Maurice Kamto: Le nouveau « monstre politique » peut-il faire trembler Etoudi?

Le 30 septembre 2012, date à laquelle le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) fût lancé, personne ne pouvait imaginer la percée, qu’elle soit mitigée ou pas -peu importe- de ce parti. Cela va rester une date historique pour ce parti qui a connu des remous autour de l’autorisation de la tenue de sa première Convention-fondatrice. Le sous-préfet de Yaoundé II avait donc interdit la tenue de cette convention pour des raisons de « sécurité » dit-on dans un lieu (Collège la Gaité) public. L’opinion nationale a vite fait de penser que les autorités s’évertuaient à tuer un parti encore en gestation. Finalement, après moult tractations, la dite convention s’est tenu plutôt avant la date convenue (le 30 septembre 2012) au préalable pour, le 28 septembre aux heures tardives de la nuit, dans les locaux du siège du parti situé à Odza. Comme le ridicule ne tue pas, ce voyou de sous-préfet, voyant que le parti avait utilisé le « Plan B », se précipite sans honte au siège pendant la convention pour demander au secrétaire général Alain Fogué de « bien vouloir décharger une note d’annulation d’interdiction« . Ce que le secrétaire général refusa sans hésiter. C’est donc le samedi 29 septembre 2012 à 2h30mn que Maurice Kamto avait donc été élu président.  Mais, qui est donc ce Maurice Kamto qui ne cesse de défrayer la chronique depuis un certain temps?

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Digne fils de la ville de Bafoussam, cet agrégé des Facultés françaises de droit en 1988 est entré au gouvernement de Paul Biya en 2004 après avoir été doyen de la faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Yaoundé II. L’un des 34 membres de la commission du droit internationale des Nations Unies dont il est président, et l’un des membres de la délégation camerounaise lors des négociations pour la rétrocession de la presqu’île de Bakassi, Maurice Kamto est donc doté d’un bagage intellectuel qui lui donne quelques atouts qui feront de lui l’un des leaders dont le pouvoir de Yaoundé doit surveiller de plus près lorsqu’il démission du gouvernement en novembre 2011 et lance, avec quelques leaders de l’opposition, le parti dénommé MRC le 13 août 2012. En dépit des critiques qui sont adressées à Maurice Kamto quant à son appartenance et service qu’il a rendu au régime de Biya pendant sept ans au gouvernement, ce qui va alors faire le charme pour les uns, et la méfiance pour les autres, le nouveau style du personnage de ce nouveau leader, c’est le ton de son discours qui rompt plus ou moins avec ceux existants et déjà ratatinés des autres leaders politiques qui peinent à se frayer du chemin dans l’arène politique. Maurice Kamto annonce donc les couleurs en déclarant, parmi les objectifs de son parti, vouloir « proposer au peuple camerounais des idées nouvelles » et affirme sa conviction « qu’un changement de régime ne s’opère pas nécessairement dans la violence« . Beaucoup d’eau a coulé sous le pont et le parti se retrouve, 12 mois, donc 365 jours exactement, confronter à un premier challenge: celui de présenter ses candidatures aux élections couplées (municipale et législative) le 30 septembre 2013. Coïncidence heureuse ou malheureuse, seul le président éternel de la République détient la réponse à cette question.

Le bilan d’après élections du 30 septembre 2013 est loin de satisfaire les attentes des leaders de l’opposition qui avaient pourtant, malgré le minime crédit accordé à l’outil de la biométrie dans le processus de vote, émis des réserves sur le système électoral. Ce mardi 22 octobre 2013, Maurice Kamto tint une conférence de presse au siège de son parti pour une sorte de bilan d’après élections. Pour les municipales, sur 10 régions du territoire national, le parti a présenté les candidats dans 5 régions et pour les législatives, 7 circonscriptions électorales accueillaient le MRC. Résultats, le parti s’en tire avec 1 siège (Wouri-Est) seulement sur les 180 en compétition aux législatives, tandis que sur les 19 communes visées, Maurice Kamto déclare que : «les résultats définitifs sont encore attendus. Ils ne seront connus qu’à l’issue du contentieux engagé par plusieurs partis politiques, dont le Mrc, devant la Chambre administrative de la Cour suprême.» Ceci malgré les 19 conseillers municipaux obtenus dans les communes de Bafoussam I, Douala I, Douala III, Douala IV et Douala V. « Beaucoup de griefs ont été révélés par le président du Mrc qui reproche à Elections Cameroon d’avoir permis des votes multiples, des votes de personnes non inscrites, des votes sous haute surveillance dans les casernes militaires, la poursuite de la campagne électorale dans les bureaux de vote, l’usage des ressources de l’Etat, l’utilisation frauduleuse des cartes électorales non retirées et l’intimidation des représentants de son parti dans les bureaux de vote » (Sainclair MEZING | Cameroon Tribune).  Ces insuffisances jugées par le leader comme des fautes volontaires car bien pensées et bien organisées l’incitent à fermer la page pour passer à une autre étape. La menace et le ton de Kamto est donc monté d’un cran et le discours devient belliqueux.

Les insuffisances dans le processus électoral au Cameroun sont vielles comme le monde et les leaders des partis de l’opposition et l’opinion nationale voire internationale avaient déjà, en leur temps, exiger une réforme de ce système qui ne garantit en rien les élections juste et équitables. Beaucoup de griefs avaient été émis depuis 1990, année où le multipartisme fût ré-instauré. Mais, hélas! Il a donc bien fallu que ce Maurice Kamto alias « Garvey », se rappelle du temps où il était au gouvernement en imaginant comment les leaders de l’opposition se tuaient dans la merde de ce système. Quelques morceaux choisi de son discours de bilan à Odza sont révélateurs de l’état d’esprit du désormais « monstre politique » dans la classe du leadership politique au Cameroun.

PAUL BIYA A DONC LE CHOIX, ACHETER LES ARMES OU FAIRE DES REFORMES

1- « Le pouvoir est désormais placé devant un choix crucial pour l’avenir politique du pays : engager très rapidement des discussions politiques sérieuses en vue de doter notre nation d’un système électoral crédible, garantissant le respect scrupuleux de l’expression de la volonté populaire ainsi que les engagements internationaux de notre pays, ou procéder à l’achat massif des armes pour affronter le peuple »: C’est le moins qu’on puisse dire. Ça vient, ça vient! Il monte, il monte et il ne fait que monter! Voilà une sentence qui vient après un an de parcours et de dur labeur. Ne faut-il pas comprendre que, après 31 ans de pouvoir, Paul Biya ne veille céder à aucun chantage et que la seule voie de Maurice Kamto restera la rue? Les villes des années de braise et la crise de février 2008 sont bien là pour nous le démontrer. Il y a donc de forte chance d’imaginer le pire à partir du moment où Kamto qui était considéré au départ comme l’agneau ne devienne le déclencheur des hostilité. Il faut s’attendre, durant les mois à venir, aux propositions de Kamto pour améliorer le système électoral afin de mesurer la disposition du régime dictatorial à collaborer pour le changement, auquel cas les modifications seront alors apportées aux lois en cours. Les réformes ne seront donc pas une surprises, dans ce cas.

2- « Le MRC ne croit pas la confrontation inéluctable. Il ne la souhaite pas. Mais il est et sera toujours de son devoir d’être aux côtés de ce peuple bafoué, humilié et méprisé par un pouvoir aux pratiques archaïques qui s’est lancé dans le pari de l’impossible : défier le temps »: Je crois lire certains spécialistes de la propagande de guerre. Je crois avoir affaire à un coup de gueule qui s’efforce à ne pas mettre sur la table la solution inéluctable et irréversible de la « bagbotisation » du Cameroun. Mais nous n’y sommes pas encore. Il serait donc difficile de penser et d’agir un peu trop vite que son ombre et je reste convaincu, pour le moment, à un solution pacifique entre l’opposition et le pouvoir du palais d’Etoudi, siège de la Présidence de la République. J »ai toujours cru, avec raison, de devoir penser, avec le leader de la Modisa, que le vote n’était pas une solution. Je le dis depuis les premières heures du MRC qui a commencé avec la pédale douce et le voici au bord de l’étranglement. Deux solutions, pour les années à venir, restent pour Paul Biya: Collaborer ou prendre le parti du peuple, il faut choisir. Il me plaît ici de faire un crochet sur l’interview de Mboua Massok qui dit: « jamais un bulletin de vote n’est venu à bout d’une dictature. […]. Certes chaque chose a un début et si le Cameroun serait le premier exemple où un bulletin de vote détrônait une dictature, ce serait un cas historique dans les annales. Car toute dictature qui se respecte, qui organise des élections, s’il faut les appeler ainsi, n’entreprend cette opération que pour sa victoire ; autrement dit, n’organise les élections que pour les gagner. C’est ici que se justifie la pensée de Staline si je ne m’abuse, qui affirme que dans un processus électoral, ce ne sont pas les voix des gens qui votent qui comptent mais celles des gens qui comptent les voix de ceux qui ont voté« .

Peut-ête Maurice Kamto a-t-il compris la leçon du leader Mboua Massok? En tous les cas, les craintes d’Etoudi sur le leader Maurice Kamto peuvent-ils être fondées dans la mesure où certaines pontes du régime continuent à penser que les visées de Kamto ne sont pas aussi minces que ça et c’est l’élite de l’ethnie Bamiléké qui se retrouverai derrière la montée, même minime soi-il, du MRC. Les affirmations selon lesquelles les hommes d’affaires Bamiléké sont des principaux « financeurs » du parti MRC sont légion et courent les rues de la capitale. Le journal Ouest-Littoral crie à la bétise des hommes du pouvoir en ces termes: « Au lieu d’essayer de comprendre le pour¬quoi d’une telle rapide ascension,le pou¬voir veut trouver des boucs émissaires qui se recruteraient essentiellement au sein de la communauté bamiléké, qui militeraient le jour au sein du Rdpc et la nuit au Mrc. Comme pour ce pouvoir, le Camerounais ne fonctionne qu’avec pour seul carburant l’argent, l’ascension de Maurice Kamto ne peut s’expliquer que par des «milliards» que ses «frères» de l’Ouest lui donneraient afin d’accéder au «Capitole» » (BENJAMIN ZEBAZE | Ouest Littoral). 

Les Bamiléké et leur supposé hégémonie dans la géopolitique et la sphère économique deviennent, à n’en plus finir, les boucs émissaires du régime. Une fois de plus! Quand l’ethnie entre en jeu dans les débats et les positionnements politiques, y-a-t-il lieu de craindre le pire? Ainsi va le Cameroun!

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Yves Tchakounte
Camerounais, doctorant en sociologue, acteur associatif des droits de l'Homme, l'Humanitaire est ma principale activité. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion.

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