Yves Tchakounte

Au Cameroun, les soubresauts d’une crise anglophone et le sabotage du fédéralisme

Le Cameroun traverse depuis 11 mois un moment important de son histoire à travers la « crise anglophone ». Depuis le 11 octobre 2016, les deux régions anglophones, sur les dix que possède le pays, sont paralysées presque à plus de 80%. Les anglophones ont choisi la stratégie la plus destructrice jamais pratiquée au Cameroun : la non violence. Les écoles, les tribunaux, les marchés et quelques services administratifs restent fermés. C’est ce qu’ils appellent le « Ghost Town« . De mémoire, le Cameroun n’a jamais connu une crise d’une telle ampleur. Jamais.

Au départ, il était question de revendications corporatistes : enseignants et avocats exigeaient une amélioration de leurs conditions de travail. Il faut rappeler ici que ces revendications ne dataient pas d’octobre 2016, début de la crise. Les syndicalistes étaient en pourparler bien longtemps avant avec les autorités à Yaoundé. Il fallait absolument trouver des solutions à leurs problèmes et éviter le pire. Des revendications corporatistes, nous sommes passés aux revendications politiques. Au fait, quelle est l’origine de cette crise anglophone ? De quoi les enseignants et les avocats se plaignent-ils ?

Presse sabotant la Crise anglophone
La presse écrite profitant de la crise anglophone pour se lancer dans une campagne de dénigrement et de sabotage du fédéralisme.

Crise anglophone et revendications corporatistes et politiques

En général, le problème des enseignants et des avocats anglophones se résume à ce qu’on appelle ici « problème anglophone ». Dans un contexte de rapport de force de la majorité démographique francophone, les anglophones se plaignent de la marginalisation. Celle-ci se caractérise par la confiscation de tout l’appareil politico-administratif par une élite comprador en majorité francophone. Cette gestion centralisée prolonge ses tentacules jusqu’au niveau des communautés locales. Celles-ci dépendent donc de Yaoundé, le maître à jouer. Même en situation de négociation, les syndicalistes anglophones avaient en face d’eux des autorités en majorité, sinon toutes, francophones.

Ce qui a fait dire aux anglophones qu’ils vivent en fait une situation de colonisation des francophones. C’est un euphémisme, pour ne pas dire ségrégation linguistique. La condescendance, la suffisance et l’imposture de ces autorités meublaient les négociations ? Conséquences, celles-ci se sont malheureusement soldées par un échec cuisant. C’est cet échec qui a abouti à la crise qui secoue le Cameroun depuis octobre 2016 jusqu’à nos jours. Vu sous cet angle, la crise anglophone, tout comme le problème anglophone ne datent pas d’hier.

Le déclenchement de cette crise anglophone a obligé les autorités à relancer les négociations avec les syndicalistes. De fil en aiguille, nous assistons à un match de ping-pong qui ressemble à un dialogue de sourds. En fait, des négociations corporatistes, les leaders syndicaux en sont arrivés à une exigence relevant du politique. Évidemment, ce revirement à 360 degrés était prévisible compte tenue des contentieux historiques de 1972. Durant les négociations, les leaders syndicaux anglophones ont trouvé là une occasion propice pour remettre sur la table le fameux « problème anglophone ».

Du fédéralisme aux velléités sécessionnistes et séparatistes

En fait, les leaders anglophones se rappellent de la mauvaise foi de ces autorités et décident de mettre la barre haute. Pire encore, ils savent pertinemment que les problèmes corporatistes, le mal-être et la pauvreté n’ont qu’une seule origine : la mal-gouvernance. Ils savent aussi que se limiter aux solutions corporatistes n’est pas rassurant. Pour trouver donc une solution définitive à cette marginalisation, l’autonomie de gestion des communautés locales est nécessaire. Voilà pourquoi les revendications sur le changement du système politique et le retour du fédéralisme ont été remises sur la table.

L’incrustation du SCNC dans le débat

Cela a fait malheureusement renaître des velléités sécessionnistes de certains anglophones, quoique minoritaires. Les militants et les partisans du SCNC, mouvement politique qui prône le séparatisme, organisent une campagne de dénigrement des francophones. Dans leur langage, on peut entendre les mots et expressions comme : « Allez chez vous », « colons francophones », etc. Les francophones, ennemis du fédéralisme, bondissent sur l’occasion et taxent les anglophones de sécessionnistes. Inutile de préciser ici que cette pirouette des francophones est d’une curiosité abyssale. Prendre au sérieux et attribuer aux anglophones partisans du fédéralisme le comportement des partisans du SCNC dont les actes de violence verbale et de destruction des emblèmes nationaux existent depuis 1993, est non moins une preuve de mauvaise foi.

La dernière actualité des sécessionnistes du SCNC, c’est justement cette correspondance adressée à la reine d’Angleterre Elizabeth II. L’objectif de cette correspondance était d’avoir le soutien de la reine. Malheureusement, ils en eu pour leur compte. Ils ont tout simplement été déboudé. Ce qui a créé une euphorie de raillerie chez les détracteurs du fédéralisme dont la ritournelle, pour désigner les anglophones est devenue « Amba-zozo » pour « Ambazonia », terme choisi par le SCNC pour désigner leur nouvel État indépendant. C’est devenu même à la limite un objet de distraction.

Le fédéralisme à l’ordre du jour

Cette campagne n’a pas du tout ébranlé les leaders anglophones. Et le sang froid des leaders anglophones n’a pas du tout été du goût des autorités qui se sentaient déjà en position de faiblesse. Pour ces autorités, elles ne comprenaient pas comment des questions politiques pouvaient être soulevées par des leaders syndicaux. C’est la raison pour laquelle, Paul Biya avait profité du discours de vœux le 31 décembre 2016 pour sortir de son long silence. Il martèle, avec un ton ferme, que le système politique est non négociable et par conséquent « le Cameroun est un et indivisible« .

Cette position des autorités qui ne comprennent pas les exigences politiques des syndicats est une preuve d’une naïveté déconcertante. Ne savent-elles pas que la société civile, comme les partis politiques, sont des contre-pouvoirs ? Malgré ces menaces à peine voilées, les leaders anglophones qui négociaient avec les autorités ne reculent pas. La tension monte d’un cran et la crise anglophone ne fait que durer.

En janvier 2017, ces leaders et quelques anglophones sont alors arrêtés. Il faut préciser que beaucoup d’arrestations ont eu lieu depuis le début de la crise anglophone. Ils sont ensuite déportés au tribunal militaire à Yaoundé pour y être enfin jugés comme des « sécessionnistes ». Ils étaient sous la menace de la peine de mort selon la loi du 23 décembre 2014 portant répression des actes terroristes.

Les différentes campagnes de sabotage du fédéralisme

Ces arrestations avaient pour but de mettre fin au « Ghost Town ». Mais, rien n’y a fait. Au contraire, les anglophones durcissent eux aussi le ton et la paralysie ne fait que s’intensifier. Ce qui a entraîné une année scolaire bâclée avec plus de 80% d’élèves anglophones qui n’ont pas achevé leur année scolaire. Cette dureté du ton du côté des anglophones et de leurs leaders ne laissera pas indifférent les autorités.

Les fédéralistes cloués au pilori

On va alors assister à une vague d’intimidations sous fond de communication incendiaire et de vilipendage. Cette forme de communication consiste à diaboliser les leaders anglophones en les traitant de sécessionnistes. Communication orientée probablement vers la population francophone qui est jusque-là restée observatrice, indifférente et inoffensive. Du coup, ce tapage médiatique entretien des confusions et des mal-entendus sur les deux concepts de fédéralisme et de sécessionnisme. La crise anglophone fait donc des remous. Cette confusion crée une lutte de camps ou de batailles rangées. Les anglophones taxés de sécessionnistes par les francophones s’opposent aux francophones taxés de colonialistes par les anglophones.

Dans une parution datant de ce mardi 12 septembre, certains journaux de la presse écrite en sont venus même à attribuer une armée aux anglophones. Le titre de la Une est suffisamment claire : « Les sécessionnistes optent pour une rébellion armée« . On assiste alors à une bataille rangée dont les conséquences seront certainement désastreuses. Ce titre ne doit même pas faire l’objet d’un commentaire encore moins d’une analyse pour éviter de tomber dans le piège de la violence verbale.

Il faut néanmoins préciser ici que chez les francophones partisans du fédéralisme, il existe deux camps : les radicaux et les modérés. Pendant que les radicaux sont de tout cœur avec les anglophones, les modérés, quant à eux,  jouent à un jeu trouble dont l’objectif reste encore flou pour ne pas dire partisane de la tyrannie. Ils participent eux aussi dans cette campagne de sabotage du fédéralisme. Malheureusement, ils sont confondus, dans cette manœuvre, avec des ennemis du fédéralisme dont l’objectif est de noyer le poisson dans l’eau. Nous y reviendrons dans le prochain billet.


YooMee Cameroun : le petit poucet dans le monde des télécommunications

Le 25 août 2017, YooMee Cameroun lançait ses activités à Douala, ville siège. Cela fera au total 5 opérateurs de la téléphonie mobile : Camtel (entreprise à capitaux publics), MTN (Afrique du Sud), Orange (France) et Nexttel (Vietnam). Ils existe un vaste marché de presque 23 millions d’habitants occupé par les 4 opérateurs. En dehors de Camtel qui est l’entreprise publique considérée comme opérateur historique par excellence, les 3 autres sont des filiales de puissantes multinationales. De prime abord, il est sans doute convenu de constater que les 4 opérateurs ont déjà ratissé le terrain. Le marché serait presque, voire totalement saturé.

La première question qu’on peut donc se poser est celle de savoir ce que YooMee Cameroun vient faire dans un tel environnement. Évidemment, cette question ne manque pas d’intérêt dans un contexte bien marqué l’attitude des consommateurs déjà désabusés. Pour aller plus loin dans l’analyse, le niveau de satisfaction des consommateurs serait mitigé. La deuxième question est donc celle de savoir pourquoi, dans un contexte de concurrence avec 4 opérateurs offrants des services aussi divers que multiples, les consommateurs ont un sentiment qu’il leur manque toujours quelque chose ? Non seulement, on a l’impression que le marché est saturé, mais en même temps, les consommateurs continuent de railler. Un petit crochet en sociologie des consommateurs pour comprendre l’atmosphère qui règne actuellement.

Siège social de YooMee Cameroun SA à Douala
Une vue du siège social de YooMee Cameroun SA à Douala. Crédit photo : René Jackson Nkowa

Le contexte de la téléphonie mobile depuis 1998

Depuis 1998, année où la libéralisation de la téléphonie mobile a été légalisée, Camtel Mobile, premier opérateur de la téléphonie mobile, battait de l’aile deux ans après. La domination de Camtel (téléphone filaire et mobile) ne servira à rien. Le rachat de Camtel Mobile par MTN en 2000 doublé par l’arrivée de Orange la même année donnerait un regain d’espoir.

Les deux gros multinationales MTN et Orange se livrent un semblant de bataille rude. On aurait pensé à une concurrence qui donnerait plus d’espace à la liberté de consommation. Que nenni. Au fil du temps, les deux mastodontes filent un amour parfait en narguant les consommateurs avec des offres et tarifs presque identiques. Du coup,elles se taillent le part du lion avec un parc de 19,46 millions de SIM vendues et un coût moyen de 2000 Dollars US de dépense mensuelle pour une connexion internet. Pourtant, le débit moyen ne dépassait pas les 256 Kbs.

Un penchant de « nationalisme » s’empare des consommateurs qui jugent d’un mauvais œil l’envahissement du marché par les « étrangers ». L’inertie et la très lourde bureaucratie de Camtel ne pouvaient pas résoudre ce problème de sursaut d’orgueil. Ce penchant nationaliste a pour fondement idéologique la recherche d’une entreprise nationale pour éviter d’enrichir les étrangers qui se font du beurre dans un secteur aussi lucratif.

L’arrivée du Vietnamien Viettel en 2014 (date de la signature de la 4ème licence de la téléphonie mobile), ne pourra rien y faire. C’est seulement en 2015 qu’il occupe véritablement le marché avec sa marque commerciale Nexttel. Même la forte implication du richissime Baba Ahmadou Danpullo dans le capital de l’entreprise, ne changera pas la donne. Tout compte fait, ce sera quand même dans un contexte de désenchantement que YooMee fait son entrée dans l’arène, ce secteur bien miné par des charognards.

Le renouveau d’internet avec YooMee en 2011

L’arrivée du suisse HTT Telecom SA en 2011 enrichira le marché des offres en connexion internet. L’entreprise, sous la marque YooMee, commercialisera le haut débit sans fil avec la technologie Wifi dès 2012. C’était une grande première au Cameroun où le digital n’était pas encore bon marché. Comment donc faire connaitre et vulgariser cette découverte un peu fascinante ? Nul doute que la jeunesse sera la cible pour populariser l’offre. YooMee innove dans un projet social en connexion Wifi. Ainsi, tous les 70.000 étudiants de l’Université de Douala recevront le signal Wifi dans le rayon du camus universitaire.

L’entreprise suisse avait donc réussi à échapper un peu aux foudres des consommateurs. La raison simple est le fait que HTT Telecom SA avait décidé d’investir seulement sur internet. YooMee n’était alors presque pas visible à cette époque où les Camerounais n’étaient pas encore familiers à la communication digitale. Malgré tout, elle marquait des points et faisait son petit bonhomme de chemin. Si sa réussite a été d’introduire le Wifi au Cameroun, elle n’en a pourtant pas profité au premier plan. Quelque chose manquait à cette entreprise pour se relancer dans l’arène. Faut-il continuer dans la même lancée ? Faut-il changer de stratégie ?

La redéploiement total de YooMee en 2016

Ce positionnement sur le marché va évidemment amener YooMee à surfer sur ce climat délétère. Le marché de la télécommunication est plus complexe que ce qu’on a toujours eu à constater. Le nombre d’abonné revendiqué par les deux multinationales ne représente en fait, que le nombre de SIM vendues. Conclusion, le chiffre officiel de 80% de taux de pénétration du mobile est en fait biaisé. Si on considère que chaque chaque consommateurs possède en moyenne deux SIM, le taux de 40%, à peu près, serait plus raisonnable. Il existe donc 60% de marché à conquérir.

Voilà donc un marché à conquérir donc YooMee aura à faire face. Mais, pour y parvenir, il faudra identifier quelques zones d’ombres du marché à exploiter afin de donner un coup de maître à son marketing. Trois éléments ont milité pour le choix stratégiques de YooMee pour son redéploiement sur le marché. Ces éléments sont en même temps technologique, économiques et bien sûr idéologiques.

la recapitalisation de YooMee

L’entreprise HTT Telecom SA devient YooMee Cameroun SA à la suite d’une reprise par un consortium d’hommes d’affaire camerounais. Elle change également son offre et s’investit également en téléphonie mobile avec la marque YooMee Mobile. Du coup, elle devient ainsi, en 2017, le 5ème opérateur de la téléphonie mobile offrant en même temps les données voix et digitales. Ce qui est intéressant ici, c’est sa capitalisation 100% camerounaise.

C’est un coup de maître dans un environnement dominé majoritairement par des multinationales. Emmanuel Forson, le Directeur Général de YaooMee Cameroun, n’est pas allé du dos de la cuillère pour vanter justement ce mérite en ces termes : « Ce qui rend YooMee Mobile encore plus fort, c’est sa fierté d’être camerounais et de contribuer à l’édification du pays. Ce Cameroun fier et volontaire, qui lève la tête et qui assume ses ambitions » (Discours du lancement de YooMee Mobile le 25 août 2017).

L’entreprise YooMee Cameroun SA à capitaux privés camerounais ne s’est pas seulement limité là. Elle a mis les bouchées doubles pour trouver des stratégies afin de tutoyer les multinationales.

L’investissement de l’entreprise

YooMee Cameroun a tout simplement acquis les infrastructures de la défunte HTT Telecom SA. Mais, ces infrastructures adaptées pour la connexion internet n’étaient pas suffisantes. Pour tutoyer les multinationales, il fallait penser grand en investissant de gros moyens financiers pour la couverture du territoire national. Cela devrait représenter un très gros risque financier dans un secteur déjà miné. Pour empêcher ses concurrents de grignoter les 60% restant du marché, il faut une solution rapide et à moindre coût. L’idée de partenariat avec Camtel, l’opérateur historique à capitaux publics est arrêtée.

Ainsi, YooMee Cameroun et Camtel signeront un accord de partenariat le 22 février 2017. Cet accord très ambitieux fait de YooMee Cameroun un MVNO (Mobile Virtual Network Operator). Il fait par conséquent de YooMee Cameroun le premier full MVNO du Cameroun. Par définition, le MVNO est un opérateur qui utilise le spectre de fréquences et les infrastructures de réseaux radios appartenant à un opérateur déjà implanté. Celui-ci étant alors considéré comme un MNO (Mobile Network Operator).

Par contre, le petit détail qu’il faut préciser ici c’est sa capacité à pouvoir gérer elle-même sa flotte ou sa base de données. En d’autres termes, YooMee Cameroun doit vendre ses propres SIM et enregistrer ses abonnés. Ce qui fait d’elle un full MVNO. La conséquence est donc double. D’une part, cela peut lui permettre de s’affranchir de la tutelle de Camtel, et d’autre part, l’entreprise sera donc obligée de déployer ses équipes commerciaux et marketing sur l’ensemble du territoire national. Après l’inauguration du showrooms de Douala le jeudi 31 août 2017, l’entreprise entend cibler les villes de Yaoundé, Bafoussam, Garoua et les autres agglomérations.

Les offres de YooMee Mobile

La question qui reste maintenant à se poser est celle de savoir si les offres de l’entreprise sont alléchantes ? Est-ce que les prix pratiqués pourront faire fléchir les consommateurs ?

YooMee a maximisé les chances en combinant les deux types de technologies : CDMA* utilisée par Camtel et GSM** utilisée par MTN, Orange et Nexttel. Pour ne pas nous perdre dans les tournures assez complexes de ces deux types de terminologie, retenons juste que la technologie CDMA a un spectre plus large et par conséquent, les communications sont légères et fluides. Tandis que la GSM utilisent un spectre plus réduit. Les communications ici sont alors trop lourdes et par conséquent, lentes. De manière pratique, il n’y a presque pas de différence entre ces deux technologies sur la qualité d’écoute. Mais, avoir à sa disposition un téléphone mobile qui possède les deux options est un atout incomparable et déterminante en marketing. Ce que son partenaire, Camtel, n’avait pas.

L’avantage de la CDMA est qu’elle a la possibilité d’offrir des coûts plus bas sur le marché que la GSM. YooMee facturera à 50Fcfa la minute, en raison de 0,833Fcfa/s, les appels YooMee vers YooMee. Puis, à 85Fcfa en raison de 1,416Fcfa/s les appels YooMee vers d’autres opérateurs. Pour l’abonnement, deux options sont disponibles : le pack « Njoka de 9.900Fcfa avec un crédit d’appel de 19.900Fcfa et le pack Njoka Duo DUAL SIM (CDMA et GSM) de 19.900 avec un crédit d’appel de 19.900Fcfa également. Il est donc convenu de remarquer ici que le téléphone est gratuit.

YooMee Cameroun va également utiliser la 4G LTE de Camtel pour ce qui concerne la connexion internet. Encore l’une des rares possibilités qu’offre la technologie CDMA, c’est d’émettre des appels vocaux en utilisant la 4G LTE. Les offres internet, par contre, jusqu’à présent, restent encore attendues.

Conclusions

A la lumière de tout ce cheminement, le nouvel opérateur qui fera sûrement parler de lui, n’est pas venu faire un défi sur les insuffisances des opérateurs existants. Il mise naturellement sur la plus-value en matière de qualité de l’offre. On aurait même dit qu’il vient simplement prendre la place qui lui est réservée : celle que doit occuper le premier opérateur privé de télécommunication 100% camerounais.

———-

*Code Division Multiple Access

**Global System for Mobile Communication


Cameroun : quelles leçons tirées de la libération des leaders Anglophones

Les leaders Anglophones incarcérés sont libres. Et comme le disent bien toute la presse camerounaise, c’est un communiqué de la présidence de la république qui livre l’information. Ils ont été arrêtés à la suite de la crise anglophones qui paralysent depuis octobre 2016 les deux régions anglophones du pays. Les marchés, les écoles, les tribunaux, pour ne citer ces activités, fonctionnent au ralenti. L’arrestation des leaders de la crise a donc mis le feu poudre. Depuis cette date, le dialogue entre ces leaders et les autorités a été interrompu malgré quelques tentatives du côté de la diaspora.

Ces leaders anglophones cités nommément dans le communiqué Félix Abdor Nkongo, Fontem Neba, Paul Ayah Abine et bien d’autre avaient été arrêtés pour « hostilité contre la patrie, rébellion ou coactions d’actes terroristes« . Leur procès au tribunal militaire de Yaoundé aurait pu leur coûter la peine capitale. Avec une rentrée scolaire perturbée qui se pointait encore à l’horizon, Il ne restait donc que la solution d’apaisement pour décrisper l’atmosphère. Des débats houleux se sont créés autour de cette crise et ces arrestations. Tandis qu’il y avaient qui souhaitaient la libération des leaders avant le début de tout dialogue, d’autres, les partisans du pouvoir notamment, soutenaient mordicus la condamnation de ces leaders qu’ils considéraient déjà comme des terroristes, ou pire des « sécessionnistes ».

A la suite du communiqué présidentiel, ces partisans viennent tout simplement d’essuyer un échec cuisant. Le chef de l’Etat ne les a pas écouté en cédant plutôt à la pression des anglophones et de la diaspora qui voulaient la libération totale et sans condition des leaders avant la poursuite de tout dialogue. Au delà donc de cet aspect du geste présidentiel, que peut-on retenir comme enseignement ?  Un texte très éloquent de l’écrivain Patrice Nganang, remet les pendules à l’heure. Pour lui, la balle doit être remise au centre pour donner à cette lutte un saut qualitatif et histoire jamais vécu au Cameroun.

Les leaders anglophones au tribunal militaire
Les leaders anglophones au tribunal militaire de Yaoundé lors d’un procès. Crédit photo : Facebook.

Je vous propose de lire aussi ce texte dont voici l’intégralité ci-dessous :

Quelles leçons tirer de la libération des leaders anglophones : Patrice Nganang

La première leçon et la plus grande est que la pression de la rue menée par un leadership incorruptible paye. Elle paye toujours et elle payera toujours. Je peux me tromper, mais historiens aidez-moi, je ne me souviens pas que Paul Biya ait jamais libéré quiconque de ses prisons sans que celui-ci soit condamne au préalable. Au pays on appelle cela « laisser la justice faire son travail ». Voila donc une première, je dirai. Pourquoi donc la justice tyrannique n’a pas « fait son travail » cette fois-ci ? Parce que pendant 224 jours, les Anglophones au Sud-Ouest et au Nord-Ouest, sont demeurés unis dans une action de terrain, de rue, de ratissage, comme notre pays n’en a jamais vue.

Ils ont mis en branle la désobéissance civique la plus longue de ce pays, et cela de manière parfaitement non-violente. Il est a noter que leurs leaders ne sont tombés dans aucun des pièges que le tyran a mis sur leur chemin, à commencer par les concessions de pacotille, ces genres de choses qui auraient fait les Francophones jeter l’éponge, vider les rangs, et signer des motions de soutien. Bien au contraire, les Anglophones ont laissé a la maison ce qu’ils ont de plus précieux : leurs enfants. Ils ont maintenu l’opération Villes mortes et Écoles mortes comme jamais cela n’a eu lieu dans notre pays – a sang pour sang. Les dernières images de Bamenda et de Buea que j’ai vues hier (le 29 août 2017, ndlr) étaient extraordinaires, et c’étaient des maisons en feu, des voitures en feu. Car une action de désobéissance civile se protège évidemment, bien évidemment et cela a eu lieu.

Le tyran a donc plié l’échine, et c’est fondamental. C’est une victoire qui devrait encore plus intensifier le pourrissement, et c’est-a-dire la bataille sur le terrain. Il y a quelques mois je parlais avec un ainé qui me racontait son rêve fou « d’embrasement du pays ». Je n’ai pas voulu éclater de rire, car rien ne peut être plus politiquement bête que cela. Historiquement, et cela depuis 1961, mais surtout a cause de sa proximité avec le géant Nigeria, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont toujours été l’avant-garde de notre histoire. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’en 1955, c’est a Kumba, et puis a Bamenda que les upecistes s’étaient réfugies, avant de prendre la route du Soudan.

La position des Anglophones par rapport a notre histoire, leur avant-garde, s’est répétée en 1990, avec les marches pour le multipartisme qu’ils ont mis en branle. Mais surtout, c’est fondamental de se rappeler toujours que le lieu ou l’opposition politique est portée dans notre pays est bel est bien dans la zone anglophone – avec le SDF. C’est dire que nous avons a faire ici avec la tête pensante de notre futur, et l’expression de ce futur-la, c’est le fédéralisme. La bataille politique n’a de sens que si elle est organisée, orientée, et tactiquement mise en branle. Les Anglophones, en mettant a plat la zone anglophone, redéfinissent les cartes politiques de notre pays, en leur donnant la coloration qui seule fasse sens – fédérale.

Mais le problème le plus visible chez nous évidemment est celui du leadership. Rien ne peut être atteint sans lui, et tout se perd avec un leadership corrompu. En tyrannie, et cela nous a été enseigné par les prisonniers le plus connus comme Wole Soyinka, mais surtout Nelson Mandela, la survie et même la victoire du prisonnier dépend aussi fondamentalement de l’oppresseur. La libération sans condamnation de Agbor Balla et de ses compagnons les remet donc dans la scène publique, sans les diminuer de leurs droits citoyens. Et cela est important, cela est cardinal. De mon point de vue la condamnation en tyrannie est le handicap qui rend illusoire beaucoup de carrières post-emprisonnement – pensons ici a Marafa -, et fait des ex-prisonniers des laquais de la tyrannie qui les a emprisonnés.

Il nous a ainsi été toujours donne de voir des gens sortir de prison avec dans leurs poches des motions de soutien qu’ils ont écrit en captivité. Ici nous avons bien au contraire un leader qui sort blanchi, et donc prêt a entrer de plein pied dans la bataille qui elle, est bien celle d’un Cameroun nouveau. L’enjeu n’est pas minimal, bien au contraire, car il s’agit de nous tous – et plus seulement des Anglophones. Depuis 1961, depuis 1955, ils ont toujours porté sur leurs frêles épaules la composition même du futur de notre pays. Cela n’a pas change et ne changera pas facilement. Car il s’agit bien de la composition dans les faits, d’un Cameroun dans lequel ce qui a eu lieu n’aura plus jamais place – la marginalisation d’une partie du pays parce qu’elle parle anglais. Seul un Cameroun fédéral rendra telle vision possible, et aujourd’hui il est soudain un peu plus a notre portée.


Le sécessionnisme et la remise en cause de la République du Cameroun

Le sécessionnisme, loin d’être une banalité, n’est pas révolu non plus. Apparu vers les années 1990, il est maintenant d’actualité au Cameroun depuis octobre 2016. Le pays est donc secoué par une crise qui paralyse les deux régions dites anglophones : le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. La genèse de ce malaise remonte dans l’histoire. Celle-ci nous renseigne à suffisance sur la nature des relations que ces populations d’expression anglaise ont toujours entretenu avec leurs frères et sœurs d’expression française. Elles ont toujours été très tendues et marquées par des stigmatisations à la fois anecdotiques et drôles. Cette histoire est donc riche en rapports conflictuels du vivre-ensemble. Du coup, la vision d’unité nationale prônée par Paul Biya est devenue un slogan creux. Il sera donc question ici de répondre à la question de savoir comment l’unité nationale a nourri les élans sécessionnistes.

Les jeunes en première ligne de bataille pour réclamer le retour au fédéralisme ou au sécessionnisme / Crédit photo : Facebook

La dernière actualité sur la crise anglophone depuis octobre 2016

Depuis le déroulement de la crise en octobre 2016, les mouvements de protestations ont été ponctués par les ghost town. Devant l’impasse d’une solution par la négociation, les autorités se sont mises en position de faiblesse face aux leaders anglophones infaillibles. Pour se donner bonne conscience, elles ont trouvé l’astuce magique : mettre ces leaders aux arrêts et les envoyer devant le juge. Quel est l’acte qui leur est reproché ? Hostilité contre la patrie, rébellion ou coaction d’actes terroristes. Pendant que l’opinion nationale et internationale ont les yeux rivés au tribunal militaire de Yaoundé, quelques communiqués provenant de la présidence de la république surgissent incognito comme pour décrisper l’atmosphère.

Il s’avèrerait que face à cet échec des négociations avec les leaders anglophones, le challenge consistait maintenant à déléguer quelques pontes du pouvoir de Yaoundé auprès de la diaspora. C’est ainsi qu’en fin juillet 2017, les communiqués annoncent donc la formation des délégations pour les États-Unis, la Belgique, le Canada, la Grande Bretagne et l’Afrique du Sud.

L’objectif de ces missions kamikazes était d’expliquer la position du gouvernement et convaincre la diaspora de lâcher prise. Il semblerait, selon certaines hypothèses, que cette diaspora était la cheville ouvrière de la crise. L’intention avérée de la délégation gouvernementale était alors de couper l’herbe sous les pieds des manifestants pour faire échouer le ghost town. La décision du gouvernement d’aller dialoguer avec la diaspora n’était pas anodine.

Malheureusement, l’accueil des envoyés spéciaux du gouvernement a été froid. On a alors assisté à une fin de non recevoir émaillée de violences et des échauffourées. A l’occasion, des emblèmes nationaux comme le drapeau camerounais hissé dans les ambassades ont été pris à partie par des flammes. Ces drapeaux brûlés ont carrément été remplacés par ceux dits d’Ambazonie. Certains ont d’ailleurs vite fait de dire que le Cameroun a été attaqué par les « étrangers ». Comment en est-on arrivé à de telles dérives ?

La décentralisation, le fédéralisme, le sécessionnisme et ses acteurs

C’est bien là où nous en sommes aujourd’hui : la haine viscérale. Celle-ci s’est installée au point où on a presque l’impression qu’il existe deux camps. C’est-à-dire deux communautés linguistiques qui se battent et se regardent maintenant en chien de faïence. Il faut qu’on se comprenne très bien. La crise anglophone n’oppose pas deux communautés linguistiques : anglophones et francophones. C’est une crise qui oppose les partisans du fédéralisme contre ceux de la décentralisation d’une part, et les deux derniers contre ceux du sécessionnisme d’autre part. Bien entendu, qu’on soit anglophone ou francophone, c’est possible de se retrouver dans l’un ou l’autre camp.

Cette crise prend sa source en 1961 au moment de la signature des accords de Foumban. Il s’agissait des accords faisant du Cameroun une République Fédérale avec deux États : le Cameroun oriental français et le Cameroun occidental anglais.

Cette distinction avait l’avantage, en son temps, de donner à chaque partie la possibilité d’être administrée selon la forme de gouvernance issue de la culture spécifique de l’État colonial respectif. Ainsi, tandis que le Cameroun oriental français était géré sous le système jacobin, présidentialisme à outrance, le Cameroun occidental anglais fonctionnait selon l’indirect rule, essentiellement parlementariste. Pour que cette cohésion tienne debout, si le président était un francophone (Amadou Ahidjo), alors le vice-président devrait automatiquement être un anglophone (John Ngu Foncha). Ce qui était le cas en 1961 au moment de la signature de ces accords.

Toute rupture de ce contrat poserait problème à long terme. Pourquoi ? A un moment donné, la tyrannie ne pouvait plus supporter ce système fédéraliste. Conçu sur le jacobinisme, le pouvoir de Yaoundé avait du mal à étendre ses tentacules dans les régions anglophones. Il s’avère donc que Amadou Ahidjo, profitant de la supériorité numérique des francophones a organisé le référendum pour supprimer le fédéralisme en 1972.

L’embastillement des anglophones et la loi de la domination de la majorité francophone

Le 3ème et le dernier recensement général de la population du Cameroun par le RGPH a eu lieu en 2005. Selon l’Institut National de la Statistique, la population camerounaise s’est accrue à un rythme annuel de 2,6% entre 2005 et 2010. Le RGPH estime à plus de 23 millions la population camerounais en 2017. La population anglophone représente le 1/6 de la population totale actuelle répartie sur 1/5 du territoire national. Elle est et reste donc minoritaire devant la population francophone. Statistiquement, tout est visiblement établi pour une infériorité numérique de la population anglophone.

C’est un aspect très important qu’on néglige souvent dans l’analyse des relations entretenues par ces deux communautés. Sous le plan macro, la démographie est l’un des fondamentaux de la puissance d’un peuple ou d’une nation. Toute littérature fondée sur une démonstration de la puissance statistique et démographique n’est pas creuse. Il est alors important de souligner qu’une population en situation de supériorité a tendance à adopter des comportements de domination vis-à-vis d’une autre. En retour, celle qui est minoritaire se sentira menacée et trouvera légitime de se défendre. Ainsi, dans la gestion et la gouvernance publique, la supériorité démographique fait des francophones, volontairement ou non, des prioritaires. S’installe donc le sentiment de marginalisation de la population anglophone qui commence en 1972, mais qui prend sa source en 1961.

C’est dans ce contexte que le feu président Ahidjo en profite pour assoir son pouvoir. Il supprime le fédéralisme en 1972 par référendum que d’aucun qualifie de simulacre. En fin limier manipulateur, il a choisi « Unie » à la place de « Fédérale » comme pour dire que dans la République Unie du Cameroun, les anglophones ne perdraient pas leur identité politique et culturelle d’antan. Paul Biya, à son tour, n’est pas allé du dos de la cuillère pour faire pire en 1984. Il enfonce carrément le clou dans la plaie en supprimant le terme « Unie » pour revenir à la République du Cameroun. Ce changement marquait, qu’on le veuille ou pas, le retour à l’État francophone d’avant 1961. Il croyait peut-être jouer au malin en prônant sa politique de l’unité nationale. Et pourtant, c’était là, la goute d’eau qui avait débordé le vase.

L’unité nationale mise à mal par les langues officielles coloniales

Au vue de ce constat sur la supériorité arithmétique, cette domination ne sera pas sans conséquences. Au fait, elle va réguler la vie quotidienne, perturber le vivre-ensemble de ces deux populations.

Nous assistons notamment, au niveau politique, à une inégalité de répartition des prébendes entre la majorité francophone et la minorité anglophone. La ligne politique du « renouveau » du président Biya a pour principale idéologie « l’unité nationale« . Celle-ci a pour point d’encrage la valorisation de la non territorialité des origines ethniques des personnes. En d’autres termes, chaque Camerounais doit se sentir chez lui quelque soit sa ville de résidence. C’est la raison pour laquelle, au niveau de la fonction publique, le personnel de l’État était disséminés à travers tout le territoire national. Belle politique, en somme !

Cette répartition territoriale des fonctionnaires avait donc pour avantage de créer une symbiose entre les camerounais de toutes les origines ethniques et de toutes les tendances culturelles. Cette politique a semblé marché jusqu’au moment où la tendance à la « franconisation » exacerbée de l »administration camerounaise a pris de l’ampleur. Les fonctionnaires francophones, contrairement aux anglophones, affectés dans l’une des deux régions anglophones, ne faisaient aucun effort de s’adapter aux habitudes linguistiques locales. Ce qui n’était pas du goût des paysans anglophones qui ne savaient ni parler, ni lire, ni écrire en français. On a d’ailleurs remarqué, à cet effet, que les fonctionnaires anglophones affectés dans les huit autres régions francophones se débrouillaient à parler français.

Les administrations qui souffraient énormément de ce malaise sont généralement la justice et l’éducation. On assistait à une situation telle que les paysans avaient du mal à s’exprimer devant un juge qui ne savait ni parler ni lire l’anglais. La grève des avocats et des enseignants qui est à l’origine de cette crise a pour principale revendication l’exigence des magistrats et des enseignants anglophones. Cette crise a d’ailleurs permis à l’opinion nationale de constater que l’École Nationale d’Administration et de Magistrature ne comportait pas de section « Common Law ». Autrement dit, les magistrats anglophones recevaient 90% de leurs formations en français. Leur cause a donc été entendue.

Le vent de l’Est au secours du sécessionnisme et des indépendantistes

Pendant les années de braise et à la suite du vent de l’Est, la libéralisation de la scène politique s’imposait. Les partis politiques voient le jour à partir de 1990. Une nouvelle classe politique se met en place. Curieusement, un parti dont la réputation est de prôner la sécession, le Southern Cameroons National Council (SCNC), est créé à Buea en 1993. Paradoxalement, le SCNC avait déclaré ne pas appartenir à un mouvement sécessionniste. Leur objectif, déclare-t-il, est « le « rétablissement du statut d’État et de l’indépendance […] » » du Cameroun. Autrement dit, il réclame le rétablissement de leur droit d’avant les accords de Foumban de 1961. Ce mouvement s’exprime ainsi dans une pétition adressée à Paul Biya publié sur leur page Facebook le 10 février 2012 et intitulée : « Report to Biya Linking SCNC with Boko Haram: SCNC Petition ».

Ce mouvement, malgré sa témérité, reste minoritaire. Les partis d’opposition comme le SDF (Social Democratic Front), né à Bamenda en région anglophone, se montrent virulents sur la scène politique. D’ailleurs, la première élection présidentielle pluraliste depuis l’indépendance de 1993 avait propulsé son leader Ni John Fru Ndi au firmament de la magistrature suprême, selon son état major du QG de campagne. Une victoire qui, une fois revendiquée a été étouffée sur le champ. Son projet politique qui reste le fédéralisme, est incontestablement le plus sollicité par la population. Contrairement aux sécessionnistes qui souhaitent revenir à la situation d’avant 1961, les fédéralistes veulent revivre la situation de 1961-1972. Cependant, avec cette nuance que le nombre d’États fédérés pourraient aller au-delà de deux.

Paul Biya, malgré tout, s’arque-boute sur son « unité nationale

Paul Biya n’entend pas céder à ces pressions et persiste dans sa politique de l’unité nationale. Il reste persuadé de sa logique de l’unité par sa célèbre boutade : »le Cameroun est un et indivisible« . C’était notamment sa réponse donnée à la crise anglophone dans son discours de fin d’année le 31 décembre 2016. Pour lui, la solution reste la décentralisation. C’est un système qui donne une certaine autonomie aux régions. Cela passera notamment par la remise, aux élus locaux, d’une partie du pouvoir central.

Si la crise anglophone a pour objectif de réduire les pouvoirs décisionnels de Yaoundé pour les céder aux élus locaux, il reste fondamental de signaler la mauvaise foi de Yaoundé. Sinon, pourquoi cette décentralisation instituée par la constitution depuis 1996 n’est-elle pas appliquée jusqu’aujourd’hui ? Voici 21 ans déjà que cela dure. Les pourfendeurs de la décentralisation ont donc le droit de penser que la décentralisation est moins contraignante que le fédéralisme. Elle ne peut donc pas être la solution. Cette inertie de Paul Biya durcit le ton des indépendantistes qui ont choisi la violence comme réponse aux envoyés spéciaux de Yaoundé. Ce n’est qu’un secret de polichinelle, l’ONU se serait déjà saisi du dossier. L’assemblée générale des Nations Unies prévue avant la fin de l’année pourrait donc être cruciale.


CAN 2019 : pourquoi insulter Ahmad Ahmad est une bêtise ?

Depuis le 6 août, les réseaux sociaux s’enflamment pour la préparation de la CAN 2019, suite à des déclarations de Ahmad Ahmad président de la Confédération Africaine de Football. En visite au Burkina Faso du 5 au 6 juin dernier, Ahmad Ahmad a été invité, au cours d’une conférence de presse de donner son avis sur le niveau de préparatif de la CAN 2019 au Cameroun. La pression des journalistes fait suite aux conclusions du symposium de Rabat de passer de 16 à 24 équipes pour la phase finale de la CAN à partir de 2019.

Cette décision avait fait jaser l’opinion qui parlait de changement de cahiers de charges en cours de compétition. Le Cameroun qui traîne les pieds dans la préparation, ne dispose toujours pas d’un site entièrement dédié, à deux ans de la compétition. L’hypothèse du complot de Ahmad Ahmad contre le Cameroun était alors brandi par certains analystes. Du coup, la toile camerounaise et même africaine s’est enflammée pour dénoncer la cupidité du président Ahmad.

Dans ce méli-mélo et ce flou artistique aiguillé par les férus des réseaux sociaux qui crient en balançant Ahmad Ahmad à la vindicte populaire, d’autres analystes proposent la retenue. Parmi eux, le cris d’alarme de Charles Mongue Moyeme me semble plus réaliste. Ce texte est actuellement en circulation sur tous les réseaux sociaux. Même certains sites de presse camerounais s’en sont emparé et s’en délectent au plaisir de leurs lecteurs. Fasciné par la rigueur méthodologique de la démarche, j’ai la faiblesse de tomber sur le charme des arguments amplement développés. Je partage son analyse ci-dessous (les sous-titres sont de moi).

https://twitter.com/lassanawelt/status/894533464652951552

Les mots de Ahmad Ahmad qui met l’huile sur le feu

Si les insultes pouvaient tuer, celles de certains camerounais auraient déjà expédié le président de la CAF dans l’au-delà. Si le mépris pouvait agir dans ce sens, Madagascar serait déjà rayé de la carte du monde par des camerounais. Quelqu’un qui se fait appeler « patriarche » (!) a même déclaré sur Vision 4 TV le 6 août 2017, qu’il n’y a que des idiots qui peuvent aller vivre sur une île, et donc les malgaches sont des idiots. Effroyable !

Beaucoup de ceux qui diabolisent Ahmad Ahmad soi-disant pour sa déclaration au Burkina Faso, ne l’ont même pas écouté. Voici, pour ceux (très nombreux) qui ne l’ont pas suivie, la déclaration du président de la CAF répondant à une interview (bon à savoir) au Burkina Faso :

« 2019, je ne veux pas spéculer. Mais sachez que nous n’attribuerons pas de gré à gré nos compétitions. Il faut qu’il y ait une ouverture d’appel d’offres. Même si on a le rapport que le Cameroun…, même avec le temps imparti, on va ouvrir les appels d’offres, vous avez entendu ? Il y a même 2 pays qui se manifestent déjà : je vois dans l’immédiat il y a l’Algérie, il y a le Maroc qui veulent l’organisation.

https://twitter.com/Clarenceyongo/status/889791601144467456

Vous me demandez de répondre concrètement d’une situation aujourd’hui qui ne répond pas à la réalité. Moi je dis, là où nous parlons, même une CAN à 4 équipes, le Cameroun n’est pas encore prêt. A 4 équipes, ils ne sont pas encore prêts ! »

L’hypothétique CAN 2019 cristallisent la haine des Camerounais

Ce qui pourrait choquer un camerounais normal (qui n’est ni égoïste, ni fourbe, ni cupide, ni corrompu) dans les propos de Ahmad Ahmad, c’est le manque de diplomatie qu’ils trahissent. Il aurait pu, en effet, s’abstenir d’exprimer aussi crûment son point de vue personnel sur l’état actuel des préparatifs de la CAN 2019 par le Cameroun. Oui, il aurait peut-être dû s’abriter derrière le rapport à venir de la mission d’inspection annoncée au Cameroun pour botter la question en touche.

Mais pour les camerounais, la meilleure manière de lui montrer qu’il a manqué de tact est-elle de proférer des insultes à son encontre et de tenir des propos méprisants vis-à-vis de Madagascar son pays d’origine ? En quoi serions-nous meilleurs que lui alors dans ce cas ?

Si nous étions d’accord que l’avis de notre compatriote Issa Hayatou, président de la CAF au moment où la CAN 2019 était attribuée au Cameroun, n’avait eu aucune influence sur la décision de la CAF en notre faveur, alors nous devons avoir la conviction que l’avis de Ahmad Ahmad n’aura aucune influence sur la décision de la CAF de nous conserver ou non l’organisation de cette CAN.

Diaboliser Ahmad Ahmad, insulter Madagascar, ne servira donc qu’à aiguiser les regards des autres africains et du reste du monde sur notre pays, et, malheureusement, à confirmer la véracité des propos du président de la CAF.

« Même une CAN 2019 à 4 équipes, le Cameroun n’est pas encore prêt »

Stade Amadou Ahidjo-Stade d'entraînement CAN 2019
Stade Amadou Ahidjo considéré comme le stade d’entraînement pour la CAN 2019. Crédit photo : Facebook.

En effet, selon le dossier (précision très importante) que nous avons déposé à la CAF pour que la CAN 2019 soit attribuée à notre pays, nous n’avons aucun site prêt aujourd’hui pour abriter une seule poule de la CAN. Passons-les en revue :

1-SITE DE YAOUNDE

Pas de stade de matchs, puisque le stade Paul Biya d’Olembé qui figure comme tel dans le dossier n’est pas encore construit. Pas besoin donc d’aller plus loin. Il faut signaler que le stade Ahmadou Ahidjo qui a servi pour les matchs de la CAN féminine est considéré comme stade d’entraînement pour la CAN 2019.

2-SITE DE DOUALA

Pas de stade de matchs, le stade de Japoma n’étant pas encore construit. Inutile donc de regarder les autres infrastructures, Douala n’est pas prêt.

2 bis-SITE DE LIMBE

Dans le dossier que détient la CAF, ce site est en réalité un appendice du site de Douala. Il n’est donc pris en compte que si le site de Douala existe, ce qui n’est pas encore le cas.

3-SITE DE BAFOUSSAM

Aucun terrain d’entraînement n’y existe, si nous considérons que le stade des matchs est déjà prêt (!). Pas besoin de rechercher autre chose, Bafoussam n’est donc pas prêt.

4-SITE DE GAROUA

Le stade de matchs n’est pas encore aux normes exigées pour la CAN, et les travaux n’y ont pas encore commencé. Donc Garoua aussi n’est pas prêt.

Conclusion : il faut attendre la mission d’inspection de la CAF

Il est donc clair et évident qu’aucun de nos sites n’est actuellement déjà prêt pour abriter une seule poule de la CAN. Mais cela ne veut pas dire non plus qu’en 2019 ce sera toujours le cas, et Ahmad Ahmad ne l’a pas dit (ne tronquons pas ses propos). Il est possible qu’à un moment « M-1 » aucun site ne soit prêt, mais qu’au moment « M » tous les sites soient prêts. La mission d’inspection annoncée aura pour but d’établir si cela pourra être le cas au Cameroun pour la CAN 2019, et des méthodes scientifiques existent pour cela.

Ne nous y trompons pas, incendier Ahmad Ahmad et son pays Madagascar n’apportera rien à la construction des infrastructures au Cameroun. Cela contribuera juste à montrer que la vérité et la rigueur nous horripilent, et que nous n’avons pas plus de hauteur que ceux que nous pourfendons.

Par Charles Mongue Mouyeme


Internet au Cameroun : les jongleries des fournisseurs de la 4G (1)

J’aurai dû donner un autre titre à ce billet en posant une question : pourquoi internet est-il devenu, en un laps de temps, le produit phare des opérateurs de la téléphonie mobile ? A cette question, on serait tenté de répondre péremptoirement : parce que internet est le service le plus prisé des Camerounais.

Évidemment, cette réponse n’est pas fausse. Il suffit juste de consulter les statistiques pour s’en convaincre. Le taux de pénétration qui est de 18%, place le Cameroun au 25ème rang africain. Par contre, Le Cameroun est l’un des pays où le taux de progression de la pénétration internet est le plus élevé en Afrique. Il a presque triplé depuis l’évolution spectaculaire de la téléphonie mobile à écran tactile. Par contre, ce qui est intéressant, c’est le taux de progression de 2016 à 2017 qui est de 16,5%. Ce qui place le Cameroun en 3ème position après le Mali et le Lesotho.

Avec un chiffre de 4.305.000 d’internautes, les principaux opérateurs de la téléphonie mobile qui exercent depuis 2000 au Cameroun, trouvent là un terrain très fertile. Je peux citer entre autres, Camtel, opérateur à capitaux publics, Orange, Mtn et Nexttel, opérateurs à capitaux privés. Ce sont les quatre opérateurs de la téléphonie officiellement reconnus au Cameroun, à ne pas confondre avec les fournisseurs d’internet. Ce boom des consommateurs d’internet fait du Cameroun le pays à fort taux de pénétration. Du coup, internet représente des enjeux économiques importants. Les opérateurs qui se sont engouffrés dans cette niche boivent du bon miel en faisant du Cameroun le 2ème pays où le coût d’internet est le plus élevé après le Tchad.

Bien que ce que je vais exposer ici soit aussi observé chez les autres, je me suis contenté de me limiter à deux opérateurs de la téléphonie mobile. Ce sont ces opérateurs que j’ai déjà eus, à maintes reprises, d’observer le mode de fonctionnement relation-client et qualité du service. Il s’agit, bien entendu, de Orange Cameroun et de Mtn Cameroon.

Pourquoi internet est-il devenu, en un laps de temps, le produit phare des opérateurs de la téléphonie mobile ?

Je ne parlerai pas des prouesses technologiques qu’a apporté internet à travers ces opérateurs. Mais, je parlerai plutôt d’une pratique qui passe, jusqu’ici, presque inaperçue chez les consommateurs. Du moins, pour la majorité de ceux qui sont considérés comme des consommateurs réguliers d’internet : la consommation irrégulière et disproportionnée du débit internet.

L’arrivée des téléphones portables (Smartphone, Tablettes) a modifié considérablement les habitudes de communication. A moins de dix ans, les offres de services ont considérablement changé. On est passé d’appels téléphoniques et SMS aux transferts de données digitales. Les données digitales ont donc cet avantage d’effectuer à la fois des appels, des SMS, des Mails, de naviguer sur le net. On peut même dire que cette transition est une révolution de la communication. Car, c’est une transition qui a été brutale et rapide. Elle a transformé, métamorphosé le paysage communicationnel au Cameroun. Elle s’est accompagnée aussi de changements des habitudes et des modes de vie : c’est ce qu’on appelle « changement social ». Il n’y a qu’à voir comment les réseaux sociaux influencent les comportements.

Par ailleurs, si à travers internet on peut émettre des appels téléphoniques, les entreprises de téléphonie mettraient la clé sous le paillasson si elles n’investissaient pas sur internet. Du coup, internet devient le produit le plus sollicité de ces multinationales. Conséquences, les crédits d’appels téléphoniques sont vendus pour avoir un volume précis de navigation internet. Les données digitales prennent donc la place des communications téléphoniques ordinaires. Les opérateurs de la téléphonie trouvent donc là un terrain fertile de manipulation des consommations des données. Comment se manifeste-t-elle ?

Pourquoi Orange et MTN nous jonglent tous les jours avec cette histoire de Giga Data d’internet ?

Il se trouve que le rythme de consommation des volumes des données digitales fournis par les opérateurs n’est pas uniforme. Il va sans dire que scientifiquement, c’est un phénomène qui peut se justifier. Plusieurs raisons peuvent donc expliquer la variation du rythme de consommation du volume de données digitales. On peut citer entre autres : les mises à jour activés et les téléchargements. D’autres raisons, encore plus techniques, existent. Mais, pour ne pas alourdir ce billet, j’ai choisi de me limiter à ces deux-là. Elles sont les plus connues des consommateurs pour la plupart, profanes comme moi.

Les deux raisons citées plus haut comme les causes d’augmentation du débit internet ne sont pas les seules. Les consommateurs ont toujours entendu le discours selon lequel la 4G est plus consommatrice de débit. Il n’est aucunement question ici de démontrer que ces entreprises ont commencé leur jonglerie-là avec l’arrivée des téléphones portables. Il se trouve heureusement que l’un des avantages qu’internet nous a apporté, est justement la possibilité d’observer et d’enregistrer au fur et à mesure l’évolution de sa consommation. Ce qui était pratiquement impossible avec les appels téléphoniques. Même l’accès aux listing des appels n’était pas évident. Internet nous donne alors la possibilité d’observer, dans les moindres détails, l’évolution du débi.

Je suis particulièrement intéressé par le mode de consommation des données digitales pour deux raisons : premièrement, parce que je suis à la quête de l’opérateur qui propose le plus d’avantages afin de rationaliser mes dépenses, et deuxièmement, pour des raisons purement académiques afin de comprendre ce mécanisme trop complexe des « Giga Data ».

Pour ne pas conclure

Si j’ai décidé, après moult réflexions, de qualifier les pratiques de ces opérateurs de « jongleries », c’est après avoir constaté, pendant cinq mois d’observation, que le rythme de débit de la consommation du volume des données digitales était anormal. Ces trois raisons restent toujours les seuls arguments que les agents des SAV donnent aux consommateurs pour justifier la consommation rapide de leur débit. Ce qui est quand même absurde. Généralement, le consommateur ne se reconnaît pas dans ce qu’on lui reproche, à juste titre. D’où l’existence d’une jonglerie qui consiste à jouer à la fois, sur la naïveté, la négligence et l’ignorance des pauvres consommateurs.

A la fin de cette semaine, je vous livrerai ma propre expérience de connexion où je me suis rendu compte de l’existence d’une sorte d’arnaque. Une consommation anormale du débit des volumes d’internet qui frise le ridicule.


Témoignage : le combat de Patricia Bakalack face à la fibromyalgie

La fibromyalgie, la connaissez-vous ? Certainement pas pour beaucoup d’entre-vous. C’est une maladie très méconnue du public. J’en ai entendu parler comme ça en passant sans prêter la moindre attention il y a un an. Le 07 juillet 2017, je venais de la découvrir en vrai. Patricia Bakalack, en souffre depuis 3 mois. Elle a décidé de sortir de sa réserve et de partager sa souffrance et sa nouvelle vie avec la fibromyalgie.

De nombreuses femmes dans le monde souffrent de Fibromyalgie comme Patricia Bakalack, passionnée d’art, de Déco et de la Mode. Elle fait la promotion du savoir faire des artisans africains à travers Yerima Concept créé l’année dernière. La belgo-camerounaise nous livre un vibrant témoignage de ce que vivent les personnes Fibromyalgiques dont 90% sont des femmes. Une maladie encore mal connue qui touche 2% de la la population en Europe, soit 14 millions.

La fibromyalgie
Patricia Bakalack prend du bon temps malgré la présence de la fibromyalgie./Matango Club. crédit photo : Patricia Bakalack

Patricia Bakalack est également une femme pleine de vie et très passionnée d’aventures et de voyages. La fibromyalgie étant une maladie douloureuse en laissant la victime presque immobile, elle va donc laisser Patou, comme je l’appelle affectueusement, presque handicapée. La belle Patou va subitement annuler tous ses projets et ses ambitions. Mais, ce qui est intéressant dans son témoignage, c’est qu’elle a fini par prendre conscience qu’elle doit désormais vivre avec son ce compagnon. Un récit vibrant.

*Les sous-titres sont de moi.

La fibromyalgie : maladie mystérieuse ?

Beaucoup de cas de suicide chez les personnes souffrant de Fibromyalgie, cette maladie qui se caractérise par des douleurs chroniques et diffuses dans tout le corps, et qui oblige à changer complètement son mode de vie et handicape sévèrement les victimes.

Y’a des jours où il m’est arrivé d’avoir tellement mal que je me suis demandée ce que j’avais fais au bon Dieu pour qu’il se détourne ainsi de moi. Au début de cette maladie, j’ai eu par plusieurs fois des envies de suicide parce je me disais que la mort ne pouvait qu’être douce face à d’atroces douleurs qui me clouaient au lit 24/24. Des nuits entières je restais allongée à veiller sur les douleurs et des idées très très noires m’ont traversé l’esprit, j’ai pensé à ma famille, à mes frères et sœurs qui ne se remettraient jamais de mon départ.

Mais croyez-le durant tout le mois de mai ou je faisais mes incessants aller-retour aux urgences, j’y pensais 1 jour sur 3. Et, j’ai beaucoup de chance d’avoir eu auprès de moi des amis fidèles et incroyables qui sont eux aussi devenus ma famille, je les remercie d’être toujours aussi présents et de m’accepter tel que je suis, entière de mes défauts et mes imperfections, j’ai de la chance de les avoir eu à un moment aussi difficile, j’ai juste de la chance de les avoir dans ma vie tout court.

Alors, comment la fibromyalgie évolue t-elle ?

C’est une maladie totalement IMPRÉVISIBLE !!! Je vis en sursit depuis 9 semaines, j’ai annulés tous les voyages pour 2017, moi qui suis passionnée d’aventures et de rencontres, je dois me trouver d’autres hobbys😜. Je passe 90% de mon temps à la maison (raison pour laquelle j’ai refait toute la déco avec l’aide d’amis) allongée plutôt qu’assise. La position debout s’avère parfois impossible. Comment expliquer donc à une personne dans le bus ou le tramway qu’on a l’air bien portante mais on aimerait vraiment qu’elle nous cède sa place parce qu’avec cette douleur dans le dos et les jambes qui ne nous lâche jamais, qu’on ne peut se permettre le luxe de rester debout même pour 10 min de trajet ?

On vit avec de grosses fatigues et des douleurs constantes. On vit au jour le jour, tout est planifié à très court terme. La fatigue, les douleurs, voilà ces mots qui reviennent sans cesse. Sortir de mon lit tous les matins est un vrai CHALLENGE !!! 😓

Au début de la maladie je marchais à 4 pattes dans la maison, il fallait bien coûte que vaille essayer de garder une certaine autonomie. Puis progressivement j’ai commencé à attraper les murs pour me déplacer et aujourd’hui je me lève difficilement de mon lit le matin, mais au moins je marche sur mes deux jambes et ça c’est UNE GRÂCE, GLOIRE À LUI QUI VEILLE 🙏🏾 !!!

Mon refus d’accepter ma nouvelle situation

Début juin, J’étais allée passer le week-end à Lille chez ma sœur. Elle a eu la bonté de partir de Bruxelles afin de venir me chercher pour me ramener à la maison. Faut savoir que le moindre déplacement peut s’avérer dangereux pour moi, je peux me retrouver allongée sur une civière d’ambulance en très peu de temps 😓. J’avais débarqué à Lille à 23 h parce que à 21 h j’allais beaucoup mieux et j’ai donc profité de ces deux heures d’accalmie pour filer en douce de Bruxelles. Sur le chemin du retour donc nous discutions et elle m’a suggéré de me faire une raison, d’essayer d’y voir le message caché derrière cette maladie qui m’est tombée dessus sans crier garde. Je lui ai répondu que je ne voulais pas philosopher, j’étais en colère, très très en colère 😡et je refusais d’être raisonnable.

La fibromyalgie a changé mon quotidien

Pendant les premières semaines de cette maladie je me demandais sans cesse POURQUOI ? POURQUOI MOI ???!! Je me sentais brisée, foutue, j’étais nulle et inutile, même à moi même. J’étais comme un oiseau dont les ailes avaient été tranchées en plein vol. J’avais tant d’ambitions et de passions, tant de rêves à vivre, d’immenses horizons à découvrir, beaucoup de personnes à rencontrer et aimer. Et là tout d’un coup, RIEN ! Mon horizon s’est réduit et obscurcit. Aller faire une course dans la supérette à 100 mètres de mon immeuble se transformait en expédition.

J’enchaînais donc crises après crises, la nuit je m’endormais quelques heures fatiguée d’avoir trop pleuré, et le matin les douleurs me réveillaient en sursaut, lancinants ! Mon médecin traitant était désemparé, il ne savait plus quoi faire pour m’apporter un peu de réconfort. Je le harcelais littéralement, j’étais à son cabinet plusieurs fois par semaine même sans rendez-vous, lui demandant de trouver un médicament à ce mal qui me volait ma vie. À l’écoute de ses nombreux conseils, j’ai compris que je me devais d’être plus forte que ce mal parce que le stress et l’anxiété accroîtraient les crises. Je me suis souvenue des mots plein de sagesse de Martine…

Mes premières prises de conscience

Après m’être longuement documentée sur le sujet, j’ai donc décidé de combattre cette maladie et de continuer de vivre malgré tout. Et ceci a été une décision déterminante, ma première victoire sur la maladie. Mes premières peurs étaient la perte de l’autonomie et de ma féminité. Avant la maladie je préférais porter des chaussures confortables au profit des escarpins 👠. Ma première décision a été de changer cela, de mieux prendre soin de moi et de porter des chaussures hautes quand je ne vais pas bien. La kinésithérapeute, lorsqu’elle me voit débarquer en escarpins 👠elle sait que ça ne va pas du tout ! 😫😫😫

J’avais le sentiment que non seulement cette maladie me volait ma vie, mais mon corps et ma féminité aussi. Depuis lors, je célèbre chaque matin de réveil sans douleurs, j’improvise des fêtes, des sorties, je prends plus de plaisir à la vie aujourd’hui, je m’amuse, je m’éclate, je ne me mets plus jamais en colère, je m’enivre d’amour et de folies. Parce que je ne sais jamais ce que l’heure d’après me réserve. Oui mon répit se compte en heure, je peux être bien le matin à 10 h, balancer des vannes sur facebook, appeler ma folle de copine pour écouter son lot de connerie, puis me retrouver aux urgences à 12 h.

J’ai donc décidé de ne plus faire de cette maladie mon ennemie. Je l’apprivoise chaque jour et bientôt, je sais qu’elle deviendra mon amie 😀. Ceux qui suivent mon journal sur mon compte personnel instagram ont dû voir une amélioration de mon humeur…☺️ je vais donc devoir vivre et négocier avec cette maladie qui fait désormais partie intégrante de moi, jusqu’à ce qu’on lui trouve un traitement…

On peut bien vivre avec la fibromyalgie

Cette vie qui est la mienne est un cadeau 🎁 dont je sais profiter de chaque instant de bonheurs. Je cultive la zen attitude au quotidien et je suis presque toujours de bonne humeur, même quand je vais mal je trouve le moyen de rire. Une journée sans rire est un bonheur perdu, alors je crée autour de moi des occasions même idiotes, de rire 😂 rire de la chance que j’ai d’être en vie 🙌🏽 rire de cette maladie. J’apprécie mieux les petits détails qui font du bien et ferme les yeux sur les mauvais. Grâce à cette maladie je prête mieux attention aux autres, aux personnes qui m’entourent et aux choses et je continue de me considérer comme une privilégiée. Avant cette maladie je n’étais qu’une femme. Aujourd’hui je suis toujours une femme, une femme malade, mais une femme épanouie.

Il y’a une vie après la maladie, ne passons pas à côté de la nôtre, elle est précieuse 🙏🏾❤️🙌🏽❤️⭐️🌺


Qu’est ce qui bloque le renouvellement de la classe politique au Cameroun ?

La classe politique au Cameroun est vieille de plus 60 ans. Une classe politique désigne un ensemble de personnes de la même génération. La plupart des gouvernants sont issus de la génération qui a pris le pouvoir depuis l’indépendance de la République du Cameroun en 1960. L’exemple le plus visible est Paul Biya, le président de la République. Diplômé de de l’Institut des hautes études d’outre-mer, il commence sa carrière en tant que fonctionnaire. Sa carrière politique commence donc véritablement en octobre 1962. C’est l’année où il fut nommé par le feu Amadou Ahidjo comme « Chargé de missions » à la présidence de la république. Paul Biya avait alors 29 ans quand il entre, pour la première fois, au gouvernement.

Après avoir occupé une dizaine de poste dans le gouvernement, c’est en novembre 1982 que Paul Biya prête serment comme président de la République du Cameroun. Il avait alors 49 ans. Aujourd’hui, après 34 ans de pouvoir sans partage et sans limite, Paul Biya ne compte pas abandonner le pouvoir de si tôt. Ses laudateurs disent de lui qu’il est jeune, fort et lucide. Ils n’oublient pas aussi de dire qu’il est beau. Comme lui, on peut citer encore de nombreux barrons du pouvoir politique de sa génération. Force est de constater que les jeunes n’ont jamais été les bienvenus dans les arcanes du pouvoir. Les raisons ? Vous vous en doutez bien : c’est la conservation du pouvoir.

Paul Biya du temps de sa jeunesse, aujourd'hui un vieux routier de la classe politique
Le jeune Paul Biya très tôt introduit dans la classe politique par le poste de chargé de mission à la Présidence de la République/Matango Club

Cette conservation n’est possible qu’à travers le verrouillage du système pour empêcher l’émergence de classes nouvelles. D’un autre côté, c’est la « reproduction sociale« , selon la théorie bourdieusienne, qui gouverne ces principes d’accès au système. Ces principes sont, pour la plupart, gouvernés par des règles généralement subjectives. Quels sont ces mécanismes structurels mis en place pour empêcher cette émergence de la classe politique ?

L’accès à la classe politique des gouvernants par des mécanismes du système politique néocolonial

Théoriquement, on pourrait situer la période de la création de l’administration camerounaise le 15 avril 1957. C’est la date à laquelle le Cameroun acquiert son autonomie interne à travers un décret de la France. André-Marie Mbida, premier ministre, peut alors former son gouvernement le 16 mai 1957. Le 10 mai 2057, il démissionne et son adjoint, Amadou Ahidjo, vice-premier ministre, le remplace. Il forme son gouvernement le 20 février 1958. Lorsque Ahidjo devient président de la république le 1er janvier 1960, il nomme Charles Assale comme premier le 14 mai 1960. Ce sont des cheminement qui montrent bien la période de la création de l’administration camerounaise.

Ces nominations ont été l’oeuvre du Haut Commissaire français Pierre MESSMER. Cela démontre que la classe politique camerounaise a été formée par cooptation. Quelques cicatrices de la colonisation étaient encore présentes puisque ces hommes choisis par la France, sont issus de l’ARCAM, de l’ATCAM et de l’ALCAM. On a donc mis de côté les leaders qui se battaient pour l’indépendance pour prendre curieusement ceux ceux qui étaient contre. La raison simple qu’on peut donner à ce choix c’est que la métropole faisait confiance aux leaders dociles et serviables.

La mission principale de ces hauts dirigeants n’aura donc rien à voir avec le développement. Ce qui est important, c’est la traque et la répression. Ainsi, toutes velléités contestataires seront réprimées. Cette configuration de la classe politique par cooptation va créer une classe de privilégiés qui considère qu’elle sert la métropole qui les protège et les protégera.  Cet esprit de cooptation, de réseautage persiste encore jusqu’à nos jours. Même la présence des élections n’y a rien changé.

L’accès à la classe politique des gouvernants par les mécanismes du système politique électoral

Avec la présence des élections, on aurait pu penser que cette stratégie de cooptation pourrait prendre fin. Avec le retour du multipartisme en 1990, toutes les espoir étaient fondés pour voir enfin la déchéance d’un système croulant sous le poids de la vieillesse. En 1992, a eu lieu la première élection présidentielle sous l’ère du multipartisme. Election la plus mobilisatrice, elle a vu la victoire de Paul Biya (40%) contestée par son challenger historique John Fru Ndi (36%). Cette élection survenait à peine dans un contexte de villes mortes vécues par la population camerounais pendant plusieurs semaines. Le charisme de l’opposant anglophone qui faisait l’unanimité à l’époque commençait à prendre des rides.

Tout comme John Fru Ndi et son parti politique, le SDF, l’opposition toute entière voyait ses scores électorales dégringolés. Cette chute s’observait année après année malgré les dénonciations de fraudes massives. L’entrée à l’Assemblée Nationale de quelques leaders de l’opposition va quand même permettre la modification de la loi. Des organes d’observation, de contrôle et d’organisation des élections fût créés. C’est ainsi qu’on a eu ONEL (2000) et Elecam (2006).  Malgré cela, la bataille a continué jusqu’à la mise en place d’un code électoral en 2012.

Toutes ces batailles visent un objectif majeur : la crédibilité des élections. Cette crédibilité est la résultante d’un code électoral qui garantissent les règles équitables. Pour être fiable et crédible, le code électoral doit respecter certaines normes universelles relevant aussi du bon sens. Ces normes sont longtemps exigées par les partis politiques de l’opposition. Elles sont considérées comme des règles d’équité et d’égalité donnant à tous les candidats les mêmes chances de réussite. Ce sont des règles objectives qui ne prennent pas en compte des prédispositions personnelles et subjectives.

Quelques éléments du code électoral constitués comme blocage à l’émergence d’un nouvelle classe politique

Parmi les normes exigées par les partis de l’opposition, il y a entre autres, les bulletins uniques, le vote biométrique, les procès verbaux de tous les scrutateurs faisant foi et bien sûr, les élections à deux tours.

Les bulletins uniques

L’exigence des bulletins uniques avait été, et l’est encore, une stratégie pour éviter le bourrage des urnes. Celui-ci consiste à un remplissage de l’urne par les bulletins d’un candidat. Ces unes sont mises subrepticement hors des bureaux de vote. Les scrutateurs du candidat susceptible de perdre les élections se livrent à cette pratique. Elle n’est possible que grâce au concours des forces de l’ordre.

Comment les bulletins uniques viendront-ils résoudre les pratiques de bourrage des urnes. Il n’existera qu’un seul bulletin pour tous les candidats au lieu d’un bulletin pour chaque candidat. En d’autres termes, l’électeur aura un bulletin sur lequel est inscrit le nom du candidat. Il n’aura qu’à cocher le nom du choisi dans la liste des candidats qui lui sont proposés. Il est aussi important de préciser l’important de l’économie des coûts des charges. La commission électorale n’aura qu’à imprimer une seule carte à la foi, au lieu d’une carte par candidat.

Le vote biométrique

A la création de la commission électorale (ELECAM) en 2006, il était convenu que l’organisation des élections devait changer. L’un des changements notables était le vote biométrique selon la technologie développée par Coppernic. Beaucoup de pays africains, comme le voisin Nigéria en 2015, ont déjà eu à expérimenter cette technologie. Au Cameroun, le processus du vote biométrique aux élections s’arrête seulement au niveau des inscriptions sur les listes électorales. Il n’existe pas encore de terminaux dans les bureaux de vote. Pourquoi ce processus ne se limite-t-il qu’au niveau des inscriptions ? That is the question.

Les procès verbaux

Les procès verbaux sont dressés par le collège de scrutateurs des partis politiques. Parmi eux, on peut aussi compter un représentant de la commission électoral (Elecam). Le procès verbal est un formulaire où sont dressés les résultats de chaque bureau de vote. Il est signé par les représentant de tous les partis concernés, sans oublier le représentant d’Elecam. Chacun d’eux possède un exemplaire uniforme. En cas de litige, seul le procès verbal du représentant d’Elecam fait foi. Ce que condamnent évidemment les partis politiques de l’opposition.

Le scrutin à deux tours

L’élection à deux tours a toujours été un enjeux politique. Les barrons du pouvoir considèrent que l’acceptation de cette clause tant revendiquée par l’opposition programmera leur mort politique. Ce type d’élection a pour avantage de tisser des alliances au second tour. Autrement dit, le second tour pourrait rallier des forces de changement pour le candidat de l’opposition en position favorable. La question qu’on se pose est celle de savoir comment l’opposition pourrait-elle gagner en situation de fraude massive ? La peur d’une surprise désagréable peut expliquer cette fébrilité.

La proclamation des résultats

Le renouvellement de la classe politique est aussi difficile à travers le processus de déclaration des résultats. En effet, dans les systèmes électoraux fiables, les résultats sont compilés pour être programmés dans les minutes qui suivent. Les gouvernants ont toujours tendance à mettre le système de communication en cause. Système qui empêche et la production des résultats dans les deux heures qui suivent la fermeture des bureaux de vote. Les experts ont pourtant formels : au 21ème siècle, tout est réuni pour proclamer les résultats avant 24 heures.

L’équilibre régional comme mécanisme d’insertion professionnelle dans les fonctions publiques et para-publiques

Le mécanisme d’insertion professionnelle est aussi identique au réseautage. Il est également identique au mode de recrutement de la classe politique. La différence qui réside entre la classe politique et l’insertion professionnelle, c’est le fait de la rendre officielle. Ce qui est mis en exergue ici c’est la « reproduction sociale » comme cité plus haut. C’est un mécanisme fondé sur le recrutement par filiation. Il est pratique pour garantir la conservation des pouvoirs par des groupes claniques ou ethniques. C’est donc la transmission d’un patrimoine d’une génération à l’autre. Si Bourdieu parle du patrimoine familiale, peut-on extrapoler cette analyse sur le cas du Cameroun ?

Quelques personnes de la génération des années pré et post indépendance sont même encore au pouvoir. Ici, le patrimoine est essentiellement politique. Comment l’insertion professionnelle conférera-elle à l’individu d’une génération d’hériter du pouvoir politique ? Les gouvernants ont mis en place un mécanisme appelé « équilibre régional ». Elle consiste à recruter le personnel de la fonction publique et des entreprises publiques et para-publiques des candidats en fonction de leur origine ethnique.

Ainsi, des quotas sont attribués aux dix régions du pays. Le décret N° 82/407 du 7 septembre 1982 donne le pouvoir au ministre de la fonction publique de définir les quotas par région. Ces quotas sont contenus exactement dans l’article 2 de l’arrêté N° 10467 du 4 octobre 1982. Il a été actualisé le 20 août 1992. L’arrêté du premier ministre N° 2000/696/Pm du 13 septembre 2000 vient davantage le renforcer.

Des élections équitables sont-elles alors la seule voie possible pour renouveler le personnel politique camerounais ?

En filigrane, cette question renvoie à une autre : les partis politiques doivent-ils, malgré tout, aller aux élections ? Une autre question qui fait l’objet de polémique chez les analystes est celle de savoir si une loi électorale doit ou non être le résultat d’un rapport de force. Beaucoup répondront, sans hésiter, par l’affirmative. L’argument avancé ici est celle d’affirmer mordicus qu’il est possible à l’opposition de gagner, même avec un mauvais code électoral. Pour cela, il ne suffit pas de participer simplement au vote, il faut trouver des stratégies pour contourner les défaillances de la loi. C’est justement là où réside le challenge pour les échéances de 2018.

A ce niveau encore, les positions sont divisées. Il y en a qui pensent justement que le moment est venu de renouveler l’expérience foireuse de la coalition de 2004. C’est l’année à laquelle l’opposition avait tenté de faire une coalition des partis politiques. Le retrait du SDF (Social Democratic Front) a été vécu comme une douche froide. Ce parti, le leader de l’opposition depuis toujours, voit d’un mauvais œil une coalition construite sans l’avoir désigné comme capitaine du bateau. Cette position du SDF de 2004 n’a pas changé jusqu’aujourd’hui. Ses cadres estiment qu’en tant que parti politique de l’opposition de premier rang, John Fru Ndi doit conduire la coalition.

Alors, comment démontrer qu’une fausse équation mathématique peut donner un bon résultat ? Si tel est le cas, il ne faut donc pas être surpris de voir les candidats déchus des élections crier à la fraude. C’est d’ailleurs l’un des sport favori pour les perdants.


Élections : et si la France inspirait le Cameroun ?

La France politique vient de vivre en l’espace d’un mois deux grands événements majeurs de son histoire : les élections présidentielles et législatives. Le monde entier, et plus particulièrement le Cameroun, a été subjugué par cette frénésie chère aux grandes démocraties. En dehors du réglage et de l’organisation, ces démocraties suscitent également quelques appréciations. Malgré les défauts qu’elles peuvent avoir, elles réussissent surtout à faire ressortir une aspiration populaire. Même si les démocraties sont diverses et ne se ressemblent pas, ce qui reste important, c’est cette qualité.

Elections législatives en France
Résultats des élections législatives en France. Matango Club. Crédit photo : L’internaute

Les trois leçons des élections en France

Ces victoires en l’espace de quelques semaines ont permis d’avoir trois enseignements.

Primo : le plébiscite de Macron

Ces élections renforcent l’absolu pouvoir du président de la république Emmanuel Macron. L’élection présidentielle du 7 mai 2017 a consacré la victoire d’un candidat âgé de 39 ans. Quant aux législatives du 18 juin 2017, le mouvement du président Macron dénommé La République en Marche a battu les records de l’espérance. Sur les 577 sièges de l’assemblée nationale, le LREM s’en sort avec 308 députés.

Deuzio : la fin du classique

Ces élections confirment davantage la dégringolade, pour ne pas dire, la fin d’un cycle pour les partis politiques classiques. Ainsi, la montée des mouvements comme la République En Marche (LREM) et la France Insoumise ne signe-t-elle pas la mort du parti socialiste et du parti Républicain ? C’est certainement l’oeuvre d’Emmanuel Macron dont la mission est de mettre en cause le système partisan. Puisque c’est sous son règne qu’il est possible de voir dans le même gouvernement « des socialistes, des Républicains, des centristes, côte à côte et non plus face à face » dixit France Culture.

Les partis tels que le Parti socialiste et les Républicains ont eu des sueurs froides. Le premier avec 29 députés (son pire score depuis l’avènement de la 5eme république) et le second, avec à peine 113 députés, très loin des 223 de la dernière législature, se considèrent désormais comme des parias de la république en France.

Tertio : la montée de la jeunesse

La surprise vient surtout des élus âgé de moins de 30 ans. Ainsi, depuis 1958 où le record a été battu avec 10 députés jeunes, la Ve République enregistre 28 députés vingtenaires. La LREM, encore elle, rafle 18 sièges sur 28 élus. Il faut préciser que 756 candidats de moins de 30 ans étaient en lice. Sans oublier que 5 candidats étaient âgés de 18 ans.

Pour aller plus loin dans l’analyse, les électeurs peuvent opter pour la jeunesse quel que soit le parti. L’exemple de la 10e circonscription du Pas-de-Calais est parlant. Ainsi, celui qui est désormais considéré comme le plus jeune députéLudovic Pajot, affrontait Mme Deschanel, candidate de LREM. Ce jeune de 23 ans était pourtant le candidat du Front National (FN). Même si cette circonscription est le bastion du FN, il n’en demeure pas moins vrai que le peuple est capable de faire confiance à la jeunesse quelque soit son bord idéologique.

L’âge électoral : 18 ans en France, 20 ans au Cameroun

Il ne s’agit pas ici de faire une comparaison les deux pays sur le mode de gestion politique. L’objectif ici est de mettre en évidence les cadres environnementaux et réglementaires qui pourraient inciter les jeunes. Quelques analystes ont déjà fait cette remarque selon laquelle les jeunes camerounais s’engagent moins en politique. Les raisons de ce désengagement sont multiples. Mais, l’une d’elle qui revient plus dans les critiques est bel bien la gérontocratie. C’est la perpétuation de la vieille garde aux affaires. Elle consiste à embrigader les jeunes en les renfermant dans le carcan des faire-valoir.

En jetant un coup d’œil sur les textes, notamment la loi électorale (N° 2012/001 Du 19 avril 2012), tandis que l’âge électoral est fixé à 20 ans, en France on vote à partir de 18 ans. Pendant ce temps, la majorité pénale est fixée paradoxalement à 18 ans et celle civile reste encore maintenu à 21 ans. Autrement dit, à 18 ans, un jeune est pénalement condamnable alors qu’il ne peut pas encore choisir ses dirigeants. Cette majorité électorale était fixée à 21 ans depuis l’indépendance. Et ce n’est qu’à la révision constitutionnelle du 16 décembre 1991 qu’elle a été revue à la baisse. Ce débat sur l’âge électoral ne date pas d’aujourd’hui.

L’émergence d’une nouvelle classe d’homme politique

Ce blocage au niveau de l’âge électoral n’est pas le seul handicap pour l’émergence d’une nouvelle classe politique. L’on a depuis longtemps décrié cette main mise de la vieille garde politique. En effet, depuis l’avènement des indépendances en Afrique, les nouveaux dirigeants étaient des jeunes. Il était convenu qu’après le départ des colons, les pays devraient être confiés aux jeunes administrateurs coloniaux de l’époque. De même que les premiers dirigeants, certains vieux présidents actuels ont été dans les arcanes du pouvoir étant très jeunes (entre 25 et 40 ans). Paradoxalement, il devient presque difficile voire impossible aujourd’hui de s’engager trop jeune au Cameroun.

En plus de cette caporalisation de la vieille garde au niveau du pouvoir, les partis politiques ne sont pas en reste. Depuis les années 1990 où le multipartisme a été légalisé après son interdiction en 1966, les partis politiques sont dans la même logique. La plupart qui sont entrés dans l’arène politique grâce à cette loi, garde jusqu’aujourd’hui le leadership vieux de plus de 26 ans. Même si le contexte avec la France ne peut pas s’identifié avec le Cameroun, ne peut-on pas s’interroger sur la nécessité du renouvellement de cette classe politique ?

Quel sens donner à l’abstention aux élections en France ?

Que peut_on dire du taux impressionnant de l’abstention qui devient l’une des formes les plus affinées d’expression politique en démocratie ? Au delà de la victoire de la LREM on peut observer une population indécise. Le taux d’abstention qui est au dessus de la moyenne (57,4%) révèle la désaffection de la population vis à vis du politique. C’est le taux record jamais réalisé depuis 1958. On peut ici se prononcer sur la fin de la cinquième république. La LREM est un mouvement qui peut prendre fin à tout moment car il n’est encré sur aucune idéologie véritable mis à part l’hyper utilisation du marketing politique.

Ramené à notre contexte, c’est à dire celui du Cameroun, il y’a lieu de se demander si la démocratie revêt les mêmes vertus dans tous les pays où elle est choisie comme modèle de gouvernance politique ? Ce taux d’abstention observé en France, est vu au Cameroun sous un autre angle. La désaffection proviendrait non pas du taux d’abstention, mais du taux du refus d’inscription sur les listes électorales.

Qu’est ce qui bloque le renouvellement politique au Cameroun ? Est ce la jeunesse de notre État ou l’immaturité de notre citoyenneté ? Rendez-vous dans le prochain billet pour tenter de répondre à cette question.

Ce billet a été rédigé avec le concours du juriste Laurent Dubois Njikam à qui je transmet mes remerciements.


Trafic d’enfants : Mme Kileba retrouve ses enfants après 20 ans de recherche

L’histoire remonte en mai 2014 quand je suis au parfum d’une histoire de trafic d’enfants par Christiane Oto, présidente d’une association La Perche. Puis, en novembre 2014, je suis invité à une conférence avec pour objet « trafic d’enfants ». C’est donc l’association Cameroon Ô’Bosso qui m’invite à une projection de vidéo. Celle-ci met à nu le phénomène de trafic d’enfants qui défraie la chronique depuis belle lurette. A la suite de la vidéo, quelques témoignages des victimes qui sont venues relatés les faits. C’est au cours de cette projection que je découvre que le trafic d’enfants est un phénomène courant. Je veux dire, un commerce juteux.

Mais, le cas le plus frappant est celui de Madame Kileba qui était à la recherche de ses deux enfants depuis 1997. J’étais scandalisé. Je ne m’en revenais pas de savoir qu’un phénomène aussi gravissime ne fait jamais la une de l’actualité. Heureusement, les réseaux sociaux sont là pour nous plonger dans la nasse du trafic d’enfants. Un collectif, à l’occasion, a été mis sur pieds. Son objectif est d’être un réseau d’alerte systématique de vol de bébé.

Ce jeudi 8 mai est un jour mémorable. Un grand jour. Les fruits de la lutte acharnée contre le trafic d’enfants est déjà visible. Etant sur le coup de l’émotion, je vous laisse découvrir l’extase qu’a laissé échappé mon frère et ami journaliste Gérard Philippe Kuissu que j’ai eu l’occasion de connaître à travers ce combat. Ces écrits, comme un compte rendu, relate bien l’émotion qui nous domine en ce moment. Lisez plutôt :

Le fils de Mme Kileba retrouvé après une campagne contre le trafic d'enfants
Madame Kileba à la droite de son flis, sa mère adoptive à sa gauche et Me Tchakounté à l’extrême-gauche. Il a été retrouvé grâce à une campagne contre le trafic d’enfants/ Matango Club/Crédit photo : Facebook Gérard Philippe Kuissu

Il y a des joies qu’on n’étouffe pas. Et l’affaire Kileba en est une. 20 ans après que ses deux enfants aient disparus comme des épingles, elle retrouve l’un deux.

Bref rappel des faits sur le trafic d’enfants :

Il y a 20 ans, Dame Kileba est atteinte de tuberculose. Pour se soigner et afin de ne pas contaminer ses deux jeunes enfants, elle les laisse dans un orphelinat. Et leur rends visite régulièrement. La suite c’est qu’un matin, elle découvre que ces deux enfants n’y sont plus. Catastrophe.

Elle cherche, cogne aux portes. Va au ministère des affaires sociales, écrits aux évêques, aux ministres, au SED, aux généraux, au DGSN, au PM… Rien. Une trentaine de correspondances, même aux instances nationales et internationales. Rien.

Elle sera interdite d’accès à l’orphelinat comme une malpropre. Elle sera insultée et vilipendée par les cadres du Ministère des affaires sociales. Ce ministère et de nombreux cadres seraient impliqués dans le trafic d’enfants et de bébé en particulier. De grosses familles à Yaoundé sont impliquées dans cette barbarie pestilentielle qu’est le trafic d’enfants.

Comment SOS Enfants Volés voit le jour

De guerre lasse, Madame Kileba eu l’idée géniale de se tourner vers une autre dame au grand cœur, KAH WALLA, présidente d’honneur de l’association Cameroon Ô’Bosso et présidente du parti politique Cameroon People Party (CPP). La Présidente l’écoute. Et décide d’agir.

En manager et fin tacticienne, elle avait compris avant nous tous l’importance et le poids de ce combat qui va durer trois ans. Son association Cameroun Ô’Bosso va prendre le dossier et réunir une cinquantaine d’associations de la société civile et des personnalités. Le TRIBUNAL ARTICLE 53 que je dirige est de la partie. C’est comme cela que je suis au commencement de l’affaire ! Un vaste et colossal travail sera fait. Lobbying, communication, marches, conférences de presse, distributions de dépliants, confection d’un documentaire. La présentation du documentaire sera même interdite par les autorités.

Les témoignages édifiants de trafic d’enfants

Durant les rencontres, les témoignages sont émouvants. Ils vous arrachent des larmes, vous enragent… Des verrous vont sauter, le collectif SOS Enfants Volés met à nu le trafic d’enfants et on dénombre des centaines de cas par an passé sous silence. L’impunité règne en maître. La mafia tourne, le business marche sur les larmes des familles.

Je me souviens encore du témoignage d’une dame : « Je vis au Gabon avec mon Mari et j’ai un enfant de 2 ans et je suis venu au Cameroun accouché. Mais on m’a volé un enfant… Que vais-je dire à mon mari, à ma famille ? Je rentre avec un bébé… Depuis 6 mois, je cherche, je me bats… ». Elle fondit en larmes.

Et un autre témoignage d’un homme qui disait : « ce qui me fait mal c’est que depuis que j’ai déclaré à la police la disparition de mon enfant, personne ne m’a jamais demandé quoi que ce soit. La police n’est jamais venu me voir, ou me convoquer… ».

Les âmes de bonne volonté se joignent au combat

La Ministre des affaires sociales reçoit le collectif. Des avocats, des experts entrent dans le jeu. Le Collectif, Me Tchakounté Charlotte, et d’autres vont mettre en marche une machine puissante. Celle-ci va de plaidoiries en plaidoiries engranger des victoires. Il sera établi que les enfants avaient été volés, leurs traces retrouvés.

Des négociations sont faites. Les enfants ne savent pas qu’ils ne sont pas avec leur mère biologique. Aujourd’hui, l’aîné, le garçon a retrouvé sa mère biologique en compagnie de sa mère adoptive et des membres du collectif dont Me Tchakounté.

Au moment de cette victoire, après 3 ans d’âpres combats pour nous et 20 ans pour Mme Kileba, il faut souligner que c’est une victoire de la société civile.

Je vous passe les détails sur les menaces, les intimidations.
Je vous passe les détails sur les scandales découverts.
Je vous passe les détails sur la condescendance, l’immoralité, le vice, les insultes des fonctionnaires qui volent deux enfants et maltraitent, animalisent la mère biologique.
Un crève cœur.

Et le combat continue…

Une insensibilité à la douleur d’autrui que l’on ne retrouve que chez les animaux sauvages. La patience et le courage du collectif ont payé. Mais aussi j’ai une pensé émue pour Georges Ekona et tout son staff qui n’ont ménagé aucun effort pour cette cause.

Je suis hyper admiratif de leurs efforts. Et, il me souvient que moi-même incarcéré au SED, il n’avait pas attendu ma famille ou l’argent pour intenter une action judiciaire pour moi. Il est juriste, il a fait ce qu’il avait à faire.

Comment ne pas saluer l’action de cette dame, Me Tchakounté, qui s’est investie pieds et mains liés dans cette cause, celle qui de mon point de vue a donné une dimension de force et de percussion au Collectif.

Au moment de partager cette joie, je salue le courage de Mme Kileba qui a crut jusqu’au bout. 20 ans pour revoir ses enfants dans la ville de Yaoundé. Elle retrouve donc son aîné, en attendant que la fille, la cadette et sa famille d’accueil soit préparées pour cette rencontre.

Happy end ?

Pas seulement. C’est la victoire d’une société civile que l’on qualifie d’inexistante. Moi je dis ESPOIR, PATIENCE, PERSÉVÉRANCE, et… union dans l’action. Une démonstration pratique pour la jeunesse : les vraies victoires se construisent dans la durée avec la sueur et/ou le sang.