Journée internationale de la personne handicapée au Cameroun: les gesticulations politiques

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Afin de favoriser l’intégration et l’accès à la vie économique, sociale et politique des personnes handicapées, une Journée Internationale des Personnes Handicapées à été proclamée, en 1992, par les Nations Unies, à la date du 3 décembre. Cette journée mondiale est par ailleurs l’occasion idéale de réaffirmer certains principes de base, trop souvent oubliés: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Le respect de cette dignité due à chaque personne, valide ou non, implique la reconnaissance de droits fondamentaux comme l’éducation ou l’accès au travail. Il est important d’insister sur ces deux domaines compte tenu du fait que le souci principal pour toutes les personnes handicapées est de se libérer du joug infernal de la dépendance. Seuls, l’éducation et le travail peuvent donc permettre, à toutes personnes souffrant d’un handicap, à être indépendant et à se sentir utile pour servir son pays comme tout citoyen à part entière. La bonne organisation de ces deux domaines est donc une condition sine quo non pour que cette catégorie de personnes ne se sente pas marginaliser, discriminer ou stigmatiser. L’éducation et l’accès à l’emploi sont au coeur des enjeux de développement et de l’épanouissement de cette couche sociale minoritaires, fragile et fragilisée. Sur ces deux domaines précisément, il faut le dire de vive voix, les personnes en situation de handicap ne sont pas les bienvenues au Cameroun. Pour ne pas faire un récit volumineux sur la condition de la personne handicapée au Cameroun, j’ai choisi ici de mettre l’accent sur le dernier acte gouvernemental qui avait suscité un débat en son temps et qui reste encore d’actualité.

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Sit-in devant l’entrée du Premier Ministre le 07 Novembre 2011

Emploi: Le recrutement spécial de 25.000 jeunes diplômés dans la fonction publique

Dans son discours traditionnel à la jeunesse le 10 février 2010, le président de la République Paul Biya annonce le recrutement spécial de 25.000 jeunes diplômés dans la fonction publique pour juguler le chômage des jeunes. Ce discours avait fait couler beaucoup d’encre et de salive quant à l’opportunité de ce recrutement et aussi aux critiques selon lesquelles le recrutement des jeunes chômeurs à la fonction publique est une solution facile. La priorité devrait être le développement et l’assainissement du tissu économique pour inciter et susciter l’investissement privé. Malgré tout, le gouvernement de Paul Biya a décidé d’aller jusqu’au bout de sa logique et le 09 mars 2011, l’avis de recrutement a été lancé. L’affluence a été tel que les personnes en situation de handicap ont saisi l’occasion pour faire entendre leur voix. C’était alors une occasion en or pour enfin trouver de quoi occuper leur quotidien et arrêter d’être à la charge de leur famille et des amis. Le secteur privé étant trop complexe, l’Etat est considéré comme le sauveur, le bon samaritain. C’était sans compter le cynisme de ces fonctionnaires tribalistes et corrompus jusqu’à la moelle  épinière. En effet, c’est comme si tout était fait pour ne pas respecter la loi d’avril 2010 sur la protection des personnes handicapées qu’ils ont eux-mêmes mis en place. Les leaders des associations conduit par le GIC-HANDIC (Groupement Inter-Communautaire du Handicap), comme par intuition, se lancent dans une sorte de lobby et de pression pour attirer les fonctionnaires chargés du recrutement (Premier Ministère et Ministère de la Fonction Publique et de la Réforme Administrative-MINFOPRA) à travers des lettres de mise en garde contre le non respect de la loi; mais aussi à travers les communiqués et des appels pour inciter des personnes en situation de handicap à déposer leur dossier de candidature.

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Handicapé manifestant du 07 Décembre 2011

La loi no 2010/002 du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées

Comme beaucoup l’avait prédit, à partir du mois d’août 2011, les voyous de fonctionnaires ont donc publiés les listes des présélectionnés. Il fallait attendre que la publication de toutes les listes soit effective pour faire le bilan. C’est donc le 30 octobre 2011 que tout est bouclé et il est avéré que dans ces listes, seulement 50 jeunes diplômés handicapés ont été retenus sur un potentiel de 726 dossiers de jeunes diplômés de handicapés déposés. L’indignation et la frustration gagnent les rangs. Comme un seul homme, le 07 novembre 2011, une centaine de personnes handicapées, venant de toutes les régions du pays, y compris les recrues, prennent la direction de Yaoundé et assiègent le Premier Ministère qui assure l’étude technique des dossiers. L’entrée du Premier Ministre est noire de monde: c’est le sit-in. L’objectif est de perturber le passage du maître des lieux. Immédiatement, le secrétaire général du Premier Ministère consent à recevoir quelques quatre personnes pour prendre la doléance des personnes handicapées. Il a été démontré que la commission nationale de recrutement n’a pas tenu compte de l’approche handicap comme le stipule la loi dans tous les recrutements au Cameroun. En effet, la loi précise « qu’à compétence égale, la priorité de recrutement est accordée à la personne handicapée ». Cette loi va plus loin que la loi n° 83/013 du 21 juillet 1983 relative à la protection des personnes handicapées qui prévoit un quota de 10% pour les personnes handicapées dans les recrutements massifs pour les emplois publics et privés. Le chef de séant a reconnu l’erreur et a promis d’y remédier. Promesse a été donné de réexaminer les dossiers de toutes les personnes handicapées. Une conférence de presse a même été tenue le 09 novembre 2011 pour réaffirmer cette nécessité de donner aux personnes handicapées ce dont ils ont droit. Le sit-in est donc suspension pour attendre une autre publication.

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La grève de la faim du 30 Décembre 2011 au 7 Janvier 2012 au siège du droit de l’homme d’Afrique centrale et en face de l’ambassade des USA au quartier du Golf à Yaoundé

C’est le 09 décembre 2011 qu’intervient les listes dites « additives » qui, heureusement, a rectifié le tir en passant de 50 à 457 jeunes diplômés handicapés recrues sur un total de 726 dossiers, dont 269 dossiers rejetés. Ces chiffres ont été communiqués à l’association COMICODI qui souhaitait comprendre les raisons de la colère de ces personnes qui ne cessaient de manifester leur colère malgré la publication de ces listes additives. Une grève de la faim a été organisé par quelques mécontents pendant neuf jours, du 30 décembre 2011 au 7 janvier 2012 devant le siège de la représentation régionale des droits de l’homme pour l’Afrique centrale. Les raisons de ces rejets sont toutes invraisemblablement incompréhensibles. Il est reproché aux personnes handicapées dont les dossiers ont été rejetés leur « incompatibilité avec le poste de travail » qui est tout de même une violation des textes qui parlent plutôt de l' »l’adaptation du poste de travail ». Les décideurs cherchent plutôt la compatibilité du handicap de la personne au poste de travail à pourvoir, ce qui est une malhonnêteté intellectuelle. Ce qui réduit considérablement les chances de cette catégorie, dans un contexte où tout est fait sans tenir compte de l’approche handicap. C’est donc cela qui est le véritable frein à l’emploi des personnes handicapées au Cameroun.

Le 03 décembre sert donc à quoi?

Pour être sincère, la journée internationale des personnes handicapées ne servirait à rien si dans toutes politiques de gestion de la cité la dimension handicapé tiendrait lieu de subsidiarité. Les discours selon lesquels « les personnes handicapées savent même faire quoi? » sont encore dans les subconscients de ces fonctionnaires en mal de probité intellectuelle. Ces discours ont tendance à voir en la personne handicapée comme un éternel nécessiteux, une personnes encombrante, un éternel consommateur qui ne s’aurait acquérir une indépendance financière quelconque. Si c’est l’Etat qui est sensé être le protecteur de ces couches si fragiles, comment comprendre alors ce genre de discours de la part même de nos fonctionnaires? Devons-nous comprendre qu’au Cameroun, les personnes handicapées n’ont plus aucun protecteur malgré la clarté de la loi qui exige leur protection?

Cette 22ème journée donc le thème s’intitule: « Briser les barrières, ouvrir les portes – Vers une société inclusive et un développement accessible à tous » est fort évocateur sur la place qu’occupe les personnes en situation de handicap dans notre société. Les barrières ne peuvent se briser et les portes ne peuvent s’ouvrir que si l’on a en face des interlocuteurs qui font preuve de loyauté et d’intégrité pour que le « développement soit accessible à tous« . Comment faire dans ces conditions de clochardisation et de stigmatisation tout azimut? La seule solution, évidemment, reste la débrouillardise! Beaucoup parmi ces personnes handicapées s’en sortent très bien. Mais, le hic est que leur réussite cache mal ce climat délétère de la condition de vie pas du tout enviable de la majorité.

La seule astuce qu’on doit conseiller à toutes personnes en situation de handicap, c’est d’exister sans attendre une assistance quelconque qui viendrait de l’Etat. Il ne reste qu’à se surpasser, à montrer de quoi on est capable, à donner le meilleurs de soi malgré les difficultés. Je suis conscient que ce n’est pas facile. Ce n’est que par l’effort personnel que la réussite est garantie. Au moins là, on est sûr qu’on ne doit rien à sa patrie que les personnes handicapées sont prêtes à servir qui elles veulent.

TKC_YVES

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Commentaires

eloundou come
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slt moi je suis etudiant en genieelectrique et informatique industriel à l'iut de douala.je voudrai reussir dans mon domaine. svp donnez moi des conseils pour y arriver

Yves Tchakounte
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Eloundou, peux-tu me passer tes cordonnées téléphoniques stp?