Pourquoi Goodluck Jonathan se moque-t-il de Paul Biya ?

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La Session Extraordinaire de la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernements du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Afrique Centrale consacrée à la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram s’est achevée hier (lundi 16 février 2015) à Yaoundé. Au total, six présidents de la république des Etas de l’Afrique centrale étaient-là : Biya du Cameroun, Bongo du Gabon, Sassou Nguésso du Congo, Deby du Tchad, Samba Panza de la Centrafrique, et Obiang Nguéma de la Guinée Équatoriale. Ils ont tous fait le déplacement de Yaoundé sauf Goodluck Jonathan du Nigéria qui est le pays concerné au premier chef par cette guerre infernale contre la secte islamique. Comment peut-on analyser ou interpréter cette absence ?

Une déclaration de « guerre totale » sans objet

Depuis mai 2014 que la guerre a été déclarée à Paris par le président Biya, celui-ci semble perdre toute la légitimité du contrôle de cette guerre contre Boko Haram. Comment comprendre que les chefs d’Etat des pays comme le Tchad, le Bénin et plus récemment encore le Niger décident d’abord de consulter leurs députés avant de mobiliser leur troupe pour la guerre et pas Biya ? Celui-ci n’a donc pas trouvé nécessaire d’inscrire la légalité de la guerre par un vote a l’Assemblée nationale et au Senat sur l’envoi de soldats et le budget de guerre.Il serait convenu de l’avouer : cette méthode de fonctionnement et de direction du pays ne rassure pas tous ceux qui voudront prendre au sérieux le président Biya. Une déclaration de guerre qui vient en direct de l’Elysée, loin de sa terre patrie, est un signe, il ne fait aucun doute, que le peuple camerounais n’a rien à y voir et par conséquent, ça ne le regarde pas.

Une guerre dont le BIR est le principal acteur et non l’armée camerounaise

Il n’y a qu’à voir les images du front provenant de nos télévisions : seul le BIR (Bataillon d’Intervention Rapide), perçu par l’opinion nationale comme une milice du président de la république, est considéré à tort comme l’armée au détriment des autres éléments du corps de l’armée proprement dits. Même les chaînes internationales comme RFI, TF1 et autres se retrouvent en train de faire des reportages pour démontrer le professionnalisme des éléments du BIR, question de propagande médiatique, dirait-on. Cette propagande exhibitionniste des médias nationaux et internationaux sur les prouesses du BIR participe-t-il à une stratégie efficace de guerre ? Une réponse négative pourrait donc laisser Jonathan sceptique sur la sincérité de Biya.

Biya ne souhaite pas que Yaoundé soit dans un état de guerre

Le mutisme du président Biya depuis sa « guerre totale » contre Boko Haram ne finit pas d’étonner l’opinion quant à sa volonté de s’y impliquer à fond. Le fait qu’il ne se soit jamais présenté à l’aéroport de Yaoundé pour accueillir les soldats camerounais de plus en plus nombreux mourant au front est peut-être excusable, mais de là à ne jamais allé au Mess des Officiers à Yaoundé s’incliner devant le cercueil de ces soldats-là est tout de même scandaleux pour ne pas dire affreux. Je ne saurai personnellement jeter l’opprobre sur des soldats supposés aller défendre notre territoire malgré ce qu’on peut leur reprocher. C’est Biya qui est à craindre. Que dire alors sur le fait que le président Biya, ni même son ministre délégué à la défense qui n’ont jamais posé leurs pieds au front des opérations dans le Nord du pays ? Que dire des soldats camerounais blessés couchés à l’hôpital militaire à Yaoundé qui ont reçu le président Idriss Deby hier alors que le président Biya, dont le palais se trouve à quelque mètre de là, n’a même pas daigné aller leur serré la main ? Comme pour boucler la boucle, la communication de guerre qui est généralement l’affaire de l’état-major de l’armée et de son chef, est confiée ici au gouvernement, donc, à la propagande. Evidemment, c’est le chef de la propagande gouvernementale Issa Tchiroma qui s’en sort « majestueusement ». Il est donc convenu, de tout cela, que le président Biya ne souhaite pas ameuter la république pour faire croire qu’elle est en guerre. Ça attirerait l’attention du peuple sur lui car la propagande sur le concept de « président grâce à qui le Cameroun est en paix » pourrait battre de l’aile et son bilan d’homme de paix serait ainsi détruit.« Biya ne veut pas mobiliser le peuple, parce qu’il gagne plus en trafiquant avec les otages occidentaux, en censurant la presse qui ainsi est livrée totalement à sa propagande, et en montant sa milice tribale au front pour tirer les lauriers et le länder encore plus haut. La guerre telle qu’elle se passe, sans une mobilisation populaire, est une affaire juteuse pour lui. C’est ce qu’il se dit jusqu’ici ».

L’absence d’une émotion collective contre Boko Haram

Le 7 février dernier, en guise de soutien aux forces armées camerounaise et tchadienne au front dans l’Extrême-Nord contre BokoHaram, Awa Fonka Augustine, gouverneur de la région de l’Ouest, ancien gouverneur de l’extrême-nord s’adresse à la foule, en treillis. Mais de quelle foule s’agit-il ? Il est déshonorant, et même pathétique de constater comment un gouverneur de région, haut commis de l’Etat qui est l’un des bourreaux qui ont empêché l’émergence de la société civile force maintenant les écoliers, les élèves, les collégiens, les lycéens pour une marche de soutien à l’armée camerounaise pour la lutte contre BokoHaram. « Les gouverneurs qui, avec les préfets et sous-préfets, se sont toujours définis comme les soldats du renouveau, interdisant, saquant, détruisant tout ce qui est associatif, veulent soudain que les Camerounais sortent de chez eux pour marcher pour une cause nationale. Ils découvrent ahuris que quand on coupe et sarcle, il n’y a plus d’herbes, qu’a côté des associations des handicapés, des sportifs, des je ne sais trop quoi, il n’y a dans ce pays que des associations tribales – les tontines. Les soi-disant associations de la société civile sont si attaquées dans leur travail qu’elles ne peuvent pas faire le travail de base qui est nécessaire a leur survie: le recrutement des gens, bref, l’investissement humain. Et le gouverneur de l’Ouest, et les marcheurs de Yaoundé, de Douala, et le Mindef (Ministère de la défense), de retomber sur ce qui reste, la seule chose qui reste encore dans ce pays ou les Camerounais se réunissent au-dessus de la tribu : les écoles, les lycées. Encore heureux qu’il ne soit pas allé dans les églises de réveil, car elles sont le deuxième lieu ou les Camerounais se rencontrent par-delà la tribu. A cote des bars, bien évidemment, et des stades de football. On revient donc sur le sport. Seulement, les Lions ont été éliminés de la CAN ».

L’impuissance camerounaise et la réaction de la communauté internationale

Ici, nous nous retrouvons devant le même scénario classique du Mali d’une part et celui de la Côte d’Ivoire d’autre part. Comme au Mali parce que l’entrée des troupes Tchadienne à Kousseri a été saluée et ovationnée par la population camerounaise qui les attendais à la frontière des deux pays. C’est ce même scénario que les maliens ont vécu lorsque les troupes français sont arrivées. Comme en Côte-d’Ivoire, parce que le conseil de sécurité de l’Union Africaine s’y est mêlé et la décision de solliciter l’ONU pour l’envoie de 8.700 soldats a été prise à l’unanimité, c’est-à-dire près de la moitié de toute l’armée camerounaise, près du double du nombre du BIR qui n’a que 5.000 hommes. Le Nigeria et le Tchad devraient apporter chacun entre 3.200 et 3.500 hommes, tandis le Cameroun et le Niger y mettront 750 soldats chacun. La contribution du Bénin est de 700 soldats.La France va payer le carburant, mais veut un mandat de l’ONU. Eh oui, le scenario classique, comme en Côte-d’Ivoire, commence donc. Le Cameroun aura droit à sa résolution No XXX du Conseil de sécurité.

De tout ce qui précède, eh bien, le président nigérian se moque pas mal, non seulement des présidents francophones de l’Afrique centrale, mais plus particulièrement de Biya. Il sait que Biya n’est pas dans une logique de guerre et que la décision ne vient pas de Yaoundé sur les stratégies à mettre en place. Il sait que tous ces gars-là, les présidents des pays de l’Afrique centrale n’ont qu’un seul chef : François Hollande.Il sait aussi que cette session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernements du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Afrique Centrale consacrée à la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram est un théâtre tout monté, tout fait. D’ailleurs, comment expliquer que la première dame du Cameroun, pour une photo de famille, se soit retrouvée au milieu des chef d’État d’autres pays qui ont mieux fait de laisser leur épouse au palais ? Comment ne pas donner raison à Goodluck Jonathan qui a plutôt sollicité l’aide des Etats-Unis qui ont aussitôt refusé ? Pour Goodluck, il est complètement certains que le problème de Boko Haram n’est pas du ressort des seuls Africains. Il semble donc que c’est l’efficacité de son armée face à cette nébuleuse qui lui donne cette certitude. La solution de la guerre contre Boko Haramn’est-elle pas entre les mains des occidents qui ne trouvent pas encore d’intérêt à agir ? L’avenir nous en dira plus.

Wait ans see !

Tchakounté Kemayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

Une réflexion au sujet de « Pourquoi Goodluck Jonathan se moque-t-il de Paul Biya ? »

  1. Sur ce point, je pense que Goodluck n’est pas très différent de Biya. Si le deuxième ne respecte pas son armée et les soldats qui meurent au front chaque jour, on ne doit pas oublier que le premier a abandonné sa population à la merci des islamistes depuis très, très longtemps. Ils se ressemblent beacoup, ces deux-là.

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