Yves Tchakounte

Pourquoi l’arbitrage vidéo perturbe le cours du jeu

L’utilisation de la Video Assistant Referee (VAR) ou assistance vidéo à l’arbitrage (AVA) pendant la coupe du monde 2018 est une première dans l’histoire des grandes compétitions internationales de football. Cette technologie est critiquée depuis ces premiers tests en 2016 et continue de l’être depuis le début du mondial. La VAR change considérablement le jeu : la preuve en trois exemples.

Que signifie « Video Assistant Referee » (VAR) ?

L’arbitrage vidéo est un technique de visionnage des images de matchs. La FIFA dispose en Russie de 420 caméras, donc 35 pour chacun des 12 stades. Bien entendu, 2 caméras par stade sont uniquement réservées aux litiges sur le hors-jeu. Toutes ces caméras sont connectées à une salle régie installées dans la capitale, Moscou. L’arbitre principal du match dispose d’oreillettes pour communiquer avec la régie. En dehors des trois arbitres de champ, la VAR nécessite un arbitre assistant et trois adjoints.

Cette vidéo officielle de la FIFA détaille le fonctionnement de la technologie.

 

Dans les 10 premiers matchs du premier tour, trois cas de recours à l’arbitrage vidéo ont retenus l’attention des observateurs. Dans ces trois matchs, La VAR a joué un rôle prépondérant sur la suite du jeu. Il s’agit des matchs France-Australie, Pérou-Danemark et Brésil-Suisse.

La France s’en sort bien

A la dixième minute après la reprise, Antoine Griezmann est taclé par l’Australien Joshua Risdon à la surface. Mais l’arbitre, visiblement, ne voit pas l’action et demande de jouer. 20 secondes plus tard, le jeu est arrêté pour une visionnage vidéo.

Cette action de l’arbitre dessinant un rectangle avec les deux mains est bien le signe qu’Andres Cunha exige à voir le ralenti à l’écran après avoir été interpellé par le quatrième arbitre assistant. On ne peut alors que constater l’enthousiasme des supportes français qui s’offusquaient dans les tribunes. Après avoir vu la vidéo, l’arbitre a accordé un penalty – marqué – à la France. Ce bouleversement du match a semblé plomber l’enthousiasme du jeu et des supporters, mais aussi faussé le chronomètre, qui a continué de s’écouler pendant ce temps. Résultat : 2-1 pour les Bleus.

On s’interroge sur la pertinence de ce retour en arrière : comment et pourquoi valider ou ne pas valider les actions qui se sont déroulées dans les 20 secondes qui se sont écoulées après le manque de vigilance de l’arbitre ? S’il y avait faute durant cette période, qu’aurait décidé l’arbitre ? Bien qu’il soit donné à l’arbitre la possibilité de recourir ou non à la VAR, lui est-il possible de la refuser ?

Ce penalty nous rappelle celui du match du championnat allemand opposant Mayence et Fribourg : l’arbitre a sifflé un penalty au moment où les deux équipes étaient déjà dans les vestiaires.

Les Danois dansent, les Péruviens maudissent la VAR

Contraire au match France-Australie, l’arbitre du match Danemark-Pérou, Bakari Gassama, a lui-même demandé de revoir la faute avant d’accorder un penalty au Pérou à la 44ème. Cueva a choisi de tirer lui-même pour se faire justice après avoir été fauché. Malheureusement, la balle est passée au dessus de la transversale. C’est une incontestable domination du Pérou mais le Danemark a vaincu. Les raisons ?


Ici, contrairement au match France-Australie, la VAR n’a pas permis au Pérou de marquer son but. Ce penalty raté leur a vraisemblablement cassé le moral. Peut-on dire qu’il a galvanisé le Danemark ? Difficile d’être affirmatif. Par contre, il est incontestable que, quand l’arbitre demande à voir le ralenti, c’est qu’il doute. Autrement dit, sans la vidéo, la faute n’aurait pas été accordée au Pérou, et le penalty n’aurait donc pas existé.

Score final : 0-1 pour les Danois.

Le non-recours à la VAR gâche la samba brésilienne

A la 20ème, le Brésil mène face à la Suisse grâce à un but de Philippe Coutinho. À la 50ème, la Suisse égalise grâce à un but de la tête de Steven Zuber. Ce score est resté inchangé jusqu’à la fin du match. Evidemment, c’est un nul satisfaisant pour la Suisse, petit poucet face à un super-favori. Ici, contrairement aux deux exemples cités ci-dessus, la VAR n’a pas été sollicitée par l’arbitre César Arturo Ramos. Des supporters brésiliens estiment que l’assistance vidéo aurait entraîné l’invalidation du but suisse, car c’est par une poussette sur João Miranda que le buteur helvète a réussi à marquer (regardez le but à 0’48 sur la vidéo ci-dessous).

La colère des brésiliens sur cette faute non sifflée par l’arbitre de terrain a beaucoup influencé le cours du jeu. A ce moment précis, les Suisses ont repris confiance en eux. Le jeu était sans complexe pour ce « no-name » qui avait visiblement le vent en poupe. Pourquoi l’arbitre n’a pas utilisé le VAR ? Pourquoi l’arbitre assistant vidéo n’a pas interpellé l’arbitre de terrain sur cette poussette ?

Résultat final : 1-1

La VAR diminue la responsabilité de l’arbitre

Il est vrai que cette première expérience de VAR va permettre à la FIFA d’améliorer la méthode pour l’avenir. Mais il est indiscutable qu’elle change le cours du jeu, elle modifie le comportement des joueurs et des arbitres. Elle démotive l’adversaire. Le simple fait de ne pas faire confiance à ses propres sens peut amener l’arbitre à manquer de vigilance, voire à ne plus se faire confiance et à s’appuyer systématiquement sur la vidéo. Hors, l’arbitre doit rester le vrai juge du match.


Mondial 2018 : une deuxième journée riche en buts

Pour cette première phase des matchs de poule, la deuxième journée a été particulièrement riche en buts pour cette Coupe du monde. Au total 4 matchs avec à la clé 8 buts marqués. Par contre, le Nigeria et le Pérou n’enregistrent aucun buts. La Croatie, le Danemark et la France marquent sur leur compteur 3 points chacune. La plus grande surprise a été l’argentine, favori, qui s’en sort avec un match nul et un penalty raté de la star Messi.

France  2-1 Australie 

40 joueurs étrangers dans le passé sur 46… Voilà la photographie humaine des convoqués de ces 2 équipes… Match des multinationales, donc. Celle australienne moins est surprenante… Par contre, la Françafrique d’en face fait peu sympathie à nos lecteurs pour ses mercenaires… Parfois on les comprend, mais l’idée qui prévaut c’est qu’ils fuient leurs pays d’origine où il y a peu d’argent pour jouer pour des métropoles coloniales comme la France alors qu’en club ils gagnent déjà l’équivalent du budget de certains États…

Mbappe et Pogba ont déjà donné 2 fois du travail aux gants  du gardien des Socceroos Mat Ryan en 3 minutes… On s’attend alors à un festival des Gallinacés mais parfois ceux qui font la musique ne dansent pas… Le ballon  cette fois ci est fabriqué avec un microchip qui offrira des données scientifiques comme la vitesse… C’est ce qu’on aurait dû faire à Mbappe et Ndembélé en remplacement du test de doping… Il est interdit  d’avaler une fusée  pour aller jouer au foot… Hussein Bolt cherche des remplaçants aux 100 mètres et ils devraient le savoir… En foot  qui va trop vite peu aussi finir vite hors-jeu… Les deux, comme toute la France, espéraient surprendre avec ce détail et se laissent souvent tomber pour obtenir des Coup francs mais les joueurs australiens profil bas pourtant expérimentés ne tombent pas dans ce piège… L’arbitre non plus…

Puisque les gens ont encore la fâcheuse idée de croire qu’il y a des favoris désignés et les autres sont venus se promener, c’est Tolisso préféré à Mathuidi le premier à produire une action nette de but… Sauf que euuuh, contre son camp… ‍♂️. Il fallait bien qu’il prouve que son gardien sert à quelque chose, surtout si c’est le Capitaine ‍✈️ LLORIS…

À la pause, la supériorité technique de la France  ne s’est pas vue. C’est Elle qui a souffert et ses supporters avec… L’hypothèse d’être l’équipe la plus jeune (24 ans d’âge moyen) sans vrai leader commence à faire son chemin… Griezmann est resté au lit à l’hôtel… c’est son hologramme qui joue et en bonne compagnie… Il croise souvent l’ombre de Pogba qui peine dans ce milieu où il se dit que c’est lui qui a voulu Tolisso pour ne pas être en ombre avec la présence de Mathuidi…

L’assistance vidéo VAR est décisif mais toujours discutable… Après 10 minutes dans la deuxième manche, pour dissiper le doute, l’arbitre tranche et octroie à Griezmann le penalty bien exécuté qui débloque le score… Sans ça, les Bleus allait faire quoi ?

Pénalty pour l’Australie plus évident 3 minutes plus tard. L’arbitre décide avant de contrôler… Umtiti sait qu’il y a une différence entre le football et le volley   (les deux balles-ci se ressemblent? ). La France encaisse l’égalisation mais c’est une chance  que l’arbitre oublie le carton jaune… Le spécialiste Jefinak à son 19ième but en 75 matchs fait son boulot… LLORIS BATTU: FILETS! La minute d’après, l’Australie  remplace Nabbout décevant pour Juric, plus puissant..

Le petit diable Griezmann, quant à lui, malgré le but n’est pas adapté au Paradis du match… Il sort en compagnie du chasseur Ndembélé pour Giroud et Fekir. Pogba est de plus en plus prévisible et perd sa chaussure , pardon sa godasse sur une pression de Rogic (a l’origine Croate) qui sort la minute d’après pour Irvine…

La synthèse de match de Pavard est un tir loin au dessus du décor sur le développement du corner qui suit… Il se rattrape tout de suite en bon défenseur dans une action de couverture mais Deschamps regrette peut-être déjà de n’avoir pas trouvé un substitut au titulaire SIDIBÉ qui ratera le mondial et le sait depuis que les Coqs  avaient encore la possibilité de retoucher leur effectif… La France  manque d’idées surtout en attaque et l’Australie  plus organisée repart bien…

Journée noire pour Tolisso dépassé qui occasione un coup franc et prend un carton… Le coach décide donc de l’entrée de Mathuidi. Inutile de dire qui est sorti…

À la 80ième minute, une étrange combinaison Giroud-Pogba aboutit à un but anodin que l’arbitre valide tout de suite après avoir reçu l’impulsion de La Goal Line Technology… Le ballon  a dépassé la ligne d’un seul centimètre, suffisant pour frustrer les australiens qui ne s’attendaient pas à un but de cette façon: microscopique… Arzali, entre… Ce n’est pas Mbappe le plus jeune du mondial, mais cet australien d’origine iranienne qui est à son troisième match et a déjà fait un but…

5 minutes à jouer et Giroud fait regretter Griezmann avec de l’anti jeu… En gros pourtant, son entrée et celle de Fekir puis Mathuidi ont galvanisé la France… Le coach hollandais des Socceroos Bert Van Marwijk n’a pas voulu employer la carte Cahill à la chasse d’un record puisqu’il aspire à faire 4 Coupes du Monde  De Suite en marquant à chaque mondial… Il a encore 2 matchs pour commencer… Pour celui-ci, même si c’est la première fois que son nom apparaît dans ce reportage, le meilleur a été NGOLO KANTÉ…  

La rencontre jouée sur un rythme bas finit pendant que les écrans géants insistent peu sur le coup franc produit par une longue galopade de Pogba et mettent en premier plan les fans, question de faire voir que les Australiennes par rapport aux françaises sont plus belles…

Allez dire!

Argentine  1-1 Islande 

On ne vient pas en coupe du monde  en gagnant déjà sur le papier… L’Argentine l’a expérimenté avec l’Islande  comme si la leçon contre le Cameroun  en 1990 ne suffisait pas pour les livres  d’histoire… Par contre si on est underdog, on vient aux rendez-vous mondiaux Pour démontrer qu’on mérite la cour des grands…

Après l’euro, l’Islande confirme que sa progression n’est pas le fait du hasard… Elle se présente accompagnée d’un quart de sa population… Imaginez si les usa  voyageaient avec 80 millions de fans… Pratiquement chaque famille d’Islande a un membre actuellement en Russie … Ils semblent tous des frères… D’ailleurs, leur système social ancestral ne prévoit pas de nom de famille… Si l’Argentine  a des qualités individuelles indéniables, l’Islande  fait groupe et joue très volontaire… Autre chose qui sépare les deux équipes, l’Argentine n’a que 3 joueurs au dessus d’1m80 tandis que l’Islande n’en compte que 3 en dessous d’1m80…

Le souffle, l’athlétisme et la croissance en vitesse des Vikings a surpris les Gauchos… Le tandem Mascherano-Biglia n’a presque jamais fonctionné même si Aguero ouvre le score après moult difficultés à la 19ième minute… Le temps de 3 tours d’horloge et 2 actions collectives et légalisation des nordiques arrive tout naturellement par Finnbogason…

On va à la pause sur ce score et au retour le dynamisme argentin n’est toujours pas au rendez-vous puisque Messi se fait presque toujours subtiliser le ballon 

Le coach argentin fait un remplacement inattendu à la 53ième… BANEGA entre pour Biglia…‍ Cela ne brise pas la confiance des hommes des glaciers… Maradona dans les tribunes est une vaine intimidation en face de l’armada des fans du volcan eyjafjallajökull  toujours en symbiose avec l’équipe par la caractéristique chorégraphie Viking Clap  qu’accompagne la Skol Chant…

Le pressing incontournable de l’Argentine est payant puisque la passe filtrante de Messi lui procure un penalty à la 63ième pour une faute commise par Magnusson sur Meza qui était à la réception… Messi est coupable d’avoir laissé pousser une barbe qui le rend semblable à s’y méprendre aux islandais eux-mêmes. Le gardien l’hypnotise et bloque son penalty… 22 minutes deviennent limite pour réaliser un exploit digne des attentes…

Maintenant ce sont les islandais qui s’illustrent en dribble, sur Messi en occurrence et ne se contentent plus de contenir… Pavòn entre pour Di Maria, et en face, le capitaine Gummurson qui n’est revenu au football  qu’il y a un mois, sort pour Skülarsson du championnat belge… Encore 14 minutes à jouer…

Tentative de Pavòn d’obtenir un penalty à son premier ballon. L’arbitre lui demande de se relever même si avec le replay le doute reste…  Messi se déchaîne mais au moment de la bouchée qui donne le but, Saevarsson lui retire la cuillère  de la bouche… Plus tard le même s’immole devant Pavòn pour son équipe, obtenant un coup franc qui fait souffler les siens…

Les islandais marquent chaque joueur à 3/4 et ça leur réussit, autrement le gardien fait bonne garde sur les exécutions chirurgicales de Messi et compagnie… Hilguain a donc 9 minutes pour prouver aux côtés de Aguero s’il peut être le match winner puisqu’il remplace Meza… Le gardien islandais Halldorsson après le penalty bloqué a encore le temps de faire des miracles sur les tentatives insidieuses du duo d’attaque de l’albiceleste… Lui, réalisateur de films, a déjà quelque chose en tête pour la Fête Nationale de son pays ce dimanche 17 juin…

Sigudarson entre à la 89ième minute à la place de Finnbogason pour donner les dernières profondeurs à l’attaque des Blonds surtout en exploitant les lancers de touche kilométriques de Magnusson… Le reste de l’équipe joue écrasé dans son camp pour protéger le score et les peu d’éclats de génie de Messi ne produisent que des frayeurs passagères…

Rien ne changera après 5 minutes d’arrêts de jeu, pas même la faute de Alfredson en dernière minute dans une position de rêve pour Leo… Le petit génie argentin bute sur la barrière et l’arbitre gonfle ses poumons avec 3 coups de sifflets secs.

Le Nigeria  qui aura l’Argentine en dernier match voudra comme celle-ci éviter la France en huitièmes de finale mais d’abord il faut capitaliser dans les heures qui suivent contre la hautement technique Croatie Ceux qui avaient baptisé ce carré ‘groupe de la mort ’ en ne pensant qu’au trio Argentine  Croatie NIGERIA devront inclure l’Islande et reformuler leur fantaisie…

Vous dites quoi de ‘Quatuor de l’enterrement ‘? 

Danemark  1-0 Pérou 

Des curiosités pour commencer… Les deux équipes dans leurs langues respectives sont appelés Vert-Blanc du fait du drapeau national… Advinculla le péruvien est le joueur le plus rapide du monde… Il court à 35Km/h et passe devant Garett Bale qui en marque 35… Le match est un clash entre la physicité des Danois et la technicité des péruviens de retour au mondial après 36 ans… Aucun des joueurs n’était né au moment de la dernière participation où ils croisèrent les Lions  Indomptables du Cameroun avec qui ils quittèrent la compétition injustement au premier tour… 

Le Danemark répond avec presqu’autant de jeunesse et de diversité, avec parmi les stars le gardien schleichel fils de PETER, chzmpton deyuore 1992, l’un des meilleurs gardiens de l’histoire du football…

Le match est dans les bonnes mains de l’entrepreneur Gambien BAKARI Gassama, arbitre expérimenté, de grande  personnalité et très autoritaire avec les joueurs…

Il est à son deuxième mondial. En 2014, sous mes yeux  au Brésil , il dirigea Pays-Bas  vs Chili … Dans son curriculum, la Confederations Cup, 3 finales de Champions League Africaine et la finale de la dernière Coupe d’Afrique des Nations que la Côte d’Ivoire  remporta en 2915 devant le Ghana Il est avec son collaborateur de touche Burundais  la raison principale de notre attention pour ce match…

Le Pérou  a sur le banc son capitaine ‍✈️ Paolo Guerrero réintégré après que les joueurs et les capitaines des autres pays aient demandé qu’on lui pardonne la positivité à la cocaine pendant le match de qualification contre l’Argentine … Il ne s’appelle pas Pablo ni Paulo mais Paolo en souvenir de Paolo Rossi meilleur buteur du mundial 82 avec l’Italie que son pays croisa sous l’admiration de son Père… Il naîtra deux ans après, en 1984… Sa sélection avec un seul joueur au dessus de 180cm subit le Danemark  mais peut compter sur un public en regain d’enthousiasme pour l’équipe fanion dont les enfants ont recommencé à utiliser le maillot comme pyjama…

Les Danois Kjer et Erikssen qui avait 18 ans à la première participation en 2010 sont les seuls à avoir déjà participé à un mondial… Flores, Farfan et Advinculla donnent souvent du fil à retordre aux danois avec de parfaites géométries… Le Danemark perd KVIST à la 36ième minute et le remplace par Schöne le spécialiste des Coup francs de L’Ajax d’Amsterdam…

Avec Christian Eriksen le Ronaldo Scandinave, qui a qualifié l’équipe inscrivant notamment 3 buts aux playoffs en Irlande, les danois sont confiants… À la 38ième Delaney qui doit son nom à un grand-père qui quitta les usa  pour s’établir au Danemark  appelle le gardien des andins à une double parade sur coup franc… À la 43ième minute, tout le Pérou  y compris le banc de touche proteste en réclamant très véhéments pour un accrochage de Poulsen dans la surface aux dépens de Advinculla redevenu pimpant comme en début de match après s’être tapi dans sa défense un moment…

L’arbitre Gassama, l’officiel le plus proche de l’action jusqu’ici pour son physique athlétique ne voit pas la faute à vitesse normale… Le VAR lui fait changer d’idée mais Cueva très indécis  au moment de l’exécution gaspille très au dessus de la transversale… Le corner du côté opposé offre à Kjer une déviation infructueuse et on regagne les vestiaires au petit trot… Le péruviens le font sur une belle image. Tous vont embrasser et encourager Cueva malchanceux des 11 mètres…

Au retour, Le virevoltant SISTO Ougabdaiq naturalisé prend en mains les manœuvres du Danemark … On joue presque tous les ballons  dans le camp du Pérou… D’un ballon mal géré de Jorgensen à la 54ième nait la contre-attaque que les sud-américains bousillent… Flores Marche  incroyablement sur le cuir au moment de le pousser au fond…

Alors boulevard pour Yussuf Poulsen dit Yurary de Père Tanzanuen qui exploite une repartie et trompe le gardien Gallesse presque seul dans une défense dégarnie… Le Pérou se réveille mais le gardien Schmeichel fait opposition géante… Il vient de battre un record : 500 minutes sans prendre de but pour le Danemark…

Guerrero fils de l’autre de l’édition 1982 entre et reçoit le bon ballon  sur sa tête. Le gardien est en place pour lui souhaiter bienvenue  cette frappe est un cadeau . À la 78 Guerrero d’un talon  magistral se refuse tout seul l’égalisation… Advinculla meilleur parmi les siens aide son gardien dans une parade des pieds… La double protection fonctionne du côté opposé la minute d’après. La route est ouverte pour le remplacement Braithwaite qui entre en remplacement de Sisto…

Le match devient un ping-pong  où les longues balles passent d’une surface de réparation à l’autre sans travail d’entrejeu… Le Danemark  l’emporte mais pourrait payer cette attitude dispendieuse à la longue…

La Pérou subit une loi non écrite du football : qui gaspille est toujours puni et a eu sa chance de comprendre que qui gagne a toujours raison…

La leçon vaut pour tous…

Croatie  2-0 NIGERIA 

Il est clair que la Croatie a du talent à revendre même au banc de touche.. Par contre, au moment des hymnes, il est difficile de partager l’avis des observateurs qui pensent que le Nigeria  jouera le rôle de la mine vacante qui espère ‘déranger’… Elles ne sont pas nombreuses les équipes où pratiquement tous les joueurs peuvent courir  33 km/h… Détail : Le Nigeria  a maillot le plus vendu (3 millions d’exemplaires jusqu’ici)…

Le match est lancé et Le Nigeria porte le premier ballon  à l’attaque. La Croatie  se dégage avec élégance… Ćorluka à son centième match partira du banc de touche…

La première attaque des ex yougoslaves produit un hors-jeu… Elle se dispose de façon à contraindre les Super Eagles à jouer très bas… Même le compartiment offensif se retrouve souvent en défense dans ces premières minutes jouées sur des rythmes intenses.. Moses cherche à faire remonter son équipe mais est souvent accroché… La Croatie ferme tous les espaces…

Le public a faim et siffle… Le Nigeria n’est pas pressé et procède par passes horizontales. Etebo est à surprise titulaire à la place de Onaze… Obi Mikel le capitaine ramène le danger chez les hommes en tenue d’échiquier mais c’est Shehu qui baisse la garde et permet à Perezic d’inquiéter le gardien. Après lui, Kramaric de l’Hoffenheim… La stratégie c’est ne point donner de point de référence…

Au quart d’heure, les aigles se referment sans avoir effectué un tir… L’arbitre brésilien et Moses sont d’avis opposés quand ce dernier à la 19ième réclame pour une faute à l’entrée de la surface des européens… Balogun jusqu’ici allemand y reste couché pour un coup accusé sur le nez…. Il doit sortir se faire soigner puisqu’il saigne…

Le match nul entre Argentine  et Islande  met plus de pression aux deux challengers d’où l’impétuosité… Le premier carton jaune arrive à la 30ième et Rakitic ne l’a pas volé pour son agression aux chevilles de Moses… Perezic er Rebic interchangent les positions pour confondre les adversaires et sur un corner de Modrić à la minute 33, le but arrive… Mandjukic se distingue en une tête plongeante et fait tout de suite signe comme Kramaric que le but n’est pas sien… En effet, sans le talon malheureux d’Etebo, la boule aurait fini sa course hors du terrain…

13 minutes pour encore apprécier comment les Green refoulent le danger. Ils sont arrivés sans avoir perdu de match cédant juste un match nul à l’Algérie… Moses continue de prendre des coups et proteste parce que l’arbitre ne sort pas son carton contre l’adversaire…

Sur les Developments du coup franc, Iwobi inquiète sérieusement le gardien Subatic… Le ballon  que Moses qui a commencé sa carrière internationale chez les juniors anglais shoote dans les tribunes se Loge dans les mains d’un supporter qui veut le garder mais est découragé par le Stewart… C’est la pause. Le Nigeria la prend la tête haute…

La reprise ressemble à la première manche. Les Aigles verts accélèrent, puis remettent le ballon et laissent d’abord jouer… C’est l’approche qui leur est le moins utile pour récupérer du terrain… Les lucky chicken, poules  coloriées de vert-Blanc que les fans ramènent sur les gradins comme porte-bonheur n’ont pas été admises et on dirait que ça a un effet sur la prestation du coach allemand Gernot Rohr… Moses reste le plus entreprenant mais de moins en moins lucide…

Le Nigeria  à la 67ième sort Iwobi pour Musa sans incidence sur le sens du jeu… A la reprise c’est coup sur coup jusqu’à ce que Ekong n’embrasse son vis-à-vis trop affectueusement à 15 minutes de la fin, offrant aussi à Modric la possibilité après 107 matchs de marquer son premier but pour sa sélection en une coupe du Monde  …

Dans la journée des penaltys ratés, sa transformation fait comme celle de Griezman décidément la différence… Le remplacement à la 88ième minute du capitaine ‍✈️ Obi Mikel pour Simi qui s’est illustré avec Crotone en Italie  est très révélateur… Les Oiseaux Royaux d’Afrique de l’Ouest ont joué de malchance mais cela ne les lave pas des responsabilités qu’ils ont, quant à avoir propulsé les Croates à la Première place du groupe…

Avec l’Argentine blessée, le chemin se complique décidément… Tout cela rend la coupe du monde  simplement plus excitante… Les fans Africains en ont après les Super Eagles coupables de se sentir trop beaux avant le match sans avoir le tonus de l’époque de Yekini ou Okocha…

Si c’est vrai, c’est aussi pour plaire à leur public moderne différemment exigeant que pour ne pas trop courir, ils mettent le ballon en touche et courent faire un selfie à poster sur les Réseaux Sociaux … 

L’esprit swag pour glaner les Like…  La journée se conclut avec 4 matchs et 8 buts… Aucune réalisation pour les équipes africaines jusqu’ici justement…

3 sur 5 se sont déjà exprimées…

Simplement, les examens ne finissent JAMAIS…


Coupe du monde 2018 : début réussi pour la Russie et difficile pour les Africains

Rendez-vous sera désormais pris avec un résumé des match de chaque journée de Coupe du monde. La Russie qui accueille cette 21ème édition a fait peau neuve. Les lampion se sont allumés ce jeudi 14 juin pour un mois de compétition qui, nous l’espérons, sera âprement disputée. Grâce au chroniqueur Mathias Mougoué, chaque instant de sensation vous sera décrit dans les moindres détails. Allez, c’est parti!

Russie  5-0 Arabie Saoudite 

J’essaie de comprendre ceux qui disent que la Russie  n’a pas le niveau de la Coupe du Monde   : elle aurait laminé 5-0 une équipe sans âme, croisée par hasard sur son chemin. Je n’arrive pas à m’expliquer leur point de vue… 

La Russie a huilé ses mécanismes indépendamment de l’adversaire, fait appui sur ses atouts et exécuté ses remplacements comme s’il s’agissait d’une finale… 

L’Arabie Saoudite  n’est certainement pas un foudre de guerre mais cela seul ne suffit pas pour discréditer la Russie…

Certains observateurs sont victimes de l’idée eurocentrique qui dévalorise toute sélection sans acteurs majeurs venus des clubs hautement compétitifs de la Champions League Européenne…

Égypte  0-1 Uruguay 

Après 27 ans, c’est une solide équipe d’Égypte , solidaire, ordonnée et fière qui revient au mondial. Elle frustre l’Uruguay  qui ne réussit à l’emporter qu’à la dernière minute, sur l’action qui lui réussit le mieux ces 2 dernières années : un coup de pied arrêté depuis le fond, à droite.

Chapeau au coach HECTOR KUPER (devenu égyptien) : il aligne son gardien de réserve El Shenawy pour son tout premier match officiel, juste après un match amical contre le Portugal 

Le meilleur de cette confrontation, c’est bien le gardien égyptien, froid, concentré, talentueux et dont les choix de temps et de modes de sortie sont excellents! 

Le pire ? Soyez gentils avec Suarez qui a TOUT RATÉ… Il a un record… Outre à être dénommé EL PISTOLERO, on l’appelle ‘L’amulette’. Avec lui sur le terrain l’Uruguay n’a JAMAIS perdu… Et dire qu’ils ne gagnaient pas leur match d’ouverture depuis 1974 !

Bravo au coach Tabarez à son second cycle sur le banc de touche national depuis 2006. À 71 ans, il ne lâche rien, malgré une maladie  dégénérative incurable qui le contraint à l’usage des béquilles. À lui la dédicace du but  de J. Giménez, de facto l’homme du match puisqu’il en décide du score – malgré tout, le meilleur reste le gardien El Shenawy d’Égypte… 

Les Pharaons auront absolument BESOIN d’aligner leur finisseur et réalisateur maison, Salah, devant le pays organisateur. Encore convalescent depuis la blessure en finale de la Champions League européenne, il est resté sur le banc… ‍♂️ Finalement, tout a réussi aux Égyptiens aujourd’hui sauf le but : Salah leur a manqué, il aurait marqué… 

A noter : beaucoup ont fait le jeûne du Ramadan, qui a pris fin aujourd’hui, quand bien même il n’y étaient pas obligés    

La suite nous dira ce qu’il adviendra d’eux…

Maroc  0-1 Iran

Difficile début des Africains…‍♂️

Comme pour l’Égypte, c’est contre le Maroc que le sort se décide et de la même façon, pendant les minutes de temps additionnel… Cette fois-ci, on supputera moins sur le Ramadan car de part et d’autre des joueurs l’ont observé, y compris Bouhaddouz qui marque à la 95ième minute le but  qui décide le match…  Il est entré comme remplaçant, justement pour marquer ce but, sauf qu’il l’a fait contre son camp sur un coup de pied arrêté alors qu’il couvrait le premier poteau en position défensive… (Un vrai but d’attaquant entre autres)…

Le match s’est joué sur un rythme effréné… Les deux équipes sont à leur 5ième Coupe Du Monde . Les Marocains y sont de retour après 20 ans. La dernière fois en 1998 en France 

Si les Chérifiens ont aligné Achraf, latéral du Real Madrid de 19 ans, les Persans leur répondent avec Jahanbakhsh, premier iranien à devenir meilleur buteur d’un championnat européen. Il joue pour AZ Alkmaar aux Pays Bas… Pour son pays il a la lourde pression d’être comparé à Alì Daei, (Ex Bundesliga Allemande) seul joueur au monde  dans l’histoire du football  à avoir inscrit 109 buts pour son équipe nationale et ce en seulement 149 matchs…

Le Maroc  présente seulement 2 joueurs sur 23 qui militent dans le championnat national. Ils sont pour la plupart binationaux et très respectés au pays pour avoir fait le choix d’être des Lions  De L’Atlas comme le capitaine Benattia Stopper, auparavant français en junior… C’est son but contre la Côte D’Ivoire qui qualifia l’équipe… C’est eux qui font le match et l’Iran se contente de détruire… Un match très nerveux… 

À la fin le coach Herve Renard  spécialiste d’Afrique où il a à son actif deux Coupes des Nations a aussi craqué… Il sentait le but arriver… En effet une longue minute plus tard, ses sensations prennent forme malheureusement pour lui et les siens…

C’est l’iran  qui se porte candidate pour challenger l’Espagne  et le Portugal . Pour de nombreux observateurs le tort revient au Benattia… Un joueur de sa carrure aurait dû mieux diriger les siens…

On verra…

Les Africains ne désespèrent JAMAIS!

Portugal  3-3 Espagne 

Ceux qui attendaient un match au sommet n’ont pas été déçus… Ceux qui voulaient voir comment l’Espagne auraient réagi après le Limogeage du coach Lopetegui l’avant-veille du début en coupe du monde  coupable d’avoir signé un accord secret avec le REAL MADRID dévoilé au denier moment devront prêter attention pour le reste de la compétition.

Ce match était à part… Ceux qui voulaient lire la rivalité REAL-BARCELONE entre les lignes ont été servis… La confrontation commence sur les chapeaux de roue et le Portugal mène déjà au score à la 3ième minute…‍♂️ Penalty transformé par Cristiano Ronaldo…

Durant la partie Douglas Costa brésilien naturalisé espagnol lui répondra 2 fois… Le Portugal mène 2-1 à la pause mais au retour le deuxième but de Costa qui fait écho au second de Ronaldo met l’Espagne  sur orbite, le vent en poupe…

Elle est plus disciplinée, plus équipe, avec plus de qualité, ce qui est récompensé avec un troisième but sans trop d’attente. Nacho se fait pardonner le penalty occasionné à la deuxième minute…‍♂️

L’Espagne règne mais c’est sans compter qu’en face il y a un monsieur surnommé CR7, qui sait tout faire… Et quand l’équipe manque de quantité ou d’idée, il invente de la Quantité…

Après lui, l’autre seul titulaire inamovible depuis 2013 a souvent donné du fil à retordre à Lord Iniesta… Il s’agit de l’Angolais naturalisé William Carvalho, mastodonte du milieu de terrain…‍♂️. Sentant peut-être le match en poigne, Hierro coach espagnol depuis 2 Jours, légendaire capitaine de Madrid et des Furies Rouges, libero cinquième meilleur Buteur de tous les temps d’Espagne remplace Diego Costa…

Comme à l’euro, Quaresma l’autre valeur capitale du Portugal entre aussi et les équilibres se renversent…

Piqué, défenseur du FC Barcelone se mordra les doigts puisque c’est d’une de ses légèretés que l’occasion est donnée à CR7 de remettre les pendules à l’heure. On joue la 88ième minute… 

Coup-franc magistralement transformé… 3 buts en un match et voilà l’extraterrestre meilleur buteur d’entrée de jeu. Il ramènera le ballon avec lui et une cheville, la droite avec laquelle il a tiré à contrôler à l’infirmerie… ‍⚕️

Une chance pour Le Maroc ? En tout cas, tous sont avertis… CR7 IS ON FIRE! 

Prestation discutable pour l’arbitre italien Rocchi. Il a peiné et malgré l’assistance vidéo, l’épisode du penalty n’en est pas moins problématique…

Les fans Africains restent divisés…

Ce qui est difficilement compréhensible c’est qu’il y en ait qui supportaient le Portugal  sous prétexte qu’ils ont été de bons colonisateurs…

Pardon? ‍♂️

Rendez-vous demain pour le résumé de la 2ème journée.


L’opposition existe-t-elle encore au Cameroun ?

La crise anglophone s’est muée en guerre civile et la destructuration des superstructures des partis politiques de l’opposition n’est plus un secret. A l’approche des élections (municipales, législatives et présidentielle), la persistance de cette crise n’arrange pas les choses. Ces élections mobilisent les états majors des partis politiques de l’opposition. Mais malgré ce déploiement, impossible de prédire des lendemains meilleurs. Du coup, le parti de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, peut-il se donner le luxe de dormir sur ses lauriers ? Que non !

Ici, le concept d’opposition n’est pas défini comme une entité figée, mais comme une force dynamique de proposition. Il est important de prendre en compte le levier déclencheur d’une position de force nécessaire à toute alternative. Cette force peut être détenue par les partis politiques comme par les syndicats ou tout autre mouvement de contestation. Nous nous contenterons de mener une analyse à travers deux partis politiques de l’opposition : le SDF (Social Democratic Front) et le MRC (Mouvement Révolutionnaire du Congo). Ce sont les partis qui mènent en ce moments des manifestations sur le terrain. Les sorties momentanées de l’un ou de l’autre les placent au-devant de l’actualité politique. Ils suscitent donc, par cette occasion, des débats politiques d’envergure qui mobilisent l’opinion nationale sur les stratégies de conquête électorale.

La mise en scène du SDF au déclenchement de la crise anglophone le démobilise politiquement

Depuis le déclenchement de cette crise dite anglophone en octobre-novembre 2016, il était difficile d’imaginer le Cameroun en guerre. Les syndicats d’enseignants et d’avocats conduits respectivement par leurs leaders Agbor Nkongho, Fontem Neba, Wilfred Tassang et Harmony Bobga sont à la tête d’une contestation qui avait abouti à des manifestations pacifiques. Cette contestation est une conséquence de la marginalisation de la population anglophones, qui représentent 1/5 de la population camerounaise. Le mouvement a posé la question du sort d’une minorité anglophone, qui se sent exclue de la gestion publique depuis la fin du fédéralisme en 1972.

L’entrée du SDF dans la crise

C’est le SDF et son député Joseph Wirba qui, le 2 décembre 2016, politisent le mouvement syndical à travers un discours historique à l’assemblée nationale. Joseph Wirba y prend le pouvoir à parti, et dénonce la marginalisation dont est victime son peuple. Malgré son immunité, il a d’ailleurs subi quelques menace et fui avant de revenir siéger quelques semaines plus tard. Puisle 5 décembre 2016 à Buea, en plein crise, le Chairman du SDF du parti stigmatise la classe dirigeante en plein meeting. Le mouvement syndical prend alors une dimension véritablement politique. Mais, pour confirmer son leadership sur ce territoire anglophone, le congrès du SDF du 22 au 23 février 2018 à Bamenda se tient sans anicroche et plébiscite le Vice-président Joshua Osih comme candidat à la présidentielle d’octobre 2018.

Le terrain miné par les indépendantistes

Le SDF se trouve être le seul parti d’opposition qui, jusqu’ici, a mené des sorties politiques très médiatisées sur le terrain, en plein cœur de la contestation anglophone. Même le parti au pouvoir, le RDPC, et son arsenal de sécurité appuyé par les forces de l’ordre n’a pas pu s’y rendre. C’est donc dire que ce territoire anglophone reste miné – on l’appele même le fief du SDF. Depuis janvier 2017, le durcissement des positions et le pourrissement de la situation a entraîné la formation de milices armées, et l’arrestation de leaders syndicaux subitement taxés de « sécessionnistes ».

La conséquence de ces arrestations, c’est que même le SDF serait incapable actuellement de se mobiliser dans son fief électoral. La deuxième conséquence, c’est que la militarisation de la zone anglophone le prive de son fief électoral. Troisième conséquence, à trois mois des élections, le parti est absent du terrain politique.

Le confinement du débat politique à la « tribalisation » et le déploiement du leader du MRC à la conquête du terrain

Le MRC, nouveau parti d’opposition, fera son baptême du feu à la présidentielle d’octobre 2018. Nourri par le souci de ne pas faire piètre figure, il faut mobiliser les énergies et donc, accentuer sa présence sur le terrain. Depuis 2016, son leader, Maurice Kamto, fait le tour du pays en organisant des meetings à tout va. Depuis le déclenchement de la guerre en région anglophone, le MRC n’a plus jamais connu d’interdictions de manifestations d’une sous-préfecture, preuve que les autorités ont lâché du lest. Car cette situation d’interdiction des manifestations du MRC donnait beaucoup de fil à retordre au parti qui devait multiplier des subterfuges pour éviter de passer sous les fourches caudines des autorités.

Bal de ping-pong

Depuis la fin de ces interdictions, des échanges, des débats houleux tintés de propos stigmatisants sont devenus légions. Le leader et son parti politique sont pris en étau sous les grippes des adversaires. Accusé par ses détracteur d’être un parti régionaliste et sectaire, les partisans du MRC s’en défendent. Leurs réponses, qualifiées de « violentes », ne se font pas attendre. Des réponses à la mesure de l’attaque sont observées ça et là. Au lieu d’assister aux débats de fond, ils virent toujours à la dérive. Autrement dit, les échanges entre les membres et sympathisants leaders du MRC et les détracteurs sont essentiellement centrés sur des petites piques en dessous de la ceinture. Des accusations de sectarisme se trouvent confrontées à l’appartenance tribale du leader du MRC et de ses membres.

Du coup, même les « Fake News » prenne du terrain dans les débats. Dans ce genre de climat où l’atmosphère est polluée par des rumeurs sur les fausses démissions et les fausses révélations à tendances tribale du leader, il est difficile à l’opinion de suivre voire de mener des débats sur l’actualité du parti et sa vision pour le Cameroun. A défaut donc de cette interdiction de manifestation qui ne font plus recettes, polluer et truander les débats de Fake News est devenu le sport favoris des trouble-fêtes.

L’opposition, à travers le MRC, se trouve donc handicapée par des communications diluées. Chaque partie, le MRC et ses détracteurs, se jetant la responsabilité de la « tribalisation » des débats, les messages sont tout de même brouiller. Que reste-t-il alors en pareille situation pour une opposition qui veut être audible ? Faut-il réagir aux polémiques comme le font ses membres du MRC ou laisser faire ? En tout cas, même si le MRC réussit à se déployer malgré tout, cette situation brouille les débats.

Que reste-t-il de l’opposition camerounaise ?

De façon trivial, on dira qu’il ne reste que le parti au pouvoir, le RDPC, et ses alliés. Il reste aussi certains partis de l’opposition dont on ne parle pas beaucoup et qui font, tant bien que mal, la pluie et le beau temps au sein de l’opinion. Ces sorties sont sporadiques et éphémères, mais ne manquent pas d’intérêts du tout.

Ce qui occupe les devants de la scène socio-politique justement, c’est cette crise dans la deux régions anglophones. Une crise qui s’est, peu à peu, muée en guerre total. Une guerre qui, actuellement, donne des sueurs froides à la vue des images photos et vidéos venues tout droit des deux régions de conflits. Depuis novembre 2016, les Anglophones ont occupés le terrain politique avec des revendications syndicales. Les syndicaliste, plus modérés, exigeaient une révision constitutionnelle afin de mettre l’option du fédéralisme sur la table de négociation. Énervées, les autorités ont alors opté pour la solution de la force. La première mesure a été de dissoudre le Consortium, un collectif de touts les syndicats, puis d’emprisonner les leaders syndicaux en janvier 2017.

Changement de cap

Janvier 2017 a donc marqué la fin du leadership syndical. Les plus radicaux de la crise, les indépendantistes, ont envahi le terrain. La population, n’ayant plus de leadership, se laisse dominer par des idées séparatistes. Celles-ci prennent le dessus, de gré ou de force, sur le débat politiques. L’enjeu politique qui se joue en région anglophone a pour centre d’intérêt la ville de Limbé. C’est une ville pétrolière qui se trouve, bien entendu dans la région du Sud-Ouest, région anglophone, donc. Cette manne pétrolière fait de la guerre un enjeu socio-politique pour le président Biya. Elle est considérée, comme c’est le cas des régime tyranniques, comme une ressource importante pour faire fonctionner le système.

La persistance de la guerre est une tactique de pourrissement dont l’objectif est de décourager les indépendantistes. La résistance des combattants indépendantistes appelés « terroristes » donne une autre allure à la crise. Les Anglophones deviennent, à travers cette lutte acharnée et ces combats armés, une force alternative. Il devient donc difficile de parler de l’avenir du régime et de Paul Biya sans faire allusion aux Anglophones qui tiennent encore le bon bout jusqu’ici.

La question qui demeure cependant est celle-ci : pourquoi et comment une telle crise a pu résister pendant deux ans alors que le Cameroun en a connu et qui se sont terminé en fiasco total ? Ce développement fera l’objet de notre prochain billet.


Présidentielle au Cameroun : la bataille de communication entre les pro et anti Maurice Kamto

Le candidat à la présidentielle d’octobre prochain, Maurice Kamto, goûte à sa première expérience politique. La présidentielle au Cameroun est une période de tensions permanentes. Elle ravive les passions et les émotions dans l’opinion à travers la Toile et les médias classiques. C’est la principale caractéristiques des périodes électorales.

A l’approche de la présidentielle d’octobre 2018, les partis politiques ce sont déjà mis en branle. Cette course à la magistrature suprême est marquée par des rivalités entre les acteurs politiques. D’une part, entre les partis politiques de la majorité présidentielle et ceux de l’opposition. Et d’autre part, entre les différents partis politiques de l’opposition. Pour ce dernier cas qui nous intéresse ici, la tension entre les partis politiques de l’opposition met au centre des polémiques, le leaders Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC).

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Maurice Kamto, Président du MRC et candidat déclaré à la présidentielle d’octobre 2018 au Cameroun. Crédit photo : MRC

Pourquoi Maurice Kamto fait-il l’objet de tant de fixation pour cette présidentielle au Cameroun ?

Le Cameroun a toujours eu à passer des moments de vives tensions marquées par une situation particulière à la veille des échéances électorales. Depuis le retour du multipartisme en 1990, les élections présidentielles pluralistes de 1992, 1997, 2004 et 2011 ont, chacune, toujours été marquées par un serpent de mer : la coalition des partis politiques de l’opposition. Si celle de 1992 a été un succès pour le moins éclatant avec Ni John Fru Ndi comme candidat de la coalition de l’opposition, cette expérience hante toujours l’opinion. Les expérience ratées de 1997, 2004 et 2011 ravivent encore les tensions au point où certains laisseraient croire que l’opposition doit encore passer par cette option de coalition pour espérer une alternance. Il serait toutefois naïf de ne pas penser que dans cette derrière idée de coalition se cache le mythe de Sisyphe :  la quête du leadership.

Les partis politiques de l’opposition veulent construire un leadership à l’image de Ni John Fru Ndi, leader charismatique, en 1992. C’est ce que les idéologues du MRC de Maurice Kamto ont compris. Un projet de société conçu autour de l’idéologie du social-libéralisme est le socle sous lequel se fonde le leadership. Libérer l’homme, libérer la parole pour permettre la confrontation et exploser les talents. C’est dans la concurrence des talents que le développement est possible. Pour y arriver, la stratégie du MRC est évidente : se livrer à la bataille communicationnelle semblable au concept de la guerre de l’information.

Les conséquences de cette stratégie communicationnelle

La bataille communicationnelle a cet inconvénient qu’elle expose le leader et le livre à la vindicte. Maurice Kamto, en s’exposant, s’attend à recevoir des coups de massue. Cette bataille communicationnelle choisi par le MRC n’est pas naïve. Elle est fondée sur l’objectif de la propagande politique de son idéologie. Cette propagande est exercée dans un contexte de frustration de nombreux Camerounais face à une opposition sclérosée de 26 années de batailles sans succès. Le MRC, né seulement en 2012, n’a donc pas de choix que de se lancer dans la conquête d’occupation du terrain politique pour rattraper le retard qu’il a avec les autres partis politiques de l’opposition qui sont là depuis 1990. L’enjeu est donc grand et pour une première participation à la présidentielle, Maurice et son parti le MRC n’ont pas droit à l’erreur.

Mais avant d’y arriver, Maurice Kamto fait face aux griefs de ses détracteurs les plus féroces à travers les médias et sur la Toile. Cette bataille communicationnelle a lieu entre les pro et les anti Maurice Kamto. Voici quelques morceaux choisis, et pas les moindres, où les deux camps se livrent une lutte féroces qui a lieu généralement sur les réseaux sociaux.

Maurice Kamto, un « nain politique »?

La plupart des griefs balancés contre le leader du MRC sont focalisés sur sa modique expérience sur le plan politique. En effet, les détracteurs s’attardent sur le fait que Maurice Kamto n’a aucune expérience politique. Selon eux, le leaders fait son entré en politique lors de sa nomination en tant que Ministre Délégué auprès du Vice-Premier Ministre, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux de décembre 2004. Pourtant, il est établi que Maurice Kamto avait été le Directeur de campagne du candidat de la coalition de l’opposition de la présidentielle de 1992. Pour rappel, les résultats de la présidentielle donnait Paul Biya vainqueur avec 40% contre Ni John Fru Ndi, son suivant avec 36%. Ce résultat, jusqu’ici, est contesté par toute la classe politique de l’opposition qui estime avoir remporté la partie.

Ce score de 36% de l’opposition à la présidentielle reste pourtant une victoire pour beaucoup d’observateurs pour deux raisons. D’une part, il est le plus gros score jamais engrangé par un leader de l’opposition au cour des scrutins suivants. D’autre part, jamais, l’opposition camerounais n’a été aussi soudée pour faire face à un seul ennemi : le parti politique (UNC-RDPC) au pouvoir depuis l’indépendance du Cameroun oriental en 1960. La force politique du leader du MRC de Maurice Kamto peut donc se mesurer à partir de cette période inédite dans l’histoire de l’opposition au Cameroun. Pour des raisons que l’on ignore, il n’y a plus eu de coalition des partis politiques de l’opposition. Plus grave encore, après cette expérience, Maurice Kamto s’éclipse.

Repli stratégique ?

Maurice Kamto avait-il vraiment pris congé de la politique ? La mémoire courte de certains leur fait oublier cette période où le leader fait son entrée dans le gouvernement de Paul Biya en décembre 2004. Il y a passé sept ans et démissionne en novembre 2011 pour lancer le MRC en août 2012 à Yaoundé. Maurice Kamto n’est donc pas un « nain politique » comme d’aucun peuvent penser. Depuis l’avènement du multipartisme, il est trempé dans la politique.

Maurice Kamto, un « pion du système »?

Ce séjour de sept ans comme Ministre délégué dans un gouvernement de Paul Biya fait-il de Maurci Kamto un homme du système ? Cet argument avait été soulevé par ses détracteurs en son temps. Aujourd’hui, il est, avec le temps, tombé dans la désuétude totale. Il faut d’ailleurs expliquer ici comment Maurci Kamto arrive dans un gouvernement d’un tyran. Au fait, Il entre au gouvernement à la faveur de la gestion du dossier de Bakassi dont les détails se trouvent dans une édition Hors série du quotidien camerounais La Nouvelle Expression du 14 novembre 2002. Ce dossier a également été traité par le magazine Jeune Afrique Économie n° 374 de Novembre-Décembre 2004.

Cette affaire Bakassi a pour origine la remise en question des frontières héritées de la colonisation. Son origine date de 1993 où le Nigeria viole le territoire camerounais par une invasion de la presqu’île riche en pétrole. La Cour Internationale de Justice (CIJ) est saisie en 1994 par les soins de deux intellectuels camerounais, Luc Sindjoun et Joseph Owona. Le rejet du dossier par la CIJ oblige le gouvernement camerounais à faire appel à Maurice Kamto, juriste international, malgré le refus de ces deux derniers. La CIJ accepte finalement le dossier du Cameroun, quatre ans après, en juin 1998.

Comment Maurice Kamto se retrouve-t-il au gouvernement ?

C’est Constantin Boyo Guehoada qui répond en ces termes :

Pendant toute la procédure ainsi que les négociations avec la partie adverse, il fallait à chaque fois signer les documents officiels ; mais la tête de proue du dossier [Maurice Kamto] n’avait rang et qualité pour le faire. Quand bien même il aurait été mandaté pour le faire, mais par courtoisie pour la partie adverse, qui ratifiait les documents par leurs ministres, il fallait tout de même que nos signataires aient la stature de ministre. Les multiples déplacements du ministre de la justice uniquement pour apposer une signature n’arrangeait pas non plus les choses. C’est pourquoi l’homme aux manettes du dossier depuis longtemps devrait lui-même signer les documents officiels ; d’où l’importance de se voir doter d’un titre de ministre. C’est pourquoi Maurice Kamto sera nommé quelques temps plus tard ministre délégué à la justice.

Ce passage de la vie politique de Maurice Kamto est souvent critiqué pour son rôle au gouvernement lors de crise socio-politique dite « émeute de la faim » de février 2008. Pour l’heure, l’information qui filtre concernant ces émeutes, est que celles-ci sont à l’origine de la démission de Maurice Kamto du gouvernement.

Le MRC, ce « petit parti » peut même gagner quoi ?

L’autre grief, et pas le moindre, est celui de réduire le MRC au parti nombriliste. Il devenait prétentieux, pour le MRC qui a vu le jour en août 2012,  de se livrer au combat des municipales et législatives de 2013. Ainsi, à l’issue des scrutins du 30 septembre 2013, un an après sa création, le parti enregistre un score mitigé de 1 siège sur les 180 aux législatives et 19 conseillers municipaux sur les 10626 que comptent les 360 communes du pays. Les critiques fusaient de toutes parts pour qualifier le MRC d’un minuscule parti qui n’est pas différents des autres. Comme pour dire que le parti vient juste jouer au figurant.

Ce score du MRC lui a valu des pamphlets pas du tout honorables de la part d’un agrégé des droits publics qui fustigeait Maurice Kamto de « mauvais perdant » dans un article daté du 30 octobre 2013. Ce même agrégé, James Mouangue Kobila, enseignant à l’Université de Douala, ne tarit pas de quolibets en continuant à tirer à boulets rouges sur Maurice Kamto. Ainsi, à la suite de la convention du MRC du 13 au 15 avril 2018, un autre pamphlet du même enseignant qualifie déjà la candidature de Maurice à la prochaine présidentielle de ‘candidature vouée à l’échec« .

Le défi politique, mais aussi psychologique

Il faut donc le dire pour bien situer le débat : Maurice Kamto et son parti font face à un défi. Ce défi est justement de montrer au yeux des détracteurs que le « maigre » score obtenu après un an d’existence n’était juste qu’un point de départ. Les législatives et les municipales à venir doivent donner l’occasion au MRC, non seulement de démontrer son leadership, mais aussi et surtout de clouer au pilori ses détracteurs. Comme on peut le constater, cette bataille ne se joue pas uniquement sur le plan communicationnel, mais elle est surtout psychologique.

Le MRC, le parti de la « secte bahamiste » ?

C’est l’un des critiques les plus virulentes balancées sur Maurice Kamto et son parti. En fait, Maurice Kamto est né le 15 Février 1954 à Bafoussam, chef lieu de la région de l’Ouest. Il est également originaire d’un village, pas loin de Bafoussam, Baham. Ses adversaires ont vite fait de le réduire à un leader du village. D’où le vocable réducteur de « secte bahamiste ». Les critiques vont d’ailleurs plus loin en lui collant les qualificatifs les plus ubuesques : parti « ethno-fasciste », « parti tontine« , etc.

Une fois encore, c’est un enseignant d’université qui est maîtrise de la propagande anti-Kamto. Mathias Eric Owona Nguini s’illustre depuis quelques temps à des propos plus que provocateurs envers le candidat à la présidentielle Maurice Kamto. Cette rivalité a pris une ampleur telle que les propos de Owona Nguini sont désormais considérés comme un acharnement sur un leader politique.

Le positionnement académique ?

A l’origine de toutes ces batailles entre les enseignants (Kamto, Mouangue Kobila et Owona Nguini), se cache une guerre de positionnement académique sous le sceau de la communication politique. Il se trouve que les militants et sympathisants du MRC sont les plus présents sur la Toile et plus particulièrement les réseaux sociaux. Leur présence et leur réaction promptes à toutes invectives font d’eux des « colériques » qui ne laissent rien passer. C’est donc le parti politique le plus présent sur le net. A travers leur nom de profil sur Facebook, les anti Maurice Kamto ont vite fait de deviner leur origine ethnique. Selon eux, la majorité des militants et sympathisants du MRC serait originaires de la même ou du même ethnie que le leader.

Cette forte présence sur les réseaux sociaux est une situation que le Cameroun n’avait pas connu avant. Au point où les détracteurs qualifiait le MRC du « parti de Facebook ». Nous sommes donc partis de la « secte bahamiste » au « parti de Facebook ». La dernière trouvaille des griots c’est de réduire Maurice Kamto par son grade académique.

« Je suis universitaire, Maître de conférence comme Maurice Kamto »

La dernière polémique et toujours pas la moindre, fait état du rang académique de Maurice Kamto. Cette bataille livrée sur la Toile a lieu dans un contexte de délit de faciès en matière de compétences juridiques. En fait, c’est dans la gestion du dossier sur l’affaire Bakassi citée plus haut que la polémique sur le grade universitaire de Maurice Kamto rejaillit en surface. Le refus de Joseph Owona, géniteur de Owona Nguini, de faire appel à Maurice Kamto pour la gestion juridique du dossier de Bakassi, est le centre névralgique de la polémique.

Owona Nguini n’a de cesse de présenter Maurice Kamto comme un « Maître de conférence » : « Je suis universitaire, Maître de conférence comme Maurice Kamto ». Ce qui a irrité un Camerounais, Pascal Aubry Bilong, qui considère cette annonce de Owona Nguini comme une baliverne.D’où sa mise au point suivante :

Joseph Owona est Chancelier des ordres académiques en 1988 lorsque Maurice Kamto retourne au pays. Joseph Owona empêche Maurice Kamto, agrégé des facultés françaises en 1988, de passer Professeur Titulaire au Cameroun tel que le prévoyait la loi, en le rétrogradant Maître de Conférence. Le Professeur Maurice Kamto, qui est très attaché à l’application de la loi, avait porté plainte contre l’Université devant le tribunal administratif et avait remporté le procès.

Pour terminer

Il se passe donc que la fixation sur la personne de Maurice Kamto par Mathias Eric Owona Nguini est le résultat d’une haine qui ne date pas d’aujourd’hui. Elle date de depuis l’époque où Joseph Owona, le géniteur de Mathias Eric Owona Nguini était ministre de l’enseignement supérieur.Cette haine est visible également en 1994 lors de l’affaire Bakassi.

Les griefs d’Owona Nguini sont-ils donc une suite logique d’une haine congénitale ?


Pourquoi Camer-Co subit la foudre des internautes camerounais

Le 27 avril 2018, une Camerounaise, Mme Tankoua Joyce, a été « suspendue de tous les vols sur l’ensemble du réseau de la compagnie jusqu’à nouvel avis ». Le passager Tankoua Joyce a été identifiée par le personnel comme la responsable d’un « incident qui porte atteinte à l’image de marque de Camer-Co » pour avoir « retiré le coussin d’assise du siège ». Elle a photographié ce siège et l’a balancé sur les réseaux sociaux. Cette décision du Directeur Général de Camer-Co, Ernest Dikoum, qui manifestement a surpris les Camerounais, n’a laissé personne indifférent. Du coup, les internautes se sont acharnés sur la compagnie et ses dirigeants.

Pour beaucoup, c’est une décision qui n’est pas appropriée. Tout comme les photos prises par Mme Tankoua, la décision du M. Dikoum, contrairement à ce qu’il veut faire croire, ne rehausse pas l’image du Cameroun. Elle est plus liée à l’incompétence des dirigeants de Camer-Co. Nous sommes donc ici en face d’une communication de crise où un client manifeste son ras-le-bol face à la détérioration des conditions de voyage. Mais la « Note de service » de la direction générale tend plutôt à démontrer le contraire en parlant d’acte « volontaire » de destruction du siège.

Les internautes n’ont donc pas hésité à parler de manipulation de la direction générale pour justifier les mauvaises qualités de service à bord des vols de Camer-Co. Il faut avouer que c’est une situation que les Camerounais avaient l’habitude de reprocher à Cameroon Airline (Camair), la défunte compagnie qui a fait ses beaux jours avant sa chute. Elle était d’ailleurs devenue célèbre par son appellation « Air Peu-être » pour ses retards légendaires. C’est ce qui explique le scepticisme des Camerounais sur la bonne foi de Ernest Dikoum qui cherche « maladroitement », avec la nouvelle compagnie Camer-Co, à redonner au Cameroun cette image d’antan qu’elle a perdu depuis belle lurette.

https://twitter.com/Nath_Yamb/status/988717281076269056

La mauvaise « tactiques commerciales » de Camer-Co ?

Une professionnelle du tourisme réagit à cette décision en la qualifiant de « tactiques commerciales » inappropriées dans un contexte de concurrence très rude. La professionnelle Alice Tchomte va plus loin et réserve à Camer-Co le même sort que son aîné Camair. Elle s’adresse au Directeur Général Ernest Dikoum sur sa page Facebook en ces termes :

En tant que citoyenne camerounaise et professionnelle du Tourisme et des Voyages, je m’insurge contre vos manœuvres anti-commerciales qui ternissent davantage l’image de notre compagnie aérienne nationale que vous êtes censé diriger et ramener à un niveau supérieur lui permettant de rivaliser en terme de qualité de service et satisfaction du client, avec un concurrent ayant une très bonne renommée internationale à l’instar de ETHIOPIAN AIRLINES!

  • Madame Joyce Tankoua, n’était ni en état d’ébriété, ni sous influence de stupéfiants, lorsqu’elle a pris ledit vol.Madame Joyce.
  • Tankoua n’est pas une terroriste.
  • Madame Joyce Tankoua n’était pas à sa première expérience en tant que passager aérien, ni sur le vol CAMAIR-CO, ni sur une autre compagnie.
  • Pour ces 3 points, Madame Joyce Tankoua n’avait et n’a aucune raison de  » VOLONTAIREMENT RETIRER LE COUSSIN D’ASSISE DU SIEGE » comme vous le prétendez dans votre note de service, pour expliquer votre puérile décision, indigne d’un homme de votre acabit!

Nous camerounais et notamment moi, avions été fiers de votre parcours dans la compagnie aérienne « EMIRATES » dans laquelle vous avez occupé le poste de Directeur. Mais, par cette note de service que vous semblez avoir signé, vous vous retrouvez au bas de l’échelle des dirigeants des compagnies africaines.

« THE CUSTOMER IS ALWAYS RIGHT  »
Où donc avez-vous mis ce slogan commercial que vous connaissez si bien et avez fait appliquer lors de vos précédents postes de dirigeant à l’international?

Ne savez-vous pas que nos avions ont effectivement quelques soucis tels que ces coussins qui ressortent de leurs sièges et qu’il incombe au personnel aérien d’essayer avec tact, de rassurer le passager plaignant, en le mettant à l’aise puis d’en informer la hiérarchie pour rapidement régler le problème en se procurant du matériel de qualité et non de demeurer dans la vétusté, source de danger?

« Le client est Roi », Monsieur Dikoum et il a le droit de se plaindre du mauvais service rendu.

Sachez que par cette note, vous avez lancé un appel à tous les passagers de CAMAIR-CO, pour prendre en photo ou en vidéo, tous les nombreux couacs de la compagnie que vous dirigez!

Fort heureusement, vous n’avez pas le pouvoir de supprimer l’air qu’on respire sur l’étendu du territoire Camerounais! Madame Joyce Tankoua, d’autres passagers et moi aurions été victimes de votre abus de pouvoir…

A moins de vouloir mettre la clé sous le paillasson, vous feriez mieux de rectifier au plus vite, vos tactiques commerciales!

Alice Tchomté

La sanction de Mme Tankoua doit « servir de leçon »

A la suite de nombreux griefs portés à l’encontre de Ernest Dikoum sur les réseaux sociaux, une employée de Camer-Co s’est vue obligée de réagir. Selon Yolande Bodiong, une ex-employée de Camer-co, toute compagnie a le plein droit d’exclure un passager de ses vols pour « destruction d’un matériel ». Voici en substance, sa réaction sur sa page Facebook :

Je peux comprendre que certains camerounais soient choqués par cette décision du Directeur Général de Camair-Co. Parce que ça relève de l’inédit au Cameroun.

La réglementation internationale en matière de transport aérien est claire: Un passager qui tient des propos injurieux à un membre d’équipage, ou qui détruit ou participe à la destruction d’un matériel doit purement et simplement être débarqué par le commandant de bord à l’immédiat avec rapport à l’appui si toute tentative de raisonnement du passager ne le calme pas.

Ce rapport donne le droit à la direction générale après enquêtes et témoignages des autres passagers et après une fois de plus avoir pris attache avec le passager concerné pour conciliation. Si infructueux, la compagnie se réserve le droit d’appliquer les sanctions conformément à la réglementation internationale en matière de transport aérien.

Le Directeur Général de Camair-Co a posé un acte courageux qui doit servir de leçon. Avoir des droits ne vous donne pas le droit au libertinage.

Des sièges endommagés dans un avion les rend simplement inoperationnels et ne sont pas vendus. Par contre les coussins y sont toutefois maintenus simplement parce que ce sont des moyens de flotaison en cas d’amerrissage et plus encore.

Dénoncer C’est bien, filmer les sièges C’est bien. Mais déplacer un coussin pour faire une photo C’est interdit.
Et connaissant mes collègues et la patience qui les caractérise face aux passagers désagréables, cette dame a dû pousser le bouchon trop loin. Elle mérite cette sanction pour que ça serve de leçon.

Par Yolande Bodiong, Ancienne hôtesse de l’air a Cameroon Airlines et cadre de Camair-co

Camer-Co : une question de survie face à la concurrence

A la suite de ces deux réaction, il faut dire que la compagnie aérienne nationale camerounaise est confronté à de réels soucis. Comme le dit si bien Ernest Dikoum et Alice Tchomte, c’est de l’image du Cameroun dont il est question ici. Détruite par la défunte Camair qui faisait face à un problème de sa gouvernance, il faut maintenant trouver la meilleure stratégie pour l’améliorer.

La meilleure stratégie passera-t-elle par l’application stricte des mesures internationales face aux clients vexés et impatients de voir Camer-Co retrouver l’image d’antan de la Camair ? Il est évident que certaines compagnies ont déjà eu à appliquer cette décision d’exclure les passagers de ses vols. Mais, il est également vrai que ces compagnie, à l’instar de British Airways, ne sont pas dans une situation de reconquête d’une clientèle camerounaise perdue à la suite de la mauvaise gestion de la Camair.

Ici, Camer-Co a besoin d’un souffle nouveau. Elle a besoin de redonner aux Camerounais le goût de voyager avec leur compagnie nationale, ce chauvinisme dont il se gargarisaient en 1979 lors de la naissance de la Camair. Dans cette pression à la recherche de son blason perdu, seule la compétence peut résoudre l’équation. C’est important, voire nécessaire pour rassurer les Camerounais et éviter des coups fourrés sur la Toile en tirs groupés. On ne saurait jamais si bien le dire.


Mida : les leçons d’une « escroquerie de grande envergure » éventrée par le gouvernement camerounais

Sept mois après le lancement de ses activités à Ahala, une localité situé dans l’arrondissement de Yaoundé 3ème, la Mission d’intégration et développement pour l’Afrique (Mida) ferme définitivement ses portes. La Mida était considérée comme une entreprise financière de placement. Le communiqué du ministre de la communication qui met fin aux activités de l’entreprise remet au grand jour révèle quatre leçons tirées à la suite de cette vaste escroquerie.

Le sociologue Serge Aimé Bikoi nous livre ici une analyse de la situation qui met en exergue les quatre leçons tirées après la fermeture de Mida. Il est à noter cependant que l’analyse que le sociologue nous livre ci-dessous nous montre le niveau de déliquescence de la société camerounaise en manque de repère. Elle est prompte à prendre des risques face à un environnement dont les opportunités de sortir du chômage sont assez morbides.

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Le logo officielle de la Mida, entreprise accusée d’escroquerie par le gouvernement camerounais. Crédit photo : Mida

Affaire Mida : chronique de la fin d’une aventure mêlée d’esbroufe et de clandestinité

Un laxisme qui a fait a fait perdurer l’escroquerie

Le ministre de la Communication (Micom) a suspendu, ce samedi, 21 avril 2018, les activités de la Mida (Mission d’intégration et développement pour l’Afrique). Après sept mois d’activités, le gouvernement monte au créneau pour sanctionner une structure qualifiée, finalement, a posteriori, de clandestine. D’après le communiqué de Issa Tchiroma Bakary rendu public ce jour (le 21 avril 2018, ndlr), le gouvernement camerounais dit suspendre les activités de ce qu’il présente comme étant une structure clandestine, dénommée la Mida. Le porte-parole du gouvernement, signataire dudit communiqué, explique que l’État s’engage à indemniser les jeunes camerounais adhérents de la Mida, estimés à plus de 8000 selon cette organisation.

L’interventionnisme du gouvernement, sept mois après la mise en route des activités de la Mida, incline à questionner les lenteurs, voire les pesanteurs administratives d’un État prompt à réagir, mais qui n’est jamais enclin à l’action au moment opportun. Cette organisation clandestine aurait due être suspendue depuis septembre 2017, période au cours de laquelle ses activités ont été étrennées sans que les autorités administratives ne viennent au devant de la scène, comme ces derniers jours, pour sonner le glas de cette escroquerie maffieuse. Mais au regard du fait que le Cameroun est un macrocosme où il règne, ce que le Sociologues de la régulation sociale, appellent « l’État-spectacle », l’État s’offre dans une scène de théâtralisation. Question de stopper les activités illicites et clandestines, lesquelles avaient droit de cité depuis sept mois. Quelle inertie!

https://twitter.com/CRTV_web/status/987751369594540032

Première leçon : les autorités administratives seraient-elles mêlées à cette escroquerie ?

La première leçon à tirer de cette suspension est liée au constat de la conflictualité des rapports de pouvoir et d’autorité entre le premier adjoint préfectoral, qui accordait une onction aux cérémonies de remise de parchemins aux séminaristes en fin de formation, et le Préfet du département du Mfoundi, dont la réaction, sur les colonnes de Cameroon tribune (Quotidien gouvernemental, ndlr), du 17 avril 2018, est intervenue sur le tard. Jean-Claude Tsila (le préfet du Mfoundi, ndlar) ne savait-il pas que la Mida exerce depuis septembre 2017 sur l’étendue du triangle national pour sanctionner, fortuitement, la suspension des activités et apposer des scellés au siège de cette structure à Ahala ?

Sans conteste, il y a l’angle de la politisation de ce contentieux entre les autorités, dont le bas-peuple, généralement dindon de la farce, ne débusque pas les tenants et les aboutissants. Sinon, comment comprendre l’accréditation, par le Sous-préfet de l’arrondissement de Yaoundé IIIème, de la déclaration des manifestations publiques organisées par la Mida durant sept mois sans que ce fait curieux n’interpelle le numéro 1 de la région du Centre ? Il y a, sans doute, anguille sous roche. Certaines autorités administratives ont-elles été corrompues pour avaliser les événements de cette organisation désormais clandestine ? Le Cameroun est formidable. Vivons seulement comme qui dirait!

Deuxième leçon : un laxisme administratif qui ne rend pas service au peuple

La deuxième leçon , indissociable de la première, est relative à la permanence des pesanteurs bureaucratiques des autorités officielles, lesquelles activent, mieux optent pour le paradigme du pourrissement pour, in extremis, réagir au lieu d’agir au premier abord. C’est sur ces entrefaites que certaines grilles de lecture postulent la thèse suivant laquelle le temps de l’État n’est pas celui du peuple, encore moins celui des populations. Le temps du Président, maître-censeur et penseur du système n’est pas celui du bas-peuple. L’État met, certes, du temps à agir-ce qui est une tare-, mais il agit toujours tout compte fait dans l’optique de la sauvegarde de l’intérêt général.

Troisième leçon : une jeunesse perdue qui a besoin d’un désenvoûtement

La 3ème leçon est liée au processus d’avilissement et d’ensauvagement des jeunesses du pouvoir qui, confrontées à la paupérisation, à la relégation et au misérabilisme ambiants et chancelants, sont happées comme des bêtes de somme, des moutons de Panurge dans une aventure entremêlée d’esbroufe et d’escroquerie à grande échelle, dont elles ne cherchent pas à appréhender les non-dits. C’est le corollaire de l’intérêt accru pour le gain facile.

Dépenser 12.500 Fcfa à l’entrée et percevoir 60.000 Fcfa à la sortie de la formation, souscrire à cette formation à 125.000 Fcfa et obtenir, curieusement, la somme de 600.000 fcfa au sortir de cette formation après un mois ressemble à la construction d’une illusion dans un odyssée, où tout est rose sans scrupule. Dire que 8.000 personnes qui plus est des jeunes n’ont pas questionné la provenance des fonds, mieux ce procédé de la captation faramineuse des ressources pécuniaires est assimilable, à s’y méprendre, à une scène d’envoûtement collectif aux relents spiritualiste et magico-mystique, dont les gourous promoteurs détiennent, seuls, le secret. Ah pauvreté quand tu nous tiens!

Quatrième leçon : pourquoi les Camerounais ne tirent-ils pas de leçon après tant d’expériences d’escroquerie

La quatrième leçon est liée à la mémoire courte d’une catégorie de Camerounais qui ne sait toujours pas tirer les leçons des turpitudes de certaines structures ayant mis en route, par le passé, quasiment le même levier opérationnel de la roublardise. En effet, Famm-Cameroon, Leadership Academy, le Pid sont des trois organisations qui avaient, antérieurement, procédé à l’esbroufe en flouant des grappes d’individus au mépris des conséquences préjudiciables encourues par plus d’un.

Famm Cameroon (Fondation pour l’assistance maladie et maternité Cameroon) est une Organisation non-gouvernementale (Ong) qui, lancée en 2002, avait été présentée par la promotrice comme une panacée à la sécurité sociale au Cameroun. Elle avait alors mobilisé de milliers de personnes, mais coup de théâtre, le rêve s’est estompé et cette structure avait été trainée devant les instances judiciaires compétentes pour « usurpation de fonction, détournement de deniers publics, refus de déclarer les impôts et refus de reverser les cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps). Le montant des cotisations sociales collectées auprès de plus de 2800 employés est évalué à 1,3 milliards de Fcfa.

Que reproche-t-on à la Mida ?

La Mida, en ce qui la concerne, a été épinglée et est accusée, par le Préfet du Mfoundi, « d’existence illégale, d’usurpation de fonctions, de corruption de la jeunesse, de port illégal d’insignes et d’uniformes militaires et d’escroquerie par appel au public ». Quelques années après, le feuilleton Leadership academy, dont les activités avaient été interdites en octobre 2000 par le ministre de l’économie et des Finances (Minefi) de l’époque, avait fait des vagues. Soupçonnée, en effet, d’être une société écran, cette institution d’épargne a été sommée de fermer ses portes. Leadership Academy, dont le principal promoteur fut un expatrié, s’était vu refuser l’agrément par la commission bancaire de l’Afrique centrale, invitant les clients potentiels à lui confier leur épargne pour des intérêts mirobolants. Décidément, des concitoyens ne tirent pas toujours les leçons du passé!

Serge Aimé Bikoi


Le leadership du SDF mis à mal à la veille de la présidentielle d’octobre 2018 au Cameroun

Commencé le 22 février, la 9ème Convention (congrès) du SDF (Social Democratic Front), s’est achevée le 24 février 2018. En sessions ordinaire et extraordinaire cumulées, le congrès du principal parti de l’opposition au Cameroun n’a pas fait que des choux gras. Pour cause, le SDF, harcelé par des remous socio-politiques, continue d’être sous la sellette de ses détracteurs.

Les élections internes au SDF, le plébiscite de Joshua Osih lors de la primaire, le retrait de son leader historique de la course à la présidentielle, le contexte de crise socio-politique que traversent les deux régions considérées comme son fief historique, confronte le parti aux critiques les plus acerbes. Cette situation un peu inhabituelle, fait dire à beaucoup d’analystes que le parti risque de subir des coups aux prochaines échéances électorales. Malgré tout, même l’observateur le plus averti doit se méfier de livrer le SDF à la vindicte populaire.

Deux faits majeurs constituent pour moi des indicateurs d’analyse. Ils peuvent juste nous aider à scruter l’avenir du SDF. Le premier, c’est le résultat de la primaire au sein du parti. C’est l’objet du président billet. Le second, concerne justement la crise socio-politique dominée par le sécessionnisme des régions anglophones. Cette problématique sera traitée dans le second billet. La question centrale ici est la suivante :  à quoi va servir la participation du SDF aux élections dans un contexte sécessionniste ? Tout compte fait, les positions et les décisions du SDF face à cette crise dite anglophone place le parti dans une situation inconfortable.

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Photo officielle de Joshua Osih, candidat du SDF à la présidentielle d’octobre 2018 au Cameroun. Crédit photo : SDF

Des remous externes au SDF pour planter le décor

Pour rappel, le Cameroun traverse une crise socio-politique profonde qui décime, depuis octobre 2016, les deux régions anglophones. En proie aux revendications sécessionnistes, les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest sont actuellement entrées dans la phase de la guérilla. Le nombre de victimes, civils comme militaires, devient pratiquement inquiétant de jour en jour. Des accalmies par moment sont observées. Malgré les assurances des autorités, toute villégiature de ce côté s’avère toujours périlleuse.

Un congrès à problèmes

L’organisation du congrès du SDF à Bamenda n’a pas fini de susciter des controverses et parfois des attaques ad hominem. D’abord, à la veille de l’ouverture du congrès, il y a eu des rumeurs sur des menaces venant des sécessionnistes. Les congressistes commençaient déjà de s’inquiéter. Mais, la réaction immédiate du leader historique, le Chairman Ni John Fru Ndi, a heureusement calmer les esprits. Ensuite, il y eu la polémique sur la location de la salle. Prévu initialement à la salle de l’église presbytérienne de Ntamulung à Bamenda, le congrès s’est finalement tenu au palais des congrès de la même ville.

Ce palais des congrès est une sorte d’auditorium appartenant au parti au pouvoir. La photo-portrait officielle de Paul Biya, président de la République et président du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) trône au dessus de la salle. C’était comme une mise en scène, un peu semblable à celle du Christ sur la crois dans une cathédrale et qui ne finissait pas de nourrir les gorges chaudes. Enfin, il y a eu, comme invités d’honneur, des membres influents du RDPC qui ont pris place au présidium. Pour certains observateurs, ce dernier détail est considéré comme une erreur de communication.

Des questions sans réponses

Ces invectives contre le SDF n’empêche tout de même pas à un observateur de s’interroger. Quelle est la pertinence ou l’opportunité d’un tel congrès qui risque visiblement de laisser des plumes au parti ? Comment tenir un congrès ordinaire et extraordinaire, dans un contexte séparatiste, dont le point culminant devrait être l’investiture d’un candidat à la présidentielle ? Pour dire ça autrement, comment expliquer qu’un parti donc le fief se trouve dans la zone sécessionniste, se prépare à participer aux élections organisées par un régime qui réprime les sécessionnistes ?

Il faut préciser ici que le SDF, depuis le début de la crise anglophone, propose le fédéralisme comme solution. La réaction du régime de Yaoundé ne s’est pas fait attendre. La répression comme arme pour anéantir les partisans du fédéralisme a a cédé le flanc au radicalisme. Du coup, les Anglophone ont pris fait et cause des discours sécessionnistes même s’ils sont marginaux.

L’organisation de la primaire : coup de semonce pour le SDF ?

L’instance exécutive du parti, le NEC (National Executive Comity), qui s’est réunie le 09 février 2018 avait eu comme résolution majeure l’organisation de la 9ème convention du parti pour les 22, 23 et 24 février 2018. Il est question de faire d’une pierre deux coups : tenir en même temps le congrès ordinaire et extraordinaire. Ordinaire pour élire les membres statutaires du parti arrivés en fin de mandat ; extraordinaire pour choisir le candidat du parti à l’élection présidentielle d’octobre 2018.

L’organisation de la primaire marque l’accord de principe du SDF quant à sa participation aux élections présidentielle, législatives et municipales. A priori, on aurait penser que cette situation de crise devrait amener le parti à revoir sa position en choisissant par exemple le boycott. Cette stratégie de boycott qui reste quand même discutable serait logique car cela s’expliquerait ici par la volonté affichée de Paul Biya et son parti de maintenir le statu-quo sur la crise anglophone. Cette participation du SDF aux élections malgré l’issu probable de son échec ferait passer le parti sous les fourches caudines des électeurs. Ce qui lui ferait aussi perdre son leadership.

Une position de leadership bien assumée

A la suite de la présidentielle d’octobre 2011, des législatives, sénatoriales et municipales de 2013, le SDF se positionne alors comme le deuxième parti après le RDPC. Ces scores font du SDF, urbi et orbi, le parti qui tient le leadership dans l’opposition camerounaise. Cette position du leadership donne à ce parti un poids incontournable dans toute solution d’alternance.

C’est la raison pour laquelle tous les regards sont rivés sur lui. Pas donc surprenant de savoir que la désignation du candidat du parti à la présidentielle au cours d’une primaire soit le point focal. Cela faisait depuis quelques mois que les observateurs les plus avertis attendaient quand même un signal fort.

Du coup, le plébiscite de Joshua Osih, est présenté comme la montagne qui avait accouché d’une souris. C’est que le bateau du parti semble prendre de l’eau. Ce que les militants contestent évidemment et assurent que le candidat du parti est à la mesure des enjeux cruciaux de l’heure.

Les origines suisses du candidat Joshua Osih

Mais, ce qui a donc marqué plus l’opinion et ravivé les polémiques, c’est sans doute les origines suisses collées au dos de Joshua Osih. Réélu 1er vice-président du SDF, plébiscité et investi par le parti pour la présidentielle d’octobre 2018, Joshua Osih, en peu de temps, devient la bête noire à abattre. Il est honni pour ses origines métis du fait d’avoir une parenté suisse. Compte tenu du fait que la loi camerounaise interdit la double nationalité, il lui est donc reproché d’en avoir une. Il faut signaler tout de même qu’il est actuellement député élu en 2013 et sa double nationalité n’avait pas été évoquée. Joshua Osih était resté pourtant, jusque-là, incognito dans les frasques politiques.

Toutes ces intriques et bien d’autres sont mis au-devant de la scène au moment où le climat sur l’insécurité prend le pas sur l’actualité institutionnelle et les faits divers. Ce climat d’insécurité est tel qu’il pourrait compromettre le bon déroulement de l’élection présidentielle. Pourquoi Joshua Osih serait-il considéré comme l’homme à abattre alors que toute la classe politique de l’opposition, soif d’alternance, devrait avoir comme pour seul adversaire, Paul Biya ?

Et l’histoire retiendra que…

…le SDF a connu pire que ça. Le SDF n’est donc pas à son premier lynchage public comme on le voit avec les critiques de la candidature de Joshua Osih.

Quelque temps avant la présidentielle du 10 octobre 2004, il y a eu deux fronts dans l’opposition. La première et la plus célèbre est celui conduit par le SDF de John Fru Ndi et l’UDC d’Amadou Ndam Njoya. Ce premier front s’appelait la « Coalition Nationale pour la reconstruction et la réconciliation » (CNRR). Le deuxième est celui que conduisaient Jean Jacque Ekindi, Samuel Mack-Kit et Mboua Massok respectivement leaders du Mouvement progressiste (MP), de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) et du Parti Social pour la Libération du Peuple Camerounais. A la surprise général, le CNRR a éclaté en deux lorsque le comité chargé de choisir le candidat unique de la coalition a préféré Amadou Ndam Njoya à John Fru Ndi.

Le SDF, s’estimant leader de l’opposition n’a pas pu supporter cet affront qui le mettait à l’écart de la course du fauteuil présidentiel. John Fru Ndi décide de claquer la porte de la coalition et se faire investir par son parti à Bamenda au cours d’un congrès. Les résultats à la présidentielle d’octobre 2004 ont surpris les détracteurs la débâcle du parti. John Fru Ndi s’en est sorti avec 17,40%, loin de son suivant immédiat Amadou Ndam Njoya qui enregistre 4,48%. C’est tout dire.

Pour cette présidentielle d’octobre 2018, d’aucun ont même déjà pensé que la crise anglophone pourrait constituer un coup de grâce. La crise anglophone serait alors une bonne opportunité pour ce parti qui cherche à sortir de sa léthargie ?

A suivre…


Quelques références pour compléter vos lectures
  • Hadji Omar Diop (2006), Partis politiques et processus de transition démocratique en Afrique noire : recherches sur les enjeux juridiques et sociologiques du multipartisme dans quelques pays de l’espace francophone, Publibook, Paris.
  • Pierre Flambeau Ngayap (2000), L’opposition au Cameroun. Les années de braise, Études africaines, Paris.
  • J. H. Tingueu Sepo (1990), Multipartisme et démocratie au Cameroun. Les grandes occasions manquées pour l’alternance, L’Harmattan, Paris.


Quelles leçons tirer après une extradition en coulisse, par le Nigeria, des leaders anglophones camerounais ?

Le dernier rebondissement de la crise anglophone est connu : l’extradition du leader indépendantiste Sisiku Julius Ayuk Tabe et 46 personnes de son équipe à Yaoundé. Voici déjà seize mois que la crise anglophone occupe l’actualité au Cameroun. Seize mois au cours desquels l’actualité a bien sûr été nourrie par des coups de théâtre à n’en plus finir. Des arrestations par centaine, des morts de civils et des hommes en tenue par dizaine, et bien entendu, des villages entièrement rasés par l’armée. Maintenant, c’est l’extradition du leaders de la sécession anglophone qui suscite des coups de gueule.

Le déchaînement de certains Camerounais à la suite de l’extradition de Sisiku Juliu Ayuk Tabe montre combien cet événement était attendu à Yaoundé. Tandis que les uns maudissent cette arrestation, d’autres s’en délectent. Les commentaires vont dans tous les sens. Il y en même qui taxent les séparatistes de « terroristes » sans feindre de tomber sous le coup de la loi pour diffamation.

Pour rappel, c’est depuis le 5 janvier 2018, Sisiku Julius Ayuk Tabe et quelques membres de son équipe, sont arrêtés et détenus à Abuja. En tout cas, ils sont annoncés, par la presse nationale et internationale dans les locaux de la police. Curieusement, ni les autorités de Yaoundé, ni celles d’Abuja ne confirment cette arrestation. Les leaders anglophones sont donc supposés être en garde à vue sans qu’ils n’aient vu leurs avocats. Ils sont donc restés couper du monde depuis cette date jusqu’au 29 janvier 2018. C’est le dernier soubresaut d’une crise anglophone qui persiste depuis septembre 2016.

Dans la soirée du 29 janvier 2018, le gouvernement donne un point de presse pour confirmer cette extradition. Ceux qui jubilent ont toujours été les partisans de la force depuis le déclenchement de la crise. Pour eux, le « rouleau compresseur » qu’est l’État doublé de sa « riposte musclée » doivent rétablir l’ordre par tous les moyens. C’est d’ailleurs cette option qu’a choisi le gouvernement à la place d’un « dialogue inclusif » réclamé à cor et à cri par certains partis politiques et la société civile. A côté de ces réjouissances, les autres se content d’analyse la situation pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Panorama.

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Communique du ministre de la communication, Issa Tchiroma Bakary, annonçant l’extradition des leaders anglophones à Yaoundé. Crédit photo : Page Facebook du ministre Issa Tchiroma.

Ahmadou Ahidjo et la Guerre du Biafra

La première analyse de la situation après l’arrestation des leaders anglophone qui a attiré mon attention est celle de Bernard Williams Banag. Dans un forum Facebook, il montre justement la naïveté de Sisiku et de toute son équipe sur l’histoire du Cameroun. Pour ce Camerounais, si ces leaders anglophones avaient un petit moment imaginé que le Nigeria est redevable au Cameroun, compte tenu des vicissitudes de son histoire, ils auraient tout simplement éviter de choisir ce géant africain comme leur base. Le Cameroun, sous Amadou Ahidjo, avait soutenu le Nigeria sous Yakubu Gowon, à exterminer les leaders indépendantistes du Biafra. Voici en substance, un extrait de son argumentaire :

Ne jamais oublier que pendant la guerre du Biafra à la fin des années 1960, des compagnies pétrolières anglo-saxonnes comme Shell et BP vont soutenir la sécession en versant d’énormes sommes d’argent au Général Emeka Ojukwu, le sécessionniste et chef des rebelles qui avait décidé de créer l’État du Biafra avec Enugu comme capitale.

Si on ajoute que le Général de Gaulle ne portait pas dans son cœur le président Yakubu Gowon qui s’était ouvertement opposé aux essais nucléaires de la France, on pouvait considérer que la messe était dite. De Gaulle va même pousser les présidents Houphouet Boigny de la Côte d’Ivoire et Bongo du Gabon à soutenir et reconnaître officiellement le nouvel état du Biafra. Ils le feront sans en mesurer les conséquences et isoleront de fait le président Gowon dans ce conflit. Le président Hamani Diori du Niger est l’un des rares présidents africains à avoir apporté très tôt son soutien indéfectible à Yakubu Gowon mais son poids politique est faible dans la sous région.

Pour mettre fin à cette guerre du pétrole qui a déjà causé plusieurs centaines de milliers de morts et une crise humanitaire sans précédent dans la sous région, Ahmadou Ahidjo va appeler Hamani Diori pour lui signifier qu’il ne permettra jamais que le Cameroun et notre fameux « SO/NO » (ce sont les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest anglophones, ndlr) deviennent une base arrière des rebelles. Dans les faits, le président Ahmadou Ahidjo rencontrera secrètement le Général Gowon pour élaborer un plan et asphyxier la rébellion, malgré le soutien de la France aux rebelles et la puissance financière des compagnies pétrolières. Ahidjo confiera même à son ami Hamani Diori que le président Houphouet Boigny avait fait « sa plus grande erreur politique au Biafra ».

Le Nigeria, une république bananière

D’autres analyses, comme celles de Jean-Marc Soboth, vont au-delà de la méconnaissance de l’histoire en montrant plutôt la traîtrise dont le Nigeria s’est habituée. Pour ce journaliste, il ne faut pas être surpris de l’extradition des indépendantistes anglophones. Le Nigeria est un habitué des coups bas et des coups foireux. Ce pays n’a jamais œuvré pour l’intérêt des pays africains. Au contraire, il a soutenu, à défaut de participer, à la destruction de certains pays qu’il prend bien soin de citer. In fine, la conclusion de ce journaliste est une sentence sans appel : il ne faut pas faire confiance aux pays africains.

Ce n’est plus ce pays où les Yakubu Gowon résistèrent courageusement à la France et alliés en bénéficiant de l’entêtement d’un surprenant Ahmadou Ahidjo décidé à contrer la sécession du Biafra directement soutenue par le Général de Gaulle… Il y a si longtemps de cela. L’ex d’Aso-Rock Villa, Goodluck Jonathan Ebelle Azikiwe avait déjà montré les couleurs. Il fut la risée de ses homologues africains à Addis-Abeba sur la propension d’Abuja à être un bras séculier opiniâtre de l’impérialisme – de la France en l’occurrence – au sein de l’Union Africaine contre les autres « frères » Africains…

Abuja est, rappelons-le, l’un des principaux actionnaires/artisans de la destruction de la Libye par l’OTAN et des bombardements français en Côte d’Ivoire – résolutions 1973 et 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU… Abuja avait extradé Taylor à la demande des Américains… Rien n’a changé avec Muhammadu Buhari dont la première visite officielle en Europe après son élection en avril 2015 fut justement à… Paris.

Après avoir promis, très officiellement, au patron du Haut Commissariat aux réfugiés, le Mozambicain Antonio José Canhandula, qu’on n’allait pas extrader le leadership séparatiste – ce dernier s’étant clairement dissocié de toutes les opérations armées à la frontière -, de même que les réfugiés et autres demandeurs d’asile, Abuja n’a pas respecté sa parole… La seule excuse valable à une telle volte-face devra être le fait d’avoir établi la preuve de l’implication de ce groupe dans la constellation armée à la frontière et dans la constitution des camps d’entraînement au Nigeria… Le contraire ne serait que traîtrise et affairisme de bas étage…

J’avais spécifié dans mon article au Club Mediapart que Abuja avait toujours aligné sa politique étrangère à l’égard des anciennes colonies françaises sur la réalité de leur dépendance à la France… Il suffit que la France s’entende avec les États-Unis, et Abuja s’exécute. On extrade même sans accords d’extradition… On l’a vu sur la Libye, la Côte d’Ivoire, le Libéria, et maintenant sur le Cameroun… Moralité: si vous voulez vous protéger du long bras de la France et de ses régimes compradores nègres, ne vous installez pas dans ces républiques bananières africaines…

L’extradition et immixtion de la France

A la suite de Jean-Marc Soboth, l’écrivain Patrice Nganang ne se limitera pas, comme beaucoup d’autres analystes, à la responsabilité du Nigeria. Après l’arrestation et de la détention des leaders, les débats ont été très tendus dans l’opinion. Petit à petit, les rumeurs sur la détention des leaders anglophones se dissipaient. Lorsque les premières informations sur leur extradition vers le Cameroun ont été diffusées par France 24 le 26 janvier 2018, la presse locale a pris le relais. Jusque-là, les doutes persistaient encore face au silence du gouvernement camerounais. Mais, l’opinion se posait quand même la question de savoir, pourquoi c’est un média français qui a été le premier à détenir l’info ?

La confirmation de l’extradition des leaders anglophones au Cameroun par le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, le 29 janvier 2018, suscite néanmoins des interrogations sur l’implication de la France. La question de l’écrivain Patrice Nganang, « Emmanuel Macron n’aime-t-il pas les Anglophones ? », est révélatrice sur l’opinion de certains analystes sur l’implication de la France. Ainsi, pour l’écrivain, tout devient clair que la France y est pour quelque chose dans cette extradition.

D’ailleurs, la démonstration de Jean-Marc Soboth ci-dessus, fait voire à l’évidence, que le Nigeria est un partenaire de la France pour des coups bas en Afrique. Le sort des leaders anglophones ne pouvait qu’être évidente.

« Emmanuel Macron n’aime-t-il pas les Anglophones ? »

Cette immixtion démontre à suffisance que la France a encore un faible pour les vieilles tyrannies africaines. Il n’y a qu’à voir la consolidation des relations entre la nouvelle France qu’incarne le jeune Président avec une vielle dictature de Paul Biya, 86 ans et 36 ans au pouvoir. Patrice Nganang trouve quand même incohérent ce type de relations diplomatiques entre un Macron, jeune, plus ouvert et un Biya vieillissant et anglophobe. L’immixtion de la France dans l’extradition des leaders indépendantistes au Cameroun aux mains du régime tyrannique de Yaoundé suffit-il donc pour conclure qu’Emmanuel Macron n’aime pas les Anglophones ?  C’est justement là, l’erreur fondamentale à ne pas commettre dans les analyses, selon Patrice Naganang qui affirme que

croire qu’Emmanuel Macron est anglophobe serait la pire des erreurs que les tacticiens politiques puissent commettre. Et je le dis encore, c’est la pire des erreurs, car ayant réfléchi à propos le plus profondément. Je crois en effet que la meilleure décision politique que j’aie prise après ma libération (l’écrivain Patrice Nganang avait été arrêté à Douala puis conduit nuitamment à Yaoundé à la police puis en détention préventive à la prison de Kondengui) était d’aller a Paris faire une blix médiatique. Ça m’a révélé une France fraiche, bien fraiche et prête à écouter avec un œil neuf. J’ai beaucoup aimé cela, et je crois c’était visible. La question se pose ainsi : quel intérêt Emmanuel Macron, premier président anglophone de France, a-t-il a supporter un fam (terme générique en langue locale, le Medumba’a, pour désigner un tyran) qui a plus du double de son age, est fondamentalement tribal, anglophobe et puis pire, lui arrive ensanglante et avec un génocide sur les mains ? Réponse : aucun.

S’il n’y a aucun intérêt pour Macron à soutenir le régime de Yaoundé, francophone anglophobe par essence, il devient donc évident et urgent de revoir, dès à présent, la configuration du « front diplomatique » en Afrique afin de donner à César ce qui est à César.

Il faut « repenser le front diplomatique » en Afrique

L’attitude surprenante du Nigeria laisse toujours les points d’interrogation sur la suprématie du front diplomatique français en Afrique. La question que Patrice Nganang se pose justement est celle de savoir : comment un pays africain, le plus peuplé, le plus puissant économiquement parlant, et issu de la fronde anglo-saxonne, peut-il se soumettre aux desiderata d’un petit pays comme le Cameroun ? Plus loin, comment un pays qui a tous les attributs d’une puissance (économie, armée, politique, langue anglaise) peut-il servir les intérêt d’une tyrannie, d’un système anglophobe ? Et c’est encore Patrice Nganang qui propose la reconstruction de ce qu’il appelle « le front diplomatique ». Pour lui, le front construit par De Gaule en 1940 doit laisser la place à la nouvelle donne que le Nigeria est censé incarné :

Si c’est vrai que les Anglophones réfugies au Nigeria ont été livres a Yaoundé, c’est que l’axe qui a été fonde par De Gaulle en septembre 1940, quand son lieutenant Leclerc est passé par le Nigeria, est entré au Cameroun, faisant tomber l’Afrique centrale, tient encore. Le Nigeria sert encore les intérêts de Yaoundé, et cela est extraordinaire, car il n’y a aucune raison à ça, aucune, les Anglophones (au Sud-Ouest et Nord-Ouest au Cameroun, ndlr) parlant anglais comme les Nigérians, le Nigeria étant la puissance de la sous-région. Depuis quand une puissance sert-elle les intérêts d’un petit pays ? Depuis quand l’anglais sert-elle les intérêts d’une langue minoritaire, le français ? 1940-2018, voila la longueur de cette ligne de fer qui doit absolument changer. Le front diplomatique de la bataille doit être repensé. A tout prix. A tout prix. A tout prix.


Donald Trump : le caillou dans la chaussure ?

Décidément, Donald Trump ne finit pas de surprendre. Le jeudi 11 janvier 2018, le président des États-Unis d’Amérique s’est exprimé à propos de l’immigration aux États-Unis. Habitué aux provocations et aux paroles choquantes, Donald Trump qualifie alors les pays d’origine des immigrés comme Haïti, Salvador et d’Afrique de « Pays de merde ».

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Donald Trump. Crédit photo, licence libre de droits : pixabay.com

Donald Trump recevait dans son bureau ovale de la Maison Blanche des sénateurs Républicains et Démocrates, en particulier Lindsey Graham et Richard Durbin. Cette rencontre avait pour objet une discussion sur le projet DACA (Deferred Action for Childhood Arrival). C’est un projet qui vise à régulariser la situation de 690 000 jeunes immigrés entrés illégalement. A l’époque, leur jeune leur jeune âge ne permettait pas aux États-Unis de les expulser. C’est donc un programme hérité du gouvernement de Barack Obama. La régularisation des ces immigrés pourra donc les permettre de travailler et d’étudier en toute légalité.

C’est donc au cour de cette rencontre avec les parlementaires que Donald Trump a tenu des propos suivants : “Pourquoi est-ce qu’on voudrait des Haïtiens chez nous ? Pourquoi vouloir tous ces Africains chez nous ? Pourquoi est-ce qu’on voudrait avoir chez nous tous ces gens venus de pays de merde ?”. En utilisant « shithole countries » pour qualifier ces pays d’origines des immigrés, toutes les communautés concernées se sont soulevées pour le décrier en qualifiant ces propos d’insultes.

Ce qui est pourtant curieux c’est que, loin d’être de mauvais goût, ces propos ne cacherait-il pas une réalité bien que choquante ? Depuis le début de son mandat, voici bientôt un an, le président Donald Trump multiple des frasques dont il a seul le secret. Il a la particularité de botter en touche le politiquement correct en bafouant les protocoles. C’est une marque déposée qui ont fini par dire qu’il est le seul président Blancs qui dit aux Noirs ce que les Blancs pensent tout bas d’eux. Ce qui n’est pas du goût des puristes qui estiment qu’un président, de par sa posture, devrait s’abstenir au risque de révéler des « vérités » bouleversantes.

Donald Trump, étant un homme imprévisible, serait-il alors un caillou dans la chaussure ? Celui qui risque balancer les secrets dehors ? Ces secrets qui montreront enfin à la fois le vrai visage du côté mesquin de l’Occident sur qu’il pense de l’Afrique et Haïti et aussi une réalité difficilement compréhensible de ces pays des Noirs ? Une réalité difficilement compréhensible qui montre justement cette contradiction entre la richesse de la nature et la pauvreté des hommes.

Le Camerounais Jean-Aimé Dibakana nous dit un plus sur cette contradiction en plaçant les propos de Donald Trump sous l’angle d’une révolution de la mentalité.

Et si Donald Trump était (en réalité) « aimable (pour les Africains) ?

Selon Donald Trump, le président américain, certains pays africains (ainsi que Haïti et Le Salvador) sont des « shithole countries », c’est-à-dire des « trous à rats », pouvant aussi se traduire (plus gentiment) par « pays de merde »… Et voici, partout, relayé par la presse occidentale, le tollé d’indignations contre ce énième « dérapage »… Hum !

Et si Donald Trump était « une chance » pour les pays africains (et les pays dits « pauvres » en général) ? Celle de leur faire connaître les jugements de TOUS les (dirigeants) Occidentaux à leur égard ? Autrement dit, Trump dirait en quelque sorte « tout haut » ce que que TOUS les (dirigeants) Occidentaux – en tout cas la majorité – penseraient « tout bas »…

En effet, depuis son élection, le milliardaire ne cesse de s’illustrer en dérapages vis-à-vis des « faibles ». « Dérapages » ? Et si, ici, l’homme d’affaires, ADNisé (et trop accoutumé) au pragmatisme qu’impose le monde des affaires, n’arrive pas à (et ne pourra pas) se faire à la langue de bois que s’impose le monde politique occidental sur les pays pauvres ?

Il faut donc peut-être voir en Donald Trump, ce dirigeant occidental qui permettra à tous les Opprimés, à tous les Estropiés, à tous les « Nés du mauvais côté », à tous les Pauvres, à tous les Exclus, à tous les Déclassés du monde de connaître ce que les Puissants qui gouvernent la planète pensent d’eux. Parce que ce dirigeant-ci, Trump, ne se fait pas (et ne pourra pas se faire) au filtre que ces camarades s’imposent à leur propos.

Car : Qui peut sérieusement penser que TOUS les puissants qui tiennent ce monde ne pensent pas que les pays africains (et les pays pauvres en général) ne sont que des « shitole contries » ?

Si non :
Pourquoi les laissent-ils périr ? Pourquoi les exploitent-ils avec tant de férocité égoïste ? Pourquoi continuent-ils à leur vendre des armes (et à entretenir les différents camps rivaux) pour que les guerres fratricides qui s’y livrent ne s’arrêtent jamais ? Pourquoi leur imposent-ils des conditions d’aide (au développement) qui, en réalité, les tuent à petit feu ? Pourquoi laissent-ils périr leurs enfants en haute mer alors qu’ils ont les moyens techniques et politiques pour arrêter cette tragédie ? Pourquoi construisent-ils des murs pour que les populations qu’ils affament n’arrivent pas sur leur sol ? Pourquoi aident-ils à se maintenir au pouvoir des tribaux, voleurs, incompétents qui font tant de mal à leurs concitoyens alors qu’ils sont informés (à la seconde) des viols, vols, assassinats, emprisonnements arbitraires, … perpétrés par ces derniers au quotidien sur leur peuple ? etc.

Oui, c’est seulement dans des « trous à rats », seulement dans des « pays de merde » que l’on peut se permettre de tels agissements… Trump a juste dit ce que tous les autres (gouvernants) occidentaux pensent, puisqu’ils agissent tous – en tout cas la majorité – avec ces pays africains comme l’on agirait avec des « trous à rats », avec des « pays de merde »…

Et dire que ces mêmes pays africains (et leurs ressortissants) pensent que leur bonheur dépend de ces mêmes Occidentaux qui les traitent de « trous à rats », de « pays de merde »… Pauvre de nous !