Chronique de la situation de la presse écrite camerounaise (suite)

La presse écrite camerounaise est actuellement confrontée à un véritable serpent de mer : le financement de ses activités. Les récents développements des technologies et des techniques dans les domaines de la presse à travers le monde sont venus enfoncer davantage cette presse camerounaise déjà abattue par son incapacité à affronter les défis du monde moderne. Cette presse écrite va donc subir des concurrences surtout déloyales qui lui vaudront beaucoup de déboires. Ces déboires sont de différents ordres, mais ici, je me limiterai exclusivement à l’accès des Camerounais au réseau Internet.

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Crédit Photo: JournalduCamer.org

Le faible développement du réseau camerounais

C’est connu de tout le monde que le Cameroun reste le parent pauvre de la couverture du réseau des télécommunications et plus particulièrement de l’Internet. En 2000, le ministère des Postes et Télécommunication évaluait le taux d’utilisation d’Internet à 3.3 pour 1000. Cinq ans après, dans une thèse de doctorat soutenue à Paris II en 2005 sur l’utilisation d’Internet au Cameroun, Baba Wame fait le triste constat selon lequel les utilisateurs d’Internet au Cameroun se chiffrent à 100.000 personnes seulement. Plus récemment encore, en 2013, les données du cabinet d’analyse internetsociety.org révèlent que le Cameroun a un taux d’utilisation d’internet de 14 %. L’un des plus faible d’Afrique subsaharienne, derrière les pays comme le Burkina Faso (41 %), le Ghana (38 %), le Kenya et l’Ouganda (35 % chacun), le Mali (25 %), le Sénégal (23 %) et surtout ce pays qui sort du génocide, le Rwanda (35 %) ! Pourtant, le Cameroun a une forte potentialité en ressources tant humaines qu’énergétiques capables de hisser le pays parmi les plus fournis et les plus développés en accès Internet haut débit par fibre optique. Si l’on considère que le taux d’accès et d’utilisateur d’Internet est aussi fonction du taux de possession des outils informatiques tels que l’ordinateur ordinaire ou de bureau, le taux d’utilisateur d’Internet, en plus du taux de possession d’un outil informatique sera fonction du PIB (Produit intérieur brut), même avec la suppression de la TVA douanière sur les matériels informatiques importés.

Les différents usages d’Internet chez les Camerounais

Les études menées en 2007 par Carine Laure Koudjou à l’université de Paris-Nanterre révèlent que les matériels informatiques (Ordinateurs) importés au Cameroun sont essentiellement destinés à un usage commercial. Mais ce qui est important pour nous ici, ce sont les usages domestiques ou personnels. Ainsi, le traitement de texte est l’activité dominante pour ces utilisateurs d’ordinateurs. Les activités développées comme DAO et logiciels professionnels, développement de progiciels, montages vidéo sont minoritaires. Cela fait dire à Carine Laure Koudjou que : « Ces résultats montrent une exploitation insuffisante de l’outil informatique et surtout la mauvaise maîtrise des usages qui peuvent en découler. D’autres ne se servent d’un ordinateur que pour avoir accès à internet ». C’est donc dire que, dans la plupart des ménages, Internet est trop loin l’usage le plus répandu. Mais, que cherchent les Camerounais sur Internet, justement ?

En 2005, Baba Wamé affirmait que la principale activité des Camerounais sur le net c’est la recherche des partenaires. « Par exemple, affirme-t-il, les Camerounaises sont les plus présentes sur les sites de rencontres. Sur affection.org, elles battent tous les records. Une femme sur trois (32,17 %) par rapport à l’ensemble des inscrites et une femme sur deux (49,21 %) si l’on ne recense que les Africaines ». Plus curieusement encore, Carine Laure Koudjou affirme, dans son étude, que la principale activité des Camerounais sur Internet c’est « Communiquer » et « Suivre l’actualité » qui ont un score de 80%. Ces statistiques nous montrent bien que la presse écrite, depuis belle lurette, a sa place dans les activités de surf chez les Camerounais. Malgré donc toutes ces insuffisances et ces retards techniques et technologiques, la presse écrite avait les possibilités de se faire une place au soleil. Non seulement elle n’arrive pas à se bâtir une renommée sur le net à cause de sa pauvreté financière, mais elle est peut-être victime d’une concurrence pour le moins curieuse.

La création et la gestion des sites web de la presse écrite camerounaise

Les sites Internet de la presse écrite, j’allais dire les titres de la presse écrite camerounaise ont connu très tardivement leur apparition sur la Toile. Le développement de leur site est à l’image de la pauvreté du réseau Internet. Pourquoi donc les promoteurs de la presse écrite camerounais en particulier et des médias en général sont réticents jusqu’à présent à mettre en place une rédaction spécialisée dans la diffusion de l’information sur le web ? C’est encore une source de dépenses, me dira-t-on ! Car il y aura l’hébergement du site qu’il faut financer, le personnel à y affecter et toutes les charges que cela pourrait coûter aux promoteurs. Mêmes certains titres les plus célèbres comme le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune, les quotidiens privés dits « indépendants » comme Le Jour, Mutations, L’Actu, La Nouvelle Expression, etc. ont des sites qui, pour certains, sont mis à jour 24 heures après la publication sur papier journal et pour d’autres comme quotidien comme Ouest-Littoral qui n’en ont même pas ! Le quotidien Le Messager, par contre, a une situation particulière. Elle a traversé une crise pendant longtemps, et depuis le décès de son promoteur Pius Njawé, la famille se bat tant bien que mal pour restructurer le journal qui a mis son site Internet en veille depuis plus de 10 ans maintenant. Cette situation est encore plus catastrophique pour les hebdomadaires, les (bi-) et (tri-) hebdomadaires qui sont réguliers et célèbres comme Le Septentrion, L’œil du Sahel, La Météo, et j’en passe.

La presse écrite camerounaise pêche donc par son absence criante sur la Toile depuis l’avènement des NTIC. Ceci est le reflet de sa mauvaise santé financière et plus particulièrement sa mauvaise structuration en termes d’organisation professionnelle et corporatiste. Le développement des NTIC sera une aubaine pour les Camerounais de la diaspora qui disposera désormais d’un outil efficace pour se rapprocher de plus en plus de la population d’origine. L’information qui est considérée comme ressource efficace pour un retour aux sources sera alors mise en valeur à travers le net. Le faible taux d’accès au net pour les Camerounais de l’intérieur ne pourrait donc pas être une explication plausible pour mettre en exergue l’absence de nos médias sur le net. Cette absence sur la Toile a donc permis la création des sites de partages des informations contenues dans les quotidiens. La plupart de ces sites ont été mis sur pied par quelques Camerounais de la diaspora qui ont vu qu’il y avait un marché à développer grâce au vide laissé par les promoteurs de la presse écrite. Ces sites de partages (Surtout les plus en vue en ce moment: cameroun-info.net et camer.be) vont alors se développer au détriment de ces journaux nationaux et vont offrir donc des informations qui seront même diffusées avant la publication dans les journaux en question. La concurrence devient alors rude entre les sites d’information de partage et les sites des journaux existants sur le net. D’autres parlent même de concurrence déloyale ou pire, de « vol » des articles par ces promoteurs de sites de partage qui raflent la mise en termes de nombre de visites par jour et qui se chiffrent en centaines de milliers. Du coup, le débat est ouvert sur l’autorisation ou le droit de partage que ces promoteurs des sites de partage s’octroient pour la diffusion des articles de presse. Mais, le problème se pose parce que la presse, comme je vais le démontrer dans le prochain billet, n’arrive pas à rentrer dans ses fonds dans la vente des journaux papier. Du coup, il se pose aussi la problématique du financement de cette presse qui se porte de plus en plus mal. Avant d’aborder la problématique du droit d’auteur, le prochain billet sera consacré à la gestion de la vente des journaux papier au Cameroun.

Tchakounté Kemayou  

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

Une réflexion au sujet de « Chronique de la situation de la presse écrite camerounaise (suite) »

  1. Nice article and interesting observations, thanks. Not only have the Cameroonian newspapers missed the internet revolution, they are also in the process to lose out on the mobile revolution including the participation in the social media. Even worse I would say (see the research we recently conducted at the Friedrich Ebert Foundation: https://docs.google.com/presentation/d/1aYwVtt2xTAvpMdp65k3lsYQKjEtECimR8eBvxFHQ8pk/edit?usp=sharing.

    Mobile penetration is relatively high in Cameroon (about 60 / 100 have access). I think this should be taken in consideration when looking at the current and future situation. Mobile is the new game changer in Africa as a whole and certainly also in Cameroon.

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