Religions, santé et superstitions

Quand ils s’agit de leur culture, les Occidentaux n’ont pas de doute sur quoi dire pour distinguer avec absolu critère ce que peuvent être guérisseur, rebouteux, sorcier, mais aussi charlatan, magnétiseur, devin, voyant, oracle, exorciste… Au fait, depuis l’auto-da-fe et les inquisitions médiévales personne ne fait plus d’amalgame entre les supposées forces du mal qu’on range derrière la sorcellerie, les bricoleurs que sont les divers experts de tours-de-passe-passe dont il existe même des spécialisations fascinantes comme les magiciens et les prestidigitateurs, ces derniers légalement déclarés comme experts en « trucages » pour égayer la galerie ou gagner de l’argent.

 

Depuis l’aube de nos ères, des Hommes savent manipuler la psychologie humaine dans le but d’offrir des bénéfices ou se prendre le jeu le temps d’une démonstration d’un cobaye par l’hypnose. C’est propre à toutes les cultures, celle Africaine n’en est pas la fille cadette.

10001413_10206228537652919_5418369792788725550_n

Cela ne veut pas dire que l’occultisme et les forces du mal ou les amateurs de manipulation de psyché qui se feignent médecins ou s’érigent en gourous spirituels (religieux) ont disparu du panorama « civilisé » occidental mais bien au contraire, leur recrudescence en marge des conventions parallèles que sont les religions d’État ou officielles trahit l’enracinement probablement irréparable de l’humain dans les croyances mystiques ou occultes.

L’Italie qui abrite le siège de l’église catholique est le pays qui a peut-être le plus de chaines de télévisions privées dérivant d’une libéralisation dont la politique s’est bien servie avec le prétexte de la privatisation salutaire pour distraire le peuple encore très lié à ses origines païennes quoi qu’on dise.

Sur plus de 1640 chaines privées, les programmes de voyance et de « guérison miraculeuse » sont les plus utilisés pour le remplissage des vides médiatiques et cela s’explique par le grand succès qu’ont les « charlatans » (C’est leur nom) auprès des crédules. Les revues écrites, programmes radio ou sites internet « spécialisés » ne sont pas en reste…

Ni le Vatican, ni ses prêtres n’en sont épargnés car on les retrouve souvent en train de consulter des tarauds, des diseurs de bonne aventure au moyen des cartes ou à s’improviser voyants comme c’est le cas avec le pèlerinage à Medjugorje en Bosnie-Herzégovine où les apparitions de Marie Mère du Christ toujours vierge même après avoir enfanté sont devenus business juteux pour voyants et visionnaires qui croient au miracle qui leur donne le pouvoir de soigner, à l’image des recueils spirituels des dévoués du Père Pio malgré les mises en gardes du pape lui-même.

En tout, 13 Millions d’italiens ont leur « marabout personnel », parmi les 155.000 opérateurs de l’occulte que le pays a officiellement recensés en 2013, 52% des adeptes sont Femmes, 43% Hommes et 5% mineurs pour des consultations qui vont de 50 à 900 euros pour un chiffre d’affaire de 8,5 milliards d’euros, somme qui manque dans les caisses du trésor public puisque tout se passe de façon souterraine (Dans le noir on dirait… Ah le Noir Hihihi… Tout ce qui est mauvais et clandestin)…

Le cas le plus éclatant c’est la Voyante « Vanna Marchi » qui, à l’aide d’un coiffeur Afro-Brésilien « Maestro Do Nascimento », avait « inventé » un vulgaire sel à dissoudre dans un vase qui ramènerait Amour, Santé, Travail et surtout Argent, choses très à la mode en ces temps de crise où les difficultés financières ont fait exploser le recours à l’ésotérisme. Inutile de dire ici que l’allusion à l’afro, à l’Afrique rend plus poignant le potentiel de « la Macumba », de la force mystique qu’on invoque… Pauvre Afrique responsable de la magie noire qui détruit, tandis que la magie (blanche par essence) épanouit…

La bonne dame croupit depuis quelques années en prison et ne jouira pas de son patrimoine digne de nababs d’Arabie bien que les intellectuels comme le Prof Sgarbi (Critique littéraire) aient pensé que ce sont plutôt les personnes qui y ont eu recours qu’on doit arrêter pour « disponibilité à se faire manipuler dans une République dont la constitution est basée sur le travail »…

Ce dernier aspect aide à bien comprendre qu’ici on se garde de faire l’amalgame entre spiritualités/religions/sacré/occultisme, opérateurs du sacré et manipulateurs de l’occulte.
Ce qui est ahurissant c’est que, les mêmes personnes, quand l’analyse concerne l’Afrique, pèchent par un brillant manque de sensibilité intellectuelle qui à lui tout seul suffirait pour qu’ils perdent à jamais toute crédibilité en leurs capacités cérébrales. C’est toute une culture qui regarde avec dédain les expressions du mystique Africain et nous as habitués à la confection des catégories universalisés dont les plus négatives sont d’office réservées aux régions non européennes…

Pire encore c’est à la « subtilité » de l’Africain qu’on a remis désormais la responsabilité de l’emploi des termes pour diaboliser tout ce qui, chez lui, n’est pas compréhensible à la paresse scientifique des nobles conventions européennes…

Un Prêtre menacera d’excommunier un fidèle chrétien Africain s’il lui révèle qu’il consulte des guérisseurs traditionnels et pareil pour un médecin conventionnel qui ne passera pas par quatre chemins pour cracher du mépris sur les médecines alternatives pré-coloniales ou tribales de base. On s’arrange sans aucune autre forme de procès à ne point les distinguer de l’occulte charlatan ou du malfaiteur par manipulation de la psyché ou encore de la crédulité populaire… Non, en Afrique tout est sorcellerie et c’est souvent l’Africain moderne qui se refuse ce distinguo tout comme la seule allégeance au christianisme et à l’islam suffisent pour mettre la matière grise en pause de clairvoyance quand on doit juger tout ce qui n’adhère pas aux conventions universalistes.

L’humain a pourtant dans la santé son tout premier métier, contrairement à l’idée qu’on nous a vendue selon laquelle « la prostitution est le plus vieux métier du monde »… Les nôtres (surtout nos sœurs qui trouvent dans la misère la justification de la « pimenterie » sexuelle comme métier d’émancipation) se le répètent à cœur joie probablement pour souligner leur défaite culturelle consommée par abâtardissement devant une culture qui nous a prostitués et qui sait si ce n’est là le vrai sens de la phrase assassine et irresponsable, tellement gênante qu’il faudrait bien qu’on s’en occupe un jour (et ce jour-là je promets ce sera très chaud)… Là n’est pas le débat… Continuons…

L’humain nait dans un environnement qu’il tente tout de suite d’occuper à son avantage et dont il s’arrange à profiter au mieux en se soignant pour l’interpréter, le réifier et s’y conformer à fond. Donc quand l’enfant nait, les cris qu’il pousse sont déjà pour sa part de la communication et pour ceux qui l’entourent un appel à lui administrer les soins pour s’harmoniser au milieu dans lequel il vient d’être brutalement précipité. L’enfant parle déjà de médecine à sa naissance et ceux qui lui répondent le font avec des soins médicaux : Un métier aussi vieux que l’homme et propre à toute culture et celui de sage-femme.
Alors, quand la médecine moderne apparait en Perse avec Averroès chaque peuple dans son environnement se soignait déjà à sa façon pour jouir le plus possible de la vie en accord avec son cadre naturel. Les Africains étaient capables de médecine avant que celle-ci ne devienne celle que nous connaissons sous sa forme actuelle conventionnelle. Il est d’ailleurs de notoriété de tout médecin que quand une maladie apparait, elle le fait toujours dans le milieu où le remède pour l’endiguer est proche.

Ceux qui vivent en Italie ont eu droit ce week-end à deux jours d’émission spéciale sur la conservation de la forêt vierge qui unit Cameroun, Centrafrique et Congo, deuxième poumon de la planète après l’Amazonie. C’est sur le territoire qu’on appelle aujourd’hui Cameroun que l’être humain est passé de chasseur à agriculteur avec la sédentarisation…

Les Baaka (Je n’aime pas le terme « pygmée »), population de la forêt, ont fait montre de l’expertise millénaire qu’ils ont de la brousse et de ses infinies possibilités pharmaceutiques. Ceux qui voulaient faire les malins ont compris qu’ils en sont les seuls maitres car, au besoin, ils savent démontrer que les mêmes remèdes peuvent se transformer aussi en poison. Ils en ont un respect religieux et le Cameroun à lui tout seul compte au moins 30% des plantes dont se sert la médecine moderne pour soigner l’humain…

Mentionnons au passage que ce sont les migrations qui ont favorisé la diffusion et la résistance de la plupart des maladies parce que l’Homme en se déplaçant (c’est le cas tout récent du SIDA dont le virus HIV adopte la forme qu’il veut suivant le lieu d’arrivée il parait… Nous y reviendrons) a déplacé ses maladies en laissant dans son lieu de naissance les capacités de les résoudre et quand il déplaçait ses remèdes ceux-ci ne s’adaptaient pas toujours à l’environnement d’arrivée…

Ceci est d’autant plus remarquable que l’ayant compris tout de suite, la cruauté européenne s’en est servie pour décimer là où il n’était plus suffisant d’asservir. Où l’épée, le fusil et la bible n’arrivaient pas, la biologie faisait le travail. Les maladies européennes ont été délibérément inoculées aux Autochtones d’Océanie, d’Amérique et D’Afrique pour accomplir le projet d’extermination. Ce plan diabolique a surtout donné ses fruits malheureux en Australie où des tribus ont été conduites à l’extinction pour faire place aux hors-la-loi européens qu’on libérait des prisons en leur imposant l’exil définitif où encore aujourd’hui on s’étonne du système violent qui y prévaut.

Ceux qui ont le plus payé le prix de cette communication d’amalgame qui fait du dénigrement des systèmes locaux un programme civilisateur sont les Africains… En Italie, l’archevêque Milingo, aujourd’hui excommunié de l’église catholique, a commencé à passer de sales quart d’heures parce que accusé d’avoir transporté depuis sa Zambie natale la musique (Tambour et Hip-Hop) dans l’église Sacrée Sainte et Romaine. Pourtant la méthode de rapprochement des fidèles par l’allégresse (musique et danse en occurrence) typique des sociétés Africaines et Noires a porté de fruits indéniables aux églises d’essence chrétienne…

Le pauvre Milingo, prêtre exorciste, a par la suite été accusé de pratiquer de la sorcellerie bien que s’étant défendu disant : « j’ai mes méthodes qui proviennent d’Afrique avec lesquelles je soigne l’âme et des fidèles et quand on soigne un Homme, notre seigneur est content… ». Il avait raison mais était coupable d’exporter la sorcellerie africaine. Il finira par laisser l’église pour se marier en 2001 à 70 ans à la Coréenne Maria Sung avant d’être réadmis par le Pape Jean Paul II contre son divorce, surtout que les femmes de son diocèse italien le réclamaient et sait-on pourquoi ?

À la fin, malgré l’insistance des gentilles dames, les consultations jamais éclaircies de Milingo qu’elles semblaient apprécier non sans malice lui ont apporté d’autres déboires. Il était aussi coupable d’avoir dit ouvertement son opposition aux actuelles normes du code de droit canonique qui imposent le célibat aux prêtres catholiques de rite latin en fondant l’Association « Married Priests Now ». Le choix par la suite d’ordonner des évêques sans mandat pontifical a couté à l’archevêque l’excommunication définitive en 2006.

L’autre victime excellente de la déraison eurocentrée, qui pousse à la dérision au lieu de l’intégration, c’est l’ex ministre italienne d’origine congolaise Cécile Kyenge qui non seulement a dû subir d’être d’écrite comme babouin pas à sa place dans la civilisation d’un pays qui ne sera jamais le sien, a fini par être étiquetée comme « Fille de sorcier polygame » puisque son père est encore guérisseur traditionnel au Congo, tandis qu’elle, médecin conventionnel en Italie lui reconnait sa science et n’est pas en conflit avec.

————> (Vidéo des sorciers Blancs… SORCIERS??!?!??!!?)

Comment expliquer qu’on reconnaisse le sacré tribal et le confonde à la sorcellerie ?
Dans lequel de vos villages on se lève pour le bien de tous et déclare: « au nom du principe fondant de notre village protégeons le Mami Wata sur lequel Nous sommes assis et auquel nous reconduisons tous notre identité ? ». Quel est le sacré villageois qui ne fait pas la distinction entre prête et sorcier, magnîsii et N’dam! ?

Dans votre sacralité fondante les mots charlatan/vampire/sorcier/médium/guérisseur/voyant/savant/mangeur d’hommes/fées/devins/protecteur/initié/magiste/opérateur agréé du sacré ont-ils la même signification ou mieux « appréciation » ?

Pour le loyaliste universaliste eurocentré ou fondamentaliste chrétien, tout ça c’est la même chose et leur dénominateur commun c’est le mal, puisque ce qui n’est pas chrétiennement régi est maléfique… Ah quelle maladresse intellectuelle, le manque d’humilité et de recul pour se remettre en question et analyser l’Humain dans sa globalité!
Puis quand on veut, on se rachète, on admet que ce que les autres, par mépris, qualifient de « tradition » fait partie sans doute d’un système qu’il est juste de définir comme religion. Mais, on l’accompagne d’un sourire narquois comme pour dire « religions mais religions du mal puisque pas chrétien ! ».

Avec ça on prétend parler de foi ? Quelle mauvaise foi !
Les Hommes ne se détournent pas de leur sacré tant qu’il fonctionne. Et n’en déplaise aux illuminés d’ailleurs, comme l’Afrique l’a fait on leur fera le plaisir d’accepter leur vision, on leur donnera même du terrain pour leurs temples mais conservera jalousement ce qui nous identifie car ce qui fonctionne ne se jette pas : Il ne revient pas au chat d’établir la carte d’identité spirituelle du chien !

Le cartésianisme qui s’est arrogé le droit de définir le destin du Monde en détruisant avec la « rationalité », la complexité avec comme l’entendent les civilisations Africaines n’offre pas de solution durable et l’humanité aura tout au plus encore 5000 ans devant elle quoiqu’elle invente quel que soit sa croyance.

C’est Intéressant au final de voir comment la « complexité » offre la simplicité autant dans le spirituel que dans la philosophie ou la matière comme solution fiable parce que durable… Du Prof Nsame Bongo qui a fait des études sur les rituels de guérison chez les Duala, j’ai résumé bien ceci en l’assimilant au reste de l’Afrique… Pendant que les européens s’entêtent avec leur pharmacopée faite de comprimés, injections et psychologie invasive, les Africains eux avaient déjà compris que les maladies se manifestent chez un individu pour régler un malaise qui agit dans la société et mérite des rites qui vont l’exorciser et l’évincer. Ce sont deux approches différentes qui, si on les faisait communiquer avec un code, éviteraient la chasse aux sorcières, véritable terrain fertile pour les incompréhensions qui, encore, fait perdurer la considération du salut médical ou spirituel comme personnel, chose absolument incongrue pour une civilisation qui se veut universelle, alors que la santé dans sa totalité (Physique, Mentale, Spirituelle) est un bien pour la collectivité.

La différence avec les spiritualités Africaines est qu’elles sont polies et accueillantes!

BONNE SEMAINE… SORCIERS!

© Mougoué Mathias LiønKïng

The following two tabs change content below.
Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

Une réflexion au sujet de « Religions, santé et superstitions »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *