Minawao, leçons et souvenirs d’un 21 juin 2015

Voyage au cœur d’un gigantesque camp de réfugiés, au nord du Cameroun.

Le 21 juin dernier marquait la Journée Internationale des réfugiés. Moment mémorable parce qu’il symbolisera, à coup sûr, dans la mémoire de ceux qui ont pensé aux réfugiés tapis dans un camp, cette vision qu’une découverte est beaucoup plus agréable lorsqu’on Afait le choix d’apprendre comment vivent les gens différents, dont le destin vient de changer de trajectoire à cause d’une crise. Les gens qui ne sont plus maître d’eux-mêmes.

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Le centre de santé du camp de Minawao

Tout comme, dans un territoire, nous pouvons avoir des ressortissants du pays dont la nationalité est établie, des étrangers, différents de par leur statut, tous sous la tutelle de l’État qui les abrite, nous avons aussi certaines personnes étrangères d’un autre statut tout aussi différents que les autres étrangers. Ce sont des réfugiés. Pour ne pas semer la confusion ici, je m’intéresse qu’aux réfugiés de guerre. Ce sont des étrangers pas comme les autres. Ils vivent dans un territoire autre que le leur mais sous la tutelle, non de l’État qui les accueille, mais d’une institution de l’Onu appelée HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés). Ils ne sont pas astreints aux visas d’usage ni à la carte de séjour.

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Le ministère de l’Education de Base Camerounais est bel et bien présent au camp

Initié par Mme Christiane Oto de l’association La Perche dont le siège est à Douala, une action humanitaire en faveur des personnes victimes de la guerre a germé comme une fleur depuis février 2015 à la suite de la marche patriotique du 28 dudit mois en faveur des forces armées en proie à la secte Boko Haram. Les critiques acerbes qui fusaient de partout pour décrédibiliser cette marche pour des raisons de bon sens politique sous-jacent a fait dire que quelque chose devrait être fait, pas seulement pour nos forces armées mais aussi et surtout pour les victimes. La Perche saisit cette occasion pour marquer son coup et ambitionne de faire ce bond à sa manière.

Une collecte de produits alimentaires et de vêtements est donc mise sur pieds et la date du 24 avril fut choisie. Puis le 29 mai. Et enfin le 19 juin a été la consécration. Une visite humanitaire devrait clôturer l’action, et le choix a été celui du camp des réfugiés de Minawao situé à 108 km de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

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La remise des dons alimentaires et vestimentaire de La Perche au HCR de Douala

Faisant partie des bénévoles venants de Douala et de Yaoundé, j’ai remarqué que personne ne se fera prier pour tenter l’aventure. Plus de 1.300 Km à parcourir à la rencontre des enfants de Minawao et leur donner du sourire. Les dons de produits alimentaires et de vêtements sont remis sur place au HCR de Douala avant l’embarquement pour une destination de plusieurs heures de voyage. Presqu’un challenge, donc.

De 41 à 45.000 habitants

Laissons les péripéties du voyage pour mettre l’accent sur les curiosités du camp et les enseignements de cette aventure nécessaire pour plusieurs d’entre nous qui, comme moi avant ce voyage, ne savent pas ce que veut dire camps de réfugiés.

Le camp des réfugiés de Minawao est une zone aménagée de tentes et de bâtiments en matériaux provisoires composés de dortoirs, de toilettes, de WC, de cuisines, de salles de classes qui accueillent les élèves du primaire de la SIL au CM2 (trois groupes) et les élèves du secondaire de la 6ème en 1ère, etc., et d’un bâtiment offert par l’OMS servant de centre de santé qui enregistre 6 à 8 naissance par semaine. Le tout pour une population de 41 à 45.000 âmes composées d’enfants, de femmes et de vieillards. Le camp enregistre 10.000 élèves en âge scolaire et dont 8000 élèves scolarisés. Puisque l’école n’est pas obligatoire, les 2.000 élèves sont ceux que le personnel du HCR doit convaincre pour les amener à accepter d’aller à l’école. Cette année, 8 candidats ont été présentés au Certificat d’Étude Primaire (CEP) et tous ont réussi leur examen. La langue d’enseignement c’est le français et l’anglais. Il existe donc les deux sous-systèmes francophones et anglophones Camerounais.

Ici, seule l’eau fait problème à cause des forages qui s’assèchent. Nous sommes bien dans une région sahélienne. Il faut signaler que l’effectif de la population n’est pas très maîtrisable pour la simple raison que, en plus des naissances, le camp reçoit quotidiennement des réfugiés. Ils sont en majorité des Nigérians et des Centrafricains. C’est donc un camp créé à la suite des guerres dans ces deux pays qui sont en permanence confrontés à une instabilité politique qui peut dégénérer d’un moment à l’autre. Le système de santé et de l’éducation fonctionnent sous la tutelle du Cameroun mais géré par le HCR qui recrute le personnel venant de différente nationalité.

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Moi et mes collègue à Mokolo lors de la cérémonie de remise des produits alimentaires aux réfugiés par le PAM

Évidemment, au vu de ce qui précède, un camp de réfugiés comme celui de Minawao est un véritable mastodonte. Il y a des villes et des villages entiers au Cameroun dont la population ne saurait atteindre 2.000 ou 5.000 âmes. Lorsqu’on sait avec quelle complexité la gestion de ces villes et villages est problématique, il y a lieu de penser que Minawao est plus qu’un village. Le camp n’a donc rien de différent d’une gestion communale sauf qu’ici, il n’y a pas d’élection d’un maire ou d’un député. Le HCR est maître de tout. Il faut gérer l’éducation (Ministère de l’éducation de base et Ministère de l’enseignement secondaire Camerounais), la santé (l’OMS et le Ministère de la santé publique Camerounais), la nutrition (le PAM et quelques donateurs), l’environnement, etc.

Loisir autorisé, mais uniquement à l’intérieur du camp

Au quotidien, les réfugiés passent leur temps à déambuler, à jouer ou à dormir tout simplement pendant que les enfants sont à l’école. En période de vacances alors ? Eh ben, c’est le loisir et la débandade sauf qu’il leur est interdit de sortir du camp. Il est souvent récurrent de voir les enfants autochtones du village Minawao accéder au camp. La collaboration entre les deux s’avère difficile pour le moment à cause de la langue. La majorité des réfugiés (plus de 80 %) venant du Nigeria s’exprime paradoxalement difficilement en anglais pour la simple raison que cette catégorie de la population musulmane issue de la couche pauvre n’avait pas accès à l’éducation moderne au Nigeria. Elle parle couramment leur langue locale. C’est aussi un challenge pour le personnel enseignant qui doit réussir à trouver l’équation idoine pour l’instruction, ne serait-ce que partielle de la couche la plus fragile et importante : les enfants.

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Nous faisions partie du cortège composée d’une mission du PAM, de l’OMS, de la FAO, de l’UNICEF, etc.

C’est donc pour la cause enfantine que moi et mes collègues de La Perche sommes allés voir de plus près à quoi ressemble un camp de réfugiés, sonder les lieux et les cœurs pour apporter la pierre et faire vivre ce mastodonte à la modestie de nos moyens. Nous devons y mettre tous notre énergie. « Pour réussir le Cameroun désormais, il faut penser aux enfants et au sens aussi large que la totalité de l’étendue de notre territoire qu’il faut aller connaitre sans aucun autre programme préalable que s’en nourrir…« .

Nous quittions Minawao ce 21 juin aux environs de 16 heures, en laissant un autre lot surprise de plus de 200 ouvrages et 10 jeux pour enfants de moins de 10 ans et avec la ferme conviction de la présidente Christiane Oto d’y revenir dans les tous prochains jours sûrement pour d’autres surprises encore plus agréables. Sans oublier que pour marquer le coup, les enfants du camp bénéficieront d’autres livres pour dont le projet est encore en  gestation. La collecte des livres pour enfants à travers des bonnes volontés sera sa véritable stratégie de foundraising.

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Une vue du camp

Minawao, une leçon de paix

Au total six jours (deux jours de trajet aller et deux jours de trajet retour en train et en bus entre Douala-Yaoundé-Ngaoundéré-Maroua-Minawao) de voyage humanitaire dont l’aventure a été enrichissante sur le plan de la connaissance d’autres types de vie réservé aux personnes dont le destin vient de basculer à cause de l’incurie et de la cupidité des hommes soifs de sang et de pouvoir et qui sèment la terreur. Ce voyage m’a enfin appris, en parcourant les villes et villages comme Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Mokolo, Minawao, etc. que le Cameroun ne s’arrête pas seulement à Douala et à Yaoundé et que « si la guerre qui lacère le septentrion ne vous a pas encore convaincus que si on perd le Nord on perd la partie la plus peuplée du pays […] vous perdrez la cognition du fait qu’environ trois générations chez nous sont en train de traverser la vie sans jouir du pouvoir et du bien-être que l’État social devraient inscrire sur les cahiers pour une traduction sur le terrain par le mal appliqué équilibre régional qui fait que nous nous connaissions encore aussi mal« (Mougoué Mathias LiønKïng) .

Voilà pour la bonne cause que beaucoup de Camerounais devraient épuiser leur économie car « lorsqu’on me demande ce que le Camerounais doit faire pour développer son pays je dis qu’il a une mission : voyager au Cameroun et à son retour il aura tellement découvert son pays qu’il développera une nouvelle façon de l’aimer en s’aimant davantage parce qu’il sait désormais quoi donner et comprend qu’il est bête de dépenser 150.000 FCFA dans une Boite de Douala en une nuit pour séduire une/e potentiel/le partenaire d’aventure sentimentale quand la même somme te fait voyager en couple jusqu’à Kousseri séjour compris en t’enrichissant plus que celui qui est resté sur place danser. » (Mougoué Mathias LiønKïng)

Plus qu’une leçon de vie, Minawao est une leçon de paix.

Tchakounté Kémayou

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Yves TCHAKOUNTE
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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