14 février : mon coup de gueule de la Saint-Valentin

10959787_822513311149913_6153139625349807015_n

Crédit photo: Facebook

Ne serait-il pas opportun, dans les circonstances d’une célébration, de nous poser souvent des questions dignes d’intérêt ? Il m’est toujours arrivé de considérer, loin de faire une polémique sur les concepts, que la relation de couple (un homme et une femme) marié ou non est basée sur la domination. Cet instinct de domination est loin d’être naturel ou spontané : c’est véritablement une construction.

Cette construction est le fait des hommes qui veulent à tous les prix avoir la primauté sur la pérennité, j’allais dire la destinée du couple. Tenez : quand un homme vit aux dépends d’une femme, on l’appelle « gigolo ». Existe-t-il un terme en français pour désigner une femme qui vit aux dépendx d’un homme? NON. Pas du tout! Pourquoi? Parce que la société considère que c’est normal qu’une femme soit nourrie, vêtue, blanchie, soignée, bref entretenue par son homme. Il faut préciser que ce n’est que dans le cadre du mariage que cela s’impose, car l’institution qu’est le mariage donne le droit, je dis bien le droit, à la femme d’être entretenue par son époux. C’est la loi de la famille camerounaise qui l’exige parce qu’elle considère l’époux comme le chef de ménage. C’est lui qui choisit le lieu de domicile et son épouse qui a le devoir de le suivre partout où il va ne peut s’y opposer. Il est donc responsable, mieux il porte l’entière responsabilité de la destinée de la famille qu’il construit. C’est la loi de la construction de la lignée, du clan. C’est le système patriarcal. Dans ce système, le fondateur de la famille, le père, est celui qui est à l’origine des grandes fratries qui pourront devenir plus tard des villages. C’est comme ça que se sont construites la plupart des familles patriarcales. Dans ce cas, l’utilisation du terme gigolo aurait donc un sens.

Il est important de signaler ici que cette loi de la famille camerounaise ne correspond plus aux réalités actuelles. A l’époque de la promulgation de cette loi, les femmes mariées étaient presque toutes considérées comme des ménagères. D’ailleurs, dans la plupart des cartes  nationales d’identité de ces femmes et même de celle des enfants majeurs, il était marqué « Ménagère » dans l’espace réservé à la profession de la mère. Les femmes, au Cameroun et comme la plupart des pays en Afrique, sont donc considérées comme des personnes essentiellement réservées pour faire le ménage et être baby-sitters.

Ce phénomène n’était visible qu’en zones urbaines comme Yaoundé, Douala et autre chefs-lieux de province. En campagne, les femmes s’exercent quotidiennement aux travaux champêtres, aux cultures vivrières. Ce système traditionnel donne donc plus de pouvoir à la femme qui est appelée à assumer ce dont les hommes ont le pouvoir en ville. C’est même une pratique qui est la conséquence de la polygamie, d’où la séparation des biens. Ainsi, chaque femme doit avoir ses propres champs qui lui permettront d’élever sa progéniture dont la moitié de la charge, presque, lui revient.Ici, il serait impossible de trancher sur la notion de chef de ménage d’autant plus que les deux partenaires ont des revenus et prennent en charge le ménage. Malgré tout, la famille reste patriarcale et par principe, l’homme reste chef du ménage. C’est donc une réalité qui n’existe pas dans la loi camerounaise où toute la charge du ménage incombe à l’homme. Dans certains villages, le système matriarcal est de primeur. Dans ce cas de figure, rien à voir avec le terme « gigolo ».

Qu’en est-il du cas où la loi, comme celle qui a été votée en Côte-d’Ivoire, qui stipule que les deux partenaires (l’époux et son épouse) sont des chefs de ménage ? Eh bien, il est donc clair, par cette loi, que aucun d’eux ne détient exclusivement le monopole des décisions en ce qui concerne l’avenir de la famille. En ce sens, même le choix du lieu d’habitation est un accord commun. Pas de dictature, pourrait-on dire. L’épouse, comme l’époux, est un donc considéré comme partenaire, comme chez les économistes. Ce terme prend donc tout son sens ici. Cela veut dire que la responsabilité des charges du ménage incombe aux deux partenaires. Ici encore, comme dans les campagnes, le terme gigolo n’a pas sa raison d’être.

Supposons un tant soit peu que la loi sur la famille venait à être abrogée pour laisser place à la responsabilité mutuelle, comme le stipule la nouvelle loi rédigée fort longtemps et tapie dans les tiroirs des autorités de Yaoundé, qu’adviendrait-il donc de ce terme gigolo ? Aurait-il alors un sens ? Non, me direz-vous. Comme en Côte d’Ivoire, la société deviendrait ainsi, par ce fait, une égalité parfaite ? Est-ce ce que recherche le féminisme ? Qu’est-ce que le féminisme, d’ailleurs ? C’est un mouvement idéologique qui vise la libération de la femme. Vous avez bien lu, libération de la femme. Qu’est-ce à dire ? Libération ici supposerait que la femme n’est pas épanouie, elle mène une vie de seconde zone. Selon ce mouvement, la loi en vigueur au Cameroun n’est pas propice à l’épanouissement de la femme de notre génération. Je me suis toujours posé la question de savoir d’où viendra cette libération de la femme si celle-ci se considère, consciemment ou non, comme une charge pour l’homme. Ainsi, une société où seul l’homme qui a une autonomie financière peut jouir de cet épanouissement personnel.

Voilà pourquoi c’est le lieu ici de dire en le déplorant, que la conscience collective africaine considère l’homme comme celui qui a « le dernier mot ». Car en Afrique et au Cameroun en particulier, c’est l’homme qui doit faire « le premier pas » : draguer ; c’est lui doit aller voir les parents de la fille : doter ; c’est lui qui épouse, donc il fonde la famille et ainsi il donne son nom à sa femme et à sa descendance, etc. Cette pratique a donc comme conséquence numéro 1 que si un homme est dragué par une femme, il sera considéré comme un homme faible, nul et non viril, bref sans valeur, voire il sera considéré comme une femme. La conséquence numéro 2 est que cet homme sera le dominé au lieu d’être le dominateur. La conséquence numéro 3 est que, comme je le disais plus haut, il sera considéré comme un gigolo. Pourquoi le dit-on ? Parce que l’expérience a montré que les femmes qui draguent les hommes sont des personnes de très forte personnalité, d’un caractère qui impose le respect. Les hommes ont l’habitude de les appeler « les femmes difficiles ». Comme pour dire que ce sont des femmes qui ne se laissent pas faire. Cette catégorie de femmes a la poisse.Au Cameroun, elles vivent malheureuses, car n’ayant pas connu de véritable amour. Elles sont pour la plupart, des femmes bien dans leur peau, cadres moyens ou supérieurs, à l’abri du besoin, donc. Elles ont la malchance de vivre dans une société masochiste, où les hommes ont peur d’être dominés. Même celui qui a un revenu haut de gamme a toujours peur de ce genre de femmes et préfère aller dans les sous-quartiers, les banlieues, ou même au village chercher sa femme, considérée, à tort ou à raison, comme celle qui est plus naïve, celle qu’on va « manipuler ». Evidemment, cette situation va entraîner la débauche où ces hommes joueront la belle vie avec ces femmes de caractère avec qui ils feront des enfants. Oui, ces femmes, pour la plupart, qui ne souhaitent mourir sans enfants acceptent facilement ce deal.

De l’autre côté les hommes « pauvres » acceptent rarement et difficile ce deal pour ne pas se faire stigmatiser de gigolo. C’est donc cet état de choses qui a inspiré ce billet que je voudrais participatif. Sans oublier qu’il y a des cas exceptionnels, pourquoi est-il considéré, par la société, que l’homme ne doit pas être pris en charge par une femme ? Si nous revenons au cas de la Côte d’Ivoire, que se passera-t-il si l’un des partenaires n’a aucune source de revenus ? Probablement et naturellement, me diriez-vous, il incombera à l’autre de prendre la charge de la famille. Mais, ceci ne peut s’envisager que lorsque c’est l’épouse qui a perdu son emploi. Par contre, lorsque c’est l’époux qui perd son emploi, les revenus de l’épouse doivent-ils automatiquement servir pour la survie de la famille ? Là, je suis convaincu qu’il ne serait pas facile de répondre par l’affirmative. L’époux doit se dépêcher de trouver une occupation le plus tôt possible s’il ne souhaite pas voir sa femme lui manquer de respect un de ces jours. En Afrique, un homme sans pouvoir financier est un homme sans caleçon. Il deviendra la risée de la société. D’ailleurs, son égocentrisme et son orgueil peuvent lui attirer les foudres de son épouse qui risquerait de « verser tout sur le marché ». Ne dit-on pas, comme l’artiste, que quand la femme se fâche le secret est dehors ?!Impossible donc d’imaginer un mariage avec un homme démuni, car la femme c’est l’argent d’abord. Je ne me souviens même plus où j’avais lu qu’il faudrait désormais désigner la femme par le terme « cameruineuse ».

Comment ne pas rêver d’une société où il sera possible de voir une femme « porter » un homme sans prétention de domination ? Vous me direz qu’il serait impossible de concevoir une société où celui qui finance ne domine pas. Par conséquent, dans un ménage la femme (celle qui finance) ne saurait subir les humeurs de l’autre. Normal. Mais, que dire alors de cet adage populaire qui stipule que seul l’Amour n’a pas de frontières et qu’il peut soulever les montagnes. Pourquoi la femme ne fermerait-elle pas les yeux sur l’orgueil de l’homme au lieu d’aller crier par-dessus le marché ? Si ce geste avait pour finalité d’amener son homme à la raison, cela ne pourrait même pas se justifier. Le linge sale se lave en famille. La plupart des cris d’orfraie c’est pour alerter le quartier et exposer son époux aux regards moqueurs de la meute.
Pour dire vrai, les femmes sont aussi à l’origine de ce masochisme, car elles participent également à le construire. Celles qui sont démunies entretiennent cette conscience collective selon laquelle « c’est l’homme qui doit assumer ». Pour elles, avoir un copain c’est un emploi qu’on a décroché. L’heureuse élue exige d’être aux petits soins. L’exacerbation de ce comportement a même poussé les hommes à considérer celle-ci comme des « femmes matérialistes ». De l’autre côté, celles qui jouissent de l’autonomie financière sont craintes par ces hommes-là qui les considèrent comme des « femmes difficiles ». Dans ce méli-mélo où la femme est malmenée comme une calebasse, les hommes jouent bien leur jeu macho. Contrairement à ce qu’on pense souvent, les femmes s’y plaisent.

Pardon, ne me tapez pas oh. Versez vos billes dans les commentaires.

Tchakounté Kemayou

The following two tabs change content below.
Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

Une réflexion au sujet de « 14 février : mon coup de gueule de la Saint-Valentin »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *