Crédit: Jean Michel Nintcheu

La longue marche de la coalition de l’opposition camerounaise de 1992 à 2025 (4/5)

Après une coalition ratée pour la présidentielle de 2018, l’opposition tente une plateforme sur la révision du Code électorale. Beaucoup d’observateurs et d’analystes auraient misé sur sa pérennité. Que non. L’actualité politique camerounaise est dominée, après 2018, par le MRC à travers les arrestations et les procès des prisonniers politiques, les campagnes d’inscriptions sur les listes électorales, les requêtes au Conseil électoral et au Conseil constitutionnel pour la publication de la liste électorale et la violation du Code électoral, etc. l’actualité sur la coalition de l’opposition n’apparaît en fin décembre 2023. 

Le décret convoquant le corps électoral pour le 12 octobre 2025 a été signé et rendu public le vendredi 11 juillet 2025 par Paul Biya. Jusqu’à ce jour, plus d’une vingtaine de candidatures des leaders des partis d’opposition ont été déclarées de part et d’autre. La déclaration de la candidature de Paul Biya est intervenue dans la nuit du dimanche 13 juillet. Ces leaders de l’opposition auront donc en face d’eux un homme de 92 ans amoindri par l’âge dont ses thuriféraires ne jurent que par lui.

L’APC veut jouer le match retour de la présidentielle de 2018

La première coalition des leaders des partis politiques de l’opposition est lancée publiquement par le député Jean Michel Nintcheu. Exclut du SDF, il lance sa propre formation politique le Front pour Changement du Cameroun (FCC). C’est lors de la Convention du MRC tenue à Yaoundé les 9 et 10 décembre 2023 que le député annonce la création de l’Alliance Politique pour le Changement (APC). C’est une coalition des leaders des partis politiques de l’opposition de la société civile. Son objectif est de challenger le candidat du RDPC et ainsi renverser la plus vieille dictature du monde. Dans son discours, le candidat de l’APC est déjà connu : Maurice Kamto.

Beaucoup de leaders invités et présents sont désagréablement surpris par cette stratégie. Dans les coulisses, ils n’adhèrent pas à cette stratégie. La raison évoquée est que le choix du candidat d’une coalition ne doit pas se faire sans consulter tous les autres leaders. Pour eux, c’est une grosse surprise et un manque de respect à leur égard. Pourquoi Jean Michel Nintcheu, président par intérim de l’APC, a-t-il choisit cette stratégie ? Pour le député, il est question de prendre le contrepied en devançant tout le monde pour éviter des débats longues et inutiles. Ce choix est fondé sur une raison simple. Son expérience en tant qu’ancien haut cadre du SDF lors des discussions sur le choix du candidat de la coalition des présidentielles précédentes a guidé cette décision. L’égo surdimensionné des leaders et la présence évidente de pseudo-leaders pour le compte du RDPC plombaient les débats et perturbaient la sérénité.

Pourquoi son choix a été portée particulièrement sur Maurice Kamto ? Deux raisons justifient cet adoubement. Premièrement, en dehors de deux qui sont décédés, les huit candidats en lice en octobre 2018 sont encore candidats en octobre 2025. Même si d’autres leaders postuleront, le 12 octobre sera comme le deuxième tour de la présidentielle de 2018. Le candidat de l’opposition, principal challenger de Paul Biya en 2018, c’est bien Maurice Kamto. Il n’y a donc pas meilleur choix que lui pour représenter la coalition. Deuxièmement, Kamto est le leader qui représente la coalition du peuple. Ses sorties publiques sont les plus courues. Sa popularité fait de lui le choix le plus rationnel.

D’autres coalitions, à l’instar de l’ATP, naissent en début 2024

En 2022, deux ans après la défaite aux législatives et municipales du 9 février 2020, une trentaine de partis politiques de l’opposition décident de se réunir. On peut citer entre autres UPA, CFA, JOUVENCE, AFP, MCPSD, MOCI et UFP. L’objectif est de mettre en place une nouvelle stratégie politique de lutte pour la conquête du pouvoir. Cette nouvelle plateforme politique est dénommée « Opposition Unies et Solidaire » (OPUS). A l’intérieur de cette plateforme, plusieurs sous-ensembles ou projet traitant spécifiquement d’un domaine particulier de la vie publique vont naître. Mais ce qui nous intéresse ici c’est le projet dénommé « Alternative Politique ».

Les membres se réunissent pour penser et débattre du mode d’alternance ou d’alternative du pouvoir politique. C’est ainsi que le mode de changement politique est théorisé par le concept de « transition politique ». C’est dans cette lancée que les concertations entre les leaders de partis politiques et de la société civile sont en cours. Les discussions se font dans la discrétion. Le leader de l’Alliance des Force Progressistes (AFP), Cyrille Sam Mbaka, est d’ailleurs pressenti pour diriger l’OPUS. La surprise est apparue juste après la Convention du MRC en décembre 2023 au cours de laquelle l’APC a été lancée. En effet, en réaction à l’appel de Jean Michel Nintcheu, le leader de l’UFP, Olivier Bilé, membre de l’OPUS, réveille le projet de l’Alternative politique et lance l’Alliance pour la Transition Pacifique (ATP).

Cette nouvelle est tombée comme un couperet et ainsi crée le débat sur la problématique de la coalition des leaders des partis politiques au Cameroun. Malgré tout, Olivier Bilé lance des consultations pour rassembler le maximum de leaders politiques et de la société civile autour de l’ATP. L’ATP s’agrandit petit à petit. Evidemment, il y a des leaders qui s’y opposent parce qu’ils ne s’y retrouvent pas. Les raisons avancées est la précipitation avec laquelle Olivier Bilé s’est lancée. L’argument évoqué est que l’ATP est apparue comme une forme de réaction à l’APC. Cette apparition est comme un échec programmé. Il remet au goût du jour ces éternels échecs de l’opposition dans l’unicité des forces pour le changement.

Des rencontres infructueuses d’Olivier Bilé malgré sa détermination

La deuxième sortie d’Olivier Bilé fut le 7 mars 2024 où il dresse son rapport d’étape en publiant la liste des membres de l’ATP. Après des rencontres avec quelques leaders des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile, c’est le moment de dévoiler quelques figures de poids. Il s’agit de la liste des leaders qu’il a rencontré et qui ont accepté de cheminer avec l’ATP. L’objectif de cette sortie est de montrer l’engouement populaire que prend l’ATP. Beaucoup de leaders s’opinion et politique ont affirmé avoir décliné l’invitation. On peut citer entre autres Hilaire Kamga, Henriette Ekwe, Anicet Ekané, Elimbi Lobe. Olivier Bilé déclare également avoir reçu Joshua Osih, leader du SDF et Cabral Libii, leader du PCRN.

La surprise vient de l’évocation du nom du leader séparatiste anglophone Ayuk Tabe, qui purge une peine de prison à vie à Kondengui pour sécession. Les grands absents des rencontres d’Olivier Bilé sont Maurice Kamto, leader du MRC et Jean Michel Nintcheu, leader du FCC, par ailleurs président par intérim de la plateforme APC. On peut remarquer cette volonté d’Olivier Bilé de nouer des relations avec l’APC. Mais cela va s’avérer infructueux pour des raisons d’incompatibilité idéologique et de stratégie politique. C’est justement pour cette raison que plusieurs leaders avaient d’ailleurs décliné cette offre de l’ATP.

Pomme de discorde autour du projet « Alternative Politique »

Pendant plus d’un an, la posture de l’ATP a été vertement mise en cause. Le principal reproche que les uns et les autres font à cette plateforme, c’est le fait d’évoquer la transition. Au fait, comment peut-on postuler pour la thèse de la transition dans un pays où il n’existe pas de crises institutionnelles. Nkou Mvondo, le leader du parti UNIVERS, a d’ailleurs mis au goût du jour cette incohérence qui a milité pour son refus à y adhérer. Nkou Mvondo révélait d’ailleurs dans un entretien sur CAM10 TV avoir eu une discussion avec Olivier Bilé qui avait affirmé que la transition devrait se faire avec Paul Biya.

Autrement dit, les leaders des partis politiques de l’opposition doivent imposer une transition à Paul Biya, déjà épuisé par l’âge. Il faut donc penser à entrer dans le gouvernement de transition avec Paul Biya au soir de sa vie et préparer ainsi l’alternance tant revendiquée. Pour Olivier Bilé la seule stratégie de renverser cette dictature est de la combattre de l’intérieur. Malgré la persistance de cette stratégie qui démontre ses limites, Nkou Mvondo affirme avoir fait changer d’avis à Olivier Bilé. Ces critiques ont valu la modification de cette stratégie pour passer à un gouvernement de transition sans Paul Biya.

La véritable décrépitude de l’ATP est la pomme de discorde qui marque le divorce entre deux leaders. Célestin Djamen à Djeukam Tchameni, se crêpent le chignon. Dans un communiqué signé le 22 novembre 2024, Djeukam Tchameni, Porte-parole de l’ATP, annonce un point de presse en sa qualité de « Porte-parole » de l’ATP. Le communiqué annonce par ailleurs la tenue des primaires dans les jours qui viennent. L’objectif est d’élire le leader candidat à la présidentielle pour le compte de l’ATP. Ce que Célestin Djamen conteste à son tour dans un communiqué le 27 novembre. Cet épisode de tirs groupés marque malheureusement la fin et la mort de l’ATP. Elle ne fera plus aucune sortie jusqu’à la convocation du corps électoral le 11 juillet 2025. Entre temps, l’APC et le Groupe de Douala nouvellement créé ont meublé l’actualité en 2025.

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Auteur·e

tkcyves