Ville morte : les anglophones manifestent à Bamenda

La ville de Bamenda, capitale régionale du Nord-Ouest du Cameroun, traverse des moments assez tumultueux depuis quelques jours. Tout à commencé le 10 novembre 2016 lorsque les avocats exerçant dans les deux régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) ont annoncé une grève générale pour protester contre ce qu’ils ont appelé la « marginalisation du Cameroun anglophone » par l’Etat Camerounais depuis 1972. Que se passe-t-il à Bamenda ?

Selon des informations puisées à bonne source, la situation à Bamenda est entrain de passer hors de contrôle des canaux usuels de gestion de l’ordre public. Même le leader de l’opposition souvent écouté dans cette ville par toutes sortes de mécontents semble être débordé. Des groupes de manifestants non reliés formellement à une organisation connue et visiblement déterminés, tiendraient tête aux forces de l’ordre déployées depuis hier, et qui ont fait usage de leurs armes, tirant à balles réelles. Même le domicile du parti politique SDF a été assailli.

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La question anglophone : Les populations prises en tenaille entre des groupes de manifestants très déterminés et les forces de l’ordre très nerveuses.

Selon le 1er vice président national du SDF, le député Joshua Osih, il y aurait au moins eu 1 mort, blessé par balle hier (21 novembre 2016) qui a succombé à ses blessures aujourd’hui (22 novembre 2016) à l’hôpital de Mbingo. Selon la même source, la police aurait tiré sur la résidence du Président national du SDF, John Fru Ndi qui vit au quartier Ntarinkon, réputé être l’un des plus chauds de chef lieu de la région du Nord-ouest.

Ville morte et tendue

Cette information sur le domicile du Chairman du SDF comme éventuelle cible de la police vient en rajouter à la confusion qui entoure les événements des deux régions anglophones.

Partis au départ comme une revendication corporatiste des avocats anglophones exigeant la prise en compte urgente de leur spécificité juridique et linguistique dans l’administration de la justice et la production des lois et textes, bases de leur exercice professionnel, elle a commencé à déborder la semaine dernière avec la répression opposée aux avocats descendus pacifiquement dans la rue pour exprimer leur mécontentement à l’endroit des autorités qui semblaient jusque-là faire la sourde oreille. Elles estimaient que leur seul interlocuteur pour tout qui concerne la profession d’avocat est le barreau national, qui à sa tête un bâtonnier.

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Bamenda dégénère et s’embrase peu à peu. La question anglophone en cause. Crédit photo : Facebook

Les 4 associations des avocats anglophones, considérées par le pouvoir politique plutôt comme des organisations civiles – et non professionnelles – ont alors décidé de durcir leur mouvement en annonçant d’une part leur projet de création d’un barreau anglophone et d’autre part, en appelant les autres composantes de la communauté anglophone à les rejoindre dans la rue. En particulier les enseignants, parents, étudiants et élèves afin de sauver la spécificité culturelle et linguistique de cette partie du Cameroun.

Le CATTU, principal syndicat des enseignants anglophones du Cameroun ne s’est pas fait prier pour annoncer son engagement dans ce combat et appelé ses membres à observer dès ce lundi 21 novembre 2016 un arrêt des cours. Des groupes d’activistes anglophones, faisant désormais leurs les revendications de ces corps de métiers, multiplient les déclarations et annonces appelant au respect des accords de Foumban. Autrement dit, au retour du Cameroun à la forme fédérale de l’État garant du respect de la spécificité juridico-culturelle de l’ancien Cameroun occidental.

Depuis hier, alors que dans une déclaration, le leader du CATTU avait demandé à ses membres de rester chez eux ainsi que les élèves afin d’éviter toute provocation qui pourrait affecter leur sécurité, des manifestants mobilisés par un animateur radio local ont tenu une manifestation de rue, défilant sur les artères de Bamenda, la principale ville anglophone du Cameroun avec un cercueil.

Radicalisation des positions

En fin de journée, des échauffourées ont opposé les forces de l’ordre aux groupes isolés dans certains quartiers de Bamenda où la circulation avait été carrément bloqué. Depuis ce matin ce sont les principales artères de cette ville traditionnellement rebelle qui ont été prises d’assaut de part en part par les forces de l’ordre et les bandes de manifestants.

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La population dans la rue à Bamenda. Revendications sur les problèmes anglophone. Crédit photo : Facebook

Pendant ce temps, différents ministres des secteurs de la justice, de l’éducation décident enfin de discuter avec les leaders des organisations professionnelles de l’enseignement et de l’avocature. Ce que rejettent les leaders du mouvement de protestation anglophone qui disent vouloir discuter avec une seule autorité – le Premier ministre- et hors de Yaoundé, précisément dans les localités des régions anglophones.

A l’heure où est rapportée cette situation, des témoins en déplacement professionnel dans cette ville nous disent être cloîtrés dans les domiciles et les hôtels qui les accueillaient, incapables ni de sortir pour leurs travaux sur le terrain ni quitter cette ville pour se mettre en sécurité.

Alex Gustave Azebaze

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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