
Un, deux, trois, quatre expériences déjà… Voici presque quatre ans que le forum Facebook Camerounais le plus populaire Le Cameroun C’est Le Cameroun (LCCLC) a vu le jour. Quatre ans de dur labeur, d’insomnies, de critiques les plus acerbes, de railleries, bref, de survie. Malgré tout, l’objectif premier, toujours de mauvais goût et paradoxalement unanimement accepté, a toujours été atteint.
Le célèbre et populaire forum s’est donné pour vocation d’être le lieu de rencontres, d’échange, de participation et, surtout, de partage. Aujourd’hui, riche de plus de 37.000 membres (Camerounais) qui ne se connaissent ni d’Adam ni d’Ève, il se positionne déjà comme une plateforme de débat et de discussion. Au départ, le promoteur, un Camerounais dont l’imagination est pleine d’ambition, était loin d’imaginer l’ampleur de la réputation.

Le forum a vite fait de se voir bourrer de spécimen de la pure crème de la matière grise que le Cameroun peut regorger. Des étudiants aux commerçants, des ingénieurs aux médecins, des sans-emplois aux débrouillards venaient et viennent toujours s’y abreuver, communiquer, causer, rigoler, voire même bavarder et se chamailler à longueur de journée. Tout le monde y trouve son compte. Du coup, le forum présente des enjeux importants tant du point de vue politique que social.
Véritable plateforme de vulgarisations, de communication voire de propagande, LCCLC se voit en train de franchir les frontières du réel. La convivialité et la fraternité tant démontrées par les Camerounais seront mises à l’épreuve des faits. Le concept de « Virtuel au réel » fut dont conçu pour rassembler les uns et les autres qui ne connaissent que de noms, ou même de pseudonymes. Cette distance du réel sera l’un des éléments catalyseur des rencontres de quelques volontaires pour des « face to face ». Évidemment, le bonheur qu’un Camerounais diplômé de l’ingénierie aura à rencontrer un autre de la diaspora qui exerce dans la banque ou la finance internationale n’a pas de prix. Cette immensité et cette richesse des compétences n’auront de valeurs intrinsèques que s’ils sont accompagnés d’actes louables et concrets.

Des expériences vécues : le cas de l’orphelinat CAJEN
Douala, Yaoundé, Mbalmayo et Japoma (une banlieue située à peu près à 25 km de Douala) sont des localités qui ont connues la visite des Camerounais décidés à quitter le virtuel pour un moment consacré à la jovialité. La semaine du 31 octobre au 7 novembre 2015 a été un succès à nul autre pareil. L’orphelinat CAJEN a eu le bonheur de recevoir ces Camerounaises et les Camerounais mobilisés de l’Europe jusqu’en Amérique. Les internautes se sont illustrés, comme d’habitude, par le fund-Raising pour marquer d’une pierre deux coups pour leur sortie annuelle. Le bilan de la collecte fut alléchant :
— Au niveau de la collecte de fonds, la diaspora des États-Unis (1.345.281FCFA) et de l’Europe (549.692FCFA) et les internautes résidants au Cameroun (785.500FCFA) ont mobilisé au total 2.683.413FCFA.
— Les dons en nature (chaussures, habits, médicaments, etc.) estimés à 300.000FCFA
— Une dotation d’un carton de cahier offert par la chaine de télévision Française TV5 Afrique/monde.
Comme tous les orphelinats qui existent au Cameroun et qui croupissent sous le poids de la misère, CAJEN souffre de plusieurs maux. Les plus récurrents et les plus urgents sont en général l’amélioration du cadre de vie des enfants (réfection d’un nouveau dortoir), l’achat des équipements de cuisine (Moulinex, congélateurs, etc.), l’alimentation, le salaire des vacataires enseignants, le parrainage des enfants, etc. Cette collecte et celle issue des promesses permettront de résoudre ne serait-ce que la moitié de ces besoins. Nul doute que la construction du dortoir de cet orphelinat nécessitera l’intervention d’un ingénieur et des maçons. La gratuité de leur prestation est donc le fruit de ce concept du virtuel au réel. Trouver des compétences et des ressources pour donner un sens à nos actions, à l’humanité, à l’humanitude est l’objectif majeur du forum.

Les enjeux de l’opération de l’orphelinat CAJEN
Malgré tout, c’est un projet qui ne manque pas de susciter des controverses. Depuis son existence, les Camerounais n’avaient jamais tenté l’expérience des « fundraising » à grande échelle, à ma connaissance. Jusqu’à l’heure de la vulgarisation d’internet et des réseaux sociaux, seuls les petits regroupements sous la forme de tontine et d’associations diverses étaient des lieux privilégiés pour engager une collecte destinée aux enfants déshérités. Les cagnottes sont toujours gérées par des personnes connues par tous les contributeurs. Ici, la confiance est établie et fait donc l’ombre d’aucun doute. Dans le cadre d’un forum qui a une réputation internationale, des suspicions qui ne sont que légitimes naissent subitement. Beaucoup se posent donc des questions sur la moralité supposée des gestionnaires des fonds collectés. Cela permet aux détracteurs de jeter l’opprobre et la flétrissure sur la gestion des fonds, laissant ainsi un climat de méfiance et de peur plané sur le forum. Des débats houleux ont eu lieu dans le cadre des collectes pour sauver une jeune mère et son bébé qui avaient été prises en otage dans un hôpital pour défaut de facture, et aussi, et surtout pour le cas d’un ivoirien de nationalité et camerounais par sympathie, qui avaient eu à bénéficier d’une évacuation sanitaire. Que n’a-t-on pas dit pour crier aux gémonies des gestionnaires de ces collectes. Ponctuées de vives tensions, des démissions et des expulsions en cascades n’ont pas échappé aux plus téméraires. Même les plus habitués et inconditionnels du forum, auparavant imprégnés dans la gestion de la plateforme, avaient même fini par prendre leur distance pour éviter d’éventuelles éclaboussures. Convaincus que rien ne pourra plus être comme avant.
L’opération de CAJEN à Japoma avait donc un double enjeu pour le forum : une démonstration de force sur la témérité de sa conviction et une marque d’assurance et de confiance pour ceux dont le doute persisterait encore. La réussite fut donc au rendez-vous, car c’est la première fois que LCCLC a atteint la barre de trois millions en espèce plus des dons en nature collectés en l’espace de deux mois seulement.

La problématique de l’engagement et du volontariat
La question que beaucoup, à juste titre, pose sur la sincérité des uns à gérer la collecte, et le scepticisme des autres sur leur réserve à participer à un quelconque projet commun reste néanmoins d’actualité. C’est ainsi qu’on peut retrouver dans le forum des personnes aux comportements plus que contradictoires. Il y a d’abord ceux qui ne sont là que pour fustiger et tirer sur tout ce qui bouge. Leurs principales cibles sont généralement les autorités qui, malheureusement, s’illustrent toujours par des actes de mauvaises gouvernances dont elles font l’objet. Au lieu de quitter le virtuel où la critique est facile, d’aller toucher du doigt les réalités de la pauvreté qui serait une preuve de leur probité morale et intellectuelle, ils préfèrent se cantonner sur leur clavier. Ils préfèrent plutôt se mettre à l’abri des critiques au lieu de montrer l’exemple. Ce sont des « sceptiques-détracteurs ». Ensuite, parmi eux, il y en a qui souhaitent, au fond d’eux, l’échec des projets qui sera une preuve de leur « analyse objective ». Cet échec n’aura pour effet que de leur donner bonne conscience. Ce sont des sceptiques-sadique. Enfin, il y a des sceptiques-hâbleurs et sceptiques-silencieux, les premiers sont imbus de leurs personnes et préfèrent faire leur don en solo et venir faire la fanfaronnade sur le forum. Généralement, ils ne racontent pas leur exploit, mais ils crachent le morceau au détour d’une conversation qu’ils initient eux-mêmes ou s’incrustent dans les commentaires. Les seconds sont les sans voix. Personne ne connait leur mode de fonctionnement. Ils sont de deux ordres : il y en a qui n’agissent pas, et il y en a qui agissent en sourdine. Ni vu, ni connu.
Voilà donc un forum complet en ressources humaines et financières où la volonté de faire œuvre utile existe malgré les quolibets. Riche aussi en divers caractères de personnage du naïf au plus rusé et au plus expérimenté et plus avisé en matière de gestion des hommes et de biens. Disons qu’il ne sera jamais facile de faire l’unanimité en matière de gestion d’argent. Le souci qui est de s’entourer d’un minimum de sécurité doit être de rigueur.
Bravo LCCLC !
Tchakounté Kémayou
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