Norverge : la « justice se juge » et donne raison à Breivik, le néo-naziste

Ce mercredi 20 avril 2016, le terroriste néo-nazi Anders Behring Breivik a eu gain de cause après un procès qui l’opposait à l’État norvégien.

Ledit procès s’est déroulé du 15 au 18 mars dernier dans un gymnase de la prison de Skien, au sud-ouest d’Oslo transformé en prétoire pour la circonstance. En effet, Breivik, le « tueur de masse », comme l’appellent les médias, est incarcéré depuis 2012 dans cette prison pour avoir tuée en masse 77 personnes. Presque cinq ans sa détention, il devient alors plaignant dans une affaire de maltraitance qui l’oppose à l’État de la Norvège.

Breivik fait le salut nazi à l'ouverture de son procès le 15 mars 2016

Breivik fait le salut nazi à l’ouverture de son procès le 15 mars 2016 (Reuters)

Pour revenir à l’histoire, en août 2012, Breivik a écopé 21 ans de prison ferme pour avoir commis plusieurs crimes : il a tué 8 personnes à l’aide d’une bombe, il a tué 69 personnes, en majorité des adolescents, à l’aide d’une arme à feu, il a piégé et traqué près de 600 jeunes gens sur l’île d’Utøya et ceux-ci, pour la plupart d’entre eux, ont reçu une balle dans la tête. Pour ceux qui ne comprennent pas jusqu’ici les motivations du terroriste d’un autre genre, il faut savoir que c’est un nazi, ou plutôt un néo-nazi. Il mène une lutte acharnée contre le multiculturalisme comme le djihadiste le fait contre le modernisme. C’est bien rare d’entendre parler des néo-nazismes, mais ils existent et sont légion dans le monde.

Leçon d’une jurisprudence

Pendant son séjour en prison, Breivik, comme tous les prisonniers en Norvège, doit bénéficier des traitements dignes d’un tueur de son rang. C’est un « homme dangereux » et c’est la raison des laquelle, les échanges avec l’extérieur, notamment la suppression des contacts avec d’autres prisonniers (isolement) et le contrôle strict de ses correspondances (sélection, tri et fouille) lui sont imposés. Cantonné et retiré loin de ses paires dans un coin de trois cellules où il pouvait se mouvoir en vaguant à ses activités de loisirs comme les jeux vidéos et la gym, le prisonnier s’est senti en droit de demander réparation. Breivik, a donc considéré ce traitement « inhumain » et « dégradant ». Selon son avocat Øystein Storrvik, ce traitement témoigne du non respect, par la justice et l’État norvégien, des dispositions de la Convention européenne des droits de l’Homme, l’une interdisant les traitements « inhumains » et « dégradants« , l’autre garantissant le respect de sa correspondance.

Le terroriste préhistorique, s’estimant victime d’une injustice, a saisi la justice de son pays qui vient de lui donner parfaitement raison ce mercredi 20 avril 2016 en condamnant l’État de Norvège à lui verser 35.000 euros (près de 23.000.000 Fcfa) à titre de frais de justice. Je crois rêver !

Ce rêve, personne ne le ferait s’il n’a pas vécu les conditions d’incarcération que vivent les prisonniers dans ces pays africains, et plus particulièrement au Cameroun. Je me surprends donc à rêver de l’extrapolation de cette jurisprudence au Cameroun. Je me surprends en train de penser que cette manière de rendre justice, cette manière de dire le droit, aussi imparfaite soit-elle, n’est que la pure sorcellerie qui puisse exister et qui n’existe que sous d’autres cieux. J’imagine comment, au Cameroun, les voleurs de chaussures ou de biens quelconque sont traités comme des moins que rien. Passons.

Ce qui est plutôt intéressant dans ce qui vient de se passer à Oslo, ce n’est pas simplement le fait d’avoir dit le droit. C’est aussi et surtout le fait d’avoir condamné l’État, donc de reconnaître que l’État a commis une erreurs et s’est condamné elle-même en donnant raison à un terroriste. D’autres diront que la justice norvégienne n’a eu pour seul objectif que de faire appliquer la loi que l’État norvégien s’est doté lui-même et par conséquent, doit les respecter scrupuleusement. Soit. Mais, juger est le verbe qui découle de l’office du juge. Dans ce cas, le justiciable est l’État de Norvège et la justice est aussi celui du même Etat. En condamnant cet État, la justice l’aura jugé.

Une prison semblable à cette où est incarcéré le terroriste

Une prison semblable à cette où est incarcéré le terroriste (photo reuters)

 

Et l’Afrique…?

l’état de non droit qui caractérise le Cameroun a façonné les individus à telle enseigne qu’il devient difficile, même pour les juges, et je pèse bien mes mots, de donner raison à un assassin qui a été jugé coupables des crimes. Pour preuve, un tour à la Prison de New-Bell et celle de Kondengui donne donnera la chair de poule à tout visiteurs qui pourrait s’y aventurer. Les pensionnaires de ces prisons de Douala et Yaoundé et surtout de toutes les autres prisons du pays souffrent des maux les plus élémentaires de respect de la dignité humaine. Les problèmes de salubrité, de promiscuité dans des prisons surchargées, de maladies contagieuses et mortelles et de nutrition sont les plus récurrents.

Aucun prisonnier n’a pas le droit de revendiquer un traitement qui lui est dû. Combien sont-ils, ces prisonniers malades qui, le jour de leur libération, ont une santé plus fragile que le jour de l’incarcération à cause de la négligence ? Un environnement de ce type où pilulent les puanteurs, la chaleur, la saleté, et que sais-je encore, ne peut pas être propice à un épanouissement sain. Nous sommes tellement habitués à l’État de non droit, tellement habitués à nous contenter des humeurs des diseurs des loi à la place qu’il devient difficile de penser autrement. La saine application des lois par les juges saisis par un justiciable, fut-il déjà condamné à vie, ne peut étonner que ceux qui vivent sous le joug d’une justice infamante.

l’État de droit au Cameroun, ce n’est pas une histoire de demain ! Je reste et je me contente de rêver, pas d’un État qui donne raison aux terroristes, mais tout simplement d’un État qui respecte ses lois, car, comme le dit si bien Cocteau, un enfant qui ne rêve pas est un enfant dangereux.

En conclusion, la qualité de la justice reflète l’état de santé des droits et libertés de chaque pays.

Tchakounté Kémayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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