Yves Tchakounte

Ville morte : les anglophones manifestent à Bamenda

La ville de Bamenda, capitale régionale du Nord-Ouest du Cameroun, traverse des moments assez tumultueux depuis quelques jours. Tout à commencé le 10 novembre 2016 lorsque les avocats exerçant dans les deux régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) ont annoncé une grève générale pour protester contre ce qu’ils ont appelé la « marginalisation du Cameroun anglophone » par l’Etat Camerounais depuis 1972. Que se passe-t-il à Bamenda ?

Selon des informations puisées à bonne source, la situation à Bamenda est entrain de passer hors de contrôle des canaux usuels de gestion de l’ordre public. Même le leader de l’opposition souvent écouté dans cette ville par toutes sortes de mécontents semble être débordé. Des groupes de manifestants non reliés formellement à une organisation connue et visiblement déterminés, tiendraient tête aux forces de l’ordre déployées depuis hier, et qui ont fait usage de leurs armes, tirant à balles réelles. Même le domicile du parti politique SDF a été assailli.

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La question anglophone : Les populations prises en tenaille entre des groupes de manifestants très déterminés et les forces de l’ordre très nerveuses.

Selon le 1er vice président national du SDF, le député Joshua Osih, il y aurait au moins eu 1 mort, blessé par balle hier (21 novembre 2016) qui a succombé à ses blessures aujourd’hui (22 novembre 2016) à l’hôpital de Mbingo. Selon la même source, la police aurait tiré sur la résidence du Président national du SDF, John Fru Ndi qui vit au quartier Ntarinkon, réputé être l’un des plus chauds de chef lieu de la région du Nord-ouest.

Ville morte et tendue

Cette information sur le domicile du Chairman du SDF comme éventuelle cible de la police vient en rajouter à la confusion qui entoure les événements des deux régions anglophones.

Partis au départ comme une revendication corporatiste des avocats anglophones exigeant la prise en compte urgente de leur spécificité juridique et linguistique dans l’administration de la justice et la production des lois et textes, bases de leur exercice professionnel, elle a commencé à déborder la semaine dernière avec la répression opposée aux avocats descendus pacifiquement dans la rue pour exprimer leur mécontentement à l’endroit des autorités qui semblaient jusque-là faire la sourde oreille. Elles estimaient que leur seul interlocuteur pour tout qui concerne la profession d’avocat est le barreau national, qui à sa tête un bâtonnier.

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Bamenda dégénère et s’embrase peu à peu. La question anglophone en cause. Crédit photo : Facebook

Les 4 associations des avocats anglophones, considérées par le pouvoir politique plutôt comme des organisations civiles – et non professionnelles – ont alors décidé de durcir leur mouvement en annonçant d’une part leur projet de création d’un barreau anglophone et d’autre part, en appelant les autres composantes de la communauté anglophone à les rejoindre dans la rue. En particulier les enseignants, parents, étudiants et élèves afin de sauver la spécificité culturelle et linguistique de cette partie du Cameroun.

Le CATTU, principal syndicat des enseignants anglophones du Cameroun ne s’est pas fait prier pour annoncer son engagement dans ce combat et appelé ses membres à observer dès ce lundi 21 novembre 2016 un arrêt des cours. Des groupes d’activistes anglophones, faisant désormais leurs les revendications de ces corps de métiers, multiplient les déclarations et annonces appelant au respect des accords de Foumban. Autrement dit, au retour du Cameroun à la forme fédérale de l’État garant du respect de la spécificité juridico-culturelle de l’ancien Cameroun occidental.

Depuis hier, alors que dans une déclaration, le leader du CATTU avait demandé à ses membres de rester chez eux ainsi que les élèves afin d’éviter toute provocation qui pourrait affecter leur sécurité, des manifestants mobilisés par un animateur radio local ont tenu une manifestation de rue, défilant sur les artères de Bamenda, la principale ville anglophone du Cameroun avec un cercueil.

Radicalisation des positions

En fin de journée, des échauffourées ont opposé les forces de l’ordre aux groupes isolés dans certains quartiers de Bamenda où la circulation avait été carrément bloqué. Depuis ce matin ce sont les principales artères de cette ville traditionnellement rebelle qui ont été prises d’assaut de part en part par les forces de l’ordre et les bandes de manifestants.

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La population dans la rue à Bamenda. Revendications sur les problèmes anglophone. Crédit photo : Facebook

Pendant ce temps, différents ministres des secteurs de la justice, de l’éducation décident enfin de discuter avec les leaders des organisations professionnelles de l’enseignement et de l’avocature. Ce que rejettent les leaders du mouvement de protestation anglophone qui disent vouloir discuter avec une seule autorité – le Premier ministre- et hors de Yaoundé, précisément dans les localités des régions anglophones.

A l’heure où est rapportée cette situation, des témoins en déplacement professionnel dans cette ville nous disent être cloîtrés dans les domiciles et les hôtels qui les accueillaient, incapables ni de sortir pour leurs travaux sur le terrain ni quitter cette ville pour se mettre en sécurité.

Alex Gustave Azebaze


L’odontol : le nouveau « poison » des pauvres Camerounais férus et mordus de l’alcool?

Au moins 21 personnes sont mortes ces derniers jours dans les régions de l’Est du Cameroun après avoir ingéré l’odontol, un alcool fort produit localement et dont les conséquences sont dévastatrices pour ceux qui en consomment.

Selon la radio d’État « Cameroon Radio and Television », les arrondissements de Mindourou et d’Abong Bang ont été les deux localités ayant enregistré, jusqu’à présent, des morts subites causées par l’odontol. Des sources concordantes ont, par ailleurs, confirmé que plusieurs femmes figurent parmi les victimes.

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La préparation d’odontole

L’odontol est une boisson artisanale produite dans certaines régions d’Afrique Subsaharienne. Fortement alcoolisée, elle est réputée dangereuse pour la santé humaine à cause notamment de son procédé de fabrication. En effet, la matière première utilisée pour l’élaboration de cet alcool est un mélange de vin de Palme, d’écorce d’arbre et de sucre. Un reliquat qui, s’il n’est pas savamment dosé, peut produire des matières toxiques mortelles.

Or c’est justement ce qui s’est passé cette semaine dans l’Est du Cameroun. Des dizaines d’individus ont été hospitalisés après avoir bu ce breuvage mortel. Une enquête a, de surcroît, été diligentée par les autorités locales pour remonter la piste jusqu’aux producteurs d’odontol.

Cette démarche a été accompagnée d’une interdiction de vente de cet alcool sur tout le territoire camerounais et ce pour une durée indéterminée. Ce type d’incidents n’est pas rare au Cameroun. Plusieurs dizaines de personnes ont succombé, durant ces dernières années, après avoir bu de l’Odontol.

Prisé par les couches sociales les plus pauvres à cause de son bas prix, l’odontol est vendu uniquement sur le marché informel. De ce fait, malgré les appels répétés du gouvernement à limiter sa consommation, l’Odontol reste hors de contrôle des autorités sanitaires. A défaut d’éradiquer le mal à la base, les autorités publiques ne peuvent, par conséquent, que fournir des aides médicales pour les consommateurs.

De l’origine d’un « poison » qui fait des ravages

Son nom vient d’une marque de dentifrice vendu au Cameroun sous le nom d’odontol. Le spot publicitaire de ce dentifrice montrait des gens souriant et riant aux éclats, état psychique qui est prêté à cet alcool.

Fabrication : les deux étapes de la fabrication de l’odontol sont :

  • la distillation
  • la rectification : séparation de l’alcool éthylique de l’alcool méthylique (toxique)

Consommation : l’odontol est habituellement vendu servi dans un gobelet en plastique

Il survient régulièrement des décès, car l’odontol de fabrication « artisanale » (donc non rectifié) contient un dérivé de méthanol, produit extrêmement toxique entraînant une intoxication méthylique.

Aspect législatif

L’odontol fut prohibé au Cameroun dans les années 1970. De nos jours, sa consommation est tolérée, bien que la loi camerounaise ne le permette pas.

Questionnement épistémique autour d’un drame collectif

Sous réserve des résultats des enquêtes que produiront, à coup sûr, les équipes de santé du département du Haut-Nyong, quelques questions méritent d’être posées :

  • Puisque tout serait parti d’une consommation de ce breuvage dans le village Nkouak et ses environs, où les populations locales célébraient diverses occasions festives, dans quelles conditions plusieurs personnes ont-elles bu l’odontol au point d’être victimes, quelques heures après, des troubles de vue et des pertes de conscience ?
  • Comment comprendre que des férus et mordus de cette boisson artisanale puissent mourir collectivement et sur le champ alors que c’est leur besogne quotidienne ?
  • Le récipient contenant de l’odontol du livreur habituel était-il bien nettoyé ?
  • Avait-il(le livreur habituel), par mégarde, enfoui des produits toxiques dans ce récipient au point de créer, incognito, des déterminants d’un empoisonnement collectif ?
  • Dans un contexte camerounais, où l’imaginaire populaire pense, culturellement, que la saleté ne tue pas l’Homme noir, le récipient détenant l’odontol n’était-il pas insalubre toute chose mélangée à la toxicité de cette boisson a débouché sur le pire ?

Des équipes du ministère de la Santé publique de ce département doivent impérativement s’atteler à répondre à ces questions en vue de décrypter la causalité efficace et efficiente du drame collectif, dont le nouveau « poison » des pauvres est à l’origine.

Serge Aimé Bikoi


Pratique du bénévolat : principe fondateur du changement en Afrique ?*

L’Afrique est mue aujourd’hui par des luttes politiques de libération qui ne laissent personne indifférent. Les théories foisonnent et se dissipent finalement pour laisser place à l’action. Car c’est elle qui est le sôcle du changement. C’est une évidence, d’ailleurs, pour l’écrivain Patrice Nganang qui donne à l’action une existence d’origine sociale, ou mieux du socialisme pour ne pas de la Gauche. Pour lui, il n’en démeure pas moins vrai que, depuis la nuit des temps, l’histoire du monde a toujours montré que c’est l’action sociale qui fille de la libération ou mieux fille de la révolution. Comment se manifeste donc cette l’action sociale en Afrique ? Je vous livre ses réflexions en quelques lignes ci-dessous.

Les travaux lors de la construction du pont par les bénévoles de Generation Change à Yaoundé
Les travaux lors de la construction du pont par les bénévoles de Generation Change à Yaoundé

Il ne faut pas seulement penser l’action, il faut penser le changement. Voila la tâche de notre génération, et donc de la pensée active. Grâce a celle-ci, je peux dire ceci sans peur de me tromper : le bénévolat n’est pas seulement possible dans notre pays, il est aussi la seule politique vraiment viable qui terrassera le clientélisme. C’est que, et cela je l’ai toujours dit, le clientélisme est le squelette de la tyrannie qui nous a pris en otage. Le clientélisme dans ses multiples formes – cronysme, patrimonialisme, prébendisme. Il sera toujours impossible de penser le changement sans l’installer d’abord dans un principe radicalement opposé à ce qui est vécu chez nous par la tyrannie. Voila pourquoi les premières tentatives de remise en cause du bénévolat ont questionné déjà la possibilité pour moi de le rendre possible au pays : « le Camerounais ne le peut pas ». Or cela est faux, plusieurs chantiers faits par des Camerounais, à Yaoundé, à Douala, ont démontré devant tout le monde, et je parle ici de milliers de Camerounais mis en branle, ont démontré que quand, mis sur la tâche et quand convaincu du bien-fondé de celle-ci, le Camerounais s’y met volontairement. Les secondes tentatives auront été de démontrer que parmi ceux qui sont mis en branle autour de moi, il y’en a qui sont payés, et donc, le principe même ne marche pas du tout. Ce serait croire que tout principe qui met en branle des êtres humains doit être aussi parfait dans sa formulation que dans sa manifestation. La navigation pragmatique du bénévolat est la condition même de sa faisabilité, cela est une évidence politique.

Les jeunes d’aujourd’hui veulent l’action. Rien de moins. Le point est cependant celui-ci – une ligne de démarcation est tracée, doit être tracée entre d’une part le clientélisme, ses exégètes et ceux qui chez nous en font un système, qui veulent lui bâtir des institutions légitimantes, et c’est ce que j’appellerai la Droite; et d’autre part ceux qui fondent notre vécu libéré dans le bénévolat comme pratique politique, et qui dans ses manifestations multiples, bénévolat, semi-bénévolat, volontariat, trouvent la pratique d’une nouvelle politique. Ceux-la, il est facile, il sera toujours facile de les mettre a Gauche. La Droite et la Gauche se sont toujours, historiquement disputés le champ social, le champ de l’action sociale et donc humanitaire, et ici il s’agit moins d’étiquette que de pratique politique des plus anciennes, et de combat politique des plus anciens. Le clientélisme en fait nous remonte a l’ancienne Rome, tandis que le volontariat nous plonge dans les batailles de la Révolution française – les sans-culotte. Pour ce qui est de l’Afrique, de nos traditions, il s’agit tout simplement de puiser dans le substrat culturel qui a produit des joyaux comme le palais de Njoya a Foumban pour se rendre compte combien le bénévolat est inscrit dans notre culture – le shuutu en est le principe. Politiquement, la pratique du bénévolat nous retrouve dans les actes publics des leaders révolutionnaires comme Che Guevara, Thomas Sankara, Jerry Rawlings, mais aussi dans ceux de leaders de la Nouvelle Gauche Africaine.

C’est qu’il y a une Gauche qui se structure pas a pas a travers l’Afrique – et les mouvements Y’en a Marre au Sénégal, le Balai citoyen au Burkina Faso, Filimbi en RDC, et bien sur en Tunisie et partout ailleurs, nous ont montre combien le bénévolat est un acte politique inscrit dans une nouvelle forme de politique. Cette politique est sociale autant que populaire. Elle est humanitaire, et de ce fait, elle est révolutionnaire. Il sera toujours impossible de trouver du novateur dans la corruption, parce que c’est justement de son système qu’il faut se séparer. Mais la cuisse du peuple est fertile, l’histoire éternelle des batailles étant le testament de son potentiel, et je le dis toujours : on ne pourra jamais payer un peuple pour le libérer. Mieux : un citoyen ne pourra jamais attendre d’être payé, afin d’œuvrer à sa libération. Parole bien simple qui, me disait-on il y a deux ans, ne trouverait pas de raisonnante au Cameroun. Et pourtant, et pourtant notre pays est bien fertile, est totalement fertile pour telle communion, a d’ailleurs par Mboua Masson, déjà une théorie écrite du bénévolat (1994). Le champ social est le paradis de notre libération, et mes compatriotes n’ont aucune limite a s’y investir. Il suffit de leur demander de se mettre à la tâche, de s’y mettre pour qu’ils se donnent totalement, je dis bien totalement, afin que le bien commun, afin que le bien-être soit réalisé. Le potentiel citoyen de chacun de nous, la force révolutionnaire de chacun de nous est une évidence indiscutable qui, elle, se trouvera toujours à Gauche, comme le clientélisme se trouvera à Droite. L’Histoire est et demeure mon seul témoin.

Par Patrice Nganang

*Le titre est de moi


« Vendredi noir » au Cameroun : quand les réseaux sociaux prennent le pouvoir

Les Camerounais ont passé une journée assez particulière le vendredi 21 octobre 2016. Deux événements majeurs ont même fait dire à certains que le pays était en train de traverser des moments fatidiques de son histoire. D’où le baptême de « vendredi noir ». Tout observateur sérieux serait tenté de se demander : de quoi s’agit-il exactement ? Pour une fois les réseaux sociaux ont joué le rôle qu’on savait d’eux. A la place des médias conventionnels, les internautes en avaient plein la vue. Des photos pèle-mêle circulaient et chacun se faisait une idée plus ou moins précise de la situation. Pour ce qui me concerne, voici la mienne.

Une chaussée cède dans le nuit du jeudi 20 à vendredi 21 octobre

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Vendredi noir : une scission de l’axe RN3 au niveau de Matomb. Crédit photo : Facebook

Il est environ 8h du matin quand je décide de me connecter sur internet après avoir respecté ce que j’appelle le « rituel matinal » : prière, douche, petit-déjeuner, journal parlé et télévisé. La première information que je trouve sur ma page d’actualité Facebook, ce sont des photos montrant un cours d’eau qui divise la chaussée en deux. Mais alors, il ne s’agit pas de n’importe quelle chaussée ! Il s’agit justement de l’axe baptisé Route National N°3 (RN3) reliant les deux grandes villes du pays : Yaoundé, la capitale politique et administrative et la ville de Douala dite capitale économique, villes de plus de 2 millions d’habitants chacune. Cette nuit-là, une pluie diluvienne s’est abattue sur la ville de Matomb, à 68 km de Yaoundé. Une chaussée, ayant déjà un diamètre insuffisant pour canaliser les eaux de pluie devenues de plus en plus violentes, cède à 3h du matin à force de l’érosion qui l’avait affaibli avec l’usure du temps. Les voyageurs se trouvant de part et d’autre de ce qu’on pourrait appeler une « tranchée », n’ayant plus la possibilité de continuer, rebroussent chemin. De loin, l’alerte leur était d’ailleurs signalée par un camion fourgon que l’affaissement du terrain a coincé dans sa course. La nouvelle a ainsi fait le tour des réseaux sociaux sans que les médias ne s’en émeuvent. La capitale Yaoundé étant donc coupée de Douala. Les voyageurs désespérés n’avaient (heureusement?) qu’une alternative : soit contourner par un embranchement sur l’axe Otélé-Mom-Maka-Eséka, soit prendre le train. L’embranchement étant plus compliqué car moins connu, le train restait donc la seule solution. Il faut tout de même signaler que les vols de la compagnie aérienne Camair-co qui dessert les deux ville ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Camrail fait face à l’affluence malgré son impuissance

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Vendredi noir : la gare voyageur de Yaoundé bondé de monde. Crédit photo : facebook

L’entreprise des chemins de fer camerounais Camrail dont le groupe Français Bolloré détient 77,40% des actions est alors confronté à une affluence de la clientèle. La demande est de plus en plus forte. Coincée, l’entreprise doit réagir au plus vite pour limiter l’affluence. Il lui faut absolument un nombre supplémentaire de wagon pour remplir cette fâcheuse mission.

Selon le programme des départs de trains Inter-City Douala-Yaoundé-Douala, il est prévu 4 voyages par jours, soit 2 départs (de 6h et de 14h45) de Douala pour Yaoundé et également 2 départs (de 10h25 et de 19h25) de Yaoundé pour Douala. A 6h, heure de départ du premier train de la journée (Douala-Yaoundé), le drame de la RN3 n’avait pas encore connu de buzz.

Ce train Inter-City parti de Douala arrivera donc à Yaoundé à 10h sans encombre. Un autre départ pour Douala est prévu à 10h25 selon le programme de la compagnie de transport ferroviaire. Seulement, les voyageurs désabusés qui s’étaient agglutinés à la gare ferroviaire de Yaoundé voulaient absolument faire partie du voyage. Une solution à la va-vite sera trouvée : le train couchette reliant Yaoundé et Ngaoundéré doit partir de Yaoundé à 19h10. Il est décidé que quelques wagons de ce train pourraient servir à transporter les passagers pour Douala. Toujours conformément au programme de la compagnie, ce même train devait quitter Douala pour le départ de 14h45 non sans avoir embarqué les passagers de Douala qui avaient également envahi la gare voyageurs de Bessenguè.

La stratégie de Camrail prévoyait que les wagons destinés pour le voyage de Ngaoundéré devait revenir sur Yaoundé autour de 20h au plus tard pour permettre aux voyageurs de Ngaoundé d’embarquer dans les minutes qui suivent. Malheureusement, au lieu de 10h25 comme le prévoyait le programme, le train quitta finalement Yaoundé autour de 11h15. Inutile de mentionner ici les raisons de ce retard peu habituel : il fallait trouver une solution rapide pour désengorger les halls des gares pleins de voyageurs de Yaoundé et de Douala. Cette foule immense inhabituelle faisait craindre le pire. Selon certains témoignages, le conducteur du train a même requis de sa hiérarchie une autorisation de voyager dans de « mauvaises conditions ». Mais, de quelles conditions s’agit-il ?

Le déraillement qui donna le nom de « vendredi noir »

Vendredi noir : il y avait même les enfants
Vendredi noir : il y avait même les enfants

Le train Inter-city qui quitta Yaoundé à 11h15 n’arrivera pas à destination à cause d’un déraillement dans la ville d’Eséka sise à 200 km de Yaoundé. Pour que le train puisse quitter la gare de Yaoundé, certaines décisions ont été prises.

La première décision est de doubler la capacité du train. L’autorisation requise par le conducteur du train visait justement à le protéger dans la mesure où :

  • l’ajout des wagons supplémentaires était préjudiciable compte tenu du fait que le nombre de wagons (20 au total) était supérieur à la capacité requise de la locomotive
  • certains wagons avaient un défaut de freinage
  • pour 656 places assises, la compagnie a embarqué 1306 passagers environ dont quelques uns seulement étaient enregistrés.

Pendant ce temps, les internautes se défoulaient sur les forums de réseaux sociaux en ridiculisant les autorités Camerounaises pour avoir été incapables de doter les deux plus importantes villes du pays d’une autoroute digne des grandes capitales Africaines. Ils ridiculisaient les autorités pour avoir été incapables de résoudre un problème ponctuel. Le ridicule va jusqu’à prophétiser sur les heures sombres que va traverser le Cameroun dans les heures qui suivent. En fait, en plus de la voie routière impraticable désormais, certains avaient déjà construit dans leurs subconscients la coupure de la voie ferrée. Ainsi, ils iront même jusqu’à distiller l’information (vraie ou fausse ?) selon laquelle le train Inter-City bondé de monde ayant à son bord plus de 1300 passagers avait déraillé. L’information était distillée sur la toile alors que le train n’avait pas encore quitté la gare.

Le ministre des transport Edgar Alain Mébé Ngo’o à vite fait de démentir l’info au journal parlé de 13h de l’Office National de Radio et Télévision (CRTV). Il venait juste confirmer l’info que la compagnie ferroviaire avait déjà diffusée sur sa page Facebook :

Je profite de votre antenne pour apporter un démenti formel et solennel à une information qui circule sur les réseaux sociaux. Il n’y a pas eu déraillement de train aujourd’hui entre Yaoundé et Douala. Je vous invite à nous aider à combattre la désinformation à travers les réseaux sociaux.

Mais, cela n’a pas empêché l’info ou plutôt la rumeur, de circuler. Curieusement, à ce moment précis, les photos du supposé drame n’étaient pas encore disponibles. Ce sont donc des photos du déraillement qui avait eu lieu en août 2009 qui circulaient sur la Toile. On peut penser deux choses : soit les internautes fantasmaient, soit ils prophétisaient ?

Il n’a donc pas fallu longtemps pour que le fantasme ou plutôt la prophétie des internautes devienne réalité, et le pire arriva entre 13h et 13h30 après le démenti du ministre. Tout va dans tous les sens, personne ne maîtrise plus rien, puis l’info se confirme au fur et à mesure que les minutes s’égrènent et que les vraies photos du drames soient visibles, enfin. Du coup, les premières question jaillissent : qui a donné l’alerte de l’accident avant le démenti du ministre des transport ? Dans quels buts ces auteurs des alertes l’ont-ils fait ? Les réponses sont diverses. Par contre, il y en qui sont formels : l’alerte, déclenchée avant que le déraillement n’ait lieu, est l’oeuvre de certains ennemis de la République bien identifiés.

La thèse du complot, du sabotage ou du coup d’Etat ?

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Vendredi noir : quelques voyageurs réussissent à s’échapper sans l’aide du secours qui n’est pas encore arrivé. Crédit photo : facebook

Aujourd’hui, les débats sont dominés par des conjectures sur l’heure de la publication de l’alerte, sur le lieu où se trouve le Président de la République et sur la prise en charge des accidentés et des familles des passagers décédés.

D’aucun estiment que l’heure du départ de l’alerte du déraillement permettra de voir plus clair sur les intentions des auteurs. En fait, l’actualité au Cameroun étant dominée par l’absence du Président de la République depuis l’Assemblée Générale de l’ONU tenue à New-York, Paul Biya ne fait plus signe de vie et cela fait déjà 38 jours qu’il est absent du pays.

Une organisation de la diaspora Camerounaise (CODE) avait même diffusé une vidéo sur internet et qui continue d’ailleurs de faire le buzz depuis quelques jours. Sur cette vidéo, on peut voir un camerounais, habillé en commando, en train de crier à tue-tête devant le luxueux hôtel genevois Intercontinental où, semble-t-il, le Président Paul Biya serait réfugié. Vexés par ses vacances douilletes, quelques membres du CODE se sont donné rendez-vous sur l’esplanade de l’hôtel dans le but, disent-ils, de le déloger. « Un Président de la République ne doit pas abandonner son peuple pour venir en villégiature en Occident gaspiller les deniers publics », disent-ils.

Cette vidéo avait fait rougir certains camerounais qui considèrent les actions du CODE comme de l’agitation. Les plus radicaux les considèrent comme des rebelles du régime de Yaoundé au sens propre du terme. Conséquence, tout mouvement bizarres qui susciterait des interrogations sur la logique de l’action est suspicieuse. En attendant une enquête éventuelle, certains internautes ont déjà une idée des auteurs de ces messages d’alertes et même de leurs intentions. La première cause de l’accident serait donc liée à un coup bien prémédité orchestré par une « groupuscule de camerounais qui veut déstabiliser le pays ».

L’irresponsabilité de la Camrail dans la gestion de cette affluence est établie, surcharge et état vétuste du matériel roulant dont l’origine remonte aux année de la colonisation allemande, sont des hypothèses passées au peigne fin par des critiques acerbes. D’autres sources révèlent aussi la responsabilité du ministre des Transport qui, craignant un mouvement d’humeur, a imposé aux responsables de la Camrail un ajout supplémentaire de wagon. D’autres sources encore, évoquent l’hypothèse de la défaillance du système de freinage des wagons. Selon les témoignages de nombreux passagers, le train dont la vitesse était réduite au départ de Yaoundé allait subitement de plus en plus vite au niveau de l’entrée de la gare d’Eséka. C’est alors qu’une odeur de brûlure se dégageait des wagons. D’où l’hypothèse de la défaillance des sabots de frein dont ne disposent pas certains wagons du contingent.

L’hypothèse qui continue de retenir l’attention de l’opinion est certainement celle qui relève de la para-psychologie. La légende en pays Bassa’a, zone où s’est produit la scission de la chaussée, dit que lorsqu’un quelconque objet se brise en deux, cela pourrait présager un malheur dans la communauté ou le village. Les internautes les plus avisés n’ont pas l’économie de cette doctrine ancestrale. Ils en ont fait une boutade au point même d’envisager une autre scission qui proviendrait des rail. Un peu pour dire que les ancêtres Bassa’a se sont fâchés et ont décidé de couper les voies de communication entre les deux principales villes du pays. D’où le fantasme d’un éventuel accident ferroviaire. Même un accident d’avion de la compagnie nationale Camair-co avait aussi été annoncé entre Douala et Yaoundé. L’annulation des vols de la journée entre Yaoundé et Bafoussam pour cause de mauvais climat a alors suscité des remous.

Un « vendredi noir » avec une mobilisation éparse

Vendredi noir : les accidentés abandonnés dans un hôpital public à Eséka. Crédit photo : facebook
Vendredi noir : les accidentés abandonnés dans un hôpital public à Eséka. Crédit photo : facebook

Une chaussée de la RN3 de l’axe routier Yaoundé-Douala qui s’affaisse à 3h du matin, il a fallu attendre 9h pour voir les ingénieurs débarquer. Un déraillement de train 152 Inter-City qui a eu lieu aux environs de 13h, mais il a fallu attendre 3 à 6 heures, le temps de voir les premiers secours débarquer. Les wagons couchés qui ont engloutis les voyageurs n’ont été soulevés que le lendemain samedi 22 octobre. Comme d’habitude, le Cameroun est victime d’une mauvaise gouvernance des services d’urgence.

La communication de crise à la Camrail a été absente durant les 48 heures qui ont suivi, laissant ainsi les réseaux sociaux prendre le dessus. La précipitation du ministre des transport Edgar Alain Mébé Ngo’o relève d’un amateurisme criard. Comment est-ce possible qu’un ministre ne sache pas qu’un drame est en train de se dérouler, au moment même où il parle ? S’il avait décidé d’investir lui-même la toile, il aurait certainement annulé cette communication. Pourquoi nos dirigeants sont-ils réfractaires au développement des nouvelles technologies ?

Au delà de ces insuffisances, les internautes n’ont pas servi que de relais. Beaucoup, heureusement, se sont illustrés par des gestes salutaires de solidarité dans la diffusion et le relais des informations mises à la disposition du public par les services appropriés. Il y a par exemple la publication instantanée et régulière des photos des victimes, la publication des noms des accidentés disponibles au babillard des hôpitaux de Douala où certains accidentés avaient été transférés. Les collectes de fonds destinées à la prise en charge des victimes s’organisent spontanément, sans oublier le soutien des populations, des autorités locales et des quelques survivants.

Un « vendredi noir » baptisé par les internautes et repris par les médias démontre comment le Cameroun a du chemin a faire dans la gestion des catastrophes. Les autorités Camerounaises ne semblent pas encore prendre au sérieux l’impact d’internet dans la gouvernance. Les médias, pratiquement absents et incapables de servir des émissions en live pour couper court à la désinformation provenant des internautes, des hôpitaux qui ne disposent pas de site internet pour permettre à tous les camerounais de vérifier la présence ou non d’une membre de sa famille ou une connaissance, l’absence très critiquée d’un numéro vert, etc. A ce rythme de décrépitude, Facebook et Twitter ont encore de beaux jours devant eux.

Bilan provisoire : 75 mort et 600 blessés


Pourquoi l’argent est-il la priorité dans les hôpitaux au Cameroun ?

S’il y a une année qui a connu beaucoup de turbulences en scandales sanitaires au Cameroun, 2016 serait probablement celle qui, à coup sûr, raflerait la palme d’or. Pour nous limiter à trois cas les plus médiatisés des hôpitaux du pays, citons celui du médecin Hélène Ngo Kana à l’hôpital général de Douala en janvier, de Monique Koumatekel à l’hôpital Laquintinie de Douala en mars et de celui de la famille Nkimih à l’hôpital central de Yaoundé en mars également. Inutile de rappeler ici que chacun de ces cas avait un dénominateur commun : l’absence de liquidité au moment où les hôpitaux qui accueillent exigent ce qu’ils appellent dans leur jargon interne « la caution ».

Depuis la nuit des temps, pour dire simplement depuis la crise économique des année 1980, année de déliquescence de l’état de santé des hôpitaux, l’actualité camerounaise est de plus en plus dominée par des histoire sordides de décès mystérieux des compatriotes dont le pêché a été de venir à l’hôpital sans le moindre centime en poche. C’est à se demander ce que sont devenus ces centres de santé et hôpitaux si ce ne sont pas des lieux de commerce. Comme dans une boutique, un supermarché, le plan architectural des hôpitaux a été conçu pour accueillir les malades comme les commerçants accueillent leurs clients. Tenez par exemple : à chaque entrée d’un hôpital, qu’il soit public ou privé, après avoir traversé la loge du vigile qui vous remet un ticket d’entrée payant de 100Fcfa, il faut passer directement à la caisse pour payer les frais de consultation obligatoire. Contrairement aux centres commerciaux où le client prend un article avant de se diriger vers la caisse, ici c’est « payer avant d’être servi », sinon vous n’aurez pas accès au médecin pour une consultation, même si vous agonisez. Dans ce domaine, les hôpitaux ont donc damé le pion aux  centres commerciaux. Même les banques n’y voient que du feu.

L'entrée principal de l'hôpital général de Douala où se trouve le caissier
L’entrée principal de l’hôpital général de Douala où se trouve le caissier

Il existe pourtant des témoignages qui font état de ce que ces hôpitaux ne fonctionnaient pas comme ça à l’époque où feu le Président Ahidjo était au pouvoir. Même si les hôpitaux étaient payants, la priorité était réservée à la santé avant de réclamer l’argent. Pourquoi l’argent est-il devenu la priorité dans les hôpitaux pourtant considérés comme des lieux est où la logique du Serment d’Hippocrate doit primer ? Pourquoi le nerf de la guerre qu’est l’argent est-il plus important que la santé de la population que le médecin est sensé servir ? On peut même encore prolonger le questionnement pour aller plus loin : quel est ou quels sont les objectifs de l’Etat en laissant l’argent prendre le dessus sur les priorités que constitue le social ?

Les Camerounais disparaissent après avoir recouvré la guérison

Voilà la première réponse qu’on pourrait donner à ces interrogations. Une fois la guérison recouvrée, les malades trompent la vigilance des personnels et prennent la poudre d’escampette. Un malade, sachant qu’on ne va rien lui exiger à l’entrée de l’hospitalisation, donnera l’impression d’être crédible. C’est une situation difficile à vivre chez le personnel qui était débordé par des cas de fuites des malades au jour le jour. Des mesures draconiennes ont commencé a être prises pour limiter des dégâts des pertes subies par les hôpitaux. D’où l’instauration d’une caution avant toute prise en charge. Cette mesure est généralement prise et rigoureusement respectée pour les cas d’hospitalisation. La rigueur du respect de cette mesure est telle qu’il devient difficile aux personnels d’accorder, ne serait-ce qu’une dérogation pour des cas exceptionnels. Prenons l’exemple du cas patent d’Hélène Ngo Kana qui a eu la malchance de débarquer un week-end dans un hôpital public sans liquidité d’assurer sa caution malgré la garantie d’une carte d’assurance présentée par son époux. Le refus du personnel de l’accueillir immédiatement était dû au fait que l’assureur en question avait des démêlés financières avec l’institution hospitalière. Le temps de vérifier que les choses soient clarifiées, la malade agonisait et mort s’en suivait. Imaginons un peu le cas des personnes qui n’ont même pas la chance d’avoir une assurance maladie…

La rigueur dans l’application stricte du paiement de la caution avant toute prise en charge est de mise. Le non respect de cette règle entraînerait l’imputation de la facture au personnel en service au moment des faits si ce n’est un licenciement pur et simple. Qui du médecin ou de l’infirmier fera l’erreur de recevoir même un collègue, ami ou un membre de sa famille sans lui réclamer la caution exigible ? La preuve ? Hélène Ngo Kana était bel et bien médecin en service, elle aussi, dans un hôpital public où elle officiait juste quelque mois après sa sortie récente de la faculté de médecine. Elle a tout simplement été victime du système dont elle avait été le maillon de la courroie. Voyez-vous ? Même les médecins qui appliquent la règle en sont victimes eux aussi.

L’Etat ne subventionne plus suffisamment les hôpitaux

C’est une vérité de Lapalissade, les hôpitaux doivent vivre de leur propre fond. Il appartient donc à chaque hôpital d’organiser sa propre comptabilité et de se doter en matériel et surtout en consommables médicaux les plus élémentaires. Les experts en gouvernance ont l’habitude de dire que l’Etat est lent dans la réaction pour doter des hôpitaux d’un budget conséquent pourtant validé à l’assemblée nationale chaque fin d’année budgétaire. Comment peut-on expliquer le manque de réaction de l’Etat face à cette déliquescence de la santé de la population ? La réponse à cette question ne semble pas préoccuper les administrateurs des hôpitaux publics dont la priorité reste le fonctionnement de l’hôpital. Il ne faut pas attendre l’Etat, on ne va pas laisser les Camerounais mourir parce qu’il faut que l’Etat intervienne, nous allons faire comme on peut avec ce que nous avons, disent-ils. Très bon raisonnement, si l’on peut dire. Par contre, le hic c’est que, au lieu que l’Etat paie, c’est le malade qui doit payer. La preuve ? Le simple carnet de 500 ou de 1000Fcfa, c’est selon, le thermomètre de 500Fcfa, pour ne parler que de ces deux-là, auparavant gratuits, sont désormais payants avant toutes consultation. La paludisme dont le traitement est gratuit pour les enfants de moins de 5 ans ne l’est pas pour certains centres de santé où on demande aux pauvres parents un franc symbolique. Les équipements hospitaliers sont rarement dépannés pour ne pas dire jamais, quand ils sont en panne. La souffrance des personnes dialysées, pour ne citer que ce cas précis, est l’exemple le plus parlant des négligences, par l’Etat, de la santé des populations dont il a la charge. Preuve que cette santé n’est pas et n’a d’ailleurs jamais été sa priorité. C’est par exemple le même phénomène qui se passe dans nos écoles primaires pourtant gratuites. Les directeurs d’école encaisse l’argent des parents qui ne reçoivent pas en retour le reçu de paiement. Rien ne se cache plus. Tout se passe au nez et à la barbe des autorités pourtant sensées faire appliquer les prescriptions du président de la République. Elles seraient alors promptes à réagir si la population venait à se révolter.

Un salaire de catéchiste pour le personnel sanitaire

C’est un débat qui n’est plus considéré comme un tabou : un médecin mal payé, développera des stratégies de survie. Depuis les années 1990, années auxquelles le Cameroun a connu deux événements majeurs à savoir : la dévaluation du franc cfa en 1994 et la diminution à 67% les salaires à la fonction publique en 1993. Cela avait pour conséquence de réduire le train de vie des fonctionnaires habitués à un certain coût de la vie en fonction de leur statut social. Par exemple, comment expliquer qu’un médecin, après avoir passé un minimum de 5 ans (les généralistes) et 8 ans (les spécialistes) pour leur formation, se retrouvent en train de percevoir des salaire débrouillards ? Ces deux événements ont même amener certains experts à envisager une probable décadence des comportements plus particulièrement de la morale et de l’éthique dans les services publiques. Cela signifie que tout cela était donc prévisible.

L’une des stratégies mises en place par le personnel hospitalier est évidemment ce que j’ai relevé plus haut : payer avant d’être servi. Bien évidemment, étant donné que les médecins de service public sont des fonctionnaires, comment comprendre qu’ils exigent le respect de cette règle ? La réponse évidente ici serait que l’hôpital a besoin des fond pour son fonctionnement : administration, matériels, consommables, etc. Mais, ce que beaucoup semble oublier, et c’est le plus intéressant ici, c’est la perception des primes de travail. En fait, chaque médecin et infirmier perçoit une prime en complément de leur salaire. Je n’insinue pas qu’il est interdit aux médecins, en tant que travailleurs, de percevoir des primes. C’est un droit. Mais, ce qui est cynique, c’est que ces primes ne sont pas versé par leur employeurs qui est l’Etat. Ce sont des recettes des hôpitaux qui servent à verser les primes aux personnels sanitaires. Je tiens cette information d’une amie fraîchement sortie de la faculté de médecine et affecté dans un hôpital à Edéa qui m’avait révélé que le montant de sa prime avoinait presque son salaire. Ces primes sont finalement considérées comme un deuxième salaire pour combler compléter le salaire de misérable payé par l’Etat. C’est dire que les recettes réalisées par les hôpitaux publics représentent de véritables pactoles.

En conclusion, la malhonnêteté des malades, la démission de l’Etat et le salaire de catéchiste du personnel sanitaire représentent des maux, j’allais dire, des maladies dont souffrent nos hôpitaux. Même si tout le monde, le malade, l’Etat et les médecins, sont coupables de cette déliquescence, mais tous ne sont pas responsables pour autant. Sinon, comment expliquer l’absence criarde d’une assurance maladie universelle sensé résoudre, ne serait-ce que, les cas de prise en charge urgent ? Comment comprendre que certains pays Africains comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Ghana ont réussi à résoudre ce genre de problème de « caution » à travers l’assurance maladie universelle et pas le Cameroun qui ne manque pourtant ni de ressources humaines, ni de ressources financières ? On peut penser que l’Etat se complaît dans ce système qui, même s’il le sauve en complétant le salaire des médecins sous forme de primes, risque de devenir une bombe sociale s’il ne l’est pas encore. Le soulèvement de la population lors du décès de Monique Koumatekel est encore frais dans la mémoire. Le système est tellement ancré dans les habitudes à tel point qu’il devient même dangereux, pour les chercheurs et les journalistes, de faire des descentes dans les hôpitaux pour mener des enquêtes sur un abus que pourrait avoir subi un malade au risque de subir les foudre du personnel hospitalier.

Cet article a été rédigé dans de la campagne #SantéPourTous lancée par un groupe de blogueurs et blogueuses Camerounais(es) sur les problèmes de santé et du système sanitaire au Cameroun.

Vous pouvez consulter d’autres articles déjà publiés comme : « VIH SIDA : comment vivre longtemps avec le virus ? » de Thierry Didier Kuicheu, « Des hôpitaux camerounais sont des malades très mal soignés » de Fabrice Nouanga et le « VIH-SIDA : la nécessaire éducation » de Christian Cédric.

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Pourquoi les jeunes étudiants désertent-ils les universités camerounaises ?

Les étudiants de l’Université de Douala ont repris le chemin des amphis ce jeudi 13 octobre 2016 après une période assez longue de vacances annuelle. Le campus de l’Université était bouillant de monde et les étudiants nouvellement admis inscrits en première année faisaient donc leur premiers pas. Ceux-là, sont les nouveaux bacheliers. Chaque année, ils représentent presque 10.000 bleus qui viennent frapper aux portes des universités camerounaises. Mais, ce qui reste certain, beaucoup d’entre eux décident d’opter pour des Universités étrangères et par conséquent, s’exilent.

La pauvreté des étudiants peut-elle être mise ?

Ils sont nombreux, ces jeunes bacheliers qui choisissent d’aller s’inscrire pour des universités occidentales. On serait tenté ici de dire que c’est la pauvreté qui amène les jeunes à s’exiler. Si l’on s’en tient aux raisons économiques de l’immigration, celle-ci est particulièrement le fait de la misère qui sévit plus particulièrement dans les pays du sud. Le mouvement d’immigration du Sud vers le Nord a pour principal cause, la pauvreté. Comment donc comprendre cette frénésie des jeunes Camerounais immigrent à immigrer à tout prix ? Pour des raisons de pauvreté ? Certes ! Un petit calcul rapide illustrera bien la nécessité d’aller chercher ailleurs les raisons de cette exil. Quand on sait qu’un voyage pour l’Occident coûterait au minimum 1 million de nos Fcfa rien que pour le bien d’avion, on est juste tenté de dire : ne prend pas l’avion qui veut, mais prend l’avion qui peut. Comment comprendre que pour une raison économique, j’allais dire de pauvreté, la famille en vient à dépenser des sommes faramineuses pour payer des formations académiques et professionnelles à leurs progénitures ? Les économistes auront vite fait de trouver la réponse : c’est un investissement que chaque famille pour ses enfants. Cet investissement a comme retombée à long terme, un emploi assuré. Les mentalités selon lesquelles les diplômes et la formation obtenus dans de prestigieuses universités occidentales sont meilleures que ce que obtient au Cameroun, sont difficiles à abandonner. Cette interrogation, ossature de la présente démonstration axée sur les causes de l’immigration estudiantine, donne à voir à souhait que c’est la pauvreté ou mieux l’absence d’argent qui empêche les jeunes étudiants de quitter le Cameroun.

Pour réussir à décrocher un visa étudiant pour un pays européen, plusieurs étapes doivent être franchies, notamment pour l’acquisition d’un certains nombre de documentations obligatoires : le passeport, l’inscription à l’université, le logement, la caution, l’assurance etc. Ces conditions, malgré leur sévérité, ne découragent pas les jeunes. Beaucoup vont d’abord s’inscrire dans une université camerounaise et après se prépare lentement pour afin voyager sans quiétude. Pour éviter de squatter au quartier, ils ont choisi de commencer leur cursus dans une université au Cameroun. C’est ainsi qu’au bout de deux ou trois ans après un BTS ou une Licence, ils sont en général prêts. D’autres, par contre, renouvelle leur dossier de demande de visa chaque année après chaque échec.

Ce qui est intéressant ici c’est le cas de ces jeunes qui, pour des raisons financières, ont décidé de continuer leurs études aux pays après l’obtention du Bac. Il ne serait pas oser de dire que la majorité des bacheliers rêvent de poursuivre leurs études dans une université étrangère pour des raisons évidentes. Outre le souhait d’avoir un diplôme et une formation de renommée, ces raisons sont surtout le fait d’un certains nombre de pratiques douteuses et anti-académiques que vivent les jeunes étudiants Camerounais. Ces pratiques sont liées au fonctionnement, à l’infrastructure, à l’assistance, notamment. En général, ce sont des pratiques qui, pour la plupart, sont déjà dépassée à l’ère de la modernité. Les universités camerounaises ont l’art du laxisme malgré le potentiel de ressources humaines et financières, minimum soit-il, dont elles disposent.

Les inscriptions des étudiants se font encore à la queue leu-leu

S’inscrire à l’une des universités d’Etat au Cameroun reste toujours un parcours de combattant. Je me souviens encore des modalités d’inscription pratiquées en 1998 quand j’entrais à l’Université de Douala. Il existait, à cette époque, une liste des éléments à rassembler pour une inscription. Dans le jargon universitaire, cette première étape s’appelle « pré-inscription ». Le nouveau bachelier devait d’abord se rendre au centre de santé de l’université appelé « Centre Médico-social » pour se faire consulter afin d’obtenir une sorte de certificat d’aptitude à poursuivre les études universitaires. Ici, les rangs, pour accéder au bureau du médecin, se forme très tôt à la première heure de la matinée. Difficile d’imaginer, pour un étudiant, à quelle heure il sera reçu.

Ensuite, il faut affronter le deuxième challenge des inscriptions. Il faut se rendre dans sa faculté pour déposer ses dossiers au service de la scolarité où un rang se formait également dans les mêmes conditions que celles du Centre Médico-social. Il fallait parfois se lever à 4h du matin pour avoir une chance de trouver un bon emplacement dans le rang déjà formé dont les limites pouvait aller au-delà de 500 étudiants.

La dernière étape de la pré-inscription, celle la plus compliquée, est celle du paiement des droits d’inscription (droits universitaires) après la publication des noms des étudiants qui avaient réussi à franchir l’étape de la pré-inscription. Il faut préciser que les frais de pré-inscription se faisaient directement au moment du dépôt des dossiers. Les frais de droits universitaires, par contre, qui s’élèvent à 50.000 Fcfa pour les universités d’Etat doivent être versés dans une banque où l’université en question est cliente. Lorsque les étudiants arrivent à la banque, c’est encore le même scénario.

Aujourd’hui, ces procédés de pré-inscription et d’inscription ont véritablement changé, mai… L’université de Douala, par exemple, a innové en procédant à une pré-inscription à travers son site internet. Son expérimentation à la première année de son lancement fut une catastrophe avec la lenteur d’internet au moment où il était trop sollicité. Sauf l’étape de la banque reste le seul challenge actuellement. Il existe pourtant des solutions de SMS-Banking proposées par des opérateurs de la téléphonie mobile qui peuvent pourtant résoudre le problème de paiement par Mobile Monney.

Toute une gymnastique pour accéder au gymnase

L’autre challenge, pour passer un cursus en toute tranquillité, est celui dont la solution demeure qu’un énigme. Ceux qui pensent que l’étape des inscriptions est la seule pour tester sa persévérance, se trompe amèrement. Ce challenge est le plus difficile d’ailleurs, et cela est valable pour toutes les universités en effectif pléthorique : c’est la participation effective au cours magistraux. Pour une population estudiantine de près de 500.000 étudiants, celle de Douala peut dénombrer 50 à 60.000. Au niveau des infrastructures d’accueil, le constat est amère. L’exemple le plus significatif reste la Faculté des Sciences Juridiques et Politique (FSJP) et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion Appliquée (FSEGA) qui comptent le plus gros effectif. Avant la création de l’Université de Douala en 1993 suite à la réforme universitaire, le site actuel servait de cadre pour le Centre Universitaire de Douala (CUD) qui était un annexe de l’Université de Yaoundé (actuellement Université de Yaoundé 1). Le CUD était nanti d’un gymnase qui est devenu, par la force des choses. Pour cause, la création de l’Université de Douala n’a pas été suivie par la construction du site pouvant accueillir la marmaille à venir. La suppression du gymnase a permis de doter la FSJP d’une sorte d’amphi de 600 places maxi. Il est depuis lors réservé aux 3000 ou 4000 étudiants de la première année de la FSJP. Il devient donc évident que tout ce beau monde ne pourra pas suivre à la régulière les cours magistraux. Chaque étudiant doit donc se battre comme un beau diable pour se trouver une place assise. C’est un challenge perpétuel à respecter durant toute l’année académique. Plusieurs étudiants passent alors toute une année sans avoir suivi le coures. Il en est de même des étudiants handicapés qui ont intérêt à s’abstenir de venir au cours au risque de se voir bousculer et piétiner par la foule de camarades visiblement nerveux. Il m’arrive souvent d’y faire un tour à 5h du matin pour constater que le gymnase est déjà plein à craquer pour un cours qui a lieu à 8h. Certains étudiants qui tiennent à suivre leurs cours y passent même la nuit. Terrible.

L’insuffisance d’amphis n’est pas le seul problème

Tous les visiteurs qui font le tour du propriétaire finissent par se demander « mais, comment les étudiants font-ils pour réussir dans un tel environnement ? ». L’effectif des étudiants de chaque université n’est toujours jamais proportionnel au nombre d’infrastructures aménagées. Chaque année qui passent, l’université se trouve toujours dépassée, le recteur est toujours surpris par l’effectif et au final incapable de satisfaire tout le monde. Par contre, pour les filières où l’effectif n’est pas pléthorique, il arrive de constater que des étudiants de certaines grandes écoles et facultés, comme la faculté de médecine et celle du génie industriel, soient au petit soin. Curieusement, même s’ils sont assis agréablement et confortablement dans une salle de classe bien climatisée, ils manquent malheureusement et cruellement de toilettes. Inutile de dire ici que les toilettes dans nos universités sont des denrées rares. Celles qui existent sont sauvagement endommagées et hygiéniquement inutilisables par négligence, manque d’entretien ou même par sabotage. La broussaille qui se trouve au alentour des bâtiments sont alors transformées en espace de dépotoir et de poubelles. Dans ces conditions, les étudiantes enceintes, les handicapés, etc. sont alors priés d’aller voir ailleurs chez les voisins, certaines logements ou cités universitaires où les toilettes sont bien aménagées.

Pour un effectif aussi grand, l’Université de Douala ne dispose que de 600 logements universitaires. Le reste doit se débrouiller aux alentours chez les propriétaires immobiliers qui mettent malheureusement à la disposition des étudiants des chambres aux prix assez élevés. Peu importe, certains arrivent à payer , malgré tout. Le reste des infrastructures comme la bibliothèque centrale et le restaurant universitaires sont de véritables curiosités. La bibliothèque ressemble plus à un musée qu’à une bibliothèque. De mémoire d’étudiant, la première fois que j’avais franchi la porte d’entrée de cette grande salle, je suis ressorti sur la pointe des pieds. Ça ne donne pas envie d’y séjourner même pour quelques minutes.

Quant au restaurant, les étudiants sont encore confrontés au challenge de rang. A la simple vue de ce rang, les plus affamés peuvent crever de faim. Une fois que les étudiants aient réussi l’exploit d’être à l’intérieur, ils n’ont droit ni aux cuillères, ni aux fourchettes qui sont pourtant élémentaires comme couvert. « Les étudiants Camerounais sont des malhonnêtes, des voleurs. Nous n’avons plus des cuillères pour la restauration », s’écrie le restaurateur prestataire. Au fait, les étudiants étant responsables de la disparition du couvert sont condamnés à se servir de leurs doigts à défaut d’avoir eux-mêmes leurs propres cuillère. Au cas contraire, chacun doit laisser sa carte d’identité ou carte d’étudiant à la caisse et revenir la chercher en cas de restitution du couvert. Il y a même pire que la disparition du couvert : la qualité des repas servis. La plupart n’y vient plus pour les repas faits à la désinvolture. Le challenge ici est, pour le restaurateur, de servir 1000 à 5000 plats en moins de 2 heures par jour. Ici, la rapidité est privilégiée à la place de l’efficacité, car le gain en dépend.

Quelle est la qualité de la formation de ces étudiants ?

Peut-on dire, à la suite de ce tableau descriptif non exhaustif, que cet environnement n’est pas propice à l’épanouissement des étudiants Camerounais. La réponse s’avère évidente : non. Et pourtant… Ce qui révolte les étudiants au point de les entendre dire qu’ils iront continuer leurs études en Occident c’est surtout la considération que les personnels enseignants et administratifs ont vis-à-vis d’eux. Beaucoup d’étudiants ont abandonné les études pour la seule raison qu’ils ne retrouvaient pas leurs noms sur la listes des admis en classe supérieure alors qu’ils avaient au préalable obtenu la moyenne pour chaque matière dont les résultats sont connus. Tantôt c’est l’erreur qui a été commis sur son nom et il devient difficile de corriger. Tantôt c’est un cas de harcèlement où l’étudiante refuse de céder. Les erreurs de négligences sont multiples et diverses selon chaque étudiant avec sa particularité.

Généralement, cela arrive en 3ème année ou en 4ème année à la veille de la Licence ou du Master. L’abandon a lieu juste au moment où il faut finir pour obtenir son diplôme de fin du cycle. Mais, le nombre d’étudiant est considérablement réduit dès la 2ème année académique. La foule qu’on voyait au gymnase en 1ère année diminuait presque de moitié en 2ème. Car pour continuer à l’université de Douala, il faut être fort, endurant et persévérant. Les plus faibles craquent et lâchent aussi tôt qu’ils sont venus. Ceux-là, pour la plupart, continuent dans un institut universitaire privé ou choisissent d’immigrer, pour ceux qui en ont la possibilité.

Et les les étudiants handicapés alors ?

Tshuip… C’est la catastrophe. Le silence est mieux.


Pourquoi le plan Marshall pour l’Afrique de Nicolas Sarkozy est-il un leurre ?

La France vit, en ce moment, au rythme de la primaire au parti Les Républicains. Ce qui est intéressant, c’est justement le fait que que cette primaire se déroule dans un contexte où les populations Africaines et Camerounaises en particulier sont vertement remontées contre la politique africaine de la France.

Beaucoup d’intellectuels, sous le prisme du panafricanisme, estiment d’ailleurs que l’intervention de la France dans les affaires intérieures des pays Africains est très et même trop paternaliste. Cela donne alors l’impression de penser que ces pays, malgré qu’ils soient indépendants ne le sont pas pour la simple raison que la France, ancienne colonie, n’est pas prête à lâcher du lest. Ces situations de paternalisme sont généralement visibles lors des élections locales, particulièrement celles des présidentielles. Les exemples les plus fragrants sont les cas de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Burkina Faso, le Congo-Brazzaville, le Tchad, le Cameroun, le Gabon, etc. Même les pays ne faisant pas partie de la horde des colonies Françaises n’échappent pas à cette fougue de la puissance coloniale : la Libye.

DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 - Nicolas Sarkozy, President of France, gestures during the session 'Vision for the G20' at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011. Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager
DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 – Nicolas Sarkozy, President of France, gestures during the session ‘Vision for the G20’ at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011.
Copyright by World Economic Forum
swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager

Les positions des leaders de la droite Française sur l’Afrique

Les périodes électorales sont de plus en plus secouées et finissent par des contestations si ce n’est pas une crise socio-économique. Cette période post-électorale marquée par des crises sont la conséquence des lois non consensuelles que les populations attribuent à tort ou à raison à la communauté internationale dont la chute du régime ne garantirait pas son intérêt. C’est particulièrement le cas d’un certain nombre de régime comme du Cameroun où le président Biya règne en maître depuis 35 ans nonobstant la contestation des résultats des présidentielles. C’est l’une des raisons du sentiment anti-Français qui a cours en ce moment.

Le contexte a été saisi par RFI pour inviter les candidats à la primaire de donner leur avis sur la politique Africaine de la France qu’ils vont appliquer au cas où ils deviendraient président de la République. Les avis sont alors partagés entre un François Fillon qui pense que les Occidentaux ne doivent plus « s’ingérer dans la politique Africaine » et un Bruno Le Maire qui postule que France doit cesser cette « relation parfois incestueuse, parfois compliquée ». Tandis que Jean-Frédéric Poisson par de limiter la migration Africaine à travers un investissement accru des industrie françaises en Afrique, Nathalie Kosciusko-Morizet va dans le même sens en insistant sur le constat selon lequel « l’Afrique est une maison en construction ». Jean-François Copé, comme Alain Juppé, parle s’accordent, selon eux, sur la nécessité qu’a la France, de construire un nouveau partenariat avec les pays Africains qui se démarqueraient par leur dynamisme.

C’est la position de Nicolas Sarkozy qui a le plus soulevé des polémiques comme son discours de Dakar le 26 juillet 2007. Pour cet ancien président de la République, l’Afrique n’est pas à sa place dans « l’organisation internationale du monde » d’aujourd’hui. Si « l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire », c’est parce qu’on lui dénie toutes les mérites qui sont les siennes, notamment : une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU avec comme innovation l’introduction de deux membres permanents réservés à l’Afrique, l’Afrique doit avoir son mot à dire dans la gestion des grands dossiers du monde, ce qui représente l’entrée de l’Afrique du Sud dans le G20 :

Qu’est-ce que je dis aux Africains ? Qu’ils n’ont pas la place qu’ils méritent dans l’organisation internationale du monde. Je n’accepte pas qu’il n’y ait pas un seul pays africain membre du Conseil de sécurité. Membre permanent, pas membre élu. Dans mon esprit, il en faudrait au moins deux. J’ai parlé de la nécessité pour l’Europe de construire un grand plan Marshall. Je veux le conditionner à un accord sur la lutte contre l’immigration clandestine et l’obtention des visas. Et notamment des visas de retour. L’Afrique doit prendre toute sa place dans la gestion des grands dossiers du monde. C’est pourquoi j’ai voulu que l’Afrique du Sud soit membre du G20, et que je veux la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies avec deux postes pour l’Afrique.

Cette position de Nicolas Sarkozy qui affronte Alain Juppé, les deux favoris de la primaire de la droite, a provoqué des réactions mitigées. Beaucoup dont la plupart des adversaires de Sarkozy, ont admis un retour au réalisme après le discours de Dakar. Cette position, par contre, a provoque l’ire de certains Africains qui la considère comme de la roublardise politique. Ces critiques acerbes contre Sarkozy ne sont pas seulement restées au niveau des réseaux sociaux où la contestation est plus vives. Elles se trouvent aussi dans le site de campagne et la page facebook du parti Les Républicains où le citoyen Camerounais Daniel Claude Abate, se réclamant du parti au pouvoir (RDPC) avec une tendance droitiste, a déposé une lettre adressée à Nicolas Sarkozy. Je vous livre ici l’intégralité de la teneur de cette missive.

L’intégralité de la lettre adressée à Nicolas Sarkozy

Cher monsieur Sarkozy,

 

Sans que l’on sache si vous êtes sincère (ce n’est pas la qualité première qu’on vous reconnaît le plus mais qui sait seuls les imbéciles ne changent) ou si c’est encore une espièglerie ou manœuvre de communication politique de votre part afin de faire remonter votre campagne pour les primaires de la droite qui bat de l’aile en ce moment, vous venez de promettre que si vous êtes élu à la tête de la France en 2017, vous proposerez « un grand plan Marshall de développement pour l’Afrique ». Sachant ce que le plan Marshall a fait pour l’Europe de l’ouest après la 2nde guerre mondiale, mon cœur veut bien vous croire mais ma petite tête d’Africain « qui n’est pas assez entré dans l’histoire (…) et qui vit dans un éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles » (dixit votre discours à Dakar le 26 juillet 2007), refuse de vous croire. Non je ne vous crois pas et pour cause…

 

Dois je déjà vous rappeler que le Plan Marshall initial auquel vous faites référence (baptisé officiellement après son élaboration « Programme de rétablissement européen », ou « European Recovery Program » en anglais) était un programme américain de prêts accordés aux différents États de l’Europe pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées lors de la Seconde Guerre mondiale. En 5 ans seulement, de 1947 à 1951, les USA injectèrent plus de 230 milliards de dollars US (soit plus de 138.000 milliards de FCFA = 35 fois le budget national annuel de mon pays le Cameroun )! Sans cette injection massive d’argent, l’Europe ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui et personne ne se souviendrait de ce plan. Alors je vous pose ces 2 questions :

 

1. Sur quoi comptez vous, vous, pour financer un plan d’une telle envergure pour l’Afrique alors même que nous savons tous que votre pays est économiquement en déclin avec partout des comptes publics en déficit ? Ou comptez vous « voler » l’argent qu’il faut pour réaliser un tel plan ? Allez vous puiser dans votre cagnotte personnelle où se trouvent certainement une bonne partie des 50 millions d’euros que Kadhafi donna pour financer votre campagne en 2012 ? Ou dans les recettes de la revente du pétrole Libyen sur lequel vos amis ont fait main basse dès la chute de Kadhafi ? Oui je suis très curieux de savoir où vous trouverez de l’argent pour lancer votre fameux plan Marshall de développement de l’Afrique mon continent. Les américains ont pu faire leur plan Marshall car ils avaient l’argent et beaucoup d’argent même. Vous, votre plan Marshall, vous allez le faire avec des cailloux ou des cacahuètes ?

 

2. Ici au Cameroun que vous n’avez pas daigné visiter durant tout votre mandat à l’Elysée, le citoyen lambda ou l’homme de la rue, quand il est dépassé par les événements a l’habitude de commencer ces questions par : « Je dis hein…?? » Alors permettez moi, cher Monsieur, de commencer ma 2ème question par cette formule et dans un style propre à nous car je suis moi aussi dépassé : Je dis hein, vous les (hommes) politiques français là, vous ne pouvez jamais faire vos choses la-bas sans nous mêler ? C’est même comment avec vous ? Laissez un peu l’Afrique et les africains tranquilles. On ne veut plus rien de vous qui ressemble à la pitié ou la compassion et on n’attend plus rien de vous. Excusez un peu nos vies et occupez vous de vos compatriotes dont près de 5 millions sont au chômage ainsi que de votre colossale dette estimée aujourd’hui à plus de 2000 milliards d’euros (près de 10 fois le coût du plan Marshall). Vous avez vous même récemment demandé aux Gabonais d’aller revendiquer et contester les résultats de leur élection présidentielle au Gabon et non pas en France. Vous aussi oubliez nous donc un peu.

 

Depuis la campagne des primaires aux USA jusqu’au 1er débat télévisé entre Mme Hillary Clinton et M. Donald Trump, les avez vous entendu parler de l’Afrique ou lui faire des promesses à dormir debout ? Non. Les chinois parlent-ils de nous dans leur campagne alors qu’ils sont de plus en plus présents en Afrique et construisent des infrastructures ? Non plus. Vous vous en êtes encore qu’au stade des primaires de votre parti, dont vous n’êtes même pas déjà sûr de gagner au vu des sondages qui vous donnent perdant, et que de toutes les façons n’auront pour votants que les citoyens français, que déjà vous brandissez des grands plans pour nous. Non merci. Imitez les américains et les Chinois et coller nous un peu la paix. Oui la paix, la vraie paix que vous avez mis en péril dans toute la zone sahélienne, en Afrique de l’ouest et à l’extrême Nord de mon pays en permettant à des groupes terroristes, rebelles et extrémistes d’avoir accès à tout l’arsenal moderne de guerre que vous avez déversé en Libye.

 

Je vous invite donc à vous concentrer aux réalités franco-françaises pour votre campagne et à nous laisser tranquilles. Ce n’est pas avec des plans de fumisterie pareille que vous allez réussir à vous réconcilier avec les Africains. Votre promesse de plan est de la poudre aux yeux. Et c’est un africain de droite comme vous qui vous le dit. VOTRE PLAN NOUS N’EN VOULONS PAS et même si nous le voulions vous n’auriez pas les moyens de votre politique. Les électeurs d’extrême droite que vous draguez comme un lycéen ne vous laisseront pas le faire de toutes les façons.

 

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

 

Daniel Claude ABATE
Citoyen Camerounais


Ce que font les automobilistes camerounais quand ils sont au volant

Les statistiques sont effroyables. Les Nations Unies classent les accidents de la route comme deuxième cause de décès en Afrique. Les dernières statistiques les plus récentes en la matière sont contenues dans le quotidien Mutations et ont été rendues publiques le 10 novembre 2015 à Douala à l’occasion de la première journée de communication sur l’engagement du secteur privé dans l’amélioration de la sécurité routière. En fait, l’État a décidé d’associer la société civile à cause de la montée exponentielle des chiffres. Cette société civile a donc fait sa première sortie pour rendre public ses chiffres qui font état de 12 morts chaque jour par accidents routiers. Cela fait donc en moyenne presque 4700 personnes décédées chaque année au Cameroun. La grande tueuse, qu’on appelle vulgairement « l’axe de la mort » ou encore « le triangle de la mort » est constituée des routes qui rallient les trois plus importantes villes du sud : Douala, Yaoundé et Bafoussam. Ce triangle de la mort avale plus de 60 % de personnes à lui seul. Pour ce qui concerne les pertes financières alors, n’en parlons plus : les documents de stratégie nationale de sécurité routière (2009-20014) révèlent que le Cameroun perd plus de 100 milliards de FCFA par an.

Conducteur distrait
Conducteur distrait

La question lancinante cependant est celle de savoir la ou les causes de tous ces accidents routiers qui coûtent tant de vie, d’argent et de matériels au Cameroun. Pourquoi tant de carnages, tant d’ hécatombes qui sont pourtant évitables. Oui, ces catastrophes sont évitables parce qu’elles sont l’œuvre des hommes, des comportements des uns et des autres qui sont le fait des négligences assez criardes. Tenez, par exemple, plusieurs études en sciences sociales ont démontré que les accidents routiers sont à 80-95 % dus aux comportements des automobilistes. Cela, bien entendu, n’exclut pas les facteurs exogènes comme le mauvais état des routes, la piètre qualité des véhicules importé et le climat. Ce sont ces trois facteurs qui doivent déterminer le comportement d’un automobiliste au volant. Il faut tout de même signaler ici que malgré la présence des nids de poule, c’est la vigilance qui est seule capable de sauver des vie. Mais, que remarque-t-on pourtant ? Une sorte d’irresponsabilité doublée d’un état d’inconscience délibéré et avéré. Voici quelques portraits d’automobilistes qui foutent le bordel sur nos routes.

Les automobilistes sont fiers de faire le rallye sur des pistes aux nids de poule

On constate souvent que, sur la route qu’on appelle pompeusement « axe-lourd » (Douala-Yaoundé-Douala), les conducteurs roulent à plus de 120 voire à 160 km/h. Cet axe a la réputation d’être dépassé aujourd’hui pour une route qui doit desservir deux grandes capitales du pays (l’une politique et l’autre économique) de plus de 3 millions d’habitants chacune. Le trafic sur cet axe est tel que si on le ferme, c’est comme si on coupait le pays en deux. Bien qu’il n’y ait pas de chiffre disponible sur la circulation sur cet axe, on estime la fréquentation à plus de 1000 véhicules  par jour, excusez du peu ! Tous, des petits aux gros calibres, se font le plaisir de montrer leur robustesse et leur puissance à la manière de K 2000 de Michael Knight. Qu’importe la qualité de la route et la puissance de la voiture, chacun roule comme s’il faisait concurrence à l’autre pour gagner une médaille olympique. La passion de la vitesse gagne tout conducteur qui ne supporte pas de se voir doubler par une Toyota Yaris alors qu’il a une Mercedes. Lorsqu’une idée pareille se loge dans la ciboule, on oublie l’objectif principal pour se focaliser sur le dépassement, dans la concurrence en superman : « il veut même montrer quoi ? ». Voilà ! C’est le début de la folie et la suite, vous pouvez l’imaginer vous-même.

Les automobilistes boivent et mangent beaucoup parce que, demain, on ne sait jamais…

Ne soyez pas surpris si vous voyez un Camerounais se rendre à une cérémonie festive sans son véhicule. Beaucoup ont déjà compris la leçon pour avoir vécu des expériences épouvantables. Les automobilistes ont ceci de pathétique qu’ils se sont habitués à ne pas seulement ingurgiter beaucoup d’alcool, mais à remplir aussi la panse comme s’ils avalaient les aliments pour les conserver dans la panse afin de ruminer après le voyage ! Oubliant qu’un ventre qui reçoit ce genre de mélange réagit aussitôt. Du coup, ils se retrouvent au volant étant pressé d’arriver à destination. Il y en a qui ont le courage de s’arrêter pendant le parcours et de s’excuser pour aller déféquer en brousse. Oui, il faut avoir du courage, parce que les moqueries venant des passagers les insupportent : « mon frère, le mélange n’est pas bien hein ». Ce genre de situation arrive généralement sur la route de l’Ouest vers Douala ou vers Yaoundé de retour des funérailles et des obsèques où les occasions de grandes bouffes ne manquent pas. Quand la bière commence à faire ses effets sur le cerveau, là c’est le sommeil et la fatigue qui sont au volant. Les automobilistes les plus expérimentés savent camoufler cet état de fatigue à tel point que les passagers ne s’en rendent compte que lorsque le pire survient. Trop tard pour faire quoi que ce soit !

Le téléphone et les femmes : s’ils n’existaient pas, on les aurait créés

Parfois vous apercevez un automobiliste au téléphone alors qu’il est en plein axe-lourd, vous penserez qu’il est en train de résoudre un problème important, soit problème familial soit un business qu’il a lui même lancé… C’est lorsque vous constatez qu’il devient de plus en plus nerveux que vous vous ravisez sur vos illusions. Les automobilistes ont l’habitude de ne pas traiter des choses sérieuses au téléphone. Ces conducteurs prennent bien soin de laisser leur famille et leur business au chaud avant de prendre le volant d’une voiture, hein. Je disais donc, quand un conducteur décroche le téléphone à plusieurs reprises, jetez juste un coup d’œil sur sa figure, il devient de plus en plus nerveux. Ne cherchez pas loin : ces gars ont l’habitude de prendre la poudre d’escampette après avoir nourri leur amante de promesses pompeuses. Lorsqu’elle se rend compte de la duperie, elle menace son cher amant au téléphone en l’accusant de tous les noms d’oiseaux au point de faire un AVC. La nervosité d’un « deuxième bureau » c’est quelque chose hein. C’est ça qui rend nos pauvres chauffeurs tendus, à tel point qu’on se demande comment ils peuvent oser faire un dépassement monstrueux comme ça là ? N’essayez même pas d’aller plus loin dans les recherches pour savoir ce qui leur arrive, sinon ce sera à votre tour d’avoir des migraines.

Les automobilistes adorent le pointages : surcharge de passagers et de marchandises

Il existe, chez tous les automobilistes transporteurs, un phénomène pour le moins bizarre : c’est le bâchage. Que ça soit dans un taxi, une moto ou un car de transport, c’est devenu une habitude voire une règle incontournable. Pour les transports urbains comme les taxis et moto-taxis (ben-skin), les études montrent bien que les usagers sont parfois les principaux demandeurs à cause de la rareté des transport aux heures de pointe. En cas de bâchage, les femmes sont toujours assises au milieu entre le ben-skineur et le deuxième passager. Pour l’élégance, on dit que c’est pour la sécurité de la femme. Mais, sérieusement, les seins qui égratignent le dos du ben-skineur peuvent le distraire, hein.

Pour un taxi de cinq places, dont trois derrière et deux devant (y compris celle du taximan), un sixième passager peut venir se faufiler devant et s’asseoir entre le conducteur et le cinquième passager. Cela n’est pas sans conséquence sur le confort du taximan qui est obligé de manipuler le frein à main et sa vitesse en frôlant les cuisses de la cinquième passagère. Ne soyez pas naïf, je vous prie, les taximans adorent avoir une belle femme assise là. C’est une belle occasion de manipuler et changer la vitesse à temps et à contre-temps. Quel homme normal peut être insensible à une sublime beauté ? Seulement, le pire est vite arrivé lorsque le gars perd la tête et ne loupe pas une occasion d’égratigner sa voiture dans l’un des carrefours embouteillés de Douala. Si un taximan a la malchance de froler un ben-skineur, vous entendrez alors des échanges d’injures, des plus sophistiquées.

En ce qui concerne les cars de transport, le vrai pointage du conducteur, ce sont les bâchages de passagers en cours de route, des surcharges de marchandises au point d’embourber le car sur des routes non praticables. Ne me demandez pas s’il y a  des contrôles en route. Vous ne savez pas que les policiers et les gendarmes n’attendent que ça pour arrondir leur fin de mois ? Du coup, les surcharges sont alors permises. Ça devient un cafouillage total et bonjour les accidents. Qui vous a même dit que les assureurs ne sont pas contents lorsqu’ils constatent que le véhicules accidenté était en surcharge ?

Le défaut de casques tue, mais ça fait quoi à qui même si on ne l’a pas ?

Le phénomène de défaut de casque est devenu comme une gangrène qui tue à petit feu. Il a fini par ne plus être considéré comme une habitude : c’est désormais la règle absolue. Porter un casque lorsqu’on est sur une moto est désormais perçu comme une curiosité. Sur tout le territoire camerounais, le constat est le même. Il ne faudrait surtout pas penser que Douala et Yaoundé sont des villes récalcitrantes. Qu’on soit en pleine circulation urbaine, en campagne ou sur l’axe appelé « triangle de la mort », il est courant de voir un conducteur de moto, avec un passager derrière lui, rouler à 70 ou 100 km/h sans avoir mis de casque. J’en ai fais la douloureuse expérience en prenant une moto pour la ville d’Edéa situé à plus de 40 km à partir de la sortie Est de Douala. Le gars roulait à 85 km/h sans casque, ni lui ni moi d’ailleurs. Ça ressemblait un peu à un film de science fiction en pleine réalité.

Je me souviens avoir vécu une scène qui a failli devenir une émeute. Les autorités de la ville de Douala tentaient de convaincre les moto-taximans (ben-skineurs) d’adopter le port de casque, en vain. Pour être sérieux, cette histoire de refus de port de casque avait été l’œuvre des femmes qui tentent de se justifier en prétextant la santé de leur cheveux. Elles disent que les casques que les ben-skineurs réservent aux clients sont pleins de saletés et pas adaptés pour leur brésilienne achetée à prix d’or. En fait, disent-elles, lorsque ces casques vont de tête en tête, ils sont susceptibles de transporter des microbes dangereux pour leurs cheveux et leur peaux. Mais, la vérité est que les femmes n’aiment pas détériorer leur belle et délicate brésilienne avec le port du casque. Leur cause a fini par devenir celle des hommes qui, par mimétisme et par paresse, ont tout de suite estimé que le casque est dangereux pour la santé. Il fallait donc faire le choix : entre mourir en plein choc du crâne sur le bitume et mourir de chiques et de teignes. De toutes les façons, la mort c’est la mort, il y a quoi même ?

Pourquoi les ceintures de sécurité et les siège pour enfants sont-ils négligés ?

Contrairement aux casques pour les conducteurs de moto, qui refusent systématiquement de les acheter quand ils achètent leur moto, la ceinture de sécurité ne s’achète pas. Elle fait partie des équipements de sécurité du véhicule. Le défaut de ceinture de sécurité est une petite négligence qui a pourtant des conséquence incommensurables. Au départ du véhicule, les automobilistes prennent bien le soin de mettre leur ceinture. Ils sont même à féliciter pour cela. Mais, le hic, c’est que lorsque le véhicule arrive à destination, il est difficile de trouver la ceinture bien attachée. Que s’est-il passé entre-temps pour que cette ceinture ne soit pas à sa place ? Ce sont les multiples arrêts, obligatoires ou volontaires. Le temps d’obtempérer aux multiples interpellations policières, le gars s’empresse de mettre le pieds sur l’accélérateur en oubliant sa ceinture. C’est juste une question de temps. Les conducteurs qui ne sortent pas de leur véhicule arrivent à destination sans souci, mais qu’en est-il des passagers ? C’est sans commentaires ! En faisant un petit tour dans les gars routières ou en visitant quelques agences de voyages, les sièges pour passagers n’ont pas de ceinture de sécurité, sauf les cars appelés dans leur langage « cars VIP ». Dieu seul sait combien de vie on peut sauver si tous les passagers mettaient systématiquement leur ceinture de sécurité. En ce qui concerne les siège pour bébé, je ne sais même pas si les automobilistes camerounais savent que cette affaire-là existe. Par curiosité, j’ai interrogé un syndicaliste qui m’a révélé que sur dix véhicules qui conduisent avec un enfants à bord, un seulement possède un siège pour bébé qui est pourtant obligatoire sous d’autres cieux. Il poursuivit en disant que tous les véhicules ayant un enfants de moins de 10 ans à bord doivent être dotés d’un siège pour bébé. Allez donc voir ce qui se passe sur nos routes où les voitures et les cars de transport en commun ayant des enfants de moins de 5 ans sont calmement assis sans ceinture, roulent tranquillement ! Les chocs frontaux sont alors inévitables.

Les jeunes de plus en plus nombreux au volant des voitures de luxe

Plusieurs fois de suite, oui, je dis bien plusieurs fois, il m’est arrivé de constater, au réveil, qu’une voiture avait fini sa course en échouant devant le portail de la maison familiale. Ce sont des cas d’accidents récurrents, la cause n’est pas à chercher très loin : l’excès d’alcool. Le conducteur a donc passé toute sa soirée à boire et a pris le risque de conduire. Lorsque le propriétaire, généralement âgé, arrive pour dégager sa bagnole, nous en profitons pour nous enquérir sur ce qui s’est réellement passé. C’est donc son fils qui a eu le toupet d’aller à une surprise-partie accompagné de ses copains. Si on peut s’interroger sur le taux d’alcool ingurgité par les conducteurs, il ne faut pas cependant oublier que l’âge est un facteur très important. Autant il ne faut pas confier le volant à une personne trop jeune, autant les personnes de troisième âge conduisent de moins en moins.

Les injures crasses pour vilipender les manœuvres maladroites et gauches

Automobiliste vexé. Crédit photo Le Point.fr

Je m’en voudrais de ne pas mettre en exergue ici des comportements vils d’un autre genre : celui des insultes qui sont même devenues le sport le plus pratiqué des automobilistes. Comment ces insultes influencent-elles les accidents de la route, se demandent certains ? Le lien entre les insultes et les accidents est loin d’être direct, mais c’est surtout son aspect hystérique qu’il convient de souligner ici si on prend en compte l’état d’esprit des automobilistes au volant. En ce sens, l’état colérique peut avoir une influence sur la conduite. Les études formelles qui le démontrent sont vraiment rares, mais ce qui est par contre intéressant c’est la revue, non exhaustive, des formules verbales explosives et des moyens d’expression des conducteurs. Ces injures sont proférées dans des situations d’attentes doublé d’impatience lorsqu’on est engouffré dans l’un des nombreux embouteillages des grandes villes. La richesse du vocabulaire est immense dans ce domaine. Ainsi, il suffit d’un énervement pour s’entendre dire qu’on n’a pas de « couilles » en lançant tout de go « tes noyaux ». Les plus courageux vont même jusqu’à proférer des injures en s’attaquant à votre mère : « le Q de ta mère ». Il faut le préciser tout de même, les ben-skineurs sont des champions de ces invectives de bassesse les plus loufoques. Peu importe le coupable. Ces ben-skineurs ont toujours raison. Ils ont la priorité. Même au feu rouge, où l’arrêt est interdit, ils ne se gênent pas et passent sans inquiétude. Malheur à celui qui s’évertuera à leur donner des leçons de conduite. D’ailleurs, un usager à bord d’un Land Cruiser 4X4 conduit par une femme a été traité de « gigolo » par ces maître de la route. Il existe même une liste d’injures des automobilistes Français qui pourra vous donner une idée de l’état d’esprit des conducteurs.

Puis-je continuer ? Non, je m’arrête-là. La liste des types de comportements des automobilistes camerounais est très longue, trop longue même. Ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’état psychologique et physique des automobilistes est l’un des facteurs, sinon, le facteur important dans la cause des accidents routiers. Un conducteur occupé à regarder une belle femme sur le trottoir, à toucher les cuisses d’une passagère, à causer au téléphone, est plus dangereux que son collègue qui ne respecte pas le code de la route. Ce genre de comportement est le fait que ces conducteurs vivent un fantasme qui les place au dessus des autres. Ils se vantent en se croyant permis de tout faire. Il y a même un courageux qui s’est permis de draguer ma copine en ma présence. Tout ça, à cause du carburant ! Malchance !

Je m’arrête-là, sinon…

« Ce billet est ma contribution dans le cadre de la campagne #StopAuxAccidentsRoutiers » . Retrouvez  le prochain billet de la campagne rédigé par Elsy Elsa dans son blog

Pour suivre la compagne, vous pouvez suivre le hashtag #StopAuxAccidentsRoutiers sur les réseaux sociaux.

Retrouvez également les articles publiés les jours précédents :

Cameroun : comment on obtient le permis de conduire ? (Ecclésiaste Deudjui)

Stop aux accidents routiers – Le jour où tout a basculé ! (Carole Leuwé)

Accident de la circulation : A cause de la route, « tu nous manquerons » (Thierry DidierKuicheu)

Et si ces routes avaient existé ? (Wiliam Tchango)

C’est elle la tueuse ! (Frank William Batchou)

Circulation : Ces pollueurs qui menacent nos vies (Mathias Mouendé Ngamo)

#StopAuxAccidentsRoutiers, Douala à l’ère du numérique (Danielle Ibohn)

La route tue, et nous aussi… (Fotso Fonkam)

Nos routes, ces caisses à sous mal entretenues (Armelle Sitchoma)


Voici pourquoi les Camerounais détestent Jean Ping

L’élection présidentielle gabonaise s’est achevée le 27 août 2016 mais elle déchaîne encore et toujours les passions au Cameroun. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les Camerounais s’adonnent ainsi à cœur joie au débat lié à l’actualité politique d’un pays voisin.
Pourquoi les Camerounais s’intéressent-ils, se déchaînent-ils, se passionnent-ils, voire se tuent-ils tant à s’occuper des problèmes des autres ?

Ce constat quasi général est unanimement et diversement apprécié par bon nombre de Camerounais. Ils trouvent que cette situation devient exaspérante, c’est effectivement exaspérant de constater que les Camerounais sont toujours prompts à s’offusquer des problèmes d’un autre pays, à juger le comportement d’un leader, pour ne pas dire d’un peuple. C’est malheureusement ce qui est arrivé au peuple gabonais, comme il en avait été pour le peuple ivoirien, béninois ou burkinabé. Cette année, les Gabonais en ont donc eu pour leur compte.

Les résultats provisoires de la commission électorale annoncés par le ministre de l’Intérieur gabonais n’ont pas atténué la ferveur et la fureur des Camerounais  pour le camp du président Ali Bongo comme pour celui de Jean Ping. Ce sont les détracteurs de l’opposant qui se sont le plus illustrés par des arguments aussi farfelus les uns des autres. Il ne me reste donc qu’à mettre en exergue ici ces différentes tendances de l’opinion anti-Ping.

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il est le « pion » des Français

C’est l’argument le plus répandu dans l’opinion. Pour avoir déjà rédigé des billets pour démontrer que les Camerounais, pour leur majorité en tout cas, sont des anti-Français, il serait donc évident et pas surprenant de l’observer au cours de cette élection. Deux éléments majeurs ont contribué à la construction, je veux dire, à la confirmation de cette opinion anti-française. Le premier c’est justement cet ouvrage de Pierre Péan intitulé « Nouvelles affaires africaines : mensonges et pillages au Gabon » publié en 2014. Cet ouvrage n’a donc pas un seul objectif qui est celui de contester la nationalité d’Ali Bongo. L’autre objectif de Péan est celui de mettre à nu le pillage des ressources gabonaises par la seule famille Bongo. Le second élément à mettre en exergue ici c’est la publication en avril 2015 des chiffres de la filiale gabonaise de la multinationale Total. En effet, les résultats des chiffres d’affaires de cette filiale de la multinationale française montraient une baisse de l’exercice 2015 de l’ordre de 45% par rapport à l’exercice de 2014.

Ces deux éléments sont des arguments brandis par les Camerounais pour démontrer la disgrâce du président Ali Bongo des cercles de la Françafrique. Ali Bongo était et est devenu comme une paria au sein des cercles français pour la simple raison que le fils d’Omar Bongo se désolidarisait peu à peu de ces cercles entretenus et laissés par son feu président de père donc il tien l’héritage. D’ailleurs, Ali Bongo était déjà devenu un partenaire qui ne comptait plus pour la France et dont qu’il fallait se débarrasser à tous les prix. Le livre de Péan et les résultats désastreux de Total sont là pour mettre le pauvre Ali Bongo Ondimba dos au mur. Le journal Français Libération, rapportant les propos d’Antoine Glaser, l’un des meilleurs connaisseurs des arcanes et des coulisses de la Françafrique, publie ceci :

Ali n’est pas très francophile. Il est fasciné par les Etats-Unis, a invité Michael Jackson à Libreville. Ses copains se trouvent bien plus dans le monde anglo-saxon, au Moyen-Orient ou au Maroc : il est très proche de Mohammed VI. […] Du vivant d’Omar, Ali faisait figure de mal-aimé. C’est sa sœur Pascaline qui régnait au côté du père, c’est elle qui avait les réseaux. A Paris, à l’hôtel Crillon, elle choisissait qui avait le droit de voir Omar, alors qu’Ali végétait au bout du couloir.

C’est donc cette disgrâce qui va mettre Jean Ping dans les orbites et le propulser comme le poids lourd de l’opposition. Le soutien des Camerounais à Ali Bongo vient donc du fait de sa rupture d’avec les principaux acteurs du pillages des ressources de l’Afrique comme Glaser tente de le démontrer dans cet ouvrage.

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il est lui-même « noyé » dans le camp Bongo

Ce Gabonais de père Chinois ne retourne dans son pays maternelle qu’en 1984 après avoir exercé des fonctions internationales au sein, notamment, de l’Unesco comme représentant du gouvernement gabonais. C’est donc le 26 février 1990 qu’il fut nommé par Omar Bongo comme ministre de l’Information, des Postes et des Télécommunications, du Tourisme et des Loisirs, de la Réforme du secteur parapublic, également en charge des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. Le fait d’avoir appartenu, d’avoir pactisé avec le camp Bongo considéré comme des soutiens de la Françafrique, fait déjà de lui un dictateur déguisé en opposant. Pire encore, les candidats qui choisissent de former une coalition avec lui sont également des anciens du régime Bongo. C’est en quelques sorte des frustrés du régime ayant choisi la rébellion contre la mamelle qui les a nourri pendant des années. 

Comment donc comprendre et considéré que Jean Ping soit un opposant pur, dur et mur? D’ailleurs, son ralliement à l’opposition est tombé à pic juste au moment où la France mettait déjà Ali Bongo à l’écart. Quelle coïncidence?! La propulsion de Jean Ping dans l’opposition ne date donc pas de très longtemps. Il est juste le fruit d’une fabrication des cercles du père dAli Bongo. Jean Ping est donc resté fidèle à ce cercle qu’il a embrassé depuis fort longtemps et c’est ce qui lui vaut le soutien de la communauté internationale tirée par la France. Élire Jean Ping comme président du Gabon c’est toujours élire un autre Bongo qui ne dit pas son nom : entre Ali et Jean c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

Ce qui est plus fragrant ici c’est le fait que Jean Ping ne soit pas seulement « noyé » dans le camp politique des Bongo, mais il est également filialement « noyé ». Certains observateurs et journalistes, à l’instar de l’écrivaine Calixte Beyala, ont d’ailleurs démontré la très grande imbrication de la famille Bongo dans la sphère politique gabonaise. Comment échapper à cette famille dans un petit pays de presque 1 million d’habitants, l’équivalent du tiers voire du quart de la population de la capitale économique Camerounaise, Douala? Pour illustrer ce détail très important sur l’imbrication de la filiation des Bongo dans les cercles du pouvoir politique gabonaise, voici ce qu’elle en dit :

Jean Ping, candidat face à Ali Bongo aux élections Présidentielles du Gabon est l’ex compagnon de Pascaline Bongo, fille de Omar Bongo et soeur de Ali Bongo, ils ont eu deux enfants. Donc Jean Ping est l’ex beau-frère de Ali Bongo. Ali Bongo est l’oncle des enfants de Jean Ping. Chantale Myboto qui soutient Jean Ping a eu une fille avec Omar Bongo, père de Ali Bongo. Son époux Paul Marie Ngondjout est le frère de Olga Laure Ngondjout, médiatrice de la République gabonaise et ex membre du Conseil National de la Démocratie incendié par la population dans les récents événements post électoraux; elle est par ailleurs une proche de longue date de Ali Bongo. L’actuelle présidente du Sénat Mme Boussougou est la mère de l’épouse de Franck Ping, fils de Jean Ping et de Pascaline Bongo. Afriquita Agondjo, membre de la cour constitutionnelle est la nièce de Jean Ping (fille de son défunt frère, Me Ogondjo Okawe). La juge Augue de la cour constitutionnelle est la proche parente de Demezo’o Obiang (Proche de Ping). Et au Gabon, on peut continuer ainsi, sans fin.

Difficile donc de se retrouver dans cet embrouillamini politique où la famille Bongo est presque omniprésente dans toutes les sphères politiques au Gabon. Pourra-t-on s’en passer finalement? « Wait and see! » comme le disent certains.

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il a fait ce qu’aucun Camerounais n’a réussi à faire jusqu’ici

Aucun candidat de l’opposition au Cameroun n’a encore atteint le score que Jean Ping a eu au cours d’une élection présidentielle : 48,23%. C’est le chiffre communiqué par la commission électorale (CENAP) en attendant la fin de l’examen du recours d’invalidation des résultats de la province du Haut-Ogoué introduit par le camp de Jean Ping. Pour mémoire, depuis le retour du multipartisme en 1990 au Cameroun, le pays a renoué avec les élections multipartistes où aucun candidat n’a jusqu’ici franchi le cap de 20% sauf l’opposant Fru Ndi qui n’a obtenu son meilleure score aux élection présidentielle qu’en 1992. Cette année-là, Fru Ndi avait eu 35,97% suivi de Bello Bouba qui n’avait obtenu que 19,22%. C’était l’élection présidentielle la plus transparente que le Cameroun a eu à organiser. Election finalement contestée suite à « la victoire volée » de Fru Ndi qui estimait l’avoir remporté haut la main face à Paul Biya. Depuis cette date, toute l’opposition réunie n’a jamais atteint le score de 30%.

Ce score obtenu par Jean Ping et sa coalition est justement le résultat d’un travail de lobbying qui a conduit à sa désignation comme candidat d’une coalition de trois partis politiques. En si peu de temps, réussir à faire une coalition avec deux poids lourds de l’opposition est ce qui manque de mieux aux opposants Camerounais. Depuis la première élection présidentielle de 1992, l’opposition camerounaise n’a jamais, au grand jamais fait l’unanimité autour d’un candidat unique. Et pourtant, toutes les études et des exemples comme au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Benin, etc. ont jusqu’ici montré que les alliances ou les coalitions sont non seulement importantes mais nécessaires. Pourquoi ? Parce que dans les dictatures qui règnent en Afrique depuis les indépendances où des régimes régnants sont des héritiers de la colonie, seul les batailles rangées et communes peuvent venir à bout des despotes et des tyrans. C’est le seul rapport de force qui puisse exister si le code électoral venait à ne pas subir de modification en faveur des élections libres et transparentes. Comment donc expliquer la réticence des opposants Camerounais face à un régime qui refuse une élection présidentielle à deux tours tant réclamée à cor et à cri ? In fine, s’arc-bouter sur l’absence des scrutins à deux deux tours aux élections présidentielles au Cameroun pour justifier l’absence d’une coalition c’est faire preuve de mauvaise foi.  

Jean Ping a fait ce qu’aucun candidat de l’opposition Camerounaise n’a encore osé faire : annoncer sa victoire avant la proclamation officielle. Dans une dictature, une tyrannie, les autorités sont prêtes à violer les lois en faveur du président, du chef du parti au pouvoir. C’est une situation récurrente au Cameroun où les partis politiques de l’opposition ont toujours eu maille à partir avec les sous-préfets prompts à interdire des manifestations voire de simples rassemblements dans un siège de parti politique. Une sorte de frilosité qui est propre aux régimes où il n’existe qu’une démocratie de façade. Les périodes électorales sont réputées être très tendues. Il suffit d’une petite erreur de comportement d’un opposant pour qu’il tombe dans les guet-appends tendus par les sbires du pouvoir pour le mettre dans de sales draps de violation de la loi. Jean Ping a donc franchi la ligne rouge en devançant le CENAP, en proclamant ses résultats à l’avance. Donc, un candidat de l’opposition qui sait qu’il a gagné ne doit pas attendre que le candidat sortant et président de la République l’appelle pour le féliciter comme l’ont fait Abdoulaye Wade au Sénégal, Goodlove Jonathan au Nigéria et tout récemment Boni Yayi au Bénin. Il doit faire comme Jean Ping : violer la loi et annoncer ses résultats avant que le CENAP ne mette son nez dehors. S’il fallait vraiment respecter la loi pourquoi cette commission a elle-même violer cette loi en accusant un retard de 24 heures dans la proclamation officielle des résultats ? Pourquoi le gouverneur de Haut-Ogoué, province d’origine du président candidat sortant Ali Bongo, a-t-il attendu la proclamation des résultats des 8 autres provinces avant de proclamer les siens ? Probablement c’était dans le but de voir les tendances et apprécier si elles étaient favorables ou pas au candidat Ali Bongo Ondimba afin de « fabriquer un score » en sa faveur au cas ou…. Ce gars malin que les Camerounais appellent « le plus Chinois des Gabonais » a vu juste et c’est ce qui a manqué à Fru Ndi en 1992 : prendre de l’avance sur le ministère de l’administration territorial, organisateur des élections à l’époque. Certainement que la donne devait changé. Bon, disons que l’opposant historique ne pouvait pas encore imaginé la fourberie et la mesquinerie de Pau Biya qui a déjà compris la leçon de sa déculottée. Aujourd’hui, tout est verrouillé à tel point que même Fru Ndi n’arrive à franchir la barre de plus de 10% que la commission électorale (ELECAM) lui attribue que pour faire plaisir aux observateurs internationaux. 

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il est tout simplement métis

En conclusion, ce qui est le plus récurrent dans les discours des pourfendeurs de Jean Ping va au-delà de la xénophobie, de la haine de la politique africaine de l’Elysée, bref de l’opinion anti-française. Le sang chinois qui coule dans ses veines de Jean Ping y est pour beaucoup dans cette violence verbale que les Camerounais lui adressent. Même le Béninois Lionel Zinsou, lors de l’élection présidentielle au Bénin où il a perdu (heureusement?) face à Patrice Talon, n’a pas échappé aux détracteurs venimeux d’un autre genre. Les mauvaises langues disent que Zinsou avait été victime de son métissage, de sa double nationalité, donc. Il n’y a pas que ses accointances avec la France qui lui ont valu de l’antipathies des Camerounais. Seule la couleur de la peau du candidat qu’il est, pour une raison ou une autre, suffit à le disqualifier. Que peut-on alors dire du sort qui sera réservé au Congolais Moïse Katumbi? Ce milliardaire de père Grec, ancien gouverneur de la province du Katanga et ancien président du puissant club TP Mazembe, subit des foudres du régime Joseph Kabila. Pour quelle raison? Déjà désigné comme le candidat à la fois de deux groupes de coalitions politiques à savoir le G7 (mars 2016) et l’Alternance pour la République (mai 2016), est considéré comme le candidat qui va faire parler de lui d’ici avant la fin d’année si la date de la présidentielle en RDC ne change pas. Moïse Katumbi sera alors le véritable Papa Noël offert aux bavards Camerounais. Malgré ce parcours élogieux, on trouvera toujours à dire puisqu’il est métis et par conséquent, c’est un traître.

Ce comportement est révélateur de ce que les Camerounais vivent comme une vengeance des pires atrocités de la colonisation qu’ils ont subies. La pauvreté persistante est vécue et perçue comme la conséquence de cette politique d’ingérence de la France et de la communauté internationale dans les affaires intérieures des Etats Africains qui ne cessent d’être pillés et dépouillés de ses ressources au détriment des intérêts de la population. Dans ce contexte, une sordide amitié d’un candidat avec une personnalité des milieux politiques français ou pire la couleur de sa peau, sera considérée comme une trahison. Du coup, un glissement vers le racisme, la xénophobie identiques au tribalisme primaire se fait jour. Ce type d’idéologie défendue par les pourfendeurs du colonialisme est le fait des leaders d’opinion d’un autre genre et qui se font même appelés « panafricanistes ». Comment ne pas identifier ce type d’idéologie à celle du Front National en France ? Um Nyobe, le leader Camerounais le plus célèbre, le visionnaire, avait d’ailleurs tiré une sonnette d’alarme sur ce type de comportement depuis 1951 au cours d‘une conférence de son parti (Union des Populations du Cameroun) tenue dans la ville de Kumba, un an avant le congrès à Eséka, en ces termes :

Nous ne confondons pas le peuple anglais avec l’impérialisme anglais qui maintient les peuples sous sa domination, ni le peuple de France avec le colonialisme français qui pille et opprime les peuples de notre pays. Nous devons mettre nos frères en garde contre le danger de la politique du racisme antiraciste. On ne peut, sous le prétexte de la libération des Noirs, mener une politique de haine contre les Blancs. La haine raciale est incompatible avec toute idée de progrè.

Comme si les Camerounais n’avaient pas compris cette leçon du regretté nationaliste, l’écrivain Camerounais Enoh Meyomesse revient à la charge pour s’inquiéter dans une tribune à travers une série de questions sur cette dérive comportementale permanente de son peuple :

Suffit-il de se proclamer anti-français pour devenir un « panafricaniste » vénéré de tous ou un « patriote » africain ? Suffit-il de prétendre œuvrer pour la baisse de l’influence française dans un pays pour devenir un « grand patriote » sur qui on ferme les yeux sur la fraude électorale et la misère su peuple ? Suffit-il de prétendre incarner de bouche le changement simplement parce qu’on est en compétition avec un plus âgé que soi avec qui on a cependant servi dans un même gouvernement antipopulaire pendant plus d’une décennie, pour devenir un « héros » ? Telles sont les grosses questions qui se posent au vu de la manière dont les Camerounais soutiennent actuellement la singulière « victoire » de Bongo aujourd’hui à la récente élection présidentielle au Gabon.

Et de conclure finalement en ces termes :

L’opposition camerounaise est tellement anti-française qu’elle est prête à anoblir le premier des individus qui va claironner que la France en a après lui, y compris Paul Biya demain

A bon entendeur, salut!


Lettre au président Jean Ping

Nous sommes le 29 août 2016 et voilà déjà presque 48 heures que les bureaux de vote ont fermés après le scrutin présidentiel du samedi 27 août. Ce qui est intéressant dans cet épisode des élections que l’Afrique connait depuis l’avènement de la démocratie, c’est le fait que, Jean Ping, le candidat de l’opposition le plus favori face au président sortant, Ali Bongo, prenne la parole et s’auto-proclame président de la République du Gabon avant les résultats officiels. Beaucoup de leaders de l’opposition en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun voisin, n’ont jamais eu cette audace, ce courage. L’attitude de Jean Ping doit devenir un cas d’école pour deux raisons au moins : d’un, il a posé un acte dont aucun Camerounais n’a jamais été capable jusqu’ici, de deux, son geste démontre à suffisance qu’il est possible, à l’institution chargée d’organiser les élections, de proclamer les résultats immédiatement après le vote.

Cette habitude qu’ont eu les régimes politiques et les systèmes politiques en Afrique de traîner avec les résultats pour des raisons inavouées, doit être décriée fermement. C’est de cette manière que ces systèmes procèdent pour tripatouiller les résultats non sans avoir préparer les esprits de l’opinion nationale et internationale à une défaite de l’opposition. C’est cette colère qui a poussé le journaliste Camerounais Boris Bertolt à prendre les devants pour s’adresser à Jean Ping qui, pour lui, est déjà considéré comme président de la République du Gabon.

 

Jean Ping
Jean Ping

Monsieur le président,

Je tiens déjà à vous féliciter pour votre brillante victoire à l’issue de l’élection présidentielle du 27 août dernier au Gabon. Votre victoire ouvre la porte à la fin de près de 50 ans de règne de la famille Bongo à la tête de l’Etat du Gabon. 50 ans où ils ont pillé le pays, confisqué la liberté des gabonais, paupérisé les masses et même renversé des chefs d’Etats en Afrique. Votre victoire peut augurer d’une nouvelle ère à la fois pour le peuple gabonais, mais également pour l’Afrique et particulièrement l’Afrique centrale qui est aujourd’hui le cimetière des dictatures de la planète dans le monde. Paul Biya, Sassou, Idriss Déby, Obiang Nguéma, des chefs d’Etat qui n’envisagent à aucun moment une succession démocratique à la tête des Etats et qui feront tout pour se maintenir le plus longtemps possible et même assurer comme ce fût le cas au Gabon une succession dynastique. D’ailleurs, le « grand panafricaniste » Obiang Nguéma a déjà fait de son fils théodoro, son successeur en Guinée Equatoriale. Dire que les Equato guinéens sont sur les traces du Gabon. Au Cameroun après 34 ans de règne sans partage, dans les couloirs, le nom de Franck Biya circule déjà comme potentielle alternative à la succession de son père : Paul Biya.

Monsieur le président, vous devez mesurer la responsabilité qui est la votre dès ce lundi, celle de conduire par tous les moyens une alternance démocratique au Gabon. Je vous dirais ici que jusqu’à hier Dimanche 28 août, je ne croyais pas en votre triomphe, mais les résultats issus des observateurs indépendants, de la société civile, des discussions avec des diplomates, avec des journalistes qui ont été au Gabon m’ont permis de comprendre que vous étiez effectivement le vrai vainqueur de l’élection présidentielle. Lorsque samedi soir, aux alentours de 23h soit quelques après la fermeture des bureaux de vote, le porte – parole de Ali Bongo s’est permis de déclarer le président sortant vainqueur, en violation des lois électorales, j’ai commencé à comprendre qu’il s’agissait d’une préparation psychologique d’un hold-up électoral qui était en cours de planification. C’est la raison pour laquelle je partage entièrement votre décision de vous déclarer effectivement vainqueur de cette élection présidentielle afin d’empêcher la manipulation d’un clan de voyous qui a pris en otage le Gabon depuis 50 ans.

Je ne crois pas en la CENAP, car dans les dictatures, les institutions sont essentiellement à la solde des tyrans. Ils nomment qui y veulent afin d’assurer leur réélection. Au Burundi, au Congo, au Tchad ils n’ont surpris personne. Ali Bongo le sait raison pour laquelle des militaires hautement armés encadrent les bureaux de la CENAP ce afin de garantir une proclamation des résultats en faveur du candidat Ali Bongo. A cet instant seul les résultats des observateurs indépendants, de la société civile peut permettre de construire un rapport de force. Le peuple gabonais est fatigué de 50 ans de règne sans partage du clan Bongo. C’est la raison pour laquelle il vous a choisi et vous devez saisir le bâton du changement.

Pardonnez à mes compatriotes camerounais qui critiquent l’annoncent de votre victoire ce sont des êtres bipolaires. Ils vous demandent d’attendre la CENAP, mais ferment les yeux sur le camp Ali Bongo et viendront par la suite critiquer ELECAM, l’organisme en charge des élections dans leur propre pays. Ils disent que vous êtes le pion de la France, mais restent ignorants sur le fait que depuis 50 ans la famille Bongo règne sans partage sur le Gabon avec le soutien indéfectible de l’Elysée. D’ailleurs Ali Bongo a été installé en 2009 au pouvoir avec l’appui diplomatique français et des parachutistes chinois. Ils disent que vous êtes chinois mais sont incapables de demander à leurs dirigeants qui ont les nationalités françaises, suisses, américaines et autres de quitter le pouvoir. Ils disent qu’à l’Union Africaine vous avez tué Khaddafi, mais ils ont une telle méconnaissance du fonctionnement de l’institution panafricaine, pourtant se réclament panafricanistes qu’ils ne savent pas que vous êtes en fait un « grand secrétaire » des chefs d’Etat et vous n’avez par-là aucun pouvoir. Ils vous comparent à Alassane Ouattara mais ne disent pas qu’il n’y a pas de rébellion au Gabon, que le pays n’est pas coupé en deux et que la fracture identitaire (musulman-chrétien ; Nord-Sud) est à son comble. L’ignorance est le ferment de la survie des dictatures.

Croyez- moi, je sais que vous n’êtes pas forcément le meilleur profil que nous aurions voulu à la tête de Gabon, mais pour l’instant vous êtes celui qui pouvez permettre à un pays, à un continent de tourner la page, au moins symboliquement d’une période. Vous pouvez ouvrir la voie à une nouvelle. Ali Bongo et vous êtes issus d’un même clan, mais Ping ne s’appelle pas Bongo.

Boris Bertolt, Journaliste