Pourquoi la sécurité des médias est-elle un enjeu au Cameroun à la veille de la présidentielle ?

Pourquoi la sécurité des médias est-elle si préoccupante aujourd’hui ? Pourquoi s’en préoccuper en ce moment où les Camerounais s’apprêtent à élire leur président de la République ? Les journalistes et les professionnels de l’information se sont retrouvés à Douala du 05 au 07 septembre 2018 pour échanger avec les officiers supérieurs de la police et de la gendarmerie. À la veille des échéances électorales, l’occasion était propice pour parler de l’accès à l’information.

Pourquoi la sécurité des médias est-elle si préoccupante ?

Au Cameroun, les contestations à la suite d’un scrutin controversé sont légions. Elles sont la suite logique d’un processus électoral non consensuel entre les autorités et le parti au pouvoir d’une part, et les leaders des partis politiques de l’opposition et ceux de la société civile d’autre part. Ainsi, les périodes électorales présentent des risques de troubles qui peuvent aboutir à des débordements. On penserait que ces situations sont le propre des tyrannies.

C’est dans pareil contexte que les médias jouent un rôle important. D’où la nécessité d’associer les forces de maintien de l’ordre (FMO) à son combat. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) y a donc pensé en organisant un séminaire à propos.

En période électorale, les médias sont les principaux canaux de manipulation des infos. Les médias ont donc leur partition à jouer dans la bonne marche du processus électoral à travers la formation et l’information du public. Ainsi, les nouvelles sur les campagnes des candidats, les infos sur tout ce qui a un lien avec l’élection sont mises à disposition.

À travers les activités des journalistes, on peut avoir une idée de la capacité d’un pays à gérer son système électoral en temps de crise. Les périodes électorales ont toujours été considérées comme « potentiellement dangereuses » et propices à l’insécurité. La moindre faille dans le rendu de l’info peut s’avérer fatale.

Ces périodes sont potentiellement risquées pour la simple raison que les acteurs en présence peuvent aller au-delà des combats idéologiques. La force des mots et des idées ne suffisent plus et cède la place à la force physique. Les médias classiques (presse, radio et télévision) et ce qu’on appelle « nouveaux médias » (site internet ou médias en ligne, blog), étant des supports et des véhicules pour la propagande des programmes et idées politiques des leaders candidats aux élections, deviennent des lieux à haut risque d’insécurité. C’est donc à ce niveau justement que les médias sont interpellés pour jouer leur rôle de neutralité dans le traitement de l’informations. Le PNUD a donc axé ses ateliers de formation sur six piliers.

Les hommes et les femmes de médias sont-ils exposés à l’insécurité ?

En fait, il ne s’agit pas de la sécurité des hommes et des femmes de médias en tant que telle. Il s’agit tout simplement de garantir les droits des citoyens à la bonne information. La bonne information est garantie par sa fiabilité et sa crédibilité. En temps de crise, cette garantie peut être menacée si la sécurité des journalistes n’est pas assurée. Cette sécurité passe par l’accès à la source et à leur protection. C’est ici qu’interviennent les Forces et Maintien de l’Ordre (FMO).

Les médias et les FMO sont des acteurs importants du processus électoral. On ne pourrait donc se limiter aux institutions chargées d’organiser les élections (Elecam et Conseil constitutionnel) et aux autorités publiques.

En temps de crise, les hommes et les femmes de médias courent le risque d’être interpellés et emprisonnés. Les risques que courent les médias de voir ses installations scellées ou tout simplement saccagées sont grands. Pire encore, le risque d’être blessés ou même tués lors de la couverture d’une des nombreuses manifestations publiques ou assassiné lâchement dans le cadre de l’exercice de leur métier sont suffisamment graves en période électorale. Les arrestations abusives, des règlements de compte, des intimidations, des menaces de mort, etc. sont le lot quotidien des professionnels de l’information.

 

Quelles sont les mesures que disposent les FMO pour la sécurité des médias en temps de crise ?

Le point d’achoppement de l’atelier de formation mettait en exergue des recommandations. Il était question de mettre à la disposition des hommes et femmes de médias des mesures sécuritaires prises par les FMO en leur faveur. Il ressort de cet échange que les FMO sont confrontées à deux difficultés majeures : faciliter l’accès aux sources d’une part et garantir la sécurité des journalistes d’autre part.

L’accès aux sources officielles est une nécessité en temps de crise pour garantir l’équilibre et l’équité. La société civile (organisations non gouvernementales-ONG) et les partis politiques, les acteurs les plus connus de la scène politique, représentent des maillons essentiels de la chaîne des propagandes politiques. Les médias, souvent friands d’informations à chaud (Scoop, Breaking News, etc.), deviennent la cible des acteurs qui recherchent de canaux faciles de diffusion. Les autorités, à leur tour, ont aussi besoin des médias pour la diffusion des informations sur la santé, l’éducation et la sécurité publique, par exemple. À ce titre, les FMO doivent faciliter l’accès à ces ressources.

Quant aux mesures prises pour la sécurité des hommes et des femmes de médias, ça va de soi. La diffusion des infos susceptibles de discréditer un des acteurs en confrontation lors d’une crise est un grand risque. Ce risque est souvent plus grand en tyrannie lorsque l’info à diffuser met en cause l’action de l’autorité ou du gouvernement. La police et la gendarmerie seront-elles alors disposées à protéger les hommes et les femmes de médias gage de respect du droit à l’information ? Situation complexe quand on sait tout de même que les FMO doivent respecter les ordres des autorités. La confusion qui règne entre l’Etat et le parti au pouvoir (RDPC) ne facilite pas le travail des FMO qui sont parfois accusés d’être au service du système et non de l’État.

L’une des mesures fortes révélées par les FMO pour assurer cette mission est d’« établir une plateforme permanente entre les deux parties ». Concrètement cela signifie que les deux acteurs doivent travailler en synergie. Cette recommandation témoigne de ce que les forces de maintien de l’ordre et les hommes et femmes de médias ont généralement des relations conflictuelles. Celles-ci peuvent être liées à la méfiance des uns et des autres. Cette confiance doit être rétablie pour que le droit à l’information selon les principes la la résolution S/RES/2222 des Nations-unis  sur la sécurité des journalistes et obligations des États soit définitivement un acquis.

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Yves Tchakounte
Camerounais, doctorant en sociologue, acteur associatif des droits de l'Homme, l'Humanitaire est ma principale activité. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion.

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