Moi, je serai polygame

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Il ne se passe pas un week-end sans mouvements dans les rues de la capitale économique. Il est souvent courant d’apercevoir un cortège de voitures avec en tête une luxueuse berline, Lexus, ou limousine ayant à son bord deux jeunes mariés assis derrière avec des klaxons et des cris de joie qui les accompagnent. La cote du mariage est-elle en hausse à Douala ? La réponse paraît évidente. Mais, ce que les gens ignorent parfois, c’est qu’avant d’aboutir aux festins proprement dits, il y a quelquefois eu, en coulisse, une bataille féroce autour d’une question fondamentale qui, souvent, a fini par diviser le couple et les familles avec. Cette question, digne d’intérêt et que le maire demande toujours, est liée à l’option du régime matrimonial, nœud gordien des cérémonies nuptiales.

Les jeunes garçons qui se marient adorent tellement signer l’option « Monogamie », à la mode aujourd’hui. Il paraît qu’être monogame c’est entrer dans le monde de la modernité. C’est la mondialisation, quoi. Curieusement, en observant de très près, le jeune garçon qui choisit la monogamie était pourtant un opposant farouche à cette option pendant son célibat. Il avait l’habitude de crier au quartier à qui voulait l’entendre que pour rien au monde il signera, coûte que coûte, l’option « Polygamie ». Il faut vraiment le voir gueuler partout pour prouver sa grande fierté d’être capable de pouvoir gérer deux, trois voire quatre femmes à la fois. Il est souvent intéressant d’assister aux causeries de quartier où les garçons, pour démonter leur virilité et leur pouvoir de maso, s’évertuent à faire des bruits sur leurs conquêtes féminines pour s’en vanter. L’homme le plus fort est celui qui sait séduire plus de filles, qui est passé et repassé sur toutes les filles du quartier. Bref, celui qui peut les « embastiller ». Voilà où les gars bâtissent leur réputation. Et ainsi, il est célébré et anobli. Il est donc presque un héros.

Ce qui est bizarre pourtant, c’est la société qui ne dit rien sur cet écart de comportement de ces garçons. Au contraire, le garçon fidèle sera considéré, par ses paires, comme un homme faible et pas courageux du tout. Dans les bandes de copains, lorsqu’on vous dénie des meilleurs qualificatifs propres aux hommes, cela signifie qu’on vous renie votre identité. Alors, autant faire comme tout le monde pour « mériter » une place parmi les gens de « sexe fort ». C’est ce qu’on appelle « identité masculine » : il faut faire preuve de maturité. Il faut s’arrimer à la donne : celle de montrer que vous êtes capable d’affronter les épreuves de la vie, surtout celles de la vie de couple où il faut savoir affronter les crises liées aux dures réalités de l’infidélité. C’est avant la vie de couple ou le mariage que ça s’apprend, pas après.

Ce qui m’a inspiré pour la rédaction de ce billet, c’est justement cette interrogation autour de la tendance très récurrente qu’ont les hommes en âge de se marier, à faire le choix de la monogamie qui était pourtant considérée comme leur bête noire. D’où pourrait venir cette manie qu’a un homme de changer aussi facilement d’avis en prenant une décision qui reste quand même centrale dans la vie de couples mariés ? Et pourtant, il a passé tout son temps de jeunesse et de célibat à faire du bruit, à courir dans tous les sens pour dire haut et fort comment personne ne pourra l’empêcher d’être polygame. Il le dit avec une certaine ferveur qui peut faire frémir quiconque tenterait de l’en empêcher. S’il a la chance de trouver une épouse, l’engagement reste toujours le même jusqu’au jour du mariage où vous êtes surpris d’entendre le maire dire solennellement : « Régime monogamique ». C’est à cet instant précis que vous entendez des youyous dans la salle, pas pour féliciter les mariés justement, mais plutôt pour féliciter le jeune marié pour son courage. Oui, vous avez bien lu : de nos jours, signer l’option « Régime monogamique » au Cameroun relève du courage. Que s’est-il donc passé entre-temps pour que ce jeune marié qui hier était farouchement opposé à la monogamie, fasse subitement un revirement à 360° le jour de la signature de l’acte de mariage ?

Certainement et malicieusement, il s’est passé beaucoup de choses pour qu’on en arrive là. La première chose qu’il faut signaler ici ce sont les effets du miracle qu’un amour fort peut produire. Ne dit-on pas que « le cœur a ses raisons que la raison ignore » ? L’hypothèse la plus plausible est que le jeune homme soit « aveuglé » par l’amour à telle enseigne qu’il perd sa raison. Il arrive même que le jeune homme renie ses convictions au nom de cet amour qu’il croit contrôler, voire dominer.

La deuxième hypothèse plausible viendrait du fait que la femme, comme preuve d’amour, exigerait à son homme cette option. Comme le gars, aveuglé par l’amour, tient beaucoup trop à sa fiancée, pour le lui prouver et aussi lui faire savoir qu’elle est la seule au monde, il se croit plus malin que le lièvre en signant « monogamie ». Il oublie toujours, et malheureusement, que la femme est le seul être au monde qui ne perd jamais la raison, même au plus fort de sa jouissance. Quand elle sait là où elle peut vous « coincer » et surtout pendant que vous vous emportez, elle vous « calcule » et vous dépouille. C’est surtout sur ce piège où les acteurs ont souvent l’habitude de trébucher. C’est le jour où elle sait que l’homme n’est plus en possession de sa clairvoyance habituelle, qu’elle enfonce ce clou : « chéri, jure-moi que c’est la monogamie ». Et à lui de répondre en croyant être sûr de lui : « Je te jure chérie, c’est ta volonté qui compte pour moi ». Il vient là, lui-même, de signer sa peine de mort. Cette sentence va le suivre jusqu’au mariage. Il sera coincé et sera obligé d’être honnête envers lui-même lorsqu’il entendra : « Chéri, s’il te plaît, ne me déçois pas, tu me l’as promis ».

La troisième hypothèse plausible, c’est la pression de la famille de la fille. Cette situation a souvent lieu dans des familles pieuses où les parents de la fille sont des chrétiens pratiquants. Là, la monogamie, on ne badine pas avec dèh. La famille estime que l’option de la monogamie est un signe que le garçon est « sérieux ». Ça a toujours été un élément pour « juger » et « apprécier » les hommes qui viennent « toquer » à la porte ou demander la main de la fille. Il est vrai qu’il sera difficile pour les parents de la fille de savoir le choix du jeune garçon au moment de la dot. Le climat avec lequel l’homme sera accueilli chez sa future belle-famille, les discours et les messages codés que lui enverront son futur beau-père ou sa future belle-mère seront tels que le garçon sera intimidé. C’est une pression sournoise et mesquine parfois sur la forme de blagues ou de taquineries. De toutes les façons, le garçon ne fera aucun effort pour comprendre ce genre de message. Dans ce genre de situation, quelques jours, juste avant le mariage, le beau-père ou la belle-mère entretiendra le beau-fils pour savoir la décision qu’il a prise. C’est à ce niveau que la pression devient réelle. Les blagues, c’est fini. Malheur à celui qui fera semblant de ne pas comprendre. Il apprendra à ses dépens.

En quatrième hypothèse, l’environnement aussi y est pour beaucoup. Le « qu’en-dira-t-on » est un monstre froid qui est synonyme de celui-là qui vous observe et vous juge. Ainsi, l’opinion collective donne à penser que l’option « Polygamie » c’est pour les hommes incapables de se fidéliser à une femme ; incapables de maîtriser leurs instincts, incapables de stabilité psychologique, bref, c’est pour des hommes « voyous ». La fille, de son côté, veut prouver à ses copines qui ont eu le privilège de faire partie de la liste très serrée des invités qu’elle a réussi son mariage. Car, dit-on aussi, un mariage où l’homme a accepté l’option monogamique est un mariage réussi pour deux raisons : la première raison est que la mariée ne « partagera » pas son homme avec une autre femme et la seconde est qu’un mariage monogamique donnerait droit à l’option « Communauté des biens ». Alors, lorsque l’homme lui « appartient » à elle seule, c’est une sécurité psychologique et matérielle pour elle et ses futurs enfants. On ne sait jamais, il faut toujours prévoir le pire. Voilà pourquoi il y a toujours des « youyous » dans la salle lorsque le maire dit, pendant la lecture solennelle de l’acte de mariage : « Régime monogamique ». Pour féliciter l’homme et pour dire à la femme : « Tu as gagné le jackpot ». Et le contraire, « régime polygamique » suscitera des interjections telles que : « hum ! » ; « Ah ! », etc. Il y a comme une suspicion dans l’air comme pour s’interroger sur le sérieux de ce jeune marié : « pourquoi ne choisit-il pas alors la monogamie s’il aime vraiment sa femme ? », et la réponse apparaît donc évidente : « il semblerait qu’il a d’autres femmes dehors qu’il « gère » ».

Faites cette expérience comme je le fais souvent. Si vous avez la chance d’être invité à un mariage, allez à la mairie et pendant toute la cérémonie observez bien ce que je viens de vous décrire. Si le jeune homme marié a choisi l’option monogamie sous la pression et surtout à la dernière minute : son sourire est toujours un genre, un genre pour ceux qui savent lire les expressions profondes des visages de près ou de loin. Il fait toujours semblant d’être heureux alors que… On a souvent l’habitude d’attribuer à cette expression du visage le poids des dettes contractées pour l’organisation du mariage afin de faire plaisir à sa dulcinée. On oublie malicieusement cette question du régime matrimonial discutée d’abord en coulisses et qui relève souvent d’une bataille féroce. C’est l’une des coulisses du mariage la plus mouvementée et la plus discrète. Parfois, ça rejaillit dehors quand la situation est ingérable. Auparavant, j’avais maintes fois assisté à des mariages où le maire a été obligé de mettre fin à la cérémonie en invitant les deux familles à régler d’abord ce cas litigieux. Le mariage, dans ce cas, était annulé purement et simplement et les dégâts, vous en doutez bien, étaient farouchement énormes. Aujourd’hui, pour éviter des dégâts je jour du mariage, cette option est d’abord réglée avant la cérémonie civile.

Loin de moi de justifier la gamophobie des hommes par la monogamie. Ma petite expérience d’observateur averti me montre que quand un gars signe l’option « Polygamique » il est tout heureux et ça se voit. Pourquoi cette fâcheuse habitude de considérer le mariage comme une prison pour les hommes, comme une chaîne qu’il s’est nouée lui-même au cou ? C’est justement à cause de cette option monogamie que les hommes qui ne sont pas convaincus de son importance, choisissent. Voilà pourquoi le mariage a toujours été considéré comme le jour le plus merveilleux pour la femme et non pour l’homme. Vous me voyez en train de me mettre une chaîne au coup ? Non. La solution efficace que j’ai trouvée pour éviter cette chaîne, c’est justement en signant la polygamie qui donne la trouille à beaucoup de femmes. Ça représente pour moi une épée de Damoclès dont le message à ma future femme serait : « Tu as intérêt à ne pas être possessive » ou encore : « Tu n’es pas indispensable ». En polygamie, il n’y a pas de « communauté de biens » et c’est une victoire pour l’homme, car ça limitera les ambitions démesurées de la femme. Si vous voulez, prenez ça comme un chantage, cela m’est égal.

Une femme qui connaît bien son gars et qui sait le garder n’aura aucunement peur de la polygamie. Avis donc à toutes ces femmes qui pensent que « signer l’option polygamique signifie que l’homme aura forcément une deuxième femme » ou encore que « signer l’option monogamique signifie forcément que l’homme n’aura pas d’amandes et d’enfants naturels », c’est se donner de la peine pour rien. Je n’aimerais pas que ma famille vive ce spectacle désolant que je vois chez mes voisins quand après leur décès, le partage des biens se fait au tribunal parce que les enfants naturels sont venus réclamer leur part. Vous voyez où l’hypocrisie peut mener ? Autant laisser le marié choisir, sans pression, l’option qui lui sied au lieu d’être monogame en entretenant des amandes. Autant aussi le dire pour prévenir les casse-pieds, ma décision est déjà prise : « Moi, je ne suis pas hypocrite, je serais polygame ».

Tchakounté Kémayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

7 réflexions au sujet de « Moi, je serai polygame »

  1. « L’hypothèse la plus plausible est que le jeune homme soit « aveuglé » par l’amour à telle enseigne qu’il perd sa raison »

    Je me dis au contraire que c’est parce qu’il réfléchit un peu que le jeune homme décide de signer monogamie. Contrairement au copinage, le mariage implique des responsabilités. Il n’est plus question de se défiler comme avec ses copines. On doit assumer. Ceci pour dire que la polygamie c’est même un luxe: ce n’est pas le qui veut, c’est le qui peut. Inutile de te rappeler les conditions de vie aux Cameroun aujourd’hui. Même épouser une seule femme relève même parfois de l’exploit, combien de fois si on en épouse plusieurs.

  2. Je suis ravi de savoir qu’il y a des personnes avec qui je partage les mêmes points de vue dans ce monde où on est de plus en plus aveugle. Je trouve que l’autre hypothèse qui pousserait les hommes à signer Monogamie, au delà de celle que tu as évoqué, c’est le fait qu’ils souhaitent faire un mariage religieux. Et le régime monogamique est le régime exclusif et dans cette perspective. Nombreux sont les camerounais endormis par la religion au point où ils ignorent les vertus de la polygamie. ah oui, la polygamie a des vertus. Beau billet. J’adore!

  3. La question du mariage monogamique est très personnelle. Si j’étais un homme, je laisserai mon orgueil de côté et prendrai une seule femme. Je pourrai alors bien m’occuper de ma famille et réaliser des économies pour mes projets. Il n’y a pas de bravoure à remplir sa maison des femmes et être incapable de s’en occuper normalement. Certains vivent ainsi misérablement toute leur vie à cause de la polygamie.

  4. Alexandr :
    Je viens partager une petite astuce qui m’a permis de savoir facilement si mon ami/amie me trompait.
    J’ai découvert quelqu’un qui m’a permis d’espionner le compte facebook et email de mon mari facilement ! Cela m’a été très utile car j’ai pu lire ses messages privés et savoir s’il me trompait ou non, le contact en question est : alexandr.gorlanova @ gmx.com
    Je vous le recommande vraiment car c’est très efficace ! Paiement au résultat !

    Grand frère Tchakounté, je suis étonné que tu approuves la publication de ce genre de commentaire qui n’apporte rien d’instructif à personne mais qui fait la publicité malsaine de pratiques qu’on devrait déconseiller à tout le monde. D’ailleurs, ça sent l’arnaque et le traffic de mots de passe à plein nez.

  5. @willfonkam
    Merci de le rappeler. Tu sais, j’ai vraiment du mal à travailler avec ma connexion de faible débit. Pour travailler sérieusement, surtout lorsque je suis sur la plate forme de mondoblog et sur mon blog, je dois aller au cyber. Donc, je n’ouvre mon blog que lorsque je veux publier en allant au cyber. J’ai donc choisie, pour ne pas faire attendre les commentaire pour validation, de permettre leur publication sans ma validation. Sur ce, je le supprime. Merci encore.

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