Yves Tchakounte

Douala sous les eaux : un éternel recommencement

Dans la nuit du 22 au 23 juin 2016, toute la capitale économique a connu une forte pluie d’une ampleur particulièrement ravageuse. Une pluie qui a contraint quelques citadins à passer une nuit blanche à observer, médusés, époustouflés, les eaux qui ont subitement décidé de quitter leur lit de drainage. Des maisons, des véhicules, des animaux, des ustensiles, des mobiliers, et sans oublier des enfants et des personnes âgées ont connu un sort pathétique qui donnait l’image d’une zone en perdition. Aucun quartier ou presque n’a été épargné. Ce sinistre spectacle fait revenir en mémoire la dure épreuve d’inondation qu’a connue la capitale économique l’année dernière dans la nuit du 19 au 20 juin. Nous sommes-là, à quelques jours près, à un an exactement que dame pluie avait donné l’alerte. Curieusement, nous en sommes encore là, à tourner en rond, pensant que Dieu viendra faire le miracle.

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Pourquoi personne, ni les autorités, ni les populations, encore moins la société civile n’ont-elles pas tirées des leçons de cette catastrophe naturelles depuis le 20 juin 2015 ? Pourquoi les autorités officielles restent-elles toujours dans le mutisme et l’indifférence face aux cris d’alarme des personnes avisées ? Malgré la deuxième alerte, la ville de Douala est-elle toujours prête à affronter les prochains débordements des drains qui n’arrivent plus à supporter la quantité d’eau de pluie qui tombe sur la ville ? Pour répondre à ces questions lancinantes, je vous propose ici une analyse du sociologue camerounais Serge Aimé Bikoi qui avait justement démontré que les autorités urbaines, en plus de leur incompétence, manquaient d’humilité dans la sollicitation de l’expertise disponible et disposée pour sortir Douala, la belle, de l’eau.

La problématique de l’urbanisation au Cameroun: entre construction, dé-construction et re-construction

Les inondations survenues à Douala dans la nuit du 19 au 20 juin 2015, lesquelles ont causé trois morts et 1500 familles sinistrées, posent le problème crucial de la crise des grandes métropoles. Aujourd’hui, c’est la capitale économique, dont les populations locales sont meurtries à cause des dégâts humain, financier et matériel suite à cette fièvre des inondations née de la forte pluviométrie. Demain, Yaoundé, capitale politique et siège des institutions, pourrait être victime de ces déconvenues saisonnières si tant est que chaque fois qu’il y a une pluie torrentielle, la poste centrale, l’Avenue Kennedy, le supermarché Casino sont, entre autres, des sites inondés. Indéniablement, le jour où le niveau d’eau inhabituel affectera aussi le centre ville et les zones marécageuses des quartiers populaires, les inondations entraîneront, ce n’est guère un souhait, le même drame que celui ayant sévi, ces derniers jours, à Douala. Aujourd’hui, les populations des quartiers Ngangue, Bonapriso, Makepe Missokè, Bonamoussadi, Newtown aéroport, Mbanya sable Akwa Nord, Mboppi, New bell, etc ont gravé, dans leur esprit, l’austère histoire de la survenue des inondations. Demain, si l’on n’y prend garde, les catégories sociales vulnérables des quartiers Mvog Ada, Melen, Tsinga Elobi, Mokolo Elobi, Mfoundi, Madagascar, Etoug Ebe, Ekounou, Mvog Atangana Mballa, etc pourraient, à court, à moyen et à long terme, vivre le martyr de la production des intempéries urbaines. Généralement, les cibles de ces contingences pluviales sont les quartiers populaires, voire populeux, où il règne des zones marécageuses, des constructions anarchiques et des habitats spontanés, dont la singularité est marquée par la contiguïté et la promiscuité des toilettes, des bâtiments, des chambres, des puits et d’autres constructions précaires diverses.

Approche causale du phénomène des inondations dans les grandes villes camerounaises

13528798_1057255730976573_2883567817122803849_nSans fioriture, l’agent causal majeur de la survenue des inondations dans les grandes métropoles est l’absence d’un plan d’urbanisation permettant de stratifier différents investissements dans l’espace urbain. Un plan d’urbanisation souscrit, en effet, à une logique formelle de construction des grandes villes et des villes secondaires ou périphériques. A la base, Yaoundé, Douala, etc sont des créations coloniales. C’est pourquoi certains bâtiments administratifs présentent une façade et une architecture typiquement coloniales à travers les formes anciennes de construction, lesquelles remontent à plusieurs décennies. Mais au fur et à mesure que les années se sont écoulées, l’État n’a pas planifié, organisé, structuré, hiérarchisé et construit les villes suivant un modèle urbain fiable, viable et durable. A preuve, un regard holistique sur les grandes villes incline à repérer une jonction, dans le même espace, des écoles, des industries, des entreprises, des hôpitaux, centres de santé, des églises, des administrations, des logements, des activités informelles, des terrains de jeux, des bars, des bars-dancings, des marchés, des garages, etc. Rien n’est structuré formellement de manière à opérer un distinguo, mieux une dissociation distincte entre ces différents investissements dans les espaces urbains. En réalité, les grandes villes sont devenues, depuis le début des années 90, des grands marchés où se côtoient les activités de l’économie populaire urbaine, les constructions anarchiques, les structures informelles et une dynamique circulatoire d’une démographie galopante, dont la population est, foncièrement, cosmopolite.

A cette cause efficiente des inondations, laquelle est imputable à l’État régulateur, dont la forfaiture est constatée en amont, se juxtapose une litanie de déterminants non-négligeables, dont les populations locales sont, dans la même veine, responsables en aval. Ces invariants se déclinent en une nomenclature de points suivants: l’incivisme des populations, dont l’habitude routinière est de jeter les ordures dans les caniveaux; l’absence de curage des drains emplis de détritus et de déchets divers; les constructions anarchiques; l’érection des logements précaires dans les zones marécageuses; l’absence de canalisation des eaux du Mfoundi toute chose permettant le ruissellement des matières hétérogènes, à l’instar des bouteilles au centre ville; etc.

Relativement à l’absence de curage des drains, il apparaît que la ville de Douala présente les drains qui ne sont plus entretenus depuis des années. A l’époque antérieure, il y avait un tracé de la ville de la capitale économique. Auparavant, le quartier Ngangue s’appelait Buéa. Avant la création des mairies et de la communauté urbaine de Douala, la ville frondeuse ne fut pas autant peuplée qu’aujourd’hui. Si antérieurement, il y avait un suivi des travaux d’urbanisation à Douala, aujourd’hui, un plan d’urbanisation est inexistant. D’où le boom des constructions anarchiques et périlleuses, dont les répercussions sont incommensurables ces derniers jours. Visiblement, au regard de la gravité de la crise urbaine à Douala, le premier magistrat de Douala est excédé par les événements.

13528923_1057257057643107_887244941885322308_nL’incivisme des populations est né des dynamiques d’insertion des populations rurales dans les grandes villes. En effet, la crise économique, née en 1985, et dont les facteurs structurel et conjoncturel sont la détérioration des termes de l’échange, l’augmentation de la dette extérieure et la baisse du Produit intérieur brut (Pib), a occasionné l’exode massif des populations rurales en ville. C’est dans cette mouvance que des vagues de migrants ont ciblé Douala et Yaoundé comme aires d’implantation, où les catégories sociales sont en quête d’un meilleur avenir et d’un mieux-être. Massés dans ces deux grandes métropoles, d’aucuns ont opté pour les stratégies génératrices de revenus alors que d’autres ont pu, contre vents et marées, intégré différents secteurs d’activités donnés. Ayant émigré en ville, certains individus ont transplanté, dans les espaces urbains, ce que Jean-Marc Ela appelle « l’âme indigène », dont le référentiel emblématique est le jet d’ordures à tous les endroits possibles. Ce qui y crée la pollution environnementale.Pourtant, la ville est, à l’opposé du village, d’où la plupart provient, régi par un code juridique de l’occupation de l’espace. S’il est tolérable de disséminer les déchets dans les aires rurales, phénomène consécutif à l’étroitesse de l’espace similaire aux champs virtuels et réels, en ville, le caractère vaste de l’agglomération contraint quiconque au respect scrupuleux des usages et des normes établis.

Parvenues donc en ville, les populations inadaptées aux nouvelles « manières d’agir, de penser, de sentir et de faire » sont confrontées, toutes ou presque, à une dé-socialisation urbaine ou, du moins, à un phénomène d’acculturation urbaine. Le non-respect des « ways of life » en ville impose, impérativement, une re-socialisation des « citadins-ruraux » à l’apprentissage, à l’acquisition et à l’intégration des principes de fonctionnement de la ville. Histoire de se conformer aux nouveaux modèles de pensée urbains et à l’éducation à l’environnement. Toute chose qui pourrait éviter le phénomène de la « villagisation des villes », c’est-à-dire la mutation systématique des villes en villages. Théorie conceptualisée par Jean-Marc Ela autant dans « l’Afrique des villages » que dans « La ville en Afrique noire ».

Serge Aimé Bikoi, Sociologue


Voici pourquoi les Camerounais ont déserté les salles de cinéma (1/2)

Dans la matinée du mardi 14 juin 2016, tranquillement assis sous ma véranda pour un petit déjeuner composé de beignets-bouillie-haricots, ma voisine de quartier, Russine, jeune étudiante à l’Institut des Beaux-arts (IBA) de Nkongsamba m’interrompe et lance subitement un cri strident semblable au son suraigu propre aux femmes au risque de me faire avaler de travers : « Bolloré est au Cameroun Wéééééé !!! ». J’ai d’abord cru à un recrutement qu’elle a réussi à décrocher dans l’un des studios de la multinationale Vivendi. Que Nenni. La pauvre était juste excitée de voir enfin une salle de cinéma digne de ce nom au Cameroun à l’initiative de l’homme d’affaires français le plus puissant au Cameroun et en Afrique : Vincent Bolloré. Il fallait être là pour voir comment la joie envahissait cette jeune demoiselle dont le cinéma est devenu une passion. À la question de savoir si Vincent Bolloré est son nouveau prince charmant, j’ai juste eu le temps de constater, en me retournant pour bien écouter sa réponse, qu’elle me toisait.

Cérémonie d'inauguration le mardi 14 juin 2016/Image : CanalOlympia
Cérémonie d’inauguration le mardi 14 juin 2016/Image : CanalOlympia

Comme si elle n’avait pas fini de me de me gâcher la journée, Russine revient une fois de plus à la charge, pendant que j’étais en train de siroter mon feuillons télévisé « La Reine Blanche » diffusé tous les mardis sur la chaîne privée Canal 2 Internationale,  troubler ma tranquillité et me tourmenter encore avec cette histoire de Bolloré : « Waouh ! Une salle de cinéma 3D ! Merci Bolloré. Merci papa. Honte au gouvernement camerounais qui ne veut rien faire pour nous ». Moi qui croyais avoir imagé ce pour quoi elle jubilait, je retins mon souffle. Elle était loin d’imaginer cette réaction de ma part. Russie, surprise que je sois si indifférent à cette « merveilleuse nouvelle », a vite compris qu’elle avait raté un épisode et qu’elle a manqué là, une occasion de se taire. En tant que nouvelle étudiante, Russie se méfie trop de quelques petits détails qui viendraient à échapper à sa petite cervelle. Elle a tout de suite compris que son enthousiasme n’était juste qu’éphémère. Intelligente qu’elle est, elle commença à déchanter et l’heure était arrivée, pour moi, de lui donner quelques leçons magistrales sur la situation cinéma camerounais depuis l’indépendance en 1960.

Comme un cours magistral ne ressemble à rien sans un support, je me limiterais ici aux résultats d’un mémoire de recherche publié en 2006 intitulé « Les écrans noirs du cinéma africain. Enjeux de la coopération culturelle ». C’est un mémoire qui, après qu’on l’ai lu minutieusement, donne, sans prétention aucune, la réelle situation de l’industrie cinématographique, si elle existe, au Cameroun. Évidemment, je ne pouvais être que perplexe devant l’extase de Russine, devant cette ignorance qui ne m’a pas surpris, mais, qui me donne l’occasion, à travers cette série de deux articles, de dire que CanalOlympia, nouvelle et seule salle de cinéma construit par le Groupe Bolloré, ne comblera malheureusement pas des attentes. J’ai donc profité de cette actualité pour vous présenter l’économie de ce mémoire qui n’est pas disponible sur internet, mais qu’on peut avoir quelques grandes lignes à travers l’article de Florent Coulon intitulé « Une histoire du cinéma camerounais. Cheminement vers l’indépendance de la production ». Mais, avant d’y arriver, quelques souvenirs de cinéphile que je garde toujours dans ma mémoire me viennent.

Salle de cinéma : un souvenir d’enfance

En matière de salle de cinéma, le pays est pratiquement à construire. Pour l’histoire, le Cameroun disposait déjà de 32, je dis bien 32 salles de cinéma au cours des années 1970-1980. Pendant ma jeunesse, j’ai connu des salles mythiques de Douala comme Le Wouri, Le Grand Canyon, Cinéma ABC, Cinéma Omnisport, Le Concorde, Le Paradis, Le Berlyse, etc., dont la capacité moyenne, était de 1000 places, pour ne citer que les salles les plus populaires de la capitale économique. Nul doute que ces salles ont marqué un pan important dans l’histoire du Cameroun. Elles ont aussi et surtout été des lieux de prédilection où beaucoup de citadins ont passé des moments forts inoubliables d’émotions. L’un des premiers films que j’ai vus à l’âge de 10 ans est : « Haut-Commissariat de la République française au Cameroun » diffusé par ce qu’on appelait « Le Centre Culturel Français » (CCF) de Douala. C’est plus tard que j’ai appris qu’il est le premier film à être tourné sur le sol camerounais. C’était en 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le cinéma et les salles de ciné du Cameroun font partie de mon histoire.

Entre le 12 et le 19 janvier 2009, les dernières salles qui résistaient encore à la dégringolade finissent par céder à la mort définitive. La dernière salle de ciné à avoir fermé définitivement ses portes à Douala fut la célèbre Le Wouri, du nom du fleuve qui traverse la ville. La dégringolade, ce virus malveillant, a aussi attaqué les redoutables Abbia et L’Empire à Yaoundé et à Bafoussam respectivement. Depuis cette année-là, on ne parle plus de cinéma au Cameroun. Et j’avais vécu cet épisode comme un arrêt cardiaque de la culture cinématographique.

Le mauvais alibi : l’apparition de la télévision

Un tour dans les rues de Douala à travers un vox pop, c’est la même ritournelle : la télé est venue gâter le business des hommes d’affaires qui avaient lourdement investi dans la construction des salles de cinéma. En effet, oui, pourrait-on conclure avec plus d’emphase comme pour se convaincre après avoir trouvé un alibi. Vraisemblablement, l’avènement de la télé camerounaise qui a fait son apparition en 1985 est venu troubler les habitudes des fans de cinéma. Cet alibi de l’apparition de la télévision nationale a pour précepte de donner comme argument que les salles se désemplissaient parce que les Camerounais avaient trouvé une belle occasion de regarder les films (feuilleton, téléfilm, etc.) à la maison ou chez le voisin qui avait la chance de posséder un petit écran. Cet argument est risible pour deux raisons au moins :

— il n’y a qu’à observer comment les salles de spectacles, faisant office de salles de cinéma, remplissent lorsque les réalisateurs camerounais projettent leur avant-première sur vidéoprojecteurs ;

— les jeunes de Douala manquent de plus en plus de loisirs pour se détendre lorsqu’ils font des sorties galantes en amoureux, par exemple. Car, il faut aussi le préciser, les salles de ciné étaient l’un des lieux de prédilection pour la détente.

Le premier feuilleton camerounais qui a connu beaucoup de succès, L’Orphelin, sans oublier les feuilletons brésiliens, se voit porter la responsabilité de la mort des salles de cinéma. C’est vrai que les salles ne faisaient plus leur plein d’œuf d’antan, mais le problème est ailleurs. Avant d’y arriver, faisons un tour dans le fonctionnement de la production, qui permettra à beaucoup d’entre vous comme à Russine, de mieux établir les responsabilités. Ce développement fera l’objet de mon prochain cours magistral.

Tchakounté Kémayou


Brenda, ma chère compatriote

Les frasques de Brenda Biya ne finissent pas d’émousser certains Camerounais qui reçoivent, malgré eux, des nouvelles, et de bien mauvaises, d’ailleurs, qui mettent la fille du président de mauvaises postures. Beaucoup de langues se délient en qualifiant d’hérésie ou de folie les comportements de l’adolescence qui ne cesse de prendre au dépourvu l’opinion avide de sensationnel. Je vous livre ici une lettre d’un chroniqueur camerounais qui essaie, depuis sa première lettre, de mettre un peu de bémol aux invectives adressée à la « princesse » appelée vulgairement, « première fille du Cameroun », un peu semblable à « première dame du Cameroun ». Lisez plutôt.brenda-biya-instagram-jewanda

Brenda ma chère compatriote,

Tu es la première fille du Cameroun. Tu ne perdras cette place qu’au jour où tu te marieras, car alors devenue dame, tu seras classée deuxième après ta génitrice. Tu te souviens certainement de la lettre de soutien sincère que je t’ai écrite le 8 février 2016 lorsque tu avais contre toute attente, décidé de prendre publiquement la parole, pour dénoncer le racisme dont tu avais affreusement fait l’objet là-bas au loin, aux Etats Unis où ton papa notre Président depuis plus de trente ans, t’a expatrié pour tes études. Je dois d’entame au moment où je décide de t’apporter à nouveau mon soutien qui, tu peux me croire demeurera indéfectible, je dois disais-je te réitérer tout de même que ton quotidien et celui de tes frères, demeure encore le cadet des soucis des camerounais qui ont mieux à faire, en attendant l’achèvement des grandes réalisations de ton papa et probablement les grandes finitions du prochain mandat. Il se trouve néanmoins que quelques compatriotes pour tuer l’ennui s’épanchent régulièrement sur ton sort dans les réseaux sociaux, laissant au passage l’horripilante impression de se délecter de tes mésaventures. Les facétieux !

Justement s’agissant de ces mésaventures, tout porte à croire que 2016 ne t’a pas porté que du bonheur. Mais je crains que tu y sois aussi pour beaucoup. Après tout, pour être aussi sage que papa, il faut du temps et peut-être même du temps au pouvoir… Tu croyais naïvement bien faire en sortant de ton lointain anonymat en révélant au monde en début d’année ton histoire de racisme à laquelle tu as greffé inopportunément des informations indélicates du genre, tu résidais à une centaine de kilomètres de ton université et que ton taxi te coûtait 200 000 FCFA par jour. Voilà que maintenant on voit circuler sur internet des photos qui sont prétendument celle de ton domicile princier. Je doute moi, que ton papa dont on dit qu’il a toujours été sobre, rigoureux et épris d’éthique, lui présenté comme celui qui, détestant au plus haut point la beuverie et l’extravagance s’acharne sur ses ministres prédateurs en les jetant en prison, je doute je te le dis sincèrement, que cet homme là puisse donner une telle éducation à son unique fille. Mon Paul BIYA que je connais ne peut avoir d’enfants gâtés. Non !

Rassures-toi, si au début j’acceptais mal que lui, Président depuis à peu près ma naissance, fasse scolariser ses enfants à lui dans des systèmes éducatifs étrangers, j’ai fini par comprendre que c’était encore par sagesse. Il a voulu t’éloigner de ce pays gangrené par ses collaborateurs inertes, immoraux, égoïstes, incapables de tenir des feuilles de route. Il a bien fait. Il fallait bien qu’il y ait au moins un enfant du renouveau encore normal, au matin de la fin de l’histoire.

Mais soeurette comment lui reviendras-tu ? Je n’en sais plus rien. Car de méchants internautes disent de toi des choses qui me désespèrent. Heureusement que l’histoire de drogue a été démentie par d’autres que toi. Dieu merci. Je n’ose même pas donner du crédit aux balivernes te faisant passer pour une farouche maniaque du couteau. Tu vois, de mauvaises langues disent même que c’est la malédiction de la souffrance des camerounais qui s’abat sur toi. Pauvre de toi ma sœurette. Heureusement maman est très croyante, un tonton à la présidence a même ouvert à Yaoundé la chapelle pentecôtiste de la gloire de Christ. Suis seulement leurs traces. Et tu verras la Gloire de Dieu.

Saches que tu n’as rien fait de mal au Cameroun. Et l’avenir t’y réserve ta place aussi. Mais dans l’hypothèse où papa n’est pas Président jusqu’à la fin du monde, tu devras mériter cette place. Alors profite sagement et intelligemment de ta situation sociale. Fais mentir ceux qui t’accablent de sornettes. Et n’oublies pas à l’âge de papa des comportements indignes d’une enfant peuvent entrainer le pire sur sa santé. Alors, sois sage comme papa et tu vivras longtemps comme lui. Avec un peu chance même tu finiras Présidente de quelque chose.

Courage à toi.

Par Cabral Libii


Le bac et les jeunes : « Si tu passes ton Bac, tu iras à mbeng »

Nous sommes mardi 31 mai à 6 heures précises, c’est le jour du bac au Cameroun. Comme tous les jeunes de son âge, Passy 16 ans, était au lycée d’Akwa-Nord à Bonamoussadi pour passer les épreuves écrites du baccalauréat de l’enseignement général. Ils étaient 287 295 candidats pour l’enseignement général et 73 387 pour l’enseignement technique que l’Office du Baccalauréat qui organise les examens officiels du secondaire du sous-système francophone au Cameroun a enregistré pour cette année.

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Office du Bac au Cameroun

De manière générale, le baccalauréat dans le système éducatif au Cameroun, et même dans la plupart des pays africains (contrairement à ce qui est admis) ne joue pas seulement le rôle d’un simple diplôme ou parchemin. Plus encore, il n’est pas seulement un sésame qui ouvrirait des portes vers une carrière académique ou professionnel. Il représente véritablement une porte d’accès pour l’accomplissement d’un rêve, d’une ambition démesurée qui va au-delà de la dimension institutionnelle qu’on lui confère. En plus d’être un moyen pour atteindre une fin, il est devenu, psychologiquement, une obsession pour finalement être une fin en soi.

A la fin des épreuves, Passy est presque comblée comme une ado qui venait d’avoir le plus beau cadeau de sa vie : « Tonton, je vais décrocher l’affaire là ! », scande-t-elle laconiquement par un cri de victoire envers son oncle qui n’est vraisemblablement pas surpris, lui aussi, de cet enthousiasme débordant. Le bac est-il devenu si important au point d’en faire une nécessité ? L’analyse de l’environnement socio-économique de la jeune Passy permettra de comprendre comment et pourquoi les jeunes camerounais sont enracinés dans un système qui veut faire d’eux des esclaves du bac.

L’infiltration dans le jeu du pouvoir politique

Comment ce fameux diplôme a transformé l’imaginaire d’une jeunesse qui se cherche ? Et qui continue de transformer une jeunesse qui se bat pour trouver sa propre voie à défaut d’avoir un modèle ? Cet imaginaire fait partie d’un environnement. Et par conséquent, fait du bac un élément très important dans l’intégration et l’ascension sociale. Il est l’élément qui donne accès à un statut social plus ou moins respectable pour ne pas dire honorable. Cela représente un outil pour entrer dans le jeu d’accès à une classe d’élite politico-administrative. Une classe très importante dans le système du pouvoir politique du pays.

Nous n’avons qu’à voir comment les jeunes affluent vers les concours donnant accès à la fonction publique : corps diplomatique, enseignement secondaire, magistrature, douane, administration civile, inspection d’impôt, etc. La fonction publique étant une garantie d’une sécurité de l’emploi, elle devient la cible. Les jeunes évoluent donc dans un environnement conçu avec cette logique de fonctionnariat. Après l’accès, le succès n’est pas possible sans bac. Mais, le phénomène qui nous intéresse ici est moins l’accès à la fonction publique que celui du pouvoir socio-économique.

Suivre les pas de ses aînés avec son bac

Passy est la benjamine d’une fratrie de 5 enfants. Ses aînés ont connu cet enfer du baccalauréat. Ils ont déjà eu le bonheur de s’inscrire dans des universités occidentales en France, en Allemagne et en Angleterre. Du coup, Passy rêvent de connaitre ce bonheur d’être inscrite dans l’une de ces grandes universités. Elle en rêve à tel point que c’est devenu une obsession.

Elle ne comprendra jamais pourquoi tous ses frères et sœurs y sont allés et pas elle. Cette logique lui semble tellement évidente qu’il lui arrive parfois de se croire déjà en Europe sur la terre ferme. Passy s’est même prise à rêver. Elle rêve parfois que sa sœur aînée, Sadio,lui tendait la main de l’autre côté de la Méditerranée. Les échos de Sadio retentissent dans ses oreilles : « passe vite ton bac-là dit donc. Tu fais même encore quoi dans ce pays de merdes ? ». Mais, ce qui séduit le plus la jeune ado, c’est la posture ostentatoire de ses aînés qui mènent parfois une vie de prince lorsqu’ils sont en vacances au pays.

La frime aussi fait pâlir d’envie la jeune ado

Vouloir s’identifier aux autres, être aussi comme eux pour montrer à leurs yeux qu’on peut aussi devenir comme eux. Psychologiquement, Passy ne supporte pas d’être en marge de son temps. Un probable échec au bac ressemblerait, suppose-t-elle, à quelqu’un qui est au creux de la vague. Un échec serait synonyme de refus de vivre sa jeunesse. Elle se dit qu’il lui est nécessaire d’avoir accès à ce statut d’étudiant. Statut qui donne droit à certains avantages matériels qu’un étudiant en doctorat au Cameroun n’a même pas.

Elle est obnubilée par le train de vie de ses compatriotes qui viennent au Cameroun. beaucoup viennent donc passer les vacances en familles alors qu’ils ne sont que de « simples étudiants » dit-elle. Ils ont des téléphones androïdes, des tablettes et de lap top de dernière génération, des vêtements stylés et à la mode, des produits de toilettes, des parfums et des crèmes de beauté qui font pâlir d’envie toute jeune fille ambitieuse. Lorsque Passy écoute les autres lui raconter comment ils ont accès aux bibliothèques, à internet haut débit, aux petits jobs pour combler des fins de mois, aux matériels didactiques, elle est convaincue que le Cameroun n’est pas fait pour elle.

Le snobisme après le bac : « Je suis diplômée de la Sorbonne »

Ce discours a la réputation de donner des palpitations aux néophytes. Beaucoup, comme moi, qui n’ont jamais connu les amphithéâtres des universités occidentales, en rêve. Non pas parce que j’ai une envie folle d’y être, mais juste par le fait que les recruteurs en ont fait un élément de valorisation et de compétence. Avoir un CV où une université occidentale y est mentionnée est un point, petit soit-il, que les candidats à un recrutement peuvent engranger concurremment aux autres.

C’est une évidence qui ne fait l’ombre d’aucun doute. Les multinationales installées au Cameroun donnent accès à un statut social très valorisant et enviable à ses employés. Elles considèrent, elles-mêmes, que les universités locales ne sont pas mondialement compétitives. La jeune Passy est loin de l’ignorer puisque ses parents, diplômés des universités américaines, sont eux-mêmes cadres dans deux multinationales. La décision des parents d’envoyer la progéniture en Europe n’est donc pas le fait du hasard. Pour donner aux enfants les mêmes chances de réussite, seuls les CV du genre « Diplômé de l’Université de Lille II » ont du vent en poupe. Ces titres sont plus valorisants que ceux du genre « Diplômé de l’Université de Douala ».

Quelques rares cas font exception. Mais, à compétences égales, les diplômés des universités européennes et américaines sont les plus privilégiés. D’ailleurs, ces recruteurs des multinationales, d’origines américaines ou européennes, pensent, à raison, que les difficiles conditions de travail des étudiants des universités locales ne rendent pas les étudiants camerounais compétitifs sur le marché du travail. Ceux qui parviennent à émerger doivent se surpasser. Ils doivent développer des stratégies de survie en domptant toutes les barrières administratives et financières. Ce sont des obstacles qu’on dresse parfois volontairement contre lui.

Passer le bac et être baptisée par l’air

Ulrich Tadajeu, dans un billet, avoue avoir été « baptisé par l’air » lors de son voyage pour la formation mondoblog à Abidjan en mai 2014. En fait, pour avoir pris l’avion pour la première fois de sa vie, mon compatriote s’est cru aux anges. Tout comme Ulrich, tous les jeunes rêvent d’entrer dans le ventre du gros oiseau volant. Avoir donc le bac, c’est aussi avoir la possibilité de demander le visa étudiant pour un pays européen ou américain.  Voyager en avion est presque devenu un mode de changement de statut. C’est devenu un honneur et un privilège pour celui que l’on appelle ici « le voyageur ». Ne voyage pas en avion qui veut, mais qui peut.

Il est donc courant de constater que ceux qui ont cette habitude du voyage développent une certaine condescendance vis-à-vis de ceux qui n’ont jamais emprunté la route qui mène à l’aéroport.  A la limite, les non voyageurs sont considérés comme des non civilisés pour n’avoir pas encore reçu leur baptême. L’avion, l’une des technologies les plus pointues et sophistiquées, l’une des inventions les plus merveilleuses du monde moderne, donne accès à un statut de « voyageur » ou de « mbenguiste ». Ce sont des termes du langage populaire. Lorsqu’ils sont attribués à quelqu’un, cela lui confère un statut social d’homme privilégié.

Quel adolescent ambitieux, plein de force et pétillant de forme ne rêverait pas aussi « goûter » cette merveille ? C’est cela, l’un des plus bel avantage que pourrait procurer le bac. Comme Ulrich, avant de faire le concours mondoblog, les uns et les autres ont été fascinés par le voyage. Voyage qu’ils effectueront pour leur formation dans un pays différent à la rencontre des collègues aussi atypiques qu’eux-mêmes.

Un prétendant mbenguiste ? Génial !

Avec le bac, les portes de mbeng s’ouvrent et le statut change. On devient d’abord étudiants avec tous les avantages que cela peut conférer. Qu’on soit boursier ou pas. On décroche ensuite un master, pour ceux qui peuvent aller jusqu’à ce niveau. Sinon un doctorat, pourquoi pas, pour les plus courageux. On décroche enfin un emploi qui donne aussi accès à un changement de statut : cadre ou cadre supérieur. L’autre statut qui commence à faire trop de bruit, mais qu’on ne fait pas beaucoup attention, c’est celui de marié.

C’est surtout chez les femmes que cette observation est plus risible. Elles sont prêtes à accepter un prétendant mbenguiste plutôt qu’un gars qui roule sa bosse au marché central sous le soleil accablant et violent de Douala. Etre courtisées par un mbenguiste est l’un des rêves de ces jeunes filles donc l’une des ambitions est de fonder une famille. L’un des secrets pour avoir le cœur d’une dulcinée au Cameroun, c’est donc simple : prendre l’avion pour mbeng. Une fille camerounaise, malgré l’insistance du débrouillard du marché central, préfère attendre son mbenguiste, même jusqu’à la ménopause. Prendre l’avion suffit pour devenir le prince charmant de tout un village, même si vous êtes le plus parvenu du monde.

Obtenir la double nationalité ou le « kaolo »

Pourquoi la majorité de jeunes qui finissent pourtant leurs études ne veulent-ils pas rentrer au bercail ? Les raisons qu’ils avancent sont essentiellement politiques. Exactement pour les mêmes raisons que les immigrés qui meurent naufragés en Méditerranée. Ils accusent le système politique et économique de mauvaise gouvernance. Avec comme conséquence le chômage et le sous-emploi qui sont beaucoup plus criards en Afrique. Malgré la crise de l’emploi qui sévit en ce moment en Occident, il faut immigrer. Ils trouvent normal d’offrir leur force de travail aux entreprises du pays hôte. Il faut surtout faire tout pour bénéficier des avantages sociaux. C’est l’occasion de jouir du luxe que le Cameroun n’offre pas.

A défaut d’attendre le moment propice pour remplir les conditions qui confère l’obtention d’une deuxième nationalité, il faut se marier avec celle ou celui qui est déjà nationalisé. Par cette preuve d’intégration, il est donc possible d’obtenir les « papiers » populairement appelé « kaolo ». Cela permet de vivre légalement en attendant d’obtenir aussi la nationalité. Ainsi, en devenant citoyen à part entière du pays d’adoption, on jouit de tous les droits y afférent. C’est aussi ça, avoir la chance de changer de statut grâce au bac. Ainsi, être citoyen français est plus valorisant en termes de droits sociaux qu’être citoyen camerounais, d’une tyrannie. Ça va de soi.

Faire beaucoup d’économie et aller investir au pays d’origine

Devenir mbenguiste donne-t-il accès au monde du travail ? Oui, du moins, c’est ce que l’opinion camerounaise pense de ceux qui ont pris l’avion. Contrairement à ceux qui veulent y rester à long terme, il y en a qui font un séjour à long ou moyen terme avec la ferme volonté de retourner au bercail. Le changement de statut que confère l’obtention du bac et par ricochet l’obtention d’un visa pour un pays européen ou américain est un signe d’accès au pouvoir, notamment le pouvoir financier. Celui qui est capable de financer un voyage par avion en venant au pays natal de temps en temps a au moins l’avantage de jouir d’une indépendance financière et de vivre au-dessus de la moyenne.

Ce qui n’est pas évident pour la majorité des jeunes résidents au pays. Les jeunes mbenguistes n’ont qu’un seul objectif : économiser plus pour investir au pays où ils finiront leurs jours en retraite. D’où l’expression « Aller au front à mbeng » du langage populaire. C’est une image pour désigner les soldats qui sont au front avec les armes en mains. Aller faire beaucoup d’économie aux prix des sacrifices énormes, dans l’objectif de s’occuper de la famille devenue trop exigeante. Mais aussi aller investir au pays afin de créer une activité économique. Egalement aussi, pour jouir, plus tard, d’une retraite douillet.

Mais, depuis fort longtemps, il devient de plus en plus difficile aux mbenguistes, malgré la force et la puissance de leur épargne, d’investir au Cameroun pour des raisons de mal-gouvernance. Ils préfèrent donc prolonger leur séjour en attendant que cette situation politique s’améliore.

L’exemple vient d’en haut

Cette hantise d’aller à mbeng n’est pas un fait de hasard. Elle est le produit d’un environnement pollué par cette envie de réussir ailleurs que chez soi. Comme l’exemple vient toujours d’en haut, les autorités camerounaises sont des champions mbenguistes. Pour faire leurs courses et pour se soigner, elles choisissent d’aller à mbeng. Ils n’ont pas intérêt, comme dans toute tyrannie, de permettre l’éclosion de la jeunesse. Celle-ci ne crachera donc pas sur la première occasion de prendre un vol pour profiter de meilleures conditions d’épanouissement qu’offrent les pays développés.

Je sais que beaucoup d’entre vous, en lisant ce billet, concluront subitement qu’il n’y a pas que le bac qui donne accès au visa pour mbeng. Soit. Beaucoup ont cependant compris que le bac est et reste, jusqu’à preuve de contraire, la meilleure voie pour entrer légalement dans les grands pays en Europe et en Amérique. D’ailleurs, l’actualité de ces derniers temps avec des naufrages qualifiés comme l’une des plus grandes crises mondiale de notre ère, me conforte dans cette assertion. Cela pousse les jeunes à se mettre au travail afin d’obtenir leur bac qui est un atout pour facilement avoir un visa étudiant.

Le statut d’étudiant donne accès à un séjour à moyen ou à long terme. In fine, ce statut donnera le droit d’accéder à un emploi stable. Celui-ci donne encore droit au statut de résident. C’est plus facile de demander un visa étudiant pour la France à l’âge de 16 ans comme Passy. Les grandes puissances adorent sauter sur de belles occasions comme celle de Passy. L’ambassade française au Cameroun, pour des visas étudiants, privilégie les bacheliers âgés de moins de 18 ans !

Les titulaires du bac font le bonheur des grandes puissances

En fait, un pays comme la France, par exemple, en acceptant Passy, jeune bachelière de 16 ans, formera l’adolescente aux frais des parents Camerounais. C’est donc l’argent qui provient de la production économique camerounaise. Au bout de quelques années de formation, les entreprises françaises convoiteront la jeune fille pour un emploi. C’est la France qui profitera, pour son économie, de la matière grise dont elle n’a nullement contribué pour son éducation et sa formation à la base.

Les études économiques ont montré comment le Cameroun et les pays africains perdent en termes de ressources humaines et financières. C’est une catastrophe économique dont les gouvernements de dictature feignent de mesurer l’ampleur. Ils sont d’ailleurs conscients de cette catastrophe puisque leur jouissance est beaucoup plus importante que l’épanouissement de la jeunesse. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le discours du président Béninois Talon en France.

Nouvelle forme de rébellion : quitter le pays et offrir ses compétences ailleurs

Des mécanismes d’identification et de stigmatisation veulent que tout ce qui est d’origine d’Europe ou d’Amérique soit plus valorisant que ce qui vient du terroir. Cette stigmatisation est frustrante et voyager, aller offrir ses compétences ailleurs que chez soi est une autre façon de se rebeller. On peut ici trouver la réponse à la question : pourquoi cette apathie du peuple camerounais ? On a l’impression que la jeunesse ne fait rien et ne dit rien malgré sa souffrance. La raison c’est qu’elle a enfin trouvé une solution : immigrer et vendre leurs compétences aux juste prix. Mais, est-ce la solution ?

Cette diaspora, de par sa force financière très redoutable, que les autorités camerounaises considèrent comme une bande de frustrés, fait craindre le régime de Yaoundé depuis 1968. C’est l’année où le feu président Ahidjo signait une loi, encore en vigueur, qui ne reconnait pas la double nationalité. Autrement dit, ceux qui détiennent une deuxième nationalité ne sont plus, d’office, considérés comme des citoyens camerounais. Ce qui, pour beaucoup, est une grosse escroquerie d’Etat.

Les parents qui n’ont pour seul souci de permettre aux enfants d’échapper à la misère, n’ont alors qu’une seule promesse qu’ils leur donnent : « Si tu passe le bac, tu iras à mbeng ».

Tchakounte Kemayou


Difficile marche vers l’alternance politique : l’âge finira-t-il par dicter sa loi à Biya (2)

Depuis  que le multipartisme est de retour au Cameroun, c’est-à-dire depuis 1990, les débats politiques sur la consolidation de la liberté et la démocratie font l’objet des jougs interminables. Les périodes électorales sont alors des occasions idoines de mettre sur la place publique des griefs portés contre les institutions qui foulent aux pieds l’assainissement du processus électoral. Ainsi, l’élection pour la désignation d’un président de la République issu du consensus collectif a toujours été décriée à cause des irrégularités permanentes. Du coup, après 25 ans de luttes acharnées, l’opposition en est encore à dénicher l’oiseau rare capable de mobiliser la masse critique de l’électorat susceptible de renverser la tendance. Nous poursuivons ici notre interrogation entamée deux semaines avant sur les raisons de cette démission de l’engagement politique du peuple camerounais.

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Les mois de mars, d’avril et de mai représentent, pour la plupart des partis politiques, une période commémorative d’anniversaire de leur création. Ces périodes rappellent, à la mémoire collective, des souvenirs plus ou moins violents symbolisés par des acquis de luttes pour l’avènement d’une démocratie. Il s’agit notamment des partis les plus populaires, ou du moins, de ceux qui ont eu pignon sur rue dès l’ouverture ou la réouverture démocratique des années 1990. Cette période représente l’époque charnière de lutte pour le retour du multipartisme sur fond de crise sociale. Il s’agit tour à tour du parti au pouvoir, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) anciennement dénommé UNC créé par feu président Amadou Ahidjo, du Social Democratic Front (SDF), de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC), pour ne citer que ces trois-là. Il faut préciser ici qu’au Cameroun grouillent un peu plus de 300 partis politiques tout aussi importants, représentatifs et populaires les uns que les autres.

Précipitation doublée d’un tantinet d’illusionnisme 

Contrairement à ce qu’on aurait dû penser, ni la multitude, ni la popularité de ces partis politiques n’ont eu un effet remarquable sur l’évolution de l’engagement de la population dans le processus démocratique. Cette démographie exponentielle des partis politiques en peu de temps avait, en son temps, été perçue comme une volonté du peuple à prendre en main son destin par un engagement tout aussi pacifique que vindicatif. Contre toute attente, l’observation sur l’évolution de ces partis, notamment les partis de l’opposition, montre que l’adhésion populaire est et reste encore loin du compte. Pourquoi cet engouement populaire tant remarqué pendant les années 1990 à 1996 s’est-il estompé subitement au point de laisser penser, avec raison, que la population a déserté le champ politique ?

Beaucoup d’observateurs et analystes se sont penchés sur cette problématique pour essayer de donner une réponse définitive à ce qu’il est convenu d’appeler l’apathie du peuple camerounais. Le bain de foule engrangé par le leader du SDF pendant les années de braise ne reste qu’un lointain souvenir. Il est si lointain qu’au fur et à mesure que le temps passe, la nostalgie s’installe chez ceux qui ont été, plus ou moins, participé à ces soulèvements populaires soit en tant qu’acteur, soit en tant que simple témoin, des scènes de révoltes teintées de violences parfois démesurées.

Une jeunesse démissionnaire…  

Il est donc certain que tous ceux-là étaient, à cette période charnière de la crise, des jeunes. C’étaient des élèves, des étudiants et des chômeurs, âgés de moins de 30 ans. Aujourd’hui, la majorité, sinon tous, ont atteint la quarantaine; pour ne pas dire qu’ils sont proches de la cinquantaine au minimum. Dès lors, envisager un engagement politique dans la même lancée et avec les mêmes acteurs et témoins serait absurde aujourd’hui. Cette génération très politiquement dynamique se faisait d’ailleurs appeler « Le Parlement », du nom d’une fameuse association estudiantine des années 1992 qui a fait parler d’elle dans le campus de l’Université de Yaoundé situé à Ngoa-Ekelé. Aujourd’hui, les leaders, pour la plupart, font désormais partie de la diaspora pour avoir fui des persécutions orchestrées par les lobbies du régime. Il est convenu que ceux qui doivent prendre la relève aujourd’hui, âgés de moins de 30 ans, n’ont pas connu ces années fastes du déploiement de toute l’intelligentsia camerounais pour libérer le Cameroun du joug de la dictature régnante depuis 1956, date du départ définitif (?) de la colonisation française.

Cette répression qui visait des leaders estudiantins et certains partis politiques finira par convaincre beaucoup de Camerounais sur l’intention des gouvernants de museler les têtes pensantes et encore habitées par une conscience coloniale et une velléité du progrès. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que cette technique de musellement s’observe encore aujourd’hui, lorsqu’il devient presque impossible aux partis politiques de l’opposition de se déployer sur le terrain. Depuis janvier 2016, les voix dissonantes des « motions de soutien » au président Paul Biya, pour sa candidature à la présidence de la République, sont étouffées. Le principal motif reste, comme de coutume lorsque l’administration veut réprimer, la préservation de l’ordre public. Elle juge en effet cet ordre public susceptible d’être perturbé par l’opposition et estime qu’il regorge de vandales en son sein.

Pourquoi les jeunes, ceux qui ont pratiquement l’âge de ces partis politiques, qui n’ont connu qu’un seul président, qui n’ont connu que les mêmes candidats de ces partis politiques cités ci-dessus et qui en ont ras-le-bol, ne peuvent-ils pas s’engager contre l’imposture politique ? La génération de l’époque du « Parlement » n’a-t-elle pas assumé son rôle d’encadrement politique de ces cadets ? Ou alors sont-ils déçus par cette classe politique truffée du fameux « apprentis sorciers » selon les termes de Paul Biya lui-même ? Sont-ils obnubilés par « Paris à tout prix » comme solution de consolation face à ce chômage tout aussi galopant que le non-respect de l’éthique publique ? Les cadets sociaux, tout comme leurs aînés, ont décidé de se mettre à l’écart. Ils se contentent d’observer, en se demandant comment faire.

Une opposition meurtrie par le camouflet électoral…

Une dégringolade des chiffres généralement observés aux présidentielles et législatives organisée depuis 1992 fait dégager une constance : la popularité de l’opposition camerounaise s’effrite vertigineusement. Elle est malade de ses dirigeants, malade de son image et malade de sa vision politique. Bref, elle est atteinte d’une maladie dont les symptômes sont la démission de la population, du peuple, des électeurs, des Camerounais des luttes politiques. Si certains observateurs pensent qu’aucune analyse électorale ne peut être crédible avec les résultats obtenus pour ces élections, la problématique sur la démobilisation de la population camerounaise ne fait l’ombre d’aucun doute. En d’autres termes, les leaders des partis de l’opposition se défendent des résultats médiocres qu’ils ont obtenus en relevant des irrégularités tant en aval qu’en amont du processus électoral. Il n’en demeure pas moins qu’ils restent boudés par le peuple. C’est la raison pour laquelle d’aucuns estiment même qu’une inscription massive dans la liste électorale afin de mobiliser une masse critique du nombre de personnes inscrites fera l’affaire de l’opposition. Avec un potentiel de presque 12 millions de Camerounais en âge de voter, le fichier électoral ne comptabilise que 5 millions de votants actuellement, malgré des campagnes de sensibilisation assidues. Il faut, par ailleurs, préciser que le nombre d’électeurs ayant participé aux votes n’excède pas 3 millions ! Cette situation expliquerait, en partie, les défaites répétitives de ces partis politiques qui, jusqu’ici, n’arrivent pas à retrouver ses marques.

Pourtant, plusieurs stratégies ont été, à maintes reprises, mises en place pour tenter de reconquérir les électeurs déçus et mal en point. Ces stratégies visaient principalement à trouver une issue pour affronter la machine RDPC qui ne cesse de monter en puissance et rafle la mise dans toutes les localités de la République. Le parti au pouvoir, avec l’aide de l’administration, se positionnait et continue de se positionner comme le parti le plus représentatif sur tout le territoire national. La loi, le code électoral et l’institution ELECAM sont considérés comme des outils favorables au parti au pouvoir, notamment par l’élection à un tour. Dès lors, l’opposition n’avait pas d’autres choix que de s’unir pour affronter le RDPC. Mathématiquement, en l’absence d’un second tour qui a pour rôle de tisser des alliances, un score enviable peut être possible avec un seul candidat en face du candidat Paul Biya. C’est ce qu’elle a fait en 1996 dans le cadre de l’élection présidentielle de 1997. Cette candidature unique a été un fiasco total alors qu’elle avait commencé à nourrir beaucoup d’espoir. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont et aujourd’hui, l’opposition en est encore à rechercher sa marque, son identité.

Ou un peuple aux aguets ?

Ce comportement un peu étrange de la population camerounaise a même fait dire à beaucoup d’observateurs qu’elle reste un peuple atypique et apathique. Face à la montée en puissance de la société civile au Burkina Faso, au Bénin, au Sénégal, etc. où l’alternance politique est désormais un fait, les analystes envisageaient même déjà miser sur un probable changement au Cameroun. À deux ans de la fin du mandat du président Paul Biya, tous les pronostics sont favorables pour sa candidature en octobre 2018. Les motions de soutien des militants de son parti depuis janvier 2016 évoquent leur souhait d’avoir une élection anticipée au plus tard en 2017. Et pour ce faire, il faut, nécessairement, convoquer une session extraordinaire de l’Assemblée nationale au plus tard en juin 2016. Toutes les options sont permises et l’opposition sera encore, comme d’habitude, confrontée  à cette apathie.

Seulement, le contexte actuel est si différent des autres dans la mesure où la scène politique camerounaise est marquée, depuis le début de cette année 2016, par un climat d’incertitude sur une succession probable à la tête de l’État. Cette incertitude est fondée par l’âge avancé (83 ans) du président de la République Paul Biya qui est au pouvoir depuis 1982. Ce constat fait dire aux observateurs qu’à cet âge, le président Paul Biya est presque à la fin de son « règne ». Après avoir longuement combattu pour conserver le pouvoir avec succès devant une opposition en mal de repère, la nature aura forcément raison sur lui et dictera sa loi. Du coup, le climat politique devient délétère et le vide constitutionnel longtemps décrié par les opposants se fait sentir : l’absence de la cour constitutionnelle habileté à constater la vacance du président en cas d’empêchement, de démission ou de décès du président de la République est décriée. Même si la constitution prévoit un mécanisme de substitution avec la cour suprême en lieu et place de la cour constitutionnelle pas encore opérationnelle, d’aucuns pensent que ce vide pourrait entraîner un chaos juridique susceptible de déboucher sur une crise sociale irréversible. Sans oublier que le pays qui traverse des moments difficiles avec une guerre déclarée contre le groupe islamique Boko Haram qui a déjà fait des milliers de victimes, et une opération d’assainissement des mœurs publiques appelées « opération Epervier » qui s’apparente, pour l’opinion nationale, à un règlement de compte politique, ne tient qu’à un fil. L’opposition pourra-t-elle en profiter pour se faire une place au soleil ? De l’autre côté, le peuple bondira-t-il sur l’occasion pour faire ce que les opposants ont été incapables de faire depuis 1992 ? Même s’il est trop tôt pour le dire, il reste, du moins, des hypothèses non négligeables.

Tchakounte Kemayou  


18 mai 2013 : souvenir du plus beau bijou de ma vie

Il ne m’arrive jamais de parler de moi. Bien qu’une autobiographie soit un récit enrichissant, je l’évite toujours pour échapper à cette auto-glorification d’un genre un peu singulier. Mais, dans les circonstances, somme toute particulières, je dois m’exercer, pour une première fois à cet exercice un peu ennuyeux, mais nécessaire pour témoigner ma reconnaissance à ce qu’on pourrait appeler « amis », selon les terminologies du réseaux social Facebook qui ne fait pas seulement des malheureux, heureusement.

Ma présence sur le réseau social de Zuckerberg remonte en 2007, trois ans après la création de Facebook. Les années d’avant représentent cette époque où, je me souviens bien, la Toile était, pour moi, un passe temps. En fait, Internet était moins répandu dans les habitudes au Cameroun. A défaut de faire partie de la classe sociale des privilégiés pour avoir une connexion chez soi, les cybercafés étaient les lieux les plus privilégiés pour avoir un accès à Internet. Difficile donc, pour une personne à mobilité réduite et à revenu presqu’inexistant que je suis, d’être ponctuel sur la Toile.

A la remise solennelle
A la remise solennelle

Par un concours de circonstance, je trouve une occasion d’être connecté 24/24, de papoter, de discuter, de tchater, de cliquer à tout vent, bref de fouiller et de fouiner dans tous les coins et des recoins d’internet. Puis, je découvre subitement Facebook, le premier réseau social qui est devenu plus populaire qu’on n’eut jamais pu l’imaginer. C’était en octobre 2007. Aujourd’hui, voici presque 9 ans que je suis régulier sur la Toile, sans interruption. 9 ans pendant lesquels j’ai appris à découvrir les visages d’autres personnes, Camerounais ou non, résidant au Cameroun et surtout éparpillées à l’étranger, partout dans le monde. Un handicapé qui n’a pas de possibilités pour se déplacer, sortir et aller rencontrer des gens, faire des rencontres, se faire plaisir, trouvait alors une occasion de rencontrer des gens, discuter avec eux sans se déplacer. Parler d’autres choses totalement différentes des sites de rencontres matrimoniaux en vogue en ce moment, était quelque chose d’extraordinaire. C’était, pour moi, la meilleur découverte, la meilleure création ou encore la meilleure innovation technologique que l’Humanité ait connu.

Jean-Jacques Njoh Mbappé, le premier à s'installer dans ce magnifique fauteuil du scooter
Jean-Jacques Njoh Mbappé, le premier à s’installer dans ce magnifique fauteuil du scooter

Il y a eu, en 2010-2011, cette fameuse révolution Jasmine que la Tunisie traversait à la suite de l’immolation de Mohamed Bouazizi. J’ai vécu ce pan de l’histoire de la Tunisie comme si j’étais là, grâce à Facebook qui, d’ailleurs, est présenté comme l’outil qui a fait le malheur de Ben Ali. Du coup, j’ai compris que ce réseau était une puissance. Un moyen par lequel une action pouvait être impulsée. Donc, au-delà de la discussion et des partages, une communauté, malgré la distance de dispersion géographique de ses membres, pouvait agir sur la société, la changer. Que ça soit positivement ou négativement, mais la changer quand même. Facebook devient donc mon arme de combat, un outil comme beaucoup d’autres au service d’un idéal commun. D’où l’importance des groupes de discussions qui se créent et dont les noms à eux seuls donnent une idée exacte des objectifs visés par les uns et les autres.

Évidemment, en bon blagueur et « titilleur » que je suis, je me fais donc beaucoup d’amis sur le réseau social le plus populaire et certainement le plus puissant du monde. Le premier groupe Facebook qui m’a fasciné, c’est bien celui d’un ami qui est, par la suite, devenu un frère pour moi : Severino. « Culture et Traditions Bamiléké » (CTB) est ce forum dans lequel les Camerounais, originaires de la région de l’Ouest ou non, venaient partager leurs expériences sur les connaissances ancestrales du peuple Bamiléké. Le but de ce groupe est essentiellement éducatif. Du fait de la modernisation, présentée comme la source de la perte de la civilisation africaine, les pratiques héritées de la tradition tendaient à disparaître à cause du manque d’un vecteur de transmission. Les parents et les aînés qui devraient jouer ce rôle manquaient d’innovation face au développement des nouveaux outils de communication.

Un bijou encore authentique aujourd'hui
Un bijou encore authentique aujourd’hui

« Le Cameroun c’est le Cameroun » (LCCLC) de Mathieu Youbi fait son apparition en 2010-2011. Ce groupe, considéré comme le plus populaire, le plus référencé et le plus dynamique, fait déjà parler de lui. Sa force ? Il a réussi à aller au-delà de sa mission de discussion et de partages sur l’actualité politique, économique, sociale, culturelle et sportive du Cameroun et du monde. Il devient, au fur et à mesure, la plate-forme de rencontre, de discussion et de loisir, pour peu qu’on prenne la peine de regrouper des gens venus de tous les horizons. Cette communauté devient, pour moi, une autre façon d’exister. J’ai une de ces soifs de donner le sourire aux autres, de donner de l’espoir à ceux qui l’avaient perdu, bref, de partager la bonne humeur. Mon investissement dans les associations des personnes handicapées et celles des enfants orphelins et démunis trouve alors un prolongement dans une communauté issue de la Toile. Des sorties ont été initiées dans des orphelinats, des centres d’accueil pour enfants abandonnés et bien d’autres. Au-delà de ces événements, des occasions de retrouvailles fortuites, spontanées et organisées se présentaient toujours pour passer du réel au virtuel, du bon temps, quoi. Tant bien que mal, le forum a connu des expériences malheureuses aussi au fur et à mesure de l’évolution du temps, de la popularité du groupe. Grâce à la poigne de sont initiateur, il reste debout jusqu’à nos jour.

Beaucoup de groupes ont alors vu le jour à la suite de ces expériences. Le forum de Jeanne Nsoga, « On est ensemble », groupe secret, est probablement celui qui m’a le plus séduit. Ulrich Sas, un ami qui m’appelle toujours « Grand frère » sans que je ne sache pourquoi (pourtant, je suis visiblement son cadet), prend le taureau par les cornes et me dit un jour : « Grand frère, je souhaiterais engager une action en ta faveur. Tu as toujours eu le plaisir d’assister les autres. Qu’il pleuve ou qu’il neige, tu t’es toujours sacrifié, tant financièrement qu’humainement, pour donner le sourire aux autres. Je pense, faisant partie des nôtres, que tu dois aussi bénéficier de notre solidarité. Il en va de notre honneur car il faut être logique envers soi-même« . Quelle ne fut pas ma surprise ! J’étais donc surpris de savoir que que je pense plus aux autres qu’à moi-même. Pour Ulrich, ce n’était pas un défaut. Pour lui, il était tout simplement logique dans sa philosophie selon laquelle l’entraide commence par soi-même. Pour moi, la seule façon de vivre, c’est de donner la joie de vivre au autres et c’était ma satisfaction. Je n’hésitais pas répondre présent à tous les groupes de la Toile qui organisaient ces types de sorties.

« On est ensemble » a eu l’occasion d’accueillir cette proposition d’Ulrich pour l’achat d’un scooter électrique pour personnes à mobilité réduite avec beaucoup de gaieté et d’enthousiasme. Pour moi, ce projet me semblait trop osé par le coût et les tracasseries douanières auxquelles on ferait face. J’en doutais même, à la limite. J’étais loin de connaître la pugnacité et la détermination des dames de fer de ce forum : Jeanne Nsoga, Nicole Um, et bien d’autres que j’oublie, qui en avaient, malgré tout, fait un signe d’honneur. Ce projet, à travers cet engagement, était-il un défi par rapport aux autres fora concurrents, comme l’ont laissé entendre certains ? Aucunement. Ma longue amitié avec plusieurs Camerounais sur Facebook a sûrement été un déclic, un facteur de motivation pour un ami, un frère qu’ils côtoient virtuellement tous les jours pendant plusieurs années. Je n’avais jamais rencontré de près la plupart de ces « amis ». D’ailleurs, beaucoup d’autres fora m’ont interpellé pour avoir été silencieux sur mon état de besoin. C’est chacun qui voulait mettre la main à la pâte.

Quel plaisir!
Quel plaisir!

Un fundraising très actif, comme d’habitude, s’organise dès décembre 2012. Et comme je l’avais présagé depuis le début, dès l’arrivée du conteneur en provenance de la Chine, pays d’origine du scooter, les tracasseries administratives et douanières n’ont pas permis une exonération des frais de dédouanement. C’est finalement en mai que tout a été fait pour que je rentre finalement en possession de ce prestigieux bijou, certainement le plus précieux de ma vie, jusqu’aujourd’hui. La séparation avec ce bijou peut représenter un poignard dans mon cœur. Il est devenu mon pied pour de courtes distances dans les environs de Kotto et de Bonamoussadi. Les batteries, devenant de plus en plus faibles, ne résistent plus aux longues distances.

Bref, ce qui est important ici, c’est de vous dire que le 18 mai 2013 reste et restera encore comme le jour de mon premier et du plus beau souvenir de ma vie. Jusqu’à ce que je vois ce fameux scooter, je n’en croyais toujours pas malgré les assurances de Pa’a Bernard Williams Banag et de Nicole Um, que j’appelle affectueusement « maman » et avec qui j’ai gardé une familiarité presqu’indélébile. Sans oublier les actions incontournables de Valérie Saminou et de Jean Calvin Boumsong pour la logistique. C’était un samedi après-midi très pluvieux. Je ne pouvais pas louper cette occasion, malgré le mauvais temps. J’ai pris un taxi pour Bonantonné, un village en pleine centre de Deido. Tout le monde ou presque était déjà là et n’attendais que moi, l’heureux élu, en fait, la vedette, la star du jour. Après un cocktail bien aromatisé et accompagné de ma p’tite Guigui, le moment fatidique arrive, sous une pluie qui ne cessait de tomber. Dans l’empressement, la soif me vient de m’y installer. Je suis subitement pressé de déplacer ce joli scooter bordeau tant il est confortable. L’incontournable Jean-Jacques Njoh-Mbappé, le dernier à débarquer, fait des jaloux et s’y installe avant tout le monde, même avant moi. C’était le comble du bonheur. Après un signe d’au revoir et de remerciements, c’est le départ en trombe en direction de la maison, non sans faire des escales pour la bénédiction reçue de quelques amis.

Le tour de ville attire la curiosité des Camerounais de Douala, convaincus avoir vu une découverte. Il m’a donc semblé que j’étais la première et la seule personne handicapée à avoir un engin tout terrain, de ce type (scooter électrique) pourtant très économique et très pratique. Mais, le coût, très au-dessus du handicapé moyen, mettait hors-jeu tous mes pairs qui m’approchaient pour en avoir une idée. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai constaté que c’était là une bénédiction. Elle ne pouvait pas se réaliser sans cette solidarité agissante des dizaines de personnes qu’il est impossible de les citer toutes ici. Le souvenir de quelques uns me vient néanmoins à l’esprit en plus de ceux que j’ai cités plus haut : Nader Tchapda, Charly Noah, Jean Calvin Boumsong, Tiani Franc, Marielle Patricia Nkendjuo, Prince Francis Yappi, Neh Poupina Lagrande, Pat Momo, sans oublier le plus camerounais des Ivoiriens Armand Iré, etc. Qu’il me soit permis ici de leur témoigner, une fois de plus, ma gratitude et ma reconnaissance pour cette solidarité aussi agissante que jamais.

Vivement, un autre projet !

Merci et « On est ensemble » !


Mythes sur les habitudes alimentaires, source de l’obésité en Afrique

Michel, le fils d’une amie, est obèse. Âgé de 15 ans seulement, l’adolescent de 3ème dans un collège de Bonamoussadi n’arrête pas d’impressionner ses copains du haut de ses 60 Kilos. Il impressionne surtout par sa taille et sa robustesse. Beaucoup avaient même pensé que Michelin, comme on aime si bien l’appeler, avait un corps de sportif jusqu’à ce qu’ils comprennent que le vaillant garçon était victime d’une maladie jusque-là peu répandue en Afrique. Car en Afrique, un homme qui a un gros ventre, j’allais dire, un gros corps, est signe de beauté, de bonne vie, bref, de bien-être. Les obèses sont donc des personnes issues de familles aisées. Elles étaient, auparavant, des personnes enviées et convoitées. Chez la gente masculine, le gros corps, confondu à la robustesse, faisait partie de la séduction. Cette conception culturellement admise en Afrique a considérablement changé depuis que les pathologies comme les maladies cardiovasculaires, les cancers et l’arthrose sont devenues un problème de santé publique.

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« Un cauchemar explosif », c’est en ces termes que l’Organisation mondiale de la santé qualifie l’obésité infantile dans les pays en développement. Crédit photo OMS

Michelin n’est donc pas un fils d’une famille de la haute classe, encore moins une famille de classe moyenne. Il a des habitudes de  vie comme tous les ados de son âge. A cet âge, évidemment, l’hygiène de vie, surtout alimentaire, est un domaine très important et malheureusement prise à la légère. Il suffit d’observer les dépenses budgétaires de la famille accordées à ces jeunes sous la forme d’argent de poche par leurs parents pour comprendre la place qu’occupe la nutrition dans leur quotidien. On estime que 95% des causes de l’obésité sont liées à l’alimentation. Il n’est donc pas surprenant de constater, aujourd’hui, que les jeunes soient plus touchés en Afrique particulièrement. Il est question ici de décrier, non seulement, les mauvaises habitudes alimentaires des adultes et surtout des jeunes, mais, surtout, de dénoncer les mythes sur ces habitudes véhiculées au sein de l’opinion par les voix les plus autorisées, malheureusement.

Le mythe de la graisse comme source de l’obésité

Dans l’opinion collective, des informations selon lesquelles les aliments contenant plus de matières grasses sont sources d’obésité sont peut-être vraies mais elles manquent pourtant d’objectivité. Ces informations sont véhiculées par les voix les plus autorisées. C’est pourquoi les enfants et les jeunes comme Michelin, ses parents et beaucoup d’autres, pensent que manger gras entraînerait inévitablement un surpoids. Malgré la prolifération de plusieurs études qui démontrent le contraire, le mythe de la graisse fait toujours son bonhomme de chemin.

Ces études, jusqu’ici non contestées, montrent que c’est plutôt l’excès des aliments comme le sucre et les féculents, qui contiennent plus de glucides et qui provoquent donc la prise de poids. En d’autres termes, si un aliment ne contient pas ou rarement le sucre, il est jugé bon pour la santé. Si les aliments trop graisseux contiennent de moins en moins du sucre, d’où vient l’idée qu’ils sont la source de l’obésité ?

Ce mythe est entretenu par l’apport en graisse. L’obésité étant considérée comme un excès de la graisse dans l’organisme représenté par un indice de masse corporelle (IMC, qui correspond au rapport entre poids et taille) supérieur à 30 kg/m², les consommer reviendrait à ajouter encore plus de graisse à son corps. Or, l’explication scientifique montre que les aliments sucrés sont les principaux perturbateurs du métabolisme et de l’appétit. Autrement dit, les aliments sucrés, considérés à tort comme les produits de bonne qualité parce qu’ils ne contiennent pas de graisse, entraînent en réalité une sensation de frustration. Ils contraignent alors les gens comme Michelin à avoir toujours envie d’avaler quelque chose. La hausse du chiffre de l’obésité infantile dans le monde, et particulèrement en Afrique, peut donc aussi s’expliquer à travers ce mythe qui rend les jeunes accro aux biscuits, aux bonbons et divers goûters réputés pour leur absence de graisse.

Le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publié en janvier 2016 est alarmant. Selon l’organisation, plus du tiers de la population mondiale est obèse. Cela représente, en pourcentage absolu, 13% des adultes. Ces statistiques qui datent de 2014 prévoient déjà, en termes de projection, 20% de la population mondiale obèse dans 10 ans. L’alarme, encore au plus haut et qualifié par l’OMS de « cauchemar explosif », donne à réfléchir lorsqu’on aborde la question de l’obésité infantile. Avec 41 millions d’enfants obèses dans le monde, l’Afrique se taille la part du lion avec 31 millions ! Avec ces chiffres qui ne cessent de doubler depuis 1990, il faut désormais considérer que le continent doit être en alerte maximal. Si nous poussons le regard encore plus loin, certains pays sont durement touchés à tel point qu’ils frôlent même la barre de 50% d’enfants obèses.

Le travail des médecins ne servira à rien si les idées fausses continuent d’être véhiculées et entretenues par les consommateurs. Voici quelques-unes tirées de l’article « Eat This, Not That, The No-Diet Diet »[1]

Ces fausses idées sur l’obésité en Afrique entraînent de mauvaises habitudes qui favorisent la prise de poids. Voici dix bonnes habitudes à prendre.

Premièrement : Éviter les aliments sucrés 

Nous avons précédemment vu que l’une des causes de l’obésité infantile, c’est l’idée farfelue, tant reçue à la maison qu’à l’école, selon laquelle ce sont les aliments gras qui font grossir. Cette idée est tellement répandue qu’on commence à inculquer aux jeunes scolarisés que la graisse est dangereuse pour la santé en démontrant faussement que : 1 gramme de lipide contient 2 fois plus de calories que 1 gramme de glucide. Conclusion : Michelin et tout son entourage (la famille, l’école, la télévision, les voisins, etc.), pensent que, pour réduire la quantité de calories dans le corps, il faut absolument éviter de manger « trop gras, trop salé, trop sucré ». On accorde peu d’attention aux aliments avec une étiquette précisant la mention « Moins de matières grasses » pourtant contenant trop de glucides. Ceux-ci se présentent alors sous deux formes : farines et épaississants. Ils sont réputés pour provoquer des pics de sucre sanguin et d’insuline. D’où la brutale et dangereuse envie de manger qui s’installe quotidiennement chez Michelin.

Deuxièmement : Éviter de bouleverser son sommeil (chercheurs de l’École de Médecine de Wake Forest)

Michelin ne dors presque pas. Il passe toute la journée à travailler, à l’école comme à la maison. Après avoir effectué tous les travaux ménagers, il révise ses leçons pour ne dormir qu’un peu plus tard dans la nuit. Fils aîné d’une famille monoparentale, il doit jouer, en quelque sorte, le rôle de protecteur de ses cadets, aider maman à faire le repas en allant chercher de l’eau au forage du quartier, par exemple. Cette tâche est d’autant pénible que son endurance est considérée, par beaucoup, comme une résistance. Même si l’effort physique est un prétexte pour brûler le trop plein de graisse, il n’en demeure pas moins vrai que l’idée de réduire les heures de sommeil, pour les consacrer aux efforts physiques et intellectuels, n’est pas du tout bonne. Il ne faut pas du tout penser que l’objectif ici est de dire qu’il faut trop dormir. Au contraire, il ne faut ni trop dormir ni moins dormir car dormir 5 heures de plus ou de moins entraîne 2,5 fois une accumulation de graisse pondérale [2]. Une durée de 6 à 8 heures de sommeil est alors plus conseillée.

Troisièmement : Manger plus lentement permet d’absorber moins de calories (Une étude du Journal of the American Dietetic Association)

Ce qui m’impressionne encore plus chez Michelin, c’est qu’il a l’habitude de manger trop vite. En fait, sa rapidité est trompeuse parce qu’elle donne l’impression qu’il mange moins voire mieux, que son repas était plus petit que celui de ses cadets. Mon ado préféré est capable, en quelques secondes, de vider un bol de couscous de manioc accompagné de la sauce gombo. Une rapidité à vous couper le souffle. A peine ses frères sont encore à leur première boule, le gros et vaillant Michelin a fini la sienne au point d’en réclamer encore une deuxième. Puis une troisième et ainsi de suite. Au final, on a l’impression que le gars aurait mangé comme les autres pour avoir fini au même moment.  Pourquoi l’attitude de Michelin est dangereuse pour sa santé ? Parce que, selon les résultats d’une étude, ceux qui mangent lentement absorbent 66 calories en moins [3]. Cela veut dire que si Michelin finit son bol de couscous en 5 secondes (je n’exagère pas hein), son cerveau, qui a besoin de 20 secondes pour envoyer l’information de satiété au corps, fournira plus d’effort en produisant ainsi des calories supplémentaires.

Quatrièmement : Éviter de se servir avec un gros plats

À la maison comme lors des cérémonies festives où Michelin allait avec ses frères, il avait aussi cette sale habitude de choisir le plat le plus large possible. Certainement, vous avez devinez la raison : le fait de choisir le gros plat lui donnera aussi l’occasion de se servir en choisissant les morceaux les plus volumineux. En fait, plus son plat est large, plus il a l’impression que son contenu n’est pas suffisant. Mais, après avoir longuement observé cette attitude de Michelin, j’ai eu la parfaite impression qu’il pense qu’un petit plat le rendrait tout petit, le diminuerait. Ce n’est donc qu’un problème psychologique. Pour se distinguer de ses cadets, il voulait toujours faire la différence. Du coup, malgré ses efforts pour ne pas paraitre ridicule avec un plat montagneux, il réussissait, malgré tout, à faire la différence, dans la quantité.

Cinquièmement : Éviter de s’installer près du buffet (Une étude dans la revue Obesity )

Le plus terrifiant dans ce manège de Michelin, c’est qu’il n’allait pas s’installer loin du buffet. Il prend toujours la précaution de se régaler en s’asseyant tout près de la table où sont rangés tous les menus de la cérémonie. Pourquoi est-ce que cette attitude de l’ado est dangereuse ? Parce qu’il va toujours lui arriver des occasions de repartir se servir. Une étude a donc montré que les gens assis non loin d’un buffet bien achalandé, se servent 35% de plus que les autres [4]. C’est la raison pour laquelle, dans des cérémonies bien organisées, le protocole privilégie toujours les invités du fond de la salle au moment de passer au service.

Sixièmement : Manger de moins grosses bouchées permet d’emmagasiner moins de calories (La revue American Journal of Clinical Nutrition )

La revue américaine donne une information importante qui semble être aussi banale que toutes les autres ci-dessus : couper de gros morceaux est nocif. Michelin mange gloutonnement comme si la nourriture pouvait disparaître. Pour lui, c’est un signe de bien-être. En fait, je n’ai jamais compris pourquoi beaucoup de personnes, comme Michelin, adorent ingurgiter de gros morceaux à la va-vite. Les études montrent que les grosse bouchées donne plus de travail au cerveau. Ainsi, ceux qui mangent en coupant de gros morceaux emmagasinent 52% de calories de plus que les autres, car qui dit gros morceaux dit aussi rapidité. La question de savoir comment Michelin réussissait-il à mettre de grosses bouchées dans sa petite bouche, reste vaine jusqu’ici.

Septièmement : Ne pas hésiter à boire de d’eau avant chaque repas (une étude de l’Université d’Utah)

C’est une astuce qui reste peu suivi jusqu’ici par des personnes désirant perdre un peu de kilos. En buvant un ou deux verres d’eau avant chaque repas, on a cette impression de satiété et cela entraîne une perte de 30% de ses kilos [5]. Évidemment, Michelin n’est pas prêt à suivre ce maudit conseil, qui pourrait l’empêcher de profiter de bonnes choses.

Huitièmement : Privilégier les fruits au jus de fruits (Une récente enquête publique de l’Ecole de santé publique de Harvard, publiée en ligne dans le British Medical Journal)

La mère de Michelin, après avoir reçu les conseils de nutrition selon lequel il faut que Michelin consomme plus de fruits qui pourrait accélérer sa perte de poids, trouve l’astuce de faire des jus de fruits. Cette décision est motivée par la paresse de son fils qui trouve pénible d’éplucher les oranges, les papayes, les mangues, les pamplemousses, etc. avant de les consommer. Pour contraindre Michelin à la consommation des fruits, elle s’est vu obliger de les transformer en jus qui est plus convoité par son obèse de fils. Cette solution n’est malheureusement pas la bonne. Pourquoi ?

Le résultat de cette enquête de Harvard est sûrement la plus surprenante de toutes les astuces à éviter : « boire un jus de pomme ne revient pas à manger une pomme, ni un jus d’orange une orange ». Autrement dit, la consommation de jus de fruits est plus dangereuse que la consommation du fruits. Cette enquête démontre que boire 3 jus de fruits par semaine expose, à 8%, les sujets aux risques de diabète. Par contre, consommer 3 fruits diminue ce risque à 7%. Pour certains fruits, ce pourcentage est même plus élevé : 19% pour les raisins, 14% pour les pommes et les poires et 12% pour les pamplemousses [6]. Comment peut-on expliquer cette différence entre les jus de fruits et les fruits ?

Les jus de fruit ont cette capacité d’être digéré rapidement : la circulation et la métabolisation du sucre contenu dans le fruit, appelé fructose, est tellement rapide que le foie finit par le « transformer en graisse au lieu d’être utilisé progressivement pour fournir de l’énergie ». Ce qui n’est pas le cas pour le fruit lui-même dont la digestion est moins rapide.

Neuvièmement : Éviter de grignoter sous le coup des émotions (Une étude de l’Université d’Alabama)

Cette vilaine habitude de grignoter lorsqu’on est dans tous ses états ne semble pas être une solution idoine pour perdre ou éviter les kilos. Il est constaté que pour se défaire de la nervosité et la colère, certaines personnes se retirent pour prendre un verre d’alcool et fumer un bâton de cigarette. Il en est de même pour des obèses. Ils ne peuvent se calmer qu’après avoir pris un paquet de pop-corn bien agrémenté, par exemple. Michelin en est un accro au point où il ne s’en passe même plus. Une étude démontre bien que consommer sous le coup d’une émotion augmente le poids de quelques centimes seulement. Même si ça paraît négligeable, ça devient dangereux de se retrouver avec 12 à 15 kilos de plus au bout d’une décennie.

Dixièmement : Ne pas avoir peur de la balance (Une étude de de l’Université du Minnesota)

Pour terminer avec cette longue liste de ce qui est interdit et de ce qui ne l’est pas, observons que certaines personnes déjà obèses, comme Michelin, pensent, faussement d’ailleurs, qu’il serait maladroit d’aller quotidiennement et régulièrement se peser. Cela risque, disent-elles, de donner l’impression de n’avoir pas changé si effectivement rien ne change. Pire encore,  cela augmentera la pression et finira par décourager les candidats à la diminution de poids. Mais, il ne faut pas aussi oublier que les résultats positifs (les kilos en moins) représentent un élément motivateur qui influence une perte de kilos deux fois plus importantes, pour ceux qui n’ont la phobie de la balance.

Tchakounté Kémayou

[1] « Eat This, Not That, The No-Diet Diet », https://www.eatthisnotthatdiet.com,
[2] Wake Forest University Baptist Medical Center (2010, March 5). Extremes of sleep related to increased fat around organs. ScienceDaily . Retrieved November 25, 2013, from https://www.sciencedaily.com­ /releases/2010/03/100301091302.htm
[3] Andrade A, Greene GW, Melanson KJ. Eating slowly led to decreases in energy intake within meals in healthy women. Journal of the American Dietetic Association, 2008; 108 (7): 1186-1191.
[4] Obesity (Silver Spring). 2008 Aug;16(8):1957-60. doi: 10.1038/oby.2008.286. Epub 2008 Jun 5.
[5] https://healthcare.utah.edu/publicaffairs/news/archive/2003/news_74.html
[6] Muraki I, Imamura F, Manson JE, Hu FB, Willett WC, van Dam RM, Sun Q. Fruit consumption and

Sources : SANTE-NATURE-INNOVATION.FR


Cameroun : pourquoi l’opposition est-elle « abandonnée » par le peuple ? (1)

Depuis l’avènement du retour du multipartisme en 1990, le Cameroun en est encore à frayer une voix dans le cercle serré des pays francophones qui ont déjà amorcé l’étape de l’alternance à la magistrature suprême. 26 ans que les Camerounais sont à la recherche d’une clé pour dénouer l’écheveau de cette emprise de la tyrannie vielle de 1956. Cet avènement a fait reconnaître, chez les Camerounais, cette âme et cet esprit de combattant mené jadis par le parti historique Union des Populations du Cameroun (UPC). Les débats se structurent et prennent corps dans un environnement déjà perverti par l’obscurantisme machiavélique d’André-Marie Mbida à Paul Biya en passant par Amadou Ahidjo. Qu’est-ce cette réouverture politique a apporté dans l’environnement des luttes pour la conquête du pouvoir ?

Lors d'un rendez-vous avec la presse et qui a été interdit, les leaders de certains partis politiques ont été aspergé d'eau du véhicule anti-émeute de la policie
Lors d’un rendez-vous avec la presse et qui a été interdit, les leaders de certains partis politiques ont été aspergé d’eau du véhicule anti-émeute de la policie

Pour cette année, 2016, les dernières sorties des parties politiques de l’opposition camerounaise ouvre à nouveau le débat sur le sempiternel problème de leur supposé poids électoral réel. Il se passe que depuis les événements qui ont secoué le pays, à savoir les crises socio-politiques des années 1990 et celles de 2008, avec de forts risques de se transformer en guerre civile, un désamour s’est installé entre les leaders des partis de l’opposition et la population elle-même. Ces crises étaient, bien entendu, la manifestation d’une volonté populaire de rompre avec un système de dictature vieillissante et incapable de répondre aux exigences des valeurs de bien-être et de probité dans la gestion des biens publics. Les leaders des partis de l’opposition représentaient donc une alternance et une alternative capable de changer la donne. Aujourd’hui, le constat est claire que les Camerounais ont décidé de se mettre en marge de la politique, donc de tourner le dos à ces leaders au point où ils ne répondent qu’aux abonnés absents lors des rendez-vous populaires et pire encore font la fine bouche pour aller s’inscrire sur la liste électorale malgré les appels incessants et persistants. Comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on expliquer ce malaise ?

Dès la promulgation de la loi n°1990/055 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et des manifestations publiques et celle n°1990/O56 du 19 décembre 1990 portant création des partis politiques, le pays devrait connaître un tournant décisif de son histoire. C’est en 1966 que fut instauré le parti unique (Union Nationale Camerounaise-UNC) par le feu Amadou Ahidjo pour contrer les velléités du Parti des Démocrates Camerounais (PDC) d’André-Marie Mbida et de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) de Um Nyobe. Ces lois étaient le résultat, non seulement d’un souci de liberté, mais aussi et surtout d’un rapport de force où les partis d’opposition donnaient le ton d’une autre façon de voir le monde inspiré par le vent de l’Est. C’était donc évident que la population, jusque-là assoiffé d’un changement réel sur les questions relatives à l’alternance à la magistrature suprême, était prête à propulser, au devant de la scène publique, un leaders qui se démarquerait par son courage.

En effet, c’est le 26 mai 1990 qu’un, jusque-là, inconnu libraire de Bamenda, Ni John Fru Ndi, déchu des primaires du parti au pouvoir, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), lance, avec ses proches, le parti Social Democratic Front (SDF). Ce jour-là, marqué dorénavant comme la journée des martyrs du désormais principal parti de l’opposition, verront tombés 6 manifestants sous le coup des balles réelles. C’était donc le déclic d’une avalanche de surprises marquées principalement par des meetings du leaders, et de bien d’autres, qui faisaient courir tout une foule en liesse. En ce moment-là, et pendant quelques années encore, les leaders des partis de l’opposition camerounaise avaient encore le dernier mot. Il suffisait juste d’un clin d’œil pour voir comment toute une population se dressait derrière son leaders. La soif d’un changement se faisait ressentir de plus en plus. Le Cameroun qui est sous l’emprise de la tyrannie depuis 1956 avait besoin d’un nouveau souffle, d’un vent frais, d’un sang neuf.

Les mandats présidentiels et législatifs qui tendaient déjà à leur fin devraient donner à voir, à l’horizon, des premières élections multipartites sous l’ère Biya après 10 ans de pouvoir du monopartisme sans partage. Le SDF, parti politique plus radical que jamais, décide de boycotter l’élection législative pour cause de non consensus sur le code électoral, de tricherie et de « vol » des résultats de l’élection présidentielle où le leaders Ni John Fru Ndi estimait avoir été victime des tripatouillages en faveur du président sortant Paul Biya, candidat du RDPC. Malgré cette absence, l’opposition a raflé finalement 92 sièges sur 180. Une majorité suffisante et susceptible de renverser la donne. Avec ce score extraordinaire de l’opposition, sous l’ère d’une dictature, l’heure des réformes institutionnelles avait donc sonné et l’espoir était alors permis.

Tableaux statistiques des résultats électoraux au Cameroun (2007 – 2011)

Résultats des élections législatives pluralistes

Années

Parties

1992

1997

2002

2007

2013

RDPC

88

116

149

153

148

SDF

Boycott

43

22

16

18

UNDP

68

13

1

6

5

MDR

18

1

1

UPC

6

1

3

3

UDC

Boycott

5

5

4

4

MLJC

1

MP

1

MRC

1

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Résultats des élections présidentielles pluralistes

Années

Candidats

1992

1997

2004

2011

Paul BIYA

(RDPC)

39,98%

92,57%

75,23%

77,99%

Ni John FRU NDI

(SDF)

35,97%

Boycott

17,12%

10,72%

Bello BOUBA

(UNDP)

19,22%

Boycott

Adamou NDAM  NJOYA

(UDC)

3,62%

Boycott

4,71%

1,74%

Henri HOGBE NLEND

(UPC H.)

2,50%

Samuel EBOUA

(MDP)

2,44%

Edith KAH’ WALLA

(CPP)

0,72%

Autres candidats

2,49%

2,94%

2,82%

Source: La pratique des élections au Cameroun: 1992 – 2007, Régards sur un système électoral en mutation

Le renversement de la situation :

Les partis politique vainqueurs des législatives de 1992, l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), le Mouvement pour la Défense de la République (MDR) et l’Union des Populations du Cameroun (UPC) totalisaient à eux-seuls 92 sièges. Il n’était donc plus question de douter sur l’effectivité des réformes. Le pouvoir de Yaoundé tremblait à grosses gouttes et cherchait inlassablement à casser la solidarité qui existait au sein des désormais députés des partis de l’opposition déterminée à mener la vie dure au RDPC. Mais, le triomphe ne sera que d’une courte durée. Le hic ? Dakolé Daïssala, leader du MDR, du haut de ses 18 sièges, choisit plutôt de s’associer au parti au pouvoir. Par quelle alchimie ? L’histoire nous le révélera un jour. Ce qui aura pour conséquence de diminuer le pouvoir de l’opposition. Celle-ci passe donc de 92 à 74 sur 180 sièges. L’opposition venait donc de louper une occasion idoine de changer le rapport de force.

Depuis cette épisode politique qui est certainement entrée dans l’histoire, le président Biya a bien compris que son pouvoir ne tiendra qu’à un fil s’il ne double pas sa vigilance. De l’autre côté, le SDF ne cesse de se mordre les doigts à cause de ce boycott historique qui a fini par devenir une nostalgie. C’est au cours d’un congrès que les militants ont exprimé le vœux de ne plus louper le coach. Du coup, d’aucun spéculent que si le SDF avaient participé à cette élection législative, le Cameroun aurait certainement connu un sort meilleur que celui qui est le sien aujourd’hui. Depuis que les deux camps, le parti au pouvoir et les partis de l’opposition, ont fait ce constat, les leaders des partis de l’opposition optent pour les urnes avec l’estime conviction que le miracle de 1992 peut se reproduire. Une bataille féroce de communication politique s’est alors engagé pour un toilettage complet de la loi électorale et des conditions liées au déroulement des processus post et pré-électorales.

C’est ainsi que l’on assiste donc, petit à petit, au retrait du ministère de l’administration territorial de l’organisation des élections présidentielles, législatives et municipales. Mais, avant la mise en place d’Elections Cameroon (ELECAM) créé par la loi N°2006/011 du 29 décembre 2006, le Cameroun a connu l’Observatoire National des Élections (ONEL) créé par la loi n°2000/016 du 19 décembre 2000, modifiée et complétée par la loi n°2003/015 du 22 décembre 2003. De l’observatoire pur et simple, le pays est déjà passé à un organisme dit indépendant chargé d’organiser, en amont et en aval, les scrutins nationaux et régionaux. Ce combat interminable participe, depuis belle lurette, d’un jeu de rapport de force politique entre les deux camps et qui, malheureusement, est loin d’aboutir à un consensus réel. Malgré le retrait de l’administration du processus électoral, l’opposition porte toujours un doigt accusateur sur une main mise certaine du parti au pouvoir sur ELECAM. Raison pour laquelle beaucoup d’observateurs et d’analystes estiment encore que cette institution est loin de garantir un jeu électoral équitable. À présent, la bataille qui avait pour revendication la création d’un organisme indépendant continue toujours à meubler les débats et les jougs politiques.

En effet, après 2000 sous l’ONEL et 2006 sous ELECAM jusqu’à ce jour, les résultats aux élections présidentielles et législatives, comme l’illustrent les statistiques des tableaux ci-dessus, mettent voire enfoncent l’opposition en position de faiblesse. La dégringolade des chiffres depuis 1996 démontrent-elles que les leaders des partis d’opposition n’inspireraient-ils plus ? Beaucoup d’observateurs répondraient par l’affirmative, car les leaders de ces partis qui suscitaient beaucoup d’admiration dans les années 1990, ne sont plus capables de mobiliser la population pour des causes tout aussi nobles que celles de l’amélioration des conditions de vie au point d’être traité par Achille Mbembe d' »imbécile ».

Il revient ici de scruter de fond en comble cet état de malaise au sein de l’opposition camerounaise pour comprendre la genèse du désamour. C’est ce qui fera l’objet de notre prochaine chronique.

Tchakounté Kémayou


Ô Maître Shungu Wembadio !

On dit que tu t’es couché à Abidjan
Et que ta voix suave est allée au couchant !
On dit que tu es raide mort à Anoumabo
Et que désormais, tu nous lègues le Beau !

Arrachement…douleur, Papa Wemba
Serment Ya Hippocrate ba médecins ba kosalaka !
C’est ainsi que tu chantais la vie et la mort
C’est ainsi que tu hantais joie et remords

Maintenant, c’est fini, maître des Arts
Maintenant, à nos mémoires de jouer
Maintenant à la Rumba de rythmer
La nostalgie de tous nos bazars…

Par ta musique, Papa Wemba, merveille,
L’Afrique était sans ses vieilles frontières
Par ton art, nos sens étaient en grand éveil
Par ta mort, en croix, tu défieras le cimetière !

Franklin Nyamsi

papa-wemba-18656Poème écrit par le Pr Franklin Nyamsi


Norverge : la « justice se juge » et donne raison à Breivik, le néo-naziste

Ce mercredi 20 avril 2016, le terroriste néo-nazi Anders Behring Breivik a eu gain de cause après un procès qui l’opposait à l’État norvégien.

Ledit procès s’est déroulé du 15 au 18 mars dernier dans un gymnase de la prison de Skien, au sud-ouest d’Oslo transformé en prétoire pour la circonstance. En effet, Breivik, le « tueur de masse », comme l’appellent les médias, est incarcéré depuis 2012 dans cette prison pour avoir tuée en masse 77 personnes. Presque cinq ans sa détention, il devient alors plaignant dans une affaire de maltraitance qui l’oppose à l’État de la Norvège.

Breivik fait le salut nazi à l'ouverture de son procès le 15 mars 2016
Breivik fait le salut nazi à l’ouverture de son procès le 15 mars 2016 (Reuters)

Pour revenir à l’histoire, en août 2012, Breivik a écopé 21 ans de prison ferme pour avoir commis plusieurs crimes : il a tué 8 personnes à l’aide d’une bombe, il a tué 69 personnes, en majorité des adolescents, à l’aide d’une arme à feu, il a piégé et traqué près de 600 jeunes gens sur l’île d’Utøya et ceux-ci, pour la plupart d’entre eux, ont reçu une balle dans la tête. Pour ceux qui ne comprennent pas jusqu’ici les motivations du terroriste d’un autre genre, il faut savoir que c’est un nazi, ou plutôt un néo-nazi. Il mène une lutte acharnée contre le multiculturalisme comme le djihadiste le fait contre le modernisme. C’est bien rare d’entendre parler des néo-nazismes, mais ils existent et sont légion dans le monde.

Leçon d’une jurisprudence

Pendant son séjour en prison, Breivik, comme tous les prisonniers en Norvège, doit bénéficier des traitements dignes d’un tueur de son rang. C’est un « homme dangereux » et c’est la raison des laquelle, les échanges avec l’extérieur, notamment la suppression des contacts avec d’autres prisonniers (isolement) et le contrôle strict de ses correspondances (sélection, tri et fouille) lui sont imposés. Cantonné et retiré loin de ses paires dans un coin de trois cellules où il pouvait se mouvoir en vaguant à ses activités de loisirs comme les jeux vidéos et la gym, le prisonnier s’est senti en droit de demander réparation. Breivik, a donc considéré ce traitement « inhumain » et « dégradant ». Selon son avocat Øystein Storrvik, ce traitement témoigne du non respect, par la justice et l’État norvégien, des dispositions de la Convention européenne des droits de l’Homme, l’une interdisant les traitements « inhumains » et « dégradants« , l’autre garantissant le respect de sa correspondance.

Le terroriste préhistorique, s’estimant victime d’une injustice, a saisi la justice de son pays qui vient de lui donner parfaitement raison ce mercredi 20 avril 2016 en condamnant l’État de Norvège à lui verser 35.000 euros (près de 23.000.000 Fcfa) à titre de frais de justice. Je crois rêver !

Ce rêve, personne ne le ferait s’il n’a pas vécu les conditions d’incarcération que vivent les prisonniers dans ces pays africains, et plus particulièrement au Cameroun. Je me surprends donc à rêver de l’extrapolation de cette jurisprudence au Cameroun. Je me surprends en train de penser que cette manière de rendre justice, cette manière de dire le droit, aussi imparfaite soit-elle, n’est que la pure sorcellerie qui puisse exister et qui n’existe que sous d’autres cieux. J’imagine comment, au Cameroun, les voleurs de chaussures ou de biens quelconque sont traités comme des moins que rien. Passons.

Ce qui est plutôt intéressant dans ce qui vient de se passer à Oslo, ce n’est pas simplement le fait d’avoir dit le droit. C’est aussi et surtout le fait d’avoir condamné l’État, donc de reconnaître que l’État a commis une erreurs et s’est condamné elle-même en donnant raison à un terroriste. D’autres diront que la justice norvégienne n’a eu pour seul objectif que de faire appliquer la loi que l’État norvégien s’est doté lui-même et par conséquent, doit les respecter scrupuleusement. Soit. Mais, juger est le verbe qui découle de l’office du juge. Dans ce cas, le justiciable est l’État de Norvège et la justice est aussi celui du même Etat. En condamnant cet État, la justice l’aura jugé.

Une prison semblable à cette où est incarcéré le terroriste
Une prison semblable à cette où est incarcéré le terroriste (photo reuters)

 

Et l’Afrique…?

l’état de non droit qui caractérise le Cameroun a façonné les individus à telle enseigne qu’il devient difficile, même pour les juges, et je pèse bien mes mots, de donner raison à un assassin qui a été jugé coupables des crimes. Pour preuve, un tour à la Prison de New-Bell et celle de Kondengui donne donnera la chair de poule à tout visiteurs qui pourrait s’y aventurer. Les pensionnaires de ces prisons de Douala et Yaoundé et surtout de toutes les autres prisons du pays souffrent des maux les plus élémentaires de respect de la dignité humaine. Les problèmes de salubrité, de promiscuité dans des prisons surchargées, de maladies contagieuses et mortelles et de nutrition sont les plus récurrents.

Aucun prisonnier n’a pas le droit de revendiquer un traitement qui lui est dû. Combien sont-ils, ces prisonniers malades qui, le jour de leur libération, ont une santé plus fragile que le jour de l’incarcération à cause de la négligence ? Un environnement de ce type où pilulent les puanteurs, la chaleur, la saleté, et que sais-je encore, ne peut pas être propice à un épanouissement sain. Nous sommes tellement habitués à l’État de non droit, tellement habitués à nous contenter des humeurs des diseurs des loi à la place qu’il devient difficile de penser autrement. La saine application des lois par les juges saisis par un justiciable, fut-il déjà condamné à vie, ne peut étonner que ceux qui vivent sous le joug d’une justice infamante.

l’État de droit au Cameroun, ce n’est pas une histoire de demain ! Je reste et je me contente de rêver, pas d’un État qui donne raison aux terroristes, mais tout simplement d’un État qui respecte ses lois, car, comme le dit si bien Cocteau, un enfant qui ne rêve pas est un enfant dangereux.

En conclusion, la qualité de la justice reflète l’état de santé des droits et libertés de chaque pays.

Tchakounté Kémayou