La coalition de l’opposition de 1992 à 2011 n’a toujours pas donné satisfaction malgré la popularité de John Fru Ndi. Son remplaçant, Joshua Osih n’a pas jusqu’ici relevé le défi. La plateforme créée par sept partis politiques de l’opposition n’a été qu’éphémère. Malgré cette défaillance, quelques leaders, bien que connu auparavant, ont émergé. Ce nouveau leaderchip va-t-il tenir la promesse des fleurs ?
Le leaderchip politique en 2018 est dominé par quatre personnes
La majorité des leaders en compétition lors des présidentielles de 2004 et 2011 ont décidé de se mettre en retrait. A défaut d’une coalition, l’opposition compte quand même des têtes fortes qui se démarquent depuis quelques mois. Quatre leaders en particulier sortent du lot. Nous pouvons citer le plus célèbre d’entre eux, Maurice Kamto du MRC. Il construit sa personnalité autour d’un programme à la fois social et libéral. C’est le résultat d’un séjour au sein du gouvernement où il a passé sept ans. Il démissionne en fin 2011 et devient président de son parti légalisé et lancé en 2012. Homme de droit et avocat au barreau de Paris, il développe une proximité avec son peuple en se familiarisant avec ses souffrances.
Après une campagne rude sur les inscriptions sur la listes électorales, Cabral Libii Li Ngue Ngue est connu grâce au mouvement « 11 millions d’inscrits » qu’il crée en 2017. Son objectif c’est de booster les inscriptions sur les listes électorales après le constat d’un électoral assez morose. Il commence sa carrière politique sur les chapeaux de roue. Il sera investit sur la bannière du parti politique UNIVERS dont Nkou Mvondo en est le président.
Mais un troisième leader se démarque également : Akere Muna. Avocat au barreau du Cameroun et ancien président de l’ONG Transparency International, il construit sa popularité autour de la lutte contre la corruption et l’amélioration de la santé financière. Deux jours avant le scrutin, Akere Muna annule sa candidature au profit d’une coalition avec Kamto. Comme quatrième leader, Joshua Osih qui se positionnait comme le challenger de Paul Biya après la mort de John Fru Ndi, a appris à ses dépens.
Une tentative de coalition désespérée à la présidentielle de 2018
L’opposition n’a particulièrement pas eu un bouleversement en 2018. Bien que l’actualité concernant la coalition des leaders des partis politiques de l’opposition ait retenu l’attention de l’opinion, aucune lueur d’espoir n’a été aperçu. La mobilisation la plus remarquable fut celle du leader du MRC, Maurice Kamto. Dans une prise de parole à la question de savoir si l’on peut espérer une coalition pour la présidentielle du 7 octobre 2018, il donne une réponse qui fait apparaître une lueur d’espoir. Il avoue alors avoir fait la démarche en allant rencontrer individuellement et personnellement chacun de ses paires leaders de l’opposition. Malheureusement, ces rencontres n’ont été que des déceptions.
Les résultats de la présidentielle viendront mettre chacun à sa place. Malgré la victoire revendiquée par Kamto après une rude bataille au Conseil constitutionnel dans un contentieux postélectoral, Paul Biya est déclaré vainqueur avec 71,28%. Maurice Kamto arrive en deuxième position avec 14,23% et Cabral Libii vient en troisième position avec 6,23%. Pour la première fois depuis la retraite programmée de Fru Ndi, le SDF se retrouve au bas des scores avec Joshua Osih, candidat. Il est quatrième avec 3,35%. C’est le score le plus médiocre de l’histoire du parti à la présidentielle.
Le contexte politique postélectoral de la présidentielle de 2018
Après la présidentielle de 2018, Maurice a appelé les Camerounais à des manifestations de contestation des résultats en janvier 2019. Les villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Dschang et Bangangté ont été particulièrement touchées. Ces manifestations ont coûté un emprisonnement de neuf mois au leader du MRC et plus d’un demi-millier de manifestants. D’autres manifestations sont organisées par le vice-président Mamadou Mota le 1er juin 2019 au cours desquelles les manifestant sont encore arrêtés. Après une mutinerie à la prison de Kondengui le 22 juillet 2019, Mota et une centaine de prisonniers ont été condamnés me 9 septembre 2019 à 18 mois d’emprisonnement.
Maurice Kamto et plusieurs manifestants, en cours de procès kafkaïen, sont libérés le 5 octobre 2019 par ordre de la présidence de la République. Sont exclus de la liste des prisonniers à libérer, ceux déjà condamnés comme Mamadou Mota. Le 9 février 2020, les élections législatives et municipales ont eu lieu. Le MRC a choisi de les boycotter. A cet effet, on a frolé une abstention record de 56,21% jamais réalisée au Cameroun. D’autres manifestations organisées par le MRC ont lieu le 21 septembre 2020 pour protester contre la mise à résidence surveillée de Kamto. Quelques leaders du parti, Bibou Nissack Alain Fogué (pour la deuxième fois) et une trentaine de manifestants sont arrêtés. Le 27 décembre 2021, ils ont été condamnés pour 2, 5 et 7 ans d’emprisonnement
La Plateforme des partis politiques pour la révision du code électoral
La bataille de l’opposition ne se limite pas seulement aux manisfestations du MRC. C’est dans un tel contexte d’intimidations et de répression des leaders, militants et sympathisants du MRC que quelques leaders de l’opposition décident de se réunir. Comme son nom l’indique, une coalition de 7 leaders des partis politiques appelée Plateforme est mise en place au siège de l’UDC le 31 mars 2021. L’objectif de cette réunion tenue secrète pour des raisons sécuritaires, porte sur une proposition de loi relative à la révision du code électorale de 2012.
Il s’agit ici pour les 4 partis politiques présents à l’Assemblée nationale, d’adopter une proposition de loi à soumettre à l’Assemblée nationale après avoir fait par au président de la République. Pendant plusieurs mois, le secrétariat de la plateforme reçoit des suggestions sur les différentes modifications du code électoral. Tous les Camerounais qui le désirent, en dehors des partis politiques de la plateforme, étaient appelés à envoyer leurs propositions. A priori il ne s’agit donc pas d’une coalition en vue de désigner un candidat de l’opposition. Mais, c’était quand même des prémisses.
Les prémisses d’une coalition pour la présidentielle de 2025
Beaucoup d’observateurs avaient parié sur la pérennité de ce projet de plateforme, hélas ! c’est justement au cours de la publication du document final qu’on a observé quelques désistements. Le 24 novembre 2021, l’hôtel Hilton de Yaoundé avait été réquisitionné pour accueillir la conférence de presse sur la publication officielle de ce document final. Parmi les 7 leaders appartenant à la plateforme, certains avaient manqué à l’appel malgré l’interdiction de la conférence de presse par le sous-préfet de Yaoundé 1. Parmi les leaders absents, Cabral Libii a été longuement cité et critiqué.
Depuis ce rendez-vous manqué, on n’a plus parlé de cette plateforme. C’est après un échange de quelques minutes entre et Paul Biya et la présidente de l’UDC, lors de la présentation des vœux le 10 janvier 2025, que l’opinion s’est enflammée. Patricia Tomainou Ndam Njoya a, dans un communiqué du 14 janvier 2025, révélé la teneur de cet échange. Il était donc question de rappelé à Paul Biya qu’une proposition de loi relative à la modification du code électoral avait été soumise à son attention, pas plus que ça. À ce jour, aucune suite.