Cameroun met de la culture dans son alignement à chaque fois que son équipe sort. Ce constat sociologique est flagrant dans la mise en place en cette Coupe d’Afrique et d’avantage en cette finale où le milieu est très dense en récupérateurs tandis que depuis l’attaque Ndip Tambe fait office de défenseur le plus avancé…

L’Égypte a utilisé du trompe-l’œil. Elneny revient après deux matchs d’arrêts en quart et demi-finale… Sa vivacité est tout de suite exploitée…

Les pharaons dominent les Lions à la première mi-temps

Passe limite, celle qu’on appelle killer pass de Salah. Tir à bout portant de Said, de Ondoa fait voir de quoi il est capable sur le tir qui suit. Plongeon au sol, arrêt net…

Supporters des Lions indomptables en liesse
Les supporters Camerounais en liesse pour soutenir les Lions indomptables

Un qui est monté en puissance ces dernières saisons c’est l’arbitre Janny Sikazwe de Zambie dont le destin croise celui des Lions indomptables du Cameroun qu’il a déjà dirigés en quart de finale fructueux contre le Sénégal… C’est lui l’officier de la finale monté à la place de Bakari Gassama le Gambien qui a eu la charge de la petite finale…

On tarde à voir les Camerounais et c’est un choix tactique qui compte aussi sur les gabarits…

La similitude entre les deux équipes est qu’elles prennent peu de buts… 2 pour le Cameroun et 1 pour l’Égypte jusqu’ici en cette CAN. Elles sont amenées par 2 ex défenseurs comme coach… Ce n’est pas pour ça qu’il faut s’attendre à un match ennuyeux…

Le Cameroun ne résiste pas. Il est patient et calme comme son meilleur buteur et libéro Ngadeu. Bassogog Mr « I don’t want things to happen, I make things happen » le prouve après 7 minutes, stoppé par Les 153 sélections d’El Hadary à 44 ans et 21 jours d’âge.

Teikeu solide en présence et dans la tête coupe souvent le chemin aux attaquants Egyptiens. Les Lions ont en lui un digne remplaçant de Magnan Song, successeur qui a bien intégré les conseils de Samuel Eto’o : « utilisez l’équipe nationale comme tremplin pour émerger ». Il quittera sûrement Sochaux dont il est le capitaine…

N’empêche que quand c’est Oyongo qui est directement affecté à la tâche défensive ardue, l’Égypte profite de la faille à la 21ième minute… Deux Joueurs remercient de se retrouver seul. Sur passe feutrée de l’inimitable Salah Elneny et Ondoa se parlent du regard. Le but que marque le premier sur le côté fermé semble surprendre les deux parce que tout laisse penser à un centre… But intelligent!

Le capitaine Moukandjo sonne l’assaut et se bat pour que le ballon ne rentre pas souvent du côté Camerounais… Les combinaisons des Lions démontrent qu’ils réagissent bien. C’est l’heure de construire et non celle de la précipitation… Ils savent que l’Égypte a Le potentiel pour tuer le match…

La blessure de Teikeu tombe très mal à la 23ième… Les joueurs en profitent pour se ravitailler en eau…

On revient et Oyongo stoppe la star Salah pour démontrer qu’il reste bien dans sa tête… Le but concédé ne l’a pas affecté… Loin de Là!

Coup dur pour Teikeu, sortir en finale, le jour du match de sa vie… À la 30ième minute, Nkoulou reprend ses droits au centre de la défense, encensé par le reportage d’El Hadj Diouf… Le Sénégal soutient le Cameroun… Les gradins lui font écho : LE GABON SUPPORTE LE CAMEROUN… Finalement!

La pelouse continue de faire des victimes… C’est le point épineux sur lequel l’organisation de cette CAN a péché…

La belle combinaison avec renversement d’ailes à la 33ième ne produit pas. Bassogog envoie dans le décor… Nkoulou et Ngadeu dialoguent des pieds derrière quand le Cameroun a besoin de monter et pour peu l’Égypte qui rejette visiblement le combat physique ne les surprend pas…

Quand les Lions sont devant les buts adverses, c’est Elneny qui défend… l’Égypte joue regroupée et empêche que le Cameroun mette un attaquant déstabilisateur devant le gardien… Pour ce, le corner se solde par un gâchis…

Pour l’instant Elneny est l’homme du match. Arsenal a fait l’affaire avec lui. Sa faute tactique de la main au milieu donne un coup franc loin d’inquiéter l’Égypte à la 38ieme…

L’Égypte veut endormir la mi-temps et la faire mourir… Oui elle est fière et forte tactiquement… Le long ballon de Nkoulou est inexploitable pour Ndip Tamba… Hector Kuper est en train de déployer son cours tactique aux yeux du monde…

À deux minutes de la fin de la période, le centre d’Oyongo qui contraint El Hadary à sa première sortie manquée n’est pas exploitée par les Camerounais et il faut Ondoa pour que Salah ne fasse pas mouche sur un contre…

Siani veut réveiller les siens par un tir osé car ça manque d’initiative… Le Cameroun tente de finir en attaque mais l’Égypte coulisse bien gauche-droite. On en reste là… Un carton jaune partout… 5 tirs pour le Cameroun qui a 63% de possession de balle, 2 tirs et un but pour l’Égypte qui se contente de 37% de possession de balle… Elle se cache mais ne cache ni son jeu ni son intention…

Les lions se réveillent au retour de la mi-temps

Au retour c’est le quitte ou double. Plus de calcul. Sur 10 rencontres l’Égypte a eu le dessus 5 fois, Le Cameroun 3 et il y a eu 2 nuls mais, les pharaons peuvent se targuer d’avoir remporté le plus de rencontres déterminantes… Aboubakar a la charge de faire une bonne révision du Cameroun sur cette statique. Ndip Tambe lui a cédé sa place…

Seulement p

Les deux capitaines des Lions brandissent le trophée
Le capitaine des lions Moukandjo et l’ex-capi Nkoulou brandissent le trophée

erdre la balle sur une action de touche en Attaque n’est pas digne du haut niveau… Il faut le meilleur Nkoulou pour briser la course du rapide Trezeguet mis sur orbite par le développement de ce loupé… Les égyptiens tentent d’endormir les Lions. Ceux-ci veulent habiter le camp des Pharaons et ce n’est pas mal pensé…

Il faut trouver la faille dans cette défense égyptienne qui ne sort jamais… Les coups de pieds arrêtés sont la voie mais ça tarde… Bassogog a changé d’aile et reste incisif… Non, il est même plus percutant à gauche!

Pris de cours, Oyongo permet au précieux Salah de glaner un coup franc astucieux pour les pharaons… Tous les grands montent mais l’action dangereuse devient camerounaise sur la relance avec Bassogog inspiré par Oumarou lors de la malheureuse finale perdue devant l’Égypte au Caire en 1986 quand il n’était pas né…

Le ballon est souvent dans le camp égyptien et de coup de pied en coup de pied arrêté, le meilleur passeur de la CAN le Capitaine Moukandjo (Ah Le Joueur qu’il est!) rappelle au monde comment on reconnaît les Camerounais… Sur le développement d’un corner il laisse partir un centre… La sortie de Teikeu était elle tactique? Surgi du tas, Nkoulou voyage en l’air et tandis que la Douane égyptienne contrôle ses valises, il dépose le cuir où seule une toile d’araignée bionique peut le stopper…

Egypte 1 – Cameroun 1

Nous jouons la 58ième minute:..

L’égalisation transfigure les Lions… Leur suprématie physique existe vraiment… Elle est là!

65ième, Ramadan Sobhi de Stoke City qui connaît bien le haut niveau entre pour Trezeguet… Les égyptiens repartent par une faute sur Elneny mais Les Lions défendent de mieux en mieux… Ngdeu fait le ménage… C’est sur lui que bute Salah à la 71ième minute…

La rentrée de Vincent Aboubakar est saluée par Moukandjo qui est plus libre de créer le malheur chez les adversaires en inspirant les siens… Le colosse et véloce Jacques Zoua par de gestes vigoureux des bras dit clairement qu’on doit encore doser du tonus physique, Nkoulou encore lui, très aimé par Diouf envoie d’une tête un corner au dessus de la barre, contrôlé par Hegazy…

Après avoir vu à la 76ième Zoua chevaucher et révéler les insuffisances des égyptiens dans l’axe en défaut de lucidité à 15 minutes de la fin du temps réglementaire, Belle chevauchée d’Abou qui permet au Capitaine Benjy de frapper à la 82ième…

C’est un autre match et encore corner de Moukandjo. La tête de Ngadeu est reprise tranquillement par El Hadary. On a remarqué qu’il n’est pas bien dans les sorties ce soir…

Ce sont les essais généraux du but Camerounais qui n’est que renvoyé…

Le Coup de sombrero du talon de Salah est ramenée sur terre… C’est un message pour les Camerounais qui ont bien reçu… Les Lions pressent haut et le jeu intelligent de Moukandjo est exquis… Sa contribution dans le match est immense…

Quand il ne reste plus que 13 minutes, le match baisse de nouveau d’intensité. Les égyptiens aiment ça et une perte de Ngadeu en défense crée heureusement juste une frayeur. Zoua pouvait mieux gérer le contre qui a suivi à la 84ième. Il lâche un tir qui fuit ses ambitions et s’éteint sur le côté… L’une-deux d’aile en aile de Bassogog et Moukandjo est chiche mais le Cameroun tient le stylo sur son sujet. Les deux combinent encore pour un intérieur de pied qui renvoie encore le 2-1… Celui-ci se rapproche.

Les crampes commencent à dire que la fraîcheur physique manque quand Bassogog met tactiquement la balle en touche pour que l’égyptien au sol reçoive des soins…

La minute du mental approche…

Le mental : « tu peux tuer les Camerounais mais tu ne les déshonore pas » Paroles de l’ex Goleador Sénégalais sur Africa N°1…

La radio panafricaine fait partie des supports techniques que j’utilise dans ma cabine en plus du live du stade pour compléter mes analyses qui s’appuient aussi sur RTB du Burkina, CRTV du Cameroun, Nos amis Sénégalais et Gabonais…

Le centre sorti de Moukandjo qui reçoit de Vincent est poussé dans les filets par Bassogog. Même si l’arbitre a sifflé avant, ce perce-goal est à l’avantage psychologique des Lions…

Encore 6 minutes à jouer et l’inutile faute de Collins Fai sur Ramadan risque d’induire les Camerounais à réclamer sa tête. La splendide ligne haute de la défense Camerounais donne la visibilité au gardien Ondoa de gérer pendant que l’Égypte s’écrase sur un hors-jeu… Ce fragment est juste trop beau à voir d’un hélicoptère pour être d’enseignement aux élèves footballeurs…

Le long ballon que Arnaud Djoum donne aux Egyptiens en cherchant ses attaquants permet à tous de respirer et au Cameroun de se positionner… Le Cameroun cherche une nouvelle haleine à la 85ième mais le public voudrait crier aux Lions qu’un coup-franc joué vers l’arrière à la 87ième est stupide puisque les Égypyiens accourent sentant la balle de match s’ils réussissent à subtiliser le ballon… Mais c’est un piège…

Tout le Cameroun est dans sa moitié de terrain… Sauf… Sauf un Joueur…

Pourquoi une relance longue part immédiatement et donne l’impression d’un dégagement destiné à chasser non pas les égyptiens mais le ballon sur 50 mètres?

C’est que 50 mètres plus haut il y a un joueur qui a appelé le ballon et sait de ses coéquipiers qu’ils préparaient la fête à la défectueuse défense centrale de l’Égypte… Il avait aussi à cœur de montrer à l’excellent Salah comment on ne gaspille pas un beau sombrero à l’entrée de la surface comme il avait fait 14 minutes plus tôt : il s’agit de Vincent Aboubakar…

Il reçoit calmement le ballon de la poitrine entre 2 joueurs. Le gardien sortant rentre entre ses poteaux et Abou le voit… quand celui-ci rappelle le ballon avec un somptueux sombrero de la pointe du droit sur le premier défenseur, une seule fraction de seconde est passée et les joueurs autour de lui sont trois… Intelligent et rapide il ne donne pas au cuir le temps de toucher le sol et envoie El Hadary chercher le ballon au fond des filets…

Quand celui-ci revient avec le Ballon pendant que l’euphorique Abdou court jubiler vers les tribunes, l’expérimenté gardien lui lance « Hé tu fais ça à moi le meilleur gardien de l’histoire de la CAN? » Abou lui répond la tête vers l’arrière sans arrêter sa course : «Je t’avais réservé l’honneur du plus beau but de la CAN et le témoignage du fait que parfois il y a 2 sans 3!»

Sur cette relance venue de nulle part (ah Oui Siani!), la magie de Vincent fait danser Samuel Eto’o…

Abdou ne courait pas vers son banc de touche mais vers la tribune où étaient assis les anciens Lions devant qui il se prosterne… Il se prend un carton jaune pour s’être déshabillé mais c’est de bonne guerre…

Avant de complètement consommer cette longue 88ième minute, quand j’ai le buteur au téléphone mystique, je lui demande « petit, comment tu sais que j’ai rêvé de toi qui reçois de Zoua et nous amène au paradis!? » Il me répond «Grand il fallait bien que quelqu’un démontre un jour aux Égyptiens que le Mont N’Gaoundéré est plus haut que la pyramide de Keops et qu’il peuvent se barrer avec leur Osiris puisque Notre Ngwati était déjà en position avec nos Dieux avant ou bien!? »

Et quand Fai commet la faute qu’il ne fallait pas pour un autre jaune qui occasionne un coup franc périlleux, il y a du temps pour Ondoa de faire sa balle de match… finalement elle ne l’est ni pour lui, ni pour les Égyptiens…

Les nerfs des pharaons ont craqué et j’ai en cette vie la possibilité de raconter à mon fils que Zoua est sorti à la 93ième minute d’une finale finalement remportée devant l’Égypte. Le solide Georges Mandjeck remplace le véloce Jacques Zoua. On densifie le milieu de terrain du côté d’Hugo Broos. Mandjeck entre donner du souffle et sonner l’entame de la chanson qui dit que Les Lions sont de retour avec une cinquième Coupe d’Afrique : un signe indien est brisé… NOUS AVONS PRONONCÉ NOTRE DIVORCE DE L’ÉGYPTE!

Une belle fin, enfin! L’espoir peut-il revenir chez les Camerounais?

Les gens pensaient réduire le Cameroun à son impact physique. Les Lions ne le répudient pas mais l’ont fait à la camerounaise avec à la clé Moukandjo homme du match!

Entendre le capitaine couvrir d’éloges les buteurs et le coach confirmer qu’il avait dit : « Nkoulou aura son moment et laissera ses marques sur cette Coupe D’Afrique » nous force à penser que nous sommes au début de l’épopée d’une génération incroyable avec un coach exceptionnel qui n’est pas seulement gagnant aujourd’hui mais prometteur pour la COUPE DU MONDE en 2018 et une Grande CAN à la maison en 2019…

Deux remplaçants sont rentrés faire le match. Les deux plus anciens. Deux vétérans qui ont accepté le banc de touche et montrer qu’ils savent comment on fait… La force de l’expérience humble!

Aboubakar n’a pas marqué le but de Victoire mais le début de sa victoire…

Le public Camerounais l’aime mais ne l’estimait pas parce qu’il ne savait pas si Aboubakar l’aime… Il lui a fait une belle lettre d’Amour ce soir !

Bassogog sort sur une civière et ça fait partie des astuces de victoire pour que du sang de pharaon finisse dans la sauce!!!

L’Égypte absente depuis 7 ans revient et joue une finale. C’est l’équipe à féliciter même si la malédiction du coach Kuper qui perd encore en finale continue…

Quand je quittais le Cameroun le 5 janvier dernier pour un bref séjour en Europe Avant d’obtenir mes lettres de créances pour le Gabon, je disais que dans le pays de Roger Milla on n’avait pas l’impression qu’une CAN se préparait, tellement le public était en désaffection et ne s’enthousiasmait plus que pour les Lionnes footballeuses, malheureuses finalistes en décembre à la maison…

Le Cameroun après en avoir joué le jour de l’ouverture joue et remporte le match de clôture de cette CAN…

Aux Lions la Grande Finale, aux Étalons la petite, à la Poule A de dire qu’elle était la plus forte et il n’y a véritablement plus de favoris à priori…

J’ai envie d’aller ressusciter Louis Paul Mfede pour lui dire que nous avons vengé ce qui lui est arrivé en 1986. Ce 21 mars là j’avais aussi encaissé la frustration de la pluie en plus de la douche froide que se prit toute la Nation après le tir au but manqué de Kana Biyick, consolé Par Claude Le Roy…

Tous les Lions arborent le maillot dossard 17 et on comprend pourquoi : ça fait 13 ans et 8 mois que nous voulons saluer la mémoire de MARC VIVIEN FOE avec un sacre sur le terrain : C’est Fait!

Hugo BROOS passera-t-il de sacrifié à sanctifié?

Fidèle à lui-même, il a laissé ses garçons faire la fête en restant effacé et n’est apparu qu’à la fin, voulu par eux, porté en triomphe pour un instant : cette gloire est l’œuvre de sa stratégie!

Comme Mbouh avec Milla en 1988, Moukandjo soulève le Trophée en compagnie de Nkoulou le Capitaine des vestiaires, temple sacré pour tout Joueur !

Au Cameroun, les maisons sont vides, les rues sont pleines, une marée humaine dégageant une liesse incontrôlable…

Imaginez l’orgie populaire Au retour des Lions ce Lundi…

Sur le plateau du Club CAN Le Capitaine Song revenu de loin est aux anges… Il dit que c’est le meilleur cadeau qu’on pouvait lui offrir mais c’est lui notre porte-bonheur!

Les 38 200 spectateurs ce soir au stade de l’Amitié d’Angondjé, sur les 40 000 places disponibles ont rempli ce joyau pour encore s’il le faut nous signifier que le Gabon a mis la barre haute…

Aux pays des Panthères, LES LIONS SONT DE RETOUR!!!

Mathias LiønKïng Mougoué,


« Ghost town » : pourquoi ce mouvement populaire Anglophone suscite-t-il des émules au Cameroun ?

Février, voilà déjà 4 mois que le « ghost town » fait la loi, que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest camerounais sont en arrêt d’activité totale. A l’origine, une grève des avocats et des enseignants qui tentent d’obtenir des autorités de Yaoundé une meilleure prise en compte de la spécificité anglo-saxonne du système judiciaire et éducatif de cette partie du territoire national. Les négociations engagées entre les grévistes et les autorités se sont soldées jusqu’ici par un échec cuisant.  Aujourd’hui, les deux camps se sont radicalisés au point qu’il est difficile de savoir ce que demain nous réserve.

Le « ghost town » comme « ville morte » ou encore mouvement non-violent ?

Cette situation des régions Anglophones fait dire à certain que le Cameroun est en train de traverser l’une des parties la plus importante de son histoire. Pour une première fois donc, cette partie du pays est en arrêt total des activités. Les populations suivent à la lettre les consignes des leaders. Cela consiste évidemment à respecter les principes du mouvement d’arrêt d’activités plus connu sous le concept de « villes mortes » et que les Anglophones nomment allègrement « ghost town » (ville fantôme).

Ville morte : ghost town
Ville morte : ghost town

Seulement, les villes mortes au Cameroun, pendant les années de braise (1990-1991) sont nettement différentes du « ghost town ». Les Anglophones ont décidé d’adopter la stratégie de la non-violence à la lumière des praticiens comme Matin Luter King et Gandhi que les intellectuels comme Henry David Thoreau (1817-1862) et Léon Tolstoi ‘1828-1910) avaient eu à théoriser en leur temps. Oui, les leaders corporatistes Anglophones qui conduisaient la grève, face au radicalisme des autorités qui ont choisi de les considérer désormais comme des sécessionnistes, ont décidé d’adopter la méthode de la non-violence qui laisse perplexe certains détracteurs.

Le « ghost town » consiste ici à rester à la maison. Les rues sont alors complètement désertes et les activités économiques, les écoles, les tribunaux et les services publics sont à l’arrêt complet. L’avantage de cette stratégie est double. Premièrement, éviter les dégâts matériels et humains. La police et la gendarmerie, dites « anti-émeute » spécialistes de la répression, faute d’aller chercher les grévistes et les passer à tabacs, n’ont pas trouvé mieux que de déambuler en pleine ville déserte. Il n’y a pas de manifestation, pas de rassemblement, encore moins de regroupement. Bamenda, Buea, Limbé, Kumba, pour ne citer que les villes anglophones les plus célèbres, restent inanimées. Seule, l’armée vadrouille à la recherche du travail. C’est donc un mouvement silencieux : le « ghost town » ou la non-violence.

Les maîtres d’œuvres de toute cette organisation se trouvent être les avocats et les enseignants retrouvés dans une plateforme dénommée The Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) dont l’objectif est de rendre les négociations plus efficaces, coordonner le « ghost town », «faire pression sur le gouvernement pour qu’il trouve des mesures concrètes aux revendications anglophones», selon les explication des leaders du Consortium.

La radicalisation et la répression comme conséquences du « ghost town »

L’opinion nationale est, depuis le déclenchement de ce mouvement, nourrie par des débats dans les médias et les réseaux sociaux. Les positions sont plus ou moins tranchées sur les intentions des leaders grévistes. Le fédéralisme, l’un des éléments de revendication, est devenu le point d’achoppement du mouvement « ghost town », voire le point d’affrontement entre les Camerounais favorables au fédéralisme ou non. Le climat est resté tendu au cours des négociations avec les autorités lorsque les leaders Anglophones avaient souhaité poser sur la table cette question du fédéralisme. Les positions tranchées sur cette question n’ont pas permis la poursuite des négociations jusqu’à sa rupture. Les leaders, loin d’être naïfs, se sont alors heurtés aux intérêts des caciques du pouvoir.

Du coup, c’est le début d’une série noire marquée par des répressions policières proprement dite. A défaut de traquer la population dans les rues désertes, il fallait, à tout prix, trouver un bouc-émissaire. Ce bouc-émissaire, c’est le SCNC. De quoi s’agit-il ? Le Southern Cameroon National Council (SCNC) est un parti politique créé en 1995 dans la partie anglophone. Son programme est axé sur la sécession du Cameroun anglophone pour la création d’un autre Etat indépendant appelé Ambazonie.

Les avocats venus soutenir les organisateurs du ghost tonwn
Une foule d’avocats réunis pour la défense des leaders du Consortium, organisateurs du ghost town

La répression commence d’abord par une première phase : l’interdiction, à travers un arrêté du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, du SCNC et du Consortium le 17 janvier 2017. Le ministre René Emmanuel Sadi considère que l’existence de ces organisations est illégale : « Sont nulles et de nul effet, pour activités contraires à la Constitution et de nature à porter atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’intégrité du territoire, à l’unité nationale et à l’intégration nationale, les groupements dénommés Southern Cameroon national council et Cameroon anglophone civile consortium». Ce décret unique interdisant deux organisations distinctes par leur objectif, crée donc la confusion dans les esprits des Camerounais en donnant l’impression que le Consortium est l’œuvre des sécessionnistes.

Ensuite, la deuxième phase a pour actes majeurs l’arrestation des leaders du Consortium, quelques heures après la publication de l’arrêté d’interdiction, entre les 17 et 18 janvier 2017. Aujourd’hui, les leaders principaux du Consortium dont l’enseignant d’université Dr Fontem Neba et l’avocat Me Agboh Balla, sans oublier le magistrat Anglophone hors hiérarchie Ayah Abine en service à la cour suprême, sont actuellement détenus à la prison centrale de Yaoundé. Enfin, la troisième phase concerne le procès proprement dit au tribunal militaire à Yaoundé. Initialement prévu pour le 1er janvier 2017, il a été reporté au 13 février prochain.

Au total, huit chefs d’accusation pèsent sur eux, à savoir : hostilité contre la patrie, sécession, guerre civile, révolution, bande armée, propagation de fausses nouvelles, atteinte aux agents publics de l’État et résistance collective. Ils risquent la peine de mort en vertu de la loi du 23 décembre 2014 sur le terrorisme qui stipule à son article 2 ce qui suit : « Est puni de la peine de mort, celui qui, à titre personnel, en complicité ou en coaction, commet tout acte ou menace susceptibles de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique, d’occasionner des dommages corporels ou matériels, des dommages des ressources naturelles, à l’environnement ». Malgré tout, la situation reste un peu tendue selon le journaliste Boris Berthold qui s’exprime en ces termes :

Sur le terrain la grève se poursuit malgré le fait que l’internet reste coupé. Jacques Famé Ndongo (ministre de l’Enseignement supérieur, ndlr) demande aux recteurs de l’université de Buea et de Bamenda de contraindre les étudiants à reprendre les cours. D’après plusieurs sources certains étudiants majoritairement francophones ont commencé à rejoindre le campus. Les nouveaux leaders du Consortium leur demandent ainsi qu’aux parents de ne pas mettre leur sécurité en danger. À Buea, le maire de la ville menace de sceller les commerces qui n’ouvrent pas. Internet reste toujours coupé dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest. Yaoundé qui a rompu la négociation refuse de faire la moindre concession. Entre temps les marches des camerounais de la diaspora se poursuivent dans les grandes capitales occidentales.

Pendant que les mobilisations pour la défense des leaders Anglophones se préparent, les Camerounais s’activent à travers les médias et les réseaux sociaux. Les condamnations du mouvement « ghost town » fusent de toute part. Pendant que les uns s’opposent au fédéralisme, les autres accusent les leaders Anglophones d’être à la solde des mouvements de déstabilisation dont l’idéologie est fondamentalement séparatiste et indépendantiste.

Les premiers stipulent que, demander le retour à la forme fédéraliste de l’Etat (1961-1972), serait une entrave à l’unité nationale du pays, et ceci, quel que soit le nombre des Etats fédérés.

Au prochain billet, un bref condensé sur les auteurs et leur thèse sur l’anti-fédéralisme.


Cameroun : pourquoi les Francophones ont-ils peur du fédéralisme ?

Le fédéralisme, bien qu’étant un vieux débat qui date de 1961, revient en force aujourd’hui. Au fait, de quoi s’agit-il? Des revendications des avocats, puis des enseignants, corporatistes au départ, donnent aujourd’hui des allures de revendications politiques. Ces revendications ont pour point de mire la modification de la forme de l’Etat pour passer de la « République du Cameroun » à la « République Fédérale ». C’est donc une sorte de révolution que les constitutionnalistes appellerait l’avènement de la deuxième république. Pourquoi ce vieux débat à l’ordre du jour à la conférence de Foumban en 1961 et qui a connu la signature d’un accord instituant le fédéralisme (annulé par référendum en 1972) revient sur la scène publique depuis octobre 2016? Pourquoi le réveil du vieux démon fait-il peur aux Francophones?

Wirba porté en triomphe. Le fédéralisme en action
L’honorable Joseph Wirba, député SDF porté en triomphe après un meeting dans un marché à Bamenda pour expliquer le bien fondé du fédéralisme

Parce que le fédéralisme de 1961 représente une phobie de l’histoire basée sur une division linguistique étrangère

Il faut d’ailleurs rappeler qu’à l’indépendance, le Cameroun Francophone était désigné « République du Cameroun ». Cette appellation a été abandonnée après la conférence de Foumban du 17 au 21 juillet 1961 où les deux Cameroun (Francophone et Anglophone) ont décidé de se réunir : c’est la réunification qui a accouché la fédération à deux Etats fédérés (Cameroun occidental chez les Anglophones et Cameroun oriental chez les Francophones). C’est la « République Fédérale du Cameroun ». Cette fédération a été dissoute le 20 mai 1972 à la suite d’un plébiscite. D’où le changement du statut de « République Fédérale du Cameroun » à « République Unie du Cameroun ». En 1984, la « République Unis du Cameroun » devient « République du Cameroun » par une adoption à travers le vote des député à l’assemblée nationale composée uniquement du parti unique au pouvoir. Ainsi, cette marginalisation vécue par les Anglophones est décriée depuis le plébiscite de 1972 considéré comme la manigance d’un complot des Francophones conduits par le feu président Ahidjo contre les Anglophones. De quoi parle de la thèse du complot?

Aujourd’hui, la thèse du complot consiste à dire que les différents changement du statut de l’Etat du Cameroun n’était pas le fruit d’une volonté populaire. Du président Ahidjo à Biya, chacun a été mû par cette volonté de consolidation du pouvoir central. La fédération n’était plus au goût d’un système dictatorial secoué par des nationalistes qui donnaient des sueurs froides au régime. La centralisation du pouvoir politique devient nécessaire pour assurer le contrôle du système. D’où le fondement même du système jacobin à l’image de la colonie. C’est la raison pour laquelle les constitutionnalistes qualifient le système camerounais de présidentialisme absolu. Le président de la république est l’Alpha et l’Oméga, le maître à jouer. Le prétexte pris par le pouvoir de Yaoundé se trouve dans le fameux slogan devenu le leitmotiv : « Etat unitaire » donc la célébration a lieu tous les 20 mai, jour du référendum qui a connu la victoire du « Oui » pour la suppression du fédéralisme.

Seul la « République Fédérale du Cameroun » peut être considérée comme légitime pour la simple raison qu’elle a été impulsée à la suite du premier plébiscite de l’histoire du Cameroun qui a eu lieu les 11 et 12 février 1961. Ces jours-là, une partie de la population Anglophone du Norderns Cameroon décide de se rallier au Nigéria, contrairement au Southerns Cameroon qui opte pour un ralliement avec la République du Cameroun indépendante depuis le 1er janvier 1960 et dirigée par Amadou Ahidjo. Donc, la conférence de Foumban de juillet 1961 qui a vu la naissance d’un Etat fédéral n’était pas un fait de hasard. C’était le fruit d’un consensus à la suite d’un référendum dont la victoire du « Oui » pour la réunification avec la « République du Cameroun » témoigne de la volonté des Anglophones de se rallier avec les Francophones. Donc, ce retour au fédéralisme sous le modèle de la constitution de 1961 avec deux Etats fédérés sous la base linguistique (un Etat pour las Anglophones et un autre Etat pour les Francophones) ne semble pas être du goût des détracteurs du fédéralisme que sont les Francophones. Ceux-ci estiment que Ahidjo et Foncha qui conduisaient les délégations respectives des Francophones et des Anglophones n’étaient pas crédibles. Avec ces deux griefs de la langues et de la crédibilité des leaders, les conclusions de la conférence de Foumban qui a abouti à la constitution de 1961 étaient non fondées parce que conçues sur des bases biaisées. Il a fallu attendre 1990 pour voir émerger un parti politique qui met la question du fédéralisme sur la table.

Parce que, des revendications corporatistes, on est passé aux revendications politiques sous l’impulsion du SDF considéré à tort ou à raison comme le seul leader de l’opposition

Le Cameroun, et plus précisément les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, regroupant une population parlant anglais, connait de vives perturbations. Tout a commencé le 11 octobre 2016 à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest, où les avocats on décidé de descendre dans la rue. Les avocats d’origine de ces deux régions revendiquent, entre autre, la version anglaise des textes suivants : les Actes uniformes de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), du Code CIMA (Conférence Internationale des Marchés d’Assurance) et de la réglementation de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Les enseignants, à leur tour, ont commencé la grève le 11 novembre à la suite des préavis . Leurs revendications corporatistes portent sur, entre autre : l’uniformisation de la loi sur l’orientation scolaire de 1998, l’application des décisions consensuelles adoptées en 2012, la convocation d’un forum national de l’éducation prévu par le cahier de charge arrêté d’accord partie en 2014, etc.

Ces revendications, qui datent de bien longtemps, témoignent de ce que la grève qui est déclenchée jusque-là, est l’aboutissement d’un statu-quo des autorités compétentes pour répondre à la résolution des problèmes du secteur concerné. En fin de compte, ces revendications, qui sont pour la plupart spécifiques aux deux régions d’expression anglophone, entraînent aujourd’hui non seulement la colères des avocats et des enseignants, mais surtout celle de toute une population qui a fini par penser qu’elle est considéré comme des parias de la bourgeoisie régnante de Yaoundé. C’est donc la résultante d’un malaise que cette catégorie de population dite Anglophone appelle « marginalisation ». Ce passage des revendications corporatistes aux revendications politiques ressemble, pour ainsi dire, à un coup monté, selon les autorités. Il n’en demeure pas moins vrai que le politique s’est saisi de l’affaire pour en faire un caillou dans la chaussure du pouvoir avec à la clé une immixtion du Social Democratic Front (SDF). C’est le 28 novembre 2016 que le SDF, principal parti de l’opposition avec son siège à Bamenda est entré dans la danse. Le discours de son président John Fru Ndi devant une foule de militants et sympathisants marque le début d’un long processus de négociation avec comme point d’achoppement le fédéralisme qui est formulé dans le programme politique du SDF. Ce glissement facile vers le politique donne la sueur froide surtout aux autres partis politiques dirigés par les Francophones. Ceux-ci ne voient pas d’un bon œil la nouvelle percée du SDF, parti politique d’origine Anglophone, spécialisé, avant, dans le radicalisme et que les détracteurs taxent aujourd’hui son président d’ami intime de Paul Biya.

Parce que les autorités, en majorité Francophones, sont moulées au système jacobin et réfractaires à la décentralisation, gage de l’autonomie des communautés

La crise socio-politique dans ces deux régions qui connaissent depuis le 11 octobre une instabilité, s’apparente, malheureusement aujourd’hui, à une guerre froide entre les deux communautés linguistiques, Francophones et Anglophones. C’est un conflit dont les enjeux, basés sur la forme de l’Etat Camerounais, sont, pour ainsi dire, une suite logique de l’éducation héritée de la colonisation. Ainsi, le Cameroun oriental (Francophone) sous la tutelle de la France, a été calqué et moulé sur le système éducatif français comme l’est le Cameroun occidental (Anglophone) sous le système éducatif anglais. D’où la tendance des Camerounais Francophones au système jacobin. Tandis que que les Camerounais Anglophone ne s’accommodent pas d’un système de centralisation du pouvoir politique à outrance contraire à une autonomie des communautés distinctes. D’où leur aversion au jacobinisme. C’est tout le contraire du fédéralisme connu dans presque tous les pays d’expression anglaise dans le monde ont où la garantie d’une autonomie de gestions des ressources locales est considérée comme une tradition.

La centralisation du pouvoir appelée pompeusement « Etat unitaire » adopté en 1972 comme si l’union faisait problème au Cameroun, a commencé à faire des émules à partir de 1990, années marquées par des mouvements populaires de revendication pour plus de liberté. Les « villes mortes » qui ont suivi mettent le pouvoir de Yaoundé en position de faiblesse face à la poussée du vent de l’Est. Après avoir refusé une « conférence nationale souveraine » exigée par les partis politiques de l’opposition, Paul Biya cède enfin à l’organisation d’une « conférence tripartite » réunissant à la fois le parti au pourvoir (RDPC), les partis d’opposition et la société civile. Ainsi, du 30 octobre au 15 novembre 1991 au palais des congrès de Yaoundé, une résolution avait été prise visant à amender la constitution qui a été adoptée en 1996. celle-ci, en vigueur actuellement, prévoit, heureusement, la mise en place de la décentralisation. Malheureusement, pourtant, après l’adoption de cette constitution le 18 janvier 1996, 21 ans après, cette décentralisation n’est pas encore effective.

L’argument avancé par les autorités pour justifier le retard du processus de décentralisation est qu’il est très long. Que faut-il de spécial pour mettre en place une décentralisation qui date de 1996? 21 c’est un peu trop long et suffisant pour démontrer la mauvaise foi du pouvoir. Celle-ci découle du fait que les pontes du pouvoir, en majorité Francophones, ont peur de se départir d’une partie de leur pouvoir administratifs et financiers au profit des communautés locales de gestion. Ce qui a pour conséquence une décongestion des pouvoirs à Yaoundé vers les régions. Ce qui va permettre la suppression de la corruptions et des enchères, socles du pouvoir dictatorial.

Cet argument est loin d’arranger les partis politiques Francophones qui ont opté pour la décentralisation. Ils continuent de croire à une manœuvre pour contourner cette disposition constitutionnelle. Pour les Francophones, c’est le non respect des deux clauses principales de la tripartite, à savoir la limitation du mandat à deux ans dont le verrou a été levé en 2008 d’une part et d’autre part et de la décentralisation qui a entraîné les mouvements populaires qu’a connu le Cameroun : celui de février 2008 qualifié d’émeute de la faim et celui que connaissent les régions Anglophones aujourd’hui.

Parce que le fédéralisme représente la dictature de la minorité Anglophone sur la majorité Francophone

Le fédéralisme est aujourd’hui présenté comme la solution idoine à la crise socio-politique qui perdure déjà depuis plusieurs semaines dans ces deux régions Anglophones. Mais, la question sur la méthode de son institutionnalisation pose problème. Tandis que les uns évoquent la convocation de l’assemblée nationale, d’autres estiment que le référendum feraient l’affaire. L’option de la convocation des députés de la nation est déjà considérée comme une filouterie dans la mesure où le parti politique au pouvoir occupe la majorité des sièges. Reste donc l’option du référendum. A ce niveau encore, la question posée est le choix des électeurs sur un référendum sur la forme de l’Etat.

Qui seront appelés à voter? Les Anglophones ou les Francophones? Les Anglophones estiment qu’ils doivent être les seuls à être convoqués au référendum sur l’adoption ou non du fédéralisme. C’est une décision importante dans la mesure où ce sont eux, territoire sous mandat des Anglais (Nordherns Cameroon et Southerns Cameroon), qui étaient appelés les 11 et 12 février 1961 au référendum organisé par l’ONU pour le « Oui » ou le « Non » au ralliement avec le Cameroun d’une part et le Nigéria d’autre part. Le Nordherns Cameroon choisit le ralliement à la « République Fédérale du Nigéria », tandis que le Southerns Cameroon choisit le ralliement à la « République du Cameroun ». Ce qui a conduit Ahidjo et Foncha à la conférence de Foumban où le fédéralisme a été adopté pour préserver l’autonomie dont les Anglophones du Southerns Cameroon disposaient déjà grâce à l’administration coloniale britannique. Logiquement, le référendum décidé par Ahidjo en 1972 ne devrait concerné que les Anglophones pour savoir si « Oui » ou « Non » ils accepteraient de vivre dans un Etat unitaire avec les Francophones. Mais, ça n’a pas été le cas. En associant les Francophones majoritaires à presque 75%, on a contribué à biaiser le vote tout en sachant que ceux-ci allaient voter en majorité pour le « Oui » à la suppression du fédéralisme.

Aujourd’hui, le même débat se pose et on en est déjà à spéculer sur un probable référendum sur le retour du fédéralisme au cas où les revendications des Anglophones aboutiraient à cette révolution constitutionnelle. Les Francophones n’entendent pas être à l’écart parce que c’est une question qui concerne la forme de l’Etat qui les abrite aussi. S’il arrive que le référendum inclut aussi les électeurs Francophones, peut-on prévoir la mort du fédéralisme parce que la majorité Francophone a peur de ce système? Je doute fort. En plus l’échec du fédéralisme dans un référendum ne résoudra pas pour autant le problème Anglophone. Donc, à défaut d’organiser un référendum réservé uniquement aux Anglophones, une conférence dite nationale serait indiquée.

Envisageons même le cas où ce référendum concernerait tous les Camerounais. La culture politique des jeunes d’aujourd’hui n’est plus la même que celle de 1972. Le développement des moyens de communication permettant à la masse d’avoir accès à l’information est un atout favorable à l’émancipation de la jeunesse Francophones capables de dépasser ces clivages de la diabolisation. Une campagne s’imposera pour sensibiliser les plus sceptiques afin de les amener à comprendre les fondements d’un système fédéral. D’ailleurs, rien ne prouve aujourd’hui que les Francophones voteront contre le fédéralisme compte tenu du fait de la montée, à une certaine époque, des mémorandums qui sont une autre forme de revendications des communautés locales des régions Francophones du septentrion victimes aussi de la marginalisation. Il serait difficile de convaincre ces communautés que les opportunités qu’offre le fédéralisme ne serait pas un début de solution à leurs problèmes. Le plus grand souci, c’est la persistance de cette campagne de diabolisation du fédéralisme entretenue par les pontes du RDPC, parti au pouvoir, et certains partis politiques Francophones qui ont fait le choix de la décentralisation à la place du fédéralisme. Le débat restera pollué aussi longtemps que les Anglophones eux-mêmes continueront d’entretenir le flou sur un fédéralisme à deux Etats calqué sur le modèle de 1961 alors qu’il est temps de passer à un fédéralisme plus moderne.

Tchakounte Kemayou


Bien mal acquis : procès politique ?

Le procès d’accusation de bien mal acquis contre Teodoro Nguema Obiang Mangue dit Teodorín s’est ouvert à Paris le 02 janvier 2016 au moment où justement la question bonne gouvernance fait défaut en Afrique. La lutte contre la corruption étant devenu la plaie inguérissable des systèmes de dictature des pays de l’Afrique centrale, il devient urgent d’y mettre un point d’honneur.

Mais, toujours est-il existe un grand fossé entre l’éthique et le droit. Ce procès ouvert contre un cacique du régime de l’Equato-Guinéen Obiang qui est engagé contre le vice-président qui n’est autre que le fils du président a l’avantage d’avoir un double enjeu : éthique et juridique. Mais, beaucoup d’observateurs, à l’instar du juriste Camerounais Charly Noah, considère que ce procès contre le bien mal acquis n’a rien de juridique. A défaut, peut-on conclure qu’on a affaire à un procès politique? Après une démonstration minutieuse du juriste que je partage ci-dessous, la réponse à cette question est évidemment positive.

Teodoro Obiang, poursuivit en France pour "Bien mal acquis"
Teodoro Nguema Obiang Mangue Inauguration de l’aéroport de pointe à Annobon, en Guinée équatoriale le 11 octobre 2010. Poursuivit en France pour « Bien mal acquis ». Crédit Photo : Flickr

Pr Kamto le défenseur des causes désespérées ?

Le procès visant personnellement Téodorin Obiang, vice-président de la République de la Guinée équatoriale, relativement aux supposés bien mal acquis, s’est ouvert ce 2 janvier 2017 au Tribunal correctionnel de Paris et, la question que tout juriste sérieux peut se poser est de savoir, comment un vice-président, en exercice, d’un état souverain, peut-il être jugé par une juridiction de droit commun d’un état tiers.

Les juridictions françaises se déclarent compétentes pour juger des actes entrepris sur le sol français par un agent d’un état souverain, voilà qui est une violation grave non seulement des dispositions internes, notamment des articles 80-1,174, 206 et 593 du code de procédure pénale français et surtout, plus grave encore, brime de façon grave et irréparable les dispositions conventionnelles relatives à l’immunité et à l’inviolabilité du chef et des hauts représentants d’un Etat étranger. Que dès lors, je dis que ceux qui pensent que cette affaire est plus politique (cathodique ?) ne sont pas forcément dans l’abus du langage, au regard de la genèse de cette affaire.

Bien mal acquis ou procès politique?

Il faut rappeler que :

  • 2007, alors Pr Kamto était encore membre du gouvernement camerounais, l’association de droit français CCFD-Terre Solidaire produit un document dans lequel certains dirigeants des pays de la zone franc CFA sont soupçonnés de détourner les avoirs de leurs pays respectifs pour les cacher en France. Le pays du Président Paul Biya et de Pr Kamto, alors vice-ministre en charge de la justice, n’est pas cité dans ledit document et est même présenté comme le seul pays d’Afrique qui se prive de financer l’économie française par des mécanismes frauduleux (je cite).

À la suite de ces pseudos révélations, une association congolaise, la Fédération des Congolais de la diaspora, entreprend de former une action en justice par devant les tribunaux français à l’effet de prononcer que les biens querellés ont été acquis de manières frauduleuses, que partant, l’état congolais doit être condamné. Cette association congolaise, à l’appui de sa plainte, lie la compétence territoriale des tribunaux français en la matière querellée en raison notamment du fait que lesdits biens, donc, sont sur sol français. Mais Cette plainte sera classée et déclarée « sans objet » par le procureur qui oppose son refus d’informer.

  • 2008, quelque chose d’incroyable va se produire sur le plan de la procédure pénal. En effet, Transparency International qui est connu pour être financé par un certain Georges Soros, lui-même connu pour être spécialiste dans la déstabilisation, va former une plainte par devant les juridictions françaises et dit qu’elle est civilement victime des détournements de biens querellés. Que dès l’instant où elle estime subir un préjudice grave et irréparable dans le fait qu’un dignitaire équato-guinéen s’achète un costume à Paris, elle a qualité pour saisir les juridictions françaises à l’effet de dire que Transparency International est victime d’abus.

 

  • 2010, du jamais vu se produit. La chambre criminel de la Cour de Cassation française casse et annule la décision la chambre de l’instruction et prend un arrêt de principe fondé sur une petite phrase : « que si la coutume internationale, en l’absence de dispositions internationales contraires, s’oppose à la poursuite des Etats devant les juridictions pénales d’un Etat étranger, et que cette coutume s’étend aux organes et entités que constituent l’émanation de cet Etat, ainsi qu’à leurs agents en raison d’actes qui relèvent de la souveraineté de l’Etat concerné, ce principe trouve ses limites dans l’exercice de fonctions étatiques » et dit que Transparency International a qualité pour demander à ce qu’un vice-président africain soit/doit être jugé par les juridictions françaises aux fins de répondre des actes qu’il a entrepris dans sa qualité d’agent d’un état souverain.

En clair, cet arrêt de la Cour de Cassation qui crée alors nouvelle forme de compétence, vu de plus près, ne déploie ses effets que faute par la CIJ (cour internationale de justice) de clarifier, au cas concret, le préambule de la Convention de Vienne du 18 avril 1961 et son article, en son article 3.

  • Décembre 2016, à la suite de la saisine de la CIJ (Cour internationale de justice) par Me Kamto, mandaté par la République de la Guinée Equatoriale, ordonne, dans une décision avant dire droit, à la France de mettre fin à toute poursuite par ses tribunaux de l’objet querellé…

La démarche de la Guinée, bien conseillée qu’elle est par Me Kamto, l’un des experts en la matière, rend le dossier de la cause très complexe et pose, au demeurant, la question sur l’ooportunité d’informer sur des actes d’un agent d’un état. Que, si sur le plan du droit commun et des usages français en cette matière l’actuel vice-président doit faire l’objet des poursuites, la République de Guinée équatoriale contrattaque sur le plan du droit international et déploie des arguments qui ont un sens, relativement aux immunités garanties par les conventions internationales auxquelles l’état français est parti.

Que vous sous l’angle ce qui précède, le procès qui a débuté ce jour par devant une juridiction française est illégal sur le plan de la norme internationale et viole de ce fait la décision pertinente du 7 décembre 2016.

Charly Noah


Cemac : le sommet des marionnettes

Quel bal de faux courageux qui manifestement se détestent bien cordialement en Afrique Centrale (Cemac) mais s’entendent seulement chaque fois quand il faut faire dur aux pauvres populations comme leur décision commune (du 23 décembre 2016, ndlr) à l’issue de ce sommet extraordinaire que leur ont imposé leurs tuteurs occidentaux, (FMI et surtout France), faute pour eux-mêmes d’avoir été conséquents en prenant des initiatives individuelles ou collectives que requerrait leur prétendue appartenance à une même communauté économique et monétaire. Quelques éléments dans l’actualité internationale et régionale des six derniers mois étaient prémonitoires de cette fuite en avant qui vient d’être stoppée de l’extérieur malgré les apparences.

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Le banquet au palais de l’Unité à Yaoundé au sommet extraordinaire de la Cemac

Une cadidature de la Cemac, représentée par la Guinée Equatoriale sommet de l’UA

Acte 1 :

Juillet 2016. Kigali, capitale du Rwanda. Il se tient le 27ème sommet de l’Union Africaine. Qui doit élire le nouvel Exécutif (Commission) de l’Union africaine. Dont un ou une présidente pour succéder à la sud-africain Nkosazana Dlamina Zuma, qui a depuis 6 mois annoncé sa décision de ne pas briguer de second mandat. Il y a 3 candidats. Dont le ministre Equato-guineen des affaires étrangères. Il est officiellement le candidat de la zone CEEAC composée des 9 Etats dont tous les 6 de la fameuse Cemac. Malgré la campagne que son pays mène, avant et pendant le sommet, il n’arrive pas à franchir le 3e tour laissant la ministre botswanaise seule en liste jusqu’au 7e tour. L’élection sera reportée faute pour cette dernière, même restée seule, de rassembler la majorité qualifiée statutaire. Soit 36 voix sur les 53 possible. Le Burundi, toujours de l’Afrique Centrale, ayant boycotté l’Assemblée des Chefs d’États en raison de ses divergences avec le Rwanda, pays hôte. Le mauvais score du candidat Equato-guinéen fait siffler les oreilles du président Obiang Nguema qui croyait avoir l’affaire dans la poche avant l’ouverture dudit sommet. Selon des indiscrétions, le candidat de la Guinée équatoriale n’aurait même pas obtenu les voix de tous les pays de l’Afrique Centrale.

Deux candidatures de la Cemac au prochain sommet de l’UA en janvier 2017

Acte 2 :

Comme pour accréditer la thèse de la défiance/méfiance au sein du groupe de l’Afrique Centrale, c’est le Tchad, dont le président assure pourtant la présidence annuelle tournante de l’UA jusqu’en janvier 2017, qui lance son candidat lors de la réouverture en septembre 2016 du processus électoral pour la présidence de la commission de l’UA. Sans au préalable avoir obtenu le retrait du candidat Equato-guinéen ! Voilà l’Afrique Centrale qui ira en morceaux à cette compétition prévue en janvier 2017 lors du 28e sommet de l’UA. Avec deux candidats concurrents, elle affrontera, divisée, chaque candidat de l’Afrique de l’Ouest (Sénégalais), une autre de l’Afrique de l’Est (Kényane) et naturellement l’Afrique Australe (la ministre botswanaise qui était arrivée en tête en juillet dernier! Ainsi est enclenchée la machine à perdre.

De sorte que lorsque M. Deby vient à Yaoundé au lendemain de la catastrophe ferroviaire d’Eseka en fin octobre 2016, où il déclare, entre autres, être là pour obtenir le soutien du Cameroun, pour son candidat, ceux qui analysent les non dits diplomatiques comprennent que la véritable raison de ce déplacement est ailleurs.

La Cemac souffre d’une absence de leadership politique visionnaire

Acte 3 :

Le Sommet de la francophonie se tient à Madagascar en fin novembre 2016. Paul Biya qui a pourtant signé et mis en oeuvre les APE, contre l’avis unanime des autres pays de la Cemac + la Rd Congo, ne s’y rend pas. Sur son chemin retour, Macky Sall, le chef de l’État Sénégalais qui y a certainement rencontré le chef de l’État Français et d’autres chefs d’État de la Cemac, toujours très étonnés de la pusillanimité de leur homologue Camerounais, fait une escale de moins de 24 heures à Yaoundé. Officiellement pour faire campagne auprès du Cameroun en faveur de son candidat, Abdoulaye Bathily, à la présidence de la commission de l’UA. N’y croient que les analystes des apparences. Car, le ministre des relations extérieures du Cameroun ayant été à Antannanarivo, l’on voit mal comment pour si peu, le chef de l’Etat Sénégalais, plutôt que d’envoyer un émissaire, comme d’ailleurs il le ferait pour la trentaine d’autres pays africains non CEDEAO, effectue ce déplacement nocturne du palais d e l’Unité d’Étoudi à Yaoundé.

Quels lien entre la visite de Sall à Yaoundé et à Paris?

Sauf qu’au sortir de Yaoundé, il se rend à Paris où il rencontre les principales autorités décisionnelles françaises. Comme un compte rendu de mission, il réaffirme la solidité du mécanisme de la zone Franc qui rassemble, sous la tutelle monétaire française, 14 pays de l’ancienne Afrique française et les Comores. Au même moment, est annoncé un sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac), ce ventre mou de la zone Franc dont les pays sont dans une situation économique, financière et budgétaire désastreuse. Des rumeurs les plus folles sur une nouvelle dévaluation du FCFA circulent dans les milieux propagandistes. Tandis que d’autres groupes radotent sur l’incertitude même de l’avenir du FCFA à la suite d’une vieille déclaration sans lendemain du président Tchadien Idriss Deby présenté comme le Chérif de la Françafrique en Afrique subsaharienne.

Un sommet extraordinaire de la Cemac qui fait couler beaucoup d’ancre et de salive

Acte 4 :

Il est convoqué et tenu à Yaoundé le 23 décembre 2016, un sommet extraordinaire de la Cemac, avec la présence notable de la directrice générale du FMI ainsi que du ministre français de l’économie et des finances. Chacun des deux, rapportent nos sources, fait une déclaration pendant le huis clos des Chef d’États. Rien ne filtre du contenu exact, notamment en terme de prescription ou de recommandation. Mais, de mémoire, on n’oublie pas que la directrice générale du FMI qui avait séjourné au Cameroun au premier semestre 2016, avait fermement mis en garde les autorités sur les déséquilibres budgétaires liés au recours massif à un endettement public non rentable. Elle avait en effet prévenu qu’avec à situation financière particulière du Cameroun, principale économie de la zone Cemac, et celle des autres pays, tous frappés par la chute des cours du pétrole, principal produit d’exportation et donc producteur de devises, la dette du Cameroun deviendrait rapidement insoutenable. La propagande officielle a martelé jusqu’à très récemment que, représentant moins de 35% du PIB, elle était dans les clous des Critères de convergence de la fameuse zone Cemac qui l’établirait à …75% du PIB. Sauf que les observateurs notaient qu’il s’agissait d’un mauvais endettement. Car fait pour mener des projets de prestige ayant peu d’impact sur l’économie réelle. La réalité actée le 23 décembre par cette sorte de reddition complète est terrible. Retour au FMI et Bonjour l’austérité budgétaire.

Qui assumera cette fois-ci ? Toujours personne ?

Alex Gustave Azebaze


Problème anglophone : le fédéralisme comme sortie de crise

Le fédéralisme est au centre des débats depuis le déclenchement de la crise liée à ce qu’il est maintenant convenu d’appeler « problème anglophone ». Dans mes précédents billets, il m’a été donné de montrer que les accords de Foumban est le point de mire de toutes les galères que subissent cette partie de la population Camerounaise qui avait accepté, au nom des intérêts qui leur sont propres, d’abandonner leur « Southerns Cameroons » pas encore indépendant pour s’aoccier à la « République du Cameroun » déjà indépendant depuis le 1er janvier 1960. Cette « union » scelée en 1061 a fait naître la république fédérale avec deux Etats : le Cameroun Oriental (Francophone) et le Cameroun Occidental (Anglophone) qui a été aboli pour revenir à l’ancienne « Républque du Cameroun ». D’où la question : fau-il revenir au fédéralisme ?

Les manifestations des anglophones à Bamenda, à Buéa et plus récemment à Kumba témoignent à suffire qu’une malaise existe au Cameroun concernant la forme de l’Etat actuel qui n’est pas du goût de cette partie de la population dite « anglophone ». Celle-ci estime que l’accord de Foumban qui instituait le fédéralisme a été violé. Cette violation a laissé éclore un présidentialisme où règne une personnalisation du pouvoir accompagnée d’un centralisme et d’une concentration à outrance qui caractérisent les tyrannies. C’est donc la mauvaise gouvernance qui est l’origine des mouvements de révoltes donc la particularité est que ceux-ci se déroulent seulement dans les régions « anglophones ». Cette mal-gouvernance a donc exacerbé les vieux démons tant redoutés par le tyran : le fédéralisme. A la question de savoir si la mort de la dictature passe par le retour au fédéralisme, la réponse est « Oui » selon Célestin Bedziguile vice président de l’un des partis appartenant à la majorité présidentielle : UNDP. Voici en substance ses arguments qui fondent le retour à l’Etat fédéral dans un texte qu’il a intitulé « Pourquoi je supporte le fédéralisme ».

POURQUOI JE SUPPORTE LE FÉDÉRALISME 

Il est des lieux où l’Histoire s’emmêle les pédales et toussote… Bamenda l’est assurément. Ville de la naissance du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), elle pourrait entrer dans l’histoire comme la ville d’où est partie la vague qui pourrait mettre fin au régime ou ce parti a exercé sa domination sans partage sur le pays. Ce sera le cas si l’arrogance et le déni de la demande politique des épigones de ce parti persistent dans l’ erreur de penser qu’ils ont le privilège de la lucidité patriotique et pire la licence de tuer dans la rue des jeunes camerounais.

La terreur comme instrument de gouvernance

Dans tous les pays du monde, les manifestations publiques se contrôlent avec des moyens appropriés : grenades lacrymogènes ou assourdissantes, canons a eau, matraques électriques, balles en caoutchouc. Utiliser comme cela s’est vu a Bamenda des fusils de guerre et tirer a balles réelles contre des manifestants aux mains nues est un crime contre l’humanité prémédité et délibéré pour lequel ceux qui en sont les donneurs d’ordre et les perpétrateurs doivent être poursuivis devant les instances internationales appropriées.

Si nous reprouvons sans réserve et avec autant de vigueur les casses, les violences et voies de fait exercés sur « les Francophones » et les militants du RDPC à Bamenda, il convient de pointer du doigt la véritable politique de « terreur d’Etat » mise en œuvre par le gouvernement pour soutenir un régime dont nous dénonçons la dérive totalitaire depuis plus d’une vingtaine d’années. Fait plus grave, il s’agit d’une récidive car, a l’aube de la démocratie, une manifestation similaire avait coûté au peuple six morts, « piétinés par balles » selon le formule du « Ministre de la propagande » de l’époque.

C’est peut être le lieu de rappeler que nous avons en 2010, saisi les Nations Unies pour une Commission Internationale d’Enquête sur les responsabilités des massacres de 2008. La matière relevant d’une présomption de crimes contre l’humanité qui sont non- prescriptibles, ce dossier reste pendant devant les instances onusiennes. Les événements du 8 Décembre à Bamenda pourraient enrichir ce dossier comme une preuve supplémentaire d’un penchant de ce régime pour les crimes contre l’humanité…

Les raisons du « struggle »

Pourtant ces incidents pouvaient être évités si ce régime se donnait un tant soit peu la peine de percer la vraie raison des manifestations dans l’ex Southern Cameroon . Les populations de cette partie du Cameroun en ont marre du régime jacobin hyper centralisé qui leur a été imposé par une manœuvre politique dolosive et léonine couverte par le « référendum de 1972 » en violation de l’Accord de Foumban entre MM. Foncha et Ahidjo en 1961 instaurant le fédéralisme. D’ailleurs, en écoutant les Camerounais, on se rend compte de ce qu’une majorité d’entre eux et de toutes les régions étouffent et rejettent ce centralisme de la gouvernance dont les limites et l’échec sont flagrants au quotidien.

La demande du retour au fédéralisme qui était le mantra des Accords de Foumban de 1961 et qui sous-tend aujourd’hui le « struggle » de nos compatriotes de l’ancien Southern Cameroon, est fondée en droit et légitime d’un point de vue politique. Une certaine opinion veut pourtant faire croire que cette crise est un antagonisme « anglophones versus francophones ». Rien plus simple pour ne pas dire plus faux.

Le problème est en réalité le refus du régime jacobin de Yaoundé d’ accepter la coexistence de deux ou plusieurs systèmes de gouvernance adossés sur des Etats fédérés dont les contours seraient déterminés par l’homogénéité culturelle, historique ou géographique. En rapprochant la décision de la gestion de l’espace publique du citoyen, cette organisation institutionnelle fédéralisée porterait une marque de modernité et d’efficacité incontestable. Elle a été pratiqué pendant les années au Cameroun du temps de l’ Etat fédéral, de 1961 a 1972, elles existent en toute satisfaction au Nigeria, au Canada, en Allemagne, aux USA, en Suisse, sans la moindre incidence fragilisante sur l’unité nationale comme en brandissent l’épouvantail les conservateurs camerounais.

De fait, il s’agit là du nouveau clivage de la société camerounaise qui sépare désormais les modernes, ceux là qui aspirent a un Etat fédéral efficace, et les conservateurs, adeptes d’un Gouvernement jacobin centralisé qui privilégie la satisfaction de la « libido dominandi » – la soif de pouvoir absolu- de son Chef.

J’ai été en Avril 1999 dans le dernier carré de personnes admises autour de la tombe au moment où John Ngu Foncha était conduit en terre, derrière la nef d’une Eglise catholique à Bamenda, en ma qualité de Vice-président de l’UNDP. J’accompagnais à ces obsèques le Président du Parti Maigari Bello Bouba. Autour de la tombe, il y avait là S.T. Muna, son ancien partenaire au KNDP que soutenait par le bras sa fille Tutu Muna.

Il planait une atmosphère de profonde tristesse au moment de cet ultime hommage, comme une préfiguration du « struggle » que nos compatriotes de l’ex Southern Cameroon vivent aujourd’hui dans leur combat pour rétablir ce que fut la volonté de Foncha lorsqu’ il signa en 1961 la Convention de Foumban établissant un Etat Fédéral comme mode d’association des deux entités territoriales dans une volonté de reconstituer de manière incomplète d’ailleurs, le Kamerun créé en 1884 à Berlin lors du « Scramble of Africa » par les Européens.

La revendication actuelle porte en réalité sur le rétablissement de l’esprit et de la lettre de Foumban par la reconnaissance de deux Etats Fédérés ou coexistent deux systèmes de gouvernance. Cet esprit a été sciemment violé par la marche forcée vers l’instauration d’un Etat Unitaire en lieu et place de l’Etat Fédéral. La bien- fondé de la revendication d’un retour au fédéralisme par nos compatriotes de l’ex Southern Cameroon se doit donc d’être examiné d’un point de vue juridique et d’un point de vue politique pour juger de sa pertinence et de sa légitimité.

Sur le plan juridique, la Convention de Foumban de 1961 entre MM. Foncha et Ahidjo avait été obtenue par un accord entre les deux parties qui est réputée en droit être la loi des partis. L’évolution autant de son esprit que de sa lettre, aurait strictement dû respecter le principe de droit du parallélisme des formes. Tel n’a pas été le cas. Plutôt, le recours au « référendum de 1972 » qui exploitait le déséquilibre démographique entre les populations du Cameroun Oriental qu’on savait naturellement être portées à voter « OUI » et celle du Cameroun Occidental dont certaines composantes auraient pu voter ‘’ NON’’ a violé ce principe.

Sur le plan politique, l’Accord de Foumban, en tant que Pacte Républicain, était inviolable. Les manœuvres politiciennes ayant abouti à l’affaiblissement de Foncha ne saurait avoir altérer cette exigence principielle du respect de l’intangibilité de ce Pacte Républicain.

Sous ce double éclairage, la revendication d’un retour au fédéralisme formulée par nos compatriotes de l’ex Southern Cameroon dont l’essence est masquée par des revendications corporatiste est fondée en droit et en saine politique. La classe politique devrait la soutenir sans réserve.

Profitant de la dynamique créée par un tel mouvement, la classe politique devrait soutenir l’extension du fédéralisme à l’ensemble du pays a qui serait ainsi offert une opportunité de démanteler le régime jacobin ultra centralisé actuel qui est le véritable frein à la modernisation et à la démocratisation du Cameroun.

La fédéralisation du Cameroun : une opportunité d’amélioration de la gouvernance

Par l’hégémonie culturelle qu’il cultive, le régime actuel et ses laudateurs font croire à un rapport négatif ou inverse entre le fédéralisme et l’unité nationale. Il s’agit d’une construction idéologique qui est démentie par l’analyse. En vérité, la fédéralisation permettra d’établir un équilibre entre la démocratisation de la gestion de l’Etat et le respect des traditions de chaque région.

Le processus de l’établissement extensif du fédéralisme au Cameroun commencera au préalable a une répartition des domaines de compétence l’Etat Fédéral au dessus d’Etats fédérés qui seraient à titre strict d’exemple, un Sawaland state, un Rainforestland state, un Saheland state, un Grassfieldlang state, et deux District Autonomes à Yaoundé et à Douala.

Au niveau des Etats fédérés, la représentation des populations sera assurée par une un système bicaméral avec l’Assemblée de l’Etat seront élus au suffrage universel direct, et une Chambre de chefs traditionnelles gardienne des traditions et coutumes de l’Etat. Les Gouverneurs des Etats seront élus par les deux Chambres élus réunis en congrès qui pourront le « impeach » en cas de faute grave. Les gestionnaires des organes de gestion des services publics dans l’Etat seront soumis à la confirmation devant l’Assemblée de l’Etat.

L’éligibilité et le droit de vote de tous les citoyens seront attachés au seul critère de la résidence principale. Quant à la gestion des collectivités locales, elle sera assurée strictement par les maires élus. Quant au pouvoir fédéral, il sera assuré par un Président et une quinzaine de Ministres ayant en charge outre les domaines de souveraineté que sont la monnaie, les relations extérieures, la défense nationale, mais aussi la gestion de la péréquation des revenus tirées des richesses nationales, le développement des infrastructures stratégiques, l’ établissement des normes d’éducation.

Fédéralisme : travailler à l’avènement de la Deuxième République pour sauver la paix

Reste le problème lancinant du cadre et des modalités de mise en œuvre de cette mutation. Tout le monde parle de négociations. En réalité, des trois modes de régulation politique que sont les élections, les négociations et la violence, le régime de Yaoundé a réussi l’exploit de rendre les deux premiers inopérant, en manipulant les élections et par le non respect des accords politiques, référence faite aux accords non respectés par le Gouvernement à savoir la Tripartite, la Plateforme UNDP, et en remontant l’Histoire, l’Accord de Foumban.

La troisième voie, celle d’un embrasement populaire pourrait donc de jour en jour attirer plus d’esprits. Elle ne peut être évité que par un leadership éclairé et transformationnel.

Nous allons pour notre part engager dans les prochains jours un « Mouvement pour la deuxième république », ouvert à toutes les intelligences et les énergies positives, sans distinction de partis politiques, pour proposer une stratégie de sortie de crise et travailler au réarmement civique qui devra éviter au Cameroun de sombrer dans l’enfer de la guerre civile qui certains voit déjà se profiler à l’horizon.

Que Dieu protège le Cameroun.

Célestin Bedzigui,

Vice-président de l’UNDP


Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite et fin)

Le problème anglophone ne s’exprime que par des ressentiments. Avec tout ce que les délégués anglophones ont subi d’humiliations à Foumban, il ne saurait avoir la paix dans le coeur. A la suite de cette conférence, beaucoup d’actes politiques ont suivi comme des référendums et des décrets, mettant ainsi en cause des acquis, quoique médiocres, obtenus par Foncha et sa suite, à Foumban. Quels sont les éléments, en particulier, des symboles qui ont, jusqu’aujourd’hui, irité les anglophones au point d’aller jusqu’aux idées extrèmistes de séparatisme ?

Problème anglophone : la renonciation au fédéralisme pour incompatibilité avec la centralisation

Selon Fernand Dehousse (1906-1976), professeur de droit international, la nature du régime dictatorial du président Ahidjo fondé sur la centralisation et la concentration du pouvoir politique d’une part et le fédéralisme décidé à Foumban d’autre part, bien que celui-ci soit biaisé, ne font pas bon ménage. Il fallait à tout prix s’en débarrasser pour consolider le pouvoir politique. Le professeur de droit international définit d’ailleurs le fédéralisme de la manière suivante :

Il y a pour ainsi dire autant de fédéralismes que d’États qui vivent sous des régimes fédéraux. C’est un régime qui naît de l’histoire, approprié aux besoins de chaque peuple et qui, par conséquent, présente un grand nombre de variantes. Mais il y a toujours dans tous les systèmes de fédéralisme un fond commun. Ce fond consiste à enlever au pouvoir central un certain nombre d’attributions.

Cette conception du fédéralisme démontre à souhait les raisons de la suppression de l’Etat fédéral par Ahidjo. C’est ainsi qu’en 1972, feu le Président Amadou Ahidjo décide, unilatéralement, de changer la forme de l’Etat en passant de la « République fédérale du Cameroun » à la « République unie du Cameroun« .

Problème anglophone : la renonciation au fédéralisme sur ordre de Paris

Selon l’écrivain Enoh Meyonmesse, c’est la France qui est derrière cette histoire de suppression du fédéralisme. Après la découverte d’une nappe de pétrole au Cameroun Occidental, la seule solution pour l’exploiter paisiblement, c’était d’abolir le fédéralisme. La France craignait justement les troubles dans cette zone qui n’est pas bien éloignée de celle de la guerre de sécession du Biafra. Sur ordre de Paris, Ahidjo organisa un référendum le 20 mai 1972 dont les deux options étaient « Oui » et « Yes » (bulletin blanc) et « No » et « Non » (bulletin gris foncé) pour l’abolition du fédéralisme. Aucun bulletin avec les mentions « No » et « Non » n’étaient visible dans certains bureaux de vote. C’est le « Yes » qui l’emporta finalement.

Ce coup de force constitue un hold-up électoral, un coup d’Etat, une source du problème anglophone. Paul Biya, le président actuel, au pouvoir depuis 1982, vient parachever l’oeuvre ubuesque de son prédécesseur en ôtant carrément le terme « Unie » en janvier 1984. D’où la « République du Cameroun » actuelle, synonyme de la situation du Cameroun d’avant le 1er octobre 1972, date de la réunification. Les anglophones considèrent cette appellation de « République du Cameroun », identique à celle du Cameroun oriental, comme absorption, voire comme une annexion du Cameroun Occidental (anglophone) par le Cameroun Oriental (francophone).

Problème anglophone : le banditisme politique des symboles

L’abandon du fédéralisme est considéré, par les anglophones, comme une trahison. Pourquoi ? Pour la simple raison qu’il est manifestement un banditisme politique que Enoh Meyonmesse a pris le soin de démontrer dans son ouvrage cité plus haut, sans oublier l’hypothèse de la concentration du pouvoir évoquée par Fernand Dehousse. Du coup, l’Etat central et centralisé de Yaoundé va adopter des politiques d’austérité qui vont mettre à l’écart les citoyens Camerounais d’origine anglophone. En d’autres termes, ils perdaient, petit à petit, les avantages, les faveurs et les privilèges qui leur étaient accordés au temps du fédéralisme. Ce sentiment de marginalisation les confortent dans la posture de faire-valoir qu’ils décrivent comme la conséquence de la violation des accords de Foumban.

En plus des référendums et des décrets sur la modification du statut de l’Etat Camerounais, il y a aussi des symboles comme le drapeau qui va changer au gré des convenance de Ahidjo et de Biya. A l’ouverture de la conférence de Foumban, il n’existait que le Cameroun occidental (francophone) qui avait son hymne national (la version actuelle) et son drapeau (le vert rouge, le rouge et le jaune en bande verticale de parts égales) sans étoile. C’est l’hymne national des francophones qui sera alors exécuté. Seul, le délégué anglophone Bernad Fonlon, maîtrisait cette version. Cet hymne qui sera traduit plus tard en anglais a été maintenu et le même drapeau plus deux étailes dorés seront ajoutés en vertical au dessus de la bande verte, seront adoptés à la fin de la conférence. A la fin du fédéralisme, un seule étoile dorée sera maintenue, mais, cette fois-ci, positionnée au centre de la bande rouge.

Les deux actes posés par Ahidjo (la suppression de la « République Fédérale du Cameroun » pour la « République Unie du Cameroun » à travers un référendum bidon) et par Biya (la suppression de la « République Unie du Cameroun » pour la « République du Cameroun » par un décret) constituent les germes de la naissance, d’une part des idéologies du fédéralisme dans certains partis politique comme le SDF et et d’autre part des mouvements de sécession, notamment celui du SCNC.

Tchakounte Kemayou


Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite)

Le point d’orgue du problème anglophone, c’est bel et bien la conférence de Foumban. Elle marque le tournant décisif d’un mariage que les anglophones appellent « mariage de dupe » pour la simple raison qu’ils estiment avoir été pris au piège par Ahidjo. Pour cela, tout doit être repris à zéro dans la garantie du respect de l’égalité des forces. Les anglophones estiment-ils avoir été en position de faiblesse ? Quels sont les éléments pour démontrer ce qu’on pourrait appeler le banditisme politique des francophones ?

Lycée de Foumban : lieu de naissance du problème anglophone au Cameroun
Le Cours complémentaire de Njinka (où les accords de Foumban ont été signés) est devenu le lycée de Foumban.

Problème anglophone : le fédéralisme comme un accord consensuel (?)

Le « Oui » ayant remporté la majorité à ce référendum sur l’acceptation (Oui) ou le refus (Non) pour un rattachement au Nigéria, tout était fin prêt pour un « mariage » avec le Cameroun occidental pour deux raisons : premièrement, le Southern Cameroons est géographiquement très petit pour former un Etat, deuxièmement le reéférendum du 11 février 1961 avait connu la victoire du « Oui » pour une réunification avec le Cameroun occidental. Il ne restait plus qu’à organiser une sorte de « conférence nationale » ou encore « table ronde » comme on l’appelait à l’époque, pour rassembler les deux pays. L’opinion sera donc surprise qu’à la place de cette table ronde, on organisa plutôt une conférence dite constitutionnelle (« conférence constitutionnelle ») à Foumban du 17 au 21 juillet 1961. Cette conférence est aujourd’hui considérée, par certains observateurs avertis comme celle qui a vu naître le problème anglophone. Que s’est-il donc passé à cette conférence ?

Elle réunissait, autour d’une même table, des délégués du Southern Cameroons conduits par leur Premier ministre John Ngu Foncha et les délégués du Cameroun francophone conduits par leur Président Amadou Ahidjo. Sur la table, le Président Ahidjo, à la surprise générale des délégués anglophones, déposa le projet de Constitution d’une république fédérale. Avec le concours des juristes Français, Ahidjo avait pris le soin de se rendre à Foumban avec une constitution déjà élaborée avec le concours de Paris. Les délégués anglophones qui s’attendaient sûrement à concevoir ensemble la forme de l’Etat avec une constitution rénovée, étaient pris au piège. D’autres sources indiquent d’ailleurs que Foncha était au courant de cette manœuvre. Ce que certains historiens anglophones nient. Comment Foncha et ses paires, qui n’avaient apporté aucun contre-projet, ont-ils géré cette situation ?

Les amendements apportés par les délégués anglophones

Les délégués anglophones décident néanmoins de consulter le projet de Constitution proposé par Ahidjo afin d’y apporter des amendements. Ceux-ci portaient notamment sur :

  • Le drapeau, l’hymne national et la devise du pays,
  • le transfert du siège du gouvernement fédéral à Douala,
  • Buea et Yaoundé capitales des deux Etats fédérés,
  • le bulletin secret et le droit de vote à 21 ans,
  • les attributions et les pouvoirs du président de la République,
  • le mandat présidentiel réduit à deux,
  • une assemblée fédérale constituée d’une assemblée nationale et d’un sénat,
  • la double nationalité,
  • le système scolaire et universitaire,
  • Le retour à l’orthographe Kamerun,
  • la suppression du mot « indivisible » de la Constitution…

La décision du Président Ahidjo aux amendements des délégués anglophones

A la suite de ces amendements présentés par les délégués anglophones, à sa prise de parole, le président Ahidjo clôture les travaux de Foumban le 21 juillet 1961 par une réponse à ces amendements comme suit :

  • le mot « indivisible » disparaîtra du projet,
  • une clause garantissant l’intégrité de la fédération et empêchant toute possibilité de sécession sera introduite,
  • faute de ressources financières importantes, il ne saurait être question de parlement bicaméral,
  • la « House of Chiefs » sera maintenue,
  • Yaoundé demeurera la capitale fédérale,
  • il n’y aura pas de double nationalité,
  • le Président et le Vice-Président seront élus au suffrage universel,
  • en attendant la mise sur pieds des nouvelles institutions, les fonctions de président et de vice-président seront assurées respectivement par le Président de la République du Cameroun et le Premier ministre du Southern Cameroons…

Bienvenue à la réunification, bienvenue au problème anglophone

Le fédéralisme est donc décidé et adopté (en consensus ?) lors d’une conférence à Foumban entre les leaders anglophones et francophones. Les accords consensuels signés à Foumban le 21 juillet 1961 étaient considérés comme un élément fondateur d’une gestion séparée et rigoureuse des deux Etats fédérés. Plusieurs historiens ne sont pas unanimes sur le caractère consensuel de la Constitution adoptée à Foumban. Pourquoi ? Premièrement, parce que, selon Pierre Messmer, Haut-commissaire de la République française au Cameroun, le président Ahidjo était en position de force. Celle-ci venait du fait que son projet de constitution avait été préparé plusieurs mois à l’avance avec l’aide des juristes français.

Les délégués anglophones, venus bras ballants, malgré leurs connaissances acquises après une participation à trois conférences constitutionnelles à Londres et à Lagos, n’avaient que trois jours pour étudier de fond en comble le projet qui leur était proposé par Ahidjo. Et deuxièmement, la population du Cameroun francophone était quatre fois plus grande que celle du Cameroun anglophone. Ahidjo était convaincu d’être le porte-parole de la majorité. Ce qui conférait d’avoir le droit d’être au-dessus de ses adversaires. Mais pour l’écrivain Enoh Meyomesse, dans son ouvrage intitulé La rencontre de la roublardise, de Foumban ou la conférence constitutionnelle de 1961, Ahidjo était en position de faiblesse parce qu’il était, en réalité, sous les ordres de Paris, car ce projet, selon les dires de Pierre Messmer lui-même, n’était pas de lui.

Ahidjo savait qu’il venait de faire un coup de force et que ses compatriotes du Cameroun Occidental (Southern Cameroons) n’étaient pas entièrement satisfaits de la manière dont les travaux se sont déroulés. Pour les apaiser, il n’avait jamais cesser de se plier aux moindres caprices de Foncha qui se plaignait de la marginalisation des anglophones dans le recrutement à la fonction publique. Les anglophones se sentaient donc à l’aise dans le fédéralisme qui les consacrait des sortes de prébendes au détriment de leurs compatriotes francophones.

A SUIVRE : Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite)

Tchakounte Kemayou


Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun

Le problème anglophone a ceci de particulier et d’objectif qu’il n’est pas ethnique. Il a l’avantage de dépasser les clivages du tribalisme, fléau en pleine expansion. Ce dépassement de clivage lui donne un enjeu universel par sa spécificité de rassembler tous les particularismes culturels et anthropologiques. Sur cet aspect précis, tout le monde semble unanime. Son inconvénient, par contre, qui suscite encore beaucoup de débat au sein de l’opinion, est qu’il prend son fondement dans la distinction linguistique de nature coloniale (anglophone et francophone).

En ce sens, le problème posé sous ce prisme linguistique étranger est biaisé pour la simple raison qu’il n’est pas fondé sur l’identité culturelle du peuple en question. Malgré le crédit qu’on peut accorder à cette théorie, il est tout de même à noter que la prégnance, la permanence, la persistance et la résistance de ce peuple anglophone dans la lutte pour la revendication de sa différence avec les francophones, donne à penser qu’il y a quelque chose qui les distingue effectivement de ces derniers et qui échappe aux analyses lorsqu’il arrive d’aborder le questionnement sur l’existence ou non d’un problème anglophone. Commençons par situer le débat avec l’arrivée de la France et de la Grande Bretagne au Cameroun.

Le monument de la réunification du Cameroun et persistance du problème anglophone
Le monument de la réunification du Cameroun : Symbole de l’amplification du problème anglophone ?

Douala comme point d’ancrage et fondement de la naissance de l’Etat (?)

C’est en 1884 que le premier texte juridique reconnu sur le plan du droit international sera signé entre l’Allemagne et le Cameroun. C’est cette année-là que le gouvernement Allemand avait dépêché Gustav Nachtigal pour rencontrer les chefs Dualas qui occupaient l’estuaire du fleuve Wouri à Douala. Sa mission ? Négocier la mise sous tutelle allemande du Cameroun. Ce navigateur allemand avait donc réussi à obtenir la signature de deux traités dont le premier avait été visé le 12 juillet de la même année. Dans ce traité qui est le premier texte juridique de droit international, le nom du territoire s’écrivait « Kamerun » et non « Rio dos Camaroes » comme l’appelaient les Portugais ou « Cameroon River » comme l’appelaient les Britanniques ou même « Cameroun », pour les Français.

Au cours de la première guerre mondiale, ce sont les troupes Françaises, Britanniques et Belges qui étaient au Cameroun. A la fin de cette guerre qui avait connu la défaite cuisante des troupes d’Hitler , il convenait donc à la SDN de mandater ces puissances coloniales pour la gestion des anciens « colonies » allemandes, notamment le Cameroun. C’est ainsi que le Cameroun Oriental a été confié à la France depuis 1916 et de jure depuis 1919, et le Cameroun Occidental (Northern Cameroons et le Southern Cameroons) à la Grande Bretagne en 1022. La tutelle n’a été exercée, par les deux colonies, qu’en 1945, après la signature d’un accord avec l’ONU. Ces précisions sur les tutelles allemandes, françaises et britanniques valent la peine si l’on veut bien comprendre les tenants et les aboutissants du problème anglophone afin de cerner ce qui fait la spécificité de ce peuple.

Qu’est-ce qui fait la spécificité du peuple anglophone ?

Cette spécificité vient particulièrement du mode de gestion des ces anciennes colonies ou territoires arrachés aux Allemands. En fait, les administrations françaises et britanniques se distinguaient par leur modes de gestion de ces colonies. Il faut d’ailleurs signaler que ces puissances coloniales, malgré le statut particulier du Cameroun, géraient le Cameroun comme les autres colonies mises sous leur responsabilité. C’est ainsi que les systèmes de direct rule et d’indirect rule furent appliqués respectivement par les Français et les Anglais dans leurs territoires respectifs.

En bref, la particularité de ces deux systèmes se situait sur le mode de responsabilité que l’administration coloniale confiait au peuple dit indigène (native-authorities). Chez les Français, l’administration est directe parce que chaque colonie avait, à sa tête, un gouverneur Français : c’est le direct rule. Par contre, chez les britanniques, ce sont les chefs indigènes qui assuraient l’administration de leur territoire. Ils étaient donc chargés de gérer ces territoires eux-mêmes et rendaient simplement compte au colonial office (ministère des Colonies). Ils étaient donc fonctionnaires britanniques à part entière : c’est l’indirect rule.

Les autorités britanniques déterminent les grandes orientations et en laissent la mise en œuvre aux autorités indigènes. Par ailleurs, les autorités britanniques gardent la mainmise sur le commerce, l’exploitation des ressources économiques et minières et l’administration des Européens » (Wikipedia).

Ce qui fonde donc la spécificité des anglophones, pas seulement au Cameroun, mais en Afrique toute entière, c’est justement, cette capacité que ce peuple a à se prendre en charge lui-même et ne pas se laisser dicter son administration par une métropole. Cette gestion appliquée par les Britanniques est d’ailleurs présentée comme la meilleure pour la simple raison qu’elle a permis aux peuples, contrairement aux francophones, d’asseoir une autonomie, forme de développement auto-centré, tant social, économique que politique. En terme de comparaison, en mettant sur la balance les pays francophones et anglophones d’Afrique, la différence est nettement perceptible en faveur des pays d’expression anglaise. Cette tutelle, avec ce mode de gestion, persistera jusqu’à l’obtention de l’indépendance de ces deux territoires Camerounais.

En dehors des luttes de libération pour l’indépendance totale du Cameroun menées par l’UP, tout allaient très bien jusqu’à ce que les deux Cameroun obtiennent leur indépendance. Le 1er janvier 1960, indépendance de la partie francophone avec comme Président, feu Amadou Ahidjo, et le 1er octobre 1961 pour la partie anglophone avec comme Premier ministre du Southern Cameroons, feu John Ngu Foncha. Le Northern Cameroons avait choisi, à travers un référendum (60% contre 40%), de rallier le Nigéria (11 juin 1961), indépendant depuis 1960. D’où est donc venue cette fameuse idée de rapprocher les deux Cameroun ?

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Tchakounte Kemayou