Les vrais challenges de l’éducation au Cameroun

En matière de nouvelles technologies, les établissements scolaires camerounais restent un terrain complètement vierge. A l’ère des nouvelles technologies, du développement des outils de communication et d’information, à l’ère de la révolution des habitudes axées sur la manipulation et la maîtrise de ces outils du monde moderne, du village planétaire, il devenait révoltant de constater que les élèves camerounais accumulaient des lacunes incommensurables. Beaucoup d’entre eux, qui avaient la chance d’avoir leur baccalauréat, ne découvrait l’outil informatique qu’à partir du supérieur.DSC_0430Les cours d’informatiques, qui n’ont été introduits que récemment, ne se limitaient qu’à la théorie pure et simple. La dotation des établissements publics de salles informatiques, trop couteuse, devenait très problématique. Ce domaine était donc abandonné et il devenait inconcevable d’imaginer une jeunesse sans base dans la maîtrise de ces nouvelles technologies, devenues outils par excellence de communication et de recherche. Les parents, dans le cadre de leur association, étaient sollicités. Mais, jusqu’ici les résultats sont plus que négatifs, car comment comprendre que l’accès dans la salle d’informatique de l’établissement soit payant pour les élèves alors que ce sont les parents qui ont contribué pour la construction et son équipement ?

Sérieusement, compte tenu des enjeux des nouvelles technologies pour le développement, la mise en place d’un équipement de dernière technologie devenait une nécessité. L’Etat Camerounais qui devient de plus en plus incapable d’assurer le minimum de sa fonction régalienne à savoir tenir le pari de l’accès à la scolarisation gratuite à l’école primaire ne pouvait pas se permettre le luxe de miser sur le challenge des nouvelles technologies. Il a donc mieux à faire. Heureusement, l’entreprise panafricaine de la téléphonie mobile l’a bien compris et vient de faire un grand coup.

De quoi s’agit-il ?

Le 30 octobre 2013, MTN Cameroon, à travers sa Fondation, signe une convention de partenariat avec le Ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC) camerounais. C’est une convention de partenariat dont l’objectif global est justement de « promouvoir l’excellence dans l’enseignement des disciplines scientifiques » en mettant à la disposition des lycéens ce qu’il y a de plus modernes et révolutionnaires dans ce domaine.

« MTN Foundation », la toute première fondation d’entreprise créée au Cameroun, reçoit chaque année 1% du bénéfice de MTN Cameroon pour les œuvres humanitaires et de solidarité. L’un des projets phares de cette fondation est justement l’accompagnement de l’Etat camerounais dans la formation des jeunes élèves. Ainsi, la mis en place des projets allant dans le sens de booster l’intérêt des élèves et des enseignants à la maîtrise des nouvelles technologies devient une nécessité. En guise de précision, il faut le dire ici que, avec 70% de dotation, c’est l’Education qui occupe le plus vaste budget de cette fondation face aux domaines comme la Santé, l’Environnement et le Développement Communautaire. Pourquoi l’accent est mis sur les TIC ? Pour le Secrétaire Exécutif Melvin Akam, « L’internet, est par la richesse de ses contenus éducatifs, un outil d’égalité des chances et de diffusion du savoir de l’école à l’université. ».

Le programme « Digital Schools »

Lancé le 8 mai 2015 à Tiko dans la région du Sud-ouest, le projet « Digital Schools » désigne des centres multimédias bien équipés et bien aménagés qui serviront de cadre de travail pour la formation des élèves d’une part et les recherches pour les enseignants d’autre part. Ainsi, le programme « Digital Schools » vise la réduction de la fracture numérique à l’Ecole, à travers l’installation et l’équipement de centres multimédia dans des établissements secondaires du Cameroun. D’ailleurs, ces centres sont plus évolués et correspondent aux réalités technologiques actuelles. Les utilisateurs auront accès aux ordinateurs de dernières générations et qui occupent le minimum d’espace possible. En matière d’équipement, chaque centre multimédia installé comprend : 20 ordinateurs flambant neufs pentium 4 avec micro processeurs intégrés, un serveur, une imprimante multifonctions, du matériel de vidéo-projection, du mobilier (tables, chaises, armoire), une connexion Internet à haut débit.

Ces équipements sont révolutionnaires au Cameroun pour trois raisons principales : 1-Dans la salle, juste les écrans et les claviers seront visibles sur la table. Il n’y aura pas, comme on le voit généralement dans les salles informatiques jusqu’ici, des encombrantes unités centrales ; 2-Ces ordinateurs en plus d’être connecté à Internet haut-débit, contiennent aussi des contenus éducatifs gérés par le MINSEC ; 3-Grâce à la technologie performantes appelée « Cloud Computing », au lieu de solliciter l’intervention des équipes techniques qui tarderont à venir sur place, les ingénieurs de MTN Cameroon, à partir de leur base à Douala, peuvent intervenir à distance en cas de besoin d’assistance.

DSC_0431Les réalisations du programme « Digital Schools »

MTN Cameroon prévoit donc construire 15 « digital schools » à travers le pays. A ce jour, deux lycées ont déjà connu l’inauguration de leur centre multimédia : Lycée bilingue de Tiko inauguré le 08 mai 2015 pour 2472 personnes et le Lycée bilingue d’Ebolowa inauguré le 22 mai 2015 pour 4010 personnes. Pour ces deux établissements, plus de 6482 élèves et enseignants auront donc accès à ces outils dès l’année scolaire prochaine (2015-2016) sans oublier les 8 autres lycées à savoir : Le Lycée de Zamengoue dans la région du Centre, le Lycée de Mora à Extrême Nord, le Lycée de Loum dans le Littoral, le Lycée de Ngaoundal dans l’Adamaoua, le Lycée Bilingue de Bagangté à l’Ouest, le Lycée de Belabo à l’Est, le Lycée de Figuil au Nord et le Lycée de Mbengwi au Nord-Ouest. Les 5 autres établissements scolaires bénéficiaires des centres multimédia seront déterminés en commun accord par le MINESEC et la Fondation MTN pour la prochaine rentrée scolaire.

Il faut rappeler que depuis 2006, la Fondation MTN a déjà installé 40 centres multimédia à travers les 10 régions du Cameroun. A cette époque, le concept était dénommé « School Connectivity ». Ils donnent accès aux TIC à plus de 60000 élèves et 4000 enseignants dans des établissements scolaires du Cameroun, le plus souvent en zones rurales.

Le «Concours du Meilleur Enseignant et Utilisateur Intégrateur des TIC »

Pour rentabiliser intellectuellement ces équipements, la fondation prévoit des activités autour de ce programme. L’organisation d’un concours à l’intention de tous les enseignants sans exception, a pour objectifs de valoriser les enseignants par la promotion de l’excellence dans l’enseignement au Cameroun. Le « Concours du Meilleur Enseignant Utilisateur et Intégrateur des TIC » est, cette année, à sa deuxième édition qui a été lancé le 23 avril 2015 au Lycée de MAYAP et ce jusqu’au 30 juin 2015.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce concours s’adresse à tous les enseignants du secondaire au Cameroun, public ou privé sans exception. En plus, il ne s’adresse pas qu’aux enseignants d’informatiques. Toutes les disciplines sont concernées ici. Le principe ici est d’être innovant dans la technique pédagogique de l’enseignement à travers les outils de nouvelles technologies. La créativité des enseignants est ici sollicitée pour révolutionner l’enseignement au Cameroun.

C’est un concours national qui récompensera chaque région. Par contre, le grand gagnant au niveau national va, non seulement recevoir son prix, mais fera bénéficier son établissement d’un Centre Multimédia équipé entièrement MTN Foundation. Les délégations régionales du MINSEC ne seront pas en reste, car celle qui récoltera le plus grand nombre de participants à ce concours sera elle-même doté d’un équipement informatique. C’est tout dire !

Le programme « Scientific Labs »

C’est un projet qui vise l’amélioration de la qualité de l’enseignement des sciences à travers l’aménagement et l’équipement de laboratoires scientifiques dans des établissements secondaires du pays. Les laboratoires scolaires, quand ils existent, sont carrément vides et ne ressemblent plus qu’aux locaux de décor. Les laboratoires de lycées sont de vielles salles. Seuls les lycées d’un certain âge en possèdent encore. Comme pour le cas de salles informatique, les salles de laboratoires sont vraiment des parents pauvres des programmes scolaires. Ce n’est plus devenu la priorité de l’Etat qui crée de nouveaux lycées sans se soucier du contenu de la formation.

Le programme « Scientific Labs » de MTN Cameroun n’est pas encore connu dans les détails. Il n’a été révélé au grand public que lors du discours du Pr Ebenezer Njoh Mouele, membre du conseil d’administration de MTN Foundation, le 22 mai dernier à l’occasion de l’inauguration du Centre Multimédia du Lycée Bilingue d’Ebolowa. Certainement que ce programme nous révèlera beaucoup de curiosité comme celui du programme « Gigital Schools ».

In fine, dans le secteur de l’éducation, il n’y a pas que l’amélioration à l’accès aux nouvelles technologies dans l’enseignement secondaire qui est concerné : d’une part le renforcement des infrastructures et le suivi des enfants défavorisés au niveau de l’éducation de base avec près d’une dizaine d’écoles primaires construites ou rénovées essentiellement dans des localités du Grand Nord, de l’Est et du Sud-Ouest, considérées par le Ministère de l’Éducation de Base comme des Zones d’Éducation Prioritaire, et d’autre part le soutien à l’excellence dans l’enseignement supérieur sont déjà considérés comme des acquis faisant parti des challenges réussis de MTN Cameroun.

Tchakounte Kemayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

2 réflexions au sujet de « Les vrais challenges de l’éducation au Cameroun »

  1. L’éducation camerounaise a trop de challenges, et à mon avis, le volet informatique n’est même pas le plus important, car combien d’établissements sont dans des zones sans électricité, sans eau, sans routes, sans réseau mobile? Combien d’établissements n’ont ni salles de classe, ni table-bancs, ni enseignants? Voilà par où il faudra commencer.

    Ensuite, les programmes scolaires sont-ils appropriés aux besoins des apprenants? Je ne pense pas. Il y a encore trop de superflu dans ce qu’on enseigne dans nos lycées. Si on règle ces questions, ont pourra donc arriver à la familiarisation des enfants avec l’outil informatique parce que pour le moment tous ne peuvent pas profiter de ces initiatives de MTN. Et c’est une déséquilibre, une injustice même.

    Ceci dit, ce n’est pas à MTN de faire tout ce que j’ai cité plus haut, ils font ce qu’ils peuvent pour apporter leur pierre à l’édification de notre système éducatif, et c’est une action à encourager.

    1. Salut Willy,
      Toutes mes excuse pour le retard de ma réaction que je tenais à publier ici.
      Voici justement la conclusion bien faite à laquelle je m’attendais: « Ceci dit, ce n’est pas à MTN de faire tout ce que j’ai cité plus haut, ils font ce qu’ils peuvent pour apporter leur pierre à l’édification de notre système éducatif, et c’est une action à encourager. »
      Tu vois donc que, malgré le retard accumulé par l’État en matière de l’éducation -et même dans tous les domaines- aucune contribution ne saurait être négligeable.
      Cependant, contrairement à ce que tu viens d’écrire, le véritable challenge de l’éducation, à mon avis, reste l’accès à l’éducation. L’État qui a décidé de la gratuité de l’école primaire n’arrive malheureusement pas à assurer le respect scrupuleux de cette décision. Au delà de cette faillite de l’État, ne peut-on pas voir une autre qui est celle, comme tu l’as si bien dit, du « superflu dans ce qu’on enseigne dans nos lycées »?
      Si je me suis permis de titrer ce billet en parlant du « challenge » pour évoquer le domaine des NTIC, c’est à dessein. Malgré les faillites relevées ci-dessus, c’est un domaine qui reste nécessaire et d’actualité.
      Asta Pronto

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