Pourquoi les violences sexuelles à l’égard des femmes suscitent-elles des polémiques ?

Les chiffres sur les violences en général et les violences sexuelles en particulier faites aux femmes sont révélateurs. Les Nations Unies se sont investies depuis 1999 dans une campagne sur ce thème très évocateur. Elles ont, par la voix de son ancien secrétaire général, mis l’accent sur la sensibilisation. La communication est donc l’option choisie par l’ONU pour faire stopper le fléau. Ban Ki-moon, mettant l’accent sur cette ère de communication new-look sonne le glas du silence : « Ne restez pas silencieux », dit-il. Et de continuer, « Lorsque vous êtes témoin de violence à l’égard de femme ou de fille, ne restez pas sans rien faire, agissez ».

Il devient donc évident que le monde, à travers les Nations-Unies, s’engage à lever les tabous. Cette annonce signifie justement que le phénomène est resté longtemps dans le silence absolu. En terminant son annonce par le terme « agissez », il lance un appel à la mobilisation, et, bien entendu, à l’action. Mais de quelle action s’agit-il ? Tenterez-vous de vous demander. Passer à l’action signifie à la fois, la dénonciation et la sensibilisation. A la lecture des publications qui pullulent sur le sujets, l’ONU a choisi de mettre l’accent sur la publication des statistiques sur le phénomène.

Statistiques sur les violences sexuelles et d'autres types de violences à l'égard des femmes. Infographie par www.stampaprint.fr

Notre souci à travers ces lignes n’est pas de faire des commentaires sur ces chiffres. Il ne peut s’agir ici que d’examiner avec modération les phénomènes observés. Les chiffres disponibles ont permis de restituer de l’ampleur du phénomène. Commençons donc par le concept lui-même : « les violences faites aux femmes », de quoi s’agit-il ? A quoi peut renvoyer ces deux concepts de « violences » et de « femmes » réunis ?

Les violences faites aux femmes : qu’est-ce que c’est ?

Chaque année, le monde entier consacre la journée du 25 novembre aux violences faites aux femmes. L’occasion est donc donnée à toutes les institutions de protection des droits des femmes de mettre au grand jour leurs déboires.

Il existe deux genres, le masculin et le féminin. Pourquoi cette fixation sur les femmes concernant la violence ? Les femmes sont-elles à subir des violences ? Évidemment, non ! Pourquoi l’ONU s’apitoie sur le sort des femmes en consacrant toute une journée sur « la violence à l’égard des femmes » ?

Cela sous-entend effectivement que parmi les deux genres, c’est la femme qui est considérée comme la plus faible. C’est donc un discours qui confirme, tout bonnement, ce que l’opinion populaire a souvent l’habitude de qualifier la femme de « sexe faible ». C’est un discours qui ne plait pas aux féministes. La raison la plus simple est le fait qu’il est détourner pour laisser croire à une incapacité des femmes à s’assumer.

Les statistiques confirment justement que ce sont les femmes qui subissent le plus de violences. Cela sous-entend également que ce sont les hommes qui sont les auteurs des violences. Ils sont donc ici considérés comme des bourreaux des femmes. Instinctivement, cela renvoie à une forme d’exercice de la domination dans une relation de pouvoir.

Dans les études des genres (Gender Studies), la disproportion dans une relation de pouvoir est une forme d’injustice. Cette relation est considérée comme déséquilibré par le fait même de la loi de la force physique. Évidemment, il serait prétentieux de jouer au malin pour ne pas reconnaître l’existence de cette forme de violence sur les femmes.

Quelques hypothèses de travail

Le fait de dire que les « femmes subissent des violences » signifie au moins trois hypothèses :

1- ce sont elles qui subissent le plus de violence par rapport aux hommes ;

2- elles sont physiquement faibles pour résister aux attaques des hommes ;

3- elles sont imbriquées, consciemment ou non, volontairement ou non, dans des relations alambiquées plus ou moins formelles où les rapports de force ne sont toujours pas en leur faveur.

Les deux premières hypothèses sont confirmées par les statistiques publiées chaque année. A ce niveau, le débat repose encore sur la suprématie des hommes sur les femmes. Ce qui est une évidence. Quant à la troisième hypothèse, c’est elle qui fait maintenant l’actualité. Les recherches en sciences sociales ont déjà démontré que le type de relation entre l’homme et la femme détermine, non seulement, l’existence ou non de l’exercice de la violence, mais également le type de violence qui peut en découler.

Pourquoi une analyse sur les violences sexuelles faites aux femmes ?

Une fois que nous nous mis d’accord sur les fondamentaux de ces concepts, il ne reste plus qu’à observer le phénomène lui-même.

De quelles violences s’agit-il ? Il s’agira alors ici de définir les types de violences. Ces types de violences dépendront, évidemment, des types de relations que les femmes ont avec leurs bourreaux. Toutes études en sciences sociales abordant cette question doivent être orientées dans ce sens : recherche du type de relation afin comprendre les raisons de la manifestation des violences qui peuvent en découler.

Pour une analyse sur les violences sexuelles ? Sans faire dans l’exhaustivité, observons ensemble, ces types de relations pour comprendre les manifestations de ces violences sexuelles.

La première relation primordiale que peuvent avoir une femme et un homme, c’est la relation de couple. Ce type de relation possède plusieurs ramifications : les relations de couple mariés, les relations couples polygamiques, les relations de couples célibataires, les relations de couples homosexuels, les relations de couples transsexuels. Les statistiques les plus préoccupantes révèlent que toutes ces relations de couple dites « relations de partenaires intimes » sont les plus touchées par les violences à l’égard des femmes.

Les relations de couple issues des mariages forcés

Dans le monde, plus de 750 millions de femmes et de filles qui vivent encore ont été mariées de force. Les mariages forcés sont le fait d’un homme qui souhaite épouser une femme qui ne l’aime pas ou encore qui ne souhaite pas aller en mariage. Le souci de la femme ici est d’aller en mariage quand elle veut avec l’homme qu’elle a choisi.

Peut-on, dans un contexte africain, demander l’avis de la femme ? Laissons tomber les considérations religieuses et traditionnelles, et contentons-nous de la législation dans les pays africains. Une loi de la famille faisant de l’homme le chef du ménage fait de lui le plus fort, par principe. Le rapport de force est ainsi établi. Même si certains pays africains comme la Côte d’Ivoire, ont déjà modernisé leur code de la famille pour changer cette donne, ce principe reste néanmoins dans les mœurs. Pourquoi ? Parce que malgré le fait que la loi stipule l’égalité des charges du ménage, l’opinion collective considère l’homme comme le principal fournisseur des devises pour la survie de la maisonnée.

Imaginons un peu un couple marié dont un seul partenaire possède un emploi rémunéré. Il sera difficile de concevoir le fait qu’une femme puisse prendre en charge un « homme au foyer ». Cela relèverait de l’extraordinaire voire du vaudou. En plus, certaines entreprises ont cette habitude de donner un supplément salarial aux employés hommes qui ont des « femmes aux foyer », c’est-à-dire, des femmes qui n’ont pas d’emploi. L’inverse serait-il possible ? Ce n’est même pas concevable et j’en doute d’ailleurs. Vous comprenez donc pourquoi ce terme « gigolo » convient bien aux hommes et non aux femmes.

Les violences sexuelles au cœur des relations de couple

On ne saurait concevoir ces types de relation de couple sans révéler la violence qui en est liée. La plus rependue est inévitablement, vous en doutez bien, la violence sexuelle. L’opinion collective en Afrique a encore cette fâcheuse conception de la soumission sexuelle de la femme. Autrement dit, tout refus de relation sexuelle avec son partenaire est perçu comme un manque de respect. A défaut de la soumission, l’homme utilise donc sa force physique pour contraindre sa partenaire à plier l’échine : les féministes parlent alors de « viol ». C’est justement là où l’on en est avec cette fameuse idée de « violences à l’égard des femmes ».

Ainsi, plus de 120 millions de femmes ont déjà eu affaire, au moins une fois dans leur vie, à un homme utilisant la force pour avoir un rapport sexuel avec elles. Pire encore, 30% de ces cas ont été violentées par leurs partenaires intimes. Et ce n’est pas fini, 55% des femmes qui meurent ont été tuées par leurs partenaires intimes. Ces chiffres publiés par plusieurs instituts sont effarants. Mais ça choque qui ? Moi certainement et vous peut-être. Malheureusement, pour certains, ça ne l’est pas du tout, car ils continuent de penser que c’est de leur droit de consommer le mariage ou d’être satisfait par leur partenaire.

Le contraire serait-il possible ? C’est-à-dire, est-il possible que la femme exerce une force sur son partenaire pour avoir une relation sexuelle avec lui ? Évidemment, c’est non. Ici, la force physique et la force de la persuasion interviennent pour dompter son vis-à-vis. Dans une relation où le rapport de force est déséquilibré, l’injustice fait son lit.

Le combat des féministes ici est un plaidoyer pour donner aux femmes, au niveau législatif par exemple, la possibilité d’équilibrer leurs forces avec celles de leurs partenaires. Ainsi, la force du droit mise à la disposition des femmes viendra équilibrer la force physique que possède déjà naturellement l’homme. Les violences sexuelles ne sont pas seulement le fait des relations de couple.

Les violences sexuelles liées aux mœurs

Les mutilations sexuelles

Le cas des mutilations sexuelles est généralement le plus décrié ces dernières décennies. Les statistiques révèlent que 200 millions de femmes qui sont en vie ont déjà subies une mutilation de leur sexe. Il faut préciser ici que ces statistiques ne sont disponibles que dans les 30 pays qui disposent de données représentatives sur la prévalence. C’est dire que ce chiffre est loin de refléter la réalité et l’ampleur du phénomène. Ici encore, la violence fait office d’effet de soumission. Il ne s’agit plus des violences physiques, mais d’une autre forme dites psychologique. Elles sont donc liées aux pressions sociales de respect de la tradition.

Quel que soit les raisons que l’on pourrait donner pour justifier ces pratiques, il n’en demeure pas moins vrai que l’avis des personnes mutilées n’a pas été requis au départ. Comme elles se trouvent dans une position de faiblesse, elles se voient obliger de céder aux caprices de la tradition. C’est donc à ce niveau qu’intervient la violence.

Le harcèlement sexuel

L’une des violences sexuelles qui continuent de faire la une des journaux dans le monde, c’est le harcèlement sexuel. Évidemment, cette pratique est considérée comme une violence parce qu’elle est généralement exercée dans un conteste de rapport de force. Les milieux comme le cadre professionnel et le cadre familial sont les terrains où ce type de violences excelle. Les harcèlements les plus insidieux sont souvent ceux qui se confondent à des compliments, voire de la drague.

C’est la raison pour laquelle les preuves de harcèlement sont difficiles à déceler. Sans oublier que le harcèlement peut également être un moyen de chantage utilisés par les femmes vicieuses. Que dire du cas des femmes qui se font désirer au point de susciter consciemment des envies et des désirs ? Ainsi, passer inaperçue sans attirer l’attention des hommes, peut être synonyme de malchance.

Comment donc faire la distinction avec ces types de comportements calculateurs et le harcèlement ? La réponse est toute simple : une drague ou un compliment est considéré comme harcèlement à partir du moment où ça devient une obsession. C’est par exemple le cas des cyber harcèlements (réseaux sociaux, SMS, courriers électroniques, etc.). Les statistiques révèlent d’ailleurs que ce cas touche les femmes de 15 à 30 ans.

La « promotion canapé »

La « promotion canapé » est un concept qui désigne toute forme de promotion professionnelle liée au sexe. Le sexe est un élément de réussite professionnelle. C’est une forme de harcèlement sexuel insidieuse qui a pour finalité l’accès à l’emploi et aux privilèges socio-professionnels. Le bourreau ici étant forcément un homme détenant les pouvoirs d’accès à ces privilèges. Ici, on a donc coutume de donner aux femmes les qualités extraordinaires de négociation.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle leur charme est toujours mis à contribution dans des relations de partenariats professionnels (signature de contrat, octroi d’un marché, etc.). Elles possèdent ce charme qui peut séduire les hommes et les amener à lâcher du lest. Ce type de relation peut-il être qualifiée de violente ? La réponse est évidente. Le sexe ici est utilisé comme critère à la place des compétences requises.

Cette pratique pousse alors les femmes à penser qu’elles réussir professionnellement sans avoir les compétences requises. Il faut préciser ici que toutes les femmes ne cèdent pas à ce chantage. Mais, les chiffres de celles qui ont ce courage d’abandonner une carrière de renom représente quelle valeur statistique ? Presque rien, dirait-on. C’est pourquoi l’opinion collective a souvent la maladresse conception selon laquelle toute réussite sociale, économique ou politique d’une femme est généralement le résultat d’une promotion canapé.

Les camaraderies et les errements de jeunesse

Ces types de violences sont principalement le fait des adolescents. Elles ont généralement lieu en milieu scolaire. Leur principale caractéristique, c’est l’embuscade tendue par les garçons aux filles maladroites. Ainsi, les toilettes et la broussaille (pour les collèges et lycées avec toilettes mal entretenues si elles existent) sont des lieux par excellence de la manifestation de ces violences sexuelles. Ces types de violences commencent toujours par un harcèlement et finissent donc par le viol dans les toilettes. Sous la menace d’une arme blanche, elles sont obligées de se plier aux injonctions de leurs bourreaux cagoulés.

Dans le monde, cette insécurité touche 246 millions de filles chaque année. C’est la raison pour laquelle beaucoup de filles hésitent toujours à utiliser les toilettes scolaires.

Le débat est-il pour autant clos ?

Les violences sexuelles sont les types de violences les plus rependues dans le monde. Dans tout type de violences sexuelles, les relations dont elles sont issues sont considérées comme des « relations de pouvoir ». En d’autres termes, aucune violences sexuelles ne peut être exercée dans un contexte où le pouvoir n’existe pas. Pour rééquilibrer les forces, il faut aussi donner aux femmes les moyens d’accès à ces pouvoirs. Les féministes prônent donc l’égalité des droits et des devoirs dans les milieux professionnels et familiaux. Par exemple, les termes comme « gigolo » ne conviendrait plus dans notre contexte où l’accès à l’emploi n’est plus l’apanage de l’homme.

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Yves Tchakounte
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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