Cameroun : le Collectif contre le vol d’enfants se mobilise

Vu l’ampleur du phénomène de trafic d’enfants dans les quartiers, les hôpitaux et centres d’accueil sous la tutelle du ministère des Affaires sociales au Cameroun, le collectif « SOS Enfants Volés »  a organisé la projection d’un documentaire  pour montrer la face cachée de ce trafic. La projection prévue le 1er novembre 2014 au restaurant cabaret La Chaumière de Douala a fait l’objet d’une interdiction.

Après trois mois d’enquête et de collecte d’informations, le Collectif -composé de 16 organisations de défense de droits de l’homme- a réalisé un documentaire sur le trafic d’enfants intitulé : « Enfants volés au Cameroun : un scandale d’Etat ». Une initiative afin de montrer l’ampleur du phénomène et susciter une mobilisation des différents acteurs.

La diffusion de l’avant-première de ce documentaire devait avoir lieu le samedi 1er novembre 2014 au restaurant cabaret La Chaumière sis au quartier Bonapriso à Douala. Y étaient attendus plus de 400 invités parmi lesquels les autorités administratives, diplomatiques, traditionnelles et religieuses.

Le Collectif SOS Enfants Volés

Projection vidéo du collectif SOS Enfants Volés interdite

Mais l’administration camerounaise a  interdit la projection du court métrage. Une fois encore, elle a brillé par son arbitraire et son hostilité à l’émergence de la citoyenneté. Elle a aussi montré que la lutte contre les fléaux sociaux n’était pas une de ses priorités. Sont descendus sur le terrain, le préfet du département du Wouri, 5 commissaires de police, 2 commandants de gendarmerie, les services de renseignement et plusieurs éléments de ces différents corps. Et contre toute attente, la salle apprêtée pour la circonstance a été fermée sans autre forme de procès.

De ce fait, le Collectif s’est rendu au siège de l’association Cameroon O’Bossoau quartier Bali où s’est finalement tenue la projection du documentaire avec une présence de près de 150 participants, parmi lesquels la représentante du Sous-préfet de Douala 1er et la représentante du Maire de Douala II, malgré le changement d’itinéraire, la pression et l’arbitraire de la haute administration de la ville de Douala. Ce malheureux incident nous démontre combien, l’arbitraire de nos autorités va grandissant. Les droits des participants sont bafoués, et ceux des victimes de vol d’enfants pris en otage. Nous sommes tentés de nous poser la question de savoir si nous sommes dans une République?

Après cette diffusion du documentaire, un échange a été ouvert entre les victimes, les personnes-ressources, les journalistes venues nombreux et les participants, et un constat évident est que l’importante participation des camerounais à cette événement qui touche le centre même de l’humanité, c’est-à-dire les enfants, démontre à suffire que le peuple n’accepte plus d’être muselé. Ce grand intérêt rassure le Collectif dans sa démarche de faire entendre le droits des enfants et des mères.

Les contradictions de l’administration

Il faut également noter que ce malheureux couac nous a permis d’apprécier des contradictions, voire l’arbitraire de l’administration Camerounaise. Comment donc comprendre que le Sous-préfet de Douala 1er se fait représenter dans un événement qualifié de trouble à l’ordre public et interdit par le Préfet du Wouri ? Comment comprendre que le Sous-préfet qui est habilité à recevoir les déclarations de réunions publiques et d’en juger l’opportunité de trouble à l’ordre public n’a pas trouvé nécessaire de demander une déclaration à un événement où il a été lui-même invité ? Et que dire du Préfet, qui en principe n’est pas habilité à recevoir les déclarations de réunions, se prononce sur l’interdiction d’un événement pour lequel le Sous-préfet dans son territoire de commandement à trouver bon de se faire représenter ?

Plus encore, comment comprendre qu’une intervention, pour interdire la projection du documentaire, ne soit pas coordonnée par les différents corps de sécurité ? Nous avons  assisté à une sorte de rixe entre les éléments de la police, les services de renseignement et la gendarmerie, tous en tenue civile. La scène se déroule à Bonapriso, devant les membres du Collectif surpris par le spectacle ahurissant. Raisons du spectacle : dispute du contrôle des opérations et de la hiérarchie sur le terrain.

L’engagement du Collectif SOS Enfants Volés malgré les barrières

Ces fait nous démontrent davantage combien les acteurs, les citoyens, sont en danger permanent, par rapport à l’intérêt que ces autorités portent moins à la sécurité qu’à la lutte de pouvoir et de contrôle. De cette  manière, les forces de sécurité sensées assurer la protection du peuple vivent elles-mêmes dans l’insécurité et dans une rivalité entre corps.

Le Collectif ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin et rejoint par de nombreux citoyens, invite chacun de vous à retrouver le documentaire : Enfants volés au Cameroun : Un scandale d’Etat, sur Youtube et à retirer sur CD au siège de Cameroon Obosso à Bali adressez un mail à : cameroonobosso@gmail.com. Ou encore affairekileba@gmail.com.

SOS Enfants Volés

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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