Comment lutter contre les sécessionnistes anglophones au Cameroun ?

Des affrontements ont opposé l’armée camerounaise et les sécessionnistes le 14 décembre derniers. Affrontements durant lesquels les militaires camerounais ont saisi, « entre autres, une trentaine de fusils de chasse, un fusil à pompe, des munitions et des dizaines de T-shirts noirs floqués du sigle de l’« Ambazonia defense force »». Dadji, une localité située dans la ville de Mamfé, a été le théâtre des opérations. Cette ville, depuis plusieurs semaines, défrayait la chronique avec de multiples assauts des assaillants taxés de sécessionnistes.

Plusieurs assauts des assaillants à Mamfé, dans les deux régions anglophones, ne sont pas isolés. D’autres villes connaissent des assauts similaires. Plusieurs éléments de la police et de la gendarmerie ont trouvé la mort par embuscade. Le gouvernement camerounais continue de considérer les sécessionnistes anglophones comme des auteurs insoupçonnés de ces tueries. Il faut toutefois rappeler que la mort des soldats n’intervient qu’après les événements du 1er octobre 2017 où l’armée avait tirés à balles réelles sur les manifestants. Les militaires avaient toujours eu la gâchette facile depuis le déclenchement de la crise en octobre et novembre 2016. Les morts du 1er octobre, jour de la déclaration symbolique de l’indépendance du Cameroun anglophone, seraient-ils des morts de trop ? C’est donc depuis cette date que la crise anglophone s’est transformée en guérilla.

Du coup, les débats fusent dans l’opinion pour trouver une issue favorable à la sortie de la crise. Pendant que les uns soutiennent mordicus l’option militaire, les autres, comme l’économiste/statisticien Dieudonné Essomba, prônent le retour au fédéralisme. Il faut, cependant, préciser que les populations des deux régions anglophones sont, en majorité, favorables à deux options : le fédéralisme et la sécession. La persistance de la crise est donc due au fait que le gouvernement est catégoriquement opposé à ces deux options. Les deux options ont cet avantage qu’elles mettront à mal le système politique de l’État central. Pourtant, pour Dieudonné Essomba, à défaut du séparatisme, le fédéralisme présente le moindre mal pour une sortie de crise.

Sur la lutte contre les sécessionnistes anglophones (Par Dieudonné Essomba)

Si on en croit les informations qui circulent dans les médias, l’armée a démantelé le Quartier général des Sécessionnistes anglophones à Mamfé, et les articles sont accompagnées des tas d’armes et d’effets de guerre.

Si on peut se féliciter de cette action de sécurisation, on est néanmoins en droit de remarquer que le problème fondamental posé par le cas Mamfé n’est pas la victoire militaire, mais démontre les faits suivants :

  • Il y a un an, on n’avait pas ces armes, traditionnelles ou non, et qu’aujourd’hui, on les a.
  • Il y a un an, on n’avait pas de rebelles, et aujourd’hui, on les a.
  • Il y a un an, personne n’aurait imaginé qu’un Camerounais pouvait égorger un agent de défense et de sécurité et aujourd’hui, on le fait.
  • Il y a un an, on parlait de fédéralisme que certains rejetaient dédaigneusement et aujourd’hui, nous nous retrouvons avec sécession armée.

Autrement dit, ce qui est dangereux et regrettable, ce n’est pas les efforts que fournit l’Armée pour contenir le cancer, mais la malheureuse dynamique qui a fabriqué le cancer alors qu’une approche intelligente aurait pu l’éviter.

Si les victoires militaires peuvent contenir les actions de violences de Sécessionnistes, elles ne résolvent pas les problèmes de la Sécession. Une Sécession est une hydre qui ne meurt jamais ! Elle se cache, se camoufle, s’apaise, revient, sans cesse, toujours et toujours ! Car c’est une forme particulière de rébellion qui se régénère au fil des générations de père en fils. La haine se transmet dans le sang et la répression entretient la mémoire et radicalise le désir de vengeance et la détermination à partir.

Certains disent : « les Sécessionnistes préparaient la guerre ! ». Mais bien sûr ! C’est cela la définition même d’un mouvement sécessionniste, dont la vocation intrinsèque est d’obtenir l’indépendance de gré ou de force. Ce n’est un secret pour personne. L’existence d’un mouvement anglophone proclamant la sécession était le signe que la moindre erreur de gestion allait transformer la tumeur bénigne en une tumeur maligne !

Il n’y a absolument aucun génie à avoir annoncé que les Sécessionnistes allaient recourir à la lutte armée ! C’était l’évidence même ! Les radicaux du Gouvernement et les thuriféraires de la violence d’État ont naïvement cru qu’ils pouvaient la réduire par des moyens de force, commettant la plus grave erreur camerounaise de tous les temps.

Vous ne pouvez jamais venir à bout d’une sécession ! Les sécessions au Nigeria, à l’Angola ou partout ailleurs vivent toujours ! Elles ne meurent jamais ! Même en Corse, dans le pays Basque en Espagne, partout ! Vous les matez, elles sont toujours là, plus agressives et plus déterminées que jamais ! Vous ne pouvez jamais éradiquer la sécession anglophone et comme partout ailleurs, elle s’est installée à jamais !

Que faire contre une sécession ?

La seule chose qu’on peut faire contre la Sécession, c’est la confiner à un niveau larvaire et peu nuisible et la seule solution est la sous-traitance à partir des États fédérés conformément au modèle suivant : On crée l’État fédéré du Sud-ouest, ce qui déclenche une série d’effets positifs :

  1. L’existence de cet État casse le groupe des Sécessionnistes en deux, car il y a des citoyens qui se contenteraient volontiers d’une autonomie de type fédéral et qui ne suivent la sécession que par le refus de l’État Central. La sécession cesse d’être nourrie par les frustrations et ses rangs s’étiolent.
  2. Le premier ennemi des sécessionnistes, ce n’est pas l’État Fédéral, mais les autorités de l’État Fédéré. Ce sont des gens élus librement par les populations locales, qui gèrent d’importants moyens (un modèle donne 250 Milliards FCFA actuellement), gère une Fonction Publique et une Police locale recrutées suivant la réglementation de leur État dans le cadre des lois-cadres fédérales, entretiennent une vie politique locale, avec des notables politiques locaux. Lesquels ne veulent aucun désordre qui les empêcherait de jouir tranquillement et dignement d’un tel pouvoir et de tels privilèges. Ce sont ces autorités qui répriment sans ménagement la sécession et de manière plus dure que l’État central, avec l’énorme avantage que la police n’apparait pas comme une force d’occupation. L’État Fédéral vient simplement en appui et évite d’apparaitre en première ligne.
  3. La lutte contre la sécession en est facilitée, car les populations dénoncent plus facilement les Sécessionnistes aux autorités de l’État fédéré qu’à celle de l’État unitaire perçu comme un instrument d’oppression, voire une force d’occupation.
  4. Les moyens de la sécession sont limités, car dans un État unitaire, les infrastructures publiques sont toutes vécues comme une propriété de l’État central honni. Elles sont donc une cible privilégiée que les Sécessionnistes utilisent pour affaiblir l’État, sachant que celui-ci sera toujours obligé de les reconstruire, ne serait-ce que pour montrer son autorité. Eux, détruisent une école de 20 Millions avec 20.000 FCFZA, soit 1000 fois mois, ce qui finit par épuiser l’État. Par contre, une telle stratégie n’est pas envisageable dans un État fédéré, car les infrastructures sont sensées avoir été reconstruites par les populations locales avec des ressources locales. Leur reconstruction va reposer uniquement sur eux et la population n’accepterait jamais que ce qu’elle a fait soit détruit, alors qu’elle ne compte sur personne d’autre pour les reconstruire.

C’est au vu de toutes ces raisons que partout dans le monde, y compris en France, on contient la Sécession en accordant aux Communautés de très larges autonomies de type fédéral. La sécession corse a ainsi été réduite lorsqu’on leur a accordé un statut d’autonomie que n’envie pas la Bavière qui est un Land allemand.

La Fédération est le seul moyen de combattre de manière efficace et durable les sécessions. Ce qui est valable partout ailleurs l’est aussi au Cameroun, et surtout au Cameroun où les Anglophones représentent 20% de la population. Ce qui est déjà très lourd pour une telle Sécession. Lorsqu’à cela, on ajoute le fait qu’ils ont été associés au Cameroun sous l’égide de l’ONU, que cette association a été faite sous le modèle fédéral, et que de manière opérationnelle, l’État n’a pas les moyens de financer longtemps une telle guerre, avec ses finances publiques qui sont aux abois. Or, le Gouvernement n’a pas le temps, alors que les Sécessionnistes ont tout le temps.

La solution du problème anglophone n’est pas militaire, nous l’avons dit et redit. La grande majorité des Camerounais le disent. Beaucoup de personnalités éminentes l’ont dit de par le monde ! Les Anglophones veulent un État Fédéré, il faut le leur accorder ! Et si quelqu’un d’autre veut, on fait de même, car la Fédération est une entité vivante, contrairement à l’État unitaire qui est une structure momifiée.

Dieudonné ESSOMBA

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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