Portrait-robot des camerounais qui écument les réseaux sociaux (2)

Pour la suite de l’affaire, j’aborde ici le cas des internautes qui n’ont rien à foutre avec la rationalité. Pour ceux-ci c’est le défoulement qui les intéresse. Ne pensez surtout pas qu’ils ne sont pas au faîte de l’actualité. Dans cette catégorie, il est quand même fort probable de trouver ceux qui ignorent ce qui se passe au pays, mais ils ne sont pas pour autant naïfs. Bons blagueurs, malheur à vous, ne les prenez surtout pas pour les enfants du Bon Dieu !1926.jpg22222Les querelleurs et querelleuses

Ils ne s’intéressent qu’à des sujets à polémique, là où il y a le kongossa, le commérage et les « on a dit que… c’est tel qui a arraché la femme de tel » ou encore « … c’est tel qui a détourné l’argent des  membres du forum qui ont cotisé pour venir en aide à tel ». Ce sont des Camerounais adeptes de la bagarre. En langage populaire, on les appelle « ceux qui aiment la tcham ». Oui, il faut le savoir, même sur la Toile, on peut bagarrer, et les Camerounais le font si bien, détrompez-vous. Une étude de ces personnalités dévoilerait sûrement des affaires personnelles de dessous de table, et surtout des règlements de comptes à boucler, ou simplement une envie de se défouler. Mais, détrompez-vous encore, ce sont des personnes à visage découvert pour la plupart. Ils n’ont pas de pseudonyme, ni de photo « photoshoppée ». Ils sont prêts à « régler votre compte » si vous piétinez leur queue. La meilleure façon de les provoquer c’est de leur faire la morale. La particularité de cette catégorie est qu’elle est plus écumée par la gent féminine : les provocatrices. Elles ont déjà jeté leur honneur et leur dignité à la poubelle. Leur secret ? Elles vont fouiner votre profil et malheur à vous si vous avez un défaut sur votre physionomie. C’est le jour là que vous saurez pourquoi la force de la femme c’est dans sa bouche, pardon, dans son clavier. Vous insultez leur famille, elles insultent la vôtre. Full stop.

Les amoureux et les dragueurs

Ils ne sont là qu’à se préoccuper des sujets qui ont trait à l’amour : comment aimer, comment dompter son mari au lit, comment réussir à séduire efficacement une belle femme dans la rue, comment faire durer une relation amoureuse. Tout y passe, sans oublier des histoires de jalousie amoureuse. Si l’on se penche sur l’étude de personnalité de ces internautes, on ne sera pas surpris qu’ils soient, pour beaucoup, à la recherche d’un partenaire, pour ceux qui n’en ont pas, ou encore ils vivent une sorte de peur et d’angoisse de perdre leur partenaire pour ceux qui en ont déjà sans oublier ceux qui doutent et ne considèrent pas leur partenaire comme leur âme sœur.

Dans cette catégorie, on découvre aussi des dragueurs. Ceux qui ne sont là qu’à lancer les graines de maïs aux poules perdues dans la nature. Le lancement des graines se manifeste par la méthode qui consiste à sortir des débats en envoyant de belles petites paroles ou alors en attaquant frontalement leurs cibles par des méchancetés. Celles qui se hasarderaient à les picorer tomberont dans les griffes de ces éperviers. Évidemment, les dragueurs ne sont pas tous, les enfants de chœur. Les déceptions ici sont même plus légion. Parfois la tcham quitte le forum et s’installent dans la messagerie privée des deux protagonistes : c’est la drague in box. Ne vous détrompez pas, ce n’est pas la tcham qui continue là-bas, c’est l’appel au calme prôné par le lanceur de maïs et qui pourra se terminer là où vous imaginez. C’est pour ça que l’adage selon lequel « l’amour commence toujours par la haine » n’est pas un vain mot.

Les sensibles

Ils ne s’intéressent qu’aux faits de société : les infos sur les accidents de la circulation, sur les braquages, les avortements, les bébés volés en plein jour dans un hôpital de référence à Douala et à Yaoundé, les assassinats et que sais-je encore ? Ils sont très sensibles et méfiez-vous de les piétiner, même par inadvertance. Ne venez surtout pas jouer aux intellos ici. Vous risquerez d’endosser la responsabilité ou d’être l’un des complices ou même les auteurs de ces crimes. Les présumés coupables présentés par la police dans les médias sont tout de suite considérés comme des condamnés à mort. Pas question de leur attribuer un quelconque bénéfice du doute. Vous comprenez donc que Facebook est venu sauver ces présumés coupables. Avant, ces présumés coupables étaient tout simplement, carrément et simplement lapidés. C’est la justice populaire devenue aujourd’hui ce que je peux appeler justice virtuelle. Aujourd’hui, bien que ce phénomène de justice populaire existe encore, il a bel et bien diminué, car les Camerounais se recroquevillent sur les réseaux sociaux pour « verser » leur colère. Mais alors, ce qui est curieux ici, c’est que les sensibles ne le sont plus lorsque les gens sont taxés d’êtres des homosexuels et menacés de mort. La sympathie qu’ils avaient pour les victimes des braquages, par exemple, devient l’antipathie lorsqu’il s’agit des homosexuels parce que pour eux, c’est plutôt les homophobes qui sont les victimes des homos. Pour cette catégorie, les homos sont considérés comme des adeptes des loges et des sectes maléfiques.

Les évangélistes

Ils aiment parler de Dieu et des croyances. Parfois ils écrivent leur prière pour suggérer au Bon Dieu d’avoir pitié de ceux qui les lisent. Tous les jours, ils ne manquent pas à dire et trouvent toujours des arguments et le temps d’inviter les autres à se repentir et à se convertir le plus vite possible, car la fin du monde est proche, disent-ils. Généralement, ce sont des adeptes de Jésus et de Mohamed. N’allez surtout pas leur dire que vous pratiquez le « culte des crânes » comme ça se passe dans la spiritualité Bamiléké. Ils vont vous tancer de sorcier envoyer au diable et vous souhaitez l’enfer et la mort éternelle, car, disent-ils, c’est à cause de vous et votre sorcellerie que le terrorisme sévit dans le monde. Malgré les recommandations divines « ne jugez point », eux ils jugent et savent eux-mêmes qu’ils sont des enfants de Dieu et les autres les enfants de Satan. Ce qui est vraiment incroyable chez ces Camerounais, contrairement à Jésus qui était venu pour les pécheurs, pour ceux qui ne croyaient pas en son Père Céleste, ces internautes envoient aux calendes grecques ceux qui ne croient pas.

Les paparazzis du net

Ils passent leur temps à fouiner les infos croustillantes sur les coulisses, les breaking-news sur des personnalités de haut vol. Ils ne publient et ne commentent que les sujets sur les stars, leur vie, l’alcool, les mœurs. Ils aiment publier ce qui a trait au sexe, les photos sexy et provocantes. Ce sont des adeptes des infos à sensations telles que « Ronaldo est l’homme qui a la plus belle poitrine du monde » ou alors « Eto’o est l’homme qui possède la Ferrari la plus coûteuse au monde ». Il n’y a pas que les stars du football qui sont cités. La vie des stars de la musique, du cinéma et du sport en général passe au peigne fin des critiques, des salmigondis de toutes sortes par ses détracteurs.

Les humoristes, les caricaturistes

C’est l’espèce la plus rare dans les réseaux sociaux. Ils rigolent de tout, de la vie, de Dieu, du président et de ses ministres, même de la mort. Ils sont doués pour lancer des pics, des roublardises, des moqueries, des trolls de temps en temps. On les appelle des « trolleurs ». Mais, attention, la zizanie des trolleurs ne doit pas être confondue avec celle des querelleurs et de bagarreurs.  Les antiféministes, par exemple, sont les plus aguerris et les plus doués dans ce style. Pour ne pas vexer les féministes, ils ridiculisent toujours les femmes en étalant leur faiblesse devant des situations simples par des grains d’humour. Une étude de leur personnalité démontrerait sûrement leur côté machiste et phallocentrique. Parfois, il ne faut pas s’y méprendre sur leur personnalité trompeuse. Ce n’est que de l’humour vrai et simple.

Les observateurs et les timides

Comme je le mentionnais au tout début de cette chronique, il faut faire attention aux gens qui sont membres des forums et qui ne disent rien. L’erreur est fatale lorsqu’on classe tous ceux qui ne disent rien et ne font rien comme les silencieux, des observateurs ou même les timides. Beaucoup parmi eux sont tout simplement limités à l’accès internet faute de moyens financiers. À défaut de pouvoir faire la distinction, je vous prie de bien vouloir les considérer comme les silencieux. Ce sont des gens qui, soit, ils « j’aime » ou commentent, soit ne font rien du tout et passent donc inaperçus. Une recherche sur ce type de personne laisse penser que ce sont juste ceux qui ne sont là que pour, soit s’amuser, soit être au courant de ce qui se trame dans les forums. C’est à eux que renvoie alors la notion d’espionnage. Il faut dire qu’ici, les personnalités de haut vol font partie de cette catégorie. Évidemment, depuis que je suis blogueur, j’ai compris qu’il y a des personnes insoupçonnées et insoupçonnables, comme vous probablement, qui me lisent et qui m’apprécient, certainement. Mais il y a aussi et surtout ceux qui m’espionnent. Beaucoup sont même payés pour ça : ils veulent savoir qui je suis réellement, quelle taupe je suis, pour qui je « roule ». On a longtemps considéré les pays de dictature comme des adeptes de cette pratique. Que nenni. Nous venons d’assister, avec les services secrets américains que cet exercice est aussi l’œuvre des grandes puissances. Malheur à celui qui l’entraverait. D’ailleurs, Snowden en a appris à ses dépens.

Vous convenez donc, avec cette analyse, que l’étude du portrait sociologique des internautes est d’un enjeu capital. Sachez tout simplement que si vous pensez que personne ne vous lit sur les réseaux sociaux parce que vous ne voyez pas de traces (le « jaime », les commentaires, etc.) vous vous trompez énormément. Même ce qu’on efface reste dans les mémoires des serveurs qui sont de gigantesques robots. Pour illustrer ce que je dis, prenons un exemple comme la télévision, la radio ou la presse papier. Le nombre de lecteurs, de téléspectateurs et d’auditeurs ne se chiffre pas en nombre de journaux, de poste de télévision ou de radio vendu. De même, le nombre de lecteurs ne se chiffre pas en nombre de commentaires ou en nombre de vue. C’est plus important que ça et les personnes qui se situent dans cette catégorie sont considérés comme des filous.

PS : Cette  a été inspiré à un billet de Christian Ntimbane Bomo publié dans un forum camerounais LCCLC. Certaines catégories et certains passages de l’article lui sont attribués. Merci de considérer cela comme une manière pour moi de simplifier le texte au lieu de l’entacher de guillemets à n’en plus finir.

Tchakounté Kemayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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