Du virtuel au réel, à la découverte d’un village peu ordinaire : Batchingou (3)

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L’une des photos de souvenir

Batchingou, village situé aux encablures du département du Ndé au Cameroun est un coin plein de mystères à découvrir. Il n’est d’ailleurs pas le seul village où le temps d’un week-end suffit aisément pour constater le manque d’intérêt du politique et des élites pour mettre en valeur ces richesses culturelles inégalables. Le concept de « Retour aux sources » est donc l’une des occasions les plus propices pour les cadets sociaux de se rapprocher de plus près de leur origines, de rencontrer ces anciens qui font encore, et heureusement, l’une des fiertés des traditions orales. C’est ce que les filles et les fils du Ndé ont vécu durant cette nuit du 15 novembre dernier dans le cadre de la Rencontre Internationale Annuelle de l’association « Ndé en Force ADI ».


1. En route pour le palais
Cette journée ensoleillée qui a connu les moments forts comme la visite de la chute, l’ascension du Mont Batchingou, une minute de recueillements chez Maéva, une « virée » aux stands du Festival Nga’Chou, est loin de s’achever lorsqu’il est 17 heures environs à ma montre. Juste le temps de rejoindre notre hôtel, respirer un tout petit peu, s’endimancher et revenir au palais pour un rendez-vous de causerie avec le Roi Flaubert Nana.
En quelques trois heures d’horloge, le car de l’agence Noblesse Voyage (NV) fait le trajet entre les deux hôtels et le palais en aller et retour (Palais-Hôtels-Palais) non sans avoir eu à faire des escales obligatoires pour répondre aux sollicitations de l’organisation qui voulait mettre les petits plats dans les grands. L’arrivée de Jackson Christelle, la retardataire, ne vous en faites pas, c’est une charmante fille pleine de caprices aimables, a réussie à décanter l’atmosphère morose issu de l’épuisement de la journée. Elle a appelé auparavant pour rejoindre le groupe. Pour nous rejoindre, elle a donc réussi, disais-je, l’exploit à mettre sous ses ordres le car qui s’est immobilisé au carrefour Bamena. C’était mon frangin Gaël qui était le maître d’œuvre. Différent donc de Eric qui a fait pleurer Maïmouna quelques heures auparavant. Mais, la douleur de Maïmouna était passé à tel point qu’elle ne s’était pas rendu compte du privilège accordé à Jackson, du moins je l’espère.

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Escale pour le soja bien pimenté

Un autre petit arrêt improvisé au soja a aussi été l’un des moments forts de ce trajet. C’est Flore qui l’ordonne. La boisson réservée pour la soirée au palais devrait être transportée par le car. Pour ne pas faire cette course elle-même, elle a eu cette idée ingénieuse de profiter de cette manne du transport. Même quelques grincements de dents de quelques-uns qui considéraient cette manœuvre de Flore comme un abus de pouvoir ne l’ont pas fait fléchir. Personne, moi en premier d’ailleurs, ne pourra s’opposer à un arrêt pour le ravitaillement en bière. Elle nous a vraiment eu, hein ! A peine le car s’est arrêté et comme l’occasion ne faisant pas le larron, les plus agités, comme des fourmis magnans, se précipitent dehors en sautant du car, qui à la recherche du soya pimenté, qui à la recherche d’un breuvage alcoolisé qui faisant déjà défaut depuis le fameux tour danse au festival. Pendant que Flore faisait des achats, chacun se dirige vers les échoppes de fortune. C’est la cours de récréation que vous voulez voir ? C’est le rififi que tu veux entendre ? Chacun essaie d’avaler ce qu’il peut : soya pimenté, arachide, vin de palme, bière à gogo. Et dire que beaucoup d’entre nous n’avaient même pas souhaité cet arrêt ! Pressé comme un diarrhéique pour arriver rapidement au palais, voilà que tout le moment semblait satisfait. Sauf la belle Lamama qui se tordait à crier à tue-tête : « Pardon, montez dans le car on part dis donc. Vous aussi ! Vous n’êtes plus pressés ? ». Qui a même son temps ? A peine Flore ait fini de faire ses achats, elle a rejoint sa place. Elle souffle à l’oreille droite du chauffeur : « Mon père démarre les bêtises ». Au premier vrombissement du moteur, c’est la débandade que tu vous voulez voir ? Mais, le costaud Olivier ne voulait même pas laisser sa bouteille de bière encore à moitié pleine. Que faire ? La laisser obligatoirement pour rejoindre son siège sis au fond du car. Il fallait donc qu’il monta d’abord. Pincement au cœur.
2. Assemblée ordinaire : La mise en place
L’arrivée au palais pour le début de l’assemblée générale de l’association en présence du roi se fait sans heurt. Par contre, un arrêt de cinq minutes en plein village du festival nous a même encore été imposé par Gaël qui estimait qu’une autre fille, dont lui seul connaissait le nom, devait nous rejoindre. Il voulait jouer le même coup que celui de Jackson. Echec total. L’infortuné de Gaël a tout simplement reçu une fin de non-recevoir de cette absente qui a trouvé mieux d’offrir son précieux temps ailleurs. L’esbroufe. Gaël qui était parti à sa recherche, après plusieurs appels téléphoniques infructueux à causes des tintamarres venus du village du festival, est revenu la queue entre les jambes. A la question de savoir ce qui s’est passé, le gars répond, médusé : « Ah dis donc, allons ». Tout le monde avait compris que son coup avait foiré. Un rire narquois me ronge et m’étouffe, mais je réussis à le camoufler, malgré tout. Gaël, c’est mon frère, hein. Il faut donc éviter de le livrer à la vindicte populaire de la raillerie.
La salle de cérémonie du palais qui avait été affrétée pour les invités de marque venus au festival a aussi servi de cadre pour cette assemblée. Une brève mise en place s’improvise, donc. Il n’y a presque pas de jeunes résidents ici sur qui on peut compter pour préparer l’arrivée de la délégation venue de par le monde. Traînant les pas, dès que je fis mon entrée, un coup d’œil fut jeté dans la salle pour choisir un siège confortable. Et c’est la belle Lyne, oui, les filles Bazouaises sont belles, je confirme, qui me fait un clin d’œil : « C’est par ici ! ». Le temps de prendre place à côté de ma belle Lyne, Gaël, encore lui, change complètement la disposition des sièges. Je me lève pour rejoindre un autre siège et paf patatras ! Au sol. C’est un siège mal en point qui a vu l’un de ses trépieds en plastique lâché d’une prise par la force de mon poids. Et c’est Lyne et flogille qui viennent me porter secours. Bravo les filles ! C’est la preuve que je peux toujours compter sur vous, malgré le mauvais cœur de Gaël.

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La cour du palais

3. L’arrivée du roi et de ses invités et causerie culturelle :
Comme une traînée de poudre, l’info sur l’arrivée du roi envahit la salle et celle-ci se métamorphosa en un laps de temps. Le roi fut donc accompagné de ses invités qui sont venus pour assister au festival Nga’Chou. Il s’agit du roi EKOM NKAMet le roi de SODIKO de Douala. C’est ici que le concept de « Retour aux sources » prend son sens.
A peine l’assemblée entamée, les discours de circonstance sont prononcés à l’instar de celui de Olive, la Secrétaire Générale, à cause de sa voix enrouée, a vite fais de remettre le micro à Gaël, master of ceremony, pour un discours de bienvenu tenu finalement de main de maître par Alain, le Président du Comité d’organisation (PCO) que je félicite par ailleurs.« C’est l’émotion », lance quelqu’un dans la salle pour justifier l’indisponibilité de Olive à ressortie le moindre mot. Je fais l’économie des intempéries des pannes électriques dues au dysfonctionnement du compteur. Incapables d’y remédier, l’idée nous est venue de quitter la salle pour nous rassembler dans la cours principale du palais. Il faut le dire tout de même, la région de l’Ouest n’est pas propice aux personnes étrangères au climat glacial. C’est une région montagneuse où la température avoisine souvent moins de 10 degré. C’est dans ce froid que beaucoup d’entre nous vont passer plus de trois heures d’horloge pour écouter les aînés sociaux nous crier inlassablement : « Ce monde vous appartient, pardon ne le détruisez pas ». Les rois parlent donc à la jeunesse et sans tabou : de la polygamie au totémisme, de l’éducation traditionnelle au droits de la femme, de la responsabilité parentale aux devoirs des enfants, tout est passé au crible, mais, malgré tout, la fatigue et l’épuisement dû au froid ont commencé à avoir raison sur notre engouement. A la question de Jodel qui s’écrie : « Sa Majesté, dans votre speech, je ne vois pas à quel niveau vous valorisez la femme? Quel est le rôle qu’elles occupent dans votre vie au quotidien ? », J’ai sursauté d’un coup et je me suis dit : « Hum, l’affaire du mariage-là, hein ! ».C’était franchement une causerie éducative à nul autre pareil où on a rarement trois rois assis en face des jeunes venus de partout et leur prodiguer les conseils. Une causerie éducative dans laquelle la principale leçon retenue est celle du retour à l’authenticité de nos valeurs. Les rois s’offusquent de l’abandon, par les jeunes, de nos langues, de nos pratiques de cultes religieuses, de nos styles de vie qui n’ont rien à voir avec les richesses culturelles léguées par nos ancêtres. C’est une thématique très actuelle vue la montée grandissante de l’afro-centrisme et du panafricanisme qui invite les Africains à la recherche les solutions de ses propres problèmes par une introspection perpétuelle. Et c’est le roi Flaubert Nana qui a justement insisté sur la nécessité de se faire violence dans la déconstruction des mythes importés, conditions nécessaires pour la reconstruction de nos propres schèmes de connaissance. C’est donc une violence exercée sur soi-même que chacun devrait s’atteler à intérioriser. Véritable programme de société, donc. Facile à dire, difficile à réaliser, mais, nécessaire pour notre survie.

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La Miss Else

4. Une couronne et un tableau qui valent de l’or :
Trois articulations ont marquées l’après causerie : D’abord, la remise d’un cadeau au roi, en guise de remerciement, pour ce temps précieux en notre compagnie. Un tableau de portrait du roi conçu des mains de maître par notre designer, j’ai nommé Olivier Kassi dit Kangol Ledroïd, a été remis au roi Flaubert Nana lui-même par Olive, au nom de la présidente Viergine, empêchée. Portrait donc la beauté a été appréciée par les hôtes du roi. Ensuite, la couronne de la Miss NEFA, autre concept créé par l’association sur le virtuel en vue de détendre l’atmosphère de la plate-forme du forum et donner par-delà du réel un sens à la beauté féminine tout-court à travers les meilleures photos de capture, a été remise à la Grande Miss Elise Yomi, par le roi lui-même. Enfin, avec la dextérité et la promptitude de la belle Lamama à mettre son expérience de maman attentive au service des affamés que nous étions déjà, vient le moment de bourrer la panse : plantain viande (Condrès), légumes sautés au poisson sec et igname jaune, bière ou boisson gazeuse au choix sans oublier le Tampico, jus de fruits de circonstance. C’était le menu. L’ouverture de buffet a un peu réchauffé le corps de certains qui avaient mail-à-partir avec cet horrible froid. Je me suis même rendu compte qu’il y en a qui s’étaient retirés pour aller s’abriter dans le car garé tout près. Les bruits que faisaient retentir les couverts les ont subitement réveillés. Malheureusement pour eux, la célèbre Jackson Christelle qui s’était improvisée comme gérante des morceaux de viande de chèvre avait déjà distribué les bons morceaux. Vous avez dit que les retardataires ont tords ? Oui, sauf elle, bien sûr ! Elle s’est bien rattrapée sur tous les fronts en trois heures seulement. Elle devient célèbre, malgré elle ! L’étoile de quelqu’un hein ! Hum !

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Le roi recevant son portrait

5. Tout est bien qui finit bien !
Il est presque 1 heure 30 du matin lorsque tout est fin prêt pour sauter dans le car, rejoindre l’hôtel pour revenir au palais le lendemain pour un « au-revoir » au roi. C’est donc à 8 heures que le rendez-vous du retour se fait. Le car de l’agence est déjà garé devant l’hôtel et j’étais le dernier à sortir de ma belle chambre que j’avais, curieusement, trouvé sympathique malgré le « relooking » qui lui manque tant. Mais, c’était agréable, le climat aidant.
L’escale d’au-revoir que nous faisons au palais se fait longuement attendre et finalement beaucoup s’impatientent : « Le programme stipule que le départ de Batchingou c’est à 11 heures hein ! J’espère que ça sera respecté oh ! ». Personne ne semble prêter une oreille attentive à ce cri d’orfraie. L’information qui filtre dans les couloirs du palais nous renseigne que le roi est en train d’accorder des audiences aux illustres hôtes du festival qui, lui aussi, va connaître son apothéose ce dimanche 16 novembre 2014. Mais, avant cela, un petit déjeuner avait été servi sous nos regards hagards. En fait, c’est que personne apparemment n’avait pas encore finit de digérer le repas de la veille, je voulais dire, le repas du premier chant du coq. Beignet-haricot-bouillie, tout y était pour assurer un bon voyage de retour. A peine terminé, voilà que Innocent, débarquant de je ne sais d’où, apporte un plateau de muni de gâteau fait de feuille de macabo et de maïs appelé vulgairement chez « tenue militaire » que beaucoup a vite fait d’avaler d’un coup. Puis, comme si cela ne lui suffisait pas, il revient avec un plateau de Ndolè et banane. Stupéfaction totale ! Une voix lui dit : « Mais, mon père Yorr, tout ça ? C’est pour quelle panse ? ». Qu’à cela ne tienne, quelques courageux s’y sont mis à cœur joie. Une autre voix d’ajouter : « Malheur à celui qui va oser stopper le car parce qu’il veut aller déféquer ». Et c’est la violence des regards des autres déjà étouffés par l’abondance, contraint Innocent à faire retourner ces maudits plateaux encore pleins de Ndolè. A la fin des repas, chacun s’exerce aux photos de souvenir dans la cour du palais en attendant l’arrivée du roi pour une photo de famille. Et comme par enchantement après une longue attente, le roi Flaubert Nana apparaît en boubou bleu velours scintillant et se prête donc aux séances de photo traditionnelle de famille.

Dimanche avant le départ pour Douala

Et, sans tambour ni trompette, nous laissons derrière nous la cérémonie de clôture du festival non sans avoir au préalable élu le village qui fera l’objet de notre visite l’année prochaine. Sur 27 voix, Bazou remporte l’adhésion de 20 voix contre la ville de Bangagnté. Ceux qui vont à Yaoundé doivent rejoindre Hervé qui a choisi de leur accompagné à Bangangté pour emprunter un car à destination de la capitale.
Contrairement à l’aller, le retour sur Douala est mouvementé. C’est Armand, le chef d’orchestre qui devient l’humoriste de parjure. Il titille tout le monde. Moi et Lyne n’avions pas échappé à sa vigilance. Et il chante à-tue-tête en disant : « Déclarez vos bien ». Fatigué de nous attendre, il lance tout de go : « Vous deux-là, Dieu vous voit ».Finalement, la fatigue l’emporta et Lyne qui prit le relais en me rabrouant les oreilles de ces vielles mélodies de Singuilar qu’elle n’a cessé de stigmatiser en disant : « Les hommes romantiques sont les menteurs et chiches ! ». Mince ! Je ne le savais pas.C’est à l’arrivée à l’hôtel Casyan qu’un dernier tour de table fut offert tour à tour par Hervé, Pat, Innocent et… J’en oublie certainement. Et ce sont les plus téméraires comme moi qui ont résisté jusqu’à 22h30.
Ouf ! Quelle course folle !
Bye byeBatchingou !
Bienvenu à Bazou !
TCHAKOUNTE KEMAYOU

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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