Yves Tchakounte

Jeux Olympiques de Rio : 27 records mondiaux et 91 records olympiques ont été battus en 2016

La cité des dieux, favella de l’éponyme film, bénéficiera des installations sportives ultramodernes comme legs d’une revue internationale des nations sous fond de sport et jeux. Les Jeux Olympiques au Brésil n’ont peut-être pas été tributaires du Mondial de football de 2014 autant qu’on le pensait, mais le Brésil a sommes toutes gagné des paris qui lui rendront d’énormes bénéfices qui ne font que commencer.

RIO et encore…

Après toutes les peurs concernant la sécurité, le terrorisme, la Zika, les transports et les infrastructures jamais terminées (c’est le cas à chaque fois sauf quand ce fut au tour de la Chine en 2008), le Brésil a tenu et s’est raconté dans son entièreté non sans quelques couacs retentissants. L’image de l’eau de la piscine de plongeon devenue verte à cause d’une prolifération d’algues et un manque de produits chimiques a fait le tour du monde… Néanmoins, Rio De Janeiro s’est modernisé : nouveau métro, nouveaux quartiers, nouvelles infrastructures, villages olympique à transformer en logements sociaux…

Parmi les mauvaises notes, Patrick Hickey, 71 ans et chef des comités olympiques européens, a été arrêté par la police pour avoir revendu illégalement des tickets. Il a également démissionné de ses fonctions officielles.

Surmontant la concurrence d’entreprises américaines et allemandes plus robustes mais aussi plus chères et moins douées de fantaisie, deux entreprises italiennes ont assuré les cérémonies d’ouverture et fermeture, avec un rendu très brésilien : LA FÊTE!

Cet alibi a suffi au Cameroun pour travailler pendant 4 ans à un seul objectif, amplement atteint le soir de la cérémonie d’ouverture (avec sa pléthore de touristes comme d’habitude). Nous n’étions en effet pas là pour une médaille mais pour un titre : la délégation la mieux habillée à l’inauguration.

Cela fait, rien d’autre ne nous intéressait et ça s’est vu

La magie des jeux ? Un infantilisme contagieux. Certaines légendes ne perdent pas les vieilles habitudes. Des athlètes dans la légende. Grâce à leurs magnifiques performances sportives, certains athlètes sont rentrés définitivement dans l’histoire et d’autres ont commencé ou continué d’écrire la leur.

Si la gymnastique artistique est un spectacle… Simone Biles est un SHOW ! Cette gamine de 145 centimètres, américaine, est l’une des raisons pour lesquelles je pense humblement que les parents riches du sport ne doivent pas faire partie des disciplines olympiques. Les gymnastes et tous ceux qui écrivent l’athlétisme avec la force de leur corps et le dynamisme de leur cerveau sont des exemples de persévérance extraordinaire. Ils s’entraînent durement nuit et jour pendant 4 ans pour une médaille qui peut ne pas arriver. L’Américaine Simone Biles a dominé les épreuves de gymnastique artistique en remportant 4 titres olympiques et une médaille de bronze. Avec ce quadruplé en or lors des mêmes JO, elle rejoint quatre autres gymnastes dans la légende et souhaite maintenant réaliser ce quintuplé inédit à Tokyo en 2020.

Michael Phelps et Usain Bolt raflent des Médailles comme si c’était leur dû et promettent de se retirer, sans qu’on y croit vraiment.

On savait que le jeune sprinter canadien André De Grasse débordait de talent. On ne s’attendait pas à ce qu’il reparte de Rio avec trois médailles au cou, même si un podium au 100 m ou au 200 m n’était pas hors de portée pour lui.

Par contre, l’athlète qui a profité de ces jeux pour se faire découvrir est Penny Oleksiak. La jeune nageuse de 16 ans a remporté quatre médailles à la piscine et recevra plusieurs appels d’universités américaines de renom sous peu.

Le Canadien Derek Drouin a peut-être mis la main sur l’or au saut en hauteur, mais la finale du saut à la perche a été des plus spectaculaires. Le Brésilien Thiago Braz Da Silva et le Français Renaud Lavillenie ont enflammé le Stade olympique.

L’évolution de l’espèce…

Ces jeux olympiques de Rio ont vu de nombreux records mondiaux, olympiques et nationaux être battus par les athlètes. Un record mythique est tombé à Rio : celui de l’Américain Michael Johnson sur 400 m, qui était de 43 secondes 18. Le record du monde du 400 m avait déjà été hissé à des niveaux presque inhumains il y a 20 ans à Atlanta par l’inimitable Michael Johnson et amélioré ensuite.

Alors, 17 ans après, voir l’incroyable Sud-Africain Wayde Van Niekerk le battre comme s’il était seul dans la course laisse bouche bée et fait penser que les limites humaines sont plus loin qu’on ne croyait même si en même temps on n’imagine pas quel humain pourrait faire mieux.

Quand le Kenya est dans la place, les autres pays comptent sur la chance en athlétisme. Julius Yego est tombé mais n’a pas perdu… Ce Kényan atypique ne court pas. Avant de s’éloigner sur fauteuil roulant, le géant Kényan (Proportion musculaire énorme pour 1,75 m) était en tête et avait encore des lancers à exécuter… Son sport c’est le javelot et à cause de sa blessure il ne remportera que la médaille d’argent, pourtant il partait favori dans un sport où c’est lui le champion du monde. Sa particularité ? Un champion qui s’est surtout entraîné en regardant des vidéos sur YouTube.

Dur pour la Sud-Africaine Kaster Semenya, indiscutable championne des 1500 mètres. Continuer à gagner haut la main et voir ses concurrentes refuser de lui serrer la main… Son tort ? Elle est née dans un corps d’homme et est donc femme, comme l’ont prouvé tous les examens médicaux. Déjà pas sympathique dans la société puisque “intergender”, même le sport devient pour elle un problème : conditionnée par le jugement des autres et ses résultats époustouflants. Pourtant, dans le passé, on a accepté des hommes devenus femmes et maintenu des médailles de femmes devenues par la suite hommes. Alors pourquoi lui imposer l’humiliation d’une cure hormonale ?

Ce qui arrive à Rio en pleine mondovision au marcheur français Yohann Diniz alors qu’il devançait le deuxième de 42 secondes et avait pris une option sérieuse pour gagner l’épreuve des 10.000 m est loin de faire rire mais il a eu ses besoins qui pressaient, et a dû réfléchir pour choisir entre quitter la course et chercher des toilettes ou continuer. Il s’est soulagé en courant et il a finalement abandonné, mais pendant de nombreux kilomètres il a continué avec tout son paquet qui coulait de son froc.

Les États-Unis n’ont pas dominé autant qu’à l’habitude au basket-ball masculin, mais ils sont parvenus quand même à gagner, pareil pour les filles.

Un esprit olympique à géométrie variable

Selon la définition du Comité international olympique (CIO), l’esprit olympique « exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». Malheureusement cette philosophie n’a pas toujours été présente au Brésil que ce soit au niveau des athlètes, des institutions ou du public. On pense notamment au judoka égyptien Islam El Shehaby qui a refusé de serrer la main de son adversaire israélien Or Sasson ou encore au public brésilien qui a souvent sifflé les adversaires de ses propres sportifs. Que dire de la décision de la Fédération internationale d’athlétisme d’autoriser le relais 4×100 m américain dames à recourir seul alors que les Américaines avaient été éliminées lors des séries ?

Des athlètes brésiliennes des jeux Olympiques de Rio ont exprimé leur ras-le-bol d’être victimes d’agressions racistes ou autres sur les réseaux sociaux et sont passées à la contre-attaque. « Cette médaille est pour tous ceux qui ont dit que je devrais être dans une cage », a lancé la judoka noire Rafaela Silva, les larmes aux yeux, après avoir remporté l’or dans la catégorie des 57 kg.

Les JO de Rio sont ceux qui ont battu jusqu’ici le record de la vente et de la distribution des préservatifs.

Dans la catégorie des poids lourds à 91 kg, il a suffit de 23 secondes et un seul coup de poing au Nigérian Efe Ajagba pour venir à bout de Nigel Paul de Trinidad & Tobago. Le pugiliste a dit : « j’ai pensé à toute la rage que j’ai envers le gouvernement nigérian, j’ai renfermé ça dans un seul poing, je le l’ai allumé, je l’ai étendu et je me suis libéré ! »

La nouvelle la plus absurde

L’absurde ici est certainement l’histoire du faux vol à main armée impliquant la vedette américaine de la natation Ryan Lochte et trois de ses coéquipiers. Il sera intéressant de voir de quelle façon réagiront ses commanditaires.

Ces Jeux olympiques de Rio ont été marqués par l’arrivée de nouveaux pays sur la scène olympique et d’anciens pays qui ont enfin goûté aux joies du titre olympique. Parmi les pays faisant leur entrée aux JO le Kosovo, qui a tout de suite été sacré grâce à Majlinda Kelmendi en judo. Dès sa première participation, le Kosovo a remporté sa première médaille, la première en or. Les Îles Fiji aussi ont assuré, dès leur première apparition elles ont remporté le premier tournoi de rugby des jeux, qui se joue ici à 7 et non à 15.

Les JO à Rio ont trouvé leur reine pour les communicateurs brésiliens. Il s’agit de l’impressionnante éthiopienne Almaz Ayana, son nom est partout. Battre le record de 5000 m de 12 secondes… il faut le faire !

On observe un phénomène pour le moins troublant à la natation, mais nos médias semblent juger qu’il s’agit d’un sujet tabou…

Cela a été dit clairement, les Noirs peuvent aussi gagner dans la natation

Depuis que Simone Manuel est devenue la toute première femme Noire à remporter l’or olympique en natation, le débat est ouvert sur une discipline où, jusqu’ici, pour plusieurs raisons les Noirs n’ont pas brillé. Pourtant, on devrait se réjouir du fait que ceux qui, historiquement, dominent dans ces disciplines reconnaissent le potentiel de ces athlètes. N’empêche que le débat autour de la domination de plus en plus nette des athlètes Noirs, qu’ils soient d’Afrique, d’Europe, d’Océanie, ou des Amériques est un des plus farfelus de toujours.

Certaines revue scientifiques n’ont rien trouvé de moins que de parler “d’avantage génétique”. Loin de faire plaisir, c’est une nouvelle tentative de diminuer ce qui est le résultat de beaucoup de travail et d’abnégation. On insinue même que c’est injuste de faire courir ensemble un guépard et une tortue. Comme si le monde n’était pas déjà assez cruel envers une communauté raciale qui pousse chaque jour ses capacités physiques aux limites pour prouver qu’elle mérite d’exister.

Ce sont eux qu’on voit aux abords des routes comme éboueurs, dans la mer en train de nager vers l’espoir, dans nos villes, campagnes et brousses en train de courir pour la survie ou encore dans les ports comme dockers, dans les aéroports comme bagagistes, dans les champs et les mines des entrailles de la terre comme ouvriers dès qu’ils sont gamins ou sur les chantiers comme manœuvres. La relégation des Noirs aux tâches manuelles, physiques et musculaires est notoire, c’est une vieille histoire dans un monde hyper-technologique. Ce sont ces efforts corporels qu’ils répètent et étendent au sport. C’est pareil dans une équipe de foot. Avant de gagner autant et désormais plus que les autres, ce sont eux les tâcherons, ceux qui doivent courir jusqu’à se damner la langue au genou. Empaquetez tout ça et retrouvez-le aux Jeux Olympiques comme décharge de frustration et vous n’aurez pas envie de manquer de respect à ces athlètes en les minimisant comme “racialement prédisposés”.

C’est pour ça que l’olympisme est la plus grande vitrine humaine

Depuis que Tommie Smith et John Carlos ont levé le poing à Mexico en 1968 pour attirer l’attention sur le sort des Noirs aux USA, le monde a assisté à des choses telles que l’attentat activiste des palestiniens en 1972 à Munich, la volonté de boycott des Fédérations Africaines en 1976 pour attirer l’opinion sur le sort des Noirs en Afrique du Sud (alors que l’Afrique du sud blanche et raciste était admise), ou encore au choix cette année à Rio de faire participer, aux frais du CONI, comme 207ième délégation, des athlètes apatrides, inexistants dans leurs propres pays, parce que sans droits. Ça fonctionne mieux que l’ONU où ne triomphe que la supercherie et la brutalité.

Curieusement, le souvenir d’une photo de Mexico en 1968 hante encore les esprits. Cette année-là, un Américain Blanc reste impassible sur le podium pendant que les Noirs qui sont avec lui lèvent le poing. Cela n’a pas fait l’objet d’un tollé contre l’athlète Blanc qui ne lève pas le bras. En revanche, cette année, il y a eu une réaction quand l’américaine Gabby Douglas n’a pas posé la main sur sa poitrine au moment de l’exécution de l’hymne national américain. Tandis que chez Gabby Douglas ça n’a eu aucune incidence, l’américain Blanc, à l’époque comme aujourd’hui savait, très bien que soutenir le combat pour la dignité des Noirs signifiait bien plus que “Black Lives Matter », car ça voulait dire améliorer sont pays en donnant des chances à tous de le servir avec conviction.

Cette responsabilité, L’Éthiopien Feyisa Lilesa l’a prise sur lui. Au terme du marathon, dans la dernière épreuve, il a mis en évidence le problème des arrestations abusives d’activistes dans son pays. Il a traversé la ligne d’arrivée les bras croisés, geste qu’il a expliqué au moment de la remise de sa médaille d’argent. À cause de son geste, il risque désormais la mort. Il a jeté un pavé dans la mare, sans vouloir gâter la fête de clôture à personne.

Fête mouillée, fête fortunée… L’interminable dernière nuit de Rio est revenue sur le peuplement du Brésil, les autochtones Guaranì et leurs souvenirs endeuillés par des génocides, nostalgie de ce que nous avons été, européens conquérants, africains déportés régénérés par des religions comme le Candomblé…

La tribune a revu le président du Comité Olympique International, Bach. Précédé par un discours charmeur vis à vis du Brésil, l’Hymne Olympique, sous la pluie autant réelle qu’artificielle, le président a remis les honneurs au Premier Ministre Japonais venu en personne recevoir la torche. Il a signifié ce que veut dire pour son pays reprendre l’organisation du plus grand rassemblement humain après l’expérience de 1964. Il a dit merci pour 3 motifs : le soutien des populations japonaises, leur courage après le désastre de Fukushima en 2011, et merci aussi de vouloir encore organiser ces JO après 1964…. Et merci pour les Jeux fantastiques de Rio.

Le président intérimaire du Brésil a refait son show trilingue. Selon ses mots, l’autoestime d’être Brésilien s’est accrue. Les Brésiliens ont la médaille d’or en tant que public de tous.

27 records mondiaux et 91 records olympiques ont été battus. Une fois de plus la grande joie de vivre a célébré la diversité qui est notre plus bel enrichissement.

Les jeux sont terminés ?

Non! Les Jeux Paralympiques Rio ont commencé. Ne leur faisons pas manquer notre attention.

On est à Rio…

Alors CARNAVAL!

Mathias Mougoué Lionking


21 août 1986 : je me souviens de la catastrophe du lac Nyos

C’était un jour pas comme les autres. Les Camerounais s’étaient réveillés de bonne heure ce jour-là et, stupéfaits, avaient constatés qu’à Wum plus de 1800 de ses enfants, parents, frères, sœurs et compatriotes, avaient disparu dans la nuit. Personne ne sait ce qu’il s’était passé. La source officielle révéla quelques jour après que le lac Nyos avait littéralement explosé. Ce lac était en fait un ancien cratère d’une montagne volcanique de plus de 1100 m d’altitude. Le volcan inactif depuis des années a développé une nappe de CO2 en profondeur qui a laissé échapper son gaz (du dioxyde de carbone).

Je me souviens de ce 21 août 1986 : 5H30 du matin, mon père m’a réveillé brutalement. ce réveil était tellement brutal et inattendu que j’ai eu peur pour la première fois de ma vie. Pas une simple peur hein. Ce genre de peur qui brutalise au point de vous arracher le cœur. La première idée qui m’est venue en tête, c’est que la maison était en train de prendre feu. Nous habitons un quartier populaire et populeux où la promiscuité était la règle. Les incendies de maisons étaient légions et le manque de voies de circulation ne donnait pas la possibilité aux véhicules des sapeurs pompiers de pénétrer dans le coin. Le camp des sapeurs pompiers situé à Ngodi Akwa est pourtant à 10 minutes max de chez nous. La brutalité dont mon père avait fait preuve pour me réveiller, m’avait donc donné l’impression que la maison prenait feu.

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Image : Wikipedia

Je me suis d’abord posé la question de savoir pourquoi c’est lui qui était venu me réveiller alors que je partageais la chambre et même le lit avec mes sœurs aînées. Où étaient-elles passées ? Pourquoi étais-je seul dans la chambre ? Peut-être n’avaient-elles pas eu le temps de me réveiller et ne pouvaient donc pas s’aventurer dans une maison enflammée. J’était tout petit à l’époque et je fréquentait l’école primaire de la mission catholique du coin, à quelque mètres de la maison familiale. Le mois d’août étant une période de vacances au Cameroun, les jeunes s’exerçaient aux petits commerces pour préparer la rentrée scolaire. Chaque matin, très tôt, mes soeurs allaient à la débrouillardise. J’étais donc seul dans la chambre où mon père avait foncé en courant et je l’ai entendu crier à tue-tête : « Oh dormeur! Vient-là! Vient, vient, quelque chose de grave se passe-là ». « C’est quoi papa, qu’y a-t-il à cette heure?, encore le feu? ». « Non! », s’écria-t-il pour me rassurer. Dès que j’ai entendu le « non » de mon père, j’ai ressenti une décrispation et un soulagement de ne pas voir toute ma famille en détresse en se lamentant d’avoir tout perdu dans la fumée. J’avais juste horreur de cette situation que vivaient ces voisins qui perdaient tous leurs biens en fumée. C’était choquant et désespérant. Cette situation me hantait chaque jour. Je me regardais en train de pleurer si cela nous arrivait un jour.

Dieu merci, le « non » me réconforta, mais mon père s’était aperçu que sa réponse ne n’avait pas ému et il ajouta « vient voir la tété, beaucoup de gens sont morts ». J’ai juste eu le temps de me débarrasser de mon oreiller, et hop, mon géniteur de père n’a même pas attendu que je prenne mes béquilles. Je me suis retrouvé dans ses bras et l’époque où j’avais deux ou trois ans m’est tout à coup revenue à l’esprit. Qu’est-ce que je me sentais bien dans les bras de mon père!

Ce 21 août 1986, le salon était plein de monde. Les voisins étaient déjà là comme s’il y avait eu un deuil dans la maison. Tout le monde avait les yeux fixés au petit écran où des corps inertes défilaient. Je me suis retrouvé affalé dans un fauteuil sans avoir eu le temps de savoir qui était là, sans avoir eu le temps de dire « bonjour » à mes voisins comme je le faisais d’habitude. La maison familiale était devenue, depuis le lancement de la télévision nationale camerounaise (CTV), une salle de visionnage, pour ne pas dire une salle de cinéma. En 1986, cela faisait un an que la CTV avait vu le jour. Le poste de TV était, à cette époque, un appareil de luxe. C’était l’époque où être fonctionnaire n’était pas donné au premier venu. La fonction publique pouvait encore se targuer d’avoir une grille de salaires digne de ce nom. Nous appartenions donc à une classe de privilégiés.

Le geste de mon père pourrait surprendre certains, on peu en effet se demander « mais pourquoi un père réveille-t-il brutalement un gamin de l’école primaire juste pour lui faire suivre une actualité qui était loin d’être une de ses préoccupations? ». Cette question est bien sensée dans la mesure où l’actualité n’est pas l’affaire des enfants, surtout les jeunes enfants ayant le niveau du primaire. Heureusement, oui je dis bien « heureusement » que mon père a eu le réflexe de faire ce geste, parce que ce geste-là a eu un impact sur ma personnalité. Un impact qui a amené certains à dire que j’étais trop pédant et que je devais m’occuper des choses de mon âge. Papa avait cette habitude, qui reste encore gravée dans ma mémoire : il se réveillait chaque matin et dès 5H30 il allumait sa mini chaîne Hi-Fi en haussant le volume au maximum pour suivre son journal. Pour nous, cela faisait office de réveil. Personne ne pouvait plus dormir à cette heure-là. Même les voisins s’y étaient habitués. C’était devenu le rituel de mon père chaque jour avant son départ pour le bureau.

Papa avait l’habitude d’acheter les tabloïds qui paraissaient à l’époque. Je me souviens des quotidiens comme Cameroon Tribune, la presse gouvernementale, ou même des hebdomadaires comme Le Combattant, Le Messager et beaucoup d’autres titres que j’oublie maintenant. Papa avait cette discipline, d’ailleurs il l’a gardé jusqu’aujourd’hui, de se mettre à l’écoute de la radio à chaque fois que l’heure des informations sonnait. C’est d’ailleurs une habitude propre aux personnes de sa génération. Issues d’une éducation coloniale, cette génération avait appris une certaine manière de se cultiver. Etre à la page de l’actualité était devenu sa seconde nature. Je disais donc que papa a cette habitude d’allumer son poste radio aux heures des journaux parlés du poste national, d’Africa N°1, de RFI et de BBC. C’est un fervent auditeur des différents journaux. D’un caractère craint pour sa forte personnalité, il n’était pas un papa disposé au dialogue, même amical. J’ai donc pris mon courage à deux mains pour venir lui demande tout gentiment un jour : « Papa, l’actualité-là te sert à quoi? ». Cette question était juste le fruit d’une réflexion d’enfant naïf. Cette naïveté était compréhensive pour la simple raison que je m’étais un jour rendu compte que papa dépensait énormément d’argent simplement pour lire et écouter les journalistes. Comme réponse, mon père me lança laconiquement: « Où est ton problème? ». Médusé, je me retirais en me promettant d’en savoir plus… Par curiosité, je m’étais penché un jour sur la paperasse posée dans un petit coin du salon où personne n’avait accès. Ma curiosité était osée, à telle enseigne que ma mère eut le temps de m’attraper par la taille de ma culotte kaki en criant : « Sorcier, passe ici, tu connais lire? ». Face à cette violence inouïe, je ne désespérais pas pour autant.

Si ce n’était pas ma mère qui venait me chasser, c’étaient mes sœurs aînées qui ne supportaient pas de me voir en train de toucher aux affaires de papa. Chez nous, toucher à un objet appartenant au père était un manque de respect criant. Je méritais à chaque fois des punitions qui me coûtaient même des bastonnades légendaires. Puis, je me souviens avoir regardé longtemps papa en train de lire un journal. Il s’en était rendu compte. Curieusement, papa m’a souri. C’était la première fois que mon père me souriait. Les papas Africains ont l’art d’être nerveux avec les enfants. C’étaient même des papas fouettards, des papas écervelés. C’était l’éducation qu’ils avaient reçue des colons. Que c’est dingue! Papa ne m’avait jamais fait venir pour contrôler mes cahiers le soir. C’était l’affaire de mes sœurs aînées. J’étais donc surpris qu’il fit un geste en me tendant une page de Cameroon Tribune en disant à haute voie : « Lis cette partie et tu m’expliques ». Une de mes sœurs aînées, nous ayant observé, se mis à crier en s’adressant à papa (et en m’humiliant par la même occasion) : « Tu lui donnes le journal alors qu’il devrait d’abord lire son cahier! ». Je sentais déjà le coup de gifles qui allait venir de papa. Je me suis donc tenu à distance raisonnable. Mon père a juste répondu à ma soeur, avec une sorte de défi : « Ne t’en fait pas je lui donne juste un paragraphe. S’il ne réussit pas à me le lire, il sait lui-même ce qui l’attend ». Voilà, le défi était lancé et je n’avais donc pas droit à l’erreur.

Je savais intérieurement que je n’allais pas réussir. Mais, au lieu d’abandonner, j’avais pris le risque de m’aventurer. Il fallait juste lire un paragraphe et celui-ci était lié aux effets du coup d’Etat manqué que le Cameroun avait connu en 1984. Ce coup d’Etat manqué avait alors obligé l’ancien président démissionnaire Amadou Ahidjo, accusé d’en être l’auteur, de s’exiler au Sénégal. A la fin de cette lecture fastidieuse, mon père me posa la question suivante : « Sais-tu où se trouvait l’ancien président Camerounais avant que tu ne lises ce journal? ». Ma réponse fut immédiate : « Non ». Il renchérit alors en disant : « Répond maintenant à ta question de savoir pourquoi je lis les journaux et pourquoi j’écoute la radio tout le temps ». Son geste du 21 août 1986 allait donc dans le même sens : me faire découvrir, par moi-même, le rôle des médias.

Il était rare qu’un enfant s’intéresse un peu à l’actualité à l’âge de l’école primaire . Ma passion pour le monde médiatique est donc venue de mon père et de cette fameuse catastrophe du lac Nyos. A un moment donné, je me suis posé la question de savoir comment mes compatriotes Camerounais et moi même aurions nous été informés de cette hécatombe à quelques centaines de kilomètres de Douala (ma ville de résidence) si la télévision nationale n’avait pas encore commencé à émettre cette année ?
Je me souviens que ce jour-là j’avais vu le pays s’arrêter le temps d’une prière pour que l’âme des morts repose en paix. Je me souviens que ce jour-là, et ce pendant plusieurs jours d’ailleurs, je passais toute la journée devant le petit écran au point que ma mère donna des avertissements à son mari en ces termes : « la boîte à image que tu as mise dans la maison risque de rendre mon fils fou. Il ne mange même plus hein ». Je me souviens avoir appris qu’un bébé avait été le seul survivant et que, depuis ce jour-là, les informations sur la vie de cet enfant étaient presque introuvables dans la presse. Je me souviens aussi que, pour la première fois depuis la démission du président Amadou Ahidjo, un débat enfumait l’opinion : au sujet du lac Nyos, pendant que les uns se posaient des questions sur les causes de la catastrophe, les autres avaient déjà trouvé la réponse, c’étaient les Israéliens ou les américains qui venaient tester leur bombe et le président Paul Biya avait reçu beaucoup d’argent pour ça. Je me souviens que ce lac avait été visité par tous les scientifiques du monde pour nous dire exactement ce qu’il s’était passé. Jusqu’aujourd’hui, aucun d’eux n’a donné la véritable cause de la mort de ces milliers de Camerounais. Pendant que les uns parlent de dioxyde de carbone, les autres évoquent plutôt le CO2, et les autres encore un poison toxique. Quant à la population, elle criait à la manipulation en disant que les autorités étaient impliquées.

J’ai parcouru l’actualité à cet âge où les enfants ont habituellement comme activité des jeux et rien que des jeux. Je pouvais, grâce à la permission de papa, fouiller dans tous ses journaux. Je passais la journée entière à lire, j’étais devant l’écran de TV comme si je ne voulais pas louper une seule seconde d’infos. Cette habitude m’est restée collée à la peau comme ma doublure. Quand j’observe mes cadets lycéens ou étudiants qui peuvent passer une journée sans lire un journal, sans regarder le journal télévision le soir, je me demande bien comment c’est possible. Je me rappelle, pour finir, qu’un jeune avait passé son examen de BTS en s’inscrivant directement en 2ème année. A ma question de savoir comment pouvait-il aller en 2ème année sans passer par la 1ère année et décrocher son BTS en 1 an, là où beaucoup d’étudiant en font deux, il m’a juste répondu : « Grand frère, j’ai juste suivi tes conseils : il faut lire les journaux. En lisant Cameroon Tribune et Le Quotidien de l’économie chaque jour, l’actualité économique m’a suffit pour décrocher mon BTS en Commerce International ».

Voilà qui est bien dit!

A bon entendeur, salut!


Qui a peur de la diaspora camerounaise ? (2/2)

A la question de savoir si la peur de la diaspora est un fait, on peut répondre, à la suite du premier billet de cette série : « oui, la peur de la diaspora camerounaise est un fait ». Mais, au Cameroun, cette peur est construite à partir des sphères du pouvoir politique. L’objectif premier, après l’indépendance du Cameroun francophone en 1960, était d’anéantir toute velléité de contestation, car dans l’imaginaire, la diaspora est considérée comme une partie du peuple qui, frustrée par la mal gouvernance, a choisi d’aller chercher le mieux-vivre ailleurs. Cette idée s’est donc répandue dans l’opinion et tout le monde en est convaincu au point de considérer les Camerounais de la diaspora comme des « rebelles », des « subversifs », des « opposants » au régime de dictature de Yaoundé.

Manifestation du CODE (Collectif des démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise) à Paris le 06 novembre 2011. Crédit photo: CODE
Manifestation du CODE (Collectif des démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise) à Paris le 06 novembre 2011. Crédit photo: CODE

La construction de la haine et du mépris contre les Camerounais diasporiens ayant une double nationalité

Ce construit a, malheureusement, été possible à travers des imaginaires injectés et véhiculés par les médias traditionnels. Ces imaginaires sont surtout des contes de fée, des infos triées à la volée pour mettre à nue les comportements de mauvaises mœurs. Pire encore, ces gens de la diaspora font souvent l’objet d’accusations pour atteinte à la sécurité du chef de l’Etat et de sa garde rapprochée en visite à l’étranger.

En plus de ces imaginaires, quelques-uns, par fanfaronnade et même par mimétisme, s’illustrent à des comportements d’une ostentation d’opulence évidente. Cette abondance matérielle peut être considérée, sans aucun doute, comme l’une des preuves palpables de la réussite personnelle et professionnelle. À titre d’exemple, tous ceux qui jouent au football ont en projet le décrochage d’un contrat dans un grand club européen. Cette mise en évidence de la réussite à l’extérieur a un effet dévastateur dans la mesure où elle tend à décrédibiliser les compétences internes. On va donc considérer les footballeurs professionnels comme les meilleurs joueurs. Pour sélectionner les joueurs de l’équipe nationales des Lions Indomptables de foot, par exemple, la priorité sera donnée aux professionnels. Cela est visible dans tous les corps de métiers. Evidemment, c’est une situation très mal vécue au Cameroun où les jeunes bien que compétents et restés au pays se sentent toujours lésés dans l’accès à l’emploi et la considération dont ils ils méritent. C’est aussi une situation très par ces jeunes qui pensent tout naïvement que la meilleure solution de réussite dans la vie, c’est d’émigrer.

Les Camerounais ayant émigrer ont fini par s’établir à l’étranger au point d’y faire leur vie. L’obtention de la nationalité du pays d’adoption devenant une nécessité pour une intégration réussie, a fini par servir de prétexte aux pouvoirs publics pour insinuer que les détenteurs de la double nationalité ne sont plus Camerounais. Le sabortage de la diaspora commence donc à prendre de l’ampleur. De plus, l’imaginaire construite autours de cette catégorie de Camerounais suscite et favorise, au finish, cette haine de la population camerounaise en les mbenguistes qui deviennent aussi arrogants et imbus de leur personnes. Cet imaginaire construit et nourri par le politique s’est déjà retrouvé au sein des familles et de la population camerounaise où les opinions sont maintenant tranchées. De fil en aiguille, l’opinion commence à prendre fait et cause pour une politique d’exclusion de la diaspora des affaires du pays.

Le débat sur les enjeux de la double nationalité : les positions tranchées sur la déchéance de nationalité

Ce débat de la double nationalité, impulsé par le SDF à l’Assemblée nationale en 2014, avait été au centre de discussion au Pavillon Dauphine à Paris lors de la rencontre entre le président Paul Biya, en visite officielle en France, et les Camerounais de la diaspora le 24 juillet 2009. A cette occasion, intervenant sur trois préoccupations majeures, Paul Biya a eu trois attitudes bien perceptibles. D’abord, pour le processus démocratique, le président a reconnu, à juste titre, que « tout n’est pas parfait…, il faut corriger les insuffisances ». Ensuite, quant au vote des Camerounais résidant à l’étranger, la promesse de « prendre part aux prochains scrutins électoraux » a été émise. Enfin, pour boucler la boucle, Paul Biya ne va pas du dos de la cuillère pour enfoncer le clou sur la question de la double nationalité. Il a ainsi qualifié les Camerounais de double nationalité de « concitoyens qui ternissent l’image de notre pays sous divers prétexte… ». Ici, la sentence est claire, bien que le vote des Camerounais à l’étrangers sera probablement validé pour la première fois de l’histoire, les détenteurs de la double nationalité ne sont pas les bienvenus.

Le SDF, a fait déposer, par ses parlementaires conduits par le vice-président du parti l’Honorable Joshua Osih, une proposition de loi modifiant et complétant la loi n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968. Elle avait été déposée au bureau de l’Assemblée nationale, plus précisément le 12 mars 2014 en session plénière de la chambre. Depuis cette date, elle reste dans le tiroir du président de ladite chambre Cavaye Yéguié Djibril qui, par ce fait, a déjà violé le règlement intérieur qui stipule que « lorsque, à l’issu de deux sessions ordinaires, une proposition de loi n’a pu être examinée, celle-ci est, de plein droit examinée au cours de la session ordinaire suivante ». Cette proposition de loi du SDF amendait, justement, l’article 28 en réhabilitant les Camerounais de double nationalité dans leur droit de jouissance de leur nationalité d’origine

La question qui persiste est alors celle de savoir pourquoi cette frilosité de Yaoundé devenue finalement une obsession, depuis 1966, envers la diaspora ? Est-ce vraiment pour des raisons de vandalisme par le fait qu’ils « ternissent l’image » du Cameroun ? Trois thèses s’opposent en guise d’éclairage pour comprendre les raisons de cette manifestation de haine.

Première thèse : la double nationalité comme une arme de protection du potentat et ses sbires

Cette thèse est centrale pour des analystes qui considèrent la chute du pouvoir de Yaoundé, à la suite de la mort ou de la vacance du président, comme le début d’une bataille. Pour eux, la fin du régime augure des lendemains incertains qui amènent les différentes factions du contrôle du pouvoir à se préparer pour une lutte de succession. Cette incertitude est donc fondée ici par un fait : plusieurs membres du gouvernement, toutes les élites politico-administratives et même économique sont détenteurs d’une double nationalité. La possession d’une nationalité étrangère est une garantie, en cas de troubles socio-politiques, pour échapper à toute poursuite judiciaire du pays d’origine. Ainsi, une éventuelle crise les amènera à prendre la poudre d’escampette en direction du pays d’adoption. Selon la loi de 1966, ils seront alors exempts de poursuites judiciaires du fait de leur double nationalité qui les considère plus comme des Camerounais. D’ailleurs, les libérations de Thierry Michel Atangana le 24 février 2014 en prison depuis 1997 et de Maître Lydienne Yen Eyoum le 4 juillet 2016 en prison depuis 2010, tous détenteurs de la nationalité française, sont des exemples légendaires.

Pour le moment, ils dissimulent cette nationalité étrangère et organisent la prévarication sous l’identité camerounaise. Pour les tenants de cette thèse, la logique de cette dégringolade des mœurs et la résurgences exubérantes des malaises sociales (éducation, santé, transport, sport et infrastructures sociales) vient donc du fait que ce sont les étrangers qui gouvernent le Cameroun. La presse avait fait échos de cette sortie du célèbre footballeur Camerounais Roger Mila qu’on avait surpris en train d’accomplir son devoir de vote à l’ambassade de France lors du scrutin présidentiel du 6 mai 2012. Le footballeur Africain du siècle n’était pourtant pas le seul à être aperçu à l’ambassade pour voter. Mais, à la question de savoir pourquoi un Roger Mila, ayant perdu sa nationalité Camerounaise est nommé « Ambassadeur itinérant » et jouit, par conséquent, du droit camerounais ?

Deuxième thèse : la double nationalité comme épée de Damoclès à tête chercheuse et infligée aux emmerdeurs

Cette deuxième thèse est la plus répandue. La loi sur la double nationalité est faite pour écarter les éventuels « suspects » de la mangeoire. Il suffit tout simplement qu’une situation se présente pour qu’on évince quelqu’un sous le prétexte qu’il a une double nationalité. Cette loi, en plus d’être un instrument de protection des membres des différents clans du pouvoir, est en même temps un outil d’anéantissement pour toutes ces têtes qui ne plaisent pas. Ici, la presse, encore elle, avait fait écho de ce que l’artiste Ndedi Eyango, vainqueur à l’élection de la présidence du conseil d’administration (Pca) de la société civile camerounaise de l’art musical (Socam) spécialisée en droits d’auteurs, avait été évincé juste après sa victoire le 2 novembre 2013 du fait de sa double nationalité par le ministre des arts et de la culture. Même le recours gracieux introduit à la chambre administrative de la Cour suprême avait été rejeté le 12 mars 2014. Cette jurisprudence, démontre, à juste titre, l’attention à apporter à cette loi qui, vraisemblablement, ne semble pas être prise au sérieux. Beaucoup interprètent diversement cette loi sur la déchéance de la nationalité camerounaise. Pour les uns, cette déchéance ne peut être effective qu’à la suite d’un décret du président de la République, précédé par une demande de l’intéressé. Tandis que d’autres estiment que la déchéance a lieu immédiatement après avoir obtenu la nationalité étrangère.

Troisième thèse : la double nationalité comme, à la fois, un instrument de régulation et de sécurisation de l’identité camerounaise, mais aussi comme un instrument d’expression du nationalisme, de la purification

Cette thèse fait appel à une idéologie conservatrice dont le versant est la sécurité de l’identité et le revers représente la face cachée de l’anti-diaspora. Celle-ci prend ses sèves dans l’idéologie droitiste. Autrement dit, les tenants de cette thèse estiment, à juste titre, que ceux qui optent pour une nationalité étrangère doivent assumer leur décision jusqu’au bout. Il n’est plus question de revenir revendiquer une quelconque identité sous le prétexte qu’on est Camerounais d’origine. Ils sont déjà considérés comme des étrangers et doivent le demeurer sans autre forme de procès.
Cette posture de victimisation décriée par la diaspora est une forme de politique de ségrégation qui est perçue ici, d’abord comme une sanction. Les Camerounais de la diaspora sont considérés comme des gens qui ont fui la misère du pays natal en refusant de participer à l’effort collectif pour aller s’engouffrer dans un eldorado où les conditions de vie sont nettement supérieures à celles du pays d’origine. Cette thèse stipule que : du fait de leur double nationalité, les Camerounais de la diaspora ne doivent jouir des droits et des avantages de deux pays à la fois. Il leur est reproché de jouer au double jeu que confère cette double nationalité : « manger chez les Blancs et venir profiter des miettes qui restent pour les compatriotes restés au pays ».

Politiquement, ce comportement se traduit par le fait que ces Camerounais refusent de rentrer au bercail et attend les fruits de la lutte pour s’accaparer des miettes qui restent. Le bon sens voudrait qu »ils reviennent au pays se battre pour la libération tant recherchée. On fait le reproche à cette diaspora de rester hors des frontières en incitant les jeunes restés au pays à organiser une révolte, un mouvement social qui peut avoir comme conséquence un affrontement avec l’armée. Les tenants de cette thèse sont formels et arguent que c’est la diaspora qui est l’instigatrice de certaines violences et soulèvements qui se soldent par des centaines de morts : « C’est très facile de rester à l’Etranger et d’encourager les jeunes d’aller dans la rue se battre avec le BIR ». Pendant que les jeunes se battent sur place au pays contre la vie chère, ceux de la diaspora mènent une vie douillette. L’incitation à la révolte ici ne serait qu’une poudre aux yeux, car une fois la « révolution » terminée, du fait de leur capital culturel envieux, ils reviendront en triomphe pour occuper les postes et jouir des droits qui ne leurs reviennent pas.

Ensuite, cette politique de ségrégation est perçue comme une forme de récompense pour la simple raison que l’obtention d’un visa étudiant est considérée comme une forme d’emploi qu’on a décroché. Ici, le départ pour un pays comme la France, par exemple, est un signe de garantie d’un SMIG à défaut d’avoir trouvé un emploi décent. C’est ici qu’on comprend mieux la nécessité de l’obtention d’une nationalité du pays d’accueil. La facilitation de l’intégration socio-économique en dépend. Les tenants de cette thèse considèrent que ce statut de la diaspora confère aussi à l’individu un capital économique important. Le jeune migrant bénéficie souvent d’un financement provenant soit des contributions des membres de la famille, soit d’une tontine ou d’un emprunt. C’est donc un investissement que lui-même ou la famille est appelée à rembourser dans un délai raisonnable. Ce statut de diaspora ne lui donne plus le droit de revenir disputer du peu de privilèges qui restent au pays natal.

Une politique de ségrégation considérée, enfin, comme une forme d’acculturation. Ici, le reproche qu’on fait à la diaspora c’est simplement d’être coupé de son milieu naturel. Une fois qu’ils arrivent de l’autre côté de l’océan, ils perdent quelques habitus et réflexes naturels. Ils ne savent plus rien du train-train quotidien qui évolue aussi vite que comme le temps qui passe. Même la présence des Nouvelles Technologies de l’Information dont ils se vantent d’avoir dompter la maîtrise est bien loin de leur faire vivre l’atmosphère tenaillé par un soleil de plomb en plein Douala, par exemple. Contrairement aux deux autres reproches qui mettaient l’accent sur le potentiel dont ils jouissent, ici, il y a plutôt un déficit de capital, en l’occurrence, le capital social. Le nivellement par le bas est perçu à travers le déracinement. Ils sont, dès lors, considérés comme les étrangers car ils ne sont plus au courant de rien.

Leur recours n’est que financier malgré les informations dont ils peuvent disposer. Par contre, le capital social, au niveau du pays d’accueil est valorisant grâce au capital culturel, mais aussi économique. En d’autres termes, plus le capital culturel et le capital économique sont forts, plus l’ancrage dans un système de réseaux sociaux ne sera que puissant et valorisant. Si les tentacules de ses réseaux arrivent au niveau des clans du ou proche du pouvoir de Yaoundé, alors, le système devient de plus en plus puissant. Mais, cette puissance n’est pas une garantie du fait de la complexité et l’hermétisme des réseaux claniques.


Afrique du Sud : sanctionné dans les urnes, l’ANC devient un parti des ruraux

Là où il y a la démocratie, le parti au pouvoir cristallise l’expression de toutes les déceptions et mécontentements à l’occasion des élections. Et le peuple mobilisé fait le job.

Comme le Nigeria hier, avec la chute de la maison PDP et son porte-étendard Goodluck Ebele Jonathan, qui furent renvoyés du pouvoir par le peuple malgré une opposition pas porteuse d’alternative et incarnée par un ancien leader putschiste, le général Buhari reconverti à la démocratie à la tête de l’APC, l’Afrique du Sud vient de nous donner l’exemple de ce que le peuple doit toujours avoir le dernier mot au travers des urnes. A l’issue des élections municipales de mercredi dernier, le quasi parti unique de feu Nelson Mandela a vu ses suffrages baisser de près de 10% sur l’ensemble du territoire. Il passe des 63% des voix rassemblées lors du dernier scrutin législatif, à quelque 54% sur l’ensemble du pays. Un recul historique !

Jacob Zuma, symbole de la déliquescence de la gouvernance ANC

Significatif de l’étiolement manifestement irréversible de l’African National Congress (ANC) dirigé par un Jacob Zuma dont les scandales personnels, ceux de son gouvernement et de son entourage proche, qui ont traversé les frontières sud-africaines, le parti historique perd la capitale Pretoria.  Comment ne pas aussi mentionné les autres villes comme Port Elizabzeth et la symbolique ville ex bastion anti-apartheid de Mandela Bay, la 6e ville au profit de l’Alliance démocratique qui, arrivant en tête chaque fois, conserve Cap Town la 3e vile sud-africaine et à dominance blanche avec une majorité absolue de 66%. L’ANC n’arrive en tête dans la capitale économique Johannesburg, qu’avec moins de 46% et ne devra son maintien à la mairie que grâce à une coalition municipale. Plus significatif encore : l’ANC qui se maintient bien dans les zones rurales perd néanmoins à Nkandla, localité d’origine de Jacob Zuma où s’est noué le scandale de la réfection contestée de sa résidence de campagne avec des fonds publics.

Au final, l’ANC se recroqueville pratiquement dans les zones rurales. De fait, 22 ans après les premières élections multipartites et multiraciales, le parti anti-apartheid paie le prix d’une gouvernance insouciante de son élite. Elle fait ainsi le lit d’un prochain retour au gouvernement des libéraux de l’Alliance démocratique (AD), héritière des anciens tenants du pouvoir blanc qui ont stratégiquement porté à leur tête un cadre noir: Mmusi Maimane. Avec les coups de boutoir du parti radical de gauche formé par Julius Malema, l’ex leader des jeunes de l’ANC, arrivé en 3e position, sera le faiseur des rois dans les grandes municipalités. Poussé à l’extérieur du fait de ses critiques contre l’élite prébendiers post-apartheid, EFP de Julius Malema avait toujours juré la perte de Zuma. Aujourd’hui, l’avenir s’annonce incertain pour le plus vieux parti politique africain en activité.

Quel recours pour succéder à ce Jacob Zuma, cramé ?

Les résultats de ce scrutin local qui pourraient accélérer l’alerte de la perte durable de la suprématie de l’ANC devraient aussi accélérer les luttes internes au sein de ce parti dans l’optique d’assurer sa survie. En mars dernier, lorsque Mme Nkozasana Dlamini Zuma annonçait sa décision de ne pas solliciter un nouveau mandat à la tète de la commission dé l’Union Africaine où elle avait été ‘exilée » par son ex mari, qui redoutait sa crédibilité interne, nombre d’analystes subodhoraient un désir de sa part de retourner jouer un rôle de premier plan dans la politique interne sud-africaine. Le report en juillet dernier des élections de son successeur et la prorogation pour 6 mois de son mandat jusqu’en janvier 2017 laisse totalement ouverte cette hypothèse de son retour comme recours. Cyril Ramaphosa, actuel 2eme vice président amené lors du dernier congrès et pressenti comme le dauphin du Président Jacob Zuma peine à faire l’unanimité tant la base populaire le considère comme l’exemple achevé de cette élite noire post apartheid qui s’est enrichie au détriment de la construction des équilibres économiques, sociaux voire culturels en faveur de tous. L’éloignement de l’ex épouse de M. Zuma, qui garde pourtant une image de réformatrice après ses passages assez réussis aux ministères de la santé, des affaires étrangères et de l’intérieur dans les gouvernements Thabo Mbeki et Jacob Zuma, aurait alors fort à faire. Le prochain congrès de l’ANC attendu au second semestre 2017 ne sera pas un long fleuve tranquille pour l’élite du parti. Bien au contraire.

Alex Gustave Azebaze


CAMER-CO : ultime sauvetage

« L’ultime tentative ». Ainsi pourrait être le titre de la prochaine mais probable dernière perfusion à administrer au grand malade chronique nommé CAMAIR-CO. Nous avons en effet appris que le Président de la République Paul BIYA a approuvé le plan élaboré par le constructeur BOEING en vue du redressement de ladite compagnie. En gros, l’on croit savoir qu’il s’agit de l’aboutissement du « bon diagnostic » élaboré par Boeing Consulting qui projette de doter « l’étoile du Cameroun » de 09 avions nouveaux, soit 14 au total d’ici 2020. Ce plan de relance prevoit ainsi de densifier le champ opérationnel de l’entreprise nationale pour un objectif espéré de 27 destinations desormais; correspondant à 09 domestiques, 13 régionales et 05 intercontinentales. Pour ce faire, l’audit révèle la nécessité pour l’État d’injecter encore 60 milliards (excusez du peu). Sans oublier qu’en l’état, les dettes cumulées s’élèvent à environ 35 milliards de nos francs mais surtout que les recettes d’exploitation accusent un déficit d’environ 1.5 milliards de CFA mensuellement, c’est à dire en français facile que chaque mois, « ce machin » non seulement est à zéro rond dans la balance entre recettes et dépenses, mais qu’en plus il dilapide en 30 jours l’équivalent des frais universitaires annuels de 30 milles étudiants Camerounais. Pour implémenter ce nouveau plan, Boeing Consulting se propose d’accompagner Camair-co pendant une durée de 18mois. Une sorte de médecin traitant à domicile quoi!

SAUVONS CAMER-CO

Pour le citoyen que je suis, le coeur bat naturellement pour que, comme il y’a 30-40 ans, le pays se dote à nouveau de sa compagnie aérienne nationale à lui. Ce qui en soit constituerait une fierté patriotique. Seulement, il se trouve que la plupart sinon toutes les histoires ayant trait aux avions dans mon pays semblent laisser un arrière goût d’inachevé et d’amertume dans leurs fins. Tenez: défunte Camair, COMBI, DJA, ALBATROS, ou encore « Mbanga Pongo ». Lorsqu’il ne s’agit pas de détournements de fonds, il est question d’immobilisations d’avions, d’interpellations et d’arrestations de gestionnaires ou de crash même si pour ce dernier aspect, c’est tout simplement un mauvais coup du destin qui est venu se greffer à ce tableau déjà assez sombre. Du coup, parler de cet environnement complexe de l’aérien chez nous revient tout délibérément à prendre la décision radicale de se ronger soi-même les neurones. Mais sincèrement, comment garder le silence lorsqu’on est face à un mammouth nommé Camair-co et dont l’unique particularité semble avaler continuellement de colossales sommes d’argent un peu comme ces machines à sous qui encaissent plus qu’elles ne decaissent? Est ce donc une malédiction que nous soyons passé de pays unique détenteur d’une compagnie aérienne de notre sous région dans les années 80-90 à cette situation de nos jours où nous sommes à la traîne? Des pays comme l’Éthiopie ou le Kenya pour ne citer que ceux-là font ils la magie pour dompter les airs? N’était ce pas assez prétentieux et une bonne manière de mettre la charrue avant les boeufs finalement cette idée de démarrer une compagnie aérienne sérieuse avec 3 maigres avions? Notre fameuse compagnie ne mérite t’elle pas fatalement nos « maquettes-d’aéroports » en comparaison aux mastodondes qui se dressent majestueusement à Nairobi ou Addis-Abeba?

À toutes ces questions il semble se dégager une constante dans l’esquisse de réponse: autant nous semblons avoir le potentiel nécessaire; autant hélas aussi l’ambition, le rêve, la détermination et surtout la prospective nous font défaut. De même, la kleptomanie chronique de nos gestionnaires aidés en celà par la désignation très souvent fantaisiste de ces derniers mais surtout le laxisme qui berce leurs sales besognes vient couronner le marquage du pas sur place lorsque nous ne régressons carrément pas. Dès lors et en toute lucidité, au lieu de demeurer dans un optimisme béat à souhaiter que mon pays par mimétisme ait sa compagnie aérienne à tout prix et à tous les prix, un citoyen de bas étage comme moi en vient souvent à souhaiter qu’on arrête le massacre. Car de perfusion en perfusion, du 28 Mars 2011 jour du vol inaugural à cette date ci, une énorme fortune a cramé dans ce fantôme de Camair-co. Et sachant que passé le « date line » de 18 mois que se projette Boeing Consulting dans son accompagnement, puis son départ qui va marquer la fin de la peur du gendarme chèrement payé, ce vide pouvant favoriser une situation des mêmes causes d’hier pouvant produire les mêmes effets de demain, il est urgent de mesurer le risque comme dans toute action d’investissement d’ailleurs. Car en vérité le « JUSQU’AUBOUTISME » est suicidaire.

Par : Armand Okol, journaliste


Non, Monsieur le Président, les laptops, les Camerounais n’en veulent pas, ils veulent le job

Le président de la République, Paul Biya, pour ceux qui le connaissent pas, a, comme un fin stratège politique, pris tout le monde dans son jeu. Une nouvelle, et pas la moindre, vient de sortir l’opinion de leur torpeur : Paul Biya offre les ordinateurs porteurs portables à chaque étudiant de tous les établissements supérieurs publics ou privés. Généralement obnubilé par les promesses de campagne électorale ou de fêtes de fin d’année, les Camerounais apprennent la nouvelle par voie radio. Qu’est-ce qui a motivé ce geste dit de magnanimité vis-à-vis de la population estudiantine ? Beaucoup d’analystes se sont mis à questionner le geste en lui-même pour comprendre l’opportunité et le sens. Pour avoir une idée précise sur la quintessence de ce cadeau présidentiel, je vous propose ici deux position d’internautes bien suivis des abonnés de Facebook. Tous deux ont mis en exergue la duplicité de ce geste plein de calcul politique et politiciens.

L'échantillon du laptop en question présenté par le ministre de l'enseignement supérieur
L’échantillon du laptop en question présenté par le ministre de l’enseignement supérieur
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Roland Romain Kouotou, activiste politique

Une fois de plus Mr Biya vient de démontrer a la face de la nation, son mépris pour les enfants du pays. Alors que le pays compte plusieurs millions de jeunes désœuvrés, qui tout au plus savent lire, écrire et compter, alors que l’on attends que le père de la nation apporte des solution a l’oisiveté qui caractérise la vie quotidienne des jeunes camerounais, comme il est de coutume, le président national du parti de la flamme a choisi la fuite en avant.

Son annonce par son média fait part de ce que il organise une donation aux étudiants camerounais d’un ordinateur portable communément appelé Laptop. Ses griots pour assaisonner l’annonce laissent entendre qu’il s’agit la d’un booster de l’économie numérique. Comment la détention d’un ordinateur peut elle favoriser l’émergence d’une économie numérique dans un pays ou l’accès a internet est pratiquement interdit, pour des raison de coût prohibitif.

Ces ordinateurs selon le journaliste présidentiel coûteraient la modique somme de 150.000 Fcfa, une vraie maudite somme qui compromettrait davantage l’avenir des enfants.

Mr Biya pour faire bénéficier les enfants de sa magnanimité, solliciterait un crédit auprès de la banque chinoise EximBank, ce bras séculier de la colonisation de l’Empire du milieu. Comment peut-il être aussi inconséquent, en empruntant l’argent au nom de la jeunesse pour faire un don a cette jeunesse ? L’achat par lui de 500 mille portables auprès des chinois a plusieurs impacts défavorables pour notre pays.
1 – Mr Biya crée de l’emploi pour chinois
2 – Mr Biya favorise une fuite des capitaux
3 – Mr Biya joue a la mégalomanie en organisant une vie au dessus des moyens.

Non, Mr Biya est hors jeu pour apporter des solutions aux problèmes de développement du Cameroun, puisqu’il en ait incapable d’identifier les besoins.

Non Mr Biya, nous voulons des emplois et non des ordinateurs. 75 milliards a gaspiller, c’est pas responsable. Avec 75 milliards, l’on peut créer 15 entreprises comme MTN, comme Orange, comme camtel, NON, NON et NON, MERCI. NOUS, ON VEUT PAS

 

Armand Okol, Journaliste
Armand Okol, Journaliste

Le cadeau spécial du Président de la République: 500 milles ordinateurs portables à la jeunesse universitaire. Soit un étudiant pour un ordinateur. C’est ce qu’on a voulu nous faire avaler comme information majeure de la journée d’hier au Cameroun. Ces spécialistes des annonces parlent de la signature d’un accord cadre d’un prêt entre le pouvoir de Yaoundé et Exin Bank of China pour le financement du « faramineux » projet. Mais pour le Camerounais lamda que je suis, mille et une questions taraudent l’esprit. Notamment: quand est que ce fameux projet va t’il effectivement démarrer, comment l’opération va t’elle concrètement être menée, qu’elles vont être les critères d’octroi, quel montant précis devront débourser les générations actuelles et futures pour le remboursement? Curieux silence radio!

Dès lors, pour le citoyen ordinaire que je suis, j’ai juste envie de croire qu’il ne s’agit ni plus ni moins là que du pipo, et n’eut été la modeste éducation que j’ai reçu de mes parents, j’aurais tout simplement conclu à un grossier mensonge, du bluff tout simplement. Et ce pour trois raisons au moins :

_ Primo, parce que l’intitulé  » cadeau spécial » ne sied pas à cette opération. Car qui dit prêt dit endettement et donc remboursement ultérieur. Mais encore, l’accord de prêt étant signé avec la banque Chinoise par le gouvernement de la République, l’on ne saurait dans ce cas parler d’une quelconque magnanimité d’un individu quelconque fût il Président de la République du moment où il appartiendra au contribuable, donc à monsieur tout le monde de restituer les sommes colossales empruntées.

_ Secundo, ces optimistes du dimanche feignent d’oublier qu’il projettent leur expérimentation à problèmes dans un pays autrefois classé deux fois consécutivement pays le plus corrompu au monde et où la gangraine sévit encore avec violence 10 ans après ce hit parade de la honte.

_ Tercio, qu’aucun projet marqué du sceau de la gratuité n’a jamais prospéré dans ce pays dit Afrique en miniature pour ne prendre que le seul cas de l’annonce pompeuse de la gratuité de l’école primaire publique. Et que dire du slogan « Santé pour tous en l’an 2000 »? Mort-né.

Pourquoi nous bourrer alors les oreilles avec un disque aussi rayé et grippé sachant d’emblée que les sonorités et les décibels issus de ce ronronnement seront à n’en point douter de piètre qualité? Et puis même, qui a bien pu laissé entendre aux nôtres que lorsque le nerf de la guerre provient des caisses de l’État c’est aux patrons de nos exécutifs que reviennent louanges et mérites des actions qui en découlent? Dans ce cas, pourquoi refusons nous alors de leur imputer et leur attribuer aussi la paternité des échecs des sempiternelles questions que sont: misère, pauvreté, sous emploi, chômage, insécurité galopante, etc qui sévissent dans notre Afrique au sud du Sahara? Une logique plutôt illogique.

Enfin, en faisant même par extraordinaire confiance au succès de cette opération « cadeau spécial » du Président de la République et en raisonnant pourquoi pas par l’absurde, quelle efficacité et quel rendement peut-on bien attendre d’un étudiant à qui on aura certes offert un ordinateur mais qui n’aura pas les moyens de s’offrir une parfaite connexion internet? À quoi lui servirait donc cet outil s’il sera en permance victime de délestage dans l’offre de l’énergie électrique? Vous avez parlé de génération androïde comme nouvelle mine d’or à exploiter pour le développement économique de la jeunesse? JE SUIS THOMAS.

 


Qui a peur de la diaspora camerounaise ? (1/2)

Il est 22 h ce mardi 19 juillet 2016 lorsque je m’installe pour suivre, en direct de Stv – l’une des chaînes de télévision en vue – mon émission phare : « Carte sur Table ». Comme d’habitude, j’ai été bluffé, non seulement par la qualité du panel, mais surtout par les deux thèmes abordés. Quatre invités sont donc appelés à débattre sur deux sujets qui font l’objet de vives tensions au sein de l’opinion camerounaise :
1. Une (probable) succession de Paul Biya par son fils Franc Biya, comme ça a été le cas au Togo, au Gabon ou en République Démocratique du Congo, est-elle possible ?
2. Peut-on compter sur la diaspora pour sortir de l’impasse politique ? Ces sujets, à vue d’œil, semblent très anodins et pourtant…

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La réponse à la question – qui a peur de la diaspora camerounaise ? – découlera d’une approche ancrée sur la reproduction des classes politiques, ou pour parler simplement, de la circulation de l’élite politico-administrative. Il s’agira ici, dans cette première partie que je vous propose, de présenter les origines et les objectifs de cette fameuse loi sur le code de la nationalité qui, en tant qu’instrument juridique, est considéré ici comme le nœud gordien de notre approche. Il va sans dire que cette loi est l’un des nombreux instruments officiels juridiques, administratifs et politiques que le pouvoir politique a mis en place pour la gestion et le contrôle d’un système de la circulation de l’élite politico-administrative. Pour ce faire, les réseaux claniques se créent, se constituent et se consolident au sein des cercles du pouvoir politique pour assurer, non seulement une circulation intragénérationnelle (gérontocratie), mais surtout une reproduction de la classe politico-administrative (élitisme). Les tenants de cette thèse ne vont pas du dos de la cuillère pour valider l’hypothèse d’une succession familiale à la tête de l’État camerounais. La perpétuation de ce système a contribué à la construction, dans l’opinion publique, de l’imaginaire selon lequel la diaspora n’est constituée que des personnes dangereuses pour la sécurité du Cameroun. Les arguments divers ont été distillés et répandus pour disqualifier cette catégorie sociale du champ politique, et même socio-économique. C’est ce qui fera l’objet de la deuxième partie de mon analyse.

Le spectre de la succession de père en fils : scénario possible d’une transition politique à la camerounaise

L’actualité politique étant dominée par les problématiques de succession au sein de la magistrature suprême, le prétexte est donné pour que les langues se délient et révèlent des scénarios possibles d’une transition politique. Malgré toutes les précautions prévues par la constitution de 1996 en cas de vacances, d’empêchement ou de décès du président de la République, il y en a qui pensent pourtant que ces mécanismes de la transition manquent cruellement de transparence et de lisibilité. Leur analyse est d’autant plus fondée que la capacité d’un régime de tyrannie vieille de presque 60 ans à changer le cours de l’histoire n’est plus à démontrer. En d’autres termes, la longévité d’un régime de dictature dont les origines remontent à partir de 1957, fait naître des lobbies ou des clans qui se structurent et se consolident au sein de l’appareil de l’État au fil du temps dans l’objectif de garder le pouvoir et ainsi conserver leurs privilèges après le départ du président de la République qui pourrait, subitement, être emporté par la mort, par exemple. Dans cette logique, il serait vain de penser que la transition se fera en douceur dans le strict respect des mécanismes prévus par la constitution. Il faut, bien entendu, retenir qu’ici, la préservation des intérêts et la conservation du pouvoir sont les priorités des groupes claniques. Les mécanismes de la transition sont ménagés pour éviter d’être en contradiction avec ces intérêts. D’ailleurs, comme il est impossible de tout prévoir, une disposition constitutionnelle (article 67, alinéa 1) prévoit une mise en place progressive des nouvelles institutions créées en 1996. Si, depuis cette date, certaines institutions tardent encore de voir le jour, notamment la Cour des comptes et la Cour constitutionnelle, cela démontre à suffisance l’esprit malsain de l’appropriation des institutions de la République par des affidés de la confiscation du pouvoir.

L’un des scénarios possibles pourrait donc prévoir une transition de succession de père en fils même si, objectivement, rien ne le présage. Cette hypothèse m’a toujours semblé possible, car la surprise a toujours surgi là où on ne l’attendait pas. L’impasse du climat sociopolitique se dessine donc pour laisser la place au doute, à l’incertitude du lendemain qui peut être compréhensible ou non par les uns et les autres selon le bord politique et idéologique de chacun. S’il y a des gens qui pensent, malgré cette incertitude évidente, qu’il n’y a rien à craindre pour l’avenir du Cameroun, je me permets ici, comme le font les leaders des partis politiques de l’opposition et une certaine opinion, de douter de leur sincérité. Comme un adage le dit si bien : « Qui veut la paix prépare la guerre », n’est-on pas aussi en droit de penser qu’il vaut mieux douter pour ne pas être surpris par la guerre au lieu d’attendre une paix qui risque de céder la place au chao ? Voilà pourquoi toutes les hypothèses de scénarios d’une transition paisible font l’objet des batailles rangées avec les hypothèses d’une possible guerre civile certaine, voire une guerre civile programmée que prépareraient ces lobbies.

Cette transition fait d’ailleurs l’actualité depuis le retour du multipartisme en février 1991, et même depuis 1992 lors des premières élections municipales (mars), législatives (mars) et présidentielles (octobre) après le retour du multipartisme qui avait été suspendu depuis 1966 par le feu président du Cameroun indépendant, Amadou Ahidjo. Ces élections ont donc eu lieu un an après le retour de ce multipartisme revendiqué quoiqu’à hue et à dia depuis belle lurette. Aujourd’hui, presque deux décennies et demie après, les espoirs pour une transition se sont envolés pour des raisons évidentes : les mêmes acteurs de l’opposition camerounaise, sur qui le peuple comptait, et qui sont aux commandes depuis cette ouverture du jeu politique il y a 25 ans, n’ont pas encore réussi à mettre sur le tatami cette satrapie de Yaoundé qui continue de sévir. L’opposition, toutes tendances confondues, et son leadership déjà vieillissants et incapables de démêler l’écheveau semblent au bout du rouleau. Avec le développement des Nouvelles Technologies de l’Information, une catégorie de Camerounais qui était jusque-là considérée comme persona non grata, fait déjà beaucoup parlé d’elle.

Quelles étaient la nécessité et l’urgence d’une loi sur le « Code de la Nationalité Camerounaise » du 11 juin 1968 ?

La spéculation sur les acteurs aptes, non pas à conduire une transition politique, mais ne serait-ce qu’à donner un coup de force à l’opposition, met au grand jour cette boîte de pandore qui, depuis 1968, fait jacasser plus d’un : la problématique de la double nationalité ou, en d’autres termes, la nationalité des Camerounais de la diaspora. Pour avoir été très longtemps écartée du jeu politique par les pouvoirs publics qui souhaitaient ne pas les impliquer dans les micmacs de bas étage, la question de la nationalité des Camerounais de la diaspora revient toujours en surface même lorsqu’il faut simplement débattre de son apport au développement.

Pour comprendre l’esprit de cette loi, faudrait-il que je situe ici son contexte qui nous mènera inévitablement à comprendre les raisons pour lesquelles elle n’est pas seulement un simple strapontin, mais un puissant instrument de contrôle et de régulation de la classe politique.

En plein multipartisme après l’accession à l’indépendance en 1960, le régime de dictature de feu Amadou Ahidjo avait comme principal mode de gestion du pouvoir : la répression. Et la chasse aux sorciers dont sont victimes les membres de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), l’un des premiers partis politiques, au Cameroun et Afrique noire franco,phone créés en avril 1948, devient monnaie courante. Des upécistes deviennent donc des hommes à abattre par le régime de Yaoundé. Tous les membres de ce parti sont alors poussés, à défaut de se réfugier dans le pays, de s’exiler au point où leurs activités étaient confinées soit au maquis, soit à l’étranger. Il devenait donc évident, pour ce régime, de considérer les Camerounais en exil comme des ennemis, ceux qui veulent déstabiliser le pouvoir. Pour Amadou Ahidjo, en plus des militants de l’UPC, même tous ceux qui étaient proches de ce parti, de près ou de loin, étaient tout autant plus dangereux que leurs camarades de lutte pour la pérennité de son pouvoir.

Cette mauvaise gouvernance avait alors comme corollaire le mécontentement des jeunes qui, après l’obtention de leur Baccalauréat et la bénédiction de leur famille, profitaient pour émigrer. Beaucoup d’entre eux sont même des boursiers de l’État camerounais. Dans un contexte pareil, l’état d’esprit des jeunes émigrés était évident : fuir la dictature. Comme les militants upécistes étaient disséminés un peu partout dans le monde, certains étaient encartés dans les cercles du militantisme upéciste dont l’un des objectifs majeurs était et reste encore, jusqu’aujourd’hui, l’indépendance totale et complète du Cameroun. Pour eux, Amadou Ahidjo n’était pas l’homme choisi par le peuple, mais par le colon français qui tirait toujours la ficelle et tenait le Cameroun sous son joug colonial ou son pré-carré.

Plus le temps passe, plus nous vivons des situations socio-économiques et politiques qui font que certains, et même la majorité, prennent une seconde nationalité. Pour les leaders politiques, cette double nationalité leur permettait d’être à l’abri du régime qui les traquait à tout moment. Tandis que pour les autres, la double nationalité avait un objectif purement économique : celle de profiter des avantages accordés par les États des pays d’accueil aux nationaux dans les cadres académiques et professionnels. Yaoundé ne percevait pas cette différence et considérait ces Camerounais comme des rancuniers du régime. S’exiler, pour quelque raison que ce soit, c’était pactiser avec le Diable. Il devenait urgent de se débarrasser de ces frustrés de la République. C’est donc dans ce contexte de stigmatisation des Camerounais vivant à l’étranger que la loi sur le code de la nationalité de 1968 verra le jour. Elle a pour objectif premier d’exclure cette catégorie de personnes du fichier national. Ainsi, est déchu de la nationalité camerounaise, tous ceux qui acquièrent une autre. Conséquence : les Camerounais ayant acquis une seconde nationalité perdent automatiquement leur nationalité d’origine (camerounaise).

Après le départ de l’ancien président, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. L’arrivée de Paul Biya en 1982 n’a pas du tout changé grand-chose sur cette conception de la diaspora camerounaise. Le pouvoir de Yaoundé considère toujours la diaspora, surtout celle qui se trouve principalement en Europe et en Amérique du Nord comme des ennemis de la République, car, dit-on, elles sont en majorité composée des frustrés du régime qui se sont exilé pour aller exprimer leurs compétences ailleurs où on pouvait mieux les valoriser.

La peur de cette diaspora perdure jusqu’aujourd’hui à tel point que l’opposition camerounaise, à la quête d’un électorat acquis en sa faveur, trouve là une aubaine. L’occasion était donc venue de faire la cour à ces Camerounais dont on pensait qu’ils pouvaient faire changer la donne. La loi sur la nationalité a refait surface en 2014 lorsque le parti politique de l’opposition, le SDF, a fait déposer, par ses parlementaires conduits par le vice-président du parti l’Honorable Joshua Osih, une proposition de loi modifiant et complétant la loi n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968. Elle avait été déposée au bureau de l’Assemblée nationale, plus précisément le 12 mars 2014 en session plénière de la chambre. Depuis cette date, elle reste dans le tiroir du président de ladite chambre Cavaye Yéguié Djibril qui, par ce fait, a déjà violé le règlement intérieur qui stipule que « lorsque, à l’issu de deux sessions ordinaires, une proposition de loi n’a pu être examinée, celle-ci est, de plein droit examinée au cours de la session ordinaire suivante ». Cette proposition de loi du SDF amendait, justement, l’article 28 en réhabilitant les Camerounais de double nationalité dans leur droit de jouissance de leur nationalité d’origine.

Mais, contre toute attente, il y a des Camerounais qui, bien qu’un sondage ne soit pas une habitude dans ce pays, estiment que cette loi ne doit nullement faire l’objet d’un amendement. Ce sondage, il me semble, pourrait révéler de grosses surprises qui montreraient le degré d’estime que les Camerounais de l’intérieur ont pour ceux qui sont partis en aventure. À défaut d’avoir ces statistiques qui, même s’ils ne révélaient pas une majorité de cette tendance, donneraient au moins à réfléchir quant à la poussée d’une opinion haineuse envers la diaspora. Cette réflexion fera l’objet de ma prochaine chronique.

Bon début de semaine !


L’Afrique et l’Euro 2016 : les Bleus de toutes les controverses

L’heure du bilan a sonné. Il a fallu attendre que les esprits se calment avant de parler de ce qui a été au centre des polémiques sur toutes les lèvres au Cameroun durant l’Euro 2016. Comme tout événement sportif, cette compétition a nourri les débats qui ont, plus ou moins, failli tourner au vinaigre lors de vives discussions. La passion ayant dominé tous les sujets, seuls les arguments purement sportifs ont cédé le flanc à l’émotion. Le sujet à polémique de cette Euro 2016 tournait autour de la « multiracialité ».

La curiosité des uns et des autres était fixée sur les footballeurs Africains qui avaient décidé de « boycotter » l’équipe nationale de leur pays d’origine pour le pays d’adoption. Les langues se sont délier et à l’occasion, on n’avait plus besoin de sonder les cœurs pour savoir le pays le plus haï par les supporters camerounais.

Le ton a d’abord été donné par des médias en ligne qui faisaient la polémique sur le décompte (Jeune Afrique, La Gazette du Fennec, Rfi Sport, Football 365) des joueurs d’origines africaines qui ont choisi de jouer dans l’équipe du pays d’accueil. Tantôt 35, tantôt 40, tantôt 43 joueurs africains retenus dans les équipes nationales des pays européens. Mais prenons 43, l’effectif le plus élevé et qui est publié par le site Rfi : la France rafle le plus gros lot avec 10 joueurs africains, suivi de la Belgique avec 9 joueurs. Par contre, le pays africain qui fournit le plus gros contingent est la RDC avec 9 joueurs, suivi du Cap Vert avec 5 joueurs. Au-delà de la différence des effectifs, ces informations peuvent avoir un sens bien spécifique et qui, certainement, a un objectif précis. Mais, lequel alors ? Les Africains ne savaient-ils pas que certaines équipes nationales européennes avaient, en son sein, des footballeurs d’origine africaine ? L’information ainsi diffusée avait-elle pour objectif de donner le chiffre (exact ?) des footballeurs africains qui jouent pour les pays européens ? Quel effet les journalistes attendaient-ils de ces révélations ?

Lors du match France-Allemagne
Lors du match France-Allemagne

Ma curiosité ici a été celle de savoir ce que pensent les supporters camerounais de cette « multi-racialité » ? Il m’a suffi tout simplement d’observer où vont les faveurs de ces supporters pendant la compétition. Et rassurez-vous, cette observation a été aussi enrichissante que surprenante.

A priori, en dehors du fait que tel ou tel pays était le super favori, le pays qui avait les joueurs d’origine africaine avaient le soutien des Camerounais, aussi bien des supporters s’exprimant sur la Toile que dans la rue. Mathématiquement donc, c’est la France qui devrait être l’équipe qui remporterait plus d’estime, comme je l’ai constaté pour la Belgique, l’Allemagne ou l’Angleterre. Mais, contrairement aux attentes, la France, qui compte le plus gros lot d’immigrés, aura été au centre des polémiques. Elle a fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des Camerounais dont les motivations de leurs invectives contre les Bleus sont diverses et multiformes. Observons un peu leur comportement à chaque action du match France-Allemagne.

Le pénalty  

Pour cette demie finale disputée le jeudi 07 juillet 2016, les langues se sont déliées et à l’occasion, on a vu les Camerounais se déchaîner contre un pays pour des raisons diverses et les réseaux sociaux ont particulièrement été le théâtre de toutes ces manifestations de la colère. Ce qui est de plus en plus intriguant, c’est ce moment fort palpitant de la main du défenseur Allemand Bastian Schweinsteiger en pleine surface de réparation qui a fait jaser la Toile. Ce penalty accordé par l’arbitre Italien est diversement apprécié.

Quelques malins, niant le fait (intervention de la main du défenseur allemand) au début, se sont rebiffés par la suite après avoir été convaincus par des ralentis et des captures d’écran de prises de vue diffusées dans les réseaux sociaux. Mais cela n’a pas empêché la fourbe des téméraires. Du coup, l’argument selon lequel l’arbitre aurait refusé un penalty à l’Allemagne à quelques 21ème minutes de la première mi-temps à la suite d’une faute de Pogba sur Kroos leur est revenu subitement à l’esprit. Les Bleus, étant dominé sous tous les plans avec, à la clé, une possession de balle de plus de 70% pour la Mannschaft, ont eu besoin d’un secours pour les galvaniser et les sortir de leur camp, où ils s’étaient retranchés pour la défense collective. « L’arbitre a sauvé la France » hurlent et scandent ces supporters dont l’objectif dans cet Euro 2016 est et reste l’humiliation de la France. Ils le hurlent d’un air moqueur, comme pour dire que les Bleus ne pouvaient espérer mieux qu’une faveur de l’arbitrage.

L’arbitrage

Parlons donc de cet arbitrage qui a fait aussi beaucoup de remous. L’argument pour justifier la défaite allemande est cette décision d’octroyer l’arbitrage de ce match fatidique à un Italien. Ce qui fait problème ici, c’est l’état psychologique d’un Nicola Rizzoli encore affecté par l’élimination de la Squadre Azzurra par la Mannschaft au quart de finale aux tirs aux buts après prolongation. Et je me suis dit, comment ne pas imaginer, en ce moment précis de la compétition, le parti pris de Rizzoli ? Je ne sais pas comment les arbitres sont choisis pour diriger les matchs à ce niveau de la compétition. Mais, quand même ! Pour éviter des critiques, toutes les confédérations confondues – l’Uefa n’est pas ici la seule interpellée – devraient éliminer a priori, les arbitres ayant la nationalité des équipes encore en lice au niveau des huitièmes ou au pire des quarts de finale. Cela éviterait des invectives à connotation corruptive qui ont déjà assez ébranlé le monde footballistique et l’instance faîtière (Fifa) ces derniers temps. Ce petit détail n’a pas échappé aux ennemis des Bleus. Ils ont juré, après le penalty à la 45ème +2 minute de la première mi-temps, finalement transformés par le jeune « immigré devenu roi », Griezmann (de mère Portugaise), de voir la France crucifiée par les Champions du monde.

L’absence des blessés

A côté de ces arguments, il y a surtout ceux qui arguent que l’Allemagne a manqué ses joueurs les plus féroces pour avoir signé forfait à cause des blessures. On peut citer ici le défenseur Mats Hummels, considéré comme le bourreau des Bleus lors du Mondial 2014, l’attaquant Mario Gomez, sans oublier Sami Khedira. Pour les ennemis, la France a tout simplement été chanceuse. Nulle était leur absence, ces Bleus auraient, narguent-ils, eu simplement chaud. A côté de ces absences, il y a le fait que la France joue à domicile, donc qu’elle soit pays organisateur. Cet argument n’est pas brandi au hasard. Beaucoup imaginent que les pays organisateurs ont toujours eu les faveurs des confédérations sur certains aspects de la compétition. Je ne peux pas dire grand-chose ici du fait de n’avoir jamais été dans les secrets des couloirs. Mais, tout porte à croire que, pour ne pas sortir le pays organisateur en début de la compétition, on a souvent eu l’impression, oui je dis bien l’impression, que le tirage au sort donne une large possibilité à ces pays organisateurs de bien se situer pour remporter le trophée final.

La malchance

Comment ne pas aussi mentionner ces tirs non cadrés par les Allemands qui ont failli faire mouche ? Ils ont manqué de peu de créer, à sept ou six reprises, la surprise avec ces tirs cadrés dont 2 ont été rejetés par la barre transversale. Cet argument m’a fait le plus marrer parce que ces 7 tirs ratés ont justement eu lieu le 7 juillet que certains considéraient comme une coïncidence malheureusement orchestrée par les marabouts des joueurs Africains. La légende dit qu’en Afrique, lorsque vous entreprenez quelque chose sans succès, surtout si vous avez eu à faire plusieurs tentatives, alors, c’est comme si un oncle ou une tante qui ne souhaite pas votre bonheur est en train de vous « attacher » au village. Cet argument m’a complètement mis au sol, à tel point que je me suis même demandé à quoi sert une compétition si on ne peut pas profiter des faiblesses de son adversaire ? Si les Allemands ne se sont pas rendus compte qu’on les a attachés au village, ce n’est pas la faute à la France, voyons ! Celle-ci ne pourra que profiter de cet « attachement » pour mieux dévorer la proie non ? Voilà !

La « multiracialité »

Ce match de la demi-finale, plus que la finale, a été le plus illustratif de la manifestation d’un comportement anti-Français. Depuis le 10 juin que cette compétition d’Euro 2016 a commencé, on pourrait imaginer la haine anti-française se dessiner dans les choix des favoris. Pour ceux qui considèrent que ce pays des Gaulois n’a pas encore fini de « payer » pour les affres de la colonisation, c’était le moment idoine pour se déchaîner contre un pays ayant encore « des relents colonialistes », disent-ils. Cette position transparaît dans presque toutes les opinions ici et là, donnant parfois l’impression évidente d’une haine viscérale. Pendant un mois durant lequel l’Euro 2016 était d’actualité, la France était vouée aux gémonies : vilipendée, décriée, humiliée et que sais-je encore ?

A chaque rencontre des Bleus, les Camerounais affichaient déjà leur position qui, au départ, pouvait être perçue comme une blague. Ce match contre l’Allemagne était tellement attendu par ces supporters qui avaient juré une sortie humiliante face au champion du monde, super favori. La désillusion était totale chez les anti-Français à la fin du match à tel point que pour la finale contre le Portugal de Ronaldo, personne ne pouvait prendre le risque de vilipender ouvertement la France.

Les Camerounais contre la France et non contre les Bleus

Les critiques des supporters camerounais étaient donc guidées par l’héritage historique donc la France fut et continue d’être le maître du jeu politique. Pour ceux qui ne me comprendraient pas, il faut aller chercher dans l’histoire pour, justement, comprendre les péripéties du vocable de « tirailleurs Sénégalais ». Je n’entrerai pas trop dans les détails puisque cette histoire est déjà vieille comme le monde. C’est que cette « multi-racialité », dont la France se vante d’être un exemple en Europe, en dehors du football en particulier et du sport en général, n’est qu’une illusion. La plupart estime encore que la France garde et a toujours gardé ses relents coloniaux et colonialistes d’antan. Considérant que le sport et la musique fait partie de « l’émotion nègre » – dixit Senghor – pour qui ces ennemis de la France n’ont aucun estime, la France est toujours responsable de pratiques de discriminations raciales qui ne dit pas son nom. Je tiens ces propos de certains universitaires de culture francophone qui ont fini par quitter la France, pour ceux qui y étaient, ou d’immigrer dans les pays anglo-saxons comme les Etats-Unis où leur compétence est plus que respectée. Pour cette raison et bien d’autres que je ne citerais pas ici, il serait dangereux, voire illogique de soutenir une équipe pompeusement dite « multi-raciale » qui fait pourtant le bonheur de plus d’une dizaine de footballeurs immigrés Africains.

Ce type d’argument « multi-racial » est le plus véhément et plus récurrent. Mais, surtout le plus contradictoire de ces ennemis de la France. Un coup, ils estiment que la France a triché pour arriver en finale parce qu’elle a corrompu l’arbitre qui a octroyé un « faux penalty », corrompu l’Uefa pour avoir manigancé un tirage de poule qui donnerait plus de chance à la France. Par conséquent, la France n’a réussi que par la complicité de l’Uefa. D’un autre coup, ces ennemis arguent que c’est grâce aux immigrés que la France gagne. Alors, je veux bien comprendre : si la France gagne parce qu’elle triche, cela veut tout simplement dire que les immigrés africains sont des « mouilleurs », comme on dit chez moi au Cameroun pour parler d’un sportif incompétent. De qui se moque-t-on finalement ?

Les Camerounais contre les Bleus mais pas contre la France

Bien sûr qu’il y avait aussi des Camerounais de l’autre bord qui ne supportaient pas l’équipe française comme l’autre camp, mais leur émotion était d’origine différente. Les Camerounais ici ont tout simplement mal au cœur, oui, mal au cœur de voir ces jeunes talents ressortissants de leur pays respectif offrir leurs compétences ailleurs. Mal au cœur de voir les Matuidi, Pogba, Umtiti, Sissoko, Mangala, Evra et j’en passe, cracher sur les propositions de leur pays respectif pour se donner à la France et à tous les autres pays Européens. Ici, on pense plutôt à un manque de patriotisme de ceux-là qui devraient, grâce à leur compétence, apporter leur soutien à leur pays d’origine, pays africains qui souffre d’un déficit, qui ressemble, comme le Bénin, à un « désert de compétences ».

C’est une hypocrisie bien démesurée pour la simple raison que beaucoup d’Africains rêvent d’aller en Occident. Ceux qui y sont déjà, rêvent d’une double nationalité pour des raisons plus ou moins personnelles. Et ainsi, beaucoup y travaillent en offrant leurs compétences (scientifique, technologique, littéraire, artistique) à leur pays d’accueil, où ils paient des impôts. Pourquoi refuser cette opportunité aux autres, les footballeurs ? Ce comportement des Africains ne reflète pas seulement de la pure hypocrisie, mais de la jalousie la plus abjecte. Mais, ne faut-il pas, finalement, reprocher à ceux qui sont chargés de gérer les affaires en Afrique de toujours pousser nos talents dans les bras des autres ?


Voici pourquoi les Camerounais ont déserté les salles de cinéma (2/2)

L’inauguration, le 14 juin dernier, de la première salle de cinéma du Groupe Bolloré à Yaoundé a été saluée par certaines personnes, surtout les étudiants. Cet événement a fait courir la presse qui voyait en Canal Olympia une aubaine pour le public cinéphile. C’est depuis 2009 que les Camerounais sont sevrés de projection de film en étant confortablement assis dans une salle. Depuis 7 ans que le ministère de la Culture cherche en vain le Messie pour sortir le Cameroun de la honte en vain. La négligence de ce secteur culturel appelé communément 7ème art est une preuve suffisante de la légèreté voire de l’obsolescence d’une vision bien pensée.

Un spectacle offert pendant l'inauguration
Un spectacle offert pendant l’inauguration

L’arrivée de Bolloré pour combler cette défaillance signifie-t-elle que les Camerounais vont désormais avoir droit aux projections ? Ou mieux, Canal Olympia est-il le signe qu’un nouvel environnement cinématographique commence déjà à s’implanter au Cameroun ? La réponse claire à cette question m’invite à poser un regard critique sur l’histoire de l’économie ou de l’industrie cinématographique camerounaise. Elle va justement nous révéler que les cinéastes camerounais et africains connus beaucoup de déboire à cause de la précarité de leur secteur d’activité.

La dépendance économique

Comme je venais de le dire dans la première partie de ce billet, le premier film tourné sur le sol camerounais qui date de 1919, n’est pas camerounais. Il a fallu attendre les périodes de l’après-indépendance pour que les cinéastes camerounais Jean Pierre Dikonguè Pipa, Alphonse Béni et Daniel Kamwa émergent et occupent la scène camerounaise. À cette époque, le métier de cinéaste, bien que coûtant de l’or pour une formation de professionnel, n’était pas une sinécure. Les récits de Dikongué Pipa relatant les péripéties qu’il avait traversées pour réaliser son film Muna Moto en 1975 donnent froid au dos. On pourra dire de même pour le film Pousse Pousse de Daniel Kamwa. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majeure partie, pour ne pas dire tous les films camerounais étaient, à partir de cette époque, produits par La Coopération Française (CF) et les Centres Culturels Français de Yaoundé et de Douala (CCF) aujourd’hui connu sur le nom d’Institut Français (IF). Du coup, la France devient finalement un bailleur de fonds pour la réalisation des films camerounais et africains.

La France s’engageait à financer la postproduction, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’après-tournage sur le terrain. Les professionnels appellent ça « la finition ». Du coup, les cinéastes africains, après avoir tourné le film dans leur pays respectif, n’avaient d’autres choix que d’aller faire des finitions en France. Ainsi, les aides françaises n’étaient alors destinées qu’aux frais de techniciens et de laboratoire. Évidemment, seuls les laboratoires français étaient les plus sollicités pour la double raison suivante : elles étaient les plus équipées et les plus accessibles aux cinéastes africains francophones d’une part, d’autre part, les aides octroyées venaient des institutions françaises qui déposaient les factures dans les laboratoires français. Les cinéastes Africains étaient donc obligés d’y aller pour faute de mieux. Cette façon de fonctionner fera dire à beaucoup de cinéastes africains que la France est et reste doué d’un cynisme qui ne favorisera pas l’émergence d’une industrie du cinéma camerounais, encore moins africain. Même l’avènement des chaînes de télévision comme Canal Plus, Arte France Cinéma, Channel 4, BBC, etc. où il existait une sorte de coproduction sud-nord, n’a pas arraché des cinéastes Africains des griffes des laboratoires français. À l’époque, dans ces conditions, il devenait difficile de trouver les films typiquement camerounais et africains malgré l’existence des salles de cinéma. Celles-ci, pour exister, seront alors obligées d’importer des films.

Depuis 1960, les sociétés de droit Monégasque,  la Compagnie marocaine du cinéma commercial (Comacico) et la Société d’exploitation cinématographique africaine (Secma) ont eu le privilège de la gestion de la distribution et de l’exploitation des films sur tout le territoire des 14 pays de l’Afrique francophones : soit en tout 150 salles de cinéma ! Ce monopole sera rompu plus tard par l’American Motion Pictures Export Company of Africa. C’est ainsi que le couple Comacico- Secma  sera brisé pour être racheté par le Français Union générale cinématographique (UGC). Évidemment, dans un tel contexte, les cinéphiles camerounais et africains ne seront appelés qu’à voir les films américains, européens et asiatiques. En termes de chiffres d’affaires, cela représente entre 40 et 50 % des recettes rapatriées en devises. On avait même, à un moment, cru que l’apparition de Consortium interafricain de distribution cinématographique (CIDC) créé par les cinéastes africains allait casser ce monopole. Mais, le CIDC est mort de sa propre mort à cause des 14 pays africains membres qui n’étaient plus en règle au niveau de ses cotisations.

Scène de spectacle sur le podium externe
Scène de spectacle sur le podium externe

L’avènement des télévisions nationales

Comme je l’ai dit dans la première partie de ce billet, l’arrivée de la télévision nationale (CRTV) a fait dire à beaucoup d’observateurs qu’elle est probablement la cause de la désertion de nos salles de cinéma. Ce qui n’est pas faux du tout. Sauf que, affirmer ça de cette manière biaise la vérité qui, semble-t-il, est difficile à accepter au Cameroun : c’est l’État camerounais qui a tué les salles de cinéma. Voici pourquoi.

Les salles de cinéma résistaient jusqu’alors malgré cette dépendance au niveau du développement du secteur de la cinématographie. Je ne dis pas que les promoteurs et les propriétaires de ces salles de cinéma n’y étaient pour rien. Examinons un peu la gestion financière des entrées de ces salles pour mieux comprendre.

En 1973, l’État camerounais crée le Fodic, exigé par les cinéastes camerounais, est l’un des débuts du commencement de ces déboires. Cette institution mise en place par le gouvernement avait pour rôle d’organiser la filière afin de donner une lettre de noblesse au cinéma camerounais. Concrètement, il s’agissait d’encadrer, de former, et de mettre en place un système d’accès au mode de soutien financier et logistique visant à permettre aux cinéastes de mieux faire leur travail. Curieusement, les cinéastes apprendront à leurs dépens que le Fodic n’a pas pour rôle de mettre sur pieds une « banque de financement d’une industrie » cinématographique comme cela était prévu. On découvre, malheureusement et sur le tard, qu’il est plutôt une structure de collecte des taxes auprès des distributeurs et exploitants de films au Cameroun.

Malgré tout, le Fodic parvient quand même, avec ces recouvrements, à financer la production de plus de 20 longs métrages camerounais parmi lesquels Pousse Pousse de Daniel Kamwa connu par la plupart des cinéphiles camerounais. Cela avait été possible grâce aux billets d’entrées dans les salles. C’est  ainsi que 5 à 17 % de surtaxes seront appliqués sur ces billets d’entrées dans les salles de cinéma jusqu’à leur fermeture définitive. Ce décret du premier ministre créant le Fodic a fait dire à plusieurs analystes que l’État, depuis longtemps, a refusé d’assumer ses responsabilités en faisant payer le financement du cinéma camerounais par les consommateurs cinéphiles. Mais, ce n’est pas ça le plus grave. Le Fodic, devenant financièrement lourd, traverse alors les moments difficiles de son fonctionnement liés aux accusations de détournement des fonctionnaires qui géraient cette affaire. Pire encore, lorsque le Fodic finançait la production d’un film, il exigeait au réalisateur 40 % et 30 % des recettes d’entrés dans les salles. C’est la part octroyée respectivement à l’État et au distributeur. Je rappelle que la distribution est assurée par les entreprises étrangères. Beaucoup de cinéastes ont pris la poudre d’escampette pour ne n’avoir pas été capable d’honorer à cet engagement trop exigeant.

Cette situation d’augmentation des prix d’entrée dans les salles persiste jusqu’à ce que la télévision nationale fasse son apparition en 1985. Les camerounais, pour ceux qui ont la possibilité d’avoir un petit écran, car à cette époque avoir la télé était un luxe, pouvaient donc se délecter de ces films et documentaires gratuits de CFI Tv diffusés par la CTV, l’actuel CRTV. C’est ainsi que, petit à petit, au bout de deux décennies, les exploitants des salles de cinéma, ne tenant plus financièrement, tombent dans l’informel. À défaut de louer leurs salles ou de les vendre carrément, certains s’exercent au piratage à travers le copiage des DVD et des VCD qu’on pouvait même retrouver sur les trottoirs. Pour mémoire, la salle de cinéma qui était la plus célèbre dans ce domaine le Cinéma ABC de Nkululoun, en plein cœur de New-Bell, quartier populeux et populaire de Douala. Toutes les autres salles étaient devenues tantôt des magasins, tantôt des chapelles des églises réveillées. Les salles qui résistaient au marasme sont celles qui étaient sous la gestion des grands groupes financiers importants comme Fotso. Ces salles tenaient le coup malgré tout et les cinéphiles avaient encore de quoi se distraire. Ces exploitants faisant maintenant face aux nouveaux défis (rénovation technologique du matériel de projection et confort des salles) avaient alors du mal à tenir la barque haute. Elles n’échapperont, malheureusement, pas à la bourrasque qui va finalement les conduire à la mort définitive.

Canal Olympia : mi-figue, mi-raisin

Les cris d’orfraie du gouvernement camerounais auprès des hommes d’affaires fortunés ont fini par payer, ne serait-ce que pour un début. Puisque Bolloré, par pitié, oui, je dis bien par pitié pour les pauvres cinéphiles camerounais, s’est résolu à construire une modeste salle de 300 places assises à l’intérieur et de 3000 places debout à l’extérieur. Bolloré l’a offert par pitié parce qu’il en avait marre des pleurs d’un gouvernement incapable donc le chef, Philémon Yang, est lui-même venu inauguré la salle. Par pitié parce que Bolloré a fini par donné la gestion de cette salle à l’Université de Yaoundé 1 pour le bonheur des étudiants de la filière « Art théâtral et cinématographique ». Voilà pourquoi je peux comprendre l’enthousiasme de ma voisine Russine qui a eu l’indécence de me perturber ma journée. Ce qui m’a donc obligé de retourner faire un tour dans mes archives d’histoire.  Cette salle, ou alors cet espace est appelé « polyvalente » parce qu’elle pourra servir à la fois à la projection de films et à l’organisation d’un concert spectacle géant. Une salle, bien que plus luxueux et comportant une projection 3D, n’est pas mieux que celles que Douala, Yaoundé et Bafoussam ont connues à l’époque de la gloire. Il était aisé de se retrouver avec 1000 à 2000 personnes dans des salles de cinéma lors des avant-premières. Mais, cette époque, de la toute-puissance du cinéma dans les habitudes de vie des Camerounais, est révolue.

Canal Olympia est-elle une salle qui vient combler ce vide sidéral et inquiétant pour l’avenir du cinéma camerounais ? La réponse se dégage d’elle-même après que vous ayez parcouru les lignes précédentes. Les Camerounais ne sont pas encore sortis de l’auberge de la dépendance de l’industrie cinématographique. Après les autres, c’est au tour de Bolloré d’occuper le terrain.


« Merci Mondoblog ! »

Après mille et un rendez-vous manqué, trois mondoblogueurs de Douala se rendent, enfin, chez Florian. En ce mois de juin où dame pluie dicte sa loi, ce vendredi 24, était, sans nul doute, presque béni. Un climat clément et envieux, une journée ni pluvieuse ni ensoleillée. Il ne restait plus qu’à nous mobiliser pour profiter de ce temps si charmant. Une visite de lamentation dans la maison familiale de Florian, qui était prévu depuis plus d’un mois déjà, devait avoir lieu ipso facto, qu’il pleuve ou qu’il neige.

Voilà presque trois mois que le mondoblogueur Florian Kaptué nous a quitté. Les témoignages les plus sensationnels aux plus émotifs ont été dites par les mondoblogueuses et mondoblogueurs. Chaque témoignage révélait la simplicité qui caractérisait l’homme. Ce chapitre de témoignages (Eric, Roger, Jeff, Bouba, Fanchon et Dieretou) étant clos, il ne restait plus qu’à essuyer les larmes de la famille du défunt. Comme il est de coutume chez les Bamilékés, à la mort d’un être qui vous est cher, les témoignages et les lamentations ne suffisent pas. Il faut, et c’est le plus important, offrir un présent à la famille, aussi symbolique soit-il. Les mondoblogueurs, grâce aux réflexes de Dieretou Diallo, n’ont pas failli à la règle. Le temps de mettre tout en ordre, deux mois ont suffi pour venir à bout du souffle d’une attente d’un rendez-vous qui causait déjà beaucoup d’anxiété.

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Sur cette photo à gauche, maman Elisabeth, Emmanuel (chemise bleue), Olivier (chemise orange), Didier (polo blanc, moi-même (tête corbeau) et un membre de la famille. Crédit photo : Ecclésiaste

Ce 24 juin était le jour fatidique où le temps devait s’arrêter. Mes prières pour la clémence du climat après les ravages d’une pluie diluvienne qui ne finissaient pas de meubler l’actualité ont finalement marché. Un détour chez la « secrétaire » à Ange Raphaël était nécessaire pour imprimer quelques billets de Florian. C’était la meilleure manière, au nom de Mondoblog, de montrer à la famille, concrètement, ce que faisait Florian. Au Cameroun, le blog n’est pas encore quelque chose de très connu, même chez les habitués de la Toile.

Il est 18h et à cette heure de pointe, quinze à vingt minutes ont suffi, Ecclésiaste et moi, pour faire le trajet d’Ange Raphaël pour le Lycée de Nylon-Brazzaville. Attention à la confusion ! Certains quartiers de la capitale économique portent les noms des capitales des pays Africains (Brazzaville, Dakar, Johannesburg, etc.) et même des pays (Afrique du Sud, Madagascar, etc.). C’est donc à Brazzaville le lieu de chute. Et l’hostilité a été ouverte dans un bar-bistrot non loin du lycée où, pour la première fois, je fais la connaissance d’Olivier, le frère aîné de Florian bien connu d’Ecclésiaste. Ils se sont rencontrés dès la publication de l’hommage au défunt. Emmanuel, ami d’enfance d’Olivier, est notre convive surprise. À quatre, nous nous échangeons quelques confidences sur certains secrets de Florian qui était, comme nous l’a confirmé Emmanuel, un homme discret. Curieusement, il ne l’a pas hérité de ses parents, mais de son frère aîné Olivier, l’homme qui m’a particulièrement séduit par son franc-parler.

Il est presque 19h30, las d’attendre les autres potentiels mondoblogueurs qui devaient nous rejoindre, nous prenons la route pour la case familiale sise à quelques mètres de là. Brazzaville est un quartier populaire de la capitale économique. Il est généralement confondu avec Dakar et Madagascar confinés dans un espace restreint comme retranchés à la périphérie de la ville. J’avais, un instant, imaginé que j’aurais à traverser les obstacles, comme dans toutes les bidonvilles de Douala. La famille nous attendais de pieds ferme depuis l’après-midi. Elle avait justement entendu parler de Mondoblog et l’anxiété habitait déjà les uns et les autres au point où notre arrivée devait décanter l’atmosphère terne qui y régnait. Le départ de Florian pesait encore lourd. Le portait du défunt, visible à l’entrée principale, trônait encore sur le mur. Les choses sérieuses ne devraient pas tarder à commencer.

La princesse Laure à l'oeuvre. Ne regardez pas ailleurs, regardez ma p'tite Guigui. Crédit photo : Ecclésiaste
La princesse Laure à l’oeuvre. Ne regardez pas ailleurs, regardez ma p’tite Guigui. Crédit photo : Ecclésiaste

Nous avons eu juste quelques secondes pour nous installer, Ecclésiaste, Olivier, Emmanuel et moi, avant d’être rejoint par Élisabeth, la maman encore éplorée, appelée affectueusement « Maman Eli », et quelques membres de la fratrie. C’est en ce moment que le mondoblogueur Didier Ndengué se signale et nous rejoint quelques minutes plus tard. Il est presque 20h plus quelques minutes et Olivier, visiblement considéré comme le « moteur » de la famille après le décès de Papa Mathieu, le géniteur, a la responsabilité d’ouvrier la séance, pour ainsi dire. Après une courte prière (je précise ici que c’est une famille foncièrement catholique), Olivier nous introduit en ces termes : « Voici donc les amis de Florian dont je vous avez parlé. Ils vont prendre la parole tout à l’heure pour expliquer ce qu’ils font exactement ». C’est en ce moment que je réalise que tout le monde était curieux de savoir ce que Florian faisait exactement sur le net au point où ça lui a permis d’aller à Dakar. Visiblement, personne ne s’était intéressé concrètement aux activités de Florian. Qui sont donc ces amis mystérieux qui ne vivent que sur le net, qui n’écrivent que des choses qui ne rapportent pas d’argent ? Cette question se lisait sur tous les visages.

Évidemment, Mondoblog, pour ne pas dire tout simplement le blog, reste encore un concept méconnu de la grande majorité. Même Olivier qui, apparemment, semblait plus instruit que toute l’assemblée, n’y comprenait que dalle. Ecclésiaste ne s’est donc pas fait prié pour donner son témoignage non sans avoir expliquer le mode de fonctionnement d’un blog à un auditoire qui, médusé, semblait découvrir les merveilles du monde d’internet. Mon témoignage et celui de Didier ont suivis. Une constance s’en est révélée : nous nous sommes connus, les quatre mondoblogueurs de Douala invités à la formation de Dakar, pour la première fois qu’à partir de l’aéroport, à l’exception d’Ecclésiaste et moi. C’est cette particularité d’internet qui a un peu intrigué Olivier : Internet a cet avantage de mettre en contact des personnes de plus en plus éloignées. Par contre, ceux qui vivent dans la même ville ont-ils besoin d’internet pour communiquer ? Plus vous êtes plus proche géographiquement, plus Internet vous éloigne si vous compter toujours sur lui. C’est après ce constat d’Olivier que nous pouvons désormais comprendre les raisons du grand retard subi par la famille Mondoblog à avoir l’information du décès de Florian. Il suffit qu’un mondoblogueur soit discret pour que personne ne soit au courant de ce qui lui arrive. Ce débat meublera la conversation que j’ai eu avec Olivier durant toute la soirée jusqu’au quatrième chant du coq.

13552514_10209610391360141_177231435_nLes témoignages terminés, place maintenant au choses sérieuses : la bouffe et la boisson. Pour éviter de susciter la curiosité des regards (vous connaissez les Camerounais avec ces histoires d’argent ?), Ecclésiaste s’est retiré avec Maman Eli pour la remise du nécessaire pour essuyer les larmes. Par contre, le recueil de billets de Florian dûment imprimé, a été remis solennellement à la maman qui, comme tout le monde, a eu l’occasion de découvrir le billet prémonitoire qui a secoué la plate-forme au lendemain de la nouvelle du décès. Avant d’ouvrir le buffet, Olivier profite pour présenter la « princesse » de la famille, la cadette de Florian : Laure. C’est grâce à elle que le repas a été concocté : riz (pas les petits riz boueux de l’Espace Thialy là hein), sauce tomate, poissons bar, Kondrè à la viande de porc (pour ce met, Lucrèce en sait sûrement quelque chose). Les Guigui n’ont évidemment pas manqué à l’appel, sauf Didier qui ne s’est contenté que d’eau colorée qu’on appelle vulgairement jus d’ananas.

Les mets de la princesse étaient succulents, délicieux et bien aromatisés et nous avons bien mangé et bien bu à l’honneur de plus de 700 mondoblogueuses et mondoblogueurs. La panse étant bien pleine, le moment était venu de nous retirer. À ma montre, les aiguilles pointaient presque 23h et demi. N’allez pas pensé que la soirée est terminée hein. Les quatre mousquetaires, Ecclésiaste, Olivier, Emmanuel et moi embarquons pour une prolongation dans un espace chic à la cité Sic : Connexion. C’est un bar dancing comme en trouve ici à Douala. Didier a profité de mon ivresse pour m’embrouiller en me confiant qu’il doit nous quitter parce qu’il est en période de jeun du Ramadan. C’est après ma lucidité que je me suis rendu compte qu’il est plutôt chrétien. Hé ! Dieu !

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Ecclésiaste et Maman Elisabeth. Crédit photo : Ecclésiaste

À peine installés dans un salon VIP, Olivier revient sur le débat dont j’ai fais allusion plus haut. Il insiste pour mettre l’accent sur la nécessité des mondoblogueurs vivant dans un même pays ou dans une même ville, de se confronter au réel de temps en temps. Il n’a sûrement pas digéré le fait de faire connaissance seulement à l’occasion de la formation. Il serait donc important de préciser ici que les blogueurs camerounais ont créé plusieurs plate-formes de rencontres qui existent. Je pense notamment à l’association Blogueurs Camerounais dont Florian Guimbis et René Jakson en sont, respectivement, président et secrétaire général. Elle a eu à faire des sorties historiques où les blogueurs camerounais se sont retrouvés pour se recueillir sur la tombe du nationaliste camerounais le plus célèbre : Um Nyobè. Dans l’incapacité d’avoir des informations sur ce que cette association est devenue, j’ai évité d’en faire allusion avec Olivier. Mais, en dehors de cette association, les blogueurs camerounais sont actifs et se retrouvent généralement à l’occasion de « Bloggers Forum« .

Il est 3h30 du matin, la fatigue et l’épuisement nous dominent déjà et nous nous séparons avec ce vœux d’Olivier de voir les mondoblogueuses et mondoblogueurs quitter leur claviers, le temps de découvrir qui se cache derrière les mots et les billets publiés chaque jour. Être informé du décès d’un membre de la famille un ou deux mois après, pour Olivier, ça manque du sérieux : si le blogging est un instrument de propagande pour plus d’humanité dans le monde, les citoyens du monde que sont les blogueurs doivent se connaître. C’est une logique qui peut, certainement, être partagée par beaucoup. Mais, ce défaut laisse apparaître l’absence d’une solidarité de corps entre des personnes qui se battent pour la même cause : la justice. Ce vœux d’Olivier de briser le mythe du virtuel a été accompagné d’une promesse : il s’engage à mettre les mains dans la poche au cas où les mondoblogueurs du Cameroun s’engageraient à franchir le pas.

Didier remettant le recueil de billets de Florian à Maman Elisabeth. Crédit photo : Ecclésiaste
Didier remettant le recueil de billets de Florian à Maman Elisabeth. Crédit photo : Ecclésiaste

Pour dire vrai, cette promesse d’Olivier n’est pas anodine. Je me rappelle de la première question qu’il me posa à 18h après m’avoir tendu la main en me proposant de m’asseoir près de lui : qu’est-ce qu’on gagne en écrivant à Mondoblog ? En français facile pour ceux qui ne comprennent pas très bien le sens caché de cette question à la camerounaise : est-ce que ça donne l’argent ? Rien, lui ai-je répondu spontanément. Cette réponse lui a semblé bizarre. En tant qu’homme d’affaire bien avisé, cela relèverait d’un miracle de voir des gens de nationalité et d’âge confondus s’adonner à une activité pour ne rien gagner. Comment faites-vous pour vous prendre en charge ? Renchérit-il. Il existe des blogueurs qui ne vivent que de cette activité. Mais, pour arriver à ce stade, il faut le faire par passion. Lui ai-je dis en souriant. C’est la passion de l’écriture qui fais donc la particularité de la plate-forme où les blogging reste une activité secondaire et non une activité principale comme c’est le cas de ceux dont c’est devenu un business.

Ces vœux d’Olivier ne sont pas ses derniers mots. Il a été subjugué par cette passion qui anime les gens à écrire pour partager, simplement pour partager, au point où il m’a proposé un billet pour exprimer cette joie débordante. Je lisais dans les yeux d’Olivier, malgré cette méchante obscurité, l’envie de tenter l’expérience au point de me proposer un billet pour dire de sa propre plume, deux petits mots, mais d’une grandeur fascinante : « Merci Mondoblog ».