Après la coalition forte de la présidentielle de 1992, l’opposition n’en a pas connu en 1997. Celle-ci a renoué avec sa volonté de faire une coalition pour la présidentielle de 2004 et 2011. L’opposition a toujours connu des difficultés à pouvoir trouver un consensus dans le choix d’un leader idéal. Notons ici que John Fru Ndi, président du SDF, reste toujours le leader le plus populaire. Pourquoi ne réussit-il plus, après 1992, à faire l’unanimité ?
La mise en place d’une coalition de l’opposition en 2004
La présidentielle du 11 octobre 2004 a connu beaucoup de déboires. Le Cameroun reste toujours à la recherche d’un consensus de l’opposition favorable à une candidature unique. Après le jeu trouble de Bello Bouba en 1997, les leaders de l’opposition se méfient désormais de lui. D’ailleurs, après la signature de l’alliance RDPC/UNDP, le président national de l’UNDP opte désormais pour la mise en berne de sa candidature au profit de Paul Biya. Avec le RDPC, l’UNDP est dans une coalition appelée « majorité présidentielle ». Il rejoint ainsi le MDR qui est là depuis 1992 après les législatives de mars de la même année.
Le leader du SDF, John Fru Ndi compte rééditer l’exploit de 1992 et ne lâche rien. Après le boycott de 1997, le SDF et quelques partis de l’opposition rêvent encore d’une coalition de l’envergure de l’UPC de 1992. Ainsi, une coalition des leaders des partis politiques de l’opposition naît en 2003 : Coalition Nationale pour la Réconciliation et la Reconstruction (CNRR). Les leaders les plus connus de la scène politiques en sont membres. On peut citer entre autres John Fru Ndi, Adamou Ndam Njoya, Issa Tchiroma Bakari.
Ayant en son sein plusieurs partis politiques, la coalition adopte une « plateforme commune de gouvernement ». Ils semblent être en accord parfait. Des comités de travail sont créés. Des stratégies sont aussi élaborées au cours des réunions. Après plusieurs meetings et rencontres, le 18 août 2004, cinq membres de la commission stratégie de la CNRR se réunissent et adoptent quinze critères à remplir en cas de mésentente pour être le challenger de Paul Biya.
Akame Nfoumou surpris par sa candidature de la coalition
Le 11 septembre 2004, John Fru Ndi reçoit, lors d’un congrès extraordinaire, l’investiture de son parti. Cette investiture lui permet ainsi de représenter le SDF au CNRR pour la candidature de la coalition. Des tractations ont commencé et des noms circulent comme candidat de la coalition. Curieusement, même des personnes ne faisant pas partie de la coalition sont évoquées. Comme une traînée de poudre, une folle rumeur balança le nom de Edourd Akame Nfoumou comme proposition pour une candidature de la coalition.
Ancien ministre de la défense et ministre de l’économie et des finances, Akame Nfoumou quitte le gouvernement en 2001 et se retire dans ses plantations dans son village à Ndonko dans son Sud natal. Membre du parti au pouvoir et présenté à l’époque comme dauphin potentiel de Paul Biya, il est choisi par les leaders de la coalition pour des raisons un peu floues. Devant les arguments peu convaincants de Sindjou Pokam, membre de la coalition et appartenant à la société civile, ce choix a été rejeté par la majorité. Akame Nfoumou avait d’ailleurs démenti avoir sollicité une quelconque candidature de la coalition.
La dislocation de la CNRR et la victoire en solitaire de Fru Ndi
Après des rudes discussions les 13, 14 et 15 septembre 2004, les dix membres composant le panel de la coalition pour la désignation du candidat posent leur choix sur Adamou Ndam Njoya. Il obtient la note de 15 sur les 15 critères convenus. Il devance ainsi Sanda Oumarou (12/15), John Fru Ndi (11/15) et Marcel Yondo (10/15). Devant ce choix qui lui est défavorable, Fru Ndi, rage de colère, claque la porte de la coalition. Le 15 septembre John Fru Ndi, Ndam Njoya et Paul Biya déclarent chacun leur candidature. Ainsi prend fin une candidature de coalition de l’opposition tant attendue.
Les résultats de la présidentielle de 2004 classent Paul Biya vainqueur avec 70,72% et son suivant John Fru Ndi obtient 17,4%. En troisième position vient alors Ndam Njoya qui obtient 4,48%. On peut déjà conclure à un échec de la coalition. Ces résultats ont donc l’avantage de nous apprendre deux leçons. Premièrement, il n’appartient pas à la coalition de choisir le candidat qui le représentera. Deuxièmement, la coalition doit se faire autour du leader le plus populaire. Autrement dit, c’est le peuple qui choisit son leader ou son candidat. C’est ce qu’on appelle la coalition du peuple.
La révision constitutionnelle de 2008 sur fond de crise
La présidentielle du 9 octobre 2011 a eu un record de 23 candidats, un nombre impressionnant que le Cameroun n’avait pas encore enregistré jusqu’ici. Malheureusement comme en 1997, il n’y a pas eu aucune coalition. Il faut faire un retour en arrière pour comprendre les véritables raisons de ce qui apparaissait comme une décrépitude de l’opposition. Il est nécessaire de préciser d’entrer de jeu que les échecs des coalitions de 1992, de 1997, de 2004 n’ont pas facilité les choses. Et plus, l’opposition semble ne pas avoir retenu les leçons de 2004.
La coalition des leaders des partis politiques de l’opposition n’a même pas été d’actualité. On a ressenti un certain découragement et une déception. Cette déception est liée au mouvement de la « vie chère » de février 2008. En effet, une rumeur sur la modification de la constitution de 1996 issue du consensus appelé « Tripartite » (dialogue entre trois parties : parti politique au Pouvoir, partis politiques de l’opposition et société civile) a parcouru toute la république. Selon ce consensus, le mandat présidentiel est de 5 ans renouvelable une fois. Cette disposition est entrée en vigueur en 1997.
La démotivation de l’opposition à la présidentielle de 2011
Après avoir été élu le 12 octobre 1997, le dernier mandat de Paul Biya commençait après sa réélection à la présidentielle du 11 octobre 2004. Le peuple camerounais avait donc fondé son espoir en croyant à une alternance en 2011. Malheureusement, cette révision constitutionnelle d’avril 2008 viendra changer la donne. Elle stipule, en son article 6 (2) que « Le président de la République est élu pour un mandat de sept (7) ans. Il est rééligible ».
La démotivation de l’opposition n’a même pas permis à une coalition de jeunes appelée Nouvelle Opposition Camerounaise (NOC) de perdurer. À peine elle a fait une sortie le 23 février 2011 en commémoration des émeutes de février 2008. La victoire de Paul Biya avec 77,99% est sans surprise. L’opposition, incarnée par son leader charismatique John Fru Ndi s’en sort avec 10,71%. Cette constance de la deuxième place qu’a John Fru Ndi est la preuve qu’il est et reste, depuis 1992, le leader le plus populaire de l’opposition. Qu’en sera-t-il pour la suite ?