Yves Tchakounte

La course marathon de la libération de l’écrivain camerounais Patrice Nganang

L’histoire de l’arrestation de l’écrivain camerounais Patrice Nganang remonte au 6 décembre 2017. Après la première audience du 15 décembre 2017, la seconde avait été renvoyé au 19 janvier 2019. Alors que l’écrivain attend cette seconde audience, il est tiré de son sommeil dans la nuit du 26 au 27 décembre 2017 pour s’entendre dire que cette audience aura plutôt lieu le 27 décembre 2017. Le collectif pour la libération de l’écrivain sonne l’alerte. Pendant que le conseil d’avocats chargé de sa défense se mobilise pour affiner les dernières cartes, les rumeurs courent déjà sur la libération – pour ne pas dire l’expulsion de l’écrivain.

La course marathon de la libération de Patrice Nganang commence donc ce mardi 26 décembre 2017 à 22h pour s’achever le mercredi 27 décembre 2017 vers 14h. L’un des membres du collectif nous livre ici son récit posté sur sa page Facebook que je me fais le plaisir de le partager ici.

Compte rendu circonstancié du déroulement et du dénouement de l’affaire MP et Etat du Cameroun C/Alain Patrice NGANANG

Les choses s’accélèrent dans l’après-midi du 26 Décembre 2017. En effet, les proches de NGANANG Alain Patrice sont interdits de lui rendre visite à la Prison centrale de Nkondégui. Il a fallu l’intervention de ses avocats auprès du régisseur de la prison pour qu’il puisse recevoir la nourriture apportée par ses proches et finalement s’entretenir avec ces derniers ainsi que ses avocats. Nous quittons la maison d’arrêt autour de 17h, planifiant la visite du lendemain et des jours d’après tout au moins jusqu’au 19 janvier 2018, date à laquelle, l’affaire a été renvoyée suite à la première audience du 15 Décembre, tenue au Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Centre administratif.

L’expulsion de la cellule pour l’audience

Vers 22h ce même jour, coup de théâtre, nous sommes alertés par une source depuis la prison, qui nous indique que le dossier passera bel et bien à l’audience du 27 Décembre 2017 au lieu du 19 janvier 2018 tel qu’initialement prévu. Nous entrons en contact par des voies que je ne révélerais pas ici avec notre client qui confirme qu’il a été extrait de sa cellule quand il dormait déjà aux fins de notification du mandat d’extraction pour une audience qui passe aujourd’hui (27 décembre 2017, ndlr).

La nuit a été à la fois longue et courte pour l’équipe de la défense, la plupart des avocats étant hors de la ville et ne pouvant rallier Yaoundé qu’en mi journée. Arrive donc le jour de la fameuse audience. Notre client est effectivement extrait seul autour de 7h30 min et embarqué dans un mini bus CA visiblement préparé pour la circonstance, direction, Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Centre administratif. Nous avons la possibilité de nous entretenir avant le début de l’audience ordinaire de Flagrant délit programmé ce jour. Après les réquisitions spéciales du représentant du Ministère public, les avocats constitués dans le dossier pour certains venant hors de la ville, font jouer la préséance pour que le dossier soit appelé le plutôt possible mais en vain car ni le dossier de procédure du juge, ni le dossier administratif du procureur de la République ne sont à l’audience. Nous nous rapprochons de la représentante du Ministère public qui nous rassure avec un sourire que le dossier va passer. Nous attendons, quelques affaires sont même appelées et renvoyées et soudain, suspension d’audience.

L’audience du procès de Patrice Nganang

Quelque 2 min plus tard, reprise de l’audience par le Tribunal autrement composé. Cette fois, nous avons au siège, le Président du Tribunal lui-même, au parquet, c’est une « collégialité » composée du Procureur de la République près le Tribunal des céans lui-même, d’un Avocat général représentant spécial du Procureur général près la Cour d’Appel du Centre et de la substitut du Procureur qui a initialement commencé l’audience.

Le président ouvre l’audience et donne la parole au Procureur du Roi comme il a appelé. Ce dernier après les civilités habituelles à l’égard du Tribunal a remercié le Tribunal d’avoir accepté le rabattement de la date d’audience à son initiative et le ré-enrollement de l’affaire à cette date. Il il a par la suite dit que cette demande qu’il a formulée lui a été instruite par sa hiérarchie, notamment le Procureur général près la Cour d’Appel du Centre dont le représentant spécial était présent. C’est sur cette note qu’il a passé la parole à ce dernier qui s’est présenté en donnant ses noms et prénoms ainsi que son grade. Il a directement embrayé sur l’objet de sa présence qui consistait en effet à venir soutenir oralement et publiquement, conformément à l’article 64 du Code Procédure Pénale, un ordre d’arrêt de poursuites écrit et signé du Procureur général sur instruction écrite du Ministre de la justice dont il produira d’ailleurs au dossier de procédure et qui sera admis comme tel.

Le jugement de la libération de Patrice Nganang est alors prononcé

Après plusieurs longues minutes d’attente et de prise de note par le Président du Tribunal, le jugement dont la teneur suit est prononcé :
Le Tribunal statuant publiquement et contradictoirement à l’égard de toutes les parties :

Donne acte au Procureur général pour ses réquisitions portant sur l’arrêt des poursuites à l’égard du Prévenu NGANANG Alain Patrice ;
Constate le désistement du Ministère public en ce qui concerne les poursuites pénales ;
Donne mainlevée du mandat de détention provisoire décerné le 13 Décembre 2017 par le Procureur de la République ;
Met les dépens à la charge du trésor public.

Après lecture du dispositif du jugement, il a à nouveau suspendu l’audience qui a été reprise par la suite.

Les formalités de la mise en liberté et restitution des effets de Patrice Naganang

Nous nous sommes instamment dirigés à la prison centrale de Nkondégui pour les formalités devant aboutir à sa mise en liberté effective. Y étant, nous recevons un coup de fil venant du Procureur de la République qui nous donne 5 min pour rallier son bureau aux fins de restitution des effets mis sous scellé de notre client. Nous essayons tant bien que mal malgré les embouteillages de Yaoundé de rentrer au parquet.

Nous trouvons dans le bureau du Procureur de la République deux cadres de la Police camerounaise notamment le Directeur en charge des enquêtes de la Direction Nationale de la Police judiciaire et son sous directeur. Nous recevons le PV de restitution des effets de notre client daté d’aujourd’hui bien qu’établi hier. Tout est là à l’exception de deux choses à savoir son passeport camerounais et la carte de résident américain de son beau-père qui est Zimbabwéen. Nous protestons et le Procureur ainsi que les deux policiers nous informent que son passeport camerounais a été retenu et qu’il sera expulsé du territoire camerounais dans un vol de 14h30 en nous brandissant le billet d’avion déjà payé par l’argent du contribuable.

Nous déchargeons néanmoins le PV avec cette réserve, entrons en possession de ses autres effets et nous dirigeons en même temps que les hauts policiers en direction de la Prison où l’escorte digne d’un film policier avec des gens cagoulés et armés jusqu’au dents est déjà en place.

Les formalités de levée d’écrou et « expulsion » de patrice Nganang vers les États-Unis

La presse et d’autres citoyens convergent vers la prison, l’ambiance devient très tendue. Après les formalités de levée d’écrou, nous refusons de signer le PV relatif à la rétention de la carte de résident de beau-père qui en réalité n’a rien à voir avec la procédure. Par la suite, nous exigeons, notamment Me Hyppolithe méli, la décision d’expulsion du territoire national de notre client mais en vain car aucune décision ni judiciaire, ni administrative n’a été pris dans ce sens. Les policiers consultent leur hiérarchie, le DGSN. Le représentant du MINJUSTICE qui est là appelle également le Ministre de la justice. Le DGSN a dit sur Talking et sur haut parleur « portez-le ».

C’est ainsi que les gars armés du GSO ont été mis à contribution pour embarquer notre client manu-militari sous bonne escorte digne d’un roman policier. Une fois à l’aéroport, nous constatons un dispositif militaro-policier sans précédent avec des éléments cagoulés et armés près à tirer car ils ont le doigts sur la gâchette. Nous parvenons tout de même es qualité de ses conseils à nous frayer un chemin. Malgré tous nos efforts, nous n’arrivons pas à le voir pour une dernière fois car embarqué par une procédure d’urgence.

C’est ainsi que notre client a quitté Yaoundé à bord du vol ET925 de la Compagnie Ethiopian Airlines à destination de New-york via Addis Ababa en Éthiopie.


Comment sortir des pièges des grandes enseignes de distribution étrangère au Cameroun ?

Depuis ce mois de décembre 2017, au Cameroun, les débats sur la grande distribution meublent les chaumières. Il se trouve que le marché camerounais est largement propice à la grande distribution. C’est la raison pour laquelle le secteur est de plus en plus en vogue, depuis presque 5 ans. Les Camerounais, tout comme les étrangers, occupent le terrain et se font concurrence. Mais c’est l’arrivée de l’enseigne française Carrefour qui a relancé le débat et mis de l’huile sur le feu.

Quelques observateurs mettent en garde le Cameroun sur les velléités capitalistes de Carrefour : l’entreprise n’a a priori pas prévu de privilégier la distribution des produits locaux, quand bien même cela permettrait de booster les activités locales. En réalité, comme d’autres enseignes étrangères sont déjà installées, le mal est déjà fait. Il ne nous reste qu’à trouver des stratégies de contournement pour booster la consommation de produits nationaux. Voici quelques propositions publiées sur les réseaux que je vous convie à lire absolument.

Le développement d’un tissu productif local (Par Claude Abate)

La seule politique économique qui vaille donc dans ce pays, comme dans tous les autres pays de la CEMAC, c’est une politique qui contribue à développer le tissu productif national pour que nos entrepreneurs locaux ou nationaux produisent sur place une bonne partie de ce que nous consommons. Une politique qui doit éduquer et orienter les Camerounais à privilégier la consommation locale. Une politique qui favorise l’industrialisation afin que nos pays transforment leurs matières premières créant ainsi plus de valeur dans le pays et donc plus d’argent et plus d’emplois.

Ce qu’il faut, c’est un politique qui mette en place des barrières tarifaires comme tous les autres pays sérieux au monde, pour empêcher que n’importe quel produit étranger soit déversé sans obstacle dans nos marchés comme c’est le cas aujourd’hui. Une politique qui attire les « bons investisseurs » étrangers, c’est-à-dire ceux qui viennent investir dans la transformation industrielle et autres secteurs technologiques, permettant un vrai transfert de compétences et de technologie. Nous n’avons que faire de ceux qui viennent investir dans les enseignes de « bayam-salam* » coloniales comme CARREFOUR, CASINO, SUPER U, etc. Nous avons besoin de meilleurs investisseurs étrangers. Tout en sachant qu’aucun pays au monde ne s’est développé en comptant principalement sur les étrangers et non sur les nationaux.

La création des supérettes franchisées (Par Benjamin Zébazé)

Si, au lieu de créer chacun son réseau, les Fokou, Ecomarché, Kdo, Santa Lucia et autres s’étaient mis ensemble pour s’allier à un grand réseau mondial, jamais ces entreprises n’auraient osés venir les défier sur leur terrain.

En France dans le secteur de la distribution, on voit comment une entreprise mondiale comme McDonald’s utilise le système de « franchise » pour nouer des partenariats gagnant-gagnant avec des entreprises locales. Sur les plus de 1300 McDonald’s en France, 80% appartiennent aux Français qui exercent leurs activités sous la marque. Le plus important d’entre eux a jusqu’à 18 magasins qui réalisent 66 milliards de chiffres d’affaires en Franc Cfa.

Si, face à l’imminence des « attaques », les groupes locaux avaient seulement crée une « centrale d’achat » pour fédérer les charges tout en cherchant de nouveaux partenaires dans le monde, sans doute le choc eut été moins brutal. Là encore, en France, des concurrents comme la Fnac, Darty et Carrefour se sont alliés pour créer une centrale d’achat commune plus puissante entrainant immédiatement la réplique du duo Auchan-Boulanger. On ne peut plus rien réussir seul.

Développer la distribution locale par des partenariats

C’est dommage que nos hommes d’affaires n’aient pas choisi des parrains pouvant les réunir pour réagir face à de telles attaques. Je propose que nous laissions le secteur des supermarchés aux étrangers.

En revanche, que soit mis en place un puissant réseau de supérettes franchisées dans les quartiers et les zones d’achalandage avérées. Ainsi, sous la même marque, les entrepreneurs locaux pourront exercer leurs activités en mutualisant les charges (comptabilité, achats, marketing, entretien et maintenance…). Pourquoi quitter Bomabéri, Yassa… pour aller à Super U ou Carrefour si au coin de la rue on trouve un « petit beau » magasin bien achalandé avec des produits présentés selon des critères internationaux ?

Ces supérettes devront avoir un avantage comparatif bien identifié : le privilège donné la production locale. Je suis certains que si on explique bien à nos concitoyens qu’il y va de l’emploi de nos enfants et de notre avenir, ils accepteront de payer 5% plus cher les produits locaux, fabriqués par leurs frères et sœurs.

Booster la distribution locale grâce à la « binarisation » de la monnaie (Par Dieudonné Essomba)

Il existe une seule solution à ce phénomène : la binarisation de la monnaie ! La binarisation consiste à émettre une seconde monnaie qui n’achète que les biens locaux. Elle n’est donc pas convertible. Elle fonctionne comme des bons d’achats additionnels sur le prix. Prenons l’exemple du ciment dont le prix est de 5.000 FCFA. Si le ciment est local, son producteur pourra prendre 3.000F en CFA et 3.000 F en Franc local, car il sait qu’il peut utiliser le Franc local pour payer ses fournitures locales ou la main d’œuvre. Par contre, l’importateur du ciment n’a pas cette possibilité et doit tout vendre en CFA. Et comme le CFA est plus difficile à travailler, car c’est une devise, cette situation crée une terrible discrimination de fait qui étrangle l’importateur.

Son avantage est que nous ne fermons la frontière à personne, car le monde est devenu ouvert et nous avons pris des engagements !

Nous n’avons donc comme recours que la binarisation qui va nous fournir une protection intelligente et parfaite. L’étranger qui s’aventure à venir faire concurrence aux Camerounais sur les activités qu’ils peuvent mener sur leur territoire le fait à ses risques et périls. S’il vend dans les deux monnaies et il va se retrouver englué dans la monnaie locale, incapable de l’échanger en devises pour les exporter. Mais s’il vend seulement dans la monnaie convertible, toute sa clientèle s’enfuit !

Un exemple de réussite : Hour d’Ithaca

D’ailleurs, nous avons un célèbre précédent à Ithaca aux USA. Quand Paul Glover a créé le fameux Hour d’Ithaca, personne ne savait quelle était la redoutable puissance de la monnaie binaire. La grande multinationale McDonald’s, tellement arrogante et sûre d’elle-même, et qui avait déjà conquis l’Amérique et le monde est venue implanter ses magasins à Ithaca. Ils fermèrent tous en moins d’un an, malmenés et sévèrement battus par les petits épiciers qui prenaient le Hour et le dollar de manière binaire.

Dois-je également ajouter que c’est son système binaire, articulé autour du Franc Suisse et du WIR qui a fait de la Suisse l’économie la plus stable dans le monde selon les économistes américains ?

Privilégier la qualité de la production nationale et non le protectionnisme ( Par Achille Ebo Eva)

Dans un environnement ou la fiabilité des produits n’est pas encore la principale préoccupation des PME, le discours sur le protectionnisme aura toujours du mal à passer. L’entrepreneuriat de subsistance ou conjoncturelle est sans avenir. Celui qui se montre incapable de produire une marchandise fiable démontre par là même qu’il n’a pas de perspective … Il veut juste survivre. C’est sur cet aspect qu’il faut travailler, au lieu de tenter de prendre les consommateurs en otage. Mettre sur pied des labels qui vont garantir la fiabilité des produits aux consommateurs. A partir de là, vous verrez que les camerounais viendront eux-mêmes en toute confiance vers la production nationale. Le savon « AZUR » par exemple, c’est une véritable marque déposée. Quel que soit la concurrence, ils auront leur marché.

Nous ne pouvons pas évoluer avec l’approche par défaut. Ce n’est pas au grand groupe de distribution de s’abstenir de venir au Cameroun, c’est plutôt aux entrepreneurs camerounais de se mettre à niveau. J’ai beaucoup de respect pour les révolutionnaires de la facilité. La consommation des ménages camerounais sera toujours portée vers l’extérieur, car les grandes surfaces ont encore pour elle l’avantage d’être un peu plus qualitatives. A nous de tenter de renverser cet atout.

Une distribution de produits de qualité

Si on veut développer la production nationale, le premier chantier est de travailler sur la fiabilité des produits en mettant sur pied des labels qui garantiront cette fiabilité. De manière à créer un climat de confiance entre l’offre et la demande nationale. Vous n’allez pas prendre les consommateurs en otage pour les forcer à acheter ces trompe-l’œil qui constituent l’essentiel de la production nationale alors que de l’autre coté il y a des produits de meilleur qualité.

Démontrez nous votre bonne foi en publiant les normes qualité de l’ANOR par exemple… Je ne suis pas contre le protectionnisme, mais il doit s’accompagner d’un minimum de prise en compte des intérêts des consommateurs. Malheureusement, ce n’est pas la logique qui prévaut au sein de l’entrepreneuriat national. Le consommateur camerounais est orphelin…Il ne demande qu’à consommer camerounais mais à condition qu’on lui présente des produits fiables.

*Bayam-salam : commerce à la trié réservé aux détaillant et petits commerçant


Comment lutter contre les sécessionnistes anglophones au Cameroun ?

Des affrontements ont opposé l’armée camerounaise et les sécessionnistes le 14 décembre derniers. Affrontements durant lesquels les militaires camerounais ont saisi, « entre autres, une trentaine de fusils de chasse, un fusil à pompe, des munitions et des dizaines de T-shirts noirs floqués du sigle de l’« Ambazonia defense force »». Dadji, une localité située dans la ville de Mamfé, a été le théâtre des opérations. Cette ville, depuis plusieurs semaines, défrayait la chronique avec de multiples assauts des assaillants taxés de sécessionnistes.

Plusieurs assauts des assaillants à Mamfé, dans les deux régions anglophones, ne sont pas isolés. D’autres villes connaissent des assauts similaires. Plusieurs éléments de la police et de la gendarmerie ont trouvé la mort par embuscade. Le gouvernement camerounais continue de considérer les sécessionnistes anglophones comme des auteurs insoupçonnés de ces tueries. Il faut toutefois rappeler que la mort des soldats n’intervient qu’après les événements du 1er octobre 2017 où l’armée avait tirés à balles réelles sur les manifestants. Les militaires avaient toujours eu la gâchette facile depuis le déclenchement de la crise en octobre et novembre 2016. Les morts du 1er octobre, jour de la déclaration symbolique de l’indépendance du Cameroun anglophone, seraient-ils des morts de trop ? C’est donc depuis cette date que la crise anglophone s’est transformée en guérilla.

https://twitter.com/Que_Les_Faits/status/941407290888015874

Du coup, les débats fusent dans l’opinion pour trouver une issue favorable à la sortie de la crise. Pendant que les uns soutiennent mordicus l’option militaire, les autres, comme l’économiste/statisticien Dieudonné Essomba, prônent le retour au fédéralisme. Il faut, cependant, préciser que les populations des deux régions anglophones sont, en majorité, favorables à deux options : le fédéralisme et la sécession. La persistance de la crise est donc due au fait que le gouvernement est catégoriquement opposé à ces deux options. Les deux options ont cet avantage qu’elles mettront à mal le système politique de l’État central. Pourtant, pour Dieudonné Essomba, à défaut du séparatisme, le fédéralisme présente le moindre mal pour une sortie de crise.

Sur la lutte contre les sécessionnistes anglophones (Par Dieudonné Essomba)

Si on en croit les informations qui circulent dans les médias, l’armée a démantelé le Quartier général des Sécessionnistes anglophones à Mamfé, et les articles sont accompagnées des tas d’armes et d’effets de guerre.

Si on peut se féliciter de cette action de sécurisation, on est néanmoins en droit de remarquer que le problème fondamental posé par le cas Mamfé n’est pas la victoire militaire, mais démontre les faits suivants :

  • Il y a un an, on n’avait pas ces armes, traditionnelles ou non, et qu’aujourd’hui, on les a.
  • Il y a un an, on n’avait pas de rebelles, et aujourd’hui, on les a.
  • Il y a un an, personne n’aurait imaginé qu’un Camerounais pouvait égorger un agent de défense et de sécurité et aujourd’hui, on le fait.
  • Il y a un an, on parlait de fédéralisme que certains rejetaient dédaigneusement et aujourd’hui, nous nous retrouvons avec sécession armée.

Autrement dit, ce qui est dangereux et regrettable, ce n’est pas les efforts que fournit l’Armée pour contenir le cancer, mais la malheureuse dynamique qui a fabriqué le cancer alors qu’une approche intelligente aurait pu l’éviter.

Si les victoires militaires peuvent contenir les actions de violences de Sécessionnistes, elles ne résolvent pas les problèmes de la Sécession. Une Sécession est une hydre qui ne meurt jamais ! Elle se cache, se camoufle, s’apaise, revient, sans cesse, toujours et toujours ! Car c’est une forme particulière de rébellion qui se régénère au fil des générations de père en fils. La haine se transmet dans le sang et la répression entretient la mémoire et radicalise le désir de vengeance et la détermination à partir.

Certains disent : « les Sécessionnistes préparaient la guerre ! ». Mais bien sûr ! C’est cela la définition même d’un mouvement sécessionniste, dont la vocation intrinsèque est d’obtenir l’indépendance de gré ou de force. Ce n’est un secret pour personne. L’existence d’un mouvement anglophone proclamant la sécession était le signe que la moindre erreur de gestion allait transformer la tumeur bénigne en une tumeur maligne !

Il n’y a absolument aucun génie à avoir annoncé que les Sécessionnistes allaient recourir à la lutte armée ! C’était l’évidence même ! Les radicaux du Gouvernement et les thuriféraires de la violence d’État ont naïvement cru qu’ils pouvaient la réduire par des moyens de force, commettant la plus grave erreur camerounaise de tous les temps.

Vous ne pouvez jamais venir à bout d’une sécession ! Les sécessions au Nigeria, à l’Angola ou partout ailleurs vivent toujours ! Elles ne meurent jamais ! Même en Corse, dans le pays Basque en Espagne, partout ! Vous les matez, elles sont toujours là, plus agressives et plus déterminées que jamais ! Vous ne pouvez jamais éradiquer la sécession anglophone et comme partout ailleurs, elle s’est installée à jamais !

Que faire contre une sécession ?

La seule chose qu’on peut faire contre la Sécession, c’est la confiner à un niveau larvaire et peu nuisible et la seule solution est la sous-traitance à partir des États fédérés conformément au modèle suivant : On crée l’État fédéré du Sud-ouest, ce qui déclenche une série d’effets positifs :

  1. L’existence de cet État casse le groupe des Sécessionnistes en deux, car il y a des citoyens qui se contenteraient volontiers d’une autonomie de type fédéral et qui ne suivent la sécession que par le refus de l’État Central. La sécession cesse d’être nourrie par les frustrations et ses rangs s’étiolent.
  2. Le premier ennemi des sécessionnistes, ce n’est pas l’État Fédéral, mais les autorités de l’État Fédéré. Ce sont des gens élus librement par les populations locales, qui gèrent d’importants moyens (un modèle donne 250 Milliards FCFA actuellement), gère une Fonction Publique et une Police locale recrutées suivant la réglementation de leur État dans le cadre des lois-cadres fédérales, entretiennent une vie politique locale, avec des notables politiques locaux. Lesquels ne veulent aucun désordre qui les empêcherait de jouir tranquillement et dignement d’un tel pouvoir et de tels privilèges. Ce sont ces autorités qui répriment sans ménagement la sécession et de manière plus dure que l’État central, avec l’énorme avantage que la police n’apparait pas comme une force d’occupation. L’État Fédéral vient simplement en appui et évite d’apparaitre en première ligne.
  3. La lutte contre la sécession en est facilitée, car les populations dénoncent plus facilement les Sécessionnistes aux autorités de l’État fédéré qu’à celle de l’État unitaire perçu comme un instrument d’oppression, voire une force d’occupation.
  4. Les moyens de la sécession sont limités, car dans un État unitaire, les infrastructures publiques sont toutes vécues comme une propriété de l’État central honni. Elles sont donc une cible privilégiée que les Sécessionnistes utilisent pour affaiblir l’État, sachant que celui-ci sera toujours obligé de les reconstruire, ne serait-ce que pour montrer son autorité. Eux, détruisent une école de 20 Millions avec 20.000 FCFZA, soit 1000 fois mois, ce qui finit par épuiser l’État. Par contre, une telle stratégie n’est pas envisageable dans un État fédéré, car les infrastructures sont sensées avoir été reconstruites par les populations locales avec des ressources locales. Leur reconstruction va reposer uniquement sur eux et la population n’accepterait jamais que ce qu’elle a fait soit détruit, alors qu’elle ne compte sur personne d’autre pour les reconstruire.

C’est au vu de toutes ces raisons que partout dans le monde, y compris en France, on contient la Sécession en accordant aux Communautés de très larges autonomies de type fédéral. La sécession corse a ainsi été réduite lorsqu’on leur a accordé un statut d’autonomie que n’envie pas la Bavière qui est un Land allemand.

La Fédération est le seul moyen de combattre de manière efficace et durable les sécessions. Ce qui est valable partout ailleurs l’est aussi au Cameroun, et surtout au Cameroun où les Anglophones représentent 20% de la population. Ce qui est déjà très lourd pour une telle Sécession. Lorsqu’à cela, on ajoute le fait qu’ils ont été associés au Cameroun sous l’égide de l’ONU, que cette association a été faite sous le modèle fédéral, et que de manière opérationnelle, l’État n’a pas les moyens de financer longtemps une telle guerre, avec ses finances publiques qui sont aux abois. Or, le Gouvernement n’a pas le temps, alors que les Sécessionnistes ont tout le temps.

La solution du problème anglophone n’est pas militaire, nous l’avons dit et redit. La grande majorité des Camerounais le disent. Beaucoup de personnalités éminentes l’ont dit de par le monde ! Les Anglophones veulent un État Fédéré, il faut le leur accorder ! Et si quelqu’un d’autre veut, on fait de même, car la Fédération est une entité vivante, contrairement à l’État unitaire qui est une structure momifiée.

Dieudonné ESSOMBA


Le coup de poing d’Achille Mbembe à Patrice Nganang vu au scanner

Depuis le 6 décembre 2017, jour du kidnapping de l’écrivain Patrice Nganang par la police camerounaise, diverses voix se sont élevées pour prendre position. Le caractère irrévérencieux de l’écrivain divise les opinions sur la nécessité de lui porter du soutien ou non. Ce qui fait surtout l’objet de son arrestation et des divisions, c’est son texte publié sur Facebook appelant à la mort de Paul Biya. Il s’agit de la simple expression d’un état d’âme pour les uns, de volonté d’assassinat parles autres.

Mais surtout, les langues se délient pour fustiger Patrice Nganang. Parmi eux, il y a malheureusement le célèbre historien Achille Mbembe qui a publié une diatribe contre l’écrivain qui lui avait aussi manqué de respect. Jean Claude Fogmo passe au crible la sortie d’Achille Mbembe qui, victime hier des invectives de Patrice Nganang, se retrouve bourreau aujourd’hui pour avoir roué de coups son éternel adversaire qui a un genou à terre : « On ne frappe pas sur un cadavre », dit l’adage.

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Portraits d’Achille Mbembe et de Patrice Nganang pris sur leur page facebook

A propos de la diatribe d’Achille Mbembe contre Patrice Nganang :

Le silence vaut mieux que la poubelle de l’histoire ! (Par Jean Claude FOGNO)

J’ai lu et relu la dernière sortie d’Achille Mbembe, professeur d’Histoire et de science politique à l’Université de Witwatersrand à Johannesburg (Afrique du Sud) et à Duke University – Département des études romanes (USA). Tout comme j’ai eu à parcourir quelques-unes de ses œuvres « Afriques indociles : christianisme et pouvoir d’État en société postcoloniale, Paris, Karthala, 1988 », « Politiques de l’inimitié, La Découverte, 2016 », son essai Critique de la raison nègre (La Découverte, octobre 2013), entre autres. J’ai donc compris que ses principaux centres d’intérêts sont l’histoire de l’Afrique, la politique africaine et les sciences sociales.

Je ne saurai me transformer en critique littéraire car je n’ai point les compétences requises pour porter un jugement de valeur sur les travaux de deux sommités du monde littéraire. A la lecture du combat que se livrent les deux écrivains, j’ai du coup compris que le complexe du colonisé dont parlait Frantz Fanon dans son ouvrage « Peau noire, masques blancs », publié au Seuil en 1952 fera encore son chemin dans nos subconscients. Une telle déviance illustre le fameux « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire :

Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

Réconforter le bourreau…

Mais le défenseur des droits humains que je suis ne saurait pardonner une telle condescendance à Achille Mbembé qui prétend « rebâtir notre pays sur la base d’une autre éthique, non pas celle du catastrophisme et du nihilisme, mais celle d’Abel », alors que les droits élémentaires de l’homme sont foulés au pied au quotidien. Sur cette problématique, il brille par une cécité déconcertante et croit s’opposer au régime Biya. A croire que les années d’exil ont fini par faire perdre à Achille Mbembe le sens des réalités locales. Mbembé est-il du côté du bourreau ou de la victime ? La question mérite d’être posée pour tout défenseur des droits humains, même s’il a conclu sa litanie par « Vite relâchez-le ». Dans le domaine du droit international des droits de l’homme, on ne peut pas demander aux bourreaux au pouvoir de se tirer une balle dans le pied. Cela doit être clair pour notre écrivain. Arrêté en violation totale de toutes les règles de procédure, jeté en cellule, Nganang est un citoyen, victime de la navigation à vue d’un système aux abois. Il a besoin d’aide. A l’en croire, des gens qui ont pressé Mbembe d’y contribuer auraient mieux fait de l’amener à s’abstenir.

Toutefois, il convient d’emblée de situer le contexte de cette hérésie épistolaire.

Le mercredi 06 décembre dernier, par message radio-porté, le Délégué Général à la Sureté Nationale à Yaoundé, Martin MBARGA NGUELÉ, a donné des ordres aux services des renseignements généraux et de la police de l’aéroport d’enlever Patrice NGANANG, résidant aux Etats-Unis, Professeur de Théorie littéraire au sein du département Cultural Studies & Comparative litterature à l’Université de Stony Brook, dans l’État de New York. Nganang est donc enlevé par ceux qu’il appelle « milice du tyran », au moment où il allait prendre place à bord du vol KQ77 de la Kenyan Airways qui devait décoller à 12h10mn à destination de Harare en Zimbabwe avec une escale de 01h10mn à Nairobi au Kenya. Le vol KQ728, qui a décollé de Nairobi à 21h20, est arrivé à Harare à 23h20 mn sans Patrice NGANANG à bord. C’est son épouse, les yeux hagards, qui, ne voyant pas son époux sortir de l’avion comme les autres passagers, décide de lancer l’alerte. Dans sa tentative, en vain, de joindre son époux, elle se précipite pour appeler Kenya Airways au Cameroun. La compagnie confirme que Nganang a été bel et bien enregistré avec ses bagages et que c’est au moment du décollage qu’on l’a cherché en vain et l’avion était contraint de décoller avec son siège vide.

C’est ainsi qu’après son kidnapping, Nganang est emmené manu militari, les mains menottées comme un malfrat, nuitamment, à bord d’un véhicule de circonstance. Il a été dépouillé de tout moyen de communication pouvant lui permettre de joindre son conseil depuis la Direction nationale de la Police Judiciaire (DPJ) à Yaoundé, où son avocat Me Emmanuel SIMH l’a retrouvé après plus de 48h d’inquiétude et de fouille intense dans plusieurs unités de police et de gendarmerie du pays.

Ce n’est que lors de son audition de près de 5h, le 09 décembre 2017, que quatre chefs d’accusation lui ont été signifiés par les enquêteurs de la DPJ : l’outrage au chef de l’État, menaces de mort à l’endroit du Président de République à travers un message posté sur sa page Facebook, l’immigration clandestine, faux et usage du faux. Cette dernière accusation lui est portée parce que les policiers ont retrouvé sur lui deux passeports, l’un américain et l’autre camerounais.

Curieusement, ce n’est qu’après 05 jours de séquestration, le 11 décembre 2017 à 15h, que les enquêteurs lui présentent le bon de garde à vue. Nganang, sous les recommandations de son conseil, a refusé de le signer, tout comme il a refusé de viser l’ordonnance de prorogation de sa garde à vue délivrée par le Procureur de la République auprès le tribunal de grande instance du Mfoundi. A ce moment-là, sa détention est clairement devenue arbitraire dans la mesure où elle ne s’appuie sur aucun mandat de justice.

C’est dire que les dispositions sur l’enquête préliminaire contenues dans la loi N°2005/007 du 27 Juillet 2005 portant Code de Procédure Pénale, considéré comme les bréviaires pour toute la chaine judiciaire au Cameroun, ont été piétinées sur toute la ligne. Dans la foulée, les droits fondamentaux, aussi appelés libertés fondamentales, inhérents à la notion même d’individu sont sérieusement piétinés au Cameroun. Ils sont pourtant censés être totalement protégés par des textes à valeur constitutionnelle, comme la Loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Aucun individu fut-il brigand ne saurait légalement être kidnappé de la sorte. Au contraire, les droits élémentaires de l’individu ne sont pas négociables, quand bien même il aurait commis des délits. A partir du moment où la procédure a été viciée, rien ne saurait justifier son maintien en détention. Achille Mbembé n’a rien trouvé à redire à cette violation flagrante des droits élémentaires. Il a trouvé mieux d’assener des coups violents sous la ceinture à son éternel rival.

David contre Goliath ?

Les Saintes Écritures nous enseignent que Goliath, du nom d’une des cinq cités-États philistines, est un personnage biblique du Tanakh et de l’Ancien Testament qui a livré un combat épique contre David (chapitre 17 du Premier livre de Samuel).

Les hostilités entre Nganang et Mbembé ne datent pas d’aujourd’hui. Elles pourraient même ressembler à ce combat biblique, même si Mbembé ce dernier a toujours opté pour le silence ou le profil bas, refusant les débats de caniveau. Pourquoi aujourd’hui, il a décidé de voler plus bas dans la poubelle de l’histoire que Nganang, et se met-il à le traiter de tous les maux existentiels ?

Le Professeur Achille Mbembe a toujours vécu à distance, sans réagir à toutes ces attaques et aux débats qui en découlent, mais il est finalement sorti de sa réserve en mai 2015. Pas pour aller répondre sur la toile. Il est allé directement par devant les tribunaux américains pour déposer une plainte.

Oui c’est vrai. J’ai également déposé une plainte formelle auprès de l’université à laquelle il est affilié aux États Unis. Puisque sa campagne de diffamation contre moi tombe sous le coup aussi bien de la loi américaine que des conventions et de l’éthique académique, j’ai donc demandé à mon avocat de le traduire devant les instances appropriées afin que justice soit faite. Il ne m’a pas laissé beaucoup de choix. Je ne le connais pas du tout. Je ne le lis pas.

Avait-il précisé en mai 2015.

C’est vrai que Patrice Nganang l’avait trainé dans la boue. Les mots employés étaient aussi virulents que les attaques. En bref, Patrice Nganang dénonçait, par le rappel de certaines affaires, l’indifférence du professeur Achille Mbembé. Il lui reprochait, en effet de « parler sans agir » contre le régime de Paul Biya, mais se faisait surtout l’écho d’allégations de harcèlement sexuel à l’encontre d’étudiantes que Mbembe avait jugé attentatoires à son honneur.

Parallèlement à la procédure judiciaire, ce dernier avait donc fait traduire en anglais les textes incriminés et les a communiqués à l’université qui emploie Nganang, dans l’espoir qu’une procédure disciplinaire sera ouverte contre lui.

Lisez ces deux extraits de Nganang :

Ce qui est important – les jeunes chercheurs doivent savoir qu’une carrière aux USA n’a pas besoin de se bâtir sur le %%% ou le %%%. C’est aussi simple que ça, et le temps des truands – rapists, on les appelle aux USA – est fini. S’il tient encore debout, il est chanceux, mais son temps est fini (…).

A propos de son université sud-africaine au nom imprononçable-la, Achille Mbembe y a-t-il finalement le grade de Professeur titulaire, ou il compte toujours sur sa femme blanche ? Ce que je vois aux USA dont il avait été chassé à mi-carrière pour une affaire de fesses, c’est qu’il y passe d’université en université occuper les postes des gens quand ceux-ci sont en vacances. Mais surtout, je demande parce que ces ainés intermédiaires-là au final, beaucoup s’en sortent en fin de carrière, et il aura soixante ans, en terme de grade au bas de la carrière universitaire, mais cachent ça dans le bluff. Le noir que les blancs font danser devant la caméra, quoi, mais qui n’en demeure pas moins esclave. Ah la jeune génération d’universitaires africains mérite mieux que ça – structures, structures, structures, au lieu de bavardages; actions, actions, actions, au lieu de tautologie.

Achille Mbembé avait fini par retirer sa plainte comme il le dit dans sa dernière litanie :

Depuis lors, il a entrepris de monter contre moi une odieuse et interminable cabale faite de calomnies, de mensonges éhontés, d’attaques ad hominem, qui m’ont obligé à un moment de recourir à un avocat, avant que plusieurs ainés ne me supplient de retirer ma plainte.

Pourquoi n’avait-il pas laissé la justice aller jusqu’au bout pour restaurer son honneur au lieu de venir aujourd’hui se verser dans des insanités de bas étage ?

Crise anglophone

Nganang a piqué une grosse colère, une colère noire contre son compatriote Achille Mbembe. Il l’accuse d’hypocrisie et d’être contre l’indépendance réclamée par les populations des régions anglophones du Cameroun. C’était au lendemain de la tribune d’Achille Mbembé parue dans le journal LE MONDE, édition du 09 octobre 2017 sous le titre « Au Cameroun, le crépuscule d’une dictature à huis clos ».

Pour exprimer son mécontentement, Patrice Nganang a adressé à l’intellectuel Achille Mbembe un droit de réponse sous forme de lettre. Une lettre publiée le 12 octobre 2017 dans le quotidien camerounais « Mutations », et republiée dans son livre « Contre Biya : Procès d’un Tyran », Éditions Assemblage: Muenster, 2011, pp.52-56 et dans laquelle il dénonce le manque de sérieux dans l’argumentation de cet historien :

(…) en même temps la désinvolture, je dirai d’ailleurs, le déraillement de votre argumentation sur la question anglophone, est symptôme de toute l’intelligence francophone camerounaise qui se retrouve toujours édentée devant ce sujet, et ne répond aux requêtes anglophones que par le silence coupable, le sourire agacé ou le violent discrédit, et en cela, curieusement, comme vous, se range étonnamment dans le camp du pouvoir actuel dans notre pays, qu’elle combat pourtant si vivement ailleurs.

Poubelle de l’histoire

Quelle mouche a donc piqué Achille Mbembé de sortir de son silence de grandeur pour se verser dans le « cabinet » si cher à Nganang ?
Achille MBEMBE a sans doute oublié l’adage du fou qui ramasse vos habits quand vous vous baignez au marigot. C’est dire qu’Achille Mbembe par cette litanie démontre qu’il souffre de névrose, aussi sévère que celle de Nganang. Et quand la névrose reste comprimée à l’intérieur par la volonté de paraitre calme et sage, elle couve sous les feux ardents de la rancune et de la haine viscérale, et lorsqu’elle se libère par l’expression, il n’est pas étonnant de lire ce texte d’assassinat. La simple sagesse africaine lui aurait demandé de respecter son âge (70 ans), car Patrice Nganang (47 ans) peut faire ses folies de jeunesse, mais on ne connait pas en Afrique les folies des ainés.

Dans ces propos où se mêlaient sadisme, masochisme, pulsions tribalistes et pulsions de destruction, sexualité perverse, obsession des testicules et autres combats contre toutes sortes de moulins à vent, étaient charriées toutes sortes de choses plus propres à l’observation clinique qu’a la critique proprement académique.

En quoi le « sage » est-il différent de la « poubelle » de Nganang?

Au langage « ampoulé et ordurier » de Nganang, Achille répond avec une brillante élégance condescendante de son écriture et la cruelle délectation de celui qui a longtemps mijoté dans la colère et le subconscient le plat de sa vengeance. Surtout qu’il n’a pas perdu la tête que la vengeance est un plat qui se mange toujours à froid :

Dans la plupart de ces interventions sans aucun lien avec ses fonctions académiques ou d’écrivain, il s’agissait de propos de caniveaux, tout à fait incohérents, symptomatiques non pas d’une écriture fut-elle surréaliste, mais d’une vie manifestement blessée.

L’on découvre dans ce texte assassin l’aigreur d’un homme qui a longtemps refoulé sa soif de vengeance :

L’on avait affaire à un sujet délirant, voire halluciné, ou peut-être les deux à la fois, dont chaque mot et chaque phrase témoignaient d’un profond traumatisme en même temps que d’une extraordinaire propension mimétique à faire souffrir.

Question à notre « moralisateur » : Comment Nganang a-t-il fait pour gagner le prix Marguerite Yourcenar en 2002 avec «Temps de chien » et le Grand Prix de la littérature d’Afrique noire en 2003 ? :

En effet, l’on n’avait affaire ni à un écrivain, ni a de la littérature.

Quelle haine Mbembé ? Vous frôlez le fond du « cabinet » de Nganang !

Il est amusant et ridicule pour le donneur de leçons d’abandonner son couloir de l’histoire africaine pour s’ériger en docteur psychiatre aux fins d’administrer des soins à Nganang. Le « docteur » se croit avoir échappé aux psychopathologies qui nous gouvernent alors que tout porte à croire que cet exil qui le traumatise depuis des années a dégénéré en déprime chez lui au point de l’amener à perdre la raison :

Car, c’est vrai – et on ne s’en est pas suffisamment rendu compte – qu’un certain mode d’exercice du pouvoir a produit, chez nous, d’innombrables blessés, des sujets hallucinés, des gens victimes de toutes sortes de lésions, de traumatismes, de tumeurs, d’encéphalites, littéralement disloqués, terrassés par toutes sortes de troubles, y compris de schizophrénie, d’autismes, de névroses et d’épilepsies, d’obsessions compulsives, de syndromes d’hyperactivité, de déficit d’attention.

Toujours est-il dans son hérésie congénitale, il joue pleinement le jeu de l’oppresseur et exprime de la pitié pour son éternel rival comme s’il peut avoir le culot de mettre pied au Cameroun :

Il y a longtemps que Nganang Patrice ne représente plus la figure de l’écrivain. Il y a longtemps qu’il a sciemment ou non endossé la figure du fou, victime hallucinée parmi d’autres des lésions cérébrales que la tyrannie postcoloniale a manufacturées chez nous, l’esprit de démence qui menace la plupart des jeunes, et le nihilisme politique et culturel qui en est le langage.

Ce dont Nganang a besoin, ce n’est pas de croupir dans une sordide cellule. C’est de continuer à être, parmi nous, la figure vivante de la déchéance – y compris de la raison et de la mesure – que le pouvoir politique postcolonial a fabriquée.

Quand ce névrosé parle de la petite université d’État de Stonybrook, il fait référence à quoi si ce n’est un débordement de la haine ? Quelle comparaison y -a –t-il entre son l’Université de Witwatersrand à Johannesburg (Afrique du Sud) et l’Université de Stony Brook, dans l’État de New York ?

Quand vous dites que :

Je ne signerai pas de pétitions parce que je ne soutiens pas la diffamation, les attaques grossières contre les femmes, les prostituées inclues »,

que répondez-vous à plus de 5000 écrivains qui l’ont défait ? Où est la solidarité du corps ? C’est dire que seul le silence vous aurait sauvé.

Déchéance collective

Dans un pays qui meurt chaque jour sous les yeux de tous, où l’implosion parait imminente, où le moindre propos est épié, décrypté, analysé, retourné et rendu public sur un exorcisme de bas étage qui conduit rapidement aux autodafés, à la guillotine, Mbembé n’a trouvé que le statut de fou à coller à son compatriote.

Dans un pays où personne ne dit ce qu’elle pense, ne pense ce qu’elle dit, l’on se demande, à ce point, si les camerounais ont encore une pensée autonome, un point de vue cohérent, une ligne de conduite lisible qu’ils peuvent afficher autant en public qu’en privé sans que cela relève d’un héroïsme propre aux écorchés vifs. La réponse est malheureusement négative au regard du jeu de massacre et de la farandole d’hypocrisie sur laquelle se bâtissent l’avenir et le devenir de tout un peuple au Cameroun.

Comme quoi Achille Mbembé semble avoir raison de révéler qu’ « Il nous faut faire de la place aux fous et aux bouffons dans notre société ». Achille Mbembé mérite très bien d’être le premier à bénéficier d’une camisole de force.

Jean Claude FOGNO


Le coup fatal de Carrefour Market sur l’économie camerounaise

Le magasin Carrefour tant attendu au Cameroun a enfin ouvert ses portes à Douala. Cette enseigne de commercialisation et de distribution de produits made in France, a été inauguré ce 05 décembre 2017. La cérémonie a eu lieu en présence de presque six ministres qui ont fait le déplacement depuis la capitale économique. Avant Carrefour, il y a eu Super U et Mahima. D’autres arriveront certainement. D’emblée, ces enseignes appartenant aux grands groupes des multinationales viennent rivaliser avec les PME camerounaises (Fokou, Ecomarché, Kdo, Santa Lucia) déjà présentes sur le terrain.

L’accueil réservé par la population à toutes ces enseignes étrangères n’a pas été mauvais. Grâce à elles, les produits de luxe et de grande consommation (chocolat, par exemple) ne seront plus considérés comme des mythes. Ainsi, les Camerounais de la diaspora qui viendront en vacances au pays natal n’auront plus besoin d’encombrer leurs bagages de friandises des Blancs. Ces objets venant des pays européens et tant convoités par les Camerounais seront maintenant à la portée de la main. Sur le plan économique, cela semble être une innovation à nulle autre pareille.

La ruée des grandes surfaces vers le Cameroun laisse pantois quelques observateurs avertis. Cette ruée des multinationales vers le Cameroun est l’une des conséquences de la signature par le gouvernement des accords APE, longtemps critiqués. La signature des ces « Accords intérimaires » intervenue en 2009 a été entérinée par l’Assemblée nationale et le sénat en 2014. L’heure n’est plus au débat sur la nécessité de cette signature. Aujourd’hui, il est non seulement question de nous interroger sur les raisons de cette ruées, mais sur ses conséquences. Pour dire autrement, le faible tissu économique camerounais, réduit à la paysannerie, survivra-t-il à cette chasse au filon d’or menée par les mastodontes de la distribution ?

Comment Carrefour va précipiter à la mort des PME camerounaises (Par Claude Abate)

La dette extérieure de l’État et le déficit budgétaire

Notre pays le Cameroun comme l’ensemble des pays de la CEMAC traverse une profonde crise économique et financière. Cette crise est même aigüe dans les autres pays qui étaient déjà au bord de la banqueroute il y a peu. Le F CFA a été à deux doigts d’être dévalué. Ceux qui sont dans les affaires savent que l’argent ou la liquidité est devenue rare… Que l’État a du mal à honorer ses engagements notamment de payer les entreprises qui accumulent les impayés… Que dans le même temps l’endettement de notre pays s’est accéléré ces derniers temps suscitant l’inquiétude de nos partenaires.

En sus des causes endogènes de cette crise (crise sécuritaire, mauvaise gouvernance, etc), la cause principale et la plus violente provient d’un choc extérieur consécutif à la baisse drastique du prix du baril de pétrole. En moins de deux ans, celui-ci est brutalement passé de 120$/le baril en 2015 à plus ou moins 30$ à ce jour. A cette baisse du prix du pétrole s’est ajoutée celle des autres matières premières (bois, cacao, café, coton, etc).

Tout cela a eu pour conséquence une diminution significative des recettes d’exportation et, par ricochet, des ressources budgétaires, surtout dans les pays où les recettes provenant du pétrole représentent encore 80 à 90% du budget (Guinée Équatoriale, Gabon, Congo). Les déficits budgétaires se sont creusés (pour faire simple, le déficit budgétaire, c’est quand les dépenses de l’État dépassent ses recettes budgétaires), d’où l’accélération du taux d’endettement pour financer ces déficits et une accumulation de la dette domestique.

Une baisse alarmante des recettes d’exportation

Il faut savoir que c’est l’argent ou les devises issues de la vente de notre pétrole et des autres matières premières que le Cameroun utilise pour régler ses factures extérieures (sa dette et toutes les importations de l’État, des entreprises et des citoyens lambda). Tout produit et service ou tout aliment étranger vendu ou consommé au Cameroun a été payé ou réglé par les devises du pétrole, du cacao, du café, de la banane, etc. Même les simples cure-dents importés de Chine sont payés par nos devises issues de nos recettes d’exportation (dont 50% sont virés au Trésor Français et les autres 50% à la BEAC). Notre F CFA, bien que garanti par le trésor français, n’est ni convertible ni reconnu en dehors de la zone CEMAC. Il ne peut donc servir à payer quoi que ce soit à l’étranger, même pas le papier hygiénique.

Il découle du paragraphe ci-dessus que si les prix des matières premières et du pétrole baissent fortement et durablement comme c’est le cas, nos recettes d’exportation diminuent et nous engrangeons moins de devises. Or, pendant que les recettes d’exportations baissent, nos attitudes et habitudes de consommation, elles, restent les mêmes. Précisément, nous continuons à consommer et à utiliser les produits importés. Et Dieu seul sait que nous importons presque tout dans ce pays en ce moment.

La crise économique et l’intervention du FMI

Il arrive donc un point où le niveau d’importation de biens dépasse en valeur (argent) le niveau de recettes issues de nos exportations. Nous commençons donc à dépenser plus de devises pour régler nos importations que les devises que nous encaissons de la vente de nos produits à l’export. Et si ça continue, nous arriverons à une situation où nous n’aurons plus aucune devise pour régler nos factures extérieures ou nos importations. C’est précisément dans cette situation que nos États se sont retrouvés il y a quelques mois. D’où la crise économique et financière actuelle et le recours forcé au FMI pour éviter l’insolvabilité et une dévaluation inéluctable du FCFA.

La sortie massive des devises et le chômage

Pour sortir de cette crise, il ne reste qu’à espérer à court terme une remontée des cours du pétrole et des matières premières. Mais rien n’indique que ce sera le cas. Et même si cela arrive, rien n’indique que nous n’allons pas nous retrouver dans la même situations quelques mois ou quelques années plus tard.

La vérité c’est que nous ne pouvons pas continuer à bâtir nos pays ou nos économies en comptant simplement sur la vente de nos matières premières à l’état brut. La vérité c’est aussi que l’installation des enseignes comme Super U ou Carrefour ne va que contribuer à empirer notre situation ou la crise. Elles viennent effectivement amplifier les causes profondes de cette crise, à savoir l’importation massive et la consommation effrénée des produits fabriqués ailleurs. Avec elles, les devises ne vont que continuer à sortir et elles serviront à créer des emplois ailleurs dans les pays d’origine de ces produits.

En plus de participer à la fuite de nos capitaux, ces enseignes vont rendre la vie difficile à nos petits producteurs car ces derniers ne sont pas en mesure de rivaliser ou de supporter la concurrence imposée par les produits concurrents importés. Bien sûr ils vont vous chanter qu’ils vont créer des emplois et payer des impôts, mais ils ne vous diront jamais quels emplois et quelles PME locales ils vont contribuer à détruire, ni quelle part de la richesse nationale ils vont rapatrier dans leurs pays d’origine.

Pour quelques solutions pour sortir du blocage créé par les enseignes étrangères de distribution et de commercialisation des produits européens, voir le billet suivant.


Pourquoi les violences sexuelles à l’égard des femmes suscitent-elles des polémiques ?

Les chiffres sur les violences en général et les violences sexuelles en particulier faites aux femmes sont révélateurs. Les Nations Unies se sont investies depuis 1999 dans une campagne sur ce thème très évocateur. Elles ont, par la voix de son ancien secrétaire général, mis l’accent sur la sensibilisation. La communication est donc l’option choisie par l’ONU pour faire stopper le fléau. Ban Ki-moon, mettant l’accent sur cette ère de communication new-look sonne le glas du silence : « Ne restez pas silencieux », dit-il. Et de continuer, « Lorsque vous êtes témoin de violence à l’égard de femme ou de fille, ne restez pas sans rien faire, agissez ».

Il devient donc évident que le monde, à travers les Nations-Unies, s’engage à lever les tabous. Cette annonce signifie justement que le phénomène est resté longtemps dans le silence absolu. En terminant son annonce par le terme « agissez », il lance un appel à la mobilisation, et, bien entendu, à l’action. Mais de quelle action s’agit-il ? Tenterez-vous de vous demander. Passer à l’action signifie à la fois, la dénonciation et la sensibilisation. A la lecture des publications qui pullulent sur le sujets, l’ONU a choisi de mettre l’accent sur la publication des statistiques sur le phénomène.

Statistiques sur les violences sexuelles et d'autres types de violences à l'égard des femmes. Infographie par www.stampaprint.fr

Notre souci à travers ces lignes n’est pas de faire des commentaires sur ces chiffres. Il ne peut s’agir ici que d’examiner avec modération les phénomènes observés. Les chiffres disponibles ont permis de restituer de l’ampleur du phénomène. Commençons donc par le concept lui-même : « les violences faites aux femmes », de quoi s’agit-il ? A quoi peut renvoyer ces deux concepts de « violences » et de « femmes » réunis ?

Les violences faites aux femmes : qu’est-ce que c’est ?

Chaque année, le monde entier consacre la journée du 25 novembre aux violences faites aux femmes. L’occasion est donc donnée à toutes les institutions de protection des droits des femmes de mettre au grand jour leurs déboires.

Il existe deux genres, le masculin et le féminin. Pourquoi cette fixation sur les femmes concernant la violence ? Les femmes sont-elles à subir des violences ? Évidemment, non ! Pourquoi l’ONU s’apitoie sur le sort des femmes en consacrant toute une journée sur « la violence à l’égard des femmes » ?

Cela sous-entend effectivement que parmi les deux genres, c’est la femme qui est considérée comme la plus faible. C’est donc un discours qui confirme, tout bonnement, ce que l’opinion populaire a souvent l’habitude de qualifier la femme de « sexe faible ». C’est un discours qui ne plait pas aux féministes. La raison la plus simple est le fait qu’il est détourner pour laisser croire à une incapacité des femmes à s’assumer.

Les statistiques confirment justement que ce sont les femmes qui subissent le plus de violences. Cela sous-entend également que ce sont les hommes qui sont les auteurs des violences. Ils sont donc ici considérés comme des bourreaux des femmes. Instinctivement, cela renvoie à une forme d’exercice de la domination dans une relation de pouvoir.

Dans les études des genres (Gender Studies), la disproportion dans une relation de pouvoir est une forme d’injustice. Cette relation est considérée comme déséquilibré par le fait même de la loi de la force physique. Évidemment, il serait prétentieux de jouer au malin pour ne pas reconnaître l’existence de cette forme de violence sur les femmes.

Quelques hypothèses de travail

Le fait de dire que les « femmes subissent des violences » signifie au moins trois hypothèses :

1- ce sont elles qui subissent le plus de violence par rapport aux hommes ;

2- elles sont physiquement faibles pour résister aux attaques des hommes ;

3- elles sont imbriquées, consciemment ou non, volontairement ou non, dans des relations alambiquées plus ou moins formelles où les rapports de force ne sont toujours pas en leur faveur.

Les deux premières hypothèses sont confirmées par les statistiques publiées chaque année. A ce niveau, le débat repose encore sur la suprématie des hommes sur les femmes. Ce qui est une évidence. Quant à la troisième hypothèse, c’est elle qui fait maintenant l’actualité. Les recherches en sciences sociales ont déjà démontré que le type de relation entre l’homme et la femme détermine, non seulement, l’existence ou non de l’exercice de la violence, mais également le type de violence qui peut en découler.

Pourquoi une analyse sur les violences sexuelles faites aux femmes ?

Une fois que nous nous mis d’accord sur les fondamentaux de ces concepts, il ne reste plus qu’à observer le phénomène lui-même.

De quelles violences s’agit-il ? Il s’agira alors ici de définir les types de violences. Ces types de violences dépendront, évidemment, des types de relations que les femmes ont avec leurs bourreaux. Toutes études en sciences sociales abordant cette question doivent être orientées dans ce sens : recherche du type de relation afin comprendre les raisons de la manifestation des violences qui peuvent en découler.

Pour une analyse sur les violences sexuelles ? Sans faire dans l’exhaustivité, observons ensemble, ces types de relations pour comprendre les manifestations de ces violences sexuelles.

La première relation primordiale que peuvent avoir une femme et un homme, c’est la relation de couple. Ce type de relation possède plusieurs ramifications : les relations de couple mariés, les relations couples polygamiques, les relations de couples célibataires, les relations de couples homosexuels, les relations de couples transsexuels. Les statistiques les plus préoccupantes révèlent que toutes ces relations de couple dites « relations de partenaires intimes » sont les plus touchées par les violences à l’égard des femmes.

Les relations de couple issues des mariages forcés

Dans le monde, plus de 750 millions de femmes et de filles qui vivent encore ont été mariées de force. Les mariages forcés sont le fait d’un homme qui souhaite épouser une femme qui ne l’aime pas ou encore qui ne souhaite pas aller en mariage. Le souci de la femme ici est d’aller en mariage quand elle veut avec l’homme qu’elle a choisi.

Peut-on, dans un contexte africain, demander l’avis de la femme ? Laissons tomber les considérations religieuses et traditionnelles, et contentons-nous de la législation dans les pays africains. Une loi de la famille faisant de l’homme le chef du ménage fait de lui le plus fort, par principe. Le rapport de force est ainsi établi. Même si certains pays africains comme la Côte d’Ivoire, ont déjà modernisé leur code de la famille pour changer cette donne, ce principe reste néanmoins dans les mœurs. Pourquoi ? Parce que malgré le fait que la loi stipule l’égalité des charges du ménage, l’opinion collective considère l’homme comme le principal fournisseur des devises pour la survie de la maisonnée.

Imaginons un peu un couple marié dont un seul partenaire possède un emploi rémunéré. Il sera difficile de concevoir le fait qu’une femme puisse prendre en charge un « homme au foyer ». Cela relèverait de l’extraordinaire voire du vaudou. En plus, certaines entreprises ont cette habitude de donner un supplément salarial aux employés hommes qui ont des « femmes aux foyer », c’est-à-dire, des femmes qui n’ont pas d’emploi. L’inverse serait-il possible ? Ce n’est même pas concevable et j’en doute d’ailleurs. Vous comprenez donc pourquoi ce terme « gigolo » convient bien aux hommes et non aux femmes.

Les violences sexuelles au cœur des relations de couple

On ne saurait concevoir ces types de relation de couple sans révéler la violence qui en est liée. La plus rependue est inévitablement, vous en doutez bien, la violence sexuelle. L’opinion collective en Afrique a encore cette fâcheuse conception de la soumission sexuelle de la femme. Autrement dit, tout refus de relation sexuelle avec son partenaire est perçu comme un manque de respect. A défaut de la soumission, l’homme utilise donc sa force physique pour contraindre sa partenaire à plier l’échine : les féministes parlent alors de « viol ». C’est justement là où l’on en est avec cette fameuse idée de « violences à l’égard des femmes ».

Ainsi, plus de 120 millions de femmes ont déjà eu affaire, au moins une fois dans leur vie, à un homme utilisant la force pour avoir un rapport sexuel avec elles. Pire encore, 30% de ces cas ont été violentées par leurs partenaires intimes. Et ce n’est pas fini, 55% des femmes qui meurent ont été tuées par leurs partenaires intimes. Ces chiffres publiés par plusieurs instituts sont effarants. Mais ça choque qui ? Moi certainement et vous peut-être. Malheureusement, pour certains, ça ne l’est pas du tout, car ils continuent de penser que c’est de leur droit de consommer le mariage ou d’être satisfait par leur partenaire.

Le contraire serait-il possible ? C’est-à-dire, est-il possible que la femme exerce une force sur son partenaire pour avoir une relation sexuelle avec lui ? Évidemment, c’est non. Ici, la force physique et la force de la persuasion interviennent pour dompter son vis-à-vis. Dans une relation où le rapport de force est déséquilibré, l’injustice fait son lit.

Le combat des féministes ici est un plaidoyer pour donner aux femmes, au niveau législatif par exemple, la possibilité d’équilibrer leurs forces avec celles de leurs partenaires. Ainsi, la force du droit mise à la disposition des femmes viendra équilibrer la force physique que possède déjà naturellement l’homme. Les violences sexuelles ne sont pas seulement le fait des relations de couple.

Les violences sexuelles liées aux mœurs

Les mutilations sexuelles

Le cas des mutilations sexuelles est généralement le plus décrié ces dernières décennies. Les statistiques révèlent que 200 millions de femmes qui sont en vie ont déjà subies une mutilation de leur sexe. Il faut préciser ici que ces statistiques ne sont disponibles que dans les 30 pays qui disposent de données représentatives sur la prévalence. C’est dire que ce chiffre est loin de refléter la réalité et l’ampleur du phénomène. Ici encore, la violence fait office d’effet de soumission. Il ne s’agit plus des violences physiques, mais d’une autre forme dites psychologique. Elles sont donc liées aux pressions sociales de respect de la tradition.

Quel que soit les raisons que l’on pourrait donner pour justifier ces pratiques, il n’en demeure pas moins vrai que l’avis des personnes mutilées n’a pas été requis au départ. Comme elles se trouvent dans une position de faiblesse, elles se voient obliger de céder aux caprices de la tradition. C’est donc à ce niveau qu’intervient la violence.

Le harcèlement sexuel

L’une des violences sexuelles qui continuent de faire la une des journaux dans le monde, c’est le harcèlement sexuel. Évidemment, cette pratique est considérée comme une violence parce qu’elle est généralement exercée dans un conteste de rapport de force. Les milieux comme le cadre professionnel et le cadre familial sont les terrains où ce type de violences excelle. Les harcèlements les plus insidieux sont souvent ceux qui se confondent à des compliments, voire de la drague.

C’est la raison pour laquelle les preuves de harcèlement sont difficiles à déceler. Sans oublier que le harcèlement peut également être un moyen de chantage utilisés par les femmes vicieuses. Que dire du cas des femmes qui se font désirer au point de susciter consciemment des envies et des désirs ? Ainsi, passer inaperçue sans attirer l’attention des hommes, peut être synonyme de malchance.

Comment donc faire la distinction avec ces types de comportements calculateurs et le harcèlement ? La réponse est toute simple : une drague ou un compliment est considéré comme harcèlement à partir du moment où ça devient une obsession. C’est par exemple le cas des cyber harcèlements (réseaux sociaux, SMS, courriers électroniques, etc.). Les statistiques révèlent d’ailleurs que ce cas touche les femmes de 15 à 30 ans.

La « promotion canapé »

La « promotion canapé » est un concept qui désigne toute forme de promotion professionnelle liée au sexe. Le sexe est un élément de réussite professionnelle. C’est une forme de harcèlement sexuel insidieuse qui a pour finalité l’accès à l’emploi et aux privilèges socio-professionnels. Le bourreau ici étant forcément un homme détenant les pouvoirs d’accès à ces privilèges. Ici, on a donc coutume de donner aux femmes les qualités extraordinaires de négociation.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle leur charme est toujours mis à contribution dans des relations de partenariats professionnels (signature de contrat, octroi d’un marché, etc.). Elles possèdent ce charme qui peut séduire les hommes et les amener à lâcher du lest. Ce type de relation peut-il être qualifiée de violente ? La réponse est évidente. Le sexe ici est utilisé comme critère à la place des compétences requises.

Cette pratique pousse alors les femmes à penser qu’elles réussir professionnellement sans avoir les compétences requises. Il faut préciser ici que toutes les femmes ne cèdent pas à ce chantage. Mais, les chiffres de celles qui ont ce courage d’abandonner une carrière de renom représente quelle valeur statistique ? Presque rien, dirait-on. C’est pourquoi l’opinion collective a souvent la maladresse conception selon laquelle toute réussite sociale, économique ou politique d’une femme est généralement le résultat d’une promotion canapé.

Les camaraderies et les errements de jeunesse

Ces types de violences sont principalement le fait des adolescents. Elles ont généralement lieu en milieu scolaire. Leur principale caractéristique, c’est l’embuscade tendue par les garçons aux filles maladroites. Ainsi, les toilettes et la broussaille (pour les collèges et lycées avec toilettes mal entretenues si elles existent) sont des lieux par excellence de la manifestation de ces violences sexuelles. Ces types de violences commencent toujours par un harcèlement et finissent donc par le viol dans les toilettes. Sous la menace d’une arme blanche, elles sont obligées de se plier aux injonctions de leurs bourreaux cagoulés.

Dans le monde, cette insécurité touche 246 millions de filles chaque année. C’est la raison pour laquelle beaucoup de filles hésitent toujours à utiliser les toilettes scolaires.

Le débat est-il pour autant clos ?

Les violences sexuelles sont les types de violences les plus rependues dans le monde. Dans tout type de violences sexuelles, les relations dont elles sont issues sont considérées comme des « relations de pouvoir ». En d’autres termes, aucune violences sexuelles ne peut être exercée dans un contexte où le pouvoir n’existe pas. Pour rééquilibrer les forces, il faut aussi donner aux femmes les moyens d’accès à ces pouvoirs. Les féministes prônent donc l’égalité des droits et des devoirs dans les milieux professionnels et familiaux. Par exemple, les termes comme « gigolo » ne conviendrait plus dans notre contexte où l’accès à l’emploi n’est plus l’apanage de l’homme.


Le journalisme et la presse camerounaise au cœur de la tyrannie

La presse peut-elle être livre en temps de disette ? Pour dire autrement, pauvreté et liberté sont-elles compatibles ? Cela renvoie au fait que si l’exercice du métier de journalisme est l’expression d’une liberté d’expression, comment peut-on alors concevoir le journalisme dans un contexte de tyrannie dont l’objectif est de clochardiser les citoyens ?

Le journalisme est le plus beau métier du monde, m’entendais-je dire. C’est toujours en ces termes qu’on me présentait le métier du journalisme. Mes années de lycée étaient tout aussi fabuleuses pendant mes piges au club journal « Les Antilopes ». Dès la classe de Seconde littéraire, j’en rêvais. C’est en Terminal que tout a basculé. Que s’est-il passé entre-temps, je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que le journalisme est un métier de plus en plus hanté par des intrigues.

L’objet ici n’est pas de faire un récit d’une vocation ratée. Il s’agit tout simplement de mettre au goût du jour les méandres qui jonchent ce métier de journalisme. D’aucun ont pensé, et continue d’ailleurs de le penser, que le journalisme est un métier comme les autres. On peut tolérer cette assertion sur la forme, mais pas sur le fond. Ce qui fait la différence entre le journalisme et les autres métiers, c’est la capacité qu’a un journaliste d’être un leader d’opinion. C’est celui qui peut ou même qui joue à l’alerte ou à la sentinelle.Bref, c’est un éveilleur de conscience.

C’est ce caractère qui fait du journalisme un métier dit « dangereux ». Il l’est encore plus dans une tyrannie comme le Cameroun. Parce que dans une tyrannie, la clochardisation et le musellement sont les maître-mots de tous les corps de métier qui peuvent nuire à sa « sérénité ». Les journalistes étant la première cible, il faut donc les laisser se débrouiller seuls. Bien entendu, étant donné que la liberté et la pauvreté ne font pas bon ménage, il faut donc que les « alerteurs » soient à l’abri du besoin pour ne pas être tenté par l’appât du gain. Dans ce contexte, les journalistes ne pourraient ne pas se mêler à la poubelle de l’histoire.

Pour illustrer ce tableau sombre de la situation du journalisme dans un contexte de tyrannie, un bref parcours de la presse camerounaise est plus que nécessaire. La principale problématique ici sera celle de savoir comment les journalistes font-ils pour vivre de leur métier dans une tyrannie ? Ou mieux encore, comment la presse camerounaise, avec moins de 1000 exemplaires pour 400 Fcfa l’unité, fait-elle pour tirer son épingle du jeu ? Avec cette capacité de tirage, on dirait l’époque de la préhistoire.

Quelle est la situation du journalisme et de la presse camerounaise dans les années 1990 ?

Ce qu’il faut tout de même savoir, c’est que la presse se portait très bien avant. La situation s’est de plus en plus dégradé vers les année 2000. La mendicité a commencé à prendre de l’ampleur avec l’avènement d’internet et des réseaux sociaux. C’est pour ça que la plupart d’observateurs pensent que la dégringolade de la presse vient du fait qu’elle n’a pas été en phase avec le développement technologique. Pour beaucoup d’autres encore, les raisons sont ailleurs. Benjamin Zebaze, l’un des pionnier de la presse camerounais, livre ici sa version des faits :

Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’à cette période dominée encore par les lois d’Ahmadou Ahidjo, devenir Directeur de Publication n’était pas une sinécure. Une enquête de moralité et un lourd dossier arrivait sur la table du ministre de l’Administration Territoriale qui pouvait ou non le rejeter. Aujourd’hui, il suffit juste d’une déclaration faite à un préfet. Si ce système mis en place par Ahmadou Ahidjo existait encore, combien de Directeur de publication actuels auraient traversé ce filtre ?

Pourquoi le régime de Paul Biya a changé les règles ? Nous le verrons plus loin.

Lorsque j’arrive dans ce milieu en 1990, « Le Combattant », « La Gazette », « Le Messager »… sont sur le terrain et se battent dans des conditions difficiles. Le journal de Pius Njawe (Le Messager, ndlr) est celui qui souffre le plus parce qu’il s’aventure dans le domaine politique ; pour cela, il est la cible principale de la censure. Le slogan de son journal est alors, « le journal qui apparait à l’improvise ».

Je lui explique qu’il est nécessaire de prendre un rendez-vous fixe avec nos lecteurs. Je propose tous les mercredis pour mon journal, lui jeudi et plus tard nous laisserons le mardi à Sévérin Tchounkeu.

Notre modèle économique est simple : faire tout ce qui est nécessaire pour faire le meilleur journal possible afin de maximiser nos ventes ; mettre en place un embryon d’organisation pour défendre nos intérêts collectifs.

Comment avec Pius Njawé, on a sauvé la presse ?

Nous étions alors forts comme en témoigne cet épisode. Au lancement de la TVA et en violation des conventions internationales, le gouvernement impose cette TVA à l’importation du papier journal qui va renchérir les coûts de fabrication de presque 20%. En tant qu’imprimeur des journaux, j’indique à Pius Njawe que je suis obligé d’augmenter les tarifs et que seul le ministre des finances peut faire quelque chose.

Malgré la « guerre » que nous menions contre le gouvernement, Pius appelle immédiatement le ministre des finances Justin Ndioro et lui explique la situation. Le ministre nous donne rendez-vous pour le lendemain matin à Yaoundé. Pius fait venir Severin Tchounkeu et le met au courant de la situation. Mais au moment de nous en aller, il nous rappelle en criant presque pour nous rappeler que nous sommes tous les trois bamiléké et que ce n’est pas bon pour une cause nationale. C’est ainsi qu’il appelle immédiatement Michel Michaut Moussala qui se joindra à nous.

L’entretien au bureau du ministre Justin Ndioro

Le ministre Justin Ndioro, un homme de très grande classe, écoute mes explications et déclare : « je n’ai pas à pénaliser la presse si elle a raison. Je vais vérifier et prendre des mesures ». A notre sortie, sa secrétaire nous annonce que le ministre délégué au budget Roger Melingui a appris que nous sommes là et veut nous voir. Nous avons passé un moment agréable dans son bureau. Dès le lendemain, Pius Njawé m’appelle pour me dire que le ministre vient de lui dire qu’il a fait le nécessaire.

Monsieur Gwanala (Pardon pour son nom), le directeur des douanes me reçoit tout sourire quelques heures plus tard et me montre le fax reçu du ministre. Mais qui a réellement profité de notre action ? Pas seulement la presse, mais des industries comme le groupe Safca de Fotso qui utilisait le papier journal pour fabriquer les cahiers scolaires ; ainsi que de nombreux vendeurs de papier pour imprimerie.

Tout cela juste pour montrer qu’en se réunissant sur l’essentiel et en mettant le lecteur au cœur de notre stratégie, nous étions très forts et vivions pour l’essentiel de nos ventes.

Quelles sont les origines de cette décrépitude du journalisme et de la presse camerounaise ?

Cette période de vache grasse finira par prendre fin. La situation est presque cocasse aujourd’hui. Comment s’est manifesté cette dégringolade de la presse pour qu’elle devienne aujourd’hui la cible des railleries ? Il ne se passe plus une occasion où un journaliste est mêlé de près ou de loin à un scandale de mœurs et de corruption. Pour la presse est-elle tombée aussi si bas depuis presqu’une décennie ? Une fois encore, la position du doyen Benjamin Zebaze sera nécessaire pour comprendre justement ce qui arrive à ce monde si merveilleux que le journalisme.

A mon avis, plusieurs facteurs entre en jeu :

a) Les magouilles du pouvoir

Il n’accepte plus l’influence des journaux de Douala qu’il qualifie de « journaux bamiléké ». Les règles pour devenir Directeur de publication sont alors modifiées et de nombreux journaux naissent à Yaoundé (Les ministres Fame Ndongo et Joseph Owona peuvent en dire plus) dont l’un avec un commissaire de police comme Directeur de Publication.

Suite à une énième suspension, nous produisons un journal commun pour nous plaindre : dans ces journaux, un ministre bien connu qui écrivait sous le pseudonyme d’Oussibita d’Assotol Ebolo nous qualifie de « La Sainte Trinité ».

b) Le rôle néfaste de la Crtv

Ces journaux de Yaoundé n’ont pas de lecteurs ; leurs responsables font le tour des ministres et des sociétés d’Etat afin d’obtenir les moyens nécessaires pour assurer leur fonctionnement quotidien.

Ils ne suivent que l’exemple des journalistes de la Crtv qui pour le moindre reportage, demandent aux préfets, maires, ministres, directeurs de société…les «frais de carburant ». C’est comme cela que le terme « gombo » s’impose dans la presse.

c) La victoire volée de Ni John Fru Ndi et la dévaluation du Franc CFA

La presse, qui pour l’essentiel avait soutenu ce candidat, subit un contre fouet terrible après cet échec. On eut dit que les électeurs voulaient nous faire payer le rêve avorté.

La dévaluation de CFA est venu tout aggraver de telle sorte qu’un journal comme le Messager est passé de 100 000 exemplaires à 25 000 ; Challenge Hebdo de 70 000 à 15 000. Partout, c’était le même désastre.

Quelle entreprise peut supporter sans de gros dégâts une telle perte de chiffre d’affaires ?

d) Les nouvelles techniques de « marketing » inventées par la jeune génération des Directeurs de publication

Au lieu de continuer à nous serrer les coudes, certains se sont mis à appliquer les méthodes des journaux de Yaoundé.

On pouvait lire désormais des titres comme ceux-ci :

  • Mebe Ngo’o, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut
  • Qui en veut à Tchouta Moussa ?
  • Motazé, le sauveur des retraités à la CNPS

D’autres « experts » ont vite trouvé un autre filon basé sur du chantage :

  • Dans notre prochaine édition, tout sur les frasques du directeur général de la Camair.
  • A ne pas manquer jeudi prochain : comment les milliards se sont envolés au port de Douala.

Peu importe si les lecteurs ne découvrent pas ces « pseudo révélations », l’objectif est ailleurs : se remplir les poches à moindre frais.

A ce petit jeu-là, la presse dans son ensemble a perdu de sa crédibilité.

e) Le rôle des lecteurs et des hommes publics

Au lieu de soutenir les médias qui essayent de rester un peu à l’abri de tout cela, la presse est abandonnée. On ne peut pas refuser d’acheter les journaux ; se contenter de lire des articles pillés par des pirates sur le net et s’attendre à une presse de qualité. Combien parmi ceux qui braillent aujourd’hui sont prêts à prendre un abonnement sur un site payant ? L’information a un coût et il est évident que si le lecteur ne paye pas, il faut bien que quelqu’un le fasse à sa place.

Sur le même plan, cette hypocrisie de la classe politique et d’affaires est insupportable. C’est elle qui est prompt à utiliser les médias quand ses intérêts sont menacés et qui se plaint quand ses adversaires utilisent les mêmes méthodes.


Le pugilat entre artistes hante la Toile au Cameroun

Le pugilat est à son comble entre artistes. Les Camerounais s’en délectent et se mettent en rang serré pour assister, sur la Toile et les médias classiques, au concert de musique pas comme les autres. C’est un concert très particulier d’un autre genre que deux artistes ont accepté d’offrir gratuitement aux Camerounais. Il s’agit d’un concert d’insultes par médias et réseaux interposés. Ce concert est devenu bruyant au point de diviser l’opinion. Les fans, en bataille rangée, se défendent en mettant en avant les fumisteries de l’artiste adverse.

Sur le ring du concert, Ngono Adèle Ruffine, alias LADY PONCE, née en 1983 et Longkana Agno Simon, alias LONGUÉ LONGUÉ, né en 1973. Ce sont les deux artistes musiciens camerounais adulés sur la scène nationale et internationale. Ces deux-là, à la place des belles chansons qui honorent le patrimoine culturel de leur pays, se donnent, via les médias (presse écrite, TV) et les réseaux sociaux, une volée de bois vert d’une rare violence.

Comment en est-on arrivé là ?

Le pugilat des artistes
Le quotidien satirique camerounais Le Popoli a fait du pugilat des artistes ses choux gras. Crédit photo : capture d’écran du journal.

Affaire Longue Longue/Lady Ponce : un cas singulier des « mythes et délires d’une société camerounaise contemporaine en crise »

Les faits

Ces derniers jours, une escalade conflictuelle opposant Longue Longue à Lady Ponce défraie la chronique autant dans les mass médias que dans les techno-médias. En effet, une guerre symbolique auréolée des clichés négatifs cristallise les deux figures de la scène musicale locale. A coups de quolibets, de stéréotypes, de diatribes, de chiens écrasés et de sarcasmes, ces deux singularités du monde de l’art musical s’étripent sur l’espace médiatique au grand bonheur des auditeurs et des internautes enclins à l’écoute systématique et régulière des scènes crisogènes d’un tel acabit.

Suivant l’historicité de cette guéguerre envenimée dans l’arène publique, Longue Longue est le premier acteur à sonner le tocsin du clash avec sa congénère tant dans l’une de ses envolées narcissiques sur la toile, il l’a qualifiée « d’illettrée » et de « prostituée ». Réponse du berger à la bergère : Lady Ponce n’a pas manqué, dans l’une de ses récentes interviews télévisées sur Vision4, de battre en brèche la posture désinvolte, désobligeante et incongrue de Longue Longue. Ainsi, l’auteur de la chanson à succès « Aio Africa » a-t-il été affublé du statut de « violeur » et de « pédophile » par l’auteur du titre adulé « Moan yesus ».

Ce jeu de l’étiquetage social ne s’est pas limité à cette émission puisque sur Soleil Fm, l’une des dernières nées du kaléidoscope médiatique local à Yaoundé, ce 23 octobre 2017 entre 10 et 12h, Lady Ponce a, une fois encore, à la faveur du temps d’antenne à elle accordé, labellisé négativement Longue Longue. Les mêmes qualificatifs de « violeur » et de « pédophile » englués dans un magma d’histoires ont été relayés, mieux diffusés tantôt à la grande satisfaction du consortium d’animateurs présents en studio, tantôt à la grande désolation de certaines catégories de l’agora peu intéressées pour ce type d’excroissance langagière.

Les médias mis à contribution pour enflammer les artistes

L’exaltation de la catharsis sociale autour de cette affaire morbide au plan de la Sémiotique du discours de l’un et de l’autre s’est, de surcroît, vérifiée à l’aune de la prise et de la diffusion coercitive et massive des vidéos liées à des indiscrétions de la chanteuse sur les réseaux sociaux. Toute chose, curieusement, amplifiée par des Hommes de médias, dont d’aucuns ont tôt fait d’annoncer, deux heures à l’avance, la participation de cette dernière à un programme à coloration animatif. L’on dirait une scène de prestance individuelle émotive, affective et cathartique. Mais pour quel dessein au demeurant ?

Du coup, il naît, en tant qu’homme de science, un questionnement épistémique sur le statut, voire sur la fonction des médias dans la société en général et, singulièrement, dans le processus de règlement de la crise de rapports interpersonnels. A ce giron, sans se prévaloir de la posture de maître-censeur, le théoricien et le praticien des sciences de l’information et de la communication s’interroge sur le rôle des journalistes et des animateurs dans la dynamique d’exacerbation de cette dissension ou d’apaisement social entre les deux artistes-musiciens. Doit-on informer, éduquer, divertir ou, a contrario, insulter, se quereller et invectiver étant donné qu’il s’agit des adultes ?

L’analyse psycho-sociale de l’avalanche conflictuelle entre le « libérateur libéré » et la « ponceuse nationale »

Pour ceux et celles qui ne le savent pas, la vie sociale est une scène de théâtre, nourrie de la construction de la réalité quotidienne. Chacun joue, délibérément ou inconsciemment, un rôle théâtral d’une part et un rôle social d’autre part. Lorsqu’un cas de crise de rapports inter-individuels se pose avec acuité dans l’arène sociale, faut-il faire le jeu de l’aggravation de la crise à coups de facteurs de la « violence symbolique », en alimentant les médias et les réseaux sociaux des émotions, des passions, des pulsions et des affects, vecteurs de la stigmatisation sociale ? Si Longue Longue, depuis près de deux mois, est un acteur théâtral ayant assailli l’espace techno-médiatique et ayant labellisé, de façon stéréotypée, Lady Ponce, faut-il qu’elle aussi s’enlise dans la boue, voire dans la gadoue en théâtralisant le rôle de « dépravé mental spontané »?

Mû par une folie de grandeurs habituelle et désormais rituelle, le « libérateur libéré », qui n’est pas à son premier coup de dérive orale, s’est permis, contre toute attente, dans ses vidéos insolites, insolentes et exubérantes, de flinguer certaines figures de l’échiquier artistique et médiatique. Jean-Pierre Essome, Petit Pays, Tchop Tchop, Fingon Tralala en sont quelques exemples patents. Aussi s’est-il donné du plaisir et du loisir malsain en raillant certaines catégories sociales en proie à la paupérisation ambiante et chancelante dans un hôtel de la place.

Les frasques de cet artiste étaient, d’ailleurs, filmées par ses amis qui l’y encourageaient avec un intérêt singulier. Lorsqu’un être humain qui plus est un acteur théâtral se livre à ce jeu stigmatisant et inconvenant à l’égard de plus d’un, faut-il basculer, comme lui, dans la scénarisation de cette posture malsaine et nauséeuse ? Toute chose qui participe, dans la même veine, à ternir votre image ?

Peut-on espérer la fin du pugilat de ces artistes ?

Eu égard à ce cas singulier des mythes et délires d’une société camerounaise contemporaine en crise, les Hommes de médias, plutôt que d’accentuer cette tension inter-individuelle à coups d’interventionnisme médiatique de la labellisée, doivent, fort au contraire, opter pour la logique de l’apaisement social. A ce niveau, au plan psycho-social, il est idoine de faire tabula rasa de ce type d’ignominie du provocateur, lequel relève du futile pour se consacrer à l’utile lié à la promotion de nouvelles sonorités de Lady Ponce.

A preuve, l’essentiel auquel devrait se consacrer Lady, depuis la sortie de son album, est la promotion et, a fortiori, la communication autour des singularités et originalités de cette fleur musicale. Mais comme les acteurs médiatiques d’ici sont friands et raffolent des faits divers et des histoires tissées d’intrigues et des dessous de ceinture, il naît, chaque fois, une incitation subliminale des protagonistes à se crêper le chignon et à s’opposer littéralement à coups de propos discourtois et de mauvais aloi. Illico presto, le questionnement épistémique est, dans la même veine, orienté vers les promoteurs d’entreprises de presse qui prêtent le flanc à ce jeu de l’exacerbation du conflit, ainsi que vers des personnes proches collaboratrices desdits artistes-musiciens.

L’instrumentalisation de certains organes médiatiques à des fins de polarisation crisogène entre des artistes n’aide pas à polir l’image et le statut social des théoriciens et des praticiens de l’art musical.

Dans la vie, il faut savoir se consacrer à l’essentiel au détriment de l’accessoire. Comprenne qui pourra et réagisse qui voudra

Un texte du sociologue Serge Aimé Bikoi


Comprendre le positionnement des acteurs dans la crise anglophone au Cameroun

L’un des avantages qu’aura apporté la crise anglophone au Cameroun, c’est justement le réalignement des acteurs. C’est une forme de positionnement ou ré-positionnement des acteurs et des leaders politiques, des analystes et des chroniqueurs. Pour dire autrement, c’est une crise qui donne l’occasion à chacun de s’exprimer en dévoilant au grand jour ses opinions et convictions.

Toute crise a donc cela de particulier : dévoiler à l’opinion la position claire de chaque acteur politique et de certains leaders. L’occasion est alors venue de découvrir les vrais visages de certains et leur alignement idéologique qui ne faisait l’ombre d’aucun doute. Il sera question ici de donner les détails sur les différents camps de positionnements des discours des acteurs. Les lignes de démarcation de chaque discours montreront au grand les réalités du changement tant convoité.

Les journaux, acteurs partisans du statut-quo
La presse écrite profitant de la crise anglophone pour se lancer dans une campagne de dénigrement et de sabotage du fédéralisme par les journaux qui sont des acteurs partisans du statut-quo. Matango Club

Depuis le début de la crise anglophone, les Camerounais ont construit trois champs de manifestation de la crise. Les champs de manifestation sont des espace de mobilisation et d’expression sur le déroulement de la crise. Tandis que les uns sont sur le champ du terrain de mobilisation, les autres s’illustrent, soit, comme des observateurs, soit, comme des activistes à travers la Toile et les médias audio-visuels. Ces deux derniers semblent particulièrement intéressants pour une raison simple. Les débats noués autour de la crise font l’objet d’une cristallisation autour des positions idéologiques sur l’avenir politique du Cameroun.

Qui sont d’abord les acteurs de la crise ?

La crise, autrefois corporatiste s’est investie de plus en plus sur le champ politique. On peut donc distinguer trois catégories d’acteurs : les manifestants, les leaders, les penseurs-activistes, les observateurs et les fonctionnaires. Chacun d’eux joue un rôle précis dans l’évolution positive ou négative du la crise.

Les acteurs et leurs positions

Chez les manifestants et les leaders, trois camps se neutralisent : les fédéralistes, les sécessionnistes et les républicains. La zone géographique des manifs se trouve dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’expression anglaise. Les deux premiers catégories d’acteurs sont les plus nombreux puisque ce sont eux qui ont déclenché la crise. Par contre, il serait actuellement difficile de faire la distinction entre les fédéralistes et les sécessionnistes. Car, ceux-ci, avec le pourrissement et la dégradation de la situation, ont largement pris le dessus. Ainsi, le positionnement des fédéralistes a évolué vers la sécession.

Chez les observateurs (ceux qui n »émettent aucune opinion) et penseurs-activistes, il existe également trois camps. Ils sont répartis en positionnements identiques que ceux ont été identifiés chez les manifestants. Sauf que la proportion pour chaque catégorie est inversée. Ici, par contre, les fédéralistes et les républicains sont plus nombreux. Il serait par contre plus difficile de faire la distinction entre les républicains et les fédéralistes. Théoriquement, les huit régions d’expression française et les Camerounais (Anglophones et Francophones) de la diaspora représentent les champs d’expression de ces acteurs. Les Anglophones de la diaspora sont plutôt adeptes de la sécession.

Les autorités administratives jouent ici le rôle de gestionnaires de la crise. Ils s’illustrent par des méthodes caractérisées de zèles. Elles sont pointées du doigts comme celles par qui la crise le dialogue doit être enclenché. Curieusement, les multiples échecs et tentatives de dialogues divisent l’opinion sur leur réelle volonté de voir un dénouement heureux de la crise.

Le contenu des alignements des acteurs

Il est cependant utile de préciser ici que le temps a favorisé l’évolution des positions qui se sont de plus en plus endurcies. Ainsi, on a donc des positions qui, au départ, plus conciliantes sont devenues trop radicales. Aujourd’hui, le sécessionnisme a pris du terrain chez les Anglophones tandis que les Francophones évoluent vers vers le fédéralisme. Cette évolution des positions n’est pas du goût des autorités dont l’objectif, visiblement, est de laisser pourrir la situation pour faire reculer les positions ou maintenir le statu-quo.

Il existe quatre camps de positionnement

Les républicains sont ceux qui soutiennent le pouvoir de Yaoundé. Ils sont unanimes aux dénouement de la crise par le strict respect des dispositions de la constitution de 1996. Celle-ci prône l’État unitaire avec une décentralisation comme mode de gestion de la cité.

Le fédéralisme, par contre, est une option qui n’est pas du tout nouvelle au Cameroun. Il était en vigueur dans la constitution de 1961. Cette option va au-delà de la décentralisation et donne un réel pouvoir parlementaire et exécutif aux régions.

La sécession, à son tour, donnée marginale, est presque devenue une option à prendre dorénavant au sérieux. Les menaces séparatistes, prônées par le SCNC, sont de plus en plus visibles. Aujourd’hui, le groupe sécessionniste se fait appeler « Southern Cameroons/Ambazonia ».

Le dernier camp me semble un peu complexe. C’est celui des partisans du statut-quo actuel. Ces partisans sont à la fois, les autorités administratives et les membres du parti au pouvoir. A la suite de la victoire à la présidentielle de 2011 remportée par Paul Biya, c’est le camps de ceux qui ont été chargé d’implémenter la constitution de 1996. Une constitution qui fait du Cameroun un « État unitaire décentralisé ».

Le double-jeu des partisans du statut-quo

En fait, la décentralisation c’est l’autonomie de gestion des régions avec un réel pouvoir d’indépendance budgétaire. En fait, c’est de quitter l’État unitaire centralisé vers l’État unitaire décentralisé. Cette politique, en vigueur depuis 1996, n’est toujours pas appliquée. Pourquoi ? Pour les autorités de Yaoundé, la peur de se départir des prérogatives décisionnelles freine l’application de ces dispositions constitutionnelles. Ici, les partisans du statut-quo se confondent avec les républicains. Les deux prônent l’application de la décentralisation, mais les partisans du statut-quo jouent un double-jeu.

Les trois positionnements de l’opinion, décentralisation, fédéralisme et sécession, sont proposés pour renverser le statut-quo. Ils sont aussi considérés comme des options de dénouement de la crise anglophone. Cependant, chacune d’elle étant porteuse d’enjeux qui pourraient mettre en péril le pouvoir de Yaoundé, on comprend dès lors le choix du pourrissement de la situation. Mais, ce qui fait problème, justement, c’est le positionnement des Francophones dits progressistes ou modérés depuis le début de cette crise.

Qui sont les francophones (fédéralistes ?) dits « modérés » ?

Même s’il est difficile de savoir la proportion des francophones favorables au fédéralisme par rapport aux républicains, il n’y a cependant aucun doute que les anglophones en sont majoritairement favorables. 

Le camp des fédéralistes est beaucoup plus complexe que celui du statut-quo. Depuis les deux dates sanglantes (22 septembre et 1er octobre 2017), le flou qui persistait pour faire leur distinction s’est de plus en plus estompé. Il faut alors distinguer les fédéralistes radicaux (solidaires des Anglophones) et les fédéralistes dits « modérés ». Ces derniers sont considérés comme des républicains dits « progressistes ».

La tendance est à la confusion entre les républicains et républicains progressistes (ou fédéralistes modérés). Cette confusion est semblable à celle qu’on fait entre les partisans du statut-quo et les républicains. Pour les républicains progressistes, l’accent doit être mis à l’application de la constitution de 1996. Puis, progressivement, le fédéralisme pourra être implémenté à dose homéopathique. Les républicains progressistes se retrouvent généralement chez les Francophones. Pourquoi ces progressistes se disent solidaires des revendications anglophones, mais se désolidarisent des combats qui vont avec ? Ou alors,  comment sont-ils différents des fédéralistes radicaux solidaires des manifestants anglophones ? La réponse est à chercher dans leur espièglerie.

La mauvaise foi entretenue par ces « progressistes »

Les progressistes ou modérés affichent, depuis le début de la crise, des positions carrément ambiguë. Ils disent être d’accord pour le fédéralisme, mais se désolidarisent des méthodes du « ghost town ». Ils se sont toujours illustrés par leur souhait incessant au retour au calme pour la simple raison qu’ils veulent la paix. Plus encore, ils insinuent que personne ne peut défier l’autorité de l’État. Pour cela, quiconque ne se plie pas aux injonctions de l’autorité mérite la morts. Ils se fichent pas mal des victimes des balles réelles des soldats. Ils entretiennent un discours de diabolisation envers les manifestants en les qualifiant de « sécessionnistes » et « anti-patriotes », de « terroristes », de « chiens », de « Biafrais » qui méritent la mort.

Pour eux, l’application des mesures fortes (police, justice) pour rétablir l’ordre et la paix à tous les prix doit être perpétuée. Depuis le début de cette crise, ils sont dans une posture de diabolisation de la crise. Leur souhait, d’ailleurs, c’est de voir l’échec de la crise pour se donner bonne conscience d’avoir alerté les manifestants Anglophones. Ils continuent de pérorer sur la force de l’État qui, pour eux, détient le monopole de la violence légitime.

En fait, ils scandent l’ouverture des écoles. Plus même, ils disent aimer les enfants plus que les parents de ces enfants. Ils disent qu’il faut protéger l’avenir de ces enfants alors que les enseignants estiment que cet avenir est en péril. De quel avenir parlent donc ces progressistes-modérés ? Ils sont convaincus que les parents maintiennent leurs enfants à la maison par la peur et la contrainte. Pour preuve, la vague d’élèves qui fuient les régions anglophones pour aller s’inscrire dans les régions francophones est le signe que les populations vivent dans la terreur. Comment expliquer donc ces liesses populaires observées le 22 septembre et le 1er octobre ? Ces populations ont-elles été manipulées ?

Discours biaisé ?

Curieusement, ce discours des progressistes-modérés n’est pas loin de celui entretenu par les autorités, partisans du statut-quo et les républicains. Du coup, le discours des fédéralistes est brouillé pour laisser croire à l’opinion que les Anglophones veulent à tous les prix le pouvoir en brandissant la sécession comme un objet de chantage.

Pourquoi les Francophones sont-ils si méchants au point de se réjouir de la morts des Anglophones ? Au fait, comment expliquer cette différence de comportement de deux populations de langue différente, mais qui vivent ensemble ?

Le déterminisme culturel des acteurs

La nécessité de reconnaitre la spécificité des problèmes Anglophones au Cameroun est un préalable. Le respect des spécificité de la minorité devrait alors être de soi, puisque garanti par le droit international. En dehors du fait de sa minorité, les Anglophones sont un peuple de réfractaire à la soumission.

Il faut bien se rappeler que les populations des régions anglophones du pays ont, pendant de nombreuses années, de 1919 À 1961, soit environ 50 ans, vécu sous le système de l’ « indirect rule », où avec leurs autorités coutumières, elles géraient les affaires de leur localité sans attendre que les ordres viennent de la capitale. Ils n’ont pas subi la colonisation française qui a développé, dans la partie francophone, cette culture de la soumission quasi-religieuse, à la moindre autorité de l’État (au prétexte que tout pouvoir vient de Dieu). Nos compatriotes anglophones peuvent donc être plus mal à l’aise que les francophones dans cet État au fonctionnement de plus en plus centralisé, là où les francophones peuvent être tolérants, sinon carrément heureux.

Atangana Mebara, Ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République, incarcéré pour détournement de deniers publics.

Les progressistes-modérés francophones sont en fait dans le déni

Les autorités administratives qui gèrent la crise continuent, coûte que coûte, à multiplier des stratégies de dénouement. D’échec en échec, elles se sont heurtées aux barrières qui ont empêché un début de dialogue franc et sincère. Curieusement, les progressistes continuent de crier au complot de déstabilisation en oubliant qu’ils ont affaire à un gouvernement d’incompétents.

– Ils ont commencé le dialogue avec le consortium, et quand ils se sont rendu compte que les leaders ne voulaient pas céder au chantage, ils ont capitulé,
– Ils ont alors saboté le dialogue avec le consortium,
– Ils ont mis les leaders du consortium en prison en espérant que la peur allait dissuader les Anglophones,
– Ils ont cru que l’intimidation allait marcher comme ils l’ont fait en 1990 et en 2008,
– Ils sont allé en rang dispersé dans la zone anglophone pour négocier, le résultat a été catastrophique,
– Ils sont aussi allé rencontré la diaspora pour négocier, l’accueil a été désastreux,
– Ils ont alors libéré les leaders du consortium en espérant que ça allait calmer les Anglophones,
– Ils sont maintenant allés négocier pour une troisième fois dans la zone anglophone, et l’un des leaders du consortium, en voyant le dos du nageur, a tout simplement dit « Niet, Nada, vous mentez ».

Nous sommes maintenant dans l’impasse.

Pour une première fois dans ce pays, une population, j’allais dire, les Anglophones réussissent à soumettre la bande du tyran au pas. Il a fallu l’existence des Anglophone dans ce pays pour réussir ce challenge : malmener les autorités imbues et zélées. Et je suis très content de ce qui leur arrive. Il n’y a que des Francophones qui son incapables de comprendre que ce sont les Anglophones qui tiennent le bon bout, je veux dire, qui tiennent le bâton du pèlerin. Je n’ai jamais vu les autorité aussi dépassées par les événements.


La longue marche vers la sécession au Cameroun

La crise politique que traverse le Cameroun aujourd’hui fait des émules. Une crise politique jusqu’ici émaillée de manifestations qualifiées de non violentes et appelée « ghost town« . Ses manifestations sont à la fois essentiellement populaires et symboliques voire provocatrices.

Commencées depuis octobre 2016, c’est la crise politique la plus longue et la plus pernicieuse jamais vécue depuis l’indépendance du pays en 1960. Autrefois qualifiée de « problème anglophone », elle a pris des formes d’une crise avant de devenir aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler un affrontement ou un conflit au sens propre du terme. Au fur et à mesure que le temps passe, les Anglophones ne cessent de multiplier des actes qui feraient réfléchir même les analystes les plus futés des mouvements sociaux. Leurs comportements ne laissent personne indifférent.

De quelle crise politique s’agit-il ?

Il existait bel et bien deux parties du Cameroun sous administration française et britannique : le Cameroun oriental et le Cameroun occidental. Le Cameroun occidental était lui aussi divisé en deux territoires : le Southern Cameroon et le Northern Cameroun. En d’autres termes, le sud-Cameroun et le nord-Cameroun.

Quelques repères sur la création de l’État du Cameroun

Une ordonnance n° 58-1375 du 30 décembre 1958 signée du Gouvernement français de Michel Debré change le statut du Cameroun oriental. Celui-ci passe de l’État sous tutelle en « État du Cameroun ». Le Cameroun oriental devient donc indépendant le 1 janvier 1960 . C’est le 20 septembre 1960, lors de la 864ème Assemblée Générale de l’ONU, que le Cameroun oriental sous la dénomination de « République du Cameroun » devient membre à part entière de cette organisation (Résolution 1476).

La Grande Bretagne avait refusé d’accorder l’indépendance au Cameroun occidental. Pourquoi ? Andrew Cohen, le représentant britannique au conseil de tutelle des Nations unies s’y était opposé. Le 11 février 1961, un référendum fut organisé pour que les deux territoires britanniques choisissent librement de se rallier soit au Cameroun oriental, soit au Nigeria. Le verdict du référendum affichaient alors les résultats suivants : le Northern Cameroon choisit le Nigeria (60 % votent pour le Nigeria contre 40 %). Tandis que le Southern Cameroon quant à lui, se rallie au Cameroun oriental (70,5 % votent pour le Cameroun oriental contre 29,5 %).

Naissance et mort de la « République fédérale du Cameroun »

Tandis que le Northern Cameroon formait une union avec le Nigeria le 31 mai 1961, le Southern Cameroun, quant à lui, se réuni avec le Cameroun oriental le 1er octobre 1961. C’est la réunification des deux Cameroun. Celle-ci est rendue possible à la suite de la conférence de Foumban où le fédéralisme sera alors adopté. La « République du Cameroun » devient donc « République Fédérale du Cameroun« .

La violation des accords de la conférence

Le Président Ahidjo viole les conclusions de la conférence de Foumban. Celles-ci stipulaient entre autre, que, ladite fédération ne pouvait être modifié qu’à la suite d’un consensus négocié. La « République Fédérale du Cameroun » devient « République Unie du Cameroun » à la suite d’un simulacre de référendum organisé le 20 mai 1972.

Paul Biya enfonce le clou dans la plaie en remplaçant « République Unie du Cameroun » par la « République du Cameroun » par un décret en 1984. Cette dénomination rappelle celle du Cameroun oriental. La source de la crise est donc liée à ce contentieux historique.

La découverte du pétrole au cœur des enjeux

La question qui reste encore sans réponse jusqu’ici est celle de savoir pour quelle raison le feu président Ahidjo voulait-il abolir le fédéralisme ? Ici, plusieurs analystes sont partagés entre deux hypothèses. La première est celle défendu par les théoriciens proches du pouvoir de Yaoundé. Cette hypothèse stipule qu’il était temps pour le régime de Yaoundé, après 11 ans de fédéralisme, d’unir les deux territoires. D’où le concept d’unité nationale vantée comme un héritage du « père de la nation ». C’est justement le décret de  Paul Biya qui est alors venu confirmé ce macabre projet donc l’objectif reste assez flou pour beaucoup d’observateurs.

La seconde hypothèse est celle défendue par les opposants du régime de Yaoundé et quelques historiens et intellectuels. Elle concerne la signature d’un accord entre le Cameroun oriental et la France appelé « Pacte colonial » le 26 décembre 1959. Ce fameux pacte jusqu’ici tenu pour secret stipule que la France reste la propriétaire des ressources du sous-sol camerounais. La découverte d’un gisement de pétrole à Limbé, ville située au Southern Cameroon empêcherait la France de l’exploiter. Il fallait donc à tous les prix abolir le fédéralisme. Sinon, il serait difficile d’avoir accès à ce pétrole sans l’aval du gouvernement fédéral du Southern Cameroon.

Octobre 2016 : énième rebondissement de la crise

A la suite des grèves des avocats et enseignants en octobre et novembre 2016, les leaders syndicaux se retrouvent dans l’étau des revendications politiques. Ce contentieux historique refait surface comme d’ailleurs dans toutes les crises politiques au Cameroun (1990-1991). Il est alors mis sur la table des négociations comme préalable pour la levée du mot d’ordre de grève. Le dialogue entamé depuis le déclenchement de cette crise en octobre 2016 entre les leaders syndicaux et les autorités a été brusquement interrompue en janvier 2017. La cause ? Les leaders syndicaux ont été arrêtés puis incarcérés à cause de leur position radicale. Ils n’ont été libérés qu’après 224 jours de captivité à Yaoundé.

Depuis lors, on remarque particulièrement une montée en puissance des revendications. De simples demandes corporatistes, nous sommes partis de l’option fédéraliste revendiquée par des leaders syndicaux, à celle de sécessionniste sous la bannière du SCNC. Cette dernière option s’est de plus en plus répandue comme une traînée de poudre. Aujourd’hui, tout est au point mort. Le fédéralisme longtemps revendiqué, semble ne même plus être à l’ordre du jour. Les sécessionnistes ont largement pris du terrain. Ils se sont battis une réputation à tel point que la panique est à son comble. Ils gagnent petit à petit la sympathie de la population des deux régions anglophones.

Comme lors du 22 septembre, peut-on craindre le pire, le 1er octobre 2017 ?

Au commencement de cette crise, il était difficile d’imaginer l’ampleur qu’elle allait prendre. Le succès du « ghost town » n’a même convaincu les Francophones septiques. Ils se réjouissaient du déploiement de la police et la gendarmerie dans les zones anglophones pour ramener, selon eux, cette partie du peuple camerounais à la raison. De même, ils n’hésitaient pas à qualifier ces Anglophones de tous les noms d’oiseaux au nom de la sécurité de l’État. Ils minimisaient cette crise jusqu’au moment fatidique du 22 septembre 2017. Il a donc fallu que ces manifestations du 22 septembre 2017 viennent fermer leur bouche. Elles démontrent la fermeté des sécessionnistes et la hargne des Anglophones malgré la cécité de ces Francophones septiques.

Cette journée mémorable entrera dans l’histoire comme celle d’une démonstration de force. Bien plus, elle démontre que l’argument selon lequel les Anglophones seraient contraints par les extrémistes de respecter les « ghost town » est farfelu.

Les Anglophones avaient alors choisi cette date en rapport avec le discours de Paul Biya à la 72è assemblée générale des Nations Unies. On a craint le pire et le temps a failli s’arrêter. Les forces de l’ordre, sur le qui-vive, sont restées heureusement inoffensives. Le climat reste quand même très tendu malgré l’accalmie. A la veuille de la date fatidique du 1er octobre 2017, marquant le 56ème anniversaire de la réunification, on en était encore à se demander ce qui devait se passer.

Sisiku Ayuk Tabe, nouvel homme fort ?

Sisiku Ayuk Tabe, le Chairman du Southern Cameroon Governing Council, dit autrement, le président auto-proclamé de la « Républic of Ambazonia », le nouvel État du Southern Cameroon, avait promis dans un communiqué que le 1er octobre n’accouchera pas d’une souris. Malgré les manifestations non-violentes, les Anglophones ne finiront pas de nous surprendre tous les jours qui passent. Ainsi, si jamais cette crise connaît un dénouement sur le fédéralisme, ce serait grâce aux sécessionnistes. C’est grâce à leur puissance de frappe, à la technologie de mobilisation dont ils ont fait preuve depuis un an. Alors, qui se cache derrière toutes ces mobilisation ?

Le 1er octobre 2017, la population anglophone est sortie comme prévu. Un appel à la non-violence a été suivi. Les Anglophones ont donc bravé l’interdit des autorités des deux régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest qui instituaient le « couvre-feu ». L’armée, chargée de faire respecter cette consigne a donc tiré à bout portant. Le bilan est donc celle que nous connaissons : Amnesty International fait état de 17 morts au total.

Il n’y pas longtemps que le richissime Sisiku Ayuk Tabe a commencé a s’afficher sur les réseaux sociaux. Du coup, il est pointé du doigt comme le commanditaire de tous ces ramdams. Les fédéralistes, considérés maintenant comme des modérés, sont presque marginaux dans cette crise. La violence d’État a exacerbé la colère de la population. Les sécessionnistes ont donc pris le poil de la bête après un désaveux. Ils semblent devenir désormais de nouveaux interlocuteurs de la crise.

Quelle issue pour la crise ?

Après avoir voulu anéantir la crise par l’arrestation leaders syndicaux, la nouvelle stratégie consiste à discréditer la lutte à travers la stigmatisation de séparatistes. Certains analystes disent que cette situation conflictuelle a été voulue par les autorités. Les autorités administratives et policières se livrent à un langage d’invective pour incriminer les Anglophones. Pire encore, une partie de la population Francophone se prête également à ce jeu de dénigrement. Ce qui ne facilite pas du tout le climat de dialogue dont on est sensé installé. Cette énième stratégie va-t-elle réussir à éteindre la crise ? Ou encore va-t-elle tout simplement la durcir davantage ? Wait and see.

Tchakounte Kemayou