« Prix Bibi Ngota 2014 » du journalisme contre l’impunité en Afrique

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Pour sa troisième édition, l’association « Tribunal Article 53 » lance le concours du meilleur article de presse qui s’est illustré contre l’impunité en Afrique. L’innovation de cette année augure une montée en puissance dans les années à venir avec la participation du Ministère Allemand des Affaires Etrangères. Initiative purement camerounais, le « Prix Bibi Ngota » du journalisme naît dans un contexte où la liberté de la presse est vécue comme une épée de Damoclès sur la tête des journalistes et blogueurs. Un pays qui a un déficit dans un domaine où l’écriture constitue le produit commercial destiné à la connaissance et à l’information du peuple.

Le choix de la dénomination de ce prix dès le lancement de la première édition a fait l’objet de beaucoup de critique à l’endroit de son principal initiateur en la personne de Patrice Naganang, écrivain et enseignant à l’Université de New-York. Certains journalistes avaient estimé que Bibi Ngota, du nom du journaliste qui est mort en prison suite à une arrestation musclée pour avoir diffusé une information qui incriminait le secrétaire général de la présidence à l’époque, Laurent Esso, dans son journal dont il était le Directeur de Publication (DP). Une détention qui avait été jugée d’arbitraire par certains journalistes et analystes qui estimaient toutes les procédures judiciaires n’avaient été respectées en la matière. D’autres, par contre, estimaient que Bibi Ngota n’était qu’un pseudo journaliste qui faisait dans la mendicité. La spécialité de Bibi Ngota, arguaient-ils, était le chantage. Il s’impliquait dans les affaires où les pontes du régime et du parti au pouvoir étaient incriminés pour se faire beaucoup de sous car l’article en question n’était pas rédigé en respectant les canons du métier. C’est fort de cette embrouillamini dans le milieu de la presse au Cameroun et de ce débat récurrent sur la liberté d’expression qui est considérée comme le cache sexe de la tyrannie de Yaoundé que l’écrivain décide de créer un prix au nom du journaliste décédé en prison faute de soins médicaux. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont et la troisième édition vient donc d’être lancée pour le bonheur des journalistes Camerounais et Africain en général.

Qu’à cela ne tienne, il faut tout de même se réjouir du fait que ce prix vienne enrichir l’environnement de la presse Africaine meurtrie par le poids des politiques qui, de manière cynique et invisible, mènent la vie dure aux journalistes en plein exercice de leur métier. Il y a donc longtemps que les journalistes sont considérés comme des veilleurs et gardiens d’opinion, des formateurs d’esprit libre considéré comme un élément fédérateur d’une libération du Continent du joug de la servitude. L’épée de Damoclès dont il est question ici est cette récurrence et cette volonté malsaine de marteler par des coups de sanctions pécuniaires, privative de liberté, suspension provisoire ou non des organes incriminés, etc. Une sorte de tendance à une liberté sous condition, comme pour dire que : « Vous pouvez dire tout ce que vous voulez, mais sachez que la loi c’est nous, pas vous… » ; Comme ces chaînes de radios et télévisions créées à tout vent et qui sont incapables de respecter toutes les conditions financières exigées pour l’autorisation de fonctionnement et d’ouverture et que l’Etat laisse fonctionner sous le régime de « Tolérance administrative » ; Comme cette subvention de catéchiste appelée « Aide à la presse » prenant les journalistes comme des mendiants de la soupe du soir. Les prix qui valorisent les travailleurs, les ouvriers de l’écriture dans un environnement hostile où on pense plus au fouet, à la chicotte, au bâton qu’à la récompense. Ne faut-il pas se réjouir de ce prix nonobstant les quolibets débités de part et d’autres pour donner à ce prix un caractère non moins de sectarisme ? Est-ce la personne de Patrice Nganang qui fait problème ou le choix de Partice Nganang lui-même pour le feu Bibi Ngota considéré comme pseudo journaliste ? Les questions restent posées compte tenu de l’ampleur de la situation où trois journalistes à savoir Rodrigue Tongué, Félix Cyriaque Ebolé Bola respectivement des quotidiens Le Messager et Mutations, Baba Wamé, enseignant de journalisme à l’université de Yaoundé 1 se présenteront dès ce jour au tribunal pour détention d’informations susceptibles d’atteinte à la sécurité de l’Etat. En tous les cas, contentons-nous de célébrer ce prix et plus particulièrement du thème de l’impunité.

Et Bonaventure Tchucham, un camerounais de la diaspora, dans un forum de se réjouir lui aussi du « choix du thème de l’impunité, couplée à la promotion du courage et de l’excellence journalistiques » qui, pour lui « semble un choix des plus judicieux si l’on tient compte de ce que l’impunité est la principale circonstance aggravante, si ce n’est même la cause, des dysfonctionnements les plus scandaleux dans notre pays et ailleurs en Afrique, et aussi du fait que la crispation de nos satrapies tropicales face à la contestation maintient des réflexes ataviques de répression sauvage de la libre pensée et du journalisme indépendant, ce qui exigent de ceux qui osent braver ces régimes, qu’ils aient des c… bien accrochées! Nos pays ont certainement besoin de journalistes qui entendent bien le sens de leur profession et assument leur rôle de chiens de veilleurs et de « braqueurs de la lumière sur les cancrelats », de quatrième pouvoir; en particulier dans des pays où l’autocratie a ruiné toute l’économie de la séparation républicaine des pouvoirs: il ne reste dans ce cas, en réalité, plus que deux pouvoir, celui de « l’empereur présidentiel » (dixit Owona Nguini), et celui du journalisme courageux qui excelle dans le braquage de la lumière! ». Oui, pourquoi ne pas récompenser ces ouvriers qui bossent dans un tel environnement où un mot, un phrase « mal placée » pourrait entraîner à la mort comme Bibi Ngota ?

In fine, on ne peut que se réjouir sur la survie de ce prix malgré les couacs et en même temps regretté de la méfiance de certains à mettre la main dans la poche et laisser le ministère Allemand des Affaires Etrangères venir nous montrer ce que nous-même nous pouvons faire pour le bonheur de la presse : « Nos gros bourgeois donneraient un sens à leur fortune en finançant comme mécènes de tels prix, au lieu d’offrir des édifices et autres institutions universitaires à un État délinquant et déliquescent! Si nos riches hommes d’affaire ont été approchés et ont refusé de financer une initiative aussi louable, que la honte les couvre, et que donc tout le bénéfice en vienne aux larrons qui savent profiter des vides historiques » (Bonaventure Tchucham).

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Charles Ngah Nforgang, Christian Locka du Cameroun et Dialtabé Diop de Mauritanie pour l’édition de 2012

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Anne Matho et Christelle Kouetcha du Cameroun, et Dialtabé Diop de Mauritanie pour l’édition de 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


COMMUNIQUE MEDIAS

Le Tribunal Article 53 a l’honneur de vous annoncer le lancement du prix Bibi Ngota 2014 du Journalisme contre l’Impunité en Afrique. Le prix, à dimension panafricaine et bilingue (français et anglais), couronnera une pièce journalistique faite pour la presse, la radio, la télévision ou le net sur un pays africain par un journaliste basé en Afrique, et publiée entre le 12 novembre 2013 et le 12 novembre 2014. La pièce doit avoir pour thème l’impunité dans ses aspects juridique, militaire, politique, économique, environnemental, sociétal, des genres et autres.

Le lauréat du premier prix recevra 1 million de Fcfa

Le lauréat deuxième prix recevra : 300,000 Fcfa

La mention spéciale du jury s’élèvera à 200,000 Fcfa

 

 

Les articles seront soumis à : bibingota@…, ou : nganang@…

Le dernier délai des soumissions est fixé au 12 novembre 2014.

 

Les membres du jury pour l’édition de 2014 sont : Jean-Bruno Tagne (Le Jour, Cameroun); Cyriaque Ebole Bola (Mutations, Cameroun); Agnès Taile (Le Septentrion, USA/Cameroun) ; Dibussi Tande (bloggeur pour Scribbles from the Den, USA) ; Simon Inou (ancien à Le Messager,Autriche) ; Herbert Boh (journaliste, USA).

Le prix dorénavant biannuel, qui célèbre le travail journalistique d’excellence et de courage, est institué en la mémoire du journaliste Bibi Ngota mort en incarcération en 2010. Les précédents lauréats sont : Charles Ngah Nforgang, Christian Locka du Cameroun et Dialtabé Diop de Mauritanie pour l’édition de 2012 ; Anne Matho et Christelle Kouetcha du Cameroun, et Dialtabé Diop de Mauritanie pour l’édition de 2013. Les participants aux deux précédentes éditions étaient originaires du Cameroun, de la RDC, du Togo, du Tchad, du Sénégal, de Mauritanie, du Bénin.

L’édition 2014 du prix Bibi Ngota est financée par le Ministère allemand des relations extérieures, et la remise des prix aura lieu le 8 décembre à Douala, sous le haut patronage de l’ambassadeur d’Allemagne au Cameroun.

www.tribunalarticle53.com
Secrétaire du

prix Bibi Ngota

Patrice Nganang, écrivain

(USA)

nganang@…
Coordinateur national

du Tribunal Article 53

Gérard Kuissu Mephou

(Cameroun)

kuissugerard@…

Tel : 77633799

Pour les détails sur Bibi Ngota et les conditions de sa mort, klicker ici :

http://cjfe.org/resources/features/cjfe-remembers-bibi-ngota

 

Tchakounté Kemayou

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Yves Tchakounte
Camerounais, doctorant en sociologue, acteur associatif des droits de l'Homme, l'Humanitaire est ma principale activité. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion.

2 réflexions au sujet de « « Prix Bibi Ngota 2014 » du journalisme contre l’impunité en Afrique »

  1. Dommage qu’il faille que le candidat soit absolumment en Afrique. Nous pouvons vivre ailleurs et tout autant représenter parfaitement bien le continent. Quoi qu’il en soit c’est une très belle initiative. Noble et novatrice. Alors bonne continuation!

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