L’année 2025 est la plus tumultueuse de l’opposition comme chaque année électorale. Mais, elle est considérée curieusement comme celle qui augure la recherche d’une coalition incertaine ou qui tarde à arriver. Ayant déjà connu des échecs après sept élections présidentielles, l’opposition ne semble pas trouver la solution magique pour sa huitième participation depuis la présidentielle d’octobre 1992 malgré l’apparition de l’APC et l’ATP. L’année va donc commencer par l’apparition d’une concertation nommée « Le groupe de Douala ». L’actualité politique a été ainsi dominée par Le Groupe de Douala.
L’année 2025 commence avec l’espoir que deux plateformes de l’opposition vont meubler l’actualité politique. Cette actualité sera limitée à la recherche d’un homme providentiel pour l’ATP et d’un renforcement de ses rangs pour l’APC. Celle-ci ayant déjà fait le choix de son candidat, celle-là doit œuvrer pour en trouver un malgré ses batailles internes. Cela reste tout de même le signe que l’ATP n’a pas encore consolidé son leadership au sein des mouvances politiques qui se nouent au fur et à mesure que la pression se faisait sentir.
La naissance du « Le Groupe de Douala »
Jusqu’ici, l’APC était la seule coalition de l’opposition qui faisait la une de l’actualité politique. Fin janvier 2025, plus précisément le vendredi 31 au soir, quatre leaders donc Anicet Ekane, Sam Mbaka, Henriette Ekwe et Abel Elimbi Lobe convoquent la presse et annoncent la création du « Le Groupe de Douala ». C’est à travers un communiqué publié sur les réseaux sociaux que le public a eu connaissance. La première remarque qu’on peut faire d’emblée c’est que son leadership ne regroupe pas des personnes inconnues des Camerounais. Ces quatre leaders font partie des générations qui ont commencé l’Union pour le changement (UPC) depuis la présidentielle de 1992, tout comme Jean Michel Nintcheu et Maurice Kamto.
Comme c’est désormais la coutume, la coalition de l’opposition se basait sur une stratégie de négociation pour la désignation d’un candidat. Cette négociation se fait entre les principaux leaders des partis politiques et de la société civile. En dehors du choix du candidat qui était le point d’achoppement, les discussions tournaient également autour des programmes de gouvernance. Au sein des différentes coalitions créées depuis 1992, les membres étaient considérés comme des potentiels candidats. Mais, Le Groupe de Douala est venu avec une autre stratégie : celle d’aller chercher un candidat ailleurs. Cependant, la légitimité de celui-ci devrait passer par l’acceptation des autres candidats avec qui les discussions ont eu lieu avant.
Le Groupe de Douala s’inscrit ainsi dans la stratégie de médiation entre les potentiels candidats à la présidentielle 2025. L’un des leaders, Anicet Ekane, affirme que cette coalition est la continuité de l’Union pour le changement de la présidentielle d’octobre 1992. A cette époque, Ni John Fru Ndi avait été désigné à l’unanimité comme candidat de l’UPC. Le Groupe de Douala s’inscrit donc dans cette logique. Le 2 mai 2025, dans le premier compte rendu, Le groupe de Douala affirme avoir rencontré les potentiels candidats. On peut citer entre autres Akéré Muna, Maurice Kamto, Cabral Libii, Joshua Osih, Patricia Tomaino Ndam Njoya. Le communiqué qui donne un bilan à mi-parcours ne fait pas ressortir le candidat potentiel. Malgré ces avancées, Le Groupe de Douala continue son bonhomme de chemin.
Le Groupe de Douala sur une corde raide
Une conférence de presse est organisée le 9 mai 2025 au siège du Manidem situé au quartier Deido à Douala par les leaders du Le Groupe de Douala. Ils affirment leur volonté de maintenir la flamme et l’héritage de l’UPC. Comme autre nouveauté, le Pr Aba Oyono, enseignant d’université, fait son entrée dans le groupe. Ces deux sorties du Le Groupe de Douala amènent le public à faire le constat de l’absence de Abel Elimbi Lobe. Deux absences de fait suffisaient pour faire ce constat. Par contre, l’exclusion de Aba’a Oyono à son tour intervient le 4 juin 2025 par un communiqué signé par Anicet Ekané. Cette exclusion a courroucé Sam Mbaka qui a protesté avant de remettre tout en ordre.
Il convient cependant de relever ce qui a causé la pomme de discorde. Les récentes prises de position médiatique de Elimbi Lobe concernant les actions du nationaliste Ernest Ouandié ont obligé ses paires à l’exclure. Il accuse Ouandié d’avoir commis des exactions de pillage et d’extorsions foncières contre les autochtones dans le Moungo pendant les années de luttes indépendantistes de 1945 à 1971. Son exclusion a été constatée seulement lors de ces deux dernières sorties du Le Groupe de Douala. Quant à Aba’a Oyono, on lui reproche d’avoir fait des déclarations de soutien à la candidature de Maurice Kamto, candidat déclaré à la présidentielle. C’était lors du meeting de Paris le samedi 31 mai 2025.
Les candidatures des leaders de l’opposition
Le 11 juillet 2025, le chef de l’État Paul Biya convoque le corps électoral pour le 12 octobre. C’est en ce moment que l’effervescence des candidatures se dépolit au siège national d’Elecam à Yaoundé. Sont également concernés les sièges régionaux où les leaders politiques sont appelés à déposer leur dossier de candidature. Jusqu’à date, aucune coalition de l’opposition n’a encore choisi son candidat sauf l’APC. Pourtant, les candidats à la candidature n’ont que dix jours avant la clôture des enregistrements. Au soir du lundi 21 juillet, Elecam a enregistré 83 dossiers de candidatures au total. Il est maintenant question que le Conseil électoral, organe délibératif, fasse une sélection selon les critères des articles 120 à 125.
Cette flambée de candidatures jamais connue au Cameroun a été la première surprise de cette présidentielle. On pourrait donc conclure que la coalition de l’opposition n’a été qu’un échec. Tous les leaders de l’opposition sont allés en rang dispersé. Mais la particularité est la candidature de Maurice Kamto portée par la coalition APC. Il a été investi par le Manidem après avoir démissionné du MRC. Les raisons de sa démission du MRC et de son adhésion au Manidem sont évidentes : échapper au piège de la nullité du mandat impératif dont l’interprétation est confuse entre le pouvoir RDPC, Elecam et Conseil constitutionnel et une partie de l’opposition (conf article 15 de la Constitution de 1996 et l’article 121 de la loi de 2012 relatif au Code électoral).
Les 26 juillet 2026, Elecam publie la liste provisoire des candidats à la présidentielle du 12 octobre. En conclusion, sur les 83 dossiers de candidatures enregistrées, 70 ont été rejetées. Une autre curiosité de cette présidentielle, c’est l’absence du nom de Maurice Kamto, le principal leader de l’opposition. Les candidatures rejetées ont 48 heures après la publication de la liste provisoire pour déposer leur requête de rejet ou d’acceptation des candidatures. Au total, 35 requêtes ont été enregistrées. Curieusement, l’actualité est dominée par le rejet de la candidature de Maurice Kamto. Le Conseil constitutionnel est donc appelé à dire le droit. Comme un coup de tonnerre, les 4 et 5 août 2025, lors des examens des requêtes de Maurice Kamto, le président du Conseil électoral, Clément Atangana, prononce la sentence irrévocable : « requête infondée ». Maurice Kamto, principale leader de l’opposition et le seul désigné par une coalition, est définitivement écarté de la course. Commence ainsi un autre épisode des alliances qui vont voir le jour comme celle de Le Groupe de Foumban.